Note : Cette histoire n'est pas terminée. Pour le moment, j'ai écrit 14 chapitres sur 37… Il y aura une coupure dans la publication au dixième chapitre (je vous jure il n'y aura pas de cliffhanger) pour que je puisse continuer d'avancer. Cette histoire a été mise en pause pendant des années mais je me suis remise à l'écrire grâce à vos commentaires donc faites vivre cette histoire, s'il vous plait, pour qu'elle puisse avoir une fin un jour !
Disclaimer : Rien ne m'appartient, ni Harry Potter, ni Hannibal (série), tout est à JK Rowling, Thomas Harris et Bryan Fuller.
Bêta-Reader : Chipuliara !
Série : Quelqu'un pour qui… Tome 3 : Quelqu'un pour qui revenir.
/ ! \ AVERTISSEMENTS / ! \ : Cette histoire est réservée à un public averti. Elle contient du slash (relations entre hommes). Il y a plusieurs sous-entendus sexuels et des relations sexuelles explicites. C'est un Dark!Harry et un Dark!A-peu-près-tout-le-monde. Les personnages sont donc OOC et plutôt timbrés. Présence de Violences physiques et morales, Cannibalisme, du gore, du drame, de l'humour noir (voir très noir…) et d'un langage vulgaire.
Il n'y a pas besoin d'avoir vu la série Hannibal pour comprendre la fiction PAR CONTRE IL EST NÉCESSAIRE D'AVOIR LU LE TOME 1 et le TOME 2 POUR COMPRENDRE CETTE HISTOIRE !
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Chapitre 5
19 juillet 2018, Poudlard, Salle des Professeurs, 7h50
Assis à la table en bois pour le moment vide de toute vie, Dean se demanda encore une fois pourquoi il se sentait obligé de se lever si tôt pendant les vacances pour finalement se retrouver seul dans une salle vide. Un bâillement lui échappa et il ne chercha pas à le retenir, allant même jusqu'à l'accentuer avec un son qui aurait fait pâlir d'écœurement la vieille McGonagall. Il s'étira, sentant son dos craquer à son mouvement – et il secoua la tête pour essayer de faire disparaître la fatigue qui alourdissait ses paupières.
Etonnement, ça sembla marcher et Dean se pencha sur la table pour lire le journal posé sur la surface lisse. Les nouvelles n'étaient pas… pas vraiment bonnes. On parlait encore du meurtre de Molnar – ou peu importait comment il s'appelait en réalité – et de l'assassinat des Aurors qui l'accompagnaient jusqu'à la prison. L'enquête n'avait rien donné, pas encore du moins – mais Dean doutait qu'ils trouveraient quoi que ce fût. Il était sûr que c'était le fait de Ronald – qui d'autre aurait pu commettre pareil massacre ? Sur les photos, il avait pu reconnaître la patte du meilleur ami d'Harry Potter, mais il n'avait aucune preuve concrète pour aller le dénoncer aux Aurors. Mais de toute façon, qu'est-ce que ça aurait pu changer ? La majorité des sorciers savaient parfaitement que Ronald Weasley se trouvait derrière ce carnage… mais personne ne savait où se trouvait le mage noir, personne ne pouvait aider à sa capture.
Dean soupira en tournant doucement une page de la Gazette et il faillit s'étouffer avec sa salive à la vue du titre qui s'étalait devant lui.
FONTAINE DE JOUVENCE : WEASLEY AURAIT-IL PU LA TROUVER ?
Putain de bordel de merde… Dean toussa fortement pour essayer de reprendre sa respiration. Est-ce que c'était possible ? Est-ce que Ronald aurait vraiment pu trouver la Fontaine de Jouvence – la putain de véritable Fontaine de Jouvence ? Si c'était vraiment le cas, si ce n'étaient pas que de simples rumeurs, Ron serait alors presque immortel – le temps n'aurait plus aucun impact sur lui et il ne mourrait que si quelqu'un réussissait l'exploit incroyable de l'assassiner. Dean sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine – ça voulait dire que…
La porte s'ouvrit derrière lui, suffisamment fortement pour le faire sursauter. Dean referma précipitamment le journal et se retourna vers l'homme qui venait d'entrer en soufflant énergiquement.
- C'était l'entretien d'embauche le plus loooong de toute ma carrière ! s'exclama-t-il en s'avançant vers la table où il s'installa en soupirant une nouvelle fois.
Dean lui sourit doucement, presque en demi-teinte. Etienne Morel était un homme qui avait l'air bien en tout point, mais Dean se méfiait des hommes « biens ». Jin Molnar avait semblé être un homme bon, lui aussi, et pourtant il s'était révélé être un mercenaire à la botte de Ronald. Chaque sourire, chaque visage bienveillant, chaque œil pétillant, chaque beauté pouvait cacher un espion, un mage noir. Il était bien placé pour le savoir : Harry avait toujours été souriant, magnifique, et pourtant Merlin seul savait à quel point il avait fait du mal aux autres.
- On a déjà eu quelques problèmes…
Il resta quelque peu évasif, parce qu'il savait que son interlocuteur était Français et qu'il y avait peu de chance qu'il eut un jour entendu parler de Maugrey et de son usurpateur, Barty Croupton Junior. La possibilité que Ronald s'infiltre dans l'école avec une méthode employée jadis par un mangemort avait stressé Ginny pendant des semaines jusqu'à ce que Dean lui chuchote à l'oreille qu'il existait un moyen. Et si les entretiens duraient six longues heures c'étaient uniquement pour cette raison.
Mais Dean le reconnaissait volontiers. C'était long six heures, surtout quand il fallait les passer en tête à tête avec Ginny et lui-même dans le bureau de la directrice. Il avait tout d'abord pensé que Ginny se réglerait des entretiens d'embauche seule mais elle lui avait demandé de l'accompagner pour pouvoir repérer les comportements étranges ou ceux qui ressembleraient de près ou de loin à celui de Ron – après tout, elle était sa sœur et il avait passé plusieurs années à le côtoyer régulièrement, ils étaient les plus à même de reconnaître le mage noir même sous polynectar.
- Je comprends, bailla Morel en chassant une mouche invisible avec sa main. Mais je ne suis là que pour un an, vous savez ? C'est juste un travail temporaire, je ne vois pas pourquoi j'ai dû passer autant de temps à répondre à des questions et à remplir tant de papiers.
Il avait l'air excédé et Dean pouvait le comprendre. Ce n'était pas évident de rester assis dans le bureau directorial, à simplement se vendre, à se justifier, à prouver sa valeur et surtout à vanter ses connaissances générales et spécifiques. C'était éreintant – pour les candidats et pour eux. C'était pour cela que Ginny avait pensé à accueillir les prétendants au titre de professeur de préférence en fin d'après-midi – ainsi après l'entretien, les personnes pouvaient facilement rester au château pour se reposer et repartir le lendemain après le petit déjeuner.
Pour l'instant, chaque candidat avait prouvé leur véritable identité. Personne n'avait pris de polynectar, personne n'avait essayé d'être quelqu'un qu'il n'était pas. Ils avaient été eux-mêmes et malheureusement leur méthode n'avait pas pu empêcher Molnar de s'intégrer – comment auraient-ils pu savoir que derrière cet homme qualifié et vierge de toutes potions, se cachait un meurtrier de sang-froid, un mercenaire terrible, sans foi, ni loi ? Rien ne laissait transparaître sa véritable nature sombre. Leur méthode n'était pas infaillible, loin de là, mais elle permettait au moins d'empêcher Ronald ou toute autre personne malintentionnée de pénétrer dans l'enceinte de Poudlard sous une autre apparence.
- Que disent les nouvelles ? demanda l'homme quand il comprit que Dean ne comptait visiblement pas lui répondre.
- Rien de bien intéressant, sourit-il en soustrayant le journal subtilement.
Etienne plissa un instant les yeux avant de hausser les épaules, l'air de rien, puis il appela un elfe de maison pour lui apporter un bol de café bien noir accompagné d'un croissant au beurre et d'un pain au chocolat. Dean regarda le petit déjeuner de son nouveau collègue – un peu curieux, il fallait bien l'avouer, parce qu'il n'avait jamais gouté à ces viennoiseries qui semblaient merveilleusement bonnes. La prochaine fois, se dit-il, je demanderai la même chose.
- Vous restez combien de temps ?
- Hmmm… marmonna le nouveau professeur en prenant une bouchée de croissant. Je pars aujourd'hui et je reviendrai sans doute le jour de la rentrée.
- Nous avons une réunion le 29 août, vous rencontrerez les autres professeurs à ce moment là.
Dean se leva, repoussant sa chaise doucement, le journal roulé dans son poing. Il devait trouver Ginny, lui montrer cet article, savoir si c'était une vraie information ou une intox. Il aurait le temps de faire connaissance avec son nouveau collègue plus tard – maintenant, ce qui comptait vraiment, c'était Ron et la possibilité qu'il fût devenu immortel en quelques mois seulement.
- Hé Dean ! l'appela Etienne.
Surpris par l'emploi de son prénom par cet homme qu'il allait côtoyer pendant un an, Dean se retourna vers la table qu'il venait d'abandonner.
- Merci.
Un sourire se dessinant doucement sur ses lèvres, Dean lui envoya un clin d'œil et un joyeux « pas de quoi » avant de lui tourner le dos une nouvelle fois. Il quitta la salle, plutôt heureux puisque l'homme qu'ils avaient employé semblait bien sous tout rapport. Un peu comme Molnar, lui rappela une voix vicieuse sous son crâne. Mais son intuition lui disait qu'Etienne Morel ne serait pas un problème pour eux cette année. Peut-être qu'il y aurait d'autres couacs mais rien qui concernerait Morel – de toute façon, il n'y avait jamais une seule année à Poudlard qui se déroulait sans encombre. C'était une habitude qu'ils avaient prise en onze ans de métier. Et Dean ne voyait pas pourquoi ça changerait de si tôt.
Après tout, Poudlard ne serait pas Poudlard s'il n'y avait jamais le moindre problème.
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2 aout 2018, Orphelinat, 15h28
La vie à l'orphelinat avait toujours été ennuyeuse mais, maintenant que Tim avait vécu une année à Poudlard, il avait l'impression de pouvoir mourir à chaque instant tant les secondes passées entre ces murs lui semblaient longues et dérisoires. Poudlard avait été… un petit bout de paradis dans sa vie morne. Revenir à l'orphelinat après avoir passé des jours dans l'immense château d'Ecosse était compliqué psychologiquement. Poudlard c'était un peu comme sa maison maintenant – sa vraie maison. Plus que l'orphelinat ne le serait jamais.
Il avait grandi ici – ces murs imposants, lourds, massifs, austères avaient été les témoins de son enfance spartiate. Et pourtant… Il se sentait plus chez lui à Poudlard qu'il ne l'était ici. Le bâtiment de l'orphelinat n'avait rien d'attrayant, bien au contraire – Tim en avait toujours eu peur. C'était sombre, c'était sévère, c'était… presque douloureux à regarder. Les chambres étaient petites, basiques et simplistes – les couloirs froids, sombres et humides. Leurs besoins étaient à peine satisfaits par le personnel de l'institution, ce qui ne leur permettait pas d'être véritablement heureux.
Tim soupira en tournant brièvement la tête vers la cour où les enfants jouaient avec un ballon en hurlant, en riant et en parlant très fort. Visiblement, certains s'en contentaient très bien. Tim n'arrivait pas à les comprendre. Comment pouvaient-ils être si heureux alors qu'ils avaient goûté à Poudlard, à l'élégant château, à ses courbes majestueuses, à ses chambres spacieuses, à ses lits moelleux et à ces salles bien chauffées ? Ça le dépassait totalement. N'importe qui de sain d'esprit se sentirait à l'étroit ici – mais clairement, il était le seul psychologiquement stable.
Un minuscule sourire se dessina sur ses lèvres quand il vit Orphy taper fortement dans le ballon en ricanant comme un esprit frappeur. Au moins Orphéus s'amusait, contrairement à lui qui s'ennuyait. Vraiment, vraiment beaucoup. Il soupira une nouvelle fois avant d'enfouir son visage entre ses bras, posés sur ses genoux repliés. Plus qu'un mois avant de retrouver la sérénité du château écossais. C'était long, un mois, quand on y pensait. Mais il avait réussi à survivre plus de la moitié de ses vacances d'été alors, en le répétant encore et encore il parviendrait à résister à ces heures d'ennui qui s'annonçaient.
Il se sentait tellement seul… Orphéus était toujours son meilleur ami mais il continuait sa vie comme avant Poudlard – il jouait avec les autres enfants, s'intégrait à des groupes pour rire et ne revenait le voir que le soir dans la chambre qu'ils partageaient depuis des années. Il s'était rapproché de leurs camarades Gryffondors, même s'ils étaient plus âgés que lui, alors Tim continuait à être un solitaire. Ça lui allait. Vraiment.
Majoritairement, il aimait être tout seul. Le silence, le calme le relaxaient, mais Andreas et Hélia lui manquaient. Ils lui manquaient vraiment beaucoup. Leurs piques gentillettes, leur inquiétude silencieuse, leur présence constante, leur aide précieuse, leurs sourires sereins. Il avait besoin de les revoir. Plus que 31 jours avant de les retrouver. Plus que 31 jours… Il n'avait reçu aucune lettre de leur part mais ce n'était pas étonnant parce que Mrs Katleen ne voulait pas qu'ils communiquent avec l'extérieur pendant les vacances – habituellement, il n'y avait personne qui s'intéressait suffisamment à eux pour leur envoyer des lettres. Et les amis qu'ils pouvaient se faire à Poudlard n'avaient donc pas le droit de leur envoyer de hiboux.
Pourtant Tim était sûr qu'Andreas et Hélia lui auraient fait parvenir une lettre s'il avait eu le droit à un courrier quotidien. C'était une idée réconfortante, bien que légèrement triste. Mais c'était bien de savoir que quelque part quelqu'un pensait à lui. Il n'était plus seul maintenant – même si ce n'était pas vraiment évident à l'instant présent. Et bizarrement ça faisait du bien de savoir qu'il y avait des gens, dehors, qui l'attendaient impatiemment pour la rentrée.
Un petit sourire se dessina sur ses lèvres quand il pensa à ses deux amis. Il se demanda ce qu'ils étaient en train de faire alors que lui s'ennuyait comme un rat mort. Etaient-ils dehors pour profiter du soleil ? Hélia devait réviser pour les cours, pour être la meilleure. Andreas jouait probablement avec le balai que sa mère lui avait offert à Noël. Il secoua la tête en relevant le visage de ses avant-bras, laissant les rayons solaires caresser sa peau doucement. Il aurait tellement aimé être avec eux – Andreas et Hélia le comprenaient, l'acceptaient. Avec eux, comme avec Orphy, il avait l'impression de pouvoir être lui-même – et ce n'était pas quelque chose dont il avait l'habitude. Mais il pourrait facilement s'y faire – c'était un sentiment libératoire de pouvoir être soi-même, n'importe quand, n'importe où.
- Ccccc'est pas vrai…
La voix, désagréablement aigüe et horriblement sifflante, le fit sursauter et Tim tourna la tête de droite à gauche à la recherche de cette personne étrange qui le coupait dans ses pensées. Mais il n'y avait personne. Absolument personne. Orphy et les autres continuaient de jouer un peu plus loin. Quelques filles parlaient en rond, dans un coin de la cour de l'orphelinat. Tim était seul. Pourtant… Avait-il inventé cette voix, comme un ami imaginaire pour palier à sa solitude ? Ça avait semblé si vrai, si réel, si proche. Perdait-il la tête ?
- Qui est là ? demanda-t-il, peu sûr de lui.
Et maintenant, il parlait tout seul. Bien, Tim, tu t'améliores. Il souffla, secoua la tête, bien décidé à ne pas se ridiculiser un peu plus en parlant tout seul et en entendant des voix qui n'existaient pas.
- Mais cccc'est que le petit d'homme parle…
Tim sursauta. Non, il ne l'avait pas inventée. Il y avait bel et bien quelqu'un qui lui parlait mais qui ? D'où ça provenait ? C'était proche mais Tim ne voyait personne d'assez téméraire pour se rapprocher de lui.
- Plus bas, humain, jusssste là.
Tim se figea des pieds à la tête quand quelque chose de froid s'enroula autour de sa cheville gauche. Il baissa les yeux, crispé comme si le moindre mouvement pouvait le pousser dans la tombe. Sur sa peau, tranquillement enroulé autour de son membre, un petit serpent blanc le regardait de ses yeux rouges, sa longue langue fourchue goutant l'air autour de lui.
Oh Merlin…
- Tu ssssais vraiment parler, petit d'homme ?
Tim ouvrit de grands yeux, peu sûr de ce qu'il devait répondre. Bien sûr qu'il parlait, comme tout le monde. Mais… tout le monde pouvait-il parler avec un serpent ? Hmm… Tim en doutait grandement, en y réfléchissant un minimum. Il n'avait jamais entendu parler de quelqu'un qui se tapait la discute avec un putain de serpent.
- Est-ce que tu parles, vraiment ? Est-ce que tu me comprends ?
Le serpent releva un peu sa petite tête triangulaire et il l'hocha, plus ou moins humainement. Tim sentit ses yeux s'ouvrirent un peu plus grands, s'écarquillant de surprise et de crainte. Parce que, merde, ce serpent qu'il ne connaissait ni de Merlin, ni de Morgane, était enroulé autour de sa putain de cheville et il pouvait à tout moment décider de le mordre – et devinez ce qui passait juste à côté de sa petite tête blanche… sa putain d'artère !
- Ccc'est étrange…
- Qu'est-ce qui est étrange ?
- Je croyais que le dernier parleur était mort il y a des années de ccccela.
Alors qu'il parlait de cette étrange voix aigüe et sifflante, le serpent commença à remonter le long de la jambe de Tim, prenant bien soin de passer par-dessus le pantalon marron de son uniforme. Il rampa le long de son tibia, puis de sa cuisse, jusqu'à atteindre son bras, où il alla s'installer autour de son poignet, tranquillement. Complètement paralysé, Tim ne bougea pas un instant pendant son ascension, trop occupé à se forcer à respirer calmement. Que devait-il faire ? Parce que peut-être que ce serpent était venimeux. Peut-être qu'il voulait le tuer. Mais en même temps, Merlin ! Il discutait avec un serpent – un serpent.
- Je penssssais pas rencontrer un parleur par icccci.
- Tout le monde ne peut pas discuter avec toi ?
- Bien ssssûr que non !
Le serpent sembla outré pendant un instant et Tim eut peur de l'avoir vexé définitivement. Il se contracta des pieds à la tête – alors qu'il avait réussi à se détendre un petit peu – de peur que l'animal ne l'attaque ou décide de partir sans un regard en arrière.
- Et qui… qui était le dernier parleur connu ? demanda-t-il en essayant de distraire le serpent.
- Hmmm… Je ne l'ai pas connu persssssonnellement mais il avait un nom assssssez commun, il me sssssemble… On en parle beaucoup dans le monde des ssssserpents mais j'ai une mauvaise mémoire, désolée…
Prenant son courage à demain mains, Tim souffla doucement et rapprocha doucement son bras libre de l'autre et, du bout des doigts, il caressa le dessus de la tête triangulaire. C'était doux. Froid, aussi. Ce n'était pas désagréable, en réalité, et Tim recommença quand il vit le serpent en redemander en sifflant, les yeux fermés brièvement.
- Comment t'appelles-tu ?
- Je n'ai pas de nom… Pas comme l'entendent les humains en tout cas, siffla le serpent sans ouvrir les yeux.
- Puis-je t'en donner un ?
Le serpent ouvrit rapidement les yeux et il resta longtemps sans rien dire, se contentant de le regarder fixement, goutant l'air autour de lui. Tim ne bouge pas un instant, laissant l'animal faire ce qu'il devait – il sentait que c'était un moment important, trop important pour le briser en parlant pour ne rien dire ou en bougeant pour un rien.
- Oui, tu peux, dit finalement l'animal après un long moment d'attente.
Tim relâcha son souffle, sachant qu'il avait réussi à passer correctement un test. Et il se sentait bien, maintenant. Alors que le serpent délaissait son poignet pour ramper le long de son bras, Tim réfléchit au nom qu'il pouvait lui donner pour avoir la chance de pouvoir le nommer. Plusieurs idées envahissaient son esprit quand il se demanda s'il avait à faire à une femelle ou à un mâle. Pas que cela fût vraiment important mais Tim ne voulait pas vexer son nouvel ami.
- Es-tu un mâle ou une femelle ?
- Une femelle…
Le serpent se glissa dans son col, lui arrachant un petit rire sous la sensation de chatouilles qui l'envahit quand le corps glissant de l'animal toucha sa peau sensible. Il sentit sa nouvelle amie s'enrouler autour de son cou, posant sa tête dans le creux de son épaule, à l'endroit même où battait son cœur.
- Savanah te convient-il ?
- Tout ce qui te convient, maître, me convient.
- Je ne suis pas ton maître.
Quelque chose se chamboulait dans son corps alors que le serpent l'appelait maître avec tant de révérence dans la voix. Il ne voulait être le maître de personne – et de ce qu'il en savait jusqu'à aujourd'hui, personne n'avait voulu de lui pour maître.
- Ssssi, assura le serpent. Je t'ai choisi, je t'ai autorisé à me donner un nom. Tu es mon maître, petit d'homme.
Savanah sembla soupirer dans son cou comme si elle se repaitrait de sa chaleur et Tim n'aurait pas été surpris de la voir s'endormir et se mettre à ronfler en sifflant – si un serpent pouvait ronfler, bien évidemment.
- Viendras-tu avec moi à Poudlard ?
- Bien sûr, petit d'homme, je ne te quitte plus maintenant que je t'ai trouvé.
Et Tim sourit. Il sourit de toutes ses dents pour la première fois depuis un mois parce qu'il avait un serpent maintenant, un ami qui ne le quitterait jamais, qui resterait avec lui tout le temps. Et ça faisait du bien. Psychologiquement. Vraiment, beaucoup de bien.
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Allongé sur son lit, sur le ventre, Tim lisait un livre tout en caressant du bout de l'index la tête de son serpent. Enfin…Il essayait de lire son bouquin – bien qu'il le connût déjà par cœur. Ce n'était cependant pas simple de se concentrer sur les mots imprimés quand on avait une personne qui parlait à son oreille – ou plutôt qui hurlait dans son oreille.
- T'es complètement malade !
Tim leva les yeux au ciel. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait cette phrase. Ça semblait être les seuls mots qu'Orphy connaissait en cet instant. Les seuls qui tournaient en boucle dans la chambre, comme un vieux disque rayé qui ne pouvait pas passer à autre chose. Tim soupira, ferma son livre et se tourna vers son meilleur ami.
- Tu l'as déjà dit…
- Et je continuerai à le dire jusqu'à ce que tu changes d'avis !
Debout au milieu de leur petite chambre austère, Orphéus se tenait droit comme un poteau, les poings sur les hanches, les yeux plissés d'incrédulité et de colère. Tim se sentait presque pris dans les phares d'une voiture volante – puis il se rappela que son meilleur ami avait beau être son meilleur ami, il n'avait rien à se reprocher. Savannah l'avait adopté et qui était-il pour refuser l'amitié d'un serpent aussi beau ? Si elle voulait rester avec lui, si elle souhaitait l'accompagner à Poudlard, il ne voyait pas de raison de dire non.
- Et si je ne change pas d'avis ?
Orphy soupira lourdement, et ses épaules semblèrent tomber d'un seul coup comme si le poids du monde venait de s'abattre sur lui brusquement. Tim se décala un peu sur le côté, lui laissant suffisamment de place pour venir s'y écrouler. C'était disgracieux mais vu le regard désespéré de son ami, Tim préféra ne pas faire de remarque.
- Tu ne peux pas garder un serpent, Tim. Tu ne peux pas t'attacher à lui alors que nous retournons bientôt à Poudlard.
Tim haussa les épaules, un peu désabusé par la situation. Il ne pensait pas qu'Orphy réagirait ainsi, il pensait plutôt qu'il trouverait ça cool et impressionnant – il semblait juste effrayé par Savannah et Tim en était presque désolé pour lui. Savannah n'était pas méchante, seulement un peu cynique parfois mais peut-être que tous les serpents étaient ainsi – Tim ne savait pas, c'était le premier qu'il rencontrait et surtout à qui il parlait. Orphy n'avait aucune raison d'avoir peur, mais comme il ne semblait pas pouvoir communiquer avec le reptile comme lui le faisait, c'était à Tim de lui expliquer qu'il n'avait rien à craindre. Tant que Savannah serait avec lui, elle ne ferait de mal à personne.
- Je vais l'emmener à Poudlard avec moi.
Il n'avait pas voulu le dire aussi brusquement mais c'était sorti tout seul, il n'avait pas pu s'empêcher. Les yeux de son meilleur ami s'ouvrirent en grand, comme deux immenses chaudrons, et Tim aurait pu éclater de rire tant il semblait stupéfait.
- Tu n'y penses pas, hein ?
Il l'implorait presque et Tim se contenta de bouger la tête pour lui faire comprendre que si… si, il y pensait vraiment, et il comptait bien le faire. Il aimait bien son serpent et il ne voulait pas prendre le risque que Savannah se trouve un autre compagnon – un autre maître. Orphy secoua à son tour sa tête, visiblement désespéré par la situation et souhaitant avoir mal compris tout ce qu'il lui avait dit.
Puis finalement, Tim put voir le moment exact où son ami se résigna. Ce fut marqué par un grand soupir impuissant et exaspéré puis par la chute contrôlée de son buste sur le matelas. Totalement allongé sur le dos, les yeux fixant le plafond, Orphy soupira une nouvelle fois et Tim sourit tendrement tapotant gentiment la tête de son serpent qui n'avait visiblement rien compris à la conversation.
- Tu es complètement dingue…
- C'est pour ça que tu m'aimes !
La tête d'Orphéus pivota vers lui et ses lèvres s'étirèrent en une mimique mi-désespérée, mi-attendrie.
- Ouais, ça doit être pour ça.
Satisfait par sa réponse, Tim se détourna de lui, se rallongeant tant bien que mal maintenant que son ami avait élu domicile sur son matelas. Il le poussa un peu du bout des pieds, étendit ses jambes jusqu'à ce que ses tibias se reposent sur les cuisses de son ami et il soupira quand des doigts chauds virent se poser sur ses mollets – juste… immobiles, présents.
Tim rouvrit son livre et plus déterminé que jamais, il rechercha la phrase à laquelle il s'était arrêté puis, sur une dernière caresse sur le crâne de Savannah qui siffla de remerciement, il se replongea dans le bouquin – avec l'impatience de retourner à Poudlard pulsant dans sa poitrine.
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Dimanche 2 septembre 2018, Poudlard Express, 11h30
Savannah avait trouvé sa place favorite. Autour de son cou. Ça ne dérangeait pas Tim, heureusement, parce que le serpent avait déclaré manu militari qu'elle s'installerait là parce que c'était chaud, qu'elle pouvait ainsi sentir les battements de son cœur et qu'elle ne se sentait pas aussi ballotée qu'autour de son poignet. Tim avait haussé les épaules quand elle lui avait sifflé au visage qu'il n'avait pas son mot à dire, qu'elle s'installerait là un point c'était tout. Peu lui importait où elle s'installait tant qu'elle se tenait tranquille, tout lui allait.
Ils s'étaient plutôt bien apprivoisés en un mois. Tim appréciait la présence constante de sa nouvelle amie sur sa peau. Il aimait l'entendre parler, savourait ses critiques et riait de ses bouderies. Et visiblement Savannah l'appréciait suffisamment pour rester alors que le monde aurait pu l'accueillir. Mais pour rien au monde Tim ne l'aurait rejetée – elle s'était faite une place dans sa vie et il était sûr qu'il y aurait un vide incroyable si elle décidait de partir loin de lui un jour.
- Ccce petit d'homme a vraiment d'horribles goûts, siffla-t-elle justement à son oreille.
Tim se contenta de secouer la tête en passant devant un garçon qui portait un ciré jaune par-dessus un pantalon vert foncé. C'était moche, mais Tim n'aurait jamais osé le dire à qui que ce fût avant. Mais maintenant… Maintenant qu'il savait être le seul à pouvoir communiquer avec Savannah, il se permettait parfois quelques remarques déplaisantes – bien que peu en comparaison de l'énorme quantité qui sortaient de la gueule du serpent.
- Hey Tim ! Ils sont ici !
Le susnommé releva la tête vers Orphéus qui venait de l'interpeller, à l'autre bout du wagon. Il secouait la main, perché sur la pointe des pieds, son autre main pointant la porte vitrée sur sa droite. Tim sourit et pressa le pas, s'excusant pour les pieds écrasés et pour les coups donnés en passant. Savannah rigola – enfin s'il traduisait son sifflement saccadé par un rire version reptile – quand il bouscula une fillette bien plus petite que lui qui faillit s'écrouler au sol. Il s'excusa, encore, et quand il vit que ses amies la retenaient, il continua sa route sans faire attention aux remarques sarcastiques de l'animal autour de son cou.
- Tais-toi, souffla-t-il à son tour quand un élève beaucoup plus âgé que lui le regarda de façon soupçonneuse.
Il ne savait pas s'il avait le droit d'emmener un animal autre qu'un chat, qu'un crapaud ou qu'une chouette. Il n'avait pas demandé à Miss Katleen parce qu'elle aurait pu le renvoyer de l'orphelinat si elle avait su qu'il cachait un serpent – « susceptible de mordre les autres enfants… » il pouvait presque déjà entendre sa voix et son regard outré.
- Tu dois te faire discrète, Savannah, je ne sais pas si j'ai le droit de t'emmener à Poudlard, chuchota-t-il aussi discrètement que possible lorsqu'il arriva près d'Orphy qui l'avait attendu jusque là.
- Tout va bien ? demanda justement ce dernier.
Sans attendre sa réponse, il ouvrit la porte du compartiment où se trouvaient Hélia et Andreas. Tim comprenait parce qu'il y avait de plus en plus de monde dans l'étroit couloir du train et il avait lui aussi vraiment hâte de s'éloigner de la foule.
- Oui, je rappelais juste à Savannah qu'elle doit être discrète si elle ne veut pas qu'on ait des problèmes.
Il avait cru parler doucement mais Hélia et Andreas ne devaient pas être plongés dans une intense discussion parce que Tim réalisa bien vite que seul le silence les entourait et que les yeux de ses deux amis étaient tournés vers lui, interrogateurs.
- Qui est Savannah ?
- Pourquoi tu aurais des problèmes ?
Tim observa Andreas – qui avait parlé en premier – puis Hélia, et il sentit un énorme sourire lui déformer petit à petit le visage tant les revoir lui faisait du bien. Ils lui avaient tant manqué. Ça faisait du bien de revoir les cheveux roux et les tâches de rousseurs sur le visage bienveillant d'Andreas – de revoir les cheveux aussi blonds que les blés et les traits fermés, presque inquisiteurs ainsi que les yeux bleus glacials d'Hélia.
- Je ne pensais pas que tu serais ici Hélia… dit-il subtilement.
Elle haussa les épaules, tourna une demi seconde les yeux vers Andreas et haussa de nouveau les épaules.
- Il n'y avait de place nulle part ailleurs…
Bien sûûûr… Tim se retint de lever les yeux au ciel. Il avait croisé un ou deux compartiments de libre alors ça l'aurait étonné qu'Hélia n'en ait pas trouvé. Elle avait simplement eu l'envie de rejoindre Andreas, parce qu'elle les aimait bien – c'était aussi simple que ça. Hélia Malfoy avait des amis qui l'appréciaient et qu'elle appréciait en retour – Tim n'en avait jamais douté même si elle avait visiblement du mal à admettre ses sentiments à leur égard.
Tim hocha la tête lentement, les bras croisés sur sa poitrine, petit sourire accroché aux lèvres. Il essaya de lui faire comprendre qu'il avait parfaitement compris sa technique mais elle ne détourna pas les yeux, l'affrontant fièrement, les deux sourcils haussés si haut qu'ils formaient deux arcs parfaits.
- Alors… dit-elle d'une voix un peu fanfaronne, comme si elle savait qu'il ne pourrait pas gagner contre elle. Qui est Savannah et pourquoi penses-tu avoir des problèmes ?
Tim sentit son souffle être expulsé de ses poumons aussi surement que si un coup de poing l'avait frappé dans le ventre. Il se laissa tomber sur la banquette en face de ses deux camarades Serpentards alors qu'Orphy s'installait lentement à ses côtés. Devait-il leur dire ? Oui, il n'avait pas envie de leur cacher une information aussi importante mais… le pouvait-il ? Pouvait-il leur dire alors qu'Andreas était le fils de la directrice ? Et s'il lui rapportait qu'il détenait un serpent comme animal de compagnie et qu'elle décidait de le renvoyer ? Et si Hélia avait peur de Savannah et que cette peur, cette crainte était si grande qu'elle réduisait à zéro toutes les petites avancées qu'ils avaient réussi à effectuer l'année dernière ? Et s'ils partaient ? S'ils trouvaient qu'il était dingue, comme Orphy mais qu'ils décidaient de simplement lui tourner le dos ?
- Allez, fais pas ta diva, dis-nous ! sourit Andreas.
Et même s'il ne savait pas ce qu'était exactement une diva, il décida de se fier au sourire de son rouquin d'ami. Il prit une profonde inspiration avant de se lancer :
- Savannah est ma nouvelle… amie…
Il vit les sourcils d'Hélia se froncer et Andreas se tourner vers la porte comme s'il s'attendait à ce que Savannah apparaisse comme par magie devant eux. A côté de lui, Orphy secoua la tête et il entendit plus qu'il ne vit son ami soupirer de dépit.
- Je l'ai rencontrée à l'orphelinat cet été. Elle est très gentille.
- Ce qu'il ne vous a pas dit pas, le coupa Orphéus sans remord. C'est que Savannah est un serpent.
Choqué par son manque de tact, Tim se tourna vivement vers son meilleur ami et il crut qu'il allait lui sauter à la gorge quand il remarqua son petit sourire satisfait. Enfoiré. Savannah siffla quelque chose mais il était tellement plongé dans ses pensées – imaginant toutes les façons de se venger – qu'il ne l'entendit pas. C'était un connard. Vraiment. Comment pouvait-il juste leur balancer ça à la figure alors qu'il avait lui-même eu du mal à accepter cette nouvelle – et étrange – amitié ?
- Un serpent ? répéta Hélia d'une voix froide.
Elle ne le croyait pas. Ça se voyait à son visage totalement fermé, à ses sourcils haussés de scepticisme et à ses lèvres pincées dans une mimique pleine de doutes. A ses côtés, Andreas n'arrivait visiblement pas à faire sortir un quelconque mot de sa bouche grande ouverte, comme figé de surprise. Tim en aurait ri tant la situation semblait ridicule, si seulement ça n'avait pas été une conversation sérieuse… Il soupira.
- SSssssavannah peux-tu sssssortir, sss'il te plait ?
L'animal maugréa – si c'était vraiment possible pour un serpent de bougonner – et elle se fraya un chemin hors de son col pour montrer sa jolie petite tête blanche. Du bout de son index, Tim la caressa tendrement et il ne se retourna vers ses amis que lorsqu'il entendit la mâchoire d'Andreas fracasser le sol. Le rouquin avait l'air prêt à s'évanouir à tout moment et Tim sentit sa gorge se serrer d'appréhension. Hélia, pour sa part, fixait simplement Savannah de ses yeux de glace.
- Allez Andreas ! rigola Orphy. Tu vas pas tourner de l'œil, n'est-ce pas ? Reprends-toi, mec, tu es un Serpentard, tu devrais être en admiration !
- Ce n'est pas…
- Depuis quand tu es un Fourchelang ?
Hélia n'avait visiblement aucun scrupule à couper Andreas au milieu de sa phrase et elle semblait bien plus intéressée par la réponse de Tim que par le début de dispute entre les deux autres.
- Un Fourchelang ?
Hélia leva les yeux au ciel, un soupir visiblement sur le bord de ses lèvres. Elle semblait excédée – ou pire, totalement dépitée – par ce qu'elle venait d'entendre. Tim se ratatina sur son siège, se sentant un peu stupide, et il glissa un regard vers Orphy pour obtenir un peu d'aide de sa part. Mais son meilleur pote se contenta d'hausser les épaules, lui non plus ne comprenant pas ce que la jeune Malfoy demandait.
- Tu te fous de moi, n'est-ce pas ?
- Non ?
Son affirmation ressemblait plus à une question qu'à un vrai « non » franc et massif. Mais après tout, il ne savait pas ce qu'Hélia attendait exactement comme réponse et elle paraissait tellement blasée par leur manque de culture magique qu'il n'assumait pas sa petite ignorance momentanée.
- Aucun de vous ne sait ce qu'est un Fourchelang ?
Devant les signes négatifs qu'elle reçut, Hélia soupira lourdement en secouant la tête. Tim eut un petit sourire en coin qu'il cacha bien vite quand il remarqua le regard noir qu'elle posa sur lui.
- Vous ne lisez donc jamais ! cracha-t-elle avant de prendre une profonde inspiration. Etre Fourchelang signifie parler la langue des serpents. C'est très rare. Salazar Serpentard était un Fourchelang, c'est en partie pour ça qu'il était si célèbre. D'après ce que j'ai lu, ça serait un don héréditaire.
- Ça voudrait dire que Tim pourrait être le descendant de Salazar Serpentard ? demanda Andreas.
- Ça se pourrait, oui.
Tim cacha un rictus en les entendant parce que… Le Choixpeau avait voulu l'envoyer à Gryffondor. Il ferait un piètre héritier si le Choixpeau magique hésitait sur l'appartenance à sa maison. Il n'avait pas été comme Hélia qui avait été répartie sans la moindre ambiguïté, ça avait duré longtemps et il n'avait atterri à Serpentard que parce qu'il ne voulait pas aller à Gryffondor.
- Tu aurais pu nous le dire, reprit Hélia, visiblement un peu en colère.
- Je ne le savais pas, la calma Tim. Pas avant de rencontrer Savannah.
D'un geste tendre, il caressa la tête du serpent toujours autour de son cou et il sourit quand il remarqua les yeux de ses amis se baisser sur l'animal comme s'ils avaient oublié sa présence.
- Vous vous y habituerez, soupira Orphy en s'étalant sur une banquette.
Tim le regarda prendre ses aises, baillant à s'en décrocher la mâchoire. Comme s'il s'était habitué, lui, à sa présence… Il ne sursautait plus quand Savannah se mettait à siffler mais il lui arrivait parfois d'ouvrir de grands yeux lorsqu'elle sortait sa petite tête blanche du col de son tee-shirt. Mais Tim comprenait, ça pouvait être impressionnant. En regardant Andreas et Hélia qui observaient Savannah totalement ahuris – même si Malfoy essayait d'intérioriser un maximum sa réaction – Tim savait que ses amis auraient du mal à accepter le petit serpent autour de son cou. Mais ils s'y feraient à force de la côtoyer, Tim n'avait pas l'intention d'abandonner Savannah, un véritable lien s'était créé entre eux et il tenait beaucoup à elle.
- Alors comment se sont déroulées vos vacances ? demanda-t-il pour essayer de faire diversion quand il les vit l'observer avec insistance.
Tim n'aimait pas se retrouver au centre de l'attention. Mal-à-l'aise, il tapota tendrement la tête de Savannah, lui demandant silencieusement de se cacher de nouveau sous son col. Il remarqua qu'Hélia l'observait toujours suspicieusement, les yeux plissés. Il lui offrit un petit sourire en coin, qu'elle lui rendit sans hésiter. Bien, elle semblait ne pas avoir de problème avec le fait qu'il était un Fourchelang – mais il lui faudrait un peu de temps pour accepter Savannah. Il s'y ferait. Ce n'était pas évident d'imaginer qu'un serpent les côtoierait quotidiennement.
- Comme d'habitude, dit-elle en se redressant sur la banquette.
Elle avait le dos droit, les jambes croisées élégamment, les mains posées délicatement sur ses genoux. Elle faisait très aristocratique dans cette pose – la digne successeur de la famille Malfoy. Il était dommage que Malfoy père les avait fait tomber en disgrâce parce que Hélia aurait assumé son rôle de sang-pur aristocrate et bourgeoise avec une facilité déconcertante.
- Pourrais-tu développer ? questionna Orphy à son tour.
Elle haussa les épaules, négligemment, pendant que ses yeux se tournaient rapidement vers la vitre derrière laquelle défilait le paysage anglais. Tim eut juste le temps de voir une étincelle dans ses pupilles avant que son visage ne redevienne froid et inexpressif.
- C'était… comme des vacances dans un manoir, j'imagine. J'ai beaucoup volé. Et j'ai beaucoup lu aussi. J'ai pris de l'avance sur les cours de cette année.
- Beurk, s'exclama Orphy.
Il secoua la tête comme si rien que le fait d'imaginer ouvrir un bouquin concernant l'école pendant les vacances pouvait le faire littéralement souffrir – ou vomir. Essayant de rester un minimum silencieux, Andreas rigola derrière sa main. Mais même s'il essayait d'être discret, il était évident qu'il se moquait ouvertement d'Orphéus. Tim sourit. Il aimait l'ambiance qu'il y avait entre eux – cette amitié si particulière. Pas encore extrêmement forte mais incontestablement vraie. A part avec Orphy, Tim n'aurait jamais pu imaginer ressentir une si grande amitié pour d'autres personnes.
- Comment as-tu pu passer tes vacances à travailler ? Tu es folle ? se moqua Orphy.
Le regard que lui lança Hélia aurait pu faire geler n'importe quel Feudeymon. Orphéus sembla se tasser sur lui-même pendant un instant, souhaitant se fondre ans la banquette, avant que sa nature de Gryffondor ressurgisse et qu'il se redresse avec fierté.
- On verra si tu diras toujours que je suis folle quand je passerai en troisième année et que tu redoubleras ta deuxième.
Le « nah ! » ne fut pas dit mais il résonna dans l'esprit de Tim comme si Hélia l'avait crié. Il l'imaginait presque tirer puérilement la langue – et il dut se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas rire et se retrouver face au regard-de-la-mort-qui-tue à son tour.
- Personne ne redouble ! s'exclama Orphy, sourcils froncés, visiblement inquiet par cette nouvelle.
- Bien sûr que si, s'invita Andreas. Ma mère m'a dit que c'était rare mais que c'était tout à fait possible. Il y a eu un élève qui a redoublé sa septième année à l'époque de Potter…
Tim frissonna. Pourquoi tout revenait toujours vers Potter… A croire que le monde et son histoire tournaient autour de lui, depuis qu'il avait vu le jour. Comme si tout s'était façonné autour de lui, pour qu'il devienne le personnage principal – jusqu'à ce que chaque évènement, chaque anecdote ramène vers la même et unique personne : Harry Potter.
- Je ne redoublerai pas. Jamais.
La voix d'Orphy était ferme, froide comme si Andreas avait induit qu'il était comme Potter – ou comme ce gars, là, qui avait eu l'erreur de redoubler son année pendant que Potter était à l'école. Comme chaque personne présente dans ce compartiment, personne ne voulait être associé à Potter de près ou de loin – ou de très très très loin. Et pourtant, pour Andreas, Hélia et Tim c'étaient déjà un peu le cas – à cause de son lien de parenté avec Ronald Weasley, à cause de son père et à cause du meurtre de ses parents. Il n'y avait que Orphy – le fait qu'il soit dans la même maison que Potter ne comptait pas. Enfin, pas vraiment.
- Et toi ? Andreas ? Tes vacances ?
Sa voix était douce comme si le fait de parler trop fort pouvait faire exploser le wagon entier. Tim regarda ses amis tour à tour, espérant que son intervention ferait redescendre la tension.
- Nous sommes allés en France avec ma mère.
- Oh ! Ça devait être génial !
Andreas acquiesça d'un signe de tête, visiblement gêné d'avoir eu des vacances plus… géniales que les leurs. Mais ce n'était pas de sa faute si Orphéus et lui étaient orphelins et donc bloqués à l'orphelinat, ni que la famille d'Hélia était des parias et qu'ils ne pouvaient donc pas faire tout ce qu'ils voulaient.
- J'aimerais aller en France un jour, rêvassa-t-il.
- Je suis sûr que tu pourras y aller.
- Et je viendrai avec toi, s'exclama Orphy – ce qui ne l'étonna pas parce qu'ils faisaient tout ce qu'ils pouvaient ensemble.
- Mon père m'a dit que c'était très beau la France. Mais il m'a aussi dit que la Place Cachée ne valait pas le Chemin de Traverse et que Beauxbâtons était un château de pacotille vis-à-vis de Poudlard.
Tim eut un sourire en coin. Ça ne l'étonnait pas de Lucius Malfoy – il ne le connaissait pas encore mais de ce qu'Hélia lui avait raconté, cet homme était un adorateur des sang-purs anglais et de tout ce qui touchait à la magie pure aux Royaume-Unis. Il n'était pas étonnant de l'entendre vanter les mérites du Chemin de Traverse et de Poudlard et de le voir dénigrer l'école Française et sa rue commerçante.
- La Place Cachée est grandiose ! s'exclama Andreas, presque outré.
- Plus que le Chemin de Traverse ?
Tim cacha un sourire quand Hélia haussa un sourcil septique. Elle n'aimait pas avoir tort et visiblement, elle ne laisserait rien passer, elle aurait toujours le dernier mot. Andreas se tortilla sous son regard inquisiteur et Orphy rigola doucement dans son coin. Oui, ils savaient tous les deux comment ça allait se terminer.
- Euh… Eh bien… Elle est du style de la Belle Epoque alors…
- Alors ? insista la jeune Malfoy.
Tim détourna le regard, laissant ses yeux dériver vers le paysage qui défilait à toute vitesse derrière la vitre. Orphy rigolait toujours, essayant d'être discret pour qu'Hélia ne le remarque pas trop – du moins, pour qu'elle ne tourne pas toute son attention vers lui. Un sourire vint se dessiner sur ses lèvres alors qu'Andreas bredouillait quelque chose d'incompréhensible. Il était bien là, accompagné de ses amis un peu tarés mais terriblement attachants. Il n'avait jamais été aussi bien de sa vie – Savannah siffla lentement, visiblement en accord avec ses pensées, avant de se rendormir.
Il espérait que cette année serait aussi bien que l'année dernière – sans un mercenaire à la recherche d'une baguette évidemment. Mais alors qu'Andreas essayait de convaincre tout le monde que la Place Cachée était aussi belle que le Chemin de Traverse sans être totalement convaincu lui-même, Tim ferma les yeux en se disant que, accompagné de ses amis, il pourrait traverser n'importe quelle épreuve – même survivre une nouvelle fois à un professeur assoiffé de pouvoir.
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Samedi 15 septembre 2018, Terrain de Quidditch, 10h02
Le terrain de Quidditch était immense. Evidemment, Tim le savait déjà pour avoir assisté à des matchs l'année dernière mais il prenait une toute nouvelle dimension quand on se trouvait sur le terrain. C'était… impressionnant… Tim se sentait tout petit au milieu des brins d'herbe coupés au millimètre près. Même s'ils étaient pour le moment vides, les gradins qui entouraient le terrain paraissaient gigantesques et imposants comme une muraille infranchissable. Pour l'heure, Tim n'osait même pas imaginer ce qu'il pourrait ressentir s'il rentrait sur le terrain alors que les supporters se massaient dans le stade et scandaient le nom de leur maison.
Ça serait si… pétrifiant. Pétrifiant et excitant. Un mélange improbable de stress et d'émulation. De peur et d'ébullition.
Tim pouvait sentir son cœur battre plus fort dans sa poitrine et ses mains devenir moites. Après avoir posé le balai de l'école, il s'essuya les paumes sur son pantalon. Il ne devait pas être aussi nerveux, ce n'était pas grand-chose au final, juste des sélections. De toutes petites sélections pour rentrer dans l'équipe de Quidditch de Serpentard. Ce n'était pas extraordinaire. Il devait se reprendre. Respirer calmement. Ça ne servait à rien de stresser – s'il n'était pas sélectionné cette année, il réessaierait l'année suivante. Il persévérerait – comme il savait si bien le faire.
En regardant tout autour de lui il remarqua qu'ils n'étaient que cinq, en plus de lui, à avoir fait les démarches auprès du professeur de vol. Que cinq, et aucun n'était de deuxième année. Trois d'entre eux étaient des sixièmes années, un de cinquième et la dernière de troisième. Il était le plus jeune, sans doute le moins expérimenté – mais il allait leur montrer qu'il avait ça dans le sang, comme lui avait dit Orphy.
Il entendait les autres parler comme si de rien n'était et il comprit que ce n'était pas les premiers essais qu'ils faisaient. Grattant l'herbe avec son pied, il essaya de capter une de leurs conversations, espérant grappiller quelque information concernant le déroulement des sélections, mais ils ne parlaient que de la coupe du monde de Quidditch qui s'était déroulée cet été – pas en Angleterre. Ils disaient qu'il y avait eu beaucoup de monde, beaucoup de bagarre et de rires. Que ça avait été trop cool. Tim n'avait pas pu y aller parce qu'il n'avait pas l'argent pour s'acheter une place, un emplacement de camping et une traversée en portoloin. Les Etats-Unis ce n'était pas à côté pour un enfant de douze ans – ni pour un adulte de quarante ans d'ailleurs.
La prochaine coupe du monde se déroulerait en Angleterre, par contre, et il comptait bien économiser pour avoir une place pour voir ne fut-ce qu'un match. 2022 c'était suffisamment loin pour qu'il puisse mettre des gallions de côté. Il pourrait peut-être faire des petits boulots d'été ? Tim soupira. Qui voudrait embaucher un gamin de douze ans ? Qui était en plus Fourchelang et orphelin ? Bon d'accord, personne n'était obligé de savoir pour le premier et le deuxième pencherait peut-être en sa faveur pour amadouer les gens. Hmmm… il allait devoir réfléchir sérieusement à la question.
- Bonjour à tous, désolé pour le retard, salua le capitaine de l'équipe – Ben Murphy.
Tim se redressa de toute sa petite taille et il releva la tête quand le regard noir de Ben balaya le petit groupe devant lui. Les autres n'avaient pas bougé, restant nonchalants, presque désintéressés, comme si c'était eux qui honoraient Ben de leur présence et non l'inverse. C'était sans doute plus Serpentard – de ne pas montrer trop de déférence, de ne pas se montrer trop empressé. Mais Tim savait que parfois la première impression était la plus importante – la plus précieuse – et que si jamais il se trouvait ex aequo avec un autre, il pouvait être choisi grâce à son respect.
Vous êtes ici pour participer aux sélections de Quidditch pour entrer dans l'équipe de Serpentard. Cette année nous n'avons que deux places qui se libèrent – le poste d'attrapeur et celui d'un poursuiveur. J'espère que vous serez à la hauteur.
Ses yeux s'arrêtèrent sur Tim et il hocha brièvement et sèchement la tête. Il serait à la hauteur. Jusqu'à présent, il n'était pas sûr d'avoir vraiment envie de rentrer dans l'équipe – Orphy, Andrea et Hélia l'avaient un peu poussé. Il suspectait ses amis de l'avoir envoyé en ligne de front pour savoir comment se déroulait les sélections pour qu'ils puissent y participer l'année suivante quand la moitié des équipes quitterait leurs postes une fois diplômés. Mais maintenant – maintenant qu'il entrait en compétition avec d'autres plus âgés, maintenant que son balai commençait à vibrer dans sa main – il voulait y arriver. C'était quelque chose dans ses tripes qui l'appelait, qui brûlait presque pour lui dire qu'il devait y arriver – comme s'il n'avait pas vraiment le choix, que c'était écrit.
Et quand Ben appela son prénom, qu'il lui demanda pour quel poste il souhaitait faire les sélections, il sut la réponse immédiatement sans y avoir réfléchi :
- J'aimerais être attrapeur.
Murphy haussa un sourcil septique mais déjà Tim enfourchait son balai et, avec grâce, légèreté et souplesse, il décolla du sol une demi seconde après le Vif d'Or et il s'élança à sa poursuite. Sans une once de peur.
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Et voilà le chapitre du mois de mars ! Et surprise ! Un chapitre bonus arrivera fin mars ou début avril mais ça ne comptera pas comme un "vrai" chapitre ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! :)
