Chapitre 8 : Aurore

En sortant du bain, Edward prit conscient de plusieurs choses.

La première était que sa vie n'était pas encore finie. Qu'il avait l'occasion d'avoir son diplôme s'il réussissait haut la main le travail d'histoire. Avec la présence de Bella à ses côtés, il avait plus de chances d'y arriver.

La seconde était qu'il était arrivé bien trop tôt chez les Cullen. Il était arrivé une heure après les cours, alors qu'ils avaient rendez-vous à vingt heures. Il était à présent dix-huit heures.

De là, s'écoule une troisième réalisation.

Si sa famille avait pris soin de lui autant de temps, qu'ils lui avaient proposé des vêtements, de prendre un bain, de le soigner, et de manger avec eux, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose.

Soit il faisait vraiment pitié, mais ça il ne pouvait le penser. Esmé avait été bien trop gentille, et Jasper aussi.

Il osait, pour la première fois depuis longtemps, penser que quelqu'un puisse l'accepter. Il ne s'attend pas à ce qu'ils puissent l'aimer, mais il osait imaginer avoir quelque part où aller si les choses ne vont pas bien.

Et l'espoir qu'il ressentait l'apeurait.

Bella Cullen était troublée, et ce n'est pas une émotion habituelle pour elle. Elle avait entendu l'eau bouger frénétiquement et la toux étrange de son camarade, mais n'avait su comment réagir. Maintenant, elle est à table, distante de la conversation entre Edward, sa mère et son frère. Son père n'était pas présent, il avait dû partir pour l'hôpital – une habitude.

Elle observait le comportement de sa mère, souriante, accueillante, veillant à ce qu'il mange bien et qu'il soit à l'aise. Elle pouvait voir son frère, beaucoup plus introverti mais bien plus amical qu'elle ne pouvait l'être.

Elle se sentait à part, comme visionnant une série de sitcom démodée où tout le monde est heureux, oubliant le visage défiguré du mec en face d'elle.

Une sensation étrange parcourait son corps, lui coupant peu à peu l'appétit. Le voir ainsi, arriver à sa porte en sang, savoir que sa mère le bat et qu'il vit dans un environnement chaotique lui donne envie de vomir. Si elle osait l'admettre, elle avouerait qu'elle a honte de son comportement, qu'elle l'a mal jugé et qu'il ne mérite pas un tel traitement. Malheureusement, elle n'est pas à l'aise avec ses sentiments négatifs auto-dénigrant et ne se l'avoue pas.

Nonobstant, elle ne peut s'empêcher de ressentir quelque chose envers Edward. Elle préfère se certifier qu'il ne s'agit que de la pitié, voulant toujours se surestimer par rapport aux autres, mais elle se rend bien compte que c'est un mensonge. Deux sentiments, deux mensonges.

Elle verra sa mère lui proposer de venir autant de fois qu'il le souhaite, lui proposer de prendre la chambre d'amis. Elle verra, ensuite, Edward lui adresser un regard en coin, quêtant sa réaction.

Elle n'en aura aucune et le dîner se termina petitement.

Elle se surprit même à sourire lorsque Edward ria franchement avec sa mère dans la cuisine, alors qu'ils débarrassaient.

Ne voulant se l'avouer, la sympathie la gagnait.

Pas même Bella ne pouvait comprendre ce qu'elle pensait, ce qu'elle ressentait, ou mettre des mots sur ses sentiments lorsqu'elle accueillit Edward, pour la première fois, dans sa chambre.

Ce dernier regardait la pièce, curieux et attentifs aux moindres détails. Son regard se posa d'abord sur le grand lit au centre de la pièce, ensuite vers son bureau, sur la gauche et enfin vers une grande baie vitrée, face au lit. Son sourire s'illumina alors qu'il pouvait apercevoir la lune se refléter sur l'océan.

– C'est magnifique, finit-il par souffler.

Il s'approcha de cette grande baie vitrée et appréciait la vue. Il pouvait voir le port, les courants de la mer et l'eau bougé aux émissions de la lune. Son esprit s'égara brièvement, se demandant comment tant de petites coïncidences lui avait permis de se trouver ici, à cet endroit, en cet instant. Comment un astéroïde toucha la terre, comment la lune fut créée, comment la lune créée le courant des océans et des mers, comment eux – humains, nature – étaient venus à la vie. Comment tout cet enchainement incroyable et magique, presque, permit la vie. Comment la vie (il aimait surtout parler du destin) l'a accompagné jusqu'ici, lui permettant de donner un nouveau sens à son existence, lui permettant de raviver la flamme de son âme – lui donnant l'envie de vivre un peu plus longtemps.

Mais pour combien de temps ?

Il se retourna et vit le visage attendri de Bella. Elle, qui ne montrait aucune émotion, qui restait de marbre, qui n'accordait de l'importance à personne. Elle, qui lui avait donné une occasion d'avancer, donner l'opportunité de réussir son année, d'obtenir tous ses crédits.

Elle, qui lui avait permis d'avoir une petite chance d'entrer à l'université l'année prochaine. De quitter la maison de sa mère, d'avoir une bourse, d'étendre son ambition.

Il pensa encore au destin et à la chance qu'il a, en cet instant. Il s'imagine avoir un ange à ses côtés, lui offrant la chance de vivre enfin.

Son sourire s'agrandi en voyant le visage de sa camarde, et son regard se tourna encore une fois vers le croissant de lune.

Il senti Bella s'approcher de lui, se plaçant à ses côtés et regardant par la fenêtre.

– Il s'agit du premier croissant après la nouvelle lune, lui apprit-elle. Je n'ai pas pu la voir hier, on dirait que tu as de la chance.

Il pouffa joyeusement, heureux de la métaphore.

– Le lendemain de la nouvelle lune, répéta-t-il, avant de pouffer encore une fois.

Bella tourna doucement la tête, le questionnant subtilement du regard.

– Symbolisme du renouveau, répondit-il, haussant les épaules.

Il pensait que cette remarque ennuierait Bella. C'est pour cette raison qu'il fut surpris de l'entendre rire légèrement.

Il ne pouvait s'empêcher de remarquer la brillance que prenait ses yeux gris alors qu'elle tentait de cacher son sourire de sa main. Jamais il n'avait fait attention, ne voyant que ses longs cheveux foncés et ses yeux glacés, à quel point elle pouvait être belle.

Pour la première fois, il était charmé, et non intimidé, par Bella. Il admira encore quelques instant les boucles que prenaient ses longs cheveux, son visage en cœur et ses pommettes saillantes, une petite fossette, très discrète, au coin de sa lèvre.

– J'aime moi aussi beaucoup regarder le paysage.

– Tu as de la chance d'habiter dans cette maison.

C'était autre chose que la maisonnette où il avait grandi.

Prenant une grande inspiration, elle tourna des talons et joignit à grands pas le bureau.

– On devrait s'y mettre, je ne veux surtout pas avoir du retard avec ce travail.

Le changement brutal de ton n'avait échappé à Edward. Il contempla une dernière fois la lune, remerciant silencieusement l'ange qui le suivait avant de s'installer aux côtés d'Bella.

Elle avait gardé son expression neutre durant tout l'échange et les deux heures de travail. Pourtant, elle avait été surprise de remarquer que, lui aussi, voulait la meilleure note possible. Qu'ils avaient une méthode de travail semblable. Qu'ils s'entendaient bien, qu'ils étaient souvent en accord l'un avec l'autre. Et, même lorsqu'elle n'était pas d'accord avec lui, elle se surprit à changer d'avis et à l'écouter.

Elle se surprit à tomber peu à peu sous le charme de ce garçon aux cernes trop prononcées.