Disclaimer : Les personnages appartiennent à Gaston Leroux et les chansons à Andrew Lloyd Weber pour la plupart.
J'ai laissé les paroles des chansons en français, mais si vous souhaitez être transportés, je vous conseille les versions originales. Personnellement, je me suis collée énormément au film (2004). Autant sur les physiques que costumes, décors.
Pour toutes chansons au cours de cette fiction qui ne serait pas présente dans film/comédie musicale de base, vous trouverez les références à la fin du chapitre.
Bonne lecture !
R0mancière.
Chapitre 5. Il Muto
Meg aida Christine à s'habiller. Les deux jeunes femmes restaient silencieuses.
Christine n'avait aucune envie de confier son secret, comme si dire à voix haute ce qu'il s'était passé la nuit dernière le rendrait irréel pour de bon. Elle s'était réveillée dans le lit de Madame Giry, une rose dans les mains et un sentiment de peine s'était alors insinué en son cœur.
À la suite de cela, elle avait appris par sa mère adoptive qu'elle ne jouerait pas le rôle de la Comtesse, mais celui du Page. Un rôle muet. Cela emplit le cœur de Christine d'une déception sourde. Et elle pensa à son Ange qui devait être plus déçu encore qu'elle.
N'avait-elle donc pas fait bonne impression lors de la représentation d'Hannibal ? Elle avait pourtant offert une prestation irréprochable…
Madame Giry la rassura comme elle put, rien n'était de sa faute, la Carlotta avait fait pression sur les Directeurs, et suite à la disparition de la jeune femme, les deux hommes ont préféré implorer la Prima-Dona de rester que de se retrouver sans cantatrice le soir venu…
Le cœur de Christine se serra dans sa poitrine tandis qu'il était tant pour elle de monter sur scène. La Carlotta était resplendissante, mais sa méchanceté la rendait d'une laideur répugnante. Christine s'approcha d'elle, s'asseyant sur l'immense lit et posa sa main sur sa taille fine.
« Petit insecte, tu as intérêt à ne pas me faire d'ombre, ni ce soir, ni jamais. »
Christine n'eut le temps de répondre que déjà le rideau se levait sur elles. Cachée derrière l'éventail, elles faisaient semblant de s'embrasser. La pièce commença alors.
« Séraphino, ton déguisement est parfait ! »
Ubaldo rentra sur scène, le nain, qui accompagnait toujours le ténor, fit semblant de lui toucher ses fesses et cela fit monter un sentiment d'humiliation en Christine qui se retourna tout en chassant le complice de Piangi. Son cœur se serrait dans sa poitrine, elle aurait dû être la Comtesse ce soir… Mais il n'en était rien. Les vocalises, si l'on pouvait appeler cela ainsi, de la Carlotta et de son amant Ubaldo remplir l'Opéra sous les airs crispés du public. Et alors que le ténor repartait dans les coulisses, la Carlotta reprit :
« Séraphino, cessons cette comédie ! »
Christine se déshabilla, arrachant son jupon et se retrouvant ainsi en tenue d'homme, elle fit face à la Carlotta. Elle avait tant de prestance que celle-ci fixait sa rivale d'un air mauvais.
« À défaut de parler, embrasse-moi, mon mari n'est pas là ! »
Tandis qu'elles se penchaient l'une vers l'autre, la Carlotta profita de l'éventail pour murmurer à Christine :
« Que crois-tu faire petit laideron ? Le public n'aime que moi. »
La Carlotta reprit sa chanson tandis que Christine tentait de garder son sens froid. Les larmes perlaient aux coins de ses yeux… Elle voulait tant que ce moment insupportable d'humiliation cesse. Et alors que la Carlotta allait commencer un nouveau solo, supplice aux oreilles de la jeune femme, une voix horriblement rauque, semblable à celle d'un esprit revenant d'outre-tombe, résonna dans l'ensemble de l'Opéra.
« N'avais-je pas exigé que la loge cinq reste inoccupée ? »
Des exclamations de terreurs, des suffocations de paniques, un mouvement de recule des danseurs, tous semblaient tétanisés. Sauf les deux Prima-Dona. L'une étant rongée par son orgueil ne tenait pas à montrer sa peur face à un Fantôme qui la persécutait depuis son arrivée à l'Opéra Populaire, l'autre, car elle savait bien qui se cachait derrière cette voix des plus effrayantes, et cet être n'avait rien d'un Fantôme.
La voix fluette de Meg résonna alors au milieu des danseurs :
« Il est là le Fantôme de l'Opéra ! »
Christine regardait le plafond, elle était la seule à l'avoir remarquée, un simple mouvement de tissu noir presque invisible et perdu dans les hauteurs vers la fresque. Dans un murmure, que seul la Carlotta entendit, elle confirma les propos de Meg :
« C'est lui. »
La Prima-Dona se tourna vers Christine et d'un air menaçant lui donna un coup d'éventail sur l'épaule.
« Tu as un rôle muet, petit crapaud ! »
Christine ne releva pas les propos injurieux de la Prima-Dona, elle échangea un simple regard d'angoisse avec Meg tandis que tous se remettait en place.
« Séraphino ! Cessons cette comédie ! À défaut de parler, embrasse-moi et… »
Un bruit effroyable sortit de la gorge de la Carlotta. Un mélange entre le coassement du crapaud et le bêlement d'une chèvre. Christine et les autres danseurs restèrent interdits tandis que le public se mit à rire ainsi que les musiciens. La Carlotta tenta de garder son sang-froid et continua alors.
« Pauvre fou, il me fait rire, a-a-a-a »
Et alors qu'elle allait se mettre à chanter son solo, un nouveau coassement sortit de sa gorge sous les rires du public. Les rideaux se baissèrent alors et les Directeurs arrivèrent, la panique se lisant sur leurs visages, tous pouvaient entendre les hurlements de détresses de la Carlotta. Mais cela n'enchanta guère le cœur de Christine… Que s'était-il passé ? Était-ce l'œuvre de son Ange ? …
« Mesdames, Messieurs, veuillez nous excuser. La représentation reprendra dans dix minutes et le rôle de la Comtesse sera interprété par Mademoiselle Daaé ! »
La jeune femme se sentit attirée contre sa volonté face à la scène par Monsieur Firmin qui parlait. Le monde se mit à applaudir et les deux directeurs repassèrent derrière le rideau rouge en pestant. La panique se faisait sentir, les coulisses, tous courraient, s'écriaient. Le ballet du troisième acte commença, mais l'incohérence rendait la scène plus ridicule que belle.
Dans la loge de la Prima-Dona, Christine était aidée par Madame Giry pour se préparer. Rien n'avait plus de sens. Son Ange avait-il saboté quelque chose pour que la Carlotta perde ainsi sa voix ? La jeune femme en était certaine et cela la mettait mal à l'aise. Elle voulait mériter sa place de première Soprane, pas la voler. Et alors qu'elle sortait, enfin prête pour paraître sur scène, les cris et les bousculades jaillirent de toutes parts. Que se passait-il ? De toute part, les hurlements atteignaient ses oreilles.
« MEURTRE »
« PENDU »
« BUQUET »
« FANTÔME »
La jeune femme n'y comprenait rien, le monde se bousculait devant elle, les cris, les coups, une cacophonie morbide avait lieu devant ses yeux et elle n'y comprenait rien… jusqu'à ce que Meg arrive enfin à elle, plus pâle que la mort, elle semblait en état de choc.
« Mon Dieu, Christine ! Joseph… Joseph Buquet a été pendu !
- Meg… Quoi ?
- Son corps, il est tombé en plein milieu de la scène. C'est le Fantôme qui l'a pendu ! Il nous punit !
- Mon Dieu… Non ce n'est pas possible ! »
Christine lâcha les bras de son amie et d'un pas rapide commença à se diriger dans le sens contraire de tous. Elle ne voulait aucunement sortir, elle voulait monter, rejoindre son Ange et être témoin que ce n'était pas son œuvre, que Joseph était mort par accident.
Comment son Ange pouvait-il tuer quelqu'un ?
Note :
Deux chapitres ce soir (celui de mercredi que je n'ai pas posté et celui de ce weekend que je vous mets en avance, car je serai absente) :)
On se retrouve au chapitre suivant !
