Note de l'auteure : On retrouve donc notre trio adoré, et notre Katsuki au féminin.

Bonne lecture.

Lili


~ 2. Rester comme ça ? Pas moyen ! ~

Les mains au fond des poches, Katsuki se dirigea vers le dortoir, fatigué mais bien plus détendu que quelques heures auparavant. S'entraîner lui avait fait un bien fou, même si le début avait été frustrant. Son corps féminin était aussi souple, agile et rapide que son corps masculin, mais au niveau de la force brute la différence était notable. A la première explosion, il avait reculé de deux bons mètres, incapable d'encaisser totalement le recul contrairement à d'habitude.

Il avait donc dû moduler la puissance de son alter pour ne pas prendre le risque de se retrouver à voler à travers le gymnase contre son gré. Mais Katsuki étant un acharné, il lui avait fallu moins d'un quart d'heure pour s'adapter à cette nouvelle donne. Il avait noté qu'il était plus léger, ce qui était un avantage qu'il avait vite exploité. En revanche, il était un peu moins endurant et transpirait moins abondamment. Il lui fallait donc plus de temps pour se chauffer.

Mais il ne lui avait pas fallu longtemps pour tourner tout ça à son avantage, à sa grande satisfaction. Se battre contre Double Face et Deku l'avait bien défoulé et il avait pris un réel plaisir à user des quelques avantages, récemment découverts, de son nouveau corps pour les déstabiliser. La nuit était tombée depuis quelques heures quand les trois lycéens avaient finalement décidé de rentrer au dortoir.

Tout en réfléchissant à comment user de ses nouveaux enseignements pour améliorer les performances de son corps masculin dès qu'il l'aurait retrouvé, Katsuki pénétra dans la salle commune, ne prêtant nullement attention à son environnement. Perdu dans ses pensées, il se dirigea vers la salle de bain, bien décidé à prendre un bon bain. Rien ne valait un bain bien chaud pour relaxer ses muscles mis à rude épreuve par un entraînement intensif.

- Ouah ! T'es canon Bakugo !

L'exclamation sortit Katsuki de ses pensées et le figea sur place. Merde ! Il avait oublié que les autres avaient dû revenir de leur apprentissage. Les sourcils froncés, il tourna la tête vers celui qui venait de l'interpeller ainsi.

- T'as dit quoi le Dragibus ?! grogna-t-il d'un ton promettant mille souffrances.

Un frisson désagréable parcourut le blond, devenu blonde, quand il vit les regards de ses camarades de classe sur lui. Aucun d'eux ne se gênait pour le détailler de la tête aux pieds, certains choqués, d'autres avec amusement. Mais ce n'était pas la seule chose qu'il y avait dans certains de ces regards, et Katsuki détesta ça. Les filles le mataient avec envie et la plupart des garçons avec une pointe de perversité. Bordel ! Même le délégué coincé avait cette putain de lueur de merde dans les yeux.

- Je disais que t'es carrément canon, reprit Mineta, ses yeux brillants d'envies perverses. T'as un de ses culs... Et tes seins ! Je peux...

Mais avant même que Mineta n'ait fini sa phrase, il se retrouva bâillonné par les bandes collantes d'Hanta.

- Non, tu peux pas, claqua Hanta.

Intérieurement, Katsuki remercia son ami pour avoir fermé la bouche perverse de Mineta. L'attitude de son camarade envers les filles de la classe l'avait toujours agacé, même s'il n'était jamais intervenu pour l'en empêcher. Les filles étaient suffisamment fortes pour se défendre seules. Et il y avait toujours un chevalier servant prêt à voler à leurs secours si la situation devenait périlleuse pour les demoiselles.

Il n'avait donc jamais eu à exploser lui-même le petit pervers, et cela lui convenait très bien. Du moins jusqu'à présent. Parce que vu la façon dont le regardait Mineta, nul doute qu'il allait devoir défendre sa vertue des assauts dont il serait sans nul doute la cible. Son regard glissa vers Denki, complice régulier des perversions de Mineta. Le sourire moqueur et les yeux brillants de lubricité du blond électrique firent frissonner de dégoût Katsuki.

Merde ! Denki était son pote ! Il n'allait quand même pas profiter de la situation hein ?

- Putain, Kats ! souffla Denki avec malice. T'as une de ses chances !

- Hein ?! tonna Katsuki vexé. D'où t'as vu que j'ai de la chance putain ?!

- Mec, tu vas pouvoir toucher des seins autant que tu veux, et sans risquer de te retrouver avec une main dans la tronche ! expliqua Denki. Je t'envie tellement !

- Parce que tu crois que j'en ai quoique ce soit à foutre de ça ? rugit Katsuki énervé. Va peloter les boules du dragibus si tu tiens tant que ça à peloter quelque chose ! J'ai pas demandé ça moi ! Et ça me gonfle sévèrement d'être regarder comme un vulgaire bout de viande depuis des heures ! Alors je vous préviens, le premier qui me touche ou qui fait une putain de remarque, je l'émascule ! C'est clair ?!

Sans attendre de réponse et d'un pas rageur, Katsuki reprit son chemin vers la salle de bain. Putain que ça le gonflait cette histoire ! Et dire qu'il avait réussi à se détendre avec l'entraînement, les regards et réflexions de ses camarades venaient de le foutre sur les nerfs. Arrivant rapidement à destination, il posa une main sur la poignée de porte et l'ouvrit violemment. Mais la voix nasillarde de Mineta le figea une nouvelle fois sur place :

- Oh ! Moi aussi j'ai besoin d'un bon bain !

Merde ! C'était la salle de bain des garçons dans laquelle il s'apprêtait à entrer. Et les douches et la baignoire étaient communes. Pas question qu'il se foute à poil devant les autres ! Machinalement, il tourna la tête vers la porte suivante, celle donnant sur la salle de bains des filles. Théoriquement, il devrait plutôt aller dans celle-ci. Mais non seulement toutes ses affaires étaient dans la salle de bain des garçons, mais en plus l'idée de voir ses camarades féminines dans le plus simple appareil le mettait atrocement mal à l'aise.

- Tu peux utiliser notre salle de bain, intervint Mina attirant son attention sur elle et Mineta assommé à ses pieds.

- Euh... bafouilla Jiro. C'est un garçon !

- Mais non, c'est une fille ! protesta Mina. Et j'ai trop envie de voir à quoi il ressemble maintenant !

- Mais la situation n'est sûrement que temporaire, soupira Momo. Je ne serai pas très à l'aise non plus.

Ochaco et Tsuyu approuvèrent vigoureusement leur déléguée, faisant râler Mina.

Intérieurement, Katsuki approuva. Il ne tenait pas particulièrement à voir les filles à poils, il se ferait l'impression horrible d'être un voyeur. Son regard navigua d'une porte à l'autre, cherchant désespérément une solution lui octroyant l'intimité dont il avait besoin, tout en préservant ses amies. Il n'allait quand même pas devoir se laver dans le petit lave main de sa chambre ? Hein ?!

Une main se posa sur son épaule attirant son attention vers Izuku.

- Va dans celle des garçons, Kacchan, lui sourit Izuku. Et prend le temps de prendre un bain. Je garde la porte. Personne ne rentrera.

Katsuki eut bien envie de protester qu'il n'avait pas besoin d'un foutu garde du corps, mais la solution proposée par le nerd était la meilleure. Même lui ne trouvait pas mieux.

Avec un hochement de tête en signe d'acceptation et de remerciement, Katsuki pénétra dans la salle de bain vide de toute présence. Il regretta que la porte n'ait pas de serrure, et se promit d'aller acheter un verrou qu'il installerait dessus dès demain si la situation perdurait. Il n'allait quand même pas demander à Izuku de jouer les portiers à chaque fois qu'il aurait besoin de se laver. Foutu situation de merde ! Vivement que ça s'arrête !

Il se déshabilla rapidement, attrapa son gel douche, hésita quelques secondes à se faire un shampoing avant de renoncer, et se glissa sous le jet d'eau brûlant d'une des douches. Il râla un peu en constatant que sa tresse était mouillée, mais décida qu'elle sècherai toute seule plus tard. Il s'était déjà battu avec sa chevelure plus tôt dans la journée, il n'était pas pressé de recommencer le combat.

Une fois douché, il se dirigea vers le bassin, s'y glissant avec un soupir de satisfaction. Rien ne valait un bon bain chaud après un entraînement intensif. Il n'y avait que ça de vrai pour détendre ses muscles mis à rude épreuve. Il s'enfonça dans l'eau jusqu'au menton et s'adossa contre le rebord, chassant de son esprit toutes les contrariétés des heures précédentes.

Les yeux fermés, il profita de la chaleur bienfaisante avec délectation, se laissant planer dans un état second, oubliant le temps s'écoulant tranquillement. Un bruit sourd le fit brutalement sursauter, manquant de le faire couler au fond du bassin. Il jeta un regard suspicieux vers la porte, craignant de voir surgir quelques-uns de ses camarades dans la pièce. Mais la porte resta fermement close. Un peu inquiet que Deku ne réussisse pas à garder loin de là les pervers voyeurs, Katsuki sortit du bassin pour se sécher rapidement.

Il batailla un peu pour remettre le soutien gorge, pestant contre le bout de tissu qui le faisait sérieusement chier. Il maudit aussi ses cheveux qui goutaient désagréablement dans son dos malgré l'essorage intensif qu'il leur avait fait subir. Dépité, il décida d'enrouler sa lourde natte dans une serviette de bain qu'il noua solidement. Une fois son tee-shirt noir et son pantalon d'intérieur gris enfilés, il prit son courage à deux mains pour ouvrir la porte et rejoindre la salle commune.

Katsuki fixa de longues secondes le mur de glace l'empêchant de sortir de la pièce. Il nota vaguement la présence d'un tissage serré de scotch et de plusieurs barres de fer entrecroisées pris dans la glace. S'il en croyait ce qu'il voyait, Hanta, Shoto et Momo s'étaient joint à Deku pour sécuriser la porte et empêcher quiconque d'entrer. Le problème c'était que, du coup, il ne pouvait pas sortir de la pièce.

- Oï ! appela-t-il. Virez vos merdes là !

Mais personne ne lui répondit. Fronçant les sourcils, il tendit l'oreille cherchant à capter les sons de l'autre côté du mur de glace. Il entendit des voix, lointaines et déformées, comme s'il les écoutait depuis le fond d'une piscine. Elles étaient nombreuses et parlaient visiblement toutes en même temps, du moins c'était l'impression qu'il avait.

- OÏ ! cria-t-il pour se faire entendre. Laissez moi sortir merde !

Mais là encore, aucune réaction. Agacé, Katsuki posa une paume sur le mur de glace et déclencha une explosion. Un sourire satisfait étira ses lèvres quand une large fissure apparut sur l'iceberg lui barrant le passage. Il renouvela l'opération, agrandissant la faille avec délectation.

Quand il surgit, enfin, du trou qu'il avait réussi à créer dans la muraille construite par ses amis, il se trouva face un spectacle des plus inattendu. Dos à lui, Deku, Shoto, Hanta, Tenya, Momo et Kirishima esquivaient les tentatives de Denki, Mineta, Mina et Toru pour passer outre leur barrage. Derrière les quatre curieux, les autres membres de la classe ne semblaient pas savoir s'ils devaient rire ou venir en aide à l'un ou l'autre des deux camps.

- Bordel de merde ! Rugit Katsuki énervé. Ça va pas être le même bordel à chaque fois ?! Vous êtes vraiment qu'une bande de pervers !

- Katsuki a raison, renchérit Tenya, votre attitude est indigne d'un héros !

- Allez Kats, intervint Denki en riant. T'en profites bien toi, tu pourrais faire profiter tes potes !

- J'en profite ? tonna Katsuki furieux et vexé. T'as plutôt intérêt à bien profiter de tes couilles avant que je te les arrache, connard !

Instinctivement, Denki posa une paume protectrice sur ses bijoux de famille, prenant la menace très au sérieux. C'était Katsuki après tout... Et Katsuki Bakugo était bel et bien capable de lui arracher ses précieuses testicules, probablement même qu'il les lui ferait manger en fricassée après.

- C'est une blague, Kats, tenta-t-il pour sa défense.

- Ben, ça me fait pas marrer ! rugit Katsuki en tournant les talons pour rejoindre l'ascenseur.

Non, ça le faisait pas rire ! Pas du tout même ! Enragé, autant après la situation qu'après ses potes n'arrangeant rien, Katsuki regagna sa chambre, laissant les autres se démerder entre eux. Il avait la ferme intention de rester cloîtré dans sa piaule jusqu'au repas du soir. Il se promit de faire des réserves de bouffes le lendemain, pour s'épargner les repas avec les débiles de sa classe s'ils le gonflaient trop. Mais pour ce soir, il n'avait pas le choix malheureusement. Ce n'était pas le paquet de gâteaux apéros et les trois barres énergétiques planqués dans un tiroir de son bureau qui le nourriraient.

Avec rage il dénoua la serviette, délivrant sa tresse toujours humide à son grand désarroi. Et bien sûr, il n'avait pas de sèche-cheveux histoire d'être sûr de ne pas devoir se coucher avec les cheveux mouillés. C'était un coup à attraper la mort ! Son regard tomba sur les sacs ramenés par Shoto de leur virée à la galerie commerciale, ceux-ci représentant une faible lueur d'espoir. Peut-être que Double face avait pris un sèche-cheveux.

Deux minutes plus tard, Katsuki était passé de la rage au dépit le plus complet. Non seulement cet abruti de Double face n'avait pas acheté de sèche-cheveux, mais en plus il avait pris plein de trucs inutiles. Du maquillage ? Sérieusement ? Il avait une gueule à se maquiller ?! Des soins du visage divers et variés... Comme s'il avait besoin de ça ! Il transpirait de la glycérine ! Il n'avait pas besoin de soins du visage ! Jamais de sa vie Katsuki n'avait eu la peau sèche ou grasse, ou de l'acné, ou des points noirs, ou tout autre trucs qui visiblement nécessitait une telle armada de produits.

Saisissant un pot de belle taille, il plissa les yeux de mécontentement en lisant : Cire épilatoire. Il remercia intérieurement sa mère de lui avoir transmis son alter, lequel lui assurait une pilosité minime, lui épargnant ce genre de soucis. Farfouillant dans le bazar étalé sur son lit, il resta longuement dubitatif devant une pince à cils. Outre le fait qu'il ne voyait absolument pas l'intérêt de la chose, ça avait l'air barbare comme truc. Pas question que ce truc approche ses cils !

Jetant la pince dans un sac, où elle retrouva la cire épilatoire et les nombreuses palettes de maquillages, Katsuki reprit son tri. Il garda les brosses à cheveux et peignes, même si franchement cinq ça faisait beaucoup de son humble avis, les élastiques noirs et simples, repoussant les chouchous colorés et barrettes fantaisies. Après réflexion, il décida de garder une sorte de pince en plastique noire, songeant qu'elle lui permettrait de relever sa tresse quand il se douchait. Il grimaça en lançant dans le sac les bijoux fantaisies que Shoto avait acheté. Comme s'il allait se mettre à porter ce genre de merde ! Non, mais il l'avait pris pour qui ce débile bicolore ?!

Son sourcil tressauta nerveusement quand il trouva un serre-tête arc-en-ciel pailleté et son jumeau doté d'une belle rose rouge en tissus. C'était une blague, hein ? Ce crétin lui faisait forcément une blague. C'était pas possible autrement ! Heureusement que ces merdes avaient été payées avec le fric d'Endevor et pas le sien, sinon il aurait réclamé un remboursement ! Avec les intérêts !

Foulards, lunettes de soleil, vernis à ongles et pinceaux de maquillage rejoignirent les indésirables dans le sac posé au sol, vite réunis avec deux éponges bizarres dont Katsuki ne voulait même pas connaître l'usage. Ne restaient sur le lit que des paquets de serviettes périodiques, des paquets de tampons, des culottes menstruelles et même une boîte de cups menstruelles. En toute franchise, Katsuki espérait très fort ne pas en avoir besoin, mais il ne pouvait pas totalement exclure cette possibilité. Aussi les rangea-t-il au fin fond de son armoire, sous un tas de vêtements, en se promettant d'en faire don à ses camarades féminines quand cette merde serait finie. Il espérait que ce serait le plus vite possible.

Il refermait tout juste son armoire quand deux coups furent frappés à sa porte, lui indiquant que quelqu'un venait le voir.

- Quoi ? grogna-t-il en serrant les dents.

- Kacchan ? C'est moi, répondit Izuku sa voix étouffée par le battant de bois. Je t'ai ramené un sèche-cheveux.

Katsuki ouvrit brutalement sa porte, intérieurement ravi de l'initiative de son ami d'enfance, même s'il ne le dirait sûrement pas, ni ne le montrerait. Il se saisit de l'appareil sans attendre, laissant cependant sa porte ouverte en une invitation silencieuse. Izuku pénétra dans la pièce, refermant le battant dans son dos, en expliquant :

- J'ai vu que tu avais une serviette de toilette sur les cheveux en sortant de la salle de bain, et je me suis souvenu qu'ils étaient super épais. J'ai pensé que tu pourrais en avoir besoin.

Tout en branchant le sèche-cheveux, Katsuki demanda :

- Tu l'as piqué à qui ?

- A personne, protesta Izuku. C'est le mien.

Devant l'air surpris de Katsuki, il se justifia :

- Mes cheveux sont épais et frisent comme pas possible dès qu'ils sont mouillés. Si je les laisse sécher tout seul, je ressemble à un caniche.

Un ricanement moqueur résonna dans la pièce, unique réponse à l'aveu d'Izuku. Puis, le bruit du sèche-cheveux se fit entendre, couvrant toute conversation. Tenant sa longue natte d'une main, l'appareil de l'autre, Katsuki entreprit de sécher ses cheveux encore humide. Mais très vite il constata que ça allait être long et pénible. La patience n'était pas son point fort en temps normal, mais en plus ce soir il était sur les nerfs, et il s'énerva très vite.

Voyant ça, Izuku vola à son secours, lui prenant le sèche-cheveux des mains.

- Laisse-moi faire, soupira-t-il. Tu vas te brûler les cheveux si tu continues comme ça.

- Tsss... râla Katsuki en abandonnant l'appareil et sa chevelure aux mains du nerd, s'avachissant à l'envers sur sa chaise de bureau, sa poitrine s'écrasant désagréablement sur le dossier de celle-ci.

Izuku sourit, amusé, et commença par défaire la tresse.

- T'as intérêt à me la refaire après ! prévient Katsuki.

- Oui Kacchan, promit Izuku.

Durant de longues minutes, les deux amis restèrent en silence, seul le ronflement du sèche-cheveux se faisant entendre. Izuku dirigea le souffle chaud sur les longues et épaisses mèches blondes, les faisant couler entre ses doigts avec soins, attentif à ne pas emmêler la chevelure.

Avachi sur sa chaise, Katsuki soupira discrètement, appréciant le traitement dont il était l'objet. C'était une des choses qu'il préférait chez le coiffeur : se faire papouiller le crâne. Bien évidemment, il nierai ce fait, même sous la torture, mais il devait avouer qu'Izuku faisait ça très bien. Sûrement qu'il avait appris quelques trucs auprès de sa coiffeuse de mère. Et Katsuki n'allait certainement pas s'en plaindre. Peut-être pourrait-il demander à Izuku d'être son coiffeur personnel le temps de tout ce bordel ? Ou pas... Il avait sa fierté quand même.

Le bruit infernal du sèche-cheveux cessa et la voix d'Izuku le sortit de l'état second où l'avait plongé les papouilles dans ses cheveux.

- Tu as mis où ta brosse ?

- Regarde sur le lit, soupira Katsuki.

Izuku se retourna et trouva l'assortiment d'accessoires de coiffures que Katsuki y avait laissé. Tout en prenant une brosse et un peigne, il jeta un coup d'œil curieux vers le sac posé au pied du lit.

- C'est quoi ce sac ? demanda-t-il.

- Toutes les merdes inutiles que Double face a pris, grogna Katsuki. Si tu as besoin de cire épilatoire ou d'une pince à cils, sers toi ! Cadeau d'Endevor !

- Une pince à cils ? s'étonna Izuku en peignant soigneusement les cheveux blonds.

- Ouais... Me demande pas à quoi ça sert, j'en ai aucune foutue idée. La tête ronde et la grenouille devraient pouvoir te renseigner, si tu y tiens.

En silence, Izuku hocha la tête, concentré sur la séparation de la chevelure de Kacchan en trois mèches d'égales épaisseur. Se rappelant les gestes du coiffeur, il entrecroisa soigneusement les mèches pour former une belle tresse. Une fois finie, il conclut son travail par la pose de l'élastique.

- Voilà c'est fini, annonça-t-il. J'ai vu que tu avais de la laque. Si demain matin tu as des mèches rebelles, un peu de laque devrait suffire à les tenir.

- Croise les doigts pour ça tienne toute la nuit, bougonna Katsuki, parce que sinon tu en seras quitte pour recommencer demain matin.

- Pas de soucis, Kacchan, sourit Izuku.

Katsuki se releva et débrancha le sèche-cheveux, en profitant pour noter mentalement la marque. Mais quand il voulut le rendre à Izuku, ce dernier protesta :

- Je te le prête, ne t'inquiètes pas !

- Ah ?! Pas question ! tonna Katsuki. Tu vas ressembler à un caniche, tu l'as dit toi-même ! Garde le, j'irai en acheter un demain.

- T'es sûr ? demanda Izuku.

- Évidemment ! râla Katsuki en lui collant l'appareil entre les mains.

- Oh, ça me fait penser, s'exclama Izuku en sortant de sa poche une enveloppe. Il reste un peu d'argent sur ce qu'Endevor nous a donné. Tiens...

Katsuki lorgna l'enveloppe d'un air dubitatif. Il devait acheter un sèche-cheveux et un verrou. Non, deux verrous à la réflexion. Il en mettrait un de plus sur la porte de sa chambre, histoire de s'assurer que personne ne puisse entrer. Cet argent lui éviterait de piocher dans ses économies personnelles. Mais avec de la chance, il se réveillerait demain matin dans son corps d'origine, et donc ces achats seraient inutiles.

Voyant les hésitations de Kacchan, Izuku lui fourra l'enveloppe de force dans les mains en disant :

- Pose pas de question et prends le.

Puis, il sortit de la chambre, laissant le blond seul, une enveloppe entre les mains. Après tout, cet argent il le méritait non ? Ne serait-ce que pour le préjudice moral qu'il avait subi. Voilà, c'était en dédommagement.

Vraiment, Katsuki espérait que vilain parlerait et donnerait le moyen de rompre son alter rapidement, histoire qu'il redevienne lui-même. Il avait l'impression d'être un imposteur dans ce corps ne lui correspondant pas. Il était un mec, bordel ! Pas une gonzesse avec tout ce que ça impliquait ! De manière générale, il ne s'intéressait pas vraiment aux corps des autres, encore moins quand ces derniers avaient des problèmes identitaires. Comme tout le monde, il avait entendu parler des personnes transgenres et, concrètement, il n'en avait absolument rien à foutre. Chacun était bien libre de vivre son corps et son identité comme il le voulait, tant qu'on ne venait pas le faire chier, ça lui allait très bien. Même si pour le coup, il comprenait un peu mieux ceux qui disaient ne pas être nés avec le bon genre.

Chassant ses pensées hautement philosophiques, il se saisit du sac contenant tous les trucs inutiles pour le jeter au fond de son placard. Quand il aurait retrouvé son corps, il donnerait tout ça aux filles de sa classe, sûrement que ça leur ferait plaisir. Peut-être garderait-il deux trois trucs pour sa mère. Même s'il n'avait rien vu de susceptible de lui plaire. Sa mère n'aimait pas trop les trucs fantaisies, elle préférait les bijoux sobres et discrets. Peut-être les foulards...

Une sensation désagréable lui fit froncer les sourcils.

- Et merde, souffla-t-il.

Il avait envie de pisser. Il avait soigneusement évité de penser à ça depuis sa transformation, mais là il ne pouvait plus l'éviter à moins de vouloir se pisser dessus. Comme on monte à l'échafaud, il entra dans ses toilettes personnelles, fusillant des yeux l'innocente assise en faïence.

Son pantalon de jogging et son boxer abaissés sur ses chevilles, Katsuki bouda. C'était la première fois qu'il pissait assis depuis... au moins son quatrième anniversaire. Il se souvenait du petit marche pied que ses parents lui avaient acheté pour qu'il puisse faire pipi debout "comme papa". Marche pied qui lui était aussi utile pour atteindre le lavabo et les placards en hauteur. Il se demanda vaguement ce qu'était devenu le petit objet bleu et vert. Sûrement avait-il été relégué au fond du garage, là où ses vieux rangeaient les trucs devenus inutiles avec le temps.

Son affaire finie, Katsuki se saisit d'un peu de papier toilette, une bonne dizaine de feuilles, pour tamponner la zone problématique. Il avait horreur de retrouver la, célèbre, dernière goutte dans son boxer et il était convaincu que celle-ci existait aussi pour les filles. Une fois sûr et certain que c'était bien sec, il se releva, se rhabilla et tira la chasse d'eau avant de se laver abondamment les mains.

Le temps de ranger le matériel de coiffure qu'il avait décidé de garder dans sa petite salle d'eau, tout en mettant de côté la pince en plastique pour la déposer dans la salle de bain à l'occasion, il était l'heure de manger. Son regard se perdit vers le tiroir où étaient soigneusement rangées ses provisions d'urgences, tenté d'esquiver le dîner. Mais il avait faim... vraiment faim !

Résigné, il quitta donc sa chambre, prenant la direction du rez-de-chaussée. Il fit un rapide détour par la salle de bain, s'assurant avant d'entrer qu'elle était vide, pour y déposer sa pince, et rejoignit la salle à manger. Ses camarades étaient déjà attablés et il s'installa à la seule place laissée libre, entre Eijiro et Izuku. Bon, Eijiro ayant fait partie de ceux ayant défendu sa vertu durant son passage sous la douche, il espéra que ce dernier ne serait pas trop lourd.

- Hey, Kats ! Ça va ? demanda Eijiro.

- Ouais, grogna Katsuki en réponse. Tu pourras me filer tes cours ?

- Tiens, sourit Eijiro en lui tendant des cahiers, j'y ai pensé. Par contre, j'ai pas ceux d'aujourd'hui vu que j'étais aussi en apprentissage.

- Tout le monde était en apprentissage aujourd'hui, informa Tenya. Donc pas de cours à rattraper.

- Cool, soupira Katsuki en commençant son repas.

Il ignora volontairement les regards en coin que lui lancèrent certains de ses camarades, répondant uniquement aux questions ne portant pas sur son nouveau genre, et écoutant les déblatérations enjouées d'Eijiro et Hanta, assis face à lui. Le repas se passa finalement dans un calme tout relatif, les quelques tentatives de blagues à son sujet étant vite étouffées par Izuku, Eijiro, Tenya, Momo et Shoto.

- Aizawa-sensei !

L'exclamation de Toru attira l'attention de tous vers le professeur qui les salua d'un signe de tête. Katsuki lui lança un regard interrogateur et plein d'espoir. Avec un peu de chance, son professeur aurait la solution à son problème.

- Qu'est-ce qui vous amène ? s'enquit poliment Tenya.

- La situation particulière de Bakugo, soupira Aizawa.

- Il a parlé ? demanda Katsuki avec impatience.

- Non, soupira Aizawa. Il veut bien nous dire comment arrêter l'effet de son alter, mais seulement en échange de sa libération.

- Et alors ? s'énerva Katsuki. On le libère, il cause et on l'arrête à nouveau ! C'est quoi le problème ?

- La commission et le gouvernement refusent de négocier avec des terroristes, expliqua platement Aizawa.

- Terroriste ? s'étonna Izuku.

- C'est juste un voleur à la manque ! protesta Katsuki avec véhémence.

- Il s'avère qu'il est impliqué dans plusieurs actions terroristes menées contre les hétéromorphes, le contra Aizawa. Donc, pas de négociation... Donc non, on n'a pas la solution à ton problème actuel.

- Bordel ! Fais chier ! rugit Katsuki en balançant violemment la chaise sur laquelle il était précédemment assis. Je vais quand même pas rester comme ça ?! Y'a pas moyen, putain !

Aizawa soupira lourdement, fixant un regard désolé vers son élève. Il comprenait que Katsuki ne veuille pas que la situation perdure, mais il n'avait hélas pas de solution à lui proposer.

- Écoute, dit-il d'un ton calme, peut-être que son alter a une limite de temps. Prends ton mal en patience et ça passera peut-être tout seul.

- Et ça va durer combien de temps hein ? tonna Katsuki au bord des larmes tellement il était énervé. Des jours, des mois, des années ?

Devant le silence, parlant, de son professeur, Katsuki se passa une main rageuse dans les cheveux, tirant sans vergogne dessus en criant. Il ne voulait pas rester comme ça ! Il ne voulait pas, putain ! Saleté de vilain de merde ! Saleté de gouvernement ! Connasse de commission ! Ils avaient tous décidé de le faire chier ou quoi ?! Il manquerait plus que ses parents soient au courant et ce serait le pompon !

Soudain horrifié à cette idée, Katsuki tourna un regard affolé vers Aizawa et demanda d'une voix sourde :

- Vous avez pas prévenu mes vieux hein ?

- Si, avoua Aizawa avec une grimace désolée. Tu es mineur, c'est normal de les prévenir.

Katsuki eut l'impression que le ciel lui tombait sur la tête. Il avait laissé son téléphone dans sa chambre, mais ne doutait pas une seconde que celui-ci devait déborder de notifications de messages et d'appels manqués. Et l'idée de parler de ça avec sa mère le gonflait déjà.

Il ne pouvait pas rester indéfiniment comme ça. La plupart des alters avaient des limites, des moyens d'en stopper les effets. Celui-ci n'allait quand même pas être l'une des exceptions confirmant la règle, hein ?! Il y avait forcément une solution ! Et puisqu'il ne pouvait pas compter sur son prof pour l'aider, ni sur ses potes, il chercherait tout seul comme un grand. Et il trouverait putain ! Oui, il trouverait !

Enfonçant les mains dans ses poches, il tourna le dos aux autres et partit dans sa chambre, se contentant d'un "Allez vous faire foutre" élégant quand Hanta tenta de le retenir. Il choppa au passage les cahiers d'Eijiro, il avait des cours à rattraper et cela lui changerait les idées pour ce soir. Qui sait, peut-être qu'après une bonne nuit de sommeil son corps serait redevenu comme avant.

Izuku suivit des yeux la silhouette de son ami d'enfance, très inquiet pour lui. Il connaissait suffisamment bien Kacchan pour deviner que celui-ci chercherait une solution par ses propres moyens. Et il s'inquiétait des extrémités auxquelles le blond serait prêt à aller pour redevenir lui-même.

- Moi aussi ça m'inquiète, intervint Aizawa attirant son attention.

En voyant le regard entendu de son professeur, Izuku comprit qu'il avait encore marmonné à voix haute, faisant profiter tout le monde de ses inquiétudes.

- Je n'ai malheureusement pas de solution, soupira Aizawa. Mais si vous voyez qu'il se met en danger, ou fait n'importe quoi, je veux que vous me préveniez !

- Promis Aizawa Sensei, confirma Momo.

Izuku hocha la tête d'un air décidé. Il garderait Kacchan à l'œil.

- Je suppose qu'il ne verra jamais les avantages de sa situation, dit placidement Shoji.

- C'est tellement dommage, se plaignit Minoru avec emphase. Il a des seins ! Des seins !

- Je ne parlais pas de ce genre davantage, soupira Shoji blasé.

- Quels autres avantages y'a à être une fille ? s'étonna Mineta.

La claque qu'il se prit sur le crâne le fit glapir, Mina dardant sur lui un regard noir.

- C'est vachement bien d'être une fille ! argumenta-t-elle. On peut avoir tous les hommes à nos pieds si on veut. La preuve : vous avez tous bavé sur Katsuki quand il est arrivé !

- Je suis pas sûre que ce soit un bon argument, rit Jiro. Surtout pour Katsuki...

- On peut porter des enfants, fit remarquer Tsuyu. Ça, c'est quelque chose qu'aucun homme ne connaîtra jamais.

- Je doute que Katsuki soit sensible à ça, fit remarquer Momo.

- Surtout qu'on a que seize ans, c'est un peu jeune pour penser à avoir des enfants, ajouta Shoto.

- Je pensais plus à mieux connaître et comprendre les problématiques féminines, intervint Shoji.

- Tu veux qu'il devienne féministe ? se moqua Denki.

- Pas nécessairement non, rétorqua Shoji. Plutôt un homme ayant conscience de ce que vivent les femmes au quotidien et donc plus... respectueux.

- Je n'ai jamais eu l'impression que Katsuki nous respectait moins parce qu'on est des femmes, fit remarquer Ochaco. Je crois que pour lui ça n'a aucune importance.

- Je suis d'accord avec toi, assura Shoji. Je pense aussi que Katsuki n'a pas ce genre de préjugés. Je ne sais pas trop comment dire... En ayant conscience de vos problèmes, il pourrait mieux les appréhender et pousser les autres à changer leur attitude à votre égard. Sans forcément en faire un militant.

- Je vois ce que tu veux dire, intervint Tenya. Katsuki a une force de persuasion non négligeable et il peut influencer les autres dans le bon sens.

Shoji approuva d'un signe de tête, et les filles de la classe s'enthousiasmèrent à l'idée de faire de Katsuki leur plus fervent défenseur.

- Il fera jamais ça, souffla discrètement Eijiro pour que seul Izuku l'entende.

- Peut-être pas volontairement, confirma Izuku. Mais Shoji a raison. Même sans le vouloir, il peut amener les gens à remettre en question certaines choses et à suivre son exemple.

Eijiro hocha la tête, peu convaincu. Il voyait mal Katsuki en militant féministe. Mais il admettait que le blond explosif était un leader inspirant dans son genre.

- Donc selon toi, la solution c'est que Katsuki accepte la situation et en tire parti, demanda Tsuyu.

- C'est pas forcément la solution, mais ça lui permettrait peut-être de mieux le vivre, expliqua Shoji.

- Katsuki est têtu, il lâchera pas l'affaire tant qu'il aura pas trouvé une solution, soupira Eijiro.

- Et il ne demandera de l'aide à personne, renchérit Izuku. Mais on peut quand même l'aider.

- Comment ? s'enquit Momo dubitative.

- En réfléchissant tous ensemble pour trouver diverses solutions, expliqua Izuku. Comment on peut mettre fin aux effets de cet alter ?

Les lycéens se plongèrent en pleine réflexion, finissant par proposer diverses choses, certaines plus fantaisistes que d'autres. Izuku grimaça à l'entente de certaines idées, intimement convaincu que jamais Katsuki n'accepterait ça, à moins d'être totalement désespéré. Il prit cependant en note chaque suggestion, bien décidé à les soumettre à l'approbation de Kacchan à la première occasion.

Bien loin de se douter de ce qui se tramait dans son dos, Katsuki se concentrait sur les cours qu'il avait manqué, chassant consciencieusement chaque pensée inopportune. Il avait pris le temps d'envoyer un message à sa mère en lui promettant de l'appeler le lendemain. A la supplique de Mitsuki, il avait même fait un selfie pour montrer à cette vieille sorcière à quoi il ressemblait maintenant. Et il lui avait formellement interdit de le renommer Sakura, comme elle avait envisagé de l'appeler s'il s'était avéré être une fille à sa naissance.

~oOo~

Debout devant le miroir, Katsuki se brossa énergiquement les dents, passant toute sa rage et sa frustration dans la chasse aux bactéries dentaires et au tartre. Il fusilla son reflet dans le miroir, son putain de reflet féminin ! Quand son réveil avait sonné quelques heures plus tôt, il n'avait pu que constater que la nuit n'avait rien changé. Il était toujours une gonzesse ! Un grognement de rage lui échappa, lui valant un regard inquiet de la part d'Eijiro se coiffant devant le miroir voisin.

Katsuki fusilla son ami des yeux, le mettant au défi de dire quoi que ce soit. S'il ouvrait la bouche, il aurait une bonne excuse pour lui sauter à la gorge et ainsi se défouler un peu. Il n'avait que peu dormi, son cerveau cherchant en vain une solution, sa natte le gênant dans le dos et sa poitrine l'encombrant. Bref, Katsuki était de mauvais poil, de très mauvais poil ! Et son footing quotidien n'avait nullement calmé ses nerfs.

Sa mauvaise nuit et sa déconvenue matinale n'étaient pas les seuls responsables de son humeur de chien. Cela faisait des années qu'il se réveillait avec une érection matinale, encombrante et parfois douloureuse, mais il en avait l'habitude. Ça faisait partie de ces petits détails en apparence insignifiants, mais rassurants par leur immuabilité. Or ce matin, il n'y avait rien pour tendre son boxer, rien de rien... Et cette absence lui avait foutu les boules.

Sans être le genre d'homme ne pensant qu'avec et pour son pénis, Katsuki était assez attaché au sien. Il n'en tirait aucune fierté particulière, ne s'amusait pas à le comparer à ceux des autres, contrairement à certaines de ses connaissances. Mais c'était une partie de son anatomie depuis plus de seize ans. Ne plus l'avoir était définitivement étrange et déstabilisant. Il supposait que c'était un peu pareil pour les femmes devant se faire enlever les seins. Même si lui se débarrasserait bien volontiers des siens.

Et bêtement, se retrouver dans cette salle de bain, à se brosser les dents aux côtés de ses camarades masculins de bon matin, le renvoyait à cette absence notable dans son pantalon. Pas qu'aucun de ses potes ne se soient pointés dans la pièce avec une érection visible, et non il n'avait pas vérifié, mais quand même. Lui ne pouvait plus en avoir d'érection. Et c'était rageant !

- B'jour Kacchan, bailla Izuku en entrant dans la pièce. Tu as bien dormi ?

Sa brosse toujours dans la bouche, Katsuki grogna en réponse, constatant que pendant qu'il se perdait dans ses pensées les autres étaient sortis de la pièce le laissant seul. Crachant le dentifrice avant de risquer de l'avaler, Katsuki entreprit de se rincer la bouche tout en nettoyant sa brosse à dent.

Dépité, il jeta un coup d'œil plus attentif à son reflet, notant que si la tresse avait bien tenue toute la nuit, un bon nombre de mèches blondes s'en étaient échappées, lui donnant un air particulièrement négligé. Armé d'un peigne et de la bombe de laque, il entreprit de redonner une forme correcte à sa coiffure, pestant tant et plus entre ses dents. Il pesta encore plus quand Izuku vola à son secours, mais le laissa finalement faire, admettant intérieurement qu'il n'avait pas la patience nécessaire pour entretenir une longue chevelure. Ses cheveux courts lui manquaient putain !

- J'ai un entraînement avec All Might ce soir, lui dit Izuku en aplatissant une ultime mèche. Tu viendras ?

- Ouais ! confirma Katsuki. Te défoncer la tronche, ça va me défouler.

Izuku hocha la tête, un sourire amusé étirant ses lèvres. A travers le miroir, les deux amis échangèrent un regard complice. C'était anodin, mais cette discrète complicité avec Kacchan ravissait Izuku au plus haut point.

- Tu pourras prendre ta douche dans les vestiaires après, proposa Izuku. Comme ça, tu ne seras pas embêté par les autres.

- Hm...

L'idée n'était pas bête, loin de là, songea Katsuki. A l'heure à laquelle se terminaient les entraînements avec All Might, les autres étaient tous aux dortoirs. Il serait donc tranquille pour prendre sa douche. Il faudra qu'il pense à prendre de quoi se changer après.

La journée fut longue et pénible pour Katsuki. S'il n'avait jamais prêté réellement attention à la manière dont on le regardait dans les couloirs, il n'avait pas pu passer à côté aujourd'hui. Entre les regards lubriques le détaillant de la tête aux pieds et ceux surpris se demandant ce qu'une fille faisait en uniforme masculin, il était sûr de ne pas être passé inaperçu. Et ça c'était sans compter les remarques soi-disant discrètes qu'il avait entendues dans son dos.

Non, il n'était pas une nouvelle élève. Non, il n'avait pas un cul d'enfer. Non, il n'était pas un travesti non plus, ni un trans. Et oui putain, ses foutus seins étaient vrais ! Sérieusement, les mecs de ce lycée étaient tous des connards pervers ou quoi ?! Et les filles n'étaient guère mieux. Obligé d'aller dans les toilettes pour femmes, il avait entendu une conversation déplaisante à son sujet.

Un groupe de pouffes étaient entrées pendant qu'il se refroquait, et elles avaient déblatérer à propos de " la nouvelle, tu sais la blonde habillée comme un mec". Comprenant qu'on parlait de lui, il s'était fait discret et avait tendu l'oreille, curieux. S'il avait espéré que les filles seraient plus cool avec lui que les mecs, il avait vite déchanté. Il s'était fait traiter de "connasse voulant faire son intéressante", de "pouffiasse au gros seins siliconés" et de "blondasse décolorée".

L'ironie étant qu'après lui avoir joyeusement craché dans le dos, les trois pétasses avaient fantasmé à voix haute sur... Katsuki Bakugo ! Elles le trouvaient si beau, si classe, avec des yeux magnifiques et des mains... Il aurait largement préféré ne jamais savoir ce que ces filles imaginaient avec ses mains. Vraiment. Et elles s'étaient inquiétées de ne pas l'avoir encore vu aujourd'hui. Katsuki avait été fortement tenté de sortir de la cabine, où il était enfermé, pour leur faire remarquer que la blondasse décolorée était nulle autre que le beau gosse les faisant rêver. Mais il avait estimé que cela lui provoquerait plus d'emmerdes qu'autre chose. Aussi avait-il patiemment attendu que la voie soit libre pour sortir à son tour.

Ce midi, il avait esquivé avec brio le passage au réfectoire, profitant de l'autorisation de sortie donnée par Aizawa pour aller au supermarché le plus proche acheter un sèche-cheveux, deux verrous et quelques collations à garder dans sa piaule, au cas où. Eijiro et Denki l'avaient accompagné, Denki profitant de l'occasion pour s'excuser tant et plus pour son comportement de la veille. Salement remonté contre son pote, Katsuki n'avait pas raté l'occasion de lui dire le fond de sa pensée, appuyé par Eijiro.

Penaud, Denki avait payé le repas à ses deux amis pour se faire pardonner. Et promis de ne plus se moquer de la situation de Katsuki. Et il avait porté les sacs du blond explosif. Au grand soulagement de ce dernier, personne ne lui avait prêté attention au supermarché, chacun trop occupé à ses achats. C'était donc un peu plus serein que Katsuki avait rejoint UA et sa classe.

Hélas, l'après-midi était consacré au cours d'héroïsme, avec donc passage obligé par les vestiaires. Pour éviter toute tentative d'espionnage, Katsuki avait dû se changer dans les toilettes étroites. Afin d'éviter tout risque de débordement mammaire, il avait troqué son débardeur habituel contre son haut d'hiver bien plus couvrant. Le changement de soutien-gorge s'était bien passé, Katsuki s'étant entraîné la veille au soir avant de se coucher, pour éviter de se retrouver à demander de l'aide à son nerd d'ami d'enfance. Il le laissait déjà le coiffer, fallait pas non plus pousser mémé dans les orties.

Après un cours intensif et épuisant, Katsuki et Izuku rejoignirent All Might. Le héros pro à la retraite posa une main compatissante sur l'épaule du plus explosif de ses élèves en soufflant :

- Je suis de tout cœur avec toi. On trouvera une solution, mais en attendant, prends ton mal en patience et fais comme d'habitude.

Faire comme d'habitude. Il en avait de bonnes All Might ! Katsuki ne demandait que ça de pouvoir faire comme d'habitude. Mais il y avait plein de trucs qu'il ne pouvait plus faire comme d'habitude. Des trucs simples, en apparence sans importance, mais qui lui manquait un peu. Prendre sa douche en même temps que ses potes tout en discutant ou écoutant leurs conneries, il ne pouvait plus le faire par exemple.

Pourtant c'était un truc sympa les douches communes, surtout quand ça partait en couille et finissait en bataille rangée ou en concours de plongeon dans le bassin. Tenya tentait de maintenir un semblant de discipline. Sous ses airs impassibles, Shoto faisait des coups en traître en transformant le sol en patinoire ou en refroidissant l'eau du bassin. Shoji usait de ses bras cloneurs pour attaquer tout le monde en même temps. Dark Shadow pleurait parce qu'il était couvert de mousse, obligeant Fumikage à le consoler. Et la fois où Denki s'était électrocuté dans le bassin, Katsuki et Izuku avaient tellement ri qu'ils avaient été incapables de tenir debout. Ces petits moments manquaient à Katsuki. Ça faisait à peine vingt-quatre heures mais ça lui manquait vraiment. Se doucher tout seul dans une grande salle de bain vide, c'était bien moins fun.

Les discussions entre mecs étaient devenues gênantes, comme il avait pu le constater ce midi avec Denki et Eijiro. Quand Denki leur avait demandé conseil pour proposer un rendez-vous à Jiro, Katsuki s'était bizarrement senti mal à l'aise. Pas qu'il soit friand de ce genre de prise de tête en temps normal, mais là c'était encore pire. Sûrement parce que Denki avait bafouillé, s'était repris une bonne dizaine de fois et qu'Eijiro n'avait pas fait mieux, tous deux craignant de déclencher sa colère avec une remarque déplacée.

Ces deux-là ne se gênaient pas d'habitude, et il les laissait dire, ne les interrompant que quand ils partaient un peu trop loin dans leurs délires amoureux. Mais là, il était une fille, et visiblement cela empêchait ses deux amis de parler aussi librement que d'habitude. Denki avait d'ailleurs rapidement changé de sujet, trouvant le premier prétexte venu. Et Katsuki s'était senti soulagé d'être libéré de cette ambiance lourde et malaisante.

Et c'était sans compter sur tous les petits détails qui l'emmerdaient sérieusement depuis vingt quatre heures, l'empêchant d'oublier sa situation. D'habitude, il n'avait pas à s'inquiéter du temps de séchage de ses cheveux, ni de les coiffer pendant trois plombes. D'habitude, il n'avait pas à porter un soutif dont les bretelles glissaient sur ses bras. D'habitude, il pissait debout, la bite à la main, et pas assis le pantalon et le boxer aux chevilles.

D'habitude, il n'avait pas une voix si aiguë qu'elle lui paraissait étrangère le faisant presque sursauter quand il criait, ne se reconnaissant pas. D'habitude, il n'était pas la cible de tous les regards lubriques du coin. D'habitude, il ne se sentait nullement visé à chaque blague graveleuse, au contraire, il en riait avec ses potes. D'habitude, on l'appelait Monsieur et pas Mademoiselle comme l'avait fait la caissière du supermarché. Toutes ces petites choses qui lui rappelaient à chaque minute son état actuel et le fait que rien, absolument rien, n'était comme d'habitude !

Bref, faire comme d'habitude, c'était compliqué. Mais Katsuki se garda bien de le dire à son héroïque professeur, préférant passer ses nerfs sur Deku. Après tout, il était là pour ça... enfin, plus ou moins. C'était aussi l'occasion parfaite pour parfaire son nouveau corps, le tester et y adapter ses techniques habituelles. All Might était de bons conseils, bien qu'il soit clairement gêné par la situation.

Après l'entraînement, Izuku prétendit devoir discuter avec All Might pour laisser à Katsuki les vestiaires pour lui seul. Katsuki apprécia l'attention et soupira d'aise en se glissant sous la douche. Il regretta l'absence de baignoire, mais décida de se contenter d'une bonne douche bien chaude et bien longue pour ce soir. Il avait acheté un verrou et demandé l'autorisation à Aizawa de l'installer sur la porte de la salle de bain commune des garçons. Son professeur, compréhensif, avait accepté et Katsuki comptait s'y atteler dès son retour au dortoir.

Ainsi il pourrait profiter de la salle de bain, sans risque de s'y faire surprendre par un voyeur quelconque et sans que ses camarades soient dans l'obligation de jouer les videurs. Sortant de la douche, il s'enroula dans une grande serviette de bain séchant sa chevelure dénouée avec une plus petite. Des coups à la porte le firent grogner un "quoi ?" des plus aimables.

- Tu as bientôt fini Kacchan ? demanda Izuku à travers la porte.

Machinalement, Katsuki jeta un œil à son portable constatant qu'il était sous la douche depuis une bonne demi-heure. Merde ! Il allait mettre Deku en retard pour le dîner à ce rythme. Il hésita quelques secondes avant de prendre une décision. C'était Deku. Jamais Deku n'abuserait ou ne profiterait de la situation. C'était une absolue certitude pour Katsuki. Il prit cependant le temps de vérifier que sa serviette de toilette cachait bien sa poitrine et son entrejambe avant d'inviter son ami d'enfance à entrer.

Izuku poussa la porte et rougit jusqu'aux oreilles en voyant Katsuki si peu vêtu.

- Je vais...

- Va te doucher ! grogna Katsuki. Le temps que tu te laves, je m'habillerai. Tu verras rien et on évitera de perdre du temps.

- D'accord, abdiqua Izuku.

Il ferma soigneusement la porte dans son dos, et se dépêcha de prendre ses affaires pour la douche. Juste avant de disparaître dans la pièce d'eau, il tendit son sèche-cheveux à Katsuki.

- J'en ai acheté un ce midi, soupira le blond en frottant toujours ses cheveux beaucoup trop longs à son goût.

Izuku disparut dans les douches et Katsuki en profita pour s'habiller rapidement. Une fois fait, il entreprit d'inaugurer son achat, le bruit du séchoir se mêlant à celui de l'eau coulant du pommeau de douche. Quand Izuku revint, ne portant qu'un boxer, Katsuki bataillait encore avec sa chevelure une brosse en main, combattant les nœuds s'y étant formés.

- Tu voudras que je te coiffe ? demanda Izuku en enfilant un tee-shirt.

- Laisse tomber, grogna Katsuki. Ça me gêne pour dormir cette merde. Je verrai demain matin.

Un bruit sourd dans le couloir fit sursauter les deux garçons. En boxer et tee-shirt, Izuku alla jeter un œil curieux, se demandant l'origine d'un tel bruit. Il soupira, désabusé, en voyant le corps inerte de Mineta dans le couloir, visiblement assommé par Eijiro et Denki.

- Sérieusement ? tonna Katsuki venu voir lui aussi ce qu'il se passait.

- Il vous a entendu parler ce matin, avoua Denki. Il m'a demandé de l'accompagner, mais j'ai prévenu Eijiro parce que c'était pas cool de sa part de vouloir espionner Kats.

Katsuki haussa un sourcil surpris et railla :

- Ça t'aurais pas gêné hier soir pourtant !

Denki eut le bon goût de rougir avec une moue contrite.

- Ouais, mais t'as raison, c'est pas très cool ce qu'il t'arrive. Et je tiens à mes bijoux de famille, hein !

Avant que Katsuki n'ait pu dire quoi que ce soit, Izuku remercia Eijiro et Denki pour leur intervention.

- Pas de problème, sourit Eijiro. Ça sert à ça aussi les potes !

- Mais au fait... remarqua soudainement Denki. Izuku est DANS le vestiaire, non ? Lui, il a le droit de te voir à poils ?

- Il m'a pas vu à poils ! protesta Katsuki, Izuku bafouillant en se défendant. Et j'ai suffisamment confiance en lui pour savoir qu'il profitera pas de la situation, contrairement à toi !

Denki, Eijiro et Izuku fixèrent Katsuki d'un air stupéfait, les yeux écarquillés et les bouches béantes.

- Quoi ? grogna Katsuki en voyant l'effarement des trois autres. Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Ka... Kacchan ! bafouilla Izuku, des larmes inondant ses yeux et un sourire tremblant étirant ses lèvres.

- Pourquoi tu chiales putain ?! tonna le blond explosif.

- Tu as dit que tu lui faisais confiance, sourit Eijiro. Ça, c'est viril !

- Je suis pas sûr que tu puisses qualifier une fille de virile, fit remarquer Denki à son ami.

- Kats est une fille virile ! protesta Eijiro. La virilité c'est pas une question de mec ou de fille, c'est une question d'attitude.

Décidant qu'il s'éviterait un mal de crâne certain en esquivant la conversation avec les deux idiots dans le couloir, Katsuki retourna dans le vestiaire, traînant Izuku à sa suite.

- Magne toi de finir de t'habiller ! pesta-t-il en rangeant ses affaires, étant enfin venu à bout des nœuds dans ses cheveux.

- Tu... Tu me fais vraiment confiance, Kacchan ? souffla Izuku d'un ton éperdu.

- Tsss... Prends pas la grosse tête avec ça ! râla immédiatement le blond.

Le sourire d'Izuku illumina tout le vestiaire, faisant concurrence aux néons brillants au plafond. Katsuki leva les yeux au ciel mais ne dit rien de plus, se contentant de fermer son sac et d'attendre son nerd. Oui, il faisait totalement confiance à Izuku. Il lui confierai sa vie les yeux fermés putain ! En revanche, il ne confierait nullement à Izuku la vie d'Izuku. Le nerd avait une fâcheuse tendance à s'oublier totalement. Katsuki s'était donc octroyé la mission de veiller sur son ami d'enfance trop altruiste. Pas seulement pour se racheter de son comportement de merde avec lui durant leur enfance. Mais aussi parce qu'il ne voulait pas qu'Izuku disparaisse de sa vie.

- Je suis prêt ! annonça Izuku sortant Katsuki de ses pensées.

Ensemble les deux amis d'enfance quittèrent les vestiaires pour regagner leur dortoir, rejoignant sur leur route Denki et Eijiro, portant un Mineta HS. Ce dernier reprit ses esprits en arrivant dans la salle commune et fut vivement réprimandé par Tenya pour son attitude. Izuku manqua s'étouffer avec une bouchée de riz quand Minoru se défendit en disant :

- Mais Izuku peut en profiter, lui ! Pourquoi pas moi ?

Izuku protesta contre les accusations de son camarade, lequel soutenait qu'il avait vu Izuku rejoindre Katsuki dans sa chambre la veille et que les deux amis étaient seuls dans le vestiaire un peu plus tôt. Son argumentation faillit tomber à l'eau quand Eijiro raconta la déclaration faite par Katsuki sur la confiance qu'il accordait à Izuku. Mais Mina intervint alors en soupçonnant les deux amis d'enfance d'être amoureux l'un de l'autre, faisant rougir et bafouiller encore plus Izuku, et relançant Mineta dans son argumentaire.

Katsuki s'éclipsa dès le début du débat, nullement intéressé par celui-ci. Profitant que tous ses camarades soient encore à table, il se glissa dans la salle de bain des garçons et entreprit de poser le solide cadenas qu'il avait acheté. Il ajouta une chaîne en plus, histoire d'être sûr et certain de pouvoir être tranquille dans cette pièce. Il vérifia la bonne tenue de l'ensemble plusieurs fois et satisfait de son travail, il regagna sa chambre.

Une fois qu'il eut posé le verrou et la chaîne, qui allait avec, sur sa porte personnelle, deux sécurités valaient mieux qu'une, il se décida à appeler ses parents. Il avait promis à sa mère la veille de l'appeler aujourd'hui et, même si ça le gonflait, il tenait toujours ses promesses. Surtout envers sa mère. Cette vieille sorcière ne le lâcherait pas tant qu'elle n'aurait pas eu une discussion avec lui, c'était certain.

La conversation avec sa mère s'avéra aussi gênante et embarrassante que Katsuki l'avait imaginée, du moins au début. Mitsuki voulait tout savoir, de sa taille de soutien-gorge à la longueur de ses cils. Sérieusement, c'était quoi ce truc avec les cils ? Elle le charria un peu aussi, riant de l'entendre rager de l'autre côté de la ligne. Mais malgré son amusement et sa curiosité vis à vis de la situation particulière de son fils, Mitsuki était avant tout la mère de Katsuki. Et même si les deux blonds se criaient souvent dessus, ils s'adoraient et se comprenaient très bien.

Aussi Katsuki fut-il infiniment soulagé de trouver en sa mère une oreille attentive et compréhensive. Mitsuki lui donna des conseils, répondant à ses questions à peine formulées, comprenant sans qu'il le dise les difficultés auxquelles il était confronté. Et même si Katsuki se serait bien passé d'un cours sur les protections menstruelles ou sur le nettoyage des soutiens-gorges, il devait bien admettre que sa vieille sorcière de mère lui avait été d'une aide précieuse.

Masaru fut plus réservé, comme à son habitude, apportant cependant un soutien sans faille à son fils. Tous trois discutèrent longuement des solutions pour rendre à Katsuki son corps d'origine, les deux adultes promettant à l'adolescent de faire des recherches de leur côté et de le tenir informé. Katsuki dut leur jurer qu'il ne prendrait pas de risques inconsidérés et qu'il leur ferait part de ses progrès.

Quand Katsuki raccrocha finalement, il se sentait un peu mieux et surtout moins seul face à tout ça. Depuis le début de cette merde, mis à part Izuku qui lui apportait son aide et son soutien, il avait un peu l'impression que tout le monde s'en foutait. Voire que ça en arrangeait bien certains. Entendre ses parents s'inquiéter pour lui et chercher des solutions avec lui, lui faisait beaucoup de bien. Il n'était pas le seul à vouloir que cet alter cesse.

Plus décidé que jamais à trouver une solution à tout ce bordel, Katsuki alluma son ordinateur et partit en quête de réponse. Un cahier ouvert devant lui, un stylo dans une main, sa souris dans l'autre, il navigua de longues heures sur le net, notant chaque possibilités, rayant celles lui paraissant les plus risquées. Il n'était pas totalement inconscient non plus. Juste déterminé.

La chirurgie ? Si l'alter avait une limitation de temps, il aurait l'air bien con quand il retrouverait son corps masculin. C'était un coup à se retrouver avec deux pénis et quatre testicules. Ce qui serait tout sauf pratique et fortement gênant.

La prise d'hormones ? Là encore, les conséquences sur son corps masculin risquaient d'être fortement désagréables. Non, il ne tenait pas à se retrouver avec une voix encore plus grave, avec des poils partout sur le corps, ou d'autres dérèglements hormonaux divers et variés. Si le risque de stérilité ne l'inquiétait pas outre mesure, n'ayant jamais eu comme projet de se reproduire, les problèmes érectiles étaient plus gênants. Ce n'était pas parce qu'il ne voulait pas d'enfant qu'il comptait mourir puceau !

Ces deux solutions écartées, définitivement, Katsuki se rendit très rapidement compte qu'il allait devoir expérimenter. Chaque alter avait un mode de fonctionnement différent. Il ne s'intéressa qu'à ceux pouvant affecter le corps d'un autre. Ceux comme le sien ou celui de Tenya ou Eijiro ne pouvaient pas bouleverser les organismes de leurs adversaires. Tenya ne pouvait pas rendre plus rapide quelqu'un d'autre que lui-même à moins de le porter, Eijiro ne pouvait pas durcir une autre peau que la sienne et Katsuki ne pouvait pas faire exploser la sueur des autres, juste la sienne. Ces types d'alters, que Katsuki nomma alter personnel, n'étaient donc pas à prendre en compte dans ses recherches.

Une fois les alters personnels éliminés, le blond se pencha sur ceux pouvant porter atteinte à l'intégrité des autres. Certains pouvaient être désactivés par la volonté de leur porteur, comme Ochaco et sa gravité zéro par exemple. D'autres nécessitaient une intervention extérieure pour être interrompu. La glace de Shoto par exemple. Une fois prisonnier de la glace, il fallait une source de chaleur ou un pique à glace pour s'en délivrer. Il en avait lui-même fait l'expérience durant le tournoi, ayant dû user de ses explosions pour éviter de se retrouver coincé dans la glace.

Quelques alters avaient une volonté propre, comme Dark Shadow. Mais là encore, ils obéissaient à leur porteur. Katsuki les classa donc dans la même catégorie que l'alter de la tête ronde. Les alters comme celui de Minoru avait une limite de temps. Cette limite dépendait de la forme de l'utilisateur au moment donné, mais restait assez courte. Les boules de Mineta ne collaient pas plus de vingt quatre heures, même quand il était en grande forme.

Volontairement, il ne s'attarda pas sur les alters irréversibles, comme la désintégration de Shigaraki. Il chassa rapidement la petite voix lui soufflant que l'alter de transgenrisme dont il était victime faisait peut-être partie de cette catégorie. Il ne se pencherait sur cette possibilité qu'après avoir épuisé tous les autres cas de figures. Il serait alors temps d'envisager un peu plus sérieusement la chirurgie ou les hormones.

A force de chercher et de réfléchir, Katsuki finit par trouver quelques possibilités. S'il n'était pas totalement convaincu de la réussite de ses idées, il était cependant satisfait d'en avoir quelques-unes de faisables. S'étirant en baillant, il jeta un œil sur l'heure affichée au coin droit en bas de son écran. Ses yeux s'écarquillèrent d'effarement en constatant qu'il était déjà trois heures du matin.

Merde ! Il n'avait pas vu le temps passer. Son réveil était réglé pour sonner à cinq heures trente, lui laissant ainsi le temps d'aller faire son footing avant le petit déjeuner et les cours. Désabusé, il modifia rapidement l'heure de son réveil, s'engueulant intérieurement pour ne pas s'être couché plus tôt. Il n'aimait pas déroger à sa routine. Mais ne dormir que deux heures trente ? Impossible.

Katsuki se coucha donc, se promettant de mettre en œuvre les solutions trouvées, dès demain. Au moins une. Il verrait pour les autres s'il avait le temps. De toute façon, il devrait demander l'autorisation d'aller à la piscine du lycée à Aizawa pour pouvoir expérimenter l'une d'elle. Il demanderait sûrement à Deku de l'accompagner, histoire que ça ne tourne pas à la catastrophe. Il ne dirait rien de cette future expérimentation à ses parents, ne voulant pas les inquiéter outre mesure. Le sommeil l'emporta rapidement, ses rêves se peuplant d'émeraudes larmoyantes, de boules violettes et collantes, et d'icebergs lévitant dans le ciel.

Demain serait un autre jour.

A suivre...


Commentaires de l'auteure :

Voilà, Katsuki en pleine crise existentielle. Va-t-il trouver une solution ? That's THE question !


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Pendant que Lili ronchonne en rajoutant des virgules par-ci par là, et quelques s manquant sous l'œil vigilant d'Yzan, Izuku se penche vers cette dernière.

- C'est quoi ce truc avec les cheveux de Kacchan ? Je croyais que Lili avait une obsession pour le cul de Kacchan, pas ses cheveux.

- Certes, répond Yzan avec amusement. Mais là, Kacchan est une fille. Et Lili est hétéro. Donc le cul féminin de Kacchan ne va sûrement pas l'obséder. En revanche, elle a un truc avec les cheveux en général. Elle adore coiffer les autres, mais déteste se coiffer elle-même. C'est pour ça qu'elle a les cheveux courts. Elle trouve que les cheveux longs c'est trop d'entretien, trop chiant, trop lourds pour sa petite tête et que ça lui tient trop chaud.

- Et comme Kacchan ne se coiffe jamais, même en ayant les cheveux courts, elle lui colle son désamours des cheveux longs, comprend Izuku. Et moi, je me retrouve coiffeur.

- Voilà, tu as tout compris, sourit Yzan avant de lancer d'un ton sévère : Ma poupounette, c'est quoi cette conjugaison que tu m'as fait là ? Corrige moi ça !

- Oui maîtresse, bougonne Lili en s'exécutant.

Laissant les deux auteures à leurs corrections, Izuku se tourne vers les lecteurs, et lectrices, et leur demande :

- Et vous les cheveux longs ? Vous en pensez quoi ? Un petit mot pour le dire... Et tant qu'à y être suppliez la de ne pas trop me martyriser mon Kacchan.


Rendez-vous au chapitre 3 : Fais moi mal, Deku !

- Une vilaine fille plutôt !

- T'en as des idées, toi ?

- En plus, il ronfle !