Disclaimer : Les personnages appartiennent à Gaston Leroux et les chansons à Andrew Lloyd Weber pour la plupart.

J'ai laissé les paroles des chansons en français, mais si vous souhaitez être transportés, je vous conseille les versions originales. Personnellement, je me suis collée énormément au film (2004). Autant sur les physiques que costumes, décors.

Pour toutes chansons au cours de cette fiction qui ne serait pas présente dans film/comédie musicale de base, vous trouverez les références à la fin du chapitre.

Bonne lecture !

R0mancière.


Chapitre 10. The Devil's Son

Elles arrivèrent bien vite dans un couloir étroit et Christine resta interdite tandis que sa mère adoptive continuait son chemin.

« Madame Giry !

- Christine, je t'en prie, ne m'en demande pas plus.

- Mais !

- Je ne sais rien de plus.

- C'est faux ! »

Sans attendre un instant de plus, Christine poursuivit la Directrice du corps de ballet. Elle avait devant elle la gardienne du secret. Elle aurait peut-être dû s'en douter avant, Madame Giry était la seule qui n'était nullement effrayée lorsque le sujet du Fantôme était abordé. Elle ne semblait également nullement surprise lorsque Christine parlait d'un Ange de la Musique. Elle ne fut aucunement inquiète quand elle eut disparu le soir de la représentation d'Hannibal.

Madame Giry savait tout.

« N'insiste pas, Christine ! Il y a eu trop d'accidents…

- D'accidents… ? Je vous en supplie, Madame Giry, il faut que je sache… Je l'aime. »

La femme que Christine considérait comme sa mère se figea face à la porte menant à sa chambre. Son visage devint blême et elle se tourna face à Christine qui la regardait d'un regard suppliant.

« Qu'est-ce que tu dis ?

- Je partage avec lui quelque chose que je ne retrouverai nulle part ailleurs. Je vous en prie. Aidez-moi. »

Sans un mot de plus, Madame Giry fit rentrer sa protégée dans sa chambre. Celle-ci ne changeait pas, malgré les années et les évènements de la vie. Madame Giry conservait énormément de photos de sa jeunesse. Christine pouvait y voir Meg, enfant, le défunt Monsieur Giry ou encore des photos de Madame Giry jeune, encore adolescente… Mais ce n'était pas une histoire sur la vie amoureuse de sa mère adoptive que Christine était venue chercher. Non. Elle voulait savoir.

Qui était le Fantôme de l'Opéra ? Qui était son Ange de la Musique ?

Les deux femmes se fixèrent longuement avant que ce soit la plus mûre qui brise ce silence oppressant.

« Il y a longtemps de ça, une fête foraine était venue en ville. Des gitans. J'étais très jeune, j'aspirais à devenir ballerine. Une parmi tant d'autres. J'étais pensionnaire à l'Opéra, tout comme toi. »

Christine ne répondit rien, debout dans un coin de la pièce, elle attendait silencieusement la suite de ce récit.

« Voyantes, avaleurs de sabres, jongleurs, tous se succédaient sous nos yeux curieux. Jusqu'à ce spectacle… Un homme du nom de Livio nous appela, il avait en sa possession… Le fils du Diable… »

Christine posa sa main devant sa bouche pour retenir un cri d'horreur… Christine ne comprenait que trop vite ce qui l'attendait dans ce récit…

« Ce gitan était si effrayant, un homme si grand à la voix sortit tout droit des enfers. Je me souviens encore, m'être approchée de la cage où il était enfermé, et je l'ai vu, un si petit garçon. »

Madame Giry était assise sur son lit, et Christine vint se mettre à genoux devant elle, posant ses mains sur les siennes. Elle avait mal, horriblement mal au cœur tandis que la Directrice parlait…

« Je devais avoir douze ans à l'époque, et lui à peine six ou sept… C'était un enfant si maigre, il avait un sac en toile sur la tête ne laissant apparaitre que ses deux grands yeux bleus. Il était couvert d'hématome. Et tandis que tous riaient tandis que cet homme terrifiant martyrisait cet enfant à coup de bâtons… Le gitan ôta le sac… »

Christine comprit. Madame Giry n'avait pas besoin d'en dire plus. Le faciès déformé de son pauvre Ange avait été exhibé devant tous, tel un animal de foire.

« Tous riaient, hurlaient, se moquaient… L'insultait de monstre difforme. Et j'étais là… Je ne voyais en cet enfant que le désespoir. »

La gorge de Christine se noua. Elle avait mal, si mal…

« Et tandis que nous prenions le chemin de la sortie, que Livio comptait son argent, je me suis retournée… Et je l'ai vu... Toute sa haine et sa rancœur. Ô Christine, il n'a tué que pour sa propre survie.

- Il a tué le Gitan… ? »

La jeune fille restait choquée face aux propos de sa Directrice de ballet qui retenait ses larmes comme elle le pouvait…

« Avec une corde, il l'a étouffé… Et je n'ai jamais réussi à l'en rendre coupable… N'était-ce pas là qu'un moyen de se sauver ? De mettre fin à ce calvaire, cette torture qu'on lui infligeait depuis tant d'années… ? Il a tué avant d'être lui-même tué…

- Et qu'est-il arrivé ensuite ?

- Je l'ai pris avec moi et nous avons fui la fête foraine, les gitans, la police, tous étaient à ses trousses. Aux trousses d'un enfant qui avait tué pour survivre. Je n'ai pas réfléchi, je ne connaissais que l'Opéra et l'est donc caché dans la Chapelle. Je l'ai aidé du mieux que je pouvais. Je l'ai soustrait au monde et à sa cruauté, je l'ai caché dans les tréfonds de l'Opéra… »

Peu à peu, tout prenait forme dans son esprit. Les pièces du puzzle s'emboitaient et Christine comprenait.

« Je l'ai caché aux yeux de tous… Durant ses jeunes années, il a voyagé. Il est parti en Perse, en Italie, en Russie… Mais jamais, il ne se trouvait à sa place… Revenant à chaque fois au seul endroit où il se sentait bien… L'Opéra… »

Le regard de Madame Giry plongea dans celui déjà empli de larmes de Christine. Et elle continua dans un murmure.

« Mais depuis ton arrivée… Depuis qu'il a décidé de te protéger… Il n'a connu que l'enceinte de cet Opéra… depuis dix ans maintenant… L'Opéra a toujours été sa maison, son terrain de jeu, le cadre de son art. Il a grandi ici. C'est son foyer, son trésor. C'est un génie, Christine ! C'est un architecte, un décorateur… Un compositeur et un magicien… Un génie. »

Les larmes ruisselèrent sur les joues de Madame Giry tandis qu'elle n'arrivait plus à parler correctement. Christine caressant lentement la main de la Directrice du corps de ballet. Celle-ci la regarda alors avec tendresse. Christine pleurait, elle aussi. Mais elle devait terminer, elle devait lui dire tout ce qu'elle savait. Alors, elle continua, sur le ton de la confidence qu'auparavant, la tendresse et la peine se mélangeant et brisant peu à peu sa voix.

« Et toi Christine… Tu es son âme, sa rédemption. Enfant, il a pris soin de toi comme si tu étais un trésor de pureté et de résilience. Acceptant la mort de tes parents avec courage. Lorsque tu as commencé à grandir, ce que je redoutais est arrivé. Il s'est épris de toi. Mais l'amour… L'amour lui est inconnu, aimer, pour lui, est nouveau… Et l'amour peut se montrer parfois douloureux et dur. Et… Erik ne connait pas toutes ces émotions, ces émotions qui font souffrir.

- Erik… »

La jeune femme murmura le prénom de son Ange. Le découvrant pour la première fois, elle en apprécia chaque sensation. Cette histoire ne la répugnait d'aucune façon. Elle la rendait simplement malade de culpabilité. Son Ange… Erik… Avait été obligé de vivre reclus de la société, gardant son art pour lui. Juste parce que son visage ne correspondait pas à la beauté que les autres s'imaginent…

À peine Madame Giry eut-elle fini son récit que des coups furent frappés à la porte et la voix de Raoul s'éleva dans l'air.

« Madame Giry ? Madame Giry ?

- Une seconde ! »

Les deux femmes se fixèrent avec intensité et Christine murmura.

« Quand est-ce qu'il reviendra ?

- Je ne le sais point, mon enfant. Mais il reviendra… »

Madame Giry ouvrit la porte et Raoul arriva dans la pièce, immédiatement il se précipita sur Christine qui ne sut quoi répondre tandis que Raoul l'engloutissait sous des milliers de questions.

« Elle était inconsciente dans le couloir quand je l'ai trouvé, Monsieur.

- Comment est-ce possible ?

- Je pense que le Fantôme ne lui voulait aucun mal, il voulait juste être sûr de pouvoir partir sans que quelqu'un ne tente quelque chose contre lui... Maintenant, laissez Christine se reposer.

- Je monterai la garde devant sa porte cette nuit, et toute celles qui suivront. Je ne peux l'abandonner.

- Raoul…

- Cet homme est dangereux, Christine. J'ai cru te perdre. »

Lentement, le Vicomte embrassa son front avant de la prendre avec lui. Mais à peine eurent-ils franchis le seuil de la porte que la jeune femme se retourna vers Madame Giry.

« Merci, Madame Giry. »

Celle-ci ne répondit pas, esquissant un simple sourire. La porte se referma, et Christine partit se coucher, épuisé.


Note :

N'ayant pas posté Mercredi, je vous poste deux chapitres d'un coup ce soir !

Bonne lecture.