Disclaimer : Les personnages appartiennent à Gaston Leroux et les chansons à Andrew Lloyd Weber pour la plupart.
J'ai laissé les paroles des chansons en français, mais si vous souhaitez être transportés, je vous conseille les versions originales. Personnellement, je me suis collée énormément au film (2004). Autant sur les physiques que costumes, décors.
Pour toutes chansons au cours de cette fiction qui ne serait pas présente dans film/comédie musicale de base, vous trouverez les références à la fin du chapitre.
Bonne lecture !
R0mancière.
Chapitre 11. Wandering Child
La lune scintillait dans la pièce, éclairant le visage de Christine de ses rayons argentés. Trois nuits s'étaient écoulés depuis l'incident du Nouvel an, trois nuits… Et toujours aucunes traces du Fantôme de l'Opéra. Elle avait terriblement besoin d'ordre dans son esprit, de réfléchir sans sentir le regard de Raoul sur elle… Elle voulait du calme… Elle voulait son père…
Gustave Daaé était un homme doux et compréhensif, Christine en avait hérité ses qualités. Mais son père était également d'une infinie sagesse et était capable de résoudre tous les problèmes. Et en cet instant elle rêvait de pouvoir lui parler pour lui exposer son tiraillement entre les deux hommes qu'elle aimait …
Raoul lui offrait un bonheur stable, une vie harmonieuse et douce. Un titre, de l'argent et un amour inconditionnel…
Mais… Son Ange… Erik… Il lui offrait une vie passionnelle et tendre, un amour sans aucune limite, et une vie teintée de musique…
La raison ou le cœur ?
Christine se leva de son lit silencieusement pour ne réveiller aucunes des autres danseuses qui déjà toutes, dormaient à point fermé. En chemise du nuit, elle vint ouvrir la porte qui menait aux escaliers et sans bruit, elle les descendit d'un pas des plus légé pour ne pas réveiller Raoul qui dormait à point fermé. Recouvrant son corps d'un châle, elle se dirigea d'un pas précipité vers les écuries, où le coché de l'Opéra venait apparemment de se réveiller dû au son de ses pas.
« Où va-t-on Madame ?
- Au cimetière. »
Elle lui tendit trois pièces d'or avant de se diriger à l'intérieur. Elle prit une cape de velours noire et se dirigea vers la sortie, son cœur battait la chamade. Elle espérait sincèrement n'avoir réveillé personne.
Alors qu'elle allait franchir la porte donnant sur l'extérieur, son regard fut attiré par des roses rouges trônant dans un vase… Des roses rouges, sans épines… Mais sans ruban noir… La jeune femme les prit et se dirigea à l'extérieur où son coché l'attendait. Grimpant sur le siège de cuir de la calèche, les yeux de Christine étaient légèrement gonflés et encore humide. Elle avait besoin de son père.
C'est ainsi, que perdit dans ses pensées, la jeune femme ne fit aucunement attention au fait que le coché était plus grand, plus svelte que celui à qui elle venait de donner de l'argent, et qu'il était enveloppé dans une couverture noir, cachant la moitié de visage…
« A la tombe de mon père, s'il vous plait. »
Sans un mot, le coché claqua les rennes dans les airs et les deux chevaux d'ébène partir au trot. Et tandis que la calèche roulait en direction du cimetière, Christine se mit à penser à son Ange, à Raoul. A tout ce qu'il s'était produit en trois mois à peine. Son monde entier s'était écroulé. Une odeur de rose flotta légèrement dans l'air, une odeur si douce. Était-ce les fleurs de son bouquet ? Quoi d'autre ?
Son Ange lui avait ouvert son cœur, son âme en une nuit. Il lui avait fait connaître des sentiments que nul autre homme ne lui avait donné. Ressentait-il autant ce lien qui les liaient qu'elle ? Elle n'en savait rien. Jamais elle n'avait été effrayée par son visage. Jamais elle n'avait été effrayée par son âme… Mais alors que la calèche avançait, Christine pensait. Et si son Ange n'était en fait que le fruit de son imagination ? Que la répercussion de son chagrin … ? Et si finalement le bon choix était Raoul…
Raoul était-il sa seule issue ?
Non elle ne pouvait y croire…
Mais Erik… Erik tuait … Et tuer n'était-il pas le pire des péchés aux yeux de Dieux ?
… Mais après tout, que pouvait-il faire d'autre ? Cet homme avait passé sa vie dans les tréfonds d'un opéra. Qu'avait-il bien pu faire en Italie ? En Perse ? … En Russie ? … Cela intriguait la jeune Soprane au plus haut point… Mais d'après les propos de Madame Giry, il finissait toujours par être rejeté … Son faciès avait guidé sa vie jusqu'à sa venue à elle… Petite Orpheline perdue sans son père. Il avait chanté pour elle… Et depuis il n'avait plus arrêté…
Était-elle ingrate ? Était-elle, au contraire, trop bonne ?
Et tandis qu'il traversait la forêt entre Paris et le cimetière, Christine se mit à fredonner…
« Dans mes rêves il venait,
Chanter pour moi,
Cette voix qui m'appelle,
De l'au-delà… »
Cette chanson, qu'ils avaient partagés alors qu'elle voyait enfin son visage… Christine ferma les yeux… Elle aurait tant souhaité ne jamais remonter à la surface. Rester toute sa vie dans les tréfonds de l'Opéra avec lui… Il n'y aurait eut, ni Raoul, ni de mort… Simplement son Ange, elle, et la musique…
La destination n'était qu'à quelques mètres, et pourtant Christine restait plongée dans ses pensées, et doucement, elle se mit à raconter à voix basse…
« La petite Lotte pensait à tout et à rien. Son père avait promis de lui envoyer l'ange de la musique… Son père avait promis…. Son père… avait promis… »
La calèche s'arrêta, et lentement la femme en descendit. Remerciant le coché, elle entra dans le cimetière. Ne prêtant nullement attention au regard d'un bleu infini qui la couvait d'amour… Et tout en fredonnant, elle marchait dans les allées. Son père adorait l'entendre chanter, alors comme toujours elle chanta, mais cette fois, elle était loin des paroles douce et joyeuse. Cette fois, elle chantait son propre chagrin.
« Vous étiez mon seul compagnon,
Le centre de ma sphère,
Vous étiez, l'ami et le père,
Avant la fin du monde, »
Son père avait toujours été un homme aimant et doux. Un être d'une infini gentillesse qu'il avait tenté de transmettre à Christine du mieux qu'il pouvait. Un homme qu'elle avait aimer de tout son cœur d'enfant.
« J'aimerai tant que vous soyez là,
Toujours aussi près de moi,
Un simple rêve,
Suffirait-il ?
Pour être dans vos bras ? »
Si Gustave Daaé avait été encore là, tout cela ne se passerait pas… Tout serait différent… Si seulement il pouvait lui envoyer un signe, un simple signe… Pour savoir quel était le bon choix à faire…
« Je veux encore entendre votre voix,
Mais je sais que ça n'arrivera pas,
J'aurai beau rêver de vous,
Rien n'y fera,
Tout ce dont j'ai rêvé. »
Jamais plus elle n'entendrait le chant du violon, plus jamais elle n'entendrait la douce musique de son père au coin du feu avec Raoul qui lui lisait un conte nordique. Jamais plus elle ne verrait le regard malicieux de son père tandis qu'il était sur le point de la chatouiller… Non jamais plus…
« Anges figés,
Ecoutant le glas,
Monumentaux et froids,
Vous semblent de mauvais compagnons,
Vous, si prompt et si doux, »
A la seule pensée de son père reposant dans un cercueil, dans le froid de l'hivers, la neige tombant sur les pierres de marbres, cela la rendait malade de désespoir…
« Bien trop d'années contre mes larmes,
Puisse mourir le passé,
Je voudrais tant que vous soyez là,
Nous devons nous dire au revoir… »
Parlait-elle encore à son père ? Parlait-elle à son Ange ? Elle ne savait plus. Tout deux étaient si étroitement liés dans son esprit. L'Ange de la Musique l'avait accompagné dans son deuil avec douceur et amour. Il l'avait aidé à surmonter tout cela…
« Aurai-je la force d'apprendre à vivre ?
Comment faire, dites-moi ?
Plus de souvenirs, de silence émus.
Plus de nostalgie… du passé perdu… »
Pouvait-elle réellement vivre sans son Ange ? Pouvait-elle réellement renier le seul être qui s'était attardé sur son chagrin ? Comment ? Comment pouvait-elle faire ? Était-il temps de laisser son ange prendre son envol loin d'elle ?
« Comment dire au revoir ?
Comment dire au revoir ? »
Christine vint s'asseoir au pied des marches de la crypte. Le nom « DAAE » inscrit en lettre d'or sur le monument lui donna l'envie de mourir à elle aussi. Depuis que son père était mort, la mélancolie ne la quittait plus, comme si son père était mort et avait emporté avec lui, sans le vouloir, sa joie de vivre.
L'Ange lui avait redonner… Joie… Douceur… Envie de vivre. Son Ange… Non, elle ne pouvait le renier… Les sanglots secouèrent son corps frêle tandis qu'un léger son de violon perça l'air. Une douce musique. Christine ferma les yeux, en un instant elle se retrouvait plongée dix ans en arrière, dans la petite Chapelle de l'Opéra Populaire…
« Enfant Errante
Si triste, impuissante,
Que mes conseils t'orientent… »
Christine sentit son cœur se réchauffer immédiatement, son tourment prenait fin. Était-ce là le signe de son père qu'elle attendait tant ?
« Ange ou père ?
Ami ou fantôme ?
Qui est là, qui m'observe ? »
Levant la tête, la jeune femme observa. Elle devait savoir… Son père lui envoyait-il enfin un signe ou était-ce encore une illusion de son esprit… ? Ou bien le Fantôme de l'Opéra se jouait-il d'elle encore une fois pour ensuite l'abandonner…
La voix plaintive de son ange s'éleva dans l'air,
« As-tu oublié ton ange ? »
Non… Non jamais elle ne pourrait oublier son ange… Il hantait son esprit depuis trop d'année déjà… Elle le supplia de rester…
« Parle mon ange,
Ta voix exacerbe,
Mes sentiments étrange. »
A peine chantait-il que toute sa peine, tout son désespoir se muet en une douce chaleur en sa poitrine. Suppliant intérieurement Dieu pour que se moment ne s'arrête pas, Christine se releva, fixant la crypte, et la voix de son ange s'éleva à nouveau dans l'air en un chant mélodieux…
« Si longtemps perdue en hiver,
Loin de ma vue tutélaire,
- Fièrement mes pensées résistent,
- Tu résistes…
- Mais mon âme s'incline… »
Montant marche après marche, Christine se rapprochait de son ange. Elle voulait tant réparer ses erreurs, que son Ange voit enfin qu'elle n'avait jamais voulu lui faire de mal. Qu'elle l'aimait d'un amour pur. Leurs voix s'entremêlèrent, s'accordant à la perfection.
« Ange de la musique
Je t'ai renié (Tu m'as renié.)
Toi, emblème de beauté,
Ange de la musique
Mon protecteur (Ne me fuis pas)
Viens à moi, ange étrange, (Viens à ton ange étrange) »
Une fois de plus, Christine se retrouvait dans une transe indescriptible… Sa voix… Sa voix l'hypnotisait. Elle avait besoin, besoin de l'entendre chanter. Il était vital pour elle. Plus vital encore que l'eau ou la nourriture… Leurs voix s'accordaient, se complétaient, comme si elles ne formaient qu'un. Et alors qu'elle avançait lentement à l'intérieur de la crypte, la voix de son Ange reprit en un murmure plus rauque, plus envoûtant encore…
« Je suis ton ange de la musique,
Viens à moi, ange de la musique. »
A peine arriva-t-elle à l'intérieur du monument de marbre que des bruits de sabots se firent entendre, un cri puissant, Raoul ?
Raoul était-il ici ?
Mais la jeune femme n'avait la force de se retourner, ou de faire marche arrière, elle était si bien, bercée par les douces paroles de son Ange… Elle était bien, ici…
« Non ! Christine ! Attends ! »
Mais alors que ses sens revenaient peu à peu à elle, qu'elle trouva enfin le courage de se retourner, prête à sortir de la crypte, les portes se refermèrent au même moment sous les hurlements de Raoul. La jeune femme l'instant d'après, tomba inconsciente.
Note :
Un des chapitres que j'ai le plus aimé écrire. En espérant que cela vous ai plu également.
Bonne semaine à vous et à Mercredi
