Disclaimer : Les personnages appartiennent à Gaston Leroux et les chansons à Andrew Lloyd Weber pour la plupart.

J'ai laissé les paroles des chansons en français, mais si vous souhaitez être transportés, je vous conseille les versions originales. Personnellement, je me suis collée énormément au film (2004). Autant sur les physiques que costumes, décors.

Pour toutes chansons au cours de cette fiction qui ne serait pas présente dans film/comédie musicale de base, vous trouverez les références à la fin du chapitre.

Bonne lecture !

R0mancière.


Chapitre 1. Angel of Music

Paris, 1870.

Christine se contempla un instant dans le miroir tandis qu'elle entendait la doublure d'Ubaldo finir sa dernière chanson du dernier acte. La robe d'un blanc immaculé était d'une douceur et d'une beauté sans pareil. Les soleils brodés en fils d'or lui donnaient la sensation d'être une princesse. Madame Giry avait dompté sa chevelure brune à l'aide de bijoux plus scintillant les uns que les autres. Et alors qu'elle s'exerçait une nouvelle fois dans ses vocalises, une odeur de rose empli la pièce. Il était là, son Ange de la musique était près d'elle.

Mais aucun d'eux n'eut le temps de parler, que déjà, la directrice du corps de ballet entra dans la chambre.

« Christine, c'est à toi ! »

La jeune femme acquiesça vivement et non sans un regard en arrière elle disparue de sa nouvelle loge. Trottinant derrière sa mère de cœur, la jeune femme ne cessait de répéter la chanson dans son esprit, elle se laissait peu à peu envahir par la musique, par son personnage. Elle devait être incroyable. Elle ne devait pas le décevoir. Tandis que ses pieds la guidaient au centre de la scène, sous le regard de tous, elle vint fermer les yeux l'espace d'un instant.

« Laisse la musique t'emporter. »

C'est ce qu'il lui répétait à chaque leçon.

« Pense à moi
Pense à nous deux
Après nos au revoir.
Ne m'oublie pas
Où que tu ailles
Promets-le-moi ce soir.

Quand l'instant

Te semblera venu

De regagner ta liberté,

Glisse-moi de temps à autre

Là, dans tes pensées. »

Christine ouvrit les yeux et admira l'espace d'un instant le monde autour d'elle. Ce monde qui l'admirait, qui l'écoutait. Cette sensation d'être le seul et unique centre d'attention, cette sensation de fierté qui emplissait son corps et son cœur. Elle ne voulait plus le quitter, elle voulait le garder au fond d'elle jusqu'à la fin. Son père devait-être fier d'elle… Et lui

Était-il ici ? Son Ange était-il en train de l'écouter lui aussi ?

« Oh non, jamais nous n'avons cru l'amour

Irréprochable et infini.

Mais un jour si tu t'éloignes,

Pense à moi aussi. »

Les machinistes se penchaient pour écouter et regarder la jeune femme chanter, le public dévorait du regard l'ange qui chantait sur scène. Elle semblait vivre les paroles, la musique la mettait dans une transe inexplicable que personne ne comprenait. Qui était-elle ? D'où venait-elle ? Était-elle la nouvelle Prima-Dona de l'Opéra Populaire ?

Tous étaient subjugué par une telle beauté. Elle était un Ange venu du ciel pour les émerveiller par sa voix si pure.

« Pense au temps où tout semblait facile.

Dis-toi qu'après la pluie demain jubile !

Pense à moi

Qui me réveille,

Si seule et sans espoir,

Qui rêve et prie

Qu'enfin le temps

T'arrache à ma mémoire.

Revis ces jours,

Repense à ces instants.

Les petits riens semblaient si doux.

Il ne sera pas un jour

Sans que je pense à nous. »

Et tandis que sa voix partait dans des tons si aigus et mélodieux qu'elle ressemblait à un Rossignol, un homme se leva applaudissant.

Raoul était là.

L'avait-il reconnu ? Elle n'en savait rien mais en cet instant, et cela comptait si peu à son cœur… Seul son Ange de la musique comptait. Elle devait lui prouver qu'elle avait retenue les leçons, qu'elle ne le décevrait pas sur ce solo.

« Fleurs et fruits, tout n'a qu'un temps ici.

Les grands élans ne durent pas.

Mais veux-tu me le promettre ?

Pense aussi... a-a-a-a

À moi ! »

Le monde se leva, tous l'applaudirent, les roses tombèrent sur le sol et Christine sentit son âme s'envoler tant le bonheur la comblait. Elle avait réussi !

Les applaudissements semblèrent ne jamais cesser, ce moment qu'elle avait tant attendu dans sa vie arrivait enfin. Son cœur était empli d'une joie incroyable… La troupe salua son public et Christine partit dans les coulisses où tous l'acclamèrent. Accolades, embrassades et rires furent de la partie. L'Opéra en dix ans était devenu sa famille, son sanctuaire, elle se sentait à sa place dans ce monde artistique. Elle aimait sa vie ici. Elle aimait sa vie avec eux, avec lui

Accompagnée de quelques danseuses de ballet, elles quittèrent la scène et partirent fêter ce triomphe dans les loges. Gwen riait, Marie dansait, et Meg semblait aux anges. Meg Giry était la fille de la Directrice de corps de ballet. Une jeune fille de son âge à deux ans près qui avait une chevelure blonde tels les blés et un regard bleu océan dans lequel on se perdait facilement. Toutes deux inséparables depuis l'enfance étaient désormais dans une euphorie totale. Christine avait réalisé son rêve et Meg en était plus qu'heureuse. La joie de l'une transportant l'autre dans un état d'euphorie.

Quand soudain, le souvenir de Raoul vint frapper de plein fouet l'esprit de Christine.

« Ô Meg ! Raoul était là ! Je l'ai vu dans la loge numéro cinq ! M'a-t-il reconnu ?

- Je ne sais pas Christine. Si notre nouveau mécène t'a reconnu il viendra sûrement te retrouver ! »

Les deux jeunes filles esquissèrent des sourires malicieux. Christine avait déjà croisé Raoul la veille au matin. Il s'était présenté comme le nouveau mécène de l'Opéra Populaire et était passé devant elle sans même la reconnaitre. Cela avait beaucoup attristé Christine que son amour d'enfance ne la reconnaisse point… Mais après tout… Elle n'avait plus cinq ans…

Meg et les trois ballerines prirent le chemin du dortoir des ballerines où déjà la moitié devait être ivres ou en train de boire, mais Christine elle, prit l'autre couloir… Elle devait aller à la Chapelle.

« Je vous rejoins après… »

Aucunes de ses amies ne vint s'opposer à son souhait et la jeune femme partie en direction de son sanctuaire… Depuis son triomphe, elle n'avait que cette idée en tête, retrouver son père et son Ange. A peine eut-elle franchit les portes de celle-ci qu'elle vint s'agenouiller devant le mémoriel. Sa robe ample lui donnait presque un air éthéré tandis qu'elle allumait le cierge en face de la photo de son père. Elle lui ressemblait énormément. Sa chevelure brune et ses yeux noisette étaient bien de lui. Mais la candeur de sa voix et la pâleur de sa peau, cela venait de sa mère.

Lentement, Christine vint joindre ses mains et ferma son regard embué de larmes. La soirée avait été forte en émotion. Elle se sentait même encore embrumé par cette extase qu'elle avait connu sur scène. Balayant toute cette soirée d'un soupire, elle vint murmurer, priant pour remercier son père.

« Fais, Seigneur, que par sa présence, il adoucisse les épreuves terrestres de ceux qu'il aime tant. Fais, Seigneur, qu'il puisse calmer la douleur des cœurs aimants. Seigneur, donne-lui la paix dans la douceur de ton amour… Ô Père j'espère tant que tu es fier de moi. »

Alors qu'elle rouvrait lentement les yeux, une odeur douce de rose vint emplir ses poumons. Son Ange était ici.

« Bravi, bravi, bravissimi. »

Un sourire illumina le visage de Christine, il était là, il était fier d'elle. Et alors qu'elle se préparait à répondre, la douce voix aiguë de Meg résonna dans l'escalier qui menait à la chapelle.

« Christine ? Christine ? »

« Christine… »

La voix, l'odeur, tout vint à disparaitre et Christine se tourna vers la l'entrée de la Chapelle, Meg était là. Elle savait que sa meilleure amie n'aimait pas la laisser seule à la Chapelle face à son chagrin. Il était habituel que Meg vienne la chercher au bout de quelques minutes, comme si le fait de la laisser seule relevait d'un risque immense.

« D'où te vient ce talent enchanteur ? Tu as été parfaite. J'aimerai tant savoir ton secret. Qui est ton précepteur ? »

Christine esquissa un grand sourire, son regard se posa sur Meg et toutes deux échangèrent un sourire complice… Elle pouvait absolument tout dire à Meg… Tout… Alors dans un murmure, sur le ton de la confession, Christine raconta.

« Meg, quand ta mère m'a accueilli ici et que je descendais seule allumer un cierge pour mon père, une voix m'est venue. Elle était toujours dans mes rêves. Vois-tu, quand mon père se mourait, il m'a dit que je serais protégée par un ange. L'ange de la musique.

- Christine, y crois-tu réellement ? L'esprit de ton père te suivrait-il ?

- Qui d'autres Meg ? Qui ?

Père, un jour, m'a parlé d'un ange,
Depuis, je rêve qu'il vient
Je sens, quand je chante, son souffle,
Je sais qu'il est là.

Ici même, il m'appelle doucement,
Il est tout près, caché,
Où que je sois, il est avec moi,
Lui, invisible géni, »

Comme si leurs âmes étaient liées, Christine sentait au fond de son cœur que son Ange était là, autour d'elles. Elle sentait sa présence, elle sentait son odeur, ses mains caresser son visage. Si seulement son Ange pouvait-être réel. Si seulement elle pouvait le voir. Il lui procurait des émotions que personne d'autre ne pouvait.

« Christine tu dois avoir rêve
Ce n'est qu'un conte et rien d'autre
Christine tu es mystérieuse
Je te trouve changée… »

Meg tenait la main de Christine et l'emmenait à sa suite dans les couloirs de l'Opéra. Dans son regard d'un bleu presque nuit semblait résider une crainte que Christine ne comprenait pas. Son Ange était là, il veillait sur elle, alors qu'avait-elle à craindre ?

A chaque fois qu'elle avait besoin de lui elle chantait la même chose, et il répondait toujours à ses appels. Jamais il ne l'avait abandonné… Il était le seul à être auprès d'elle, à soigner ses maux et à l'apaiser. Son Ange existait, il était réel. Son père avait tenu sa promesse.

« Ange de la musique, guide et gardien,
Accorde-moi ta gloire »

Meg s'arrêta au beau milieu du couloir et regarda autour d'elle, une odeur de rose flottait dans l'air. Cela l'effraya d'abord… Christine avait-elle raison ? L'Ange de la Musique existait-il réellement ?

« Qui est cet ange ?
Ange de la musique découvre-toi
Etrange et pur esprit. »

Christine plongea son regard noisette dans celui de Meg, elle semblait plongé dans une transe sans pareil tandis que son amie était apeurée. Qu'arrivait-il donc à son amie ? La Soprane ferma soudainement les yeux, fredonnant avec un sourire mélancolique :

« Je te sens près de moi. »

Meg resserra les mains de son amie, elles étaient gelées. Elle la tira un peu plus vers elle tandis que Christine semblait toujours plongée dans cette transe.

« Tes mains sont froide »

Christine ne semblait pas consciente, comme dans un autre monde, elle continuait à parler, seule, sans prendre garde à Meg à ses côtés.

« Tout autour de moi,
Tu es là…
»

Meg vint poser ses mains sur le visage de Christine, elle était d'une pâleur presque malade. La fatigue se lisait sur ses traits tendus.

« Ton visage est livide. »

L'odeur de rose disparue, Christine rouvrit ses yeux larmoyants et d'un murmure elle s'adressa à Meg.

« J'ai si peur qu'il disparaisse, ô Meg je ne veux pas que mon Ange parte.

- N'ai pas peur Christine, je suis sûr qu'il veillera toujours sur toi. »

Continuant à marcher dans le couloir, les deux jeunes femmes observaient autour d'elles, en silence. Meg avait la sensation d'être observée tandis que Christine se perdait dans ses pensées…

Bientôt les deux jeunes femmes arrivèrent devant la loge de la Prima Dona, les nouveaux admirateurs de Christine criaient et tendaient des bouquets de fleurs en sa direction.

Alors était-ce cela l'euphorie du succès ?

La jeune femme esquissa un grand sourire à ces hommes se bousculant devant sa loge et prit le premier bouquet qu'on lui tendait tout en saluant la foule. Madame Giry intervint avant que cela prenne de l'ampleur et rentra dans la loge avec sa fille adoptive, laissant Meg contenir la foule avec les Directeurs.

A peine la porte fut-elle fermée qu'elle poussa un soupir de soulagement ! Mais son regard fut aussitôt happé par la loge. Celle-ci était rempli de fleurs en tout genres, des bouquets, des dizaines et des dizaines de bouquets étaient empilés de partout donnant à la chambre un air féérique. Christine vivait un rêve éveillé.

« Tu as merveilleusement chanté, mon enfant. »

Elle caressa la joue de Christine qui lui répondit par un immense sourire tandis que Madame Giry se retournait pour prendre dans ses mains une rose qu'elle lui donna.

« Il est fier de toi. »

Sans un mot de plus, Madame Giry quitta la pièce, laissant Christine dans l'incompréhension. La rose était d'un rouge parfait et sans épines. Un ruban de satin noir entourait la tige. Et tandis que la jeune femme contemplait le présent, les paroles de Madame Giry résonnait en son esprit.

« Il est fier de toi. »

Qui donc était fier d'elle ?


Note :

En espérant que ce chapitre vous ait plu. Votre avis m'intéresse.

A samedi !