Note : Cette histoire n'est pas terminée. Pour le moment, j'ai écrit 14 chapitres sur 37… Il y aura une coupure dans la publication au dixième chapitre (je vous jure il n'y aura pas de cliffhanger) pour que je puisse continuer d'avancer. Cette histoire a été mise en pause pendant des années mais je me suis remise à l'écrire grâce à vos commentaires donc faites vivre cette histoire, s'il vous plait, pour qu'elle puisse avoir une fin un jour !
Disclaimer : Rien ne m'appartient, ni Harry Potter, ni Hannibal (série), tout est à JK Rowling, Thomas Harris et Bryan Fuller.
Bêta-Reader : Chipuliara !
Série : Quelqu'un pour qui… Tome 3 : Quelqu'un pour qui revenir.
/ ! \ AVERTISSEMENTS / ! \ : Cette histoire est réservée à un public averti. Elle contient du slash (relations entre hommes). Il y a plusieurs sous-entendus sexuels et des relations sexuelles explicites. C'est un Dark!Harry et un Dark!A-peu-près-tout-le-monde. Les personnages sont donc OOC et plutôt timbrés. Présence de Violences physiques et morales, Cannibalisme, du gore, du drame, de l'humour noir (voir très noir…) et d'un langage vulgaire.
Il n'y a pas besoin d'avoir vu la série Hannibal pour comprendre la fiction PAR CONTRE IL EST NÉCESSAIRE D'AVOIR LU LE TOME 1 et le TOME 2 POUR COMPRENDRE CETTE HISTOIRE !
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Chapitre 4
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15 janvier 2018, Poudlard, Parc de l'école, 17h40
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L'eau était froide. Vraiment, très, très froide. Timothy n'avait jamais imaginé qu'elle pourrait être aussi glacée – pourtant c'était plutôt logique quand on pensait qu'on était mi-janvier, encore en hiver, et que le temps en Ecosse n'était pas assez clément pour que le lac noir puisse se réchauffer dans ces mois difficiles. Il ne savait pas pourquoi, il s'était imaginé que ce serait comme plonger dans une sorte de bain gigantesque. Ce n'était pas ça du tout. C'était plutôt comme s'il venait de tomber dans un bac rempli de piqûres, d'aiguilles chauffées à blanc qui perçaient sa peau, compressaient sa poitrine et l'empêchaient de remplir ses poumons.
Tim avait l'impression que l'eau l'engloutissait, l'entourait dans un cercueil de glace qu'il n'arrivait pas à ouvrir. Il peinait à prendre une profonde inspiration – et ça n'avait rien à voir avec le fait qu'il n'y avait pas d'air sous l'eau, pas d'oxygène, pour l'aider à respirer. Il ne pouvait même pas tenter d'avaler quoi que ce fût, le froid le paralysait, empêchant tout mouvement de sa part, qu'il soit thoracique ou simplement un battement régulier qui lui aurait permis de réchauffer un peu son corps. Rien, il était figé, totalement impuissant alors qu'une vague glacée touchait ses os et congelait son sang. Il allait mourir ici et maintenant.
C'était nul comme mort en plus. Tim n'avait jamais imaginé comment il allait mourir mais il était sûr que jamais il n'aurait un jour ne fut-ce que penser finir ses jours en caleçon, dans un lac pourri, englouti par les eaux sombres, transi de froid. C'était nul franchement, ça ne faisait pas classe du tout. Il reviendrait peut-être hanter l'école parce que c'était vraiment trop injuste de mourir à onze ans à cause d'un professeur mercenaire qui recherchait une putain de baguette au fond d'un lac au mois de janvier. Il deviendrait Le garçon du lac. Ça sonnait bien : suffisamment dramatique, légèrement mystérieux. Idéal pour dissuader n'importe qui de s'approcher de ce maudit lac.
Ou, pensa-t-il, encore mieux : le spectre du lac noir. Ça, ça envoyait du lourd. C'était classe, obscure, un peu sibyllin. Parfait. Est-ce que les fantômes choisissaient leur propre surnom ? Il n'était pas sûr que Nick Quasi-Sans-Tête aurait décidé de se nommer ainsi s'il avait pu choisir son propre surnom. Tim soupira lourdement. Dommage. Il aurait adoré pouvo-
Attendez… Tim inspira lentement, peu désireux de se noyer mais il n'avala aucune goutte d'eau, juste de l'air pur et frais. Merlin ! Son corps entier s'était réchauffé, lui permettant de bouger des bras et des jambes, de respirer, d'observer les alentours. Tim leva une main devant son visage et ses yeux s'écarquillèrent quand il vit les morceaux de peau presque translucides qui reliaient ses doigts entre eux. Par Salazar, il était palmé – palmé des mains, des pieds, comme les pattes d'un canard.
La branchiflore avait fait son travail. Hélia avait eu raison, ça fonctionnait. Ça fonctionnait même vraiment bien. Il pouvait sentir son cou lui faire mal, brûler, juste sous ses oreilles et il pouvait percevoir l'eau entrer dans ses poumons, se transformer en air et lui permette de vivre. C'était fascinant – étrange et glauque mais fascinant. L'eau le portait, l'étreignait, le berçait comme les bras d'une mère. Il flottait, respirait, comme dans le ventre de sa maman. C'était reposant et étonnant comme sensation – presque impossible pourtant.
Remis de son choc, Tim se mit en mouvement, se laissant porter par l'instinct qui lui dictait de bouger ses jambes ensemble, comme un dauphin l'aurait fait. Ou une sirène. Il prit de la vitesse progressivement, sentant l'eau appuyer sur ses membres palmés. Il se propulsa en avant, directement vers le fond bien plus sombre. Sa baguette étroitement serrée dans sa main, il se força au calme alors qu'il descendait encore et encore dans les profondeurs aquatiques. Merlin seul savait à quel point il se sentait fébrile en cet instant. Il avait l'impression que son cœur pouvait se faire la malle à n'importe quel moment tant il battait fort dans sa poitrine. Il ne savait cependant pas si c'était dû à la petite frayeur qu'il avait eue de mourir noyé ou si c'était la possibilité d'un affrontement futur qui le faisait trembler.
Il n'était pas sûr de pouvoir se battre contre son professeur, ni même contre les créatures marines. Il n'était qu'en première année – il avait fait le confiant devant ses amis mais Salazar seul savait à quel point il était mort de trouille. Pourtant… Pourtant, il y avait un truc dans son ventre, un petit pincement – une petite étincelle – qui lui disait – qui lui chuchotait, qui lui chantonnait au creux de l'oreille – qu'il pouvait y arriver. Qu'il y arriverait. Alors peut-être… peut-être avait-il une chance ? Non ? Il croyait en son instinct. Il y croyait dur comme fer parce que ça lui avait toujours souri. Alors… s'il sentait au plus profond de lui pouvoir y arriver, c'était sans doute possible.
Un mouvement d'eau sur sa droite lui fit serrer plus fort sa baguette entre ses doigts. Il tourna le regard dans cette direction, plissant les yeux dans un réflexe purement psychologique pour tenter de discerner quelque chose – un ennemi, un danger, n'importe quoi qui pourrait l'attaquer mortellement. Mais il n'y avait rien, seulement le noir des abysses, les algues douces et foncées et leurs particules se décomposant qui virevoltaient au rythme des courants. Tim ne s'attarda pas – reprenant sa course à toute allure pour ne pas devenir une proie facile. Il ne savait pas trop où il allait, ne savait pas s'il était dans la bonne direction mais il continuait de nager comme si sa vie en dépendait. Et c'était un peu le cas parce qu'il était sûr que s'il s'arrêtait, s'il s'immobilisait, alors un monstre sortirait de derrière un mur d'algues et le mangerait. Il ne voulait pas mourir, donc il continua à bouger. C'était aussi simple que ça. Bouge et vie, stoppe et meurs. Deux choix, deux mesures.
Continuant de descendre rapidement, il prit réellement conscience qu'à cet instant qu'il naviguait complètement à l'aveugle, ne sachant où se rendre, ne connaissant pas la localisation de cette foutue baguette magique. Ça s'imposa à lui avec la douceur d'un hippogriffe lancé en pleine vitesse – et les conséquences, Merlin… Les conséquences de cette révélation soudaine le poussèrent presque à s'arrêter, comme paralysé d'effroi. Il ne pouvait décidément pas fouiller chaque centimètre carré de ce putain de lac. Il avait un professeur-mercenaire à arrêter. Comment faire ? Putain…
Il paniquait. Sa respiration était courte, rapide. S'il n'avait pas été sous l'eau ses mains seraient devenues moites de sueur et sûrement se serait-il roulé en boule dans un coin en appelant à l'aide – parce qu'il ne se rappelait plus vraiment pourquoi il avait voulu sauter, pourquoi il avait voulu arrêter Molnar et trouver sa baguette. Il n'était pas un Gryffondor, il n'était pas hardi – il était rusé et il ne se sentait pas à l'aise d'être confronté à autant de stress. Pourquoi ? Merlin, il avait envie de pleurer et de remonter – et en même temps… en même temps, il avait envie d'avoir le fin mot de l'histoire. Il ne pouvait pas se permettre d'être faible – que diraient ses parents s'il faisait finalement demi-tour ? Ils auraient honte de lui et il ne voulait pas qu'ils aient honte, où qu'ils étaient. Il voulait les rendre fiers.
Tout en continuant de nager, avec un peu moins de force à cause de ses jambes tremblotantes, il se força au calme. Il pouvait le faire. Même s'il ne savait pas où aller. Même s'il ne savait pas comment combattre son prof. Même s'il allait devoir se battre contre le peuple de la mer. Même s'il ne se sentait pas du tout à la hauteur de la tâche. Même s'il se sentait idiot, qu'il avait peur et qu'il ne savait pas combien de temps durait les effets de la branchiflore. Ça faisait beaucoup de « même si… » mais Tim allait s'en sortir. Il le devait – pour ses amis.
Ça aurait été beaucoup plus simple si une grande flèche avait été pointée en direction de la fameuse baguette. Un truc immense, rouge et lumineux qui se discernerait même à travers la brume que semblaient être les fonds du lac noir. Tim eut un petit sourire en imaginant la scène et ça finit de le calmer – de lui remettre la tête sur les épaules. Ça aurait été incroyablement plus simple et absolument ridicule – mais diablement pratique pour lui.
Réfléchissant rapidement à un pseudo-plan qui lui sauverait temporairement les fesses, Tim en vint à la conclusion qu'il devait dans un premier temps atteindre le fond – le sol. Si une baguette se trouvait dans le lac, elle ne devait pas flotter au gré des courants. Elle devait soit reposer sur le sol, soit être caché dans quelque chose qui trônait sur le sol. Dans les deux cas elle serait par terre, alors Tim devait atteindre le fin fond du lac. Après… Après il aviserait.
Le lac semblait être sans fond tant il avait l'impression de nager depuis des heures sans atteindre le sol. Descendant en piquet, Tim regretta de ne pas avoir appris de sort permettant de le projeter vers le bas beaucoup plus vite que ses pieds palmés le faisaient. Il aurait pu devenir une sorte de torpille – ça aurait été marrant. Peut-être un peu déplacé dans la situation présente mais véritablement drôle. Même, ça aurait été une bonne anecdote à raconter aux amis. M'enfin… Tim n'avait pas appris de sort pour ça et il en était presque déçu – il aurait pu gagner énormément de temps en plus. Pas obligé de palmer comme un plongeur moldu. Nager était tellement… lent.
Il fut surpris quand l'obscurité qui l'entourait depuis la surface devint plus claire. Progressivement, il réussit à voir – voir comme à la surface – jusqu'à ce que le sol soit finalement à quelques mètres de lui. Tim souffla de soulagement – et une nuée de bulle s'échappa de sa bouche et de ses branchies. Doucement, délicatement, il atterrit sur le sol, s'allongeant sur le sable fin qui parsemait le fond et il observa les alentours.
Tout était calme et l'eau trouble avait fait place à une eau aussi claire que de l'eau de roche. C'était étrange et pourtant réconfortant d'être en mesure de voir autour de soi. Il n'y avait personne, il n'y avait rien – à part des pierres ici et là et des plantes marines qui dansaient doucement sous les effets euphorisants d'un courant bienveillant. Le sable sous lui était fin, doux et étrangement chaud. Il était aussi aréolé, des vagues se dessinant sur sa surface. Tim ne put s'empêcher de le caresser, se délectant des petits grains qui massaient sa peau. C'était agréable, différent du sable qu'on trouvait à la surface. C'était-
Des dizaines de cris horribles retentirent soudainement, le coupant dans ses réflexions intenses sur le sable. Tim se redressa, tournant la tête vers l'endroit d'où il pensait que ça venait. Est-ce que… Doucement, presque à reculons, Tim s'avança dans cette direction, nageant prudemment, essayant de ne pas faire de mouvements brusques pour que personne ne l'entende. Il se rapprochait – il pouvait entendre des grognements devenir de plus en plus fort. Ce n'étaient plus des hurlements mais des bruits sourds qui exprimaient clairement de la colère – des sons comme un cri, presque animal. Frissonnant de crainte, Tim continua cependant d'avancer, écartant délicatement quelques algues qui le gênaient dans son avancée.
Puis il se figea. Encore. Parce que devant lui se dressait une bâtisse qu'il n'aurait jamais imaginé voir au fond d'un lac. C'était un bâtiment en marbre blanc, élégant et vraiment déplacé dans ce paysage aquatique. Il ressemblait presque à la petite décoration que Mme Katleen avait placé dans l'aquarium de son bureau. C'était une sorte de temple antique – Tim en avait vu dans les livres de la bibliothèque de l'orphelinat – avec des colonnes, des marches et un tympan délimité par des corniches en guise de fronton. Tout autour, plusieurs fleurs violettes brillaient et cliquetaient joyeusement, donnant à la scène un petit côté féérique. C'était joli.
Du moins, Tim aurait pu trouver ça superbe s'il n'y avait pas eu une dizaine de créatures marines paralysées devant le parvis. Elles étaient là, immobiles, leurs doigts semblables à des serres projetées en avant comme dans l'espoir d'attraper quelque chose – ou quelqu'un. Tim déglutit difficilement. Molnar avait fait ça, il en aurait mis sa main à couper. Elles avaient dû chercher à l'empêcher d'entrer dans le temple et il les avait paralysées – merci pour ça, pensa-t-il en s'éloignant des algues pour se rapprocher du groupe immobile. Sans lui, il n'aurait pas pu se défaire d'un peuple aussi effrayant, aussi nombreux.
Peu fier de lui, Tim nagea doucement entre les sirènes figées, frissonnant quand leurs yeux de prédateurs suivaient sa lente avancée et sursautant quand des grognements de haines s'élevaient à travers leurs lèvres entrouvertes et leurs dents serrées. Il évita un trident pointé dans sa direction, prit bien garde à ne pas bousculer quelqu'un. Baguette en avant, il chemina entre leurs corps, donnant l'impression de danser un étrange ballet aquatique. C'était quand même une sacrée aubaine que Molnar se fût occupé des êtres de l'eau – même s'il était un peu étrange de voir qu'ils n'étaient qu'une dizaine pour protéger cet énorme temple mystérieux.
Enfin, il était étonnant qu'il fût protégé, mais en imaginant que tout était normal, Tim aurait plutôt imaginé une cinquantaine de personne – un gros truc. Dix lui paraissait un peu ridicule et peu dissuasif – la preuve, Molnar avait réussi à s'en défaire facilement. Mais s'il devait en revenir au problème principal, pourquoi protéger ce bâtiment ? Il ne fallait pas être un génie pour savoir que la baguette se trouvait à l'intérieur. Cependant, ça voulait dire que quelqu'un était au courant – qu'elle avait été placée là, intentionnellement et qu'elle devait être protégée. Le mystère s'épaississait autour de cet objet englouti. Ce n'était pas compliqué de comprendre que c'était quelque chose d'important – suffisamment, du moins, pour être protégée par des créatures marines et sans doute par quelques autres sorts de défense. Et, surtout, pour valoir quinze mille gallions. Il avait presque hâte de voir à quoi elle ressemblait, maintenant.
Du sable se souleva sur son passage quand il arriva au pied des marches menant à la porte et il allait les gravir quand un nouveau hurlement le figea des pieds à la tête. Le son fut rapidement repris par une vingtaine d'autres créatures et Tim ne fit pas l'erreur fatale de rester planter là comme un boursouffle empoté. Il détala. Il détala si vite qu'un nuage de sable s'éleva derrière lui et il se précipita sur la porte du temple, sentant dans son dos la présence des êtres de l'eau qui arrivaient sur lui pour l'empêcher d'entrer.
Elle devait sans doute être fermée, protégée par des dizaines de sorts qui refuseraient l'entrée aux intrus mais Tim essaya quand même, peu convaincu, mais espérant de tout cœur se tromper. C'était la seule porte. La seule façon de s'en sortir en vie. Alors il pria. Il pria Merlin, Salazar, Gryffondor, Morgan, Rowena, Poufsouffle et toutes les autres personnalités qui pouvaient veiller sur eux de l'au-delà. Les yeux fermés très très fort, les bras en avant pour éviter de s'écraser contre le battant, Tim atteint la porte avec force et il fut surpris qu'elle s'ouvre simplement, sans protester une seule seconde. Cependant, même s'il fut stupéfait qu'elle le laisse passer ainsi, il ne perdit pas de temps et la referma derrière lui précipitamment puis s'adossa à elle prestement. Il souffla longuement, de soulagement – créant des dizaines de bulles autour de sa tête. Il sentit le panneau trembler quand les créatures s'y heurtèrent.
- C'était moins une, dit-il d'une voix étranglée.
Il pouvait les entendre grogner, hurler de l'autre côté, clairement énervées d'avoir laissé non pas un mais deux intrus pénétrer dans le temple qu'elles devaient protéger. Bande de nulles, sourit-il, amusé. C'était à se demander comment elles avaient fait pour garder cette baguette sauve jusqu'ici, si elles n'étaient même pas capables d'arrêter des gens d'entrer.
Son sourire se fana progressivement quand une pensée désagréable surgit dans son esprit. Elles n'étaient peut-être pas capables d'arrêter correctement les gens d'entrer mais il y avait de grandes chances pour qu'elles soient douées pour stopper la retraite d'intrus. Comment allait-il faire pour sortir d'ici en un seul morceau ? Il pouvait les entendre rester près de la porte, à l'affut. Il allait se faire massacrer.
- Ne te préoccupe pas de ça pour le moment, mon ange. Ce n'est pas important. Je suis contente que tu sois là. Tu m'as tellement manqué mon petit chat.
Tim fronça les sourcils en entendant cette voix si familière et pourtant si lointaine. C'était… C'était impossible. Et pourtant… Tim ouvrit les yeux doucement, comme s'il avait peur de rêver. Pendant un instant, il laissa le soleil caresser son visage, réchauffer sa peau et la douce brise d'été danser avec ses cheveux. C'était agréable. Il ne se souvenait plus comment il était arrivé là mais c'était bien, c'était normal et Merlin seul savait à quel point il était heureux d'être ici. Il faisait bon – mais c'était normal pour un après-midi de juillet. Tim tourna sur lui-même, irradiant de bonheur, sourire aux lèvres, les yeux portés vers le ciel merveilleusement bleu.
Ses vêtements simples – un bermuda blanc et un marcel vert – le couvraient suffisamment pour qu'il ne prenne pas de coup de soleil mais laissaient son corps absorber agréablement la vitamine envoyée par les rayons de miel. Il était pieds nus aussi et ses orteils se recroquevillaient sous la douce sensation des brins d'herbes sous sa peau tendre. Il eut l'envie puérile de se laisser tomber au sol – faire une sieste ou simplement bronzer.
- Timothy !
Il continua de sourire et de tournoyer encore un moment avant de s'arrêter. Sa tête tournait, le paysage tanguait mais c'était bien. Il était bien. Pas très loin, il vit celle qui venait de l'appeler. Sa mère. C'était la plus belle femme au monde, sa mère. Elle avait de beaux cheveux bruns qui coulaient le long de son dos dans une cascade douce et soyeuse. Elle n'était pas très grande mais elle était élancée et absolument magnifique dans sa petite robe fluide. Le jaune du tissu faisait ressortir la couleur profonde de ses cheveux et le teint délicat de sa peau. Elle agitait la main vers lui, son grand sourire faisant pâlir de jalousie le soleil lui-même. Contre elle, elle portait un petit bouquet de fleurs des champs qu'elle venait visiblement de cueillir.
- On va pas tarder à rentrer, mon chéri.
- D'accord Maman.
Il courut vers elle et vers cette main qu'elle lui tendait. C'était une journée comme il les aimait. Bientôt, il serait à la maison avec elle et son père arriverait peu de temps après pour partager un bon repas sur la terrasse de leur petite maison, appréciant le soleil de fin de journée et le repas délicieux préparé par sa maman. C'était sa vie et elle était bien. Parfaite. Idéale. Idyllique. Tim ne pouvait enlever le sourire qui mangeait la moitié de son visage – et de toute façon, il n'était pas sûr de vouloir le faire. Pourquoi ne pas montrer quand on était heureux ? Tim l'était assurément et il voulait que le monde entier le sache – c'était peut-être égoïste de sa part mais il voulait que toutes les personnes vivantes soient les témoins de son bonheur.
Arrivé près de sa mère, Tim ne put s'empêcher de la prendre dans ses bras. Elle était délicate, sa maman, ça se sentait dans sa façon de le serrer contre elle. Il passa ses bras autour d'elle et ferma les yeux quand elle l'embrassa sur le front, délicatement.
- Je t'aime, Maman.
- Je t'aime aussi, mon poussin. Plus que tout au monde.
Les yeux toujours fermés, pressé contre la poitrine de sa mère, Tim fronça les sourcils quand il sentit quelque chose couler sur sa tête, glisser le long de son visage, imbiber ses vêtements, maculer ses mains et ses bras nus. Il rouvrit les yeux précipitamment, s'éloigna de sa mère pour regarder ses doigts puis il jeta un coup d'œil à son corps entier. Merlin… Un haut le cœur lui vrilla le ventre, emmenant une vague de bile au bord de ses lèvres. Qu'est-ce que c'était que… ça ?
Il y avait du sang. Beaucoup, beaucoup de sang. Trop de sang pour que ce soit le sien – et puis de toute façon, il n'avait pas été blessé. Il était dans les bras de sa mère, il n'aurait pas dû être recouvert de sang comme ça. C'était poisseux, désagréable et vraiment dérangeant. Il leva les yeux vers sa mère, une question sur le bord des lèvres mais sa voix mourut sur sa langue. Il ouvrit de grands yeux horrifiés et sa mâchoire s'écrasa presque sur le sol d'effroi.
Sa mère était toujours là, dans sa jolie petite robe fluide jaune, son bouquet dans la main et l'autre crispée sur son ventre mais son visage était plissé de douleur, sa peau était presque translucide et son regard étrangement trouble. Elle ouvrit la bouche, les lèvres tremblantes.
- Pourquoi ? chuchota-t-elle difficilement.
Et Tim voulut lui crier qu'il ne comprenait pas, la supplier de lui dire ce qui n'allait pas. Mais alors, il vit la tâche rouge commencer à fleurir sur le tissu jaune, derrière sa main et un hurlement d'horreur s'échappa de ses lèvres. Sa mère… Elle mourait… Et il était couvert de sang…
- Pourquoi tu as fait ça ?
Mais il n'avait rien fait. Il n'avait rien… Confus, il baissa les yeux vers sa main droite, étonné de remarquer maintenant qu'il serrait quelque chose entre ses doigts poisseux. Il cligna plusieurs fois des paupières, ne comprenant pas ce qu'il voyait. Etait-ce… Etait-ce un couteau ? Un couteau teinté d'écarlate ? Mais… Ce n'était… Ce n'était pas possible…
- Maman…
Il lâcha le couteau et la lame chuta, comme au ralenti. Quand la pointe fine toucha le sol, sa mère disparut dans une nuée de papillons noirs et ils se firent emportés par le vent, s'évaporant vers l'horizon comme des dizaines de fleurs de pissenlits flottant sur les vagues du vent. Tim resta là, comme un idiot, recouvert d'un sang encore chaud – le cœur au bord des lèvres. Il avait envie de vomir, de pleurer et de retrouver cette sensation merveilleuse qui avait réchauffé tout son corps.
- Hey !
Tim sursauta puis frissonna. La voix venait de derrière lui, s'élevant comme un appel, une main tendue vers lui – c'était masculin, grave, froid et pourtant si chaud, si rempli de tu es là, de je suis heureux que Tim frissonna de nouveau. Se retournant rapidement, Tim fronça les sourcils et il fit un pas en arrière avant d'avoir pu réfléchir. L'instinct de survie certainement… Parce qu'il y avait un homme, là, debout à deux mètres lui. Il était grand, bien plus grand que lui et il était… dangereux. Il portait une cape dorée sur ses épaules et ses vêtements semblaient de très bonnes qualités. Ses cheveux de feu brillaient sous le soleil de cette fin de journée, entourant son visage pâle parsemé de tâches de son. Et ses yeux d'un bleu électrique… Merlin, ils étaient fixés sur lui et ils l'épiaient comme s'ils pouvaient lire à même son âme.
Le rouquin lui sourit et, en réponse, Tim fit un nouveau pas en arrière, tentant à tout prix de s'éloigner de lui parce qu'il était le mal et qu'il ne pouvait pas lui parler. Parce qu'il était Ronald Weasley, parce qu'il était un mage noir, parce qu'il avait assassiné ses parents, parce qu'il avait été du côté du mage noir Potter et parce qu'il était dangereux.
- Bienvenue à la maison.
Et ce sourire. Tim ferma très fort les yeux et il plaqua brusquement ses mains sur ses oreilles. Il ne voulait plus rien voir, plus rien entendre. C'était un cauchemar. Ce n'était pas réel. Weasley n'avait aucune raison de lui parler, de lui souhaiter la bienvenue ou un bon retour à la maison. Et il n'aurait pas pu tuer sa mère – déjà parce qu'il l'aimait de tout son cœur, ensuite parce qu'elle était déjà morte de la main du rouquin qui lui avait souri avec tellement de tendresse, qui lui avait parlé avec tellement de je-suis-content-que-tu-sois-là dans la voix.
Un cri résonna autour de lui, l'effrayant face à tant de douleur et de peur puis il se rendit compte que le son provenait de sa propre bouche. Il hurlait – sa colère contre Weasley, sa tristesse d'avoir vu sa mère de si près pour qu'elle lui soit de nouveau enlevée, son dégoût pour le sang qui l'avait maculé des pieds à la tête, son incompréhension face à cette scène complètement hallucinante. Ça ressemblait à un cri d'animal blessé, trahi. Tim se força à fermer la bouche, mordant l'intérieur de sa joue pour arrêter de hurler. Puis tout doucement, il enleva ses mains de ses oreilles dans l'attente de cette voix qui lui dirait encore qu'il était bon de le revoir à la maison…
Mais il n'y eut aucune voix, aucun tu m'as manqué sous-entendu, juste le silence et l'agréable cliquetis de l'eau contre les fenêtres. Tim ouvrit lentement les yeux, s'attendant presque à voir le champ de fleurs à la lumière descendante du soleil couchant. Ce n'était pas le cas. Le champ avait disparu… comme Ronald… comme sa mère. Il ne restait plus rien, sauf l'intérieur du temple. Ce n'était pas vraiment un temple puisque l'intérieur n'avait rien à voir avec la façade mais Tim n'y fit pas attention. Encore sous le choc de son cauchemar-vision, il trébucha vers le coffre qui attendait au centre de l'unique pièce simple.
Il contourna son professeur qui, figé tel une statue, semblait enfermé dans son propre monde. Un sourire paisible étirait ses lèvres, il semblait bien – mieux que bien, même. Il paraissait… en paix. Etait-il lui aussi pris dans une vision semblable à la sienne ? Voyait-il sa mère ? Si c'était le cas, s'il était vraiment enfermé dans une illusion, pourquoi cela ne tournait-il pas au cauchemar comme ça s'était passé pour lui ? Pourquoi ne se faisait-il pas hanter par un fantôme du passé ?
Qu'importait, vraiment… Tim le contourna sur des jambes peu stables et il marcha difficilement vers le coffre au centre de la pièce. Il avait la gorge sèche, les mains tremblantes, la tête en vrac. Il se sentait mal, pas vraiment dans son assiette. Il avait toujours l'impression d'être recouvert de sang et la voix de Ronald résonnait dans son esprit, empêchant l'agréable souvenir de sa mère de se faire une place dans les méandres de son cerveau.
Secouant la tête pour s'empêcher de penser à tout ça pour le moment, il s'accrocha au coffre et l'ouvrit avec révérence. C'était un petit coffret qui contenait en son cœur un coussin en velours rouge où reposait la fameuse baguette à quinze mille gallions. Tim l'observa un moment, n'osant pas la toucher, se contentant de la regarder attentivement. Elle n'avait rien d'extraordinaire. C'était une baguette plutôt simple si on omettait les deux petites sphères qui agrémentaient le manche. Elle était jolie mais sans doute ne valait-elle pas les quinze mille gallions offert par l'homme du miroir.
Tim déglutit difficilement quand son ventre se retourna et il tendit la main, hésitant un instant. Devait-il vraiment la prendre ? Il avait envie de la toucher, de la sentir entre ses doigts, mais il avait l'impression que c'était… mal, comme si ce n'était pas encore le moment. Pourtant, elle semblait l'appeler, paraissant chantonner doucement pour qu'il enroule ses doigts autour de son manche sombre. Pouvait-il se faire ensorceler par une baguette ? Un petit rire nerveux le secoua. Bien sûr que non, c'était ridicule.
Prenant son courage à deux mains, il l'attrapa fermement – s'attendant presque à ce qu'une chose incroyable se passe autour de lui. Mais rien n'arriva. Il y eut juste une légère chaleur au creux de son ventre et Tim mit ça sur le compte de la réussite. Après tout, il avait réussi à déjouer les plans de Molnar. Il avait sauvé la baguette, même s'il ne savait pas bien de quoi exactement il l'avait sauvée.
Prestement, il lâcha le coffre et il traversa le temple en nageant, sans un regard en arrière vers son professeur toujours figé. Il… Il était perdu et maintenant qu'il avait la baguette tout ce qu'il voulait c'était remonter à la surface. Sa tête continuait de lui tourner et il avait toujours envie de vomir – et même s'il ressentait une chose agréablement chaude au creux de son corps, ça ne surpassait pas sa nausée grandissante et sa migraine impitoyable.
Avant d'avoir pu y penser Tim ouvrit la porte, plus que désireux de nager jusqu'à la surface avant de s'évanouir – ou avant que la branchiflore cesse de faire effet. Mais à l'instant même où il passa un pied palmé hors du temple, il sut qu'il aurait dû y réfléchir à deux fois avant de foncer tête baissée vers l'avant. Parce qu'il y avait les êtres de l'eau qui l'attendaient – plus remontés que jamais, plus en colère que des harpies. Ils s'étaient regroupés devant l'entrée, ne permettant aucune retraite stratégique, aucune échappatoire facile. Ils le menaçaient de leurs tridents et il pouvait lire dans leurs yeux de rapaces l'envie de sang qui leur faisait montrer les dents.
Totalement figé par la peur, Tim ne bougea pas d'où il était, se contentant de regarder les créatures bien dans les yeux. Peut-être était-ce de la bêtise, peut-être était-ce du courage. Quoi qu'il en fût, il les affronta du regard difficilement, se demandant vaguement comment il allait faire pour s'en sortir vivant cette fois ci. Il avait eu de la chance jusqu'ici – visiblement son ange gardien avait décidé de prendre des vacances. Son poing gauche se serra autour de la baguette qu'il venait de trouver alors que sa main droite tenait fermement son propre morceau de bois – il allait peut-être pouvoir se défendre suffisamment longtemps pour que les secours arrivent pour le sauver.
Il était en train de refaire mentalement la liste des sorts de défense qu'il avait appris quand il sentit la chaleur de son ventre remonter le long de son torse, puis glisser dans son cou et élire domicile sous son crâne, juste derrière les yeux. C'était… étrange comme sensation. Pas vraiment désagréable, juste flippant. Comme si la chaleur était vivante, comme si c'était une sorte de serpent rampant sous sa peau. Tim frissonna.
Et avant qu'il n'ait pu paniquer parce qu'il n'avait pratiqué aucun sortilège qui lui aurait permis de se battre contre les êtres de l'eau, Tim eut la surprise de les voir reculer d'effroi. Leurs yeux globuleux étaient plissés d'incompréhension et chacun d'eux baissa son trident avec réticente. Puis doucement, ils s'écartèrent tous, laissant devant lui une espèce de haie d'honneur. Qu'est-ce que… Putain qu'est-ce que c'était que ça ? Tim n'en avait aucune fichue idée, il avait l'impression de rêver – et il n'était pas sûr que ce fût une bonne chose.
- Fichez le camp et ne revenez jamais, murmura celui qui devait être la chef.
A vos ordres, pensa Tim avec empressement sans avoir la bêtise d'ouvrir la bouche. Il n'allait pas laisser passer une telle chance. Finalement son ange gardien n'avait peut-être pas plié bagage. C'était une chance pour lui que les créatures marines aient simplement décidé de le laisser partir. Etait-ce à cause de la baguette ? Peut-être qu'elle l'immunisait contre elles ? Peut-être qu'il était invincible maintenant… Un rire sarcastique lui échappa et il prit ses jambes à son cou pour ne pas que les êtres de l'eau pensent qu'il se moquait d'eux. Invincible… bien sûr, et son nom c'était Potter aussi tant qu'on y était. Débile.
Il nagea vite, aussi vite que le pouvait en tout cas, mais la remontée semblait interminable. Il ne voyait toujours pas la surface quand il commença à ralentir – ses pieds et ses mains n'étaient plus palmés et il avait beaucoup de mal à continuer d'avancer, lui qui ne savait pas très bien nager. Puis il sentit sa peau tirer derrière ses oreilles et il comprit que ses branchies avaient maintenant disparues elles-aussi. Oh Merlin… Il allait mourir… Ici et maintenant. Il était tellement fatigué putain. Il en avait marre – marre d'avoir peur, marre d'angoisser, marre de presque mourir plusieurs fois. Il était à bout de nerf et maintenant il ne se sentait pas capable de remonter jusqu'à la surface.
La baguette engloutie pulsa dans sa main comme si elle voulait communiquer avec lui et il fronça les sourcils alors que ses poumons commençaient déjà à le brûler pour qu'il respire. Il n'allait pas tarder à ouvrir la bouche, il sentait le réflexe de ses poumons qui cherchaient de l'air désespérément et bientôt son cerveau ne pourrait pas l'empêcher de se noyer stupidement. Alors, plutôt sceptique mais désespéré, il donna un coup de baguette vers le bas, espérant de tout son cœur que la magie répondrait à son appel à l'aide. Il n'y croyait pas vraiment, pour qui aurait-ce été le cas ? Il n'avait jamais entendu quelqu'un lancer un sort qu'il ne connaissait pas et surtout en informulé.
Et pourtant…
Une force impitoyable sortit de la baguette, projetant Tim vers l'avant, tel un moteur de bateau. Il remonta rapidement les quelques mètres qui le séparaient de la surface du lac et il fut éjecté dans les airs tellement rapidement qu'il atterrit lourdement sur la berge. Les jambes reposant encore dans l'eau, il s'accrocha désespérément aux brins d'herbe sous lui pour s'empêcher de glisser de nouveau dans le lac noir – les baguettes cachées sous son torse nu. Il ne voulait pas y retourner – plus jamais. Il ne voulait plus sentir le froid mordre sa peau, ni être entouré par tant de courant dévastateur. Sa respiration était toujours difficile, de l'eau s'écoulait entre ses lèvres alors qu'il toussait comme un damné. Il peinait à retrouver son souffle, perdu dans les souvenirs traumatisants qu'avaient engendré en lui ce lac noir maudit. Il n'en pouvait plus, il avait l'impression qu'il allait mourir.
- Monsieur Hamilton !
La voix du professeur Thomas retentit dans son oreille et il se força à tourner la tête vers lui, heureux de voir qu'Andreas avait réussi à trouver de l'aide – même s'il aurait préféré qu'elle arrive un peu plus tôt, cette fameuse aide. Les souvenirs se dissipèrent, laissant place à la réalité. Il s'en était vraiment sorti. Il avait réussi.
- Est-ce que vous allez bien ? lui demanda Thomas en s'agenouillant près de lui.
Est-ce qu'il avait l'air d'aller bien à son avis ? Quand on avait l'impression que chaque respiration était un coup de couteau planté dans son cœur, on n'allait pas bien. La grande main chaude du professeur se posa avec hésitation sur son dos nu qui se levait difficilement sous sa respiration douloureuse. Tim frissonna tant la chaleur lui semblait étrangère dans ce monde glacé et tant la douleur ne voulait pas diminuer.
Il hocha cependant la tête parce qu'il n'avait qu'une envie : dormir loin de ce froid extrême et de cette douleur presque insoutenable qui brûlait ses poumons. Puis il puisa dans ses dernières forces pour chuchoter à son professeur :
- Le professeur… Molnar… Il est encore… encore en bas…
Sa voix était rauque, abîmée sans doute à cause de l'eau qui avait violé sa gorge. Il toussa encore, mais son visage ne devait pas dévoiler à quel point il était au bord de l'évanouissement parce que Thomas se détourna de lui après un dernier long regard inquisiteur et surpris – un peu étonné aussi, et sceptique.
- Restez-là ! Surtout ne bougez pas, Monsieur Hamilton, je reviens très vite ! Nous devons parler...
Bien sûr comme s'il allait rester là, à crever la bouche ouverte en attendant que son professeur revienne avec Molnar. Non, s'il retrouvait suffisamment de force il allait essayer de remettre ses vêtements puis il irait se coucher. Ou mieux ! Il irait à l'infirmerie. Avant qu'il n'ait pu répondre quoi que ce fût, Thomas sauta à l'eau et Tim fut soudainement entouré par son petit groupe d'ami.
- Tim ! l'appela Hélia.
- Comment ça va, mec ? demanda Andreas.
- Merlin, tu m'as fait une peur bleue, mon pote ! s'écria Orphy.
Et putain ce qu'ils pouvaient faire du bruit. C'était bien de les revoir, c'était bon de les entendre mais – merde – il avait l'impression que sa tête allait exploser et leurs voix qui piaillaient dans tous les sens ne l'aidaient pas à calmer sa migraine. Ils se reprochèrent tous d'un seul mouvement, lui donnant l'impression d'être enfermé, d'être soustrait à l'air libre. Et alors qu'il avait déjà dû mal à respirer, il eut soudainement l'impression d'étouffer. Tim roula sur le dos, ses mains lâchant l'herbe pour attraper les baguettes et les serrer contre son torse. Qu'ils s'éloignent, qu'ils le laissent respirer. Par pitié.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Putain c'était long, vas-y racontes !
- Mais laissez-le respirer par Salazar !
Loué soit Hélia. La petite blonde repoussa les deux autres, lui permettant de voir le ciel gris d'Ecosse. Il prit une profonde inspiration, même s'il avait l'impression de s'arracher les poumons et Merlin, que ça faisait du bien… C'était frais, presque froid, mais revigorant. Ses yeux se fermèrent et il serra un peu plus fort les baguettes contre lui – surtout, il ne devait pas les lâcher, qu'importait ce qui se passait, il devait les protéger, les garder avec lui, même s'il devait s'évanouir. Ce qui n'allait sans doute pas tarder à se produire…
- Tim ? Tu nous entends ?
Oui. Oui, il l'entendait mais il ne pouvait lui répondre. Il n'en avait plus la force. Plus du tout. C'était comme si son corps entier s'était transformé en glaçon et sa langue semblait avoir gonflée dans sa bouche. Est-ce que c'était normal ? Non, certainement pas. Mais Tim n'était pas assez conscient pour vraiment le réaliser. Il sourit un peu quand le froid monta à son crâne et il eut envie de rire de façon totalement idiote et hystérique. Il se sentait… il se sentait presque bien ! Il flottait, merde. Il dérivait.
- On l'emmène à l'infirmerie, déclara une voix féminine près de lui. Vite.
Ça transpirait le contrôle, le sang-froid – alors Tim s'autorisa à fermer plus étroitement les yeux, plus confiant que jamais. Il avait joué son rôle, il laissait tomber le rideau maintenant – plus rien n'importait d'autre que cette obscurité qui l'appelait, ce noir agréable qui l'invitait à tomber dans ses bras pour se reposer. Et il allait accepter – il allait embrasser cette noirceur avec bienveillance parce qu'il était fatigué, parce qu'il n'en pouvait plus, parce qu'il en avait marre. Vraiment, vraiment. Beaucoup, beaucoup. Alors il se laissa tomber dans les abysses avec le sourire et sans peur – les baguettes toujours étroitement serrées contre lui, tout contre son cœur.
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15 janvier 2018, Poudlard, Bureau de la directrice, 20h30
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Ginny ne savait pas comment elle avait pu autant se voiler la face. Comment est-ce qu'elle avait fait pour croire que Ron ne rechercherait pas la baguette de Sureau ? Elle aurait dû s'en douter – son frère voulait prendre le contrôle comme Harry l'avait fait des années auparavant et, pour y arriver, il recherchait forcément des éléments comme la baguette de Sureau si tristement célèbre.
Et elle n'avait pas voulu la détruire avant aujourd'hui. Pourquoi ? Ça avait sans doute un rapport avec le fait que c'était la plus puissante baguette du monde et qu'elle ne se sentait pas de détruire une telle merveille. L'enfermer dans un temple au fin fond du lac lui avait semblé être une bonne solution pour éviter qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains mais elle n'avait pas imaginé que Ron pourrait engager un mercenaire pour récupérer cette relique.
Pourtant, elle aurait pu le savoir, s'en douter – et honnêtement, elle l'avait imaginé un nombre incalculable de fois mais elle avait simplement choisi d'enterrer profondément sa tête dans le sable. Mais elle le connaissait. Elle savait que Ron ne s'arrêterait jamais avant d'avoir atteint le niveau de son défunt meilleur ami – avant d'avoir restauré le règne horrible qu'ils avaient vécu pendant de longues années. Il voulait revenir à leur apogée passée, redevenir le maître – ou du moins, devenir le remplaçant du véritable maître. C'était son but ultime, celui qui le maintenait sans doute en vie. Et il était étonnant de voir qu'il avait attendu si longtemps avant d'essayer d'attraper l'ancienne baguette d'Harry.
Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette année ? Pourquoi pas avant ? Pourquoi pas après ? Autant Ginny pouvait se targuer de connaître Ronald, autant elle ne comprenait pas toutes ses décisions. Mais qui pouvait prétendre comprendre un psychopathe ? C'était ce qu'il était, clairement. Personne de mentalement stable n'aurait pu adhérer aux idées d'Harry, personne n'aurait pu tuer sa famille comme l'avait fait Ron, personne n'aurait pu continuer à vivre alors que tout son entourage était soit mort, soit enfermé. Et pourtant… Ron était un pur psychopathe – pas du même niveau qu'Harry mais visiblement atteint de la même folie destructrice.
Ginny ne rêvait que d'une chose : l'arrêter. Elle ne se sentirait libérée que lorsque son frère serait enfermé derrière des barreaux ou qu'il serait enterré six pieds sous terre. Elle pourrait alors respirer et savoir qu'Andréas – son tout petit, son Andy – serait alors protégé de l'aliénation de son oncle de sang. Il était dommage de savoir qu'elle n'avait pas eu, en presque douze ans, l'occasion de le mettre hors d'état de nuire. Ronald savait parfaitement se rendre invisible quand il le désirait – aussi insaisissable que de la fumée, aussi agile qu'une anguille. Il lui échappait toujours – elle avait la désagréable impression d'avoir toujours un coup de retard sur lui, comme chez les Hamilton.
Assise à son bureau, les coudes appuyés contre la surface dure et le visage caché entre ses mains, elle soupira en se demandant comment cela se faisait qu'à trente-six ans elle avait l'impression d'avoir vécu mille vies. Elle avait vu trop de choses, survécu à encore plus. Et il y avait clairement beaucoup d'évènements qu'elle aurait voulu modifier. Ce qui s'était passé chez les Hamilton était une de ces choses. Elle aurait tellement voulu les sauver, ou du moins arriver suffisamment tôt pour pouvoir arrêter Ron et honorer leur mémoire – mais au contraire, elle était arrivée trop tard, n'ayant pas pu lire le message de Marina avant d'avoir examiné les dizaines d'autres qu'ils avaient reçu à cette période de trouble.
Ce qu'elle regrettait le plus était sûrement de ne pas avoir pu entendre ce que la femme avait à leur dire, ni de savoir si avant de mourir elle avait donné cette fameuse information à Ronald. Elle ne connaissait pas les Hamilton mais espérait de tout son cœur que Marina n'avait pas passé de pacte avec le diable pour sauver son enfant – ainsi, même si elle ne disposait pas de l'information qu'elle voulait leur donner, Ronald ne l'avait pas non plus et ils se retrouvaient sur un pied plus ou moins d'égalité.
Merlin… ça faisait onze ans. Onze ans et cette nuit funeste restait dans sa mémoire – non pas à cause de la tristesse qu'elle ressentait pour cette famille tuée mais bien parce qu'elle n'avait rien pu faire pour stopper ce massacre ou pour arrêter son frère une bonne fois pour toute. Un nouveau soupir lui échappa, de dépit cette fois. Elle pouvait compter sur les doigts d'une seule main les possibilités qu'elle avait eues d'évincer définitivement son frère – et chaque moment était gravé dans sa mémoire comme au fer rouge, et sans doute ne pourrait-elle jamais oublier, comme un jugement sans fin qui lui inculquerait culpabilité et honte pour encore un très long moment.
Ce n'était pas de la fierté mal placée, Ginny savait juste qu'elle était la seule à pouvoir l'arrêter – avec Dean. Elle était une des sorcières les plus puissantes et les plus lumineuses qui foulaient encore cette terre librement et ça ne serait que justice si elle pouvait stopper Ron. Il avait tué sa famille, nom de Merlin ! Il l'avait éventrée ! Il l'avait laissée pour morte ! Il avait permis à Harry de devenir le monstre qu'il avait été ! Il avait participé à toutes les tueries, à tous les massacres, à tous les raids, à toutes les descentes ! Elle avait le devoir – non, elle avait le droit d'être celle qui lui mettrait la main dessus.
Ce n'était pas une vengeance… Non… C'était plutôt un… une…
Le feu de sa cheminée vira au vert et elle se leva prestement, laissant ses mains retomber le long de son corps. Le ministre Colbert entra dans son bureau avec trois membres de la délégation ainsi que deux Aurors qui s'assuraient de la protection des hommes politiques. Rapidement le bureau devint bien rempli et étrangement petit avec tout ce petit monde pour combler chaque centimètre carré de surface.
- Ministre Colbert, le salua-t-elle en contournant son bureau pour lui serrer la main.
Le Ministre était un homme qui avait été expatrié pendant de longues années avant de revenir. Il avait séduit le peuple britannique par son calme et la sérénité qui émanait constamment de lui, quelque fût les situations dans lesquelles il se trouvait. C'était ce qui leur avait fallu après l'horreur et la peur qu'Harry avait instauré pendant des années. Il avait apaisé les esprits, donné aux sorciers un espoir pour l'avenir. Il n'avait fallu qu'un ou deux sourires, un petit bain de foule et le projet de reconstruire un Royaume beaucoup plus Unis qu'il ne l'avait jamais été pour qu'il soit projeté en haut de la pyramide.
Mais ça aurait été mentir que de dire que l'homme n'était pas quelqu'un de bon – Ginny le connaissait, elle avait appris à le déchiffrer, à voir ses intentions, et Colbert bien que d'une intelligence moyenne ne voulait pas de mal à la population sorcière. C'était pour ça qu'elle n'avait rien dit quand il avait été réélu l'année passée – son boulot était correct et la population l'appréciait. Pour le moment du moins, Ginny n'était pas sûre de savoir ce qu'il ferait quand Ron déciderait de réapparaître réellement.
- Professeur Weasley, dit-il en retour avec un sourire charmeur.
Elle lâcha sa main, totalement immunisée contre sa beauté. Il devait avoir du sang de Vélane coulant dans ses veines, c'était pour cela que le peuple était tombé aussi vite sous son charme. Chaque sourire était comme un rayon de soleil, mais Ginny avait suffisamment de contrôle pour ne pas céder à la pression du pouvoir de ces créatures – elle en avait aussi suffisamment côtoyé pour savoir se protéger un minimum contre elles.
D'un geste de la main elle salua les membres de la délégation et les invita tous à s'asseoir, tout en s'installant elle-même dans son fauteuil.
- J'ai bien reçu votre message, Professeur. J'ai été réellement surpris d'apprendre que vous déteniez encore la Baguette de Sureau, j'avais cru comprendre que vous la détruiriez…
Elle l'interrompit en levant une main impérieuse et il s'arrêta brusquement de parler, une expression de surprise se peignant brièvement sur ses traits avant qu'un sourire indulgent prenne place sur ses lèvres. Il n'avait visiblement pas l'habitude d'être arrêté de la sorte – mais Ginny était plus qu'heureuse de lui rappeler qu'il n'était qu'un homme et qu'après ce qu'elle avait traversé, elle avait plus de pouvoir que lui, ici tout du moins.
- Je vous ai dit, il y a presque douze ans, que je mettrais la baguette en lieu sûr et que mon frère ne pourrait pas mettre la main dessus. Vous avez interprété mes paroles, Monsieur le Ministre. Je n'ai jamais prétendu que je la détruirais. Je l'ai cachée là où je pensais que mon frère ne la trouverait jamais. Malheureusement j'ai eu tort, mais il lui a fallu une douzaine d'années pour retrouver sa trace et, maintenant, je sais que j'aurais dû la détruire bien plus tôt.
- Doit-on comprendre que vous l'avez détruite, maintenant ? intervint une femme de la délégation.
- Exactement, mon directeur adjoint, Dean Thomas, l'a détruite dès qu'il est entré en sa possession.
- Dean Thomas, n'est-ce pas celui- ?
- Il a été déclaré innocent, dit-elle sèchement. Vous étiez là monsieur le Ministre, vous avez été celui qui a donné le verdict.
Colbert se pencha en avant et tapota la main de Ginny doucement, comme pour la calmer. Elle n'aurait pas été étonnée de l'entendre chuchoter un « chuuuut » destiné aux enfants capricieux ou aux animaux nerveux. Elle eut l'envie fugace de lui envoyer son poing dans la figure mais elle se retint et ramena simplement sa main sur sa jambe, sous le bureau.
- Je m'en rappelle parfaitement, Professeur. Le délégué Arman vient d'arriver dans notre bureau et il n'est pas encore totalement familiarisé avec toute l'histoire de notre pays.
- Peut-on lui faire confiance ? reprit le dénommé Arman
- Je lui confierais ma propre vie. Il a fait des erreurs mais il fait table rase de son passé et il a tenté de rattraper ses fautes. Il est celui qui a permis à ma mère de défaire le mage noir Potter et il est celui qui m'a sauvée de Ronald.
- Je le sais, ma chère, intervint encore une fois le ministre. Je sais à quel point vous lui faites confiante et je vous fais confiance, donc si vous pensez que Thomas a bien détruit la baguette, il n'y a plus aucun problème.
- Je le pense et je le crois, Dean ne me mentirait pas sur un sujet aussi important. Surtout que mon erreur passée a failli coûter la vie d'un élève, Dean ne renouvellerait pas la même faute que moi.
Les sourcils des quatre visiteurs se froncèrent et Ginny attendit patiemment les prochaines questions. Elle avait longtemps hésité à parler de Timothy et de son acte héroïque – bien que totalement inconscient. Mais elle avait décrété qu'après tout ce qu'il avait traversé pour empêcher Molnar de mettre la main sur la baguette qu'elle avait sciemment cachée et non détruite, il avait le droit de recevoir une certaine reconnaissance.
- De quoi parlez-vous ? demanda l'homme qui n'avait jusque là pas encore parlé.
Elle soupira puis elle leur raconta. Tout. Jin Molnar qui était en réalité un mercenaire et qui se trouvait enfermé dans l'école en attendant d'être traduit en justice – et tout ce que sa véritable identité impliquait, à savoir le nombre de meurtres incroyables qu'il avait commis pour de l'argent, les objets volés, les détournements de fonds, les enlèvements, les tortures… Elle leur expliqua qu'il communiquait via miroir avec Ronald sans que personne ne le sache – à part Timothy Hamilton. Et alors elle leur dit tout à propos de cet élève de première année qui avait risqué sa propre vie pour empêcher l'homme de mettre la main sur la baguette engloutie – comme l'avait appelé Andréas quand elle l'avait interrogé – tout ça parce qu'il avait pensé que personne ne prendrait sa parole au sérieux. Elle leur narra ce qu'elle savait puis elle se tut et attendit de voir leur réaction.
- C'est… surprenant, dit Colbert en se frottant le front, tout sourire oublié. Nous devons une fière chandelle à cet élève, ce Timothy Hamilton. Le Ministère le remercie sincèrement pour son geste, c'est un fier service qu'il a rendu à la nation et à l'école. Faites le lui savoir, Professeur, son action héroïque ne sera pas oubliée. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé si Ronald avait pu mettre la main sur cette baguette…
Elle hocha la tête, sachant qu'au contraire, son action héroïque serait belle et bien oubliée parce que le Ministère avait d'autre chose en tête, mais connaissant suffisamment bien les enfants pour savoir qu'un garçon de onze ans serait déjà diablement content d'être remercié par le Ministre et le Ministère pour service rendu à la patrie.
- Bien, continua-t-il en se levant. Allons-y rentrons au Ministère ! Ginevra, je vous enverrai des Aurors dans quelques minutes pour venir chercher ce mercenaire, qu'il réponde de ses crimes devant la cour. Ils apparaitront au portail de l'école peu de temps après que nous aurons quitté votre bureau.
- Très bien, Monsieur le Ministre. Et merci.
Il lui sourit avant de mener de plusieurs gestes rapides et désordonnés des bras ses collaborateurs vers la cheminée. Quand ils eurent disparu à travers les flammes, Colbert se tourna vers elle et pour la première fois depuis toutes ces années, Ginny put voir à quel point il pouvait être sérieux et grave.
- Alors, il est revenu ?
- Il n'est jamais vraiment parti, Monsieur le Ministre.
Il soupira lourdement puis, sans un mot, il se retourna et disparut à son tour dans la cheminée. Ginny resta là, immobile, un long moment après, regardant les flammes vertes disparaître et le silence revenir dans son bureau, désagréablement épais. Elle ne savait pas ce que l'avenir leur réservait mais elle ne présageait rien de bon. Ron avait fait parler de lui pour la première fois depuis des années. C'était un peu comme si une partie d'échec venait de commencer et Ron avait été le premier à bouger un pion – maintenant c'était à elle de jouer mais elle n'était pas sûre de connaître suffisamment les règles pour gagner. Ron avait toujours été beaucoup plus stratège qu'elle – et que tous les autres… Mais elle ne perdait pas espoir, il y avait de grandes chances pour que cette partie fût la dernière de Ronald Weasley et elle comptait bien être celle qui le mettrait en échec et mat.
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16 janvier 2018, Poudlard, Infirmerie, 18h50
Il y avait des voix. Des voix énervées, un peu tristes, un peu méfiantes aussi. Tim ouvrit difficilement les yeux, fronça les sourcils. Il se sentait… fatigué. Très fatigué et meurtri comme si un groupe de centaures avaient piétiné son corps entier. Regardant autour de lui, il se demanda pendant un moment où il se trouvait avant de remarquer les rideaux et les draps blancs qui maculaient les lits – enfin son lit parce que les rideaux étaient tirés, l'empêchant de voir autour de lui.
Tim aurait aimé se redresser mais il ne pensait pas pouvoir bouger. Cependant il essaya quand même, commençant doucement par les doigts – et sa main répondit sans le faire hurler de douleur alors il tenta de remuer un peu les bras. Ça répondait. Ça répondait plutôt bien même. Parfait – ça voulait dire qu'il n'était pas trop abimé alors. Bien. Tim serra les dents – très fort quand il prit sur lui pour se redresser contre les oreillers.
Tendant l'oreille pour essayer de capter les voix qui l'avait réveillé, il fronça les sourcils quand il entendit la voix caractéristique du professeur Thomas.
- La baguette a été détruite.
Attendez ! Quoi ? Non ! Non, c'était impossible ! Une vague de panique l'engloutit soudainement et Tim haleta, fort. Il plaqua brusquement sa main sur sa bouche pour que le professeur Thomas et son interlocuteur ne l'entendent pas et continue de parler comme s'il était encore endormi. Mais Merlin, il sentait les larmes monter au bord de ses yeux – pourquoi… pourquoi avaient-ils détruit cette baguette ? Elle était importante et Tim… Tim l'aimait bien, il se sentait bien avec elle. C'était surement un peu bête parce que c'était une simple baguette mais il ressentait une sorte de… connexion avec elle – peut-être parce qu'il avait failli mourir pour l'avoir. Ça créait des liens, forcément.
- Si tu ne voulais pas que ton frère mette la main dessus, on aurait dû faire ça il y a de ça déjà des années.
L'interlocuteur était donc la directrice Weasley mais Tim était trop choqué par ses paroles pour être vraiment étonné que l'identité de l'interlocuteur du professeur Thomas. C'était… L'homme du miroir c'était Ronald Weasley. Il avait cherché à retrouver cette baguette. Pourquoi ? Qu'avait-elle de si important pour que le mage noir le plus recherché de la planète veuille mettre la main dessus ? Tim frissonna en se rappelant qu'il l'avait tenue entre ses doigts, il avait détenu ce que le meurtrier de ses parents avait rêvé de posséder. Bien fait pour ta gueule, connard. Il était fier maintenant, plus que fier même d'avoir contrecarré les plans de Molnar parce que ça voulait dire mettre des bâtons dans les roues de Ronald Weasley.
Il regrettait juste de ne plus l'avoir avec lui – de savoir qu'elle était détruite. Il sentit une sorte de panique grandir dans son corps, prenant naissance dans le creux de son ventre et montant jusqu'à son cœur. Pourquoi avaient-ils jugé bon de détruire ce simple morceau de bois ? Il ne voulait pas qu'elle soit coupée, enflammée ou qu'importe. Il voulait l'avoir avec lui, la garder pour lui seul. Une voix lui susurra qu'il voulait simplement avoir ce que Ronald voulait désespérément – mais il la fit taire brusquement. Ça n'avait rien avoir, c'était plus… profond. Plus incompréhensible surtout.
Les mâchoires serrées étroitement tant que ses dents semblaient grincer, Tim bougea prudemment pour tâtonner les draps autour de lui, prit d'une certaine hystérie stupide, et ses sourcils se froncèrent quand il sentit… quelque chose de dure caché près de son corps sous le doux tissu. Etait-ce… ? Ses yeux s'agrandirent de surprise quand ses doigts retracèrent la forme caractéristique d'une baguette et il pouvait voir – sentir – les deux petites sphères qui maculaient le manche de bois sombre. Elle était là, sa baguette. Pas vraiment la sienne mais plutôt la baguette avec un grand L. La baguette. Alors le professeur Thomas avait menti – elle n'avait pas été détruite, elle était là, dans ses mains.
Pourquoi ? Pourquoi mentir à la directrice ? Pourquoi mentir sur ça ?
Tim fronça les sourcils, clairement perplexe mais incroyablement soulagé d'avoir retrouvé cette fameuse baguette engloutie – plus vraiment engloutie maintenant, belle et bien récupérée.
- Oui, je sais… Je sais… le plus important c'est que ce soit fait maintenant. Merci Dean.
- De rien, Ginny, j'aurais dû le faire moi-même il y a bien longtemps, même si tu ne le voulais pas.
Tim imagina la directrice hocher la tête, d'accord avec les propos de son collègue – puis les bruits de pas s'entendirent, s'éloignant de son lit, et il n'eut pas besoin de regarder à travers les rideaux pour savoir que Mme Weasley avait quitté l'infirmerie. Et lorsque les rideaux furent brusquement tirés par son professeur d'Histoire de la Magie, Tim ne fut qu'à peine surpris. Il rencontra le regard brun de son professeur et même si ce dernier souriait, Tim pouvait voir qu'il était beaucoup plus grave qu'habituellement.
- Monsieur Hamilton, je suis heureux de voir que vous êtes enfin réveillé.
- J'ai dormi longtemps ?
- Quelques jours, répondit Thomas en haussant les sourcils comme si ce n'était rien de grave.
Mais Tim sentit ses yeux s'agrandirent de surprise. Quelques jours ? Woua, il pensait qu'il se serait évanoui pendant quelques heures tout au plus, pas des jours. Au nom de Merlin c'était un miracle qu'il avait encore la baguette – et ses amis devaient se faire un sang d'encre. Il épia chaque mouvement de la part de Thomas quand ce dernier se rapprocha de son lit, trop choqué pour restreindre ses petites manies paranoïaques.
Le professeur s'installa sur une chaise près du matelas, décontracté, serein, mais quand même un peu tendu s'il devait se fier à la ligne raidie de ses épaules carrées.
- Soyons clair, voulez-vous Timothy – puis-je vous appeler Timothy ?
Trop surpris pour parler, Tim hocha simplement la tête. Son ventre se tordit, anxieux qu'il était sur la discussion qui n'allait pas tardé à être lancée. Ils allaient parler de la baguette, ils allaient parler du temple, ils allaient parler des êtres de l'eau – et de son cauchemar, et de sa bêtise. Rien de bien réjouissant – bien au contraire, il allait se faire remonter les bretelles pour sa stupidité.
- Bien, sourit le professeur. Je sais que vous avez encore la baguette avec vous, Timothy, et je vous promets de ne rien dire à la directrice si vous me la remettez.
- Qu'est-ce que vous allez en faire ?
Thomas lui sourit, bienveillant, comme s'il parlait à un petit enfant capricieux – ce qu'il était peut-être parce que, merde, c'était qu'une baguette alors pourquoi ne pouvait-il pas simplement la donner à son professeur. Juste la céder, l'abandonner alors que sa main se serrait étroitement autour du manche de bois et que sa paume devenait moite à l'idée de ne plus la tenir entre ses doigts.
- Je vais la détruire, comme ça aurait dû être fait il y a bien longtemps…
- Mais pourquoi ?
- C'est compliqué. Tout ce que vous devez savoir c'est que cette baguette est très dangereuse et qu'elle pourrait mener ce monde à sa perte si elle tombait dans de mauvaises mains. Vous comprenez ?
Difficilement, Tim déglutit, imaginant ce que Ronald aurait pu faire avec une baguette dangereuse. Il ne connaissait pas l'étendue du pouvoir de cette baguette mais il croyait Thomas quand il disait qu'elle était très dangereuse. Ce fût pour cela que, doucement, il attrapa le morceau de bois sous le drap qui le recouvrait et il le tendit à son professeur – un peu à contrecœur. Et il pressa ses lèvres l'une contre l'autre pour ne pas hurler quand son vis-à-vis l'attrapa et la lui arracha doucement.
- Merci, Timothy. Vous avez fait le bon choix.
- Hum…
Il n'était pas convaincu mais il ne débattrait pas avec son professeur. Pas alors qu'il avait envie de pleurer pour une baguette au cause de laquelle il avait failli perdre la vie.
- Timothy… Pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous avez pensé que ce serait intelligent de descendre dans le lac tout seul ?
- Je ne sais pas, Monsieur. Je savais juste que le professeur Molnar recherchait quelque chose et je ne voulais pas qu'il mette la main dessus.
Ça semblait bête dit comme ça. Très puéril. Il ressemblait à un petit garçon qui voulait montrer à ses parents qu'il était un adulte mais qui se retrouvait à être sauvé par un véritable adulte.
- Vous n'avez pas pensé qu'un professeur aurait été plus à même de mener à bien cette mission ?
- Je trouve que je m'en suis plutôt bien sorti, vous ne trouvez pas ?
Il ne savait pas d'où lui venait son impertinence mais ça l'énervait que Thomas le prenne pour un pauvre petit garçon incompétent. Il avait quand même survécu, il avait empêché Molnar de mettre la main sur la baguette, il s'en était sorti – alors quoi ? A quoi bon lui faire la morale ? Il glissa un petit regard vers son professeur et il fut surpris de voir un petit sourire sur ses lèvres.
- C'est vrai, ce serait mentir que de dire le contraire. Vous vous en êtes plutôt bien sorti, Timothy. Mais vous avez bien conscience que je ne peux pas explicitement vous féliciter, ce ne serait pas très… professionnel de ma part.
Il pouvait le comprendre. C'était sans doute mal vu qu'un professeur félicite un élève pour avoir transgressé au moins une trentaine des règles de l'école. Le conseil sauterait sans doute au plafond pour de tels remerciements.
- Pourtant… Je peux vous assurer que le Ministère vous adresse ses plus sincèrement remerciements pour services rendus à l'école et à la nation…
Les yeux de Tim s'écarquillèrent de surprise. Le Ministère ? Service rendu à l'école et à la nation, rien que ça ? Merlin, il allait tourner de l'œil. Forcément. Comment cela pourrait-il en être autrement ? Le ministre de la Magie le remerciait, lui, pauvre petit orphelin. C'était presque un miracle. Il n'avait pas eu conscience que d'empêcher Molnar de mettre la main sur cette baguette relèverait d'un service rendu à la nation. Ça ne pouvait pas être si important, si ? Etait-elle si dangereuse que ça ? Visiblement, si Thomas ne lui mentait pas.
- Par contre ce que vous avez fait était incroyablement stupide et dangereux. Vous en avez conscience, n'est-ce pas ? Vous auriez pu y laisser la vie.
- J'en ai conscience.
- C'est bien, parce que je ne voudrais pas que cela se reproduise. Ne vous mettez plus en danger ainsi, parlez-en à un adulte la prochaine fois. Ne jouez pas au héros, votre vie m'importe comme celle de tous les élèves de cette école et je m'en voudrais terriblement s'il vous arrivait quelque chose, Monsieur Hamilton.
Thomas marqua une petite pause, baissa légèrement le menton, sans le quitter des yeux – et Tim put voir toute la sincérité, tout le sérieux de son professeur. Il comprenait sa requête, il acceptait aussi. Ce n'était pas compliqué de comprendre ce qu'il voulait dire. Un professeur – un bon professeur – prenait soin de ses élèves et avait à cœur leur bonne santé. Il hocha la tête en silence mais n'en pensant pas moins – il ne se jetterait plus tête la première dans les problèmes, il en parlerait à des adultes plutôt que de sauter pieds joins dans un nouveau lac noir.
- Mais, et cette fois c'est le sorcier Dean Thomas qui parle et non le professeur, vous avez été formidable en bas, Timothy.
- Merci Monsieur.
Thomas lui sourit de nouveau et il se leva, cachant la mystérieuse baguette dans une de ses poches de robe. Tim souffla, soudainement fatigué, mais il voulait savoir aussi. Savoir ce qu'il était arrivé au professeur Molnar, ce qui allait se passer maintenant.
- Monsieur ?
- Oui ? demanda Thomas en se tournant à demi vers lui.
- Le professeur Molnar… que lui est-il arrivé ? Est-ce qu'il va bien ?
Le professeur d'Histoire de la Magie soupira, ferma un instant les yeux comme s'il avait redouté la question et qu'il aurait aimé être sorti beaucoup plus tôt pour ne pas devoir lui répondre. Tim ne le lâcha pas du regard, curieux et un peu anxieux quant à la réponse qu'il allait lui donner. Il espérait que Molnar allait bien – la dernière fois qu'il l'avait vu, il était figé comme une statue, enfermée dans une sorte d'illusion.
- C'est noble de votre part que de vouloir savoir comment ce mercenaire se porte. Sachez qu'il va bien. La directrice a appelé le Ministère pour qu'ils viennent l'arrêter et il sera jugé très prochainement.
- Et…
- Oui, « que lui est-il arrivé », je sais… soupira Dean. Tu as dû remarquer que la baguette était protégée par les êtres de l'eau d'abord, par des sortilèges de protection ensuite et par un autre sort. Un sort bien plus compliqué, bien plus complexe.
Il garda le silence et Tim frissonna en repensant à la scène qu'il avait vécue – à sa mère, au sang, à Ronald. Etait-ce la conséquence de ce sort bien plus compliqué, bien plus complexe ? Surement… Mais alors comment avait-il fait pour s'en défaire ? Comment avait-il pu réussir là où le professeur Molnar avait été arrêté ? C'était… étrange et incompréhensible. Tim ne pensait pas être plus expérimenté que Molnar, bien au contraire. Mais alors comment était-ce possible ?
- Il est effectivement surprenant de voir qu'un élève de première année a réussi là où un des plus dangereux mercenaires de cette dernière décennie a lamentablement échoué, vous ne trouvez pas ?
- Etrange, effectivement, marmonna Tim peu confiant. Comment vous l'expliquez, vous ?
- Je n'en sais rien… Un malheureux concours de circonstance ? Ou heureux, si nous nous positionnons de votre côté, monsieur Hamilton. Une sorte de coïncidence ? Ou un sortilège défectueux ?
- Peut-être… Peut-être que le sort était affaibli par la présence du professeur Molnar ? Peut-être que c'est ainsi que j'ai pu passer sans encombre ?
Il ne parla pas de la vision. Il ne parla pas du sang, ni de Ron. Ça ne regardait personne sauf lui, il n'était même pas sûr d'en parler à Andreas, Orphy ou Hélia. Il n'avait pas envie de les voir le regarder comme une bête curieuse. Il voulait garder ça secret.
- Oui. Peut-être.
Mais Thomas n'en croyait visiblement pas un mot, Tim savait qu'il était perplexe mais il ne pouvait pas lui expliquer, il ne pouvait pas lui dire ce qu'il avait vu, ce qu'il avait vécu, ce qu'il avait ressenti – il se sentait honteux, presque sale d'avoir vu sa mère, de l'avoir poignardée, d'avoir été accueilli par Ronald comme un vieil ami.
- Ça pourrait expliquer pourquoi j'ai réussi là où il a échoué, n'est-ce pas ?
- Sans doute, oui.
- Puis-je… est-ce que je peux vous demander les conséquences de ce sort ?
Thomas se tourna complètement vers lui, le jaugea du regard un moment – si intensément que Tim voulut se détourner de lui pour l'empêcher de voir à travers lui, directement dans son âme mise à nue. Il n'aimait pas ça. Il n'aimait pas ce genre de regard, ce genre d'intensité. Généralement, il n'appréciait pas d'être placé sous les projecteurs pour cette raison – être jugé, être vu, être lu.
- Il vous enferme dans un monde parfait, un monde où vous êtes tellement bien, où c'est tellement agréable que vous ne cherchez pas à en sortir. Il vous maintient figé dans une illusion, dans une utopie qui vous rend heureux et qui vous fait vous sentir vraiment… Comme un paradis perdu, comme un petit coin où le monde qui est le nôtre n'existe plus et où rien n'a plus d'importance.
La gorge serrée, Tim hocha la tête. Il ne savait pas quoi dire, pas quoi ajouter. Comme Thomas l'avait dit c'était un sort complexe, vraiment compliqué mais plutôt cool. Ce n'était pas un mauvais sort, c'était même plutôt bon, plutôt lumineux. Rien de mal n'en ressortait – normalement. Il ne savait pas ce qui avait mal tourné avec lui, pourquoi son illusion s'était transformée en cauchemar – pourquoi putain ?
- Qu'auriez-vous vu dans cette illusion si le sort avait fonctionné avec vous, Monsieur Hamilton ?
- J'aurais aimé voir ma mère, professeur.
- Je comprends. Et sans doute, auriez-vous pu apprécier ce petit sort finalement. C'est presque dommage qu'il ait été affaibli par Jin, n'est-ce pas ?
- Il est dangereux de se perdre dans une illusion, non ?
Un petit sourire triste se dessina sur les lèvres du professeur Thomas et Tim sentit sa gorge se serrer, l'empêchant de déglutir facilement. Il n'aimait pas cette conversation – il voulait qu'elle se termine, maintenant, que Dean parte et le laisse tranquille. Il voulait dormir un peu et retrouver ses amis – tenter d'oublier ce qu'il avait vu, ce qu'il avait vécu.
- Ce sont de très sages paroles pour une âme aussi jeune. Vous êtes surprenant Timothy Hamilton. Reposez-vous maintenant, avant que l'infirmier Keegaan ne vous force à ingurgiter une de ses immondes potions pour que vous vous endormiez.
Tim eut un pauvre sourire alors que Thomas refermait les rideaux autour de son lit, lui donnant un semblant d'intimité. Un soupire lui échappa et il se tourna sur le côté, se recroquevillant en position fœtale. Les bruits de pas du professeur s'éloignèrent jusqu'à ce que la porte de l'infirmerie se referme derrière lui et Tim se retrouva seul – même si Keegaan devait se trouver quelque part dans les locaux blanchâtres. Fermant les yeux, Tim soupira une nouvelle fois et il se laissa doucement aller – oubliant tout ce qu'il avait traversé jusqu'à ce qu'il ne reste plus que l'oubli et la joie paisible d'une prochaine nuit de repos bien méritée.
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19 janvier 2018, Poudlard, Grande Salle, 8h02
A l'instant où Tim mit un pied dans la Grande Salle, il sut que quelque chose s'était passé. Il venait juste de quitter l'infirmerie. Keegaan l'avait autorisé à prendre son petit déjeuner dans la Grande Salle avec ses amis à condition qu'il revienne en fin de journée pour un examen de contrôle et Tim avait été plus qu'heureux de lui jurer qu'il reviendrait si ça lui permettait de quitter l'infirmerie dès le matin.
Les gens murmuraient. Ils murmuraient de plus en plus fort jusqu'à ce que leur chuchotement devienne un brouhaha qui lui donna la migraine. Il plissa les yeux pour essayer d'atténuer la sensation désagréable qui grandissait sous son crâne puis il essaya de déterminer ce qui était à l'origine de ce remue-méninge. Mais à part les journaux dans toutes les mains, il n'y avait rien de concret alors Tim se rapprocha de sa table en saluant d'un signe de la main Orphéus assit à la table des Gryffondors qui lui sourit en levant un pouce dans sa direction – mais son sourire n'atteignait pas ses yeux et Tim fronça ses sourcils, un peu inquiet maintenant.
- Salut, dit-il en arrivant près d'Andréas.
Assise en face du rouquin, Helia lisait attentivement sa propre Gazette mais elle releva immédiatement les yeux dès qu'elle l'entendit parler et un petit sourire crispa ses lèvres quand elle le vit.
- Hey mon pote, le salua Andréas en le tirant par la manche pour l'obliger à s'asseoir sur le banc près de lui. Comment ça va ? Keegaan t'a laissé sortir ? Il est chiant non ? Il fait peur à Malfoy, elle veut pas l'avouer mais je le sais qu'il lui fiche la trouille avec son bras en moins et sa voix grave.
C'était étonnant de voir Andréas vomir autant de questions. Il n'était pourtant pas adepte de la diarrhée verbale sauf… sauf quand il était nerveux. Mais pourquoi l'aurait-il été ? Il n'avait aucune raison d'être nerveux. Molnar avait été emmené par les Aurors, la baguette avait été détruite par le professeur Thomas, il allait bien. Tout était revenu à la normal. Et pourtant… Andréas continuait de parler, de tout et de rien, le harcelant de questions sans lui laisser le temps de répondre et blablatant sur des trucs qu'Hélia avait fait, qu'Orphy avait dit…
Tim tourna la tête vers Hélia, attendant qu'elle réplique, qu'elle lui dise de fermer sa bouche ou quelque chose qui ressemblerait à la Malfoy qu'il connaissait mais elle ne les écoutait que d'une oreille. Elle hochait la tête comme si elle était d'accord avec ce que racontait le rouquin alors qu'il racontait qu'elle avait crié, fort, dans les couloirs quand Orphy lui avait fait peur – et c'était tellement ridicule que Tim avait envie de rire. Et tout en faisant semblant de les écouter, elle refermait doucement le journal, mine de rien, le pliait en deux puis en quatre pour ensuite le glisser sur la table et finalement le mettre hors de vue, sur ses jambes, sous la table.
- Qu'est-ce qui se passe ?
Ça eut le mérite de faire taire Andréas qui referma brusquement la bouche, si vite que Tim eut peur qu'il se casse plusieurs dents au passage. Hélia le regarda simplement, aussi impassible que d'habitude mais il remarqua ses doigts fermement pressés les uns contre les autres au point où ses phalanges devinrent blanches.
- Dites-moi ce qu'il y a.
- Tim…
- Hélia ? Montre-moi le journal.
Elle échangea un regard avec Andréas et Tim était sûr que si elle n'avait pas dû se retourner, elle aurait aussi supplié Orphy de l'aider. Il secoua la tête, tendit la main à travers la table et inclina la tête sur le côté jusqu'à ce qu'il établisse un contact visuel avec elle.
- S'il-te-plaît.
Ses épaules s'affaissèrent quand elle soupira et il sut qu'il avait gagné. Il faillit sourire quand elle lui donna la gazette mais il ne savait pas ce qui se trouvait entre ses pages et il avait bien l'impression que ce n'était pas quelque chose qui prêtait à sourire. Il l'ouvrit à la première page et il n'eut pas le temps de demander ce qu'il y avait que le titre lui sauta aux yeux – un frisson désagréable le parcourut des pieds à la tête et son ventre se tordit, une subite envie de vomir le rendant fébrile.
DES AURORS ASSASSINÉS, UN MEURTRIER TUÉ
Il y a quelques jours, un mercenaire – Jin Molnar, connu sous plusieurs pseudonymes – avait été appréhendé au collègue Poudlard, l'école de sorcellerie. Nous n'avions pas eu plus d'informations que cela et nous attendions son procès pour pouvoir vous transmettre le plus possible d'informations fiables. Grâce à une interview rapide le jour de son arrestation avec la Directrice, Ginevra Weasley et le Ministre de la Magie, Albert Colbert, nous avons découvert que Molnar avait tenté de voler un objet mystérieux que la Directrice et le Ministre ont préféré tenir secret pour le bien de la population. D'après eux, c'est un élève de l'école qui aurait réussi à empêcher l'homme de s'emparer de son butin. Il aurait ensuite été arrêté par le directeur adjoint, Dean Thomas et enfermé dans les cachots jusqu'à ce que les Aurors viennent le chercher pour l'emmener directement à la prison des sorciers où il devait séjourner jusqu'à son procès.
Cependant, nous avons le regret de vous annoncer que le groupe d'Aurors chargé de son transfert a été sauvagement assassiné. Leurs corps ont été retrouvés hier dans la matinée, non loin de la prison où Molnar devait être amené. Les premières conclusions pointaient vers Molnar puisqu'aucun corps n'avait été découvert et il était évident pour les Aurors en charge de l'enquête que le mercenaire avait réussi à s'échapper pour s'en prendre à ses geôliers. Cependant, quatre heures plus tard, les Aurors ont dû revenir sur leur première hypothèse puisque le corps Jin Molnar a lui aussi été retrouvé non loin du massacre, sauvagement torturé.
L'enquête reste ouverte pour découvrir l'identité de ce tueur de sang-froid qui n'est pas sans rappeler les carnages d'autrefois perpétrés par feu le mage noir Harry Potter, son bras droit Ronald Weasley et le reste de son Cercle. Nous vous rappelons que, bien que la majorité de ces gens soient actuellement en prison, le mage noir Weasley ainsi que quelques membres du Cercle sont encore en liberté et nous vous demandons de rester attentif et de prévenir le Ministère si vous détenez des informations concernant la position d'une de ces personnes recherchées.
Merci de votre compréhension, merci pour votre fidélité à la Gazette du Sorcier.
A la fin de sa lecture, Tim relâcha le journal comme s'il l'avait brulé. Il comprenait pourquoi les autres chuchotaient aussi furieusement. Il n'y avait pas eu un tel massacre depuis des années – même Weasley n'avait pas, ou presque, fait de vague depuis la mort de ses parents. Et là Molnar se faisait assassiner alors qu'il venait d'échouer dans sa mission ? C'était une trop forte coïncidence pour que ce ne fût dû qu'au hasard. Tim le sentait au plus profond de lui : Weasley avait quelque chose à voir là-dedans – et honnêtement, il ne fallait pas être un génie pour comprendre que c'était effectivement le cas.
Et si Weasley commençait à faire de nouvelles vagues, Tim ne voulait pas être là quand il déciderait qu'il voulait reprendre le pouvoir de son défunt ami – les vagues deviendraient un véritable tsunami et il détruirait tout sur son passage.
Tim jeta un regard autour de lui, observant Andreas puis Hélia. Tous avaient l'air inquiet, presque paniqué comme si Weasley allait débarquer d'une seconde à l'autre et tous les tuer – Tim pouvait comprendre. Lui aussi avait peur. Tellement, tellement peur. Savoir qu'il était quelque part le terrifiait déjà avant mais savoir qu'il était proche d'eux, qu'il était toujours vivant, qu'il avait tué de nouveaux sans pitié avait le mérite de le paralyser sur place.
Après tout, il n'était qu'un garçon de onze ans, orphelin à cause de Weasley. C'était plutôt normal d'avoir peur d'un homme capable de tuer aussi sauvagement – un homme qui peuplait ses cauchemars depuis des années.
Mais…
Mais Tim allait essayer de ne pas se laisser abattre. Il avait réussi à empêcher Molnar de s'emparer de la baguette, il avait sauvé la nation d'après le Ministère. Il n'allait pas laisser Ronald Weasley gâcher la fin de son année scolaire, peu importait à quel point il avait peur de lui. Tim allait donner tout ce qu'il avait pour avoir de bonnes notes, pour valider son année et pour que la vieille Katleen soit un tant soit peu fière de lui – si la directrice de l'orphelinat pouvait un jour être fière d'un enfant pour ses résultats scolaires. Et si Weasley se faisait encore remarquer, alors il laisserait les adultes gérer – comme il l'avait promis au Professeur Thomas – et il ne risquerait plus sa vie comme il l'avait fait avec Molnar, la baguette engloutie et le temple mystérieux. Plus jamais. Il en avait fait la promesse et il comptait bien la tenir.
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Oui je sais je suis en retard. Pardooon ! J'espère que cette suite vous plaira ! Des bisous les gens
