Désolée, ça a pris du temps ! Mais la suite est là :) Merci aux lectrices pour vos reviews :D
ATTENTION TW : SUICIDE
Chapitre 5 : Prises de conscience
Rosalie Hale ne connaissait pas tant que ça Edward Masen. Cependant, elle était très observatrice et savait reconnaitre certains signes.
Cela faisait maintenant quelques semaines qu'elle s'intéressait plus particulièrement à lui. Pas du tout d'un œil amoureux, loin de là, - elle avait déjà quelqu'un, après tout - mais de l'inquiétude.
Il lui rappelait sa mère, en quelque sorte. Muet, seul, isolé, le teint pâle et les yeux fuyants. Elle ne pouvait oublier le regard qu'arborait sa mère avant de mourir, ce souvenir la hantera toute sa vie.
Sa mère, Mrs. Candice Hale, était une très belle femme. Ses yeux étaient d'un bleu tellement intense qu'ils paraissaient violets, des lèvres parfaitement dessinées, un visage fin et structuré. À l'instar de Rosalie, cette particularité aurait pu la rendre froide et hautaine mais non. Rien ne pouvait entacher sa gentillesse et sa patience. Peut-être l'était-elle même trop ?
Candice s'était mariée très jeune à un homme riche et puissant, lui ayant vendu le rêve d'une belle vie de famille, heureuse et grande. C'était la seule chose à quoi Candice aspirait – être mère, et heureuse.
Et elle le devint à trois reprises.
Au plus la famille grandissait, au plus en son bonheur gonflait. Malgré sa plénitude, sa beauté se fana avec le temps, au gré des accouchements, au fil des nuits sans sommeil. Au plus ses enfants grandissaient, au plus elle s'oubliait. Son corps changea. Son temps était pris par ses bambins qu'elle aimait plus que tout. Son temps était pris par les obligations d'une femme au foyer. Elle s'y plaisait, pourtant.
Là n'était pas le problème.
Le problème venait de Mr. Hale qui n'appréciait plus voir sa femme s'enlaidir. Il devint plus froid, plus brutal, plus mesquin.
Candice souffrait de cette situation. Ses beaux yeux rougissaient tous les soirs. Son faux sourire la heurtait. Et pourtant, personne n'y prêtait attention.
Personne n'avait vu sa flamme intérieure diminuer d'intensité.
Personne n'aurait pensé que Mr Hale pourrait devenir violent, sombrer dans l'alcoolisme et laisser ses instincts le plus brutaux s'abattre sur sa pauvre femme. Certains encore nient cette théorie.
Personne n'avait remarqué à quel point Candice protégeait ses enfants plus que sa propre vie.
Personne n'aurait pu prédire sa mort, encore moins un suicide.
Et pourtant, du haut de ses douze ans, Rosalie l'avait vu. Elle se souvient encore de ses yeux, de ce regard si particulier. Elle se souvient encore de ses faux sourires, de ses cris, de ses pleurs étouffés, mais aussi (et surtout) de la bienveillance et la protection que lui offrait sa maman.
A présent, Rosalie et ses frères vivaient chez leur grand-tante. Une gentille dame, quoiqu'un peu vielle. Mr. Hale ne voulait plus les revoir, et donnait un chèque assez conséquent tous les ans à la famille. Rosalie pensait qu'il avait déménagé et qu'il avait refait sa vie mais sa grand-tante n'avait jamais voulu confirmer ses soupçons.
Bella savait ce qui était arrivé à Rosalie, elle avait été là pour elle et ses deux jeunes frères. Rosalie savait qu'Bella pouvait montrer sa compassion, son empathie, son écoute… Mais elle savait également qu'Bella ne le réalisait qu'avec un nombre restreint de personnes, des personnes qu'elle considérait comme méritante de son amitié.
C'est pour cette raison que Rosalie était allée voir Edward durant la pause. Elle s'était jurée de ne plus jamais laisser quelqu'un seul lorsqu'il arborait ce regard éteint. Et quand elle se faisait une promesse, elle y tenait toujours.
Elle lui avait parlé quelques fois, proposant son aide dans quelques cours. Elle ne le connaissait pas très bien, elle savait juste qu'il travaillait beaucoup pour aider sa mère célibataire. Elle respectait beaucoup cela, et lui avait rendu quelques services.
Edward avait été surpris de voir Rosalie s'asseoir avec lui. Malgré cela, la présence de cette dernière était rassurante, et il avait passé un agréable moment. Elle l'avait rassurée par rapport à Bella, lui disant que c'est une personne formidable une fois toutes ses armures retirées. Il avait ri lorsqu'elle lui a appris que son amie n'était en vérité qu'un chaton enragé.
Rosalie avait réussi à remettre un peu de vie dans ses yeux. Elle avait été satisfaite.
Après tout, c'était sa manière de rendre hommage à sa mère.
A la fin de la journée, sur le parking du lycée, Rosalie vit Bella se diriger dans sa direction, irritée.
– C'était quoi ça ? s'énerva Bella.
Rosalie savait exactement ce dont Bella parlait et savait également comment tout allait finir. Dans un café à discuter devant un chocolat chaud et un latté.
– Tu sais très bien ce que c'était.
– Tu n'as pas le droit de m'abandonner à table et partir discuter avec ce vaurien !
– Ce quoi ?!
– Ce n'est qu'un pauvre type ! Tu ne le connais même pas !
– J'ai appris à le connaitre.
– Sans moi, tu ne l'aurais jamais fait ! Et tu…
Rosalie lui coupa la parole.
– C'est totalement faux !
Bella fut prise au dépourvu par ce soudain haussement de voix. Bella aimait se représenter Rosalie comme une sorte de médiatrice, à toujours considérer tous les points de vue. Décidément, peut-être que cette dispute ne se règlerait pas aussi facilement.
– Tu ne le connais pas, Bella, tu ne sais pas ce qu'il se passe dans sa vie. Tu n'as aucune idée de ce qu'il peut se passer en dehors de ton propre petit être ! Ouvre un peu les yeux !
Bella ne sut quoi répondre, et restait bouche bée sur ce parking.
Rosalie tourna des talons et parti en direction de sa voiture, lâchant un « égoïste » en passant.
D'abord, Bella ressenti de la colère. Contre Rosalie mais aussi contre ce garçon aux joues trop creuses et aux cernes immondes. Comment son simple sujet avait-t-il pu causer autant de problèmes ? Que savait Rosalie ? Bella l'aurait vu, si Rosalie s'était rapprochée du garçon. Pas vrai ? Elle n'était pas si égocentrée.
Pas vrai ?
La colère passa, lentement mais sûrement. Bella n'était pas privée de tout jugement. Elle avait du mal à se remettre en question et elle prenait énormément de temps à le faire mais, avec un peu d'égo de côté, pouvait reconnaitre ses torts.
C'est pour cette raison qu'elle donna rendez-vous à sa meilleure amie plus tard ce soir-là, dans leur café habituel, discuter et parler calmement.
Les parents d'Bella et la tante de Rosalie se fichaient qu'il soit vingt-et-une heures et qu'elles aient école le lendemain. Après tout, elles étaient d'excellentes élèves et, elles ne séchaient que très peu de cours.
Comme à leur habitude, Rosalie prit un chocolat chaud et Bella un latté.
La blonde était toujours visiblement énervée mais elle sut expliquer à Bella ce qui lui arrivait. Avec ses mots, et péniblement, elle lui expliqua ce regard qui lui faisait penser à Candice. À cette souffrance qu'elle ne pouvait voir grandir.
Elle lui apprit avoir fait quelques devoirs pour lui, et rédiger des travaux. Il ne lui demandait rien, c'était elle qui était allée le voir à plusieurs reprises.
Elle raconta avoir aperçu ce regard il y a quelques mois, au cours d'algèbre qu'ils partageaient. Rosalie pouvait voir son profil de là où elle se trouvait, quelques rangées en diagonales, et eut un flash, le souvenir du visage de sa mère. Un visage qu'elle n'oubliera jamais.
Elle eut un pincement au cœur quand elle le vit sortir de la classe, la tête basse. Elle pensait même avoir vu un hématome sur sa joue gauche, mais elle n'en était pas sûre donc elle le tut.
Ce jour-là, elle l'avait suivi jusqu'à son casier et lui avait proposé de terminer le devoir de math ensemble. Edward avait été surpris par la présence de la jeune fille à ses côtés et par cette proposition. Il semblait que Edward avait du mal avec ce cours et l'aide de Rosalie avait été une véritable bénédiction venue du ciel.
Il eut sa plus belle note après ça.
Edward n'espérait pas une amitié, il n'avait pas d'amis après tout. Il se contentait des rendez-vous hasardeux avec Rosalie, devant un travail de math.
Il avait réussi à lui expliquer sa situation. Qu'il devait travailler dans un supermarché pour avoir de l'argent de poche. De plus, sa mère prenait toujours la moitié de sa paie (même si, de son côté, elle avait un travail correct). Il dormait mal à cause des journées trop stressantes et sa peur de n'être pris dans aucune université.
Il n'était pas mauvais à l'école, mais n'était pas excellent non plus. Cependant, il était ambitieux et voulait étudier l'écologie à l'université, et pas n'importe quelle université. Il visait l'Ivy League.
Rosalie l'encourageait. Elle lui donnait de l'espoir, la motivation qu'il ne trouvait nulle part ailleurs. Elle lui donnait l'impression de compter pour une cause, pour quelqu'un, de ne pas être qu'un raté.
Mais ce n'était pas suffisant pour remonter son estime. Il n'y avait pas qu'en algèbre qu'il avait des problèmes. Ses insomnies l'empêchaient de se concentrer, son emploi du temps l'empêchait d'effectuer des travaux ou d'acquérir énormément de crédits pour l'université…
Il ne l'avouera jamais mais il avait pleuré la veille, quand il avait appris devoir rendre un énième travail. Il ne se sentait plus capable, il se sentait terriblement stupide, complètement inutile. Il avait l'impression d'en avoir trop, des montages au-dessus de sa tête, et ç'avait été la goutte d'eau.
Il avait essayé de parler à Bella (qu'il admirait beaucoup pour sa confiance en elle) mais s'était senti encore plus stupide. Alors, quand il avait entendu le son de sa voix dans ces toilettes, il ne savait comment réagir. De l'espoir mêlé à de l'inquiétude faisait écho en lui, des sentiments contradictoires régissaient et lui donnait ce qu'il n'attend plus.
De l'espoir.
Et, espérer, Edward détestait ça. Tous ces espoirs avaient toujours fini par un échec.
Il était certain qu'Bella allait annuler, qu'elle ne voulait pas travailler avec lui. C'était vrai, avant.
Sûrement que, dans un autre monde, Bella ne l'aurait pas aidé. Mais, aujourd'hui, ce soir plus particulièrement, elle était prête à l'aider pour ce devoir.
Elle était à présent prête à apprendre à connaitre Edward. Vraiment.
Alors? :)
