coucou
désolée
j'espère que vous suivez encore, je vais vraiment la finir
bisous
Chapitre 10 : Rigel
Après avoir rembarré Félix, Bella prit la main de Rosalie et l'entraina à une table vide dans un coin de la cafétéria. Rosalie ne posa aucune question. Ressentant l'esprit d'Bella fonctionner à pleine allure et une conversation profonde arrivée, elle commença à manger tranquillement.
Cependant, après quelques secondes de silence et sans réaction de son amie, elle commença à s'alarmer.
– Tout va bien ? demanda gentiment son amie, désinvolte.
Bella releva les yeux et sourit, descendant de sa contemplation lunaire.
– Oui, j'étais ailleurs.
– Tu as vu Edward vendredi ? Bella acquiesça doucement. Ça s'est bien passé ?
Elle hocha de nouveau la tête, baissant les yeux vers la table et prenant une première bouchée de son pain.
– Il est plus intelligent que ce que je pensais. Ça devrait bien se passer, dit-elle simplement.
Rosalie pouvait sentir que Bella cherchait ses mots.
– Une raison particulière pour laquelle nous mangeons ici ce midi ? demanda simplement Rosalie.
Bella haussa les épaules.
– Je voulais être au calme.
– Tu ne voulais pas voir Félix, c'est ça ?
Bella prit une grande inspiration avant d'expulser l'air retenu. Rosalie connaissait assez Bella pour savoir que quelque chose s'était passé entre eux et Bella connaissait assez Rosalie pour savoir qu'elle ne lâcherait pas l'affaire.
– Il a été insupportable samedi, à me poser ces questions sur Edward. Sérieusement, j'aurai presque l'impression qu'il est jaloux.
– Peut-être que c'est le cas ?
Bella leva un sourcil, se demandant si son amie n'avait pas perdu la tête. De quoi serait-il jaloux, sérieusement ? Et pourquoi, surtout ? Ils n'étaient pas en couple, n'avaient même pas de sentiments l'un pour l'autre.
En tout cas, Bella n'en avait pas.
Son amie rigola franchement devant la mine abasourdie de son amie.
– Tu ne t'en es jamais rendu compte ? se moqua la blonde. Il est amoureux de toi !
– Quoi ?! Non !
– Si !
– Quoi ?! Pourquoi ?
Cette question absurde augmenta les rires de son amie et elle se perdit dans un fou-rire incontrôlable, laissant Bella de plus en plus médusée.
– C'est à propos de Edward ? poussa derechef Rosalie.
Bella souffla.
– Oui. Il a commencé à agir bizarrement quand il m'a posé la question. Mais j'ai répondu la même chose qu'à toi, il est très bien, finalement. Je pense qu'on va réussir.
– Donc, il est jaloux.
Bella leva les yeux en ciel, exaspérée. Elle ne voulait plus en entendre parler, si Félix avait développé des sentiments pour elle, elle le saurait. Elle se trouvait assez perspicace pour l'apercevoir.
– En parlant de Edward, tu m'as dit que tu parlais souvent avec lui, non ?
Rosalie se gratta la gorge.
– Souvent, non. Quelques fois, oui.
– Est-ce qu'il ta déjà parlé de ses parents ? demanda doucement la brune, chuchotant, presque comme si elle n'avait pas envie que Rosalie entende la question au bout de ses lèvres.
Son amie haussa les sourcils, un ton grave à présent marqué sur ses traits. Elle était sérieuse, et intéressée.
– Non. Mais par contre, je remarque souvent… comme des blessures. Il ne veut jamais m'en parler quand ça arrive, donc je ne sais pas trop quoi penser.
Bella ne quittait des yeux Rosalie, ressentant la sincérité et l'inquiétude se dépeindre sur son visage. Elle n'était pas très douée pour lire les émotions des autres mais tout était plus facile avec Rosalie.
– Tu fais souvent attention à lui, se dit Bella à voix haute.
Rosalie haussa les épaules.
– Pas tant que ça.
– Tu m'as dit qu'il te faisait penser à ta mère, non ?
– Oui. Ses yeux.
Bella plissa les siens, elle n'arrivait pas à comprendre ce que ses yeux pouvaient bien vouloir transmettre comme message.
– Ils sont verts.
– Ils sont tristes, susurra Rosalie.
Rosalie voyait la ressemblance avec le regard qu'avait sa mère la dernière fois qu'elle l'a vue.
Bella hocha sa tête, sachant de quoi son amie parlait. Elle avait vécu les événements à ses côtés.
– Mais, Edward… ?
Rosalie haussa les épaules, se mordant la lèvre inférieure.
– Ça me fait peur, finit-elle par répliquer.
Bella souffla.
– Tu sais quelque chose ? demanda Rosalie, soudainement anxieuse.
– Il est arrivé vendredi soir totalement défiguré, et en sang. Bella baissa les yeux et prit une grande inspiration avant de poursuivre. Mon frère et ma mère ont pris soin de lui, ma mère lui a même offert la chambre d'amis s'il le souhaite, mais...
Elle releva la tête vers son amie. Elle pouvait voir ses yeux bleus, intéressés et surpris par son discours.
– Tu penses que ses parents l'ont battu ?
Elle secoua la tête.
– Il nous l'a dit.
La respiration de Rosalie se coupa, ses yeux s'écarquillèrent, sa bouche s'ouvrit légèrement, ses sourcils se levèrent et son cœur rata un battement. Elle craignait le pire, mais cette révélation fut un choc, confirmant ses craintes les plus sombres.
– Oh.
– Et il s'est passé autre chose.
Rosalie ne s'empêcher de regarder Bella, attendant la suite.
– Quand il a pris son bain, j'ai entendu l'eau s'agiter quand j'ai frappé et j'ai entendu une grosse toux, tu vois ? Je sais qu'on peut pas se noyer soi-même, mais… bizarre.
– Tu es certaine de ça ?
– Quoi ? Qu'on ne peut se noyer soi-même ?
Elle haussa les épaules, demandant une réponse honnête.
Bella fronça les sourcils.
– Evidemment que non, le corps a un minimum d'instinct de survie. C'est comme retenir ta respiration, tu ne peux pas mourir comme ça.
– Je ne sais pas… Et après ?
– Tout s'est bien passé. On a bien travaillé. C'était bizarre de le voir si faible dans mon canapé, et d'un coup, si… elle cherchait le mot exact pour décrire le comportement de Edward. Il est si discret à l'école, il rougit tout le temps. Et pourtant, là, face à moi, il m'a tenu tête. Il a explicité son point de vue, il ne s'est pas laissé faire et il a eu raison parce qu'au final le travail sera mieux que ce que je pensais. Il n'a pas hésité. Et j'ai trouvé ça… Woah. Incroyable. Il avait d'un coup du charisme, tu vois ? En plus avec ses blessures, c'était presque sexy.
Rosalie se mit franchement à rire.
– Tu devrais être plus gentille avec lui. Tu ne peux pas imaginer ce qu'il vit, dit Rosalie d'un coup sérieuse.
Elle regarda dans la salle à manger, regardant autour d'elle à la recherche de ce brun aux yeux émeraudes.
Où était-il ?
Elle aperçut Félix qui la fixait et elle détourna rapidement les yeux. Edward n'était nulle part, et avec ce qu'avait dit Rosalie, elle commençait à se demander si Félix n'avait pas des sentiments pour elle, idée qui la révulsait.
– Je vais essayer, répondit finalement la brune, pensant que, peut-être, elle pourrait s'entendre avec le garçon.
Un peu plus d'un mois s'était écoulé depuis la rentrée et Bella avait, pour une fois, écouté le conseil de son amie. Elle s'était montrée plus gentille avec Edward. Elle prenait le temps de l'écouter, de lui laisser le temps pour effectuer des recherches (même si parfois, elle grinçait des dents). Elle avait un peu appris à le connaitre et elle commençait à l'apprécier.
Ils n'ont plus jamais parlé de sa famille, ni de ce qu'il pouvait vivre. Elle n'avait jamais posé la question, il ne commençait jamais la discussion. Ce vendredi, ils s'étaient même souri dans les couloirs.
Un grand changement en peu de temps pour les deux adolescents.
Comme à leur habitude, ils s'étaient donné rendez-vous ce vendredi soir pour travailler. Esmé avait pensé à inviter Edward à diner et il était heureux de partager un moment avec la famille de sa camarade. Bella pensait que sa mère lui montrait trop d'affection et beaucoup trop rapidement.
Esmé était comme ça. Elle prenait soin des autres, elle était attentive et voulait rendre service. Elle ne supportait pas voir la douleur et le malheur. Elle avait remarqué que Edward n'était pas très gros, qu'il semblait triste. Ce qu'elle avait vu il y a deux semaines l'avait touchée au plus profond d'elle-même. Elle voulait le prendre sous son aile et souhaitait qu'il apprenne à voler.
La fin des cours approcha et tout le monde sortit de l'établissement scolaire.
En entrant sur le parking, Bella aperçu Edward devant elle, et elle l'appela.
– Edward !
Ce dernier se retourna, souriant juste en entendant le son de sa voix. Elle essaya de ne pas remarquer le pincement au cœur dont elle était victime à la vue de ses dents blanches.
– Le repas sera prêt à dix-huit heures trente, tu es le bienvenu.
– D'accord.
C'était plus tôt que d'habitude mais il aimait rendre visite aux Cullen, et cela ne le dérangeait pas du tout.
– Je me disais qu'on pourrait commencer à faire la ligne du temps, retraçant les moments importants. Peut-être qu'on pourrait en créer une interactive ? Tu sais comment on fait ?
Il secoua la tête.
– Aucune idée, il faudra rechercher sur internet.
– C'est ce que je me disais.
– Mais c'est une bonne idée. Ça sera plus dynamique, peut-être qu'on aura des points bonus pour la créativité.
Continuant leur discussion, ils se dirigèrent doucement vers le parking réservé aux vélos, suivant la foule.
– Je n'arrive pas à croire que le support compte pour 20% de la note totale ! C'est de l'abus !
Edward souffla du nez, riant légèrement.
– C'est une présentation de 30 à 40 minutes, il ne faudrait pas que notre professeur s'endorme.
Bella grogna ce qui fit rire Edward un peu plus fort.
Ils arrivèrent devant le parking vélo où Edward rangeait le sien. Soudainement, à quelques mètres de leur destination, Edward s'arrêta net, le visage dépité. Toute émotion quitta son corps. Bella s'immobilisa aussi, ressentant une tension étrange d'échapper du corps de son camarade. Fronçant les sourcils, elle suivit la direction de son regard.
Après la surprise, les pas de Edward s'empressèrent, hâtif, vers son vélo.
Bella, ne comprenant ce soudain changement, se précipita à ces côtés. Elle allait lui demander ce qu'il se passait, lorsqu'elle vit l'état du véhicule attaché à la barrière.
La roue arrière avait été retirée, tandis que la roue avant était dégonflée, remplie de clous. La selle manquait, ne laissant que la barre en fer. Les câbles des freins avaient été arrachés et découpés. Il ne restait plus rien de ce vélo.
Bella était bouche-bée et se demanda qui pouvait bien avoir fait ça, totalement horrifiée par la violence de cet acte.
Elle n'osait pas poser cette question à voix haute, voyant le regard vide de Edward. Ses yeux verts étaient à présent plus foncés, et leur éclat perdu. A ce moment, Bella réalisa qu'elle préférait ces yeux lorsqu'il riait, plus étincelants. Maintenant, elle avait l'impression de faire face à deux boules en métal, froides et noires.
Plus aucune émotion n'habitait son corps, un voile avait tout occulté. Il avait passé des semaines entières à économiser pour ce vélo, pour avoir un moyen de transport. Il ne pouvait marcher de chez lui jusqu'au lycée, c'était impossible. Le trajet mettrait plus d'une heure.
En perdant son vélo, il perdait tout contrôle, toute liberté de sa vie.
En perdant son vélo, il se perdait lui-même. Il ne pouvait plus rien faire.
L'idée de rentrer chez lui maintenant lui donna envie de vomir, un poids au fond de son estomac grossissais vers sa gorge.
Il ne pouvait plus parler, il ne pouvait plus rien ressentir, il ne voulait plus rien faire, exprimer, subir.
Il ne voulait, plus qu'un autre jour, mourir.
Il fut surpris par une main se posant sur son épaule, ayant un réflexe de recul avant même qu'il ait déterminé de quelle main il s'agissait.
Bella voyait son visage de déconstruire, la panique dans ses yeux alors qu'elle voulait le consoler. Au lieu de le prendre contre elle, ce qu'elle aurait normalement fait (quoi, j'essaie pour une fois de réconforter quelqu'un et c'est comme ça qu'il réagit ?), elle fut touchée par la panique qu'elle lue dans ses yeux.
Elle qui n'était pas très douée pour attribuer les sentiments des autres suivant leurs expressions, elle avait très bien reconnu la peur et l'angoisse. Elle se rendait compte des années de souffrances, de violence et de maltraitance qu'il avait vécu. Elle ne se demandait pas d'où venait son réflex, le comprenant directement.
Et, d'un coup, elle saisit ce que Rosalie exprimait par rapport à ses yeux. Ils étaient très expressifs, en fait. Le reflet de son âme.
– Je te ramène ? demanda-t-elle, d'une voix douce et rassurante, ce qui les surpris tous les deux.
Ne sachant parler, il hocha la tête. Comme il ne bougeait pas - avait-il seulement compris ? - Bella lui pris le bras, d'un geste plus lent que tout à l'heure, et l'entraina vers sa voiture.
L'esprit de Edward était déconnecté de la réalité. Il ne pouvait plus déterminer si ce qu'il se passait autour de lui était réel ou non, quels étaient ses mouvements et où il se trouvait exactement. Pourtant, ses cinq sens fonctionnaient toujours, il arrivait à voir la voiture d'Bella, les étudiants, les autres voitures. Il arrivait à sentir les moteurs, à entendre leur ronronnement et les discussions. Il pouvait ressentir la main, chaude mais ferme, de Bella autour de son bras. Il arrivait à marcher, se diriger vers son but. Cependant, son esprit n'était plus dans la réalité. Il était au-delà de toutes ses stimulations sensorielles, au-delà de toute cette agitation.
Il perdait pied avec la réalité et ça l'angoissait.
Même une fois dans la chaleur de l'habitacle, il ne réussit à se détendre.
Bella ne comprenait son comportement soudainement détaché mais souffrait en remarquant son regard vide. Elle ne savait quoi faire, n'essayant pas de converser. Elle lui demanda son adresse, et il répondit avec une voix monotone et sans expression. Il ne semblait remarquer l'engin bouger, encore moins réagir aux bruits de la musique et du GPS.
Le trajet n'était pas très long, moins de dix minutes. Elle s'enfonçait dans un quartier de la ville qu'elle n'avait jamais vu, observant les grandes villas qui s'enfonçaient dans les bois. Elle s'éloignait de la côte vers le Nord, se rapprochant du fleuve Hudson qui séparait la frontière New Yorkaise de l'état du New Jersey. C'était à l'opposé d'où vivait Bella.
Les maisons étaient grandes et belles. Elle s'introduit dans une petite rue en cul-de-sac avant de rencontrer sa maison. Elle était plus petite que les autres, cependant ravissante. Le jardin était entretenu, une grande haie et un garage inoccupé.
Edward souffla.
– Elle n'est pas encore rentrée, annonça-t-il.
Il sorti de la voiture sans remercier Bella. Il était tellement soulagé, qu'il n'y avait même pas pensé. Cependant, ce manquement mit Bella légèrement en colère et elle arrêta le moteur de la voiture et sorti, claquant fort la porte. Le bruit fit sursauter le garçon.
– Tu m'invites à l'intérieur ? demanda la brune.
Pour seule réponse un haussement d'épaule, et Bella s'invita chez lui.
Une fois la porte ouverte, elle pouvait sentir une odeur étrange s'émaner de l'intérieur. Elle ne pouvait déterminer de quoi il s'agit, mais elle ne se senti pas à l'aise.
– J'en ai pour deux minutes, dit-il avant de monter les escaliers à gauche de la porte d'entrée.
Il n'avait pas même pris la peine de l'inviter.
Les murs étaient devenus bruns à cause de la cigarette et elle pouvait apercevoir les bouteilles d'alcool sur la petite table du salon face à elle. Le canapé n'était pas dans un très bon état, avec le cuir qui s'écaillait. Le sol grinçait à certains endroits et elle se rendit compte que le bois ne devait pas être très bien entretenu. Elle se demandait alors si l'odeur dégagée n'était pas un mélange d'alcool et de cigarette lorsque Edward descendit.
Alors qu'il voulait ouvrir la porte et partir le plus rapidement possible de cette maison, il s'arrêta et hésita un instant.
– Tu… veux boire quelque chose ?
Bella secoua la tête.
– Non, on peut y aller.
Après un hochement de tête, ils sortirent et regagnèrent la voiture. Juste au moment où Bella refermait sa porte, elle entendit son téléphone sonné. Rosalie l'appelait.
– Bella ! Tu fais quoi ce soir ? dit-elle de sa voix égayée.
– Je travaille avec Edward. Comme tous les vendredis, rajouta-t-elle mentalement.
– Oh ! Vous voulez venir à une soirée ? Emmett en organise une ce soir, vous pourriez venir !
Bella haussa un sourcil, contemplant Edward. Il la regardait, attentif et interrogateur.
– Tu veux aller à une soirée ce soir ? lui demanda-t-elle.
Il haussa les épaules, hésitant.
– Heu… Je ne sais pas trop. Il y aura qui ?
– Rosalie, Emmett, et… Et qui d'autre, Rosalie ?
– Tous ceux qui veulent !
Edward haussa les sourcils, ayant entendu la réponse.
Bella remarquait l'hésitation sur le visage de son camarade, elle ne pouvait pas le mettre mal à l'aise ou le forcer à sortir de sa zone de confort.
– On verra, je te dis quoi ce soir.
– D'accord ! Dit à Edward qu'il est le bienvenu surtout !
– Il t'entend.
– Quoi ! Edward, vient, ça va être chouette !
– Si Bella vient, je suivrais, dit-il finalement.
Bella le contempla les yeux écarquillés alors que Rosalie criait de joie dans le téléphone.
Après quelques formalités, elle raccrocha. Ses yeux ne quittaient pas ceux de Edward quand elle lui demanda pourquoi il avait accepté. Il répondit par un haussement d'épaule et murmura « on ne vit qu'une fois, pourquoi pas essayer de s'amuser ».
Bella était surprise mais, au fond d'elle, elle était heureuse d'y aller avec lui.
Le diner était silencieux mais apaisant. Bella était plus attentive à Edward, elle observait ses moindres faits et gestes. Le fait que son sourire n'atteigne pas ses yeux, qu'il ne finisse pas son assiette, la politesse avec laquelle il discutait avec Esmé, l'attention qu'il portait à l'histoire de Jasper.
Tout. Elle observait toutes les petites choses qu'elle avait manqué.
Esmé avait été surprise de les voir entrer à deux, plus tôt que l'heure prévue mais Bella avait inventé une excuse pour ne pas parler du vélo. Edward avait été plus que reconnaissant.
Ils travaillèrent après, pendant deux heures. Ces heures de travail avaient été coupées par des discussions autour de la lune, des bateaux et du port d'en face, du Point Edgewater qu'ils pouvaient voir de la fenêtre de sa chambre. Elle lui parlait du bateau que possédait son père et du fait qu'elle avait un permis. Il avait été étonné mais il commençait à connaitre Bella, à la voir sous un autre jour.
Bella changeait un peu en sa compagnie. Aucun des deux adolescents ne pouvaient expliquer ce qu'il se passaient lorsqu'ils étaient tous les deux, c'était comme un dôme occultant tout le reste, les rendant plus doux et attentifs, comme seuls au monde. C'était un sentiment rassurant pour Edward, il ne s'était jamais senti autant en sécurité qu'entre les quatre murs de sa maison. Il pouvait presque être reconnaissant que son vélo soit cassé, comme ça il avait eu plus de temps avec la jolie brune.
Ils partirent à vingt-deux heures en direction de chez Emmett, hôte de la soirée de ce soir. Ils s'arrêtèrent quelques minutes près de l'océan où ils observaient les étoiles. Edward voulait savoir quelle était cette étoile brillante devant eux et Bella avait installé une application. Elle avait déterminé qu'il s'agissait de l'étoile Rigel, la plus brillante de la constellation d'Orion.
Une fois dans la voiture, Edward avait regardé la signification de l'étoile dont il avait ressenti l'appel ce soir. Il n'apprit pas grand-chose de très intéressant, mis à part qu'il s'agissait d'une étoile géante reflétant une couleur bleue. Elle est également associée à Venus, au romantisme, la sagesse et la stabilité.
Il contempla alors le profil de Bella. Elle était concentrée sur la route, ses yeux gris restaient droit devant elle. Il observait la courbe de son visage, son nez droit, ses pommettes saillantes. Il adorait la courbe que prenait sa joue, qui s'enfonçait légèrement.
Sentant qu'il la contemplait, Bella tourna la tête et plongea dans ses yeux verts un instant, lui répondant de ce sourire si spécial, si unique. Ce sourire qui lui était destiné à lui, et seulement lui.
Elle pensait que ses yeux avaient la plus belle couleur qu'elle n'ait jamais vu, et ce sourire… Elle adorait quand ses yeux pétillaient.
Elle commençait à se sentir fondre en sa présence, et elle détestait aimer cette sensation.
La soirée battait son plein. Pour la première fois de sa vie, Edward se senti appartenir à un groupe. Il ne s'était jamais retrouvé seul, toujours en compagnie de Bella, Rosalie ou Emmett.
Emmett, le petit-ami de Rosalie, l'avait un peu adopté, le trainant partout et le faisant participer aux festivités. Edward n'avait jamais bu d'alcool, n'avait jamais été ivre, mais aimait la désinhibition que cela lui apportait. Il s'était surpris à danser avec Bella, elle aussi éméchée. Rosalie l'avait pris dans ses bras, et l'avait aidé à ne pas dépasser ses limites, à garder une dose récréative d'alcool dans le sang.
Alors que les invités partaient, vers trois heures du matin, Bella lui proposa de rester ici pour la nuit.
Il ne pensait pas qu'en acceptant, il allait partager une chambre mais il se sentait bien trop fatigué pour avoir une pensée cohérente alors qu'il s'endormit dans le lit king size, ne prenant pas conscience de la figure féminine à ses côtés qui le contemplait en souriant.
Bella avait dépassé ses limites. Elle avait fait un défi avec Mike Turner, un ami, – lequel des deux pouvaient boire le plus. Elle l'avait remporté quand Mike s'est assoupi dans le canapé, mais à présent une violente envie de vomir s'emparait d'elle.
Elle fit deux aller-retours dans la salle de bain avant de s'évanouir inconsciente dans le lit, contemplant le visage serein de son ami, écoutant sa respiration douce.
Fermant les yeux pour la dernière fois, elle se demanda vaguement comment ils avaient réussi à en arriver là. A quel moment l'avait-elle considéré comme un ami, à quel moment elle avait baissé ses armures pour le laisser entrer. A quel moment elle l'avait considéré comme un véritable ami.
Cœur sur mes lectrices et lecteurs !
