J'ai l'impression que plus personne lit mais soit j'ai dit que je finirais x)
Chapitre 11 : Calixte
Je pouvais sentir mon corps tanguer, comme si j'étais sur un bateau. L'alcool devait en être la cause et je ne voulais pas ouvrir les yeux. Je me laissais guider par cette accablante sensation, distraite par le brouillard qu'entourait mon esprit. Une fois que la lumière se fit trop forte, j'osai enfin ouvrir un œil, curieuse par ce brutal changement de luminosité.
Des souvenirs nébuleux me revenaient à la surface, comme si je revenais d'un rêve. Je me souvenais des évènements de la soirée comme s'ils avaient eu lieu dans une autre vie.
Abasourdie par d'autres souvenirs, plus anciens mais tellement proche en même temps, je me redressai. Je contemplai d'abord le paysage avec une sensation de déjà-vu et ma respiration se coupa.
La clairière.
Tout était comme dans mes souvenirs, beaucoup trop blanc, trop lisse. La cabane face à moi, l'arbre, l'herbe à mes pieds…
D'autres souvenirs, d'une chute, de ma mort. J'étais morte ? Ça ne pouvait être le cas. J'avais beaucoup bu, mais pas assez pour tomber dans un coma éthylique. Pas vrai ?
Pas à dix-sept ans, non.
La créature sortit de la cabane. A l'instar de la première fois, elle s'assit et prit une fleur avant d'en détacher les pétales.
J'étais déboussolée, complètement perdue mais moins que la première fois. Je commençais à comprendre, je commençais à retrouver ses souvenirs de ma vie d'avant.
Sans attendre, téméraire, j'approchai la créature.
– Qu'est-ce que ça veut dire ? lui demandais-je un peu trop froidement.
La créature ne releva pas la tête. Ses longs cheveux blancs encerclaient son visage et il était impossible de la voir clairement.
– Pourquoi je suis en train de revivre ma vie ? questionnais-je encore, toujours en attente de réponse.
Le silence que je rencontrai me mise en colère, je ne pouvais attendre plus longtemps. La créature leva enfin la tête. Ses yeux noirs s'encrèrent dans les miens. Si la créature ne souriait pas, elle n'en était pas moins effrayante.
– Qu'en penses-tu ? finit par répliquer la chose.
Je n'avais pas la force de jouer avec les mots. Je ne voulais pas de ses énigmes puériles, je voulais la vérité.
– Je sais que je recommence ma vie, finit-je par répondre. Je ne sais pas pourquoi, ni en quoi c'est si différent de la première fois.
La créature leva un sourcil, se redressant un peu.
– Tu ne vois pas en quoi c'est différent ?
La question avait été innocente, ingénue mais incrédule. Comme si la créature n'en revenait pas, comme si la créature ne pouvait pas s'imaginer que la différence évidente dans son histoire m'avait échappée.
Je me souvenais de tout, pourtant. Ici, j'avais des souvenirs de ma vie passée et de ma vie actuelle. Je savais ce qui était différent. Ma vie avait pris définitivement une autre direction à partir de maintenant.
– Tu te souviens comment tu es arrivée ici la première fois ? demanda la chose.
– Je suis morte, répondis-je, haussant les épaules, me remémorant ma morosité, mon état d'ébriété et ma mélancolie. Je ne sais toujours pas qui est mort, avouais-je. Je ne me souviens pas de Edward non plus, dans mon ancienne vie…
La créature fit un petit « oh » avant d'arracher une autre fleur et d'en tirer les pétales. Je réfléchissais, tentant de trouver un sens à cette histoire.
– Edward a un rapport avec tout ça ? finis-je par demander à la créature, tranchante.
– Edward Masen… chuchota la chose.
Quelques secondes s'écoulaient et aucune réponse ne suivit. Mon esprit tournait vite, fort, beaucoup trop fort. Je me sentais exploser, je voulais des réponses. Mes poings se serrèrent contre mes flancs.
– Qui es-tu ? Où suis-je ? Pourquoi je recommence tout ? la créature ne me répondit pas, et j'étais de plus en plus en colère. Pourquoi tu dis que j'ai raté ? Réponds-moi !
– Bella Cullen, calme-toi. Je te pensais plus intelligente que ça. Tu peux poser les questions gentiment, je vais y répondre.
Mais me calmer était impossible, j'étais beaucoup trop tendue. Surtout avec sa voix chantonnante, agaçante et bien trop nonchalante à mon gout.
– Je suis Calixte, Maezin d'Irrivin.
Je regardai la chose, incrédule.
– Je suis supposé savoir ce que ça veut dire ?
La chose – Calixte – souffla.
– Un Maezin c'est un travailleur du destin. Un ange, si tu veux. Tu es dans un monde que j'ai créé, une sorte une illusion. Tu te trouves dans les limbes, en vérité.
La réalisation me frappa et je m'en voulais soudainement de ne pas avoir pris conscience plus tôt de ce qu'il se passait. Évidemment que le destin avait un rôle à jouer avec tout ça, mais jamais je n'aurais pensé qu'il existait des « travailleurs du destin » ou des « Maezin » comme cela s'appelait, vraisemblablement. J'aurai pu le deviner, si je n'avais pas été prise au dépourvu et que ma colère n'avait pas été si impulsive.
– Donc, tu es ici parce que dans les limbes tu serais perdue. Ton âme est encore emprisonnée dans ton corps d'humaine et tu es encore sensible aux variations cosmiques. Tu es avec moi parce que je m'occupe de régler les choses dans l'Aanorian. Il faut que tu recommences et que tu rétablisses quelques-unes de tes erreurs.
– Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai à faire là-dedans ?
– Tu verras bien assez vite quel est ton rôle à jouer.
Je pris une grande inspiration, prenant conscience de l'ampleur de cet enjeu. Je n'étais qu'un pion, un pion qu'il fallait bouger pour une mission dont je n'avais pas conscience.
– Tu ne t'en souviendras pas en revenant sur Terre, je te le promets. Tu deviendrais folle, si c'était le cas.
– Je ne peux pas en savoir plus ?
– Que veux-tu savoir ?
– Qui est mort ?
Calixte sourit, un air innocent sur le visage.
– Tu le découvrira bien assez vite, Bella. Ne soit pas si hâtive, laisse-toi guider.
– Pourquoi je suis venue, aujourd'hui ?
– Je voulais que tu te rendes comptes du chemin accompli. Pour répondre à tes questions.
– Tu savais que j'avais des questions ?
La créature rit, d'un éclat cristallin adorable et enfantin.
– Je sais tout, Bella Nova Cullen.
Et le monde autour de moi changea encore une fois.
Comme si rien ne s'était passé, comme si elle n'était pas une âme perdue et enfermée dans son être d'humaine insignifiante et sans importance, elle se retrouva projetée sur Terre, dans le lit aux côtés de son ami endormi.
Comme si de rien était, elle ouvrit les yeux, avec un mal de tête indescriptible mais un immense sourire aux lèvres lorsqu'elle vit la mine endormie de Edward, paisible. Elle se surprit à le regarder, contempler les moindres courbes de son visage, à regarder longuement ses lèvres, son souffle régulier.
Pour une fois, il avait l'air apaisé.
Elle s'approcha de lui et plaça sa main contre son crâne, caressant ses cheveux. Ils étaient si doux, elle aurait aimé s'approcher encore plus mais elle ne voulait surtout pas le réveiller.
Son cœur battait la chamade. Elle ressentit une impression étrange au fond de son estomac.
Quelques secondes plus tard, elle se rendormit, une main toujours posée sur la joue de Edward.
