Disclaimer : Les personnages appartiennent à Gaston Leroux et les chansons à Andrew Lloyd Weber pour la plupart.

J'ai laissé les paroles des chansons en français, mais si vous souhaitez être transportés, je vous conseille les versions originales. Personnellement, je me suis collée énormément au film (2004). Autant sur les physiques que costumes, décors.

Pour toutes chansons au cours de cette fiction qui ne serait pas présente dans film/comédie musicale de base, vous trouverez les références à la fin du chapitre.

Bonne lecture !

R0mancière.


Chapitre 9. The Red Death

Paris était bondé. Les voitures emplissaient la place devant l'Opéra Populaire. Tous se bousculaient pour entendre ou voir les deux Sopranes vedettes ou peut-être apercevoir au détour d'un couloir, le Fantôme de l'Opéra.

Christine se tenait là, spectatrice et à la fois actrice de cette fête. Les Directeurs étaient aux anges, la Carlotta aussi. Tous étaient heureux de la disparition du Fantôme de l'Opéra. Mais elle, elle ne pouvait accepter que son Ange ait disparu. Depuis cette nuit à la Chapelle, où elle ne savait si cette chanson partagée fut rêve ou réalité, elle n'avait jamais réentendu sa voix. Et Christine ne chantait presque plus.

Raoul quant à lui était le plus heureux des hommes, il parlait déjà mariage et fiançailles officielles … et Christine tentait, tant bien que mal de calmer les ardeurs de son ami. Mais après tout, si l'Ange ne réapparaissait jamais ? Que pouvait-elle bien faire ? Elle n'avait donnée aucunes réponses officielles mais le jeune Vicomte avait pris son « non-refus » pour un « oui ».

« Mascarade !
Masque de Papier qui paradent !
Mascarade !
Face à face,
On est toujours incognito !
»

Elles les écoutaient chanter, sa robe d'un rose pâle mettant en valeur son air candide. Le spectacle en l'honneur du nouvel an était grandiose. Mais la jeune femme avait décidé de ne pas en faire parti au dernier moment, le chagrin enserrant trop fortement son cœur.

« Mascarade !
Un portrait, une façade,
Mascarade !
Tournez-vous l'inconnue est dans votre dos.
»

Tous vivaient une soirée d'exaltation, les Directeurs avaient chacun une danseuse des plus belles à leur bras. Meg, habillée d'une robe semblable au plumage d'un signe blanc, riait aux éclats tandis qu'un jeune danseurs semblait totalement sous son charme sous l'œil protecteur de Madame Giry… Et elle, elle fixait ce monde comme si elle n'y appartenait plus.

« Mascarade !
Rires jaunes, tapies rouges,
Mascarade !
Laissez-vous émerveillez par le spectacle !
»

Tous avaient un masque, tous riaient aux éclats, tous buvaient et mangeaient à foisons. Personne ne se doutaient qu'au tréfond de l'Opéra un homme mourrait de douleur car sa vie se résumait à porter un masque.

« Mascarade !
Regards brûlants, têtes qui tournent.
Mascarade !
Admirez ces sourires !
»

Christine les fixait avec une douleur indescriptible dans le regard. Elle avait toujours eus la sensation que l'Opéra Populaire était sa maison, une immense famille où elle avait sa place. Mais ce soir, elle se rendait peu à peu compte qu'elle se sentait uniquement à sa place car son Ange de la Musique était auprès d'elle.

« Mascarade !
Illusion, ombre et mensonge,
Mascarade !
Vous pouvez tromper votre meilleur ami !
»

Les mains de Raoul se posèrent sur ses épaules et elle lui esquissa un sourire tendre. Elle tentait tant bien que mal de cacher sa souffrance aux yeux de tous. Et tandis que celui-ci embrassait sa chevelure bouclée, elle soupira. Peut-être était-ce Dieu qui en avait voulu ainsi ? Raoul était un homme bon et doux. Son Ange était torturé… Le meurtre de Joseph Buquet avait été passé pour un accident par la direction de l'Opéra, mais au fond d'elle Christine savait que l'homme au masque blanc était le coupable.

Alors pourquoi n'arrivait-elle pas à le haïr ? Pouvait-on pardonné le pire ?

« Mascarade !
Satyres qui lorgnent, yeux qui scrutent,
Mascarade !
Vous avez beau vous cachez, un œil vous poursuit.
»

Christine soupira plus encore tandis que Raoul lui murmurait des mots doux au creux de son oreille. Elle devait oublier son Ange. Il ne reviendrait jamais. Elle l'avait trahi. La Carlotta entra dans la salle de bal improvisé. Descendant les escaliers du hall d'entrée elle était d'une beauté ravageuse, habillée en vêtement oriental. Sa robe avait un décolleté presque indécent. Elle était belle et gracieuse, mais sa méchanceté avait encore grandi, la rendant plus laide encore.

A ses côtés se tenait Ubaldo Piangi, son costume assorti à celui de son amante il descendait les escaliers de manière fier. Mais comment pouvait-il être fier d'être au bras d'une telle peste ? Peut-être parce que son âme était aussi laide que celle de la femme à son bras…

Tous parlaient de la disparition du Fantôme de l'Opéra, plus de lettres, plus de menaces, plus d'accidents… Plus de voix fabuleuse qui chantait en son esprit. Non, l'Ange de la Musique avait définitivement disparu. Et alors que Meg partait valser avec son courtisan, Raoul tourna sa douce cavalière vers lui, prenant entre ses doigts la bague de fiançailles qui pendait au cou de cette dernière. D'un murmure presque frustré il commenta :

« Ma future épouse… »

Christine esquissa un doux sourire mais intima le silence à Raoul en plaçant son index contre sa bouche. Il ne fallait pas qu'on l'entende… Celui-ci, plus tendrement encore, embrassa le creux de son poignet avant de continuer.

« Pourquoi secrètes ? Qu'avons-nous à cacher ? »

D'un geste tendre il vint l'embrasser mais la jeune femme tenta de reculer.

« Non, Raoul, pas ici.

- Mais qu'ils voient ! Ce sont des fiançailles, pas un crime. »

La jeune femme tenta de partir mais Raoul la retint. Il était beau comme un Dieu dans son costume, ses cheveux noués en un catogan strict. Sa beauté était des plus parfaite, mais son âme n'était pas aussi belle que celle de son Ange… Du moins, c'est ce Christine croyait.

« Christine, de quoi as-tu peur ? »

Que mon Ange me voie une nouvelle fois le trahir, pensa-t-elle.

Raoul et elle se disputaient régulièrement à propos de leurs fiançailles. Christine avait posé la condition qu'elles soient tenues secrète pour le moment et cela dérangeait le Vicomte au plus haut point, mais il s'y tenait, il respectait.

Secrètement, au fond de son cœur, la jeune soprane espérait que son ange réapparaitrait.

Alors d'une voix douce elle se mit à chantonner et Raoul à répéter.

« Pas de dispute.

- Pas de dispute.

- Joue le jeu…

- Joue le jeu…

- Tu comprendras plus tard. »

L'entrainant sur la piste de danse, tout deux se mirent à valser au milieu des autres couples. Christine souriait, mais Raoul voyait que son esprit était ailleurs, encore et toujours. Qu'était-il arrivé à sa petite Lotte ? Depuis cet instant sur le toit, il avait la sensation que la jeune femme avait plus changée encore, que son esprit était prisonnier quelque part et que son corps tendait de survivre en attendant qu'il soit libéré. Et tandis qu'il la faisait voler dans ses bras, le final de la pièce vivante de l'Opéra commença, jeu d'éventail, voix chantante, tout était parfait. Mais alors que l'euphorie était à son comble, les musiciens cessèrent soudainement de jouer, des cries se firent entendre, et la lumière s'éteignit peu à peu. Christine devint plus pâle qu'une morte et il fut là.

Oui il était là, son Ange de la Musique, le Fantôme de l'Opéra. Habillé d'un costume rouge sang, le haut de son visage était recouvert d'un masque ressemblant à un crâne, ne laissant visible que sa bouche. Il était là. Les dominant tous.

Tous le fixaient, mais personne n'osait bouger ne serait-ce qu'un doigt en sa présence. Il commença à descendre les escaliers, chacun de ses pas résonnant dans l'assemblée. Et soudain, sa voix retentit. Elle était toujours aussi mélodieuse, envoutante, mais quelque chose en plus venait la teinter. La rage. Christine sentait en la voix de son Ange une rage et une colère si violente qu'elle sentait son ventre se tordre.

« Quel silence, mes bons messieurs
Pensiez-vous que j'étais parti pour de bon ?
Vous ai-je manqué, mes bons messieurs ?
Je vous ai écrit un opéra !
J'ai apporté la partition :
Don Juan Triomphe.
»

Sa prestance n'avait d'égale. La confiance qui se reflétait dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses paroles était presque irréel.

Comment cet homme brisé qu'elle avait vu dans les tréfonds de l'Opéra pouvait-il être si sûr de lui en cet instant ? Le connaissait-elle réellement ?

« Tous mes bons vœux.
Quelques instructions avant que vous ne répétiez.

Carlotta doit apprendre à jouer,
Au lieu de se pavaner sottement. »

Raoul était parti, elle ne savait où, mais Christine s'en fichait en cet instant, elle était complètement subjuguée par ce qu'il se passait sous ses yeux. Le Fantôme, une épée en main, venait d'humilier la Carlotta. Ubaldo Piangi tenta de se mettre entre eux, un geste de courage qui ne fut gratifier que par la menace de l'épée du Fantôme sur son énorme ventre.

« Notre Don Juan est obèse
Ce n'est pas sain pour un homme de l'âge de Piangi.
»

Il semblait à la fois si réel et éthéré. Comme si le simple fait de vouloir le frapper était impossible, la personne en question passerait inévitablement à travers ce fantôme à l'apparence de la Mort Rouge. Le Fantôme se tourna ensuite vers ses deux directeurs, et continua, un sourire carnassier aux lèvres. Il prenait sa revanche sur l'Opéra…

« Quant à mes deux directeurs
Qu'ils oublient les arts et restent... ferrailleurs.
»

Lorsque son regard se posa sur elle, Christine crut défaillir. La peur envahissant chaque parcelle de son corps…

« En ce qui concerne Mademoiselle Christine Daaé »

Dans leurs regards purent se lire mille et une chose. Mais son Ange de la Musique était quelqu'un de dur, d'intransigeant, et sans même un oscillement il continua tout en rangeant son épée.

Il voulait lui faire mal. La faire souffrir comme il avait souffert sur les toits de l'Opéra… Il voulait que ses mots résonnent en son être tel le tranchant d'un poignard…

« Nul doute, elle fera de son mieux,
Sa voix est belle,
Elle sait, cependant,
Que si elle veut exceller
Elle doit encore apprendre,
Sa fierté acceptant qu'elle revienne jusqu'à moi
Son professeur,
Son professeur.
»

Les larmes montèrent dans les yeux de Christine, sa gorge se noua. Elle aurait aimé pouvoir oublier le monde autour d'elle et courir en ses bras. Elle aurait aimé ne jamais avoir emmené Raoul sur les toits… Elle aurait aimé… tant de choses…

Il voulait être cruel, sans pitié… Mais avec elle, c'était tout simplement impossible… A peine avait-il posé son regard sur elle que toute sa haine avait disparu. Elle était son trésor, sa Prima-Dona… Il ne pouvait l'humilier, il ne pouvait lui faire de mal…

Les mains de la jeune soprane tremblaient, son corps entier tremblait.

Dans leurs yeux, on pouvait y voir des sentiments, des émotions que nuls ne pouvaient réellement comprendre. Quand deux âmes sœurs se retrouvent face à face, que ce lien inexplicable vous enserre le cœur tel un étau, que ces deux êtres sont au plus proche, les mots, les gestes, ils n'en ont plus besoin, un seul regard suffit pour dire mille choses.

Et il était là, il était revenu. L'avait-il pardonné ?

Il voulait redevenir son professeur… Son Ange…

Et Dieu qu'elle le voulait.

Lentement, elle tendit sa main, hypnotisée, le monde autour d'elle ne comptait plus, Raoul ne comptait plus. Seul son ange et ce regard empli de souffrance comptait désormais. Doucement, elle monta les marches d'escaliers, plus doucement encore il les descendit. Personnes ne bougeaient, tous étaient témoins d'une scène irréelle, éphémère.

Celle d'un Ange retrouvant son âme.

Elle l'implorait du regard tandis qu'il lui murmurait milles mots d'amour du sien. Elle aurait voulu lui caresser la joue, mais avant même que sa main ne se lève, les yeux du Fantôme se posèrent sur la bague qui pendait à son cou, un torrent de haine passa alors dans ses yeux gelés.

« Tes chaînes sont miennes,
Tu n'appartiens qu'à moi !
»

L'incompréhension et la douleur crispa le visage de Christine tandis qu'il prenait la jeune femme par la taille l'entrainant avec lui dans sa course. Elle tenta de se débattre, la peur prenant le dessus sur cette sensation grisante qu'elle avait ressentie jusqu'alors. Mais l'homme était bien plus fort que la soprane.

Une fumée, des flammes d'un rouge sanglant, des cris et ils disparurent tel deux entités face aux yeux de tous.

Raoul arriva, épée à la taille, mais il était déjà trop tard, Christine et le Fantôme avaient disparu.

A peine la jeune femme prit conscience d'où elle était qu'un murmure d'angoisse vint franchir ses lèvres. Des miroirs se dressaient partout autour d'elle reflétant son propre reflet. Il faisait si sombre qu'elle ne voyait presque rien, où était-il ?

Elle avait toujours eus peur du noire, depuis sa tendre enfance, depuis la mort de ses parents. Il le savait alors pourquoi la laissait-il là ? L'angoisse montait peu à peu en elle, un goût amer emplissant sa bouche, elle se sentait mal, terriblement mal.

Et la voix de son ange, brisée et en colère, retentissait dans les murs de cette pièce vint la faire frémir de terreur. Son reflet, l'image de la Mort Rouge, venait se reflétait dans chaque miroir créant un sentiment d'étouffement dans le cœur de la jeune femme… Elle sentait le sang battre dans ses tempes, un bourdonnement lourd dans ses oreilles…

« Ses yeux sur ton visage… »

Sa voix normalement si mélodieuse était déformée par la douleur.

« Ses mains sur tes mains… »

La jeune femme le cherchait du regard, son Ange, habillé tel un mort... Mais seul les reflets dans les miroirs lui tenait compagnie… La scène était digne de l'un de ses plus grands cauchemars. Elle sentait toute la haine de son Ange, toute sa rage, tout son désespoir et elle n'arrivait à l'encaisser.

« Ses lèvres caressant ta peau… »

Il savait tout, il avait tout vu, ses yeux sont partout, son regard la surveille, où qu'elle aille, quoi qu'elle fasse. Il avait toujours été là. Il ne l'avait jamais abandonné.

« C'est plus que je ne peux le supporter ! »

Un nœud coulant tomba devant ses yeux et Christine hurla tandis que la voix du Fantôme continuait.

« Pourquoi mon cœur pleure tant ?! » [1]

La jeune femme allait défaillir, elle le sentait, elle ne pouvait contenir autant d'émotion en son être.

« Ne lui fait pas de mal, je t'en prie. Je voulais juste… le protéger… »

Soudain, une main se posa sur son épaule et Madame Giry entraina Christine à sa suite hors de cette pièce aux milles miroirs.


Note :

[1] El tango de Roxanne de Baz Luhrmann (entre autres) et chanté par Ewan McGregor, Jacek Koman et José Feliciano dans le Moulin Rouge.