Note des auteures : Ayez, cette fois on attaque les idées (très certainement merveilleuses d'ingéniosité) de Katsuki.

Bonne lecture.

Lili.


~ 3. Fais moi mal, Deku !~

Assis en tailleur sur le sol de sa chambre, les mains posées sur ses genoux, paumes vers le ciel, Katsuki ferma les yeux et entreprit de faire le vide dans son esprit. Sauf que faire le vide après une journée de merde, c'était plus facile à dire qu'à faire. Les emmerdes avaient commencé dès son réveil. Outre le fait qu'il n'avait clairement pas assez dormi pour être opérationnel et à peu près sociable, il avait toujours ce foutu corps féminin de merde.

C'était donc d'un pas rageur que Katsuki avait traversé le lycée pour rejoindre sa salle de classe, étant en retard suite à une crise existentielle lui ayant coûté du temps et une bonne dizaine de crayons de bois. Ces derniers gisaient en petits morceaux dans la poubelle, victimes innocentes de la mauvaise humeur du blond. C'était les parents de Katsuki qui lui avaient donné cette idée, il y a longtemps, préférant que leur fils chéri et adoré détruise des crayons à papiers plutôt que les murs de sa chambre ou ses meubles.

Katsuki avait donc un tiroir plein de victimes toutes désignées pour passer ses nerfs, chose dont il avait largement usé ce matin. Bref, avec tout ça, il avait débarqué en classe mal fagoté, pas coiffé et de fort méchante humeur. Il avait dû attendre la pause pour arranger sa tenue (sa chemise étant boutonnée n'importe comment et son soutien gorge mis à l'envers) et se coiffer. Enfin, c'était Izuku qui s'était chargé de donner une allure décente à sa chevelure, Katsuki l'ayant trainé avec lui de force dans les premières toilettes qu'il trouva.

Bien évidemment sa monopolisation, simultanée, des toilettes pour hommes et d'Izuku n'était pas passée inaperçue et ses camarades ne s'étaient pas gênés pour s'en plaindre et le charrier avec ça. Au réfectoire, il avait même entendu des rumeurs les disant en couple, ce qui avait achevé de l'agacer. En couple avec le nerd ? Lui ? Sérieusement ? Ils avaient fumé quoi cette bande de tocards pour imaginer un truc pareil ?

Les rumeurs s'étaient répandues à une vitesse hallucinante, étant parvenues dès le soir même aux oreilles d'All Might. Lors de leur entraînement avec lui, ce dernier les avait d'ailleurs félicité, Izuku et lui, pour leur mise en couple, tout en les prévenant quand même d'être plus discrets. Ce genre d'information pourrait être facilement retournée contre eux par leurs ennemis. Et même si l'homosexualité était globalement bien acceptée, il restait quelques réactionnaires dans les hautes sphères, qui n'hésiteraient pas à tenter de nuire à leur future carrière avec ça.

Izuku avait bafouillé, rougi, bégayé et Katsuki, estomaqué, n'avait pu qu'écouter le laïus bienveillant de leur héroïque professeur. Quand All Might s'était tu, Katsuki avait retrouvé sa voix et sa morgue. Il avait alors signalé au héros retraité qu'Izuku et lui n'étaient pas en couple. Et que dans le cas, hautement improbable voire impossible, où ce serait vrai, tout le truc sur l'homosexualité n'avait pas lieu d'être puisque lui était actuellement une putain de gonzesse !

- Ah oui... C'est vrai... avait soufflé All Might embarrassé. Je ne m'y suis pas encore fait.

- Ben, vous y faites pas ! avait ragé Katsuki. Parce que ça durera pas, bordel !

Et sans attendre davantage, il avait attaqué Izuku débutant l'entraînement. Quand il avait finalement rejoint son dortoir, il pestait encore après ces rumeurs de merdes et cette situation de merde et cette journée de merde.

Cerise sur le gâteau, lors du dîner, Aizawa-sensei avait débarqué avec la dernière bonne nouvelle en date : l'apprentissage était momentanément suspendu. Quand Tenya avait demandé pour quelle raison, Aizawa avait lourdement soupiré avant de jeter un regard désolé vers Katsuki. Pour d'obscures raisons, Endevor ne voulait pas que Bakugo revienne sur le terrain tant que sa situation ne serait pas arrangée. Et pour ne privilégier personne, Nezu avait décidé qu'aucun élève ne retournerait en apprentissage tant que Katsuki en serait privé.

Autant dire que la nouvelle avait du mal à passer, autant pour Katsuki que pour ses camarades. Si tous s'étaient offusqués, arguant que c'était injuste, beaucoup trouvaient la situation injuste pour eux plus que pour le blond devenu blonde. Seuls Izuku, Eijiro, Tenya et Shoto avaient protesté contre le traitement dont leur ami était l'objet. Double face avait même été jusqu'à appeler son père pour le faire revenir sur sa décision... En vain.

Katsuki souffla longuement et bruyamment, essayant de chasser toutes ses mauvaises pensées et ses envies de meurtres envers un certain héros incandescent. Ce soir, il testait une des solutions trouvées la veille : la méditation. Il espérait qu'en se vidant complètement l'esprit, il pousserait l'alter dont il était victime à cesser de fonctionner. Afin d'être sûr de ne pas être dérangé, il avait collé un papier sur sa porte, indiquant à quiconque le lirait de dégager et en silence sous peine de mort douloureuse.

Son portable était éteint, son ordinateur diffusant un mix de musique relaxante basée sur les bruits de la forêt. La pièce était plongée dans l'obscurité, seul l'écran de son PC apportant un peu de lumière. Pour bien compléter le tout, Katsuki avait allumé un bâton d'encens de cèdre, supposé favoriser le calme et la paix intérieure. Il avait longuement hésité avec celui à la lavande, réputé pour chasser les vibrations négatives et détendre le système nerveux.

Mais il n'avait que de l'encens de cèdre dans sa chambre, aussi avait-il opté pour celui-là. Il avait cependant passé commande pour tout un panel de senteurs différentes, bien décidé à toutes les tester. Le jasmin pour amener la douceur, la quiétude et la paix intérieure. La lavande donc. Le santal pour exacerber ses sens et éveiller une pleine conscience de son corps et la sauge pour purifier. Il recevrait sa commande dès demain et pourrait donc tester divers parfums en espérant retrouver son corps masculin.

Malheureusement pour Katsuki, après cinq soirs à méditer durant de longues heures et avec des encens différents, la situation resta inchangée. En plus, sa mauvaise humeur ne s'arrangea pas, les heures de méditation prenant sur son temps de repos habituel et nécessaire. Katsuki faisait partie de ceux ayant besoin de sept heures de sommeil par nuit pour être parfaitement fonctionnel et les réduire à quatre durant toute une semaine le rendait encore plus hargneux que d'habitude.

Si Eijiro et Hanta comprirent qu'il n'était pas à prendre avec des pincettes, Denki et Mina ne reçurent visiblement pas l'information et lui tapèrent sur le système avec leurs énergies débordantes et leurs remarques diverses et variées. Non, il n'avait pas l'intention d'apprendre à se coiffer vu qu'Izuku se chargeait de cette corvée chaque matin après son footing matinal. Et non, il ne laisserait personne d'autre que le nerd toucher à ses cheveux. Même si sa chevelure le faisait bien chier actuellement, il y tenait !

Non, il ne prendrait pas moins de temps dans la salle de bain sous prétexte que les autres en avaient besoin aussi. Qu'ils ne se plaignent pas, Katsuki choisissait toujours de monopoliser la pièce à une heure où les autres étaient, en théorie, en train de glander avant le repas ou encore en train de pioncer. De toute façon, le seul à réellement se plaindre de son temps d'utilisation de la salle de bain était Minoru, qui tentait encore et toujours de le mater à la moindre occasion.

Non, il ne porterait pas l'uniforme féminin malgré les suppliques de Mina et Toru, et les regards moqueurs ou suspicieux qu'il recevait tout au long de la journée de la part des autres lycéens. Et non, il n'était pas en couple avec Izuku, même pas un peu, ni même un tout petit peu ! Izuku était juste le seul avec lequel il était aussi à l'aise qu'avant sa transformation. Il n'y avait pas à chercher plus loin !

Dépité par l'échec de ses nombreuses heures de méditation, Katsuki se décida à tenter la seconde option qu'il avait trouvé. Certains alter, comme celui de Shinso, pouvaient être court-circuités par la douleur. Pas nécessairement une douleur très forte. Katsuki en avait discuté avec le concerné qui lui avait confirmé, qu'en général, un simple choc mettait fin à son emprise sur sa victime. Mais Katsuki n'étant pas stupide, il avait vite constaté qu'un simple choc ne suffisait pas à rompre les effets de l'alter dont il subissait les effets. Après tout, il s'entraînait plusieurs jours par semaine et des coups il en avait reçu assez pour savoir que c'était inefficace dans sa situation.

Il fallait donc taper plus fort. Mais Katsuki n'était pas masochiste. Pas du tout même. S'il savait que les coups, les blessures et donc la douleur faisaient parties intégrantes des risques du métier de héros, se l'infliger volontairement c'était une autre paire de manches. Déterminé, malgré tout, Katsuki porta son avant bras à sa bouche et y enfonça ses dents avec hargne. La douleur se fit rapidement trop forte à son goût, mais il ne s'arrêta pas, mordant encore plus fort.

Le goût du sang se répandit dans sa bouche, lui donnant une vague envie de vomir. Craignant de finir par s'arracher un bout de chair, Katsuki relâcha son étreinte dentaire sur son bras avec dépit. Mais le cannibalisme ne le tentait nullement. Ça n'avait pas fonctionné, il était toujours une fille. En plus, il se retrouvait avec une plaie saignant abondamment sur le bras. De quoi illuminer sa journée ! Boudeur, il se soigna minutieusement, pas question que ça s'infecte en prime.

Jusqu'où devait-il aller pour être sûr que ce n'était pas la solution ? Quel degré de douleur devait-il s'infliger ? Se casser un doigt ? Une jambe ? Un bras ? Non, la jambe et le bras étaient exclus d'office. Il en avait besoin putain ! Le nez ? Il n'y tenait pas particulièrement. Il aimait bien son nez tel qu'il était, merci bien. C'était d'ailleurs une des rares choses totalement inchangées dans son anatomie malgré son changement de genre. Son nez et ses yeux. Les deux seuls trucs qui étaient restés parfaitement identiques avant et après sa transformation.

Restait un doigt. Un doigt, ce serait certes handicapant, mais pas trop. S'il se cassait l'auriculaire ce serait encore moins gênant. Mais, s'infliger lui-même cette souffrance ? Il s'en savait incapable. Il n'était définitivement pas masochiste. Il ne lui restait plus qu'à trouver une bonne âme pour lui rendre ce service. Oh, nul doute que bon nombre de gens dans ce lycée seraient ravis de lui briser un doigt, mais Katsuki ne tenait pas à faire plaisir à ces gens là.

Il ne lui restait qu'une seule option, une seule personne qui pourrait lui faire ça sans y prendre un plaisir malsain, même si la convaincre s'annonçait difficile. Fort de sa décision, Katsuki quitta sa chambre et descendit les deux étages le séparant de son objectif. Il toqua à la porte voulue, attendant avec une patience limitée qu'elle s'ouvre.

- Kacchan ? s'étonna Izuku en le voyant sur son palier. Il y a un problème ?

- Ouais, grogna Katsuki. On peut causer ?

Izuku hocha la tête et l'invita à entrer. Katsuki jeta un rapide coup d'œil à la décoration du nerd, un sourire amusé ourlant ses lèvres en voyant la suprématie d'All Might sur les murs de la chambre. Mais il ne dit rien, se contentant de se tourner vers Izuku pour lui exposer sa demande.

- Quoi ?! souffla Izuku le fixant avec incrédulité.

- M'oblige pas à me répéter ! grogna Katsuki.

- Mais... Kacchan ! Tu veux que... je te casse un doigt ?! Mais, pourquoi ? s'affola Izuku.

Bien évidemment qu'Izuku ne se plierait pas à sa demande sans explication, Katsuki soupira lourdement avant d'exposer sa théorie. Les sourcils froncés, son ami d'enfance le laissa finir avant de lui demander :

- Et c'est la première solution que tu as trouvé ?

- Bien sûr que non, protesta Katsuki. J'ai essayé la méditation avec de l'encens ! Comme tu vois, c'est pas une réussite. Alors, je passe à la suivante...

- Mais durant les entraînements tu t'es fait mal, plusieurs fois, contra Izuku. Donc, c'est pas ça !

- C'était rien comme douleur, rétorqua Katsuki. Je peux pas exclure cette possibilité tant que j'ai pas testé jusqu'au bout.

Izuku se pinça le nez en fermant les yeux, essayant de ne pas laisser la panique l'envahir. Il comprenait le raisonnement de son ami d'enfance, bien sûr, mais s'inquiétait vraiment des limites que ce dernier se fixait. Il était quand même là pour lui demander de lui casser un doigt. Ouvrant brutalement les yeux, il darda un regard suspicieux sur la blonde boudeuse avachie sur sa chaise de bureau.

- Tu as déjà essayé de te faire mal tout seul ? s'enquit-il inquiet.

- Ouais, avoua Katsuki. Je me suis mordu le bras, mais...

Il haussa les épaules sans finir sa phrase, la situation parlant d'elle-même : ça avait été un échec. Izuku se saisit de ses bras, soulevant sans douceur les manches longues pour trouver l'endroit incriminé.

Katsuki soupira lourdement mais laissa Izuku examiner de près sa blessure encore fraîche.

- Tu voulais te bouffer ou quoi ? grimaça ce dernier en voyant la marque des dents bien imprimée dans la chair tendre de l'avant bras gauche de Katsuki.

- C'est pas si profond que ça, grogna ce dernier. Et puis dans une semaine on ne verra plus rien.

- Pas si profond ?! s'exclama Izuku. Il faudrait des points de sutures ! Et tu voudrais qu'en plus je te casse un doigt ?!

Dubitatif, Katsuki examina sa blessure, constatant qu'Izuku n'avait pas totalement tort. Des points de suture ne seraient pas un luxe. Mais pas question d'aller voir la vieille baveuse d'infirmière pour si peu ! Ça guérirait bien tout seul.

- Pas question que je fasse ça, décréta Izuku, en refermant soigneusement le pansement. Et je t'interdis de demander à quelqu'un d'autre ou de recommencer à te faire du mal.

- T'as rien à m'interdire ! rugit Katsuki en se levant d'un bond, repoussant son ami d'enfance. Je fais encore ce que je veux de mon corps, putain ! Même si c'est pas le même que d'habitude !

Énervé, Katsuki tourna les talons, bien décidé à trouver quelqu'un d'autre. Tant pis, il ferait plaisir à un connard quelconque.

- Attends Kacchan ! le retint Izuku en lui saisissant le poignet. Attends... Ok, je vais le faire...

Devant le rictus victorieux du blond, Izuku grimaça, conscient de s'être fait avoir. Mais quitte à infliger une douleur importante à Katsuki, il préférait s'en charger lui-même. L'idée que quelqu'un d'autre lève la main sur son précieux Kacchan lui était tout bonnement intolérable.

Mais avant de lui casser le doigt, Izuku était bien décidé à tenter autre chose.

- Si je te frappe, ça suffira peut-être, suggéra-t-il.

- Je me suis pris le poing d'Eijiro dans le bide pas plus tard qu'avant hier, soupira Katsuki. Et rien !

- Il faudrait te frapper à un endroit où tu n'as pas l'habitude, marmonna Izuku. Tu as des abdos solides, donc le ventre ça te fera forcément moins mal qu'ailleurs. Le visage ? Non, tu vas garder des marques et on devra le justifier. La poitrine ? Euh... Je ne pourrais jamais faire ça... Hmmm...

Tout en marmonnant, Izuku tourna autour de la blonde, cherchant un endroit où la douleur serait rapidement forte tout en évitant de laisser des bleus trop facilement visible. Son regard s'attarda sur les fesses bombées et le souvenir cuisant d'une des rares fois où sa mère l'avait puni lui revint en tête. Il se mordilla les lèvres, embarrassé de proposer une telle chose. Mais c'était sans compter sur le sens de l'observation de Katsuki.

- Une fessée ? Sérieux ? ricana ce dernier.

- Quoi ?! C'est mieux que de te péter un doigt, protesta Izuku. Et tu en as déjà reçu ? Ça fait mal !

- Non, admit Katsuki. Ma vieille a toujours préféré me tirer les oreilles.

- On peut tenter ça aussi si tu veux, suggéra Izuku soulagé d'avoir une troisième option.

- Ok, soupira Katsuki. Mais si ça marche pas...

- On tentera la fessée, décréta Izuku en s'approchant de son ami d'enfance.

Tendant la main, il se saisit du haut de l'oreille droite du blond et commença à tirer.

- Plus fort ! l'encouragea sa victime. Elle va pas s'arracher hein !

Izuku avait horreur de faire mal aux gens. Vraiment. Mais faire mal, volontairement, à Kacchan s'était au-delà de ce dont il se pensait capable. Il se motiva intérieurement, s'excusant d'avance auprès de son ami et tira plus fort sur l'oreille, tirant des "Aïe, aïe, aïe" à sa victime.

Après de longues minutes de souffrance, Izuku relâcha l'oreille devenue rouge sous le traitement imposé.

- Merde, grogna Katsuki en se frottant l'oreille. J'avais oublié que ça faisait mal à ce point.

- Désolé Kacchan, souffla Izuku, son ton reflétant sa culpabilité.

- C'est moi qui te l'ai demandé, soupira la blonde. Et ça n'a pas marché...

Les deux jeunes gens échangèrent un regard embarrassé. L'étape suivante selon leur plan, c'était la fessée... Et l'un comme l'autre étaient gênés à cette idée.

- Tu veux pas qu'on passe direct à me péter le doigt ? demanda Katsuki d'un ton un peu trop suppliant.

- Non, grogna Izuku avec conviction. Le doigt c'est l'ultime solution. Je te jure que je vais te fesser si fort que tu auras du mal à t'asseoir pendant les trois prochains jours !

Réalisant ce qu'il venait de dire, Izuku écarquilla brusquement les yeux, choqué par ses propres mots. Face à lui, Katsuki eut la même réaction. Ils échangèrent un regard et éclatèrent de rire.

- Oh merde, Deku ! haleta difficilement Katsuki. Si quelqu'un t'a entendu...

- Oh mon Dieu ! pouffa Izuku. Je voulais pas dire ça comme ça !

Ils rirent de bon cœur durant quelques minutes, leur fou rire reprenant quand Katsuki demanda à Izuku dans quelle position il devait se mettre. Ils pouffaient encore quand la blonde s'allongea à plat ventre sur le lit d'Izuku, étouffant son rire dans l'oreiller de ce dernier.

- On est vraiment obligé ? demanda Izuku en essuyant les larmes de rires coulant de ses yeux.

- Ouais, assura Katsuki. Au point où on en est, autant aller jusqu'au bout. Alors, vas-y, fais-moi mal, Deku !

Izuku hocha la tête, bien moins assuré que quelques minutes auparavant.

- Crie pas trop fort hein, recommanda-t-il en levant la main. S'ils t'entendent les autres vont se demander ce qu'il se passe.

Le bruit d'une paume s'abattant sans ménagement sur un fessier rebondi, le coup à peine amorti par le jogging couvrant ledit fessier, résonna dans la chambre, vite suivi d'un petit glapissement féminin.

- Tu frappes comme une fillette, se moqua Katsuki en relevant le nez de l'oreiller d'Izuku. Dis toi que j'ai été un vilain garçon...

Katsuki cligna des yeux, réalisant ce qu'il venait de dire. Izuku l'imita... et ils éclatèrent à nouveau de rire.

- Une vilaine fille plutôt, haleta difficilement Izuku.

- Très vilaine ! confirma Katsuki entre deux éclats de rires.

Izuku se laissa tomber au pied de son lit, rigolant à en avoir mal au bide. Étalé sur le lit, Katsuki n'était pas mieux, inondant de larmes d'hilarité l'oreiller de son hôte. Ils plaisantèrent encore un peu sur le sujet, chaque phrase devenant un sous-entendu foireux prolongeant leur fou rire.

- Oh mon Dieu, souffla Izuku en essuyant ses yeux larmoyants. Je peux pas faire ça Kacchan... J'ai plus de force là !

- Allez Deku, ricana Katsuki. Te dégonfle pas ! Utilise ton alter ! Tu m'as à peine fait mal, putain !

- Tu l'auras voulu ! décréta Izuku levant le bras, des éclairs verts illuminant sa peau.

Plusieurs fils noirs, épais et rigides, sortirent de sa main tendue avant de s'abattre sur le postérieur de Katsuki. Ils le firent avec tant de force que Katsuki se retrouva propulsé contre la tête de lit, son cri douloureux se terminant en un geignement pitoyable. Affolé, Izuku se redressa d'un bond et se précipita vers son ami d'enfance, toute envie de rire envolée.

- Oh mon Dieu, Kacchan ! Ça va ? Je t'ai pas fait trop mal ?

- Merde... grogna Katsuki. Tu m'as défoncé le cul là ! En plus, je me suis fracassé la tronche contre le bout de ton lit.

Izuku se mordit les lèvres, retenant un début de rire. Kacchan avait mal, il ne devrait pas trouver ça drôle !

Mais, même en fille, Katsuki était un petit con provocateur. Aussi Izuku ne put-il retenir longtemps son hilarité quand la blonde lui jeta un regard narquois en lançant :

- Je savais que t'étais un sadique refoulé.

L'éclat de rire résonna dans la pièce, faisant discrètement pouffer Katsuki qui se redressa, grimaçant en sentant la douleur irradier de son cul.

Izuku n'y avait pas été de main morte et il avait les fesses brûlantes. Portant une main curieuse à son front, il soupira de soulagement en constatant qu'il n'avait pas de bosse suite à sa rencontre brutale entre son crâne et la tête de lit. Mais à son grand désarroi la situation restait inchangée, il était toujours une fille. Katsuki soupira discrètement en s'asseyant au bord du lit, cachant l'inconfort dû à la fessée qu'il venait de se prendre.

Il attendit qu'Izuku se calme de lui-même, un sourire amusé ornant son visage habituellement renfrogné. Il n'aurait pas cru passer un aussi bon moment avec son nerd personnel au vu de la raison de sa présence dans cette chambre. Si on pouvait appeler ça une chambre et non pas un autel à la gloire d'All Might. Mais Katsuki s'avouait sans mal qu'il appréciait la complicité se développant entre lui et son ami d'enfance.

Ce genre de plaisanteries foireuses s'étaient habituellement Denki qui les faisait, généralement soutenu par Hanta et Mina. Lui-même n'avait jamais réellement participé à ce type de délire, se contentant de s'amuser discrètement des pitreries de ses potes. Mais là, avec Izuku, c'était venu naturellement suite à une phrase tendancieuse dite le plus innocemment du monde.

Même si Izuku était naturellement souriant et enjoué, il riait finalement assez peu, surtout pas aux éclats. Katsuki pouvait compter sur les doigts d'une seule main le nombre de fois où il l'avait entendu rire franchement depuis leur entrée à Yuei. Et le nombre de fois où ils avaient ri ensemble était encore plus rare. Aussi appréciait-il réellement ce moment où leurs deux rires se mêlaient en toute sincérité, comme s'ils avaient toujours été les meilleurs amis du monde. Rien que pour ça, Katsuki voulait bien supporter la brûlure irradiant de son postérieur et le picotement sur son front.

Izuku se calma finalement et jeta un regard désolé à la blonde assise sur son lit.

- Ça n'a pas marché... Tu as pas trop mal ?

- Si, grogna Katsuki. Mais pas assez visiblement.

- Tu veux vraiment que je te casse le doigt ? s'affola Izuku en écarquillant les yeux de surprise.

- Ouais, confirma Katsuki en tendant sa main gauche à Izuku. Le petit...

Izuku secoua la tête, les sourcils froncés.

- Non Kacchan ! Tu as déjà mal au bras et aux fesses...

- Au front aussi, ajouta la blonde.

- En plus ! s'écria Izuku catastrophé. On va arrêter là ! Ça ne marche pas !

- Tu as réussi à te sortir de l'alter de Shinso en te pétant le doigt, contra Katsuki. Il faut essayer !

- Ça n'a rien à voir ! protesta Izuku. J'étais tout seul ! Si quelqu'un d'autre avait pu me frapper juste un peu, je n'aurais pas eu à aller jusque là !

Mais Katsuki était têtu et ne lâcha rien, avançant ses arguments, finissant par menacer Izuku d'aller demander à quelqu'un d'autre de le faire. Ce qui fit finalement céder le porteur du One for All, même si Katsuki dut promettre d'aller voir Recovery Girl après. La mort dans l'âme Izuku se saisit donc de l'auriculaire de son précieux Kacchan et lui infligea une pression suffisamment forte pour le casser.

La douleur surgit brutalement, irradiant immédiatement jusqu'à l'épaule du blond qui se mordit férocement les lèvres pour ne pas crier. Il souffla longuement par le nez, cherchant à juguler sa souffrance. Ça faisait mal putain ! Une sensation humide sur le dos de sa main lui fit froncer les sourcils et il tourna la tête vers Izuku. Ce dernier tenait encore la main de la blonde entre les siennes, mais gardait le visage baissé, masquant ainsi son expression.

- Deku ? appela Katsuki soucieux, faisant fi de la douleur, irradiant toujours de sa main.

Seul un discret reniflement lui répondit. Ce son, aussi discret soit-il, emplit Katsuki de culpabilité. Avec hésitation, il tendit la main droite vers la tête baissée de son nerd, allant caresser doucement une joue humide.

- Chiale pas, souffla-t-il. Ça va, ok ?

- Mais... Kacchan... bafouilla Izuku. Je t'ai fait mal...

- C'est moi qui te l'ai demandé, ok ? le rassura ledit Kacchan. Et c'est rien de grave. Je suis pas en sucre, hein ! Je vais aller voir la vieille baveuse et y'aura plus rien.

- Ça n'a même pas fonctionné, pleura Izuku. Dis moi que tu vas pas te faire plus de mal ! S'il te plaît Kacchan !

- Promis, soupira Katsuki.

Izuku lâcha la main de son ami et essuya ses larmes, accordant un pâle sourire à ce dernier qui le fixait d'un air coupable.

- Allez viens, soupira la blonde en se levant pliant son bras gauche contre son torse pour essayer d'atténuer la douleur. On va à l'infirmerie. Et après on ira voir Aizawa, j'ai un truc à lui demander.

Recovery Girl fronça les sourcils en voyant arriver le duo, se demandant ce que ces deux-là avaient encore bien pu inventer. Elle fut sincèrement surprise de voir que le blessé était la blonde et non Midoriya, plus habitué à l'infirmerie que Bakugo. Elle ne dit rien quand ce dernier lui expliqua s'être cassé le petit doigt en frappant un mur et qu'il s'était accidentellement mordu l'avant-bras dans un moment de colère. Elle se promit cependant d'en toucher deux mots à Eraser. Si un élève s'auto-mutilait, il était de son devoir de signaler le problème et le corps enseignant se devait de le garder à l'œil.

Izuku et Katsuki rejoignirent leur dortoir juste à temps pour le repas du soir, Katsuki satisfait d'être guéri et Izuku très inquiet pour la suite des évènements. La discussion avec Aizawa ne l'avait nullement rassuré sur les limites où Kacchan pouvait aller pour retrouver son corps d'origine. Savoir que leur professeur serait présent avec eux à ce moment-là le tranquillisait un peu, mais pas plus que ça quand même.

Perdu dans les affres de son affolement interne, Izuku ne prêta guère attention à ce qui se disait à table, jusqu'à ce que Yuga ne l'interpelle :

- Izuku ? Tout va bien ?

- Euh... oui... pardon, sourit Izuku. J'étais perdu dans mes pensées. Désolé.

- Je m'inquiétais, avoua Yuga. J'ai entendu des bruits bizarres dans ta chambre tout à l'heure.

- Des bruits bizarres ? s'étonna Izuku en portant son verre d'eau à sa bouche.

- Oui, j'ai entendu aussi, confirma Mineta. Tu riais, tu parlais tout seul et y'avait des bruits comme si tu frappais quelque chose. Oh ! Et je suis presque sûr de t'avoir entendu parler de fessée.

La gorgée d'eau, qu'Izuku s'apprêtait à avaler, ressortit en un jet puissant par son nez et sa bouche, éclaboussant Denki et Shoto assis en face de lui. A sa droite, Katsuki éclata de rire et si Izuku fut tenté de lui lancer un regard noir, il en fut incapable. Kacchan avait toujours eu un rire communicatif, même si trop rare au goût d'Izuku. Sa transformation en fille ne changeait rien à ce fait. Le souvenir des fous rires partagés dans sa chambre acheva Izuku qui se joignit finalement à son ami d'enfance, incapable de se retenir plus.

Autour de la table, leurs camarades les regardèrent amusés mais surpris. Voir ces deux-là rire ensemble était suffisamment rare pour être choquant.

- Qu'est-ce que j'ai dit de drôle ? demanda Mineta ne comprenant pas l'origine de l'hilarité des deux amis d'enfance.

- Aucune idée, avoua Shoto en s'essuyant avec un mouchoir.

- Peut-être que c'est l'idée d'Izuku fessant quelqu'un ? suggéra Denki, en l'imitant. Je ne l'imagine pas du tout faire ce genre de truc.

- Hmm... Confirma Eijiro. Ou alors Kats était avec Izu dans la chambre et il sait de quoi il était question au juste, et ça n'avait rien à voir. Du coup, ça les fait marrer.

- Maintenant que tu le dis, je ne suis pas sûr qu'Izuku était seul à ce moment-là, avoua Yuga. Je suis presque sûr d'avoir entendu une voix féminine.

- C'est peut-être Katsuki qui a fessé Izuku ? suggéra Mina taquine.

- Ce serait moins improbable, admit Ochaco. Deku-kun est trop gentil pour faire volontairement du mal à quelqu'un.

Ochaco ne comprit pas pourquoi le fou rire des deux amis d'enfance, qui s'étaient un peu calmé, repartit de plus belle.

- Oh putain, haleta difficilement Katsuki littéralement plié en deux de rire, j'en peux plus !

- J'ai mal au bide, confirma Izuku dans le même état.

- Et donc, il s'est passé quoi entre vous ? demanda Mineta avec une malice perverse.

- Rien qui te regarde le dragibus, rétorqua Katsuki avec un sourire narquois.

- Et après tu t'étonnes des rumeurs nous disant en couple, protesta Izuku. Tu aides pas là...

- On s'en fout non ? rétorqua Katsuki. A moins que tu préfères lui raconter ?

- Euh... non... confirma Izuku en pouffant.

- C'est vrai alors ? s'exclama Toru avec un enthousiasme débordant. Vous êtes ensembles ?

- Non !

La réponse unanime et vindicative des deux jeunes gens concernés fit faire la moue à Invisible Girl, même si personne ne put la voir.

- Dommage, vous feriez un joli couple, bouda-t-elle.

Le repas se termina dans une ambiance légère, Minoru spéculant sur les activités d'Izuku un peu plus tôt, grandement encouragé par Mina, Toru et Denki. Tenya les rappela plusieurs fois à l'ordre, leur signalant que ce qu'il se passait dans la chambre d'Izuku ne regardait que lui et personne d'autre ! La notion de vie privée, ils connaissaient ? Izuku préféra ignorer les spéculations de ses amis, discutant des cours et des prochains entraînements avec Shoto et Ochaco. Katsuki se contenta d'écouter Hanta donner des conseils à Eijiro pour les exercices de maths à faire pour le lendemain.

Quand Katsuki rejoignit finalement sa chambre, il profita d'un passage aux WC pour vérifier son postérieur, constatant qu'il n'y avait aucune trace des coups qu'il avait reçus. L'alter de Recovery Girl avait soigné ça aussi, à son grand soulagement. Ses devoirs faits, il se coucha à une heure raisonnable pour la première fois depuis cinq jours. Il s'endormit rapidement, ses rêves se peuplant de cannibales le pourchassant pour le bouffer en lui promettant de le fesser longuement pour attendrir sa chair.

~oOo~

Debout au bord de la piscine, vêtu uniquement du maillot de bain scolaire, Izuku faisait les cents pas, les yeux rivés sur le fond du bassin. Tout en se tordant les mains, il marmonnait à tout va sur cette idée débile et définitivement trop dangereuse. Même la présence à ses côtés d'Aizawa ne le rassurait pas. Pourquoi, oui pourquoi, avait-il laissé Katsuki le convaincre que c'était une bonne idée ? Hein ?

Une expérience de mort imminente... C'était l'idée que le blond explosif était en train de tenter. Ce n'était pas totalement insensé quand on y réfléchissait bien. Izuku, lui-même, l'admettait sans mal. Durant ses recherches, Katsuki avait trouvé des témoignages parlant d'une évolution d'un alter, suite à une expérience de mort imminente. Poussés par l'instinct de survie, les témoins avaient soudainement vu leur alter avoir un power-up plus ou moins impressionnant.

La blonde, bien déterminée à redevenir le blond, en avait alors déduit qu'une expérience de mort imminente pouvait peut-être mettre fin à l'alter dont elle était victime. Ni Izuku, ni Aizawa n'avaient trouvé d'arguments pour l'empêcher de tenter le coup. Katsuki avait cependant anticipé les nombreux, et très évidents, problèmes pouvant se poser, demandant à son professeur et à son ami de l'accompagner pour pouvoir le réanimer.

Izuku était donc là, sur le bord de la piscine, à surveiller le corps reposant au fond du bassin. Pour éviter d'être tenté de remonter à la surface avant d'être réellement agonisant, Katsuki s'était lourdement lesté. Depuis la surface, Izuku voyait parfaitement le corps, engoncé dans un maillot scolaire féminin, entouré de lourdes chaînes où étaient accrochées des blocs de bétons, créés par Cementos.

Katsuki était assis au fond de l'eau, son corps prisonnier des ancres le clouant loin de la surface, sa natte blonde flottant mollement dans son dos. Porter un maillot féminin était dérangeant, sa poitrine étant désagréablement écrasée par le tissu couvrant, ajoutant à l'impression de compression due à l'eau l'entourant. Il était en apnée depuis déjà quelques très longues secondes, mais il savait qu'il pouvait tenir encore un peu. Son rythme cardiaque ralentit progressivement, lui permettant de rester un peu plus longtemps sans oxygène.

Les secondes passèrent et ses poumons commencèrent à le brûler, réclamant de l'air dont ils manquaient cruellement. Katsuki garda les yeux fermés, ignorant volontairement le besoin de plus en plus fort de respirer. Des points blancs vinrent pétiller sous ses paupières closes lui signalant qu'il arrivait à sa limite. Il devait tenir encore un peu... juste un peu plus... Frôler la mort du bout des doigts en espérant que cela mettrait fin à cet alter de merde. Tenir encore un peu...

Son instinct de survie protesta, le secouant d'une puissante décharge d'adrénaline. Katsuki se tortilla dans ses entraves, cherchant à s'en débarrasser pour rejoindre la surface. Son cœur accéléra brutalement le rythme de ses battements pour envoyer le peu d'oxygène restant dans son organisme à son cerveau. Incapable de se sortir de la situation dans laquelle il s'était volontairement mis, Katsuki ouvrit désespérément les yeux, apercevant du mouvement en surface. Sa bouche s'ouvrit vainement à la recherche d'air, ses poumons se remplirent d'eau et il sombra dans l'inconscience.

Dès les premiers signes d'agitation de Katsuki, Izuku plongea. Il vit avec horreur Kacchan perdre connaissance juste quand il le rejoignit. Usant de son alter, Izuku brisa les chaînes en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Se saisissant du corps inerte de la blonde, il remonta à la surface tel un boulet de canon. Dès qu'il surgit hors de l'eau, Aizawa tendit les mains, l'aidant à déposer Katsuki sur le bord de la piscine.

Le temps qu'Izuku sorte de l'eau, Aizawa avait commencé les gestes de premier secours, appuyant sur le sternum de son élève en un massage cardiaque énergique. Rapidement, Izuku le rejoignit et, sans se poser de question, fit du bouche à bouche à son ami d'enfance, le suppliant muettement de revenir à lui. Les deux secouristes soupirèrent lourdement de soulagement quand la blonde toussa brutalement.

Izuku bascula immédiatement Katsuki sur le flanc, lui évitant de s'étouffer avec l'eau qu'il recrachait.

- Vas-y Kacchan, l'encouragea-t-il. Crache bien tout...

Laissant ses élèves seuls quelques secondes, Aizawa s'éloigna pour récupérer un peignoir posé un peu plus loin. Il jeta un coup d'œil au défibrillateur amené tout près, au cas où, intérieurement soulagé de ne pas avoir eu à s'en servir.

Katsuki se redressa lentement, passant de la position couchée à la position assise, toussant encore et encore, sa respiration sifflant désagréablement entre chaque toux. Il sentit une étoffe douce et pelucheuse l'envelopper, le réchauffant rapidement. Les mains d'Izuku frottaient ses bras et son dos, la voix du nerd l'encourageant, en tremblant, à respirer doucement et amplement.

En resserrant les pans du peignoir sur son torse, Katsuki constata avec dépit que son expérience n'avait nullement fonctionné. Non seulement il avait bel et bien failli se noyer dans cette piscine, mais en plus pour rien puisqu'il avait encore des seins, et donc était encore une fille. Jusqu'où devait-il aller pour rompre cet alter de merde ? Devait-il réellement mourir pour espérer récupérer son corps d'homme ?

- Je t'interdis de recommencer Kacchan, le supplia la voix de Deku. Je t'en supplie, on trouvera une autre solution. Refais jamais ça !

Voulant protester, Katsuki tourna la tête pour faire face à son ami d'enfance, mais se figea en voyant l'air dévasté de ce dernier. Une vague de culpabilité l'envahit. Izuku pleurait à chaudes larmes et c'était lui le responsable de ses pleurs... encore.

- Je suis d'accord avec Midoriya, intervint Aizawa. Tu as essayé, ça n'a pas marché. Renouveler l'expérience serait te mettre inutilement en danger. Et la prochaine fois que tu te blesses volontairement, je préviens tes parents et t'oblige à consulter un psychiatre. C'est clair ?!

Katsuki grimaça, visiblement Recovery Girl avait parlé de sa visite à l'infirmerie hier. Il n'avait bien évidemment pas parlé de ses expériences là à ses parents. Mitsuki serait bien capable de débarquer elle-même à Yuei pour passer un savon phénoménal à son fils.

Rendant les armes, après tout il était désespéré mais pas suicidaire non plus, il hocha la tête, promettant silencieusement à son professeur et son camarade de ne pas renouveler les expériences dangereuses. Aizawa lui tendit une bouteille de jus de fruit qu'il accepta avec joie, ayant l'impression que sa gorge était faite en papier de verre tant elle le grattait. Une fois désaltéré et sûr de pouvoir parler sans que ça ressemble à un croassement incompréhensible, il plongea ses iris rubis dans ceux émeraudes d'Izuku et lui souffla :

- Ça va. Je vais bien, ok ? Arrête de chialer.

Loin de faire cesser les larmes d'Izuku, ces quelques mots les amplifièrent. Katsuki se retrouva avec un Izuku éperdu inondant son épaule de perles d'eau salée. Aizawa sourit doucement à la scène, surtout quand il vit son élève le moins sociable passer sa main dans les cheveux bouclés de son ami pour le réconforter. Ces deux-là avaient vraiment une relation bien particulière.

Après de longues minutes à se remettre de sa presque noyade, laissant ainsi le temps à Izuku de se reprendre, Katsuki se leva et se dirigea vers le vestiaires, son nerd et son professeur sur les talons. Il fronça les sourcils en les voyant le suivre.

- Vous comptez me coller au cul tout le temps ? grogna-t-il.

- Non, soupira Aizawa, mais je veux m'assurer que tu ne fasses plus de bêtises de ce genre.

- C'est bon, hein, pesta Katsuki. Je le ferai plus, ok !

- Kacchan, on comprend que tu veuilles que ça cesse, intervint Izuku. Et on veut t'aider !

- M'aider ? s'étonna la blonde.

- Oui, confirma Izuku. On en a discuté avec les autres, et tout le monde a suggéré des idées. Bon, je t'accorde que certaines sont assez... fantaisistes. Mais on est tous prêt à t'aider.

Se laissant tomber sur un des bancs du vestiaire, Katsuki lança un regard curieux vers son ami d'enfance. Cette expérience de mort imminente, c'était sa dernière idée à lui. Après ça, il séchait totalement. Peut-être qu'écouter les suggestions des autres n'étaient pas si con que ça. Même s'il ne comptait certainement pas faire n'importe quoi non plus. Il avait aussi de sérieux doutes sur la capacité de ses camarades à trouver une réponse valable à son problème.

Le seul qui pourrait avoir une idée potable c'était Izuku. Du moins à son avis.

- On verra, souffla-t-il. Toi... T'en a des idées, toi ?

- Oui. Ça rejoint un peu celle que tu as eu, sur le boost des alters en situation critique, expliqua Izuku en s'asseyant à côté de la blonde. Mais je pense que c'est plus la peur qui déclenche ce boost que la mort imminente.

- La peur ? s'étonna Katsuki. Mouais, c'est pas impossible... mais du coup, tu proposes que je me fasse peur ?

- Un truc du genre oui, avoua Izuku. Une très grosse peur...

Les sourcils froncés, Katsuki réfléchit. La peur... Il n'avait pas peur de grand chose. Les rares fois où il avait réellement eu peur s'étaient dans des situations critiques, comme contre le gluant au collège ou quand la ligue l'avait kidnappé durant le camp d'été. Il n'avait pas le vertige, adorait les films d'horreur, ne craignait ni les reptiles, ni les insectes, ni les rongeurs. Bref, la peur ça ne faisait pas partie de son panel d'émotions récurrentes. Sauf...

Écarquillant brutalement les yeux, il se tourna vers Izuku, notant immédiatement le regard fuyant de ce dernier. Évidemment... Ce nerd y avait pensé !

- Non ! claqua-t-il. Pas moyen !

- Kacchan, argumenta Izuku. Ta réaction est la preuve même que si un truc peut marcher pour te faire peur, c'est ça !

Secouant la tête, Katsuki refusa la proposition avec véhémence.

- Pas moyen, putain ! Je foutrai pas un orteil là-bas !

- D'accord, mais je ne sais pas trop comment on pourrait réellement te faire peur autrement, abdiqua Izuku.

La grimace qui tordit les traits fins de la blonde n'échappa pas à Aizawa qui retint un sourire amusé. Visiblement, Midoriya savait comment manipuler le caractère explosif de Bakugo pour obtenir ce qu'il voulait.

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Si ça n'avait tenu qu'à lui, Katsuki n'aurait jamais posé un orteil dans l'endroit où il s'apprêtait à entrer. Mais voilà, Izuku n'avait pas tort. Le simple fait qu'il rechigne autant à y aller était la preuve même qu'ici il pouvait ressentir de la peur. Quitte à devoir entrer là- dedans, Katsuki y serait bien allé dès la veille, juste après son séjour dans la piscine. Mais Aizawa avait refusé, lui conseillant de profiter de la soirée et de la nuit pour se remettre de ses émotions. Izuku avait été dans le sens de leur professeur. Katsuki avait donc cédé.

Pas que la nuit fut reposante, loin de là. Il avait eu bien du mal à s'endormir malgré la fatigue de son corps. Et une fois au pays des rêves, il avait enchaîné les cauchemars, se réveillant souvent en sursaut et en sueur. Bref, il avait mal dormi, très mal dormi. La journée lui avait paru d'une longueur interminable. Izuku ayant décidé que le mieux serait que cette expédition soit nocturne, il avait eu toute la journée pour s'angoisser à l'idée de la nuit à venir.

Bref, il en était là : fatigué, stressé et absolument pas motivé. Mais là quand même. Katsuki fusilla des yeux les lourdes grilles en fer forgé encore ouvertes. Le gardien des lieux lui sourit aimablement, informé de la situation par Aizawa. Katsuki déglutit difficilement, sentant déjà les prémices de l'angoisse tordre ses entrailles. Il allait devoir passer la nuit ici, dans un foutu cimetière !

Katsuki n'était pas un froussard, loin de là. Il n'avait pas peur de grand chose, voire de presque rien. Sauf de ça... les cimetières ! Depuis sa plus tendre enfance, il en avait la phobie. La simple idée d'y aller lui filait des sueurs froides. Il détestait ces endroits. Son père trouvait que c'était des lieux reposants, souvent joliment fleuris avec de la verdure. Sa mère disait que c'était des endroits respirant la tristesse. Katsuki ne trouvait les cimetières ni reposants, ni jolis, ni fleuris, ni verdoyants, ni tristes. Il les trouvait flippants ! Totalement, absolument, irrémédiablement terrifiant.

Était-ce l'idée de tous ces corps en décomposition sous la terre ? Était-ce une réminiscence d'une vie antérieure ? Était-ce lié à la peur de la mort ? Katsuki n'en savait foutrement rien et s'en battait complètement les couilles, même si à l'heure actuelle il n'était pas doté de testicules. Il détestait les cimetières, point. Ces endroits lui foutaient les jetons comme rien d'autre en ce bas monde. Et il allait devoir passer la nuit dans l'un d'eux... Seul ! Rien qu'à y penser il avait envie de partir en courant à l'autre bout du monde.

- Tu as tout ce qu'il te faut Kacchan ? s'inquiéta Izuku qui avait tenu à l'accompagner jusque-là.

- Ouais, grogna Katsuki en serrant sa main sur les anses de son sac jeté sur son épaule.

Son sac contenait tout le nécessaire pour la nuit : un duvet, une lampe torche, des piles de rechanges, deux sandwichs, deux paquets de chips, quelques kitkat, de l'eau, son portable et un bouquin.

La blonde y avait aussi glissé une amulette de protection, on n'était jamais trop prudent dans ce genre d'endroit, ses écouteurs, un briquet et de l'encens. Qui sait sur quoi elle risquait de tomber cette nuit. Prenant son courage à deux mains, Katsuki s'avança franchissant les grilles du cimetière. Le gardien les ferma dans son dos en un grincement sinistre qui lui fila des sueurs froides. Katsuki se retourna, lançant un regard, bien malgré lui empli de terreur, vers son nerd. Puis, il s'engagea courageusement dans les allées gravillonnées.

Derrière les grilles, Izuku fixa longuement la silhouette sombre rapetissant au fur et à mesure qu'elle s'éloignait. De dos il était difficile de lui donner un genre, le pantalon souple noir et l'anorak gris masquant efficacement les formes féminines de Katsuki. Seule l'épaisse tresse blonde indiquait qu'il s'agissait d'une jeune fille. Izuku eut un sourire en songeant que Katsuki avait gardé sa démarche habituelle, si peu féminine.

Le contraste entre le corps gracieusement féminin de Kacchan et ses manières très masculines amusait beaucoup Izuku. Mis à part ses formes, il n'y avait rien de féminin dans la démarche de la blonde, ni dans sa façon de s'asseoir, ni dans sa manière d'être en général. Le plus drôle, du point de vue du porteur du One for All, c'était le langage de charretier de son ami d'enfance, langage qui tranchait complètement avec son visage aux traits fins et délicats. Mais c'était un contraste qui existait déjà quand Katsuki était un garçon, même si un peu moins choquant.

Izuku avait dû se retenir pour ne pas sauter par-dessus la grille quand il avait croisé les iris écarlates appelant silencieusement à l'aide un peu plus tôt. Il savait depuis toujours que Kacchan avait peur des cimetières. Une véritable phobie. Et le savoir obligé de passer la nuit là, tout seul, lui brisait le cœur.

- Ça va bien se passer, le rassura Aizawa. Il n'y a aucun danger.

- Je sais, soupira Izuku. Mais...

Voyant que son élève ne semblait pas décidé à finir sa phrase, Aizawa soupira lourdement. Décidément ces deux-là avaient le don pour l'émouvoir sans le vouloir. Il les trouvait étonnamment touchant à s'inquiéter pour l'autre en permanence, à se surveiller du coin de l'œil, à se chercher tout le temps sans pourtant jamais en donner l'impression. Il fallait être observateur pour remarquer la manière dont ils se suivaient des yeux, la façon dont les réactions de l'un impactait l'autre. Surtout depuis ce combat nocturne qui leur avait permis de régler un certain nombre de choses entre eux.

- On va rester là encore un peu, décida Aizawa. Si on soupçonne le moindre souci, on ira le rejoindre.

- Hmm, confirma Izuku sans lâcher les grilles auxquelles il s'accrochait.

Il ne voyait plus Katsuki, ce dernier ayant disparu depuis de longues minutes. Mais ses yeux étaient rivés sur l'intérieur du cimetière et Izuku n'était nullement décidé à bouger de là.

Pendant qu'Aizawa se prépara mentalement à passer une longue nuit d'attente, Katsuki arpenta les allées soignées de l'endroit, frissonnant d'angoisse. Il jeta des coups d'œil frénétiques tout autour de lui, guettant le moindre signe anormal ou bizarre. Il sursauta quand un écureuil traversa l'allée juste sous son nez, le faisant pester après l'innocente bestiole. Le soleil se couchait doucement mais sûrement, commençant à plonger le cimetière dans une pénombre inquiétante.

Katsuki refusait tout net de dormir sur une tombe ou tout autre monument mortuaire. Il ne se faisait d'ailleurs aucune illusion, il ne dormirait probablement pas de la nuit. Il repéra finalement un grand arbre et s'en approcha. Il en fit soigneusement le tour, notant qu'il était suffisamment éloigné des tombes environnantes pour que les risques de s'asseoir au-dessus d'un cadavre soient nuls. Il examina longuement la ramure, s'assurant qu'il n'y avait rien de suspect dans les branches au-dessus de sa tête.

Une fois satisfait, il s'installa. Il commença par sortir son duvet de son sac, l'ouvrant sur toute la longueur, avant de l'installer au sol. Il s'en servirait tout à la fois de matelas et de couverture, mais se garderait bien de le fermer. S'il devait s'enfuir, batailler avec la fermeture éclair lui ferait perdre trop de temps. Il s'assit confortablement, s'adossant au large tronc de l'arbre. Ainsi il était à peu près caché et rien ne pouvait lui sauter dessus par derrière.

Sa lampe torche allumée en main, il attaqua l'un de ses sandwichs, restant aux aguets. La nuit tomba complètement, la pâle lueur de la pleine lune remplaçant la luminosité crépusculaire. Katsuki s'enroula dans son duvet, sa lampe torche bien en main, surveillant le moindre mouvement dans cet environnement hostile. Vraiment, il détestait les cimetières ! De toute sa putain d'âme !

Une chouette hulula quelque part, faisant sursauter la blonde blottie au pied de l'arbre. Les pierres tombales dessinèrent des ombres inquiétantes lui filant des sueurs froides. Et il y avait plein de bruits non identifiés autour d'elle. Ce petit grattement... était-ce un rongeur ou un truc grattant depuis la terre ? Un couinement lui parvint la faisant se recroqueviller un peu plus sur elle-même. C'était quoi ça ?

Katsuki tenta de se raisonner. Il n'y avait rien dans ce cimetière, rien d'autres que des tas de bestioles nocturnes vivant leur vie de bestioles nocturnes. C'était exactement les mêmes bruits, les mêmes bestioles qu'en forêt. Et il avait l'habitude de dormir à la belle étoile en forêt, cela ne lui posait aucun souci. En forêt, il n'avait pas peur. Oui, mais là, il était dans un foutu cimetière de merde !

Sa lampe trembla dans ses mains le faisant sursauter.

- Putain, râla-t-il à mi-voix, je me fais peur tout seul... Quel con !

Un craquement sur sa gauche attira son attention. Il plissa les yeux en voyant une ombre se déplacer au sol. C'était quoi ça ? Par prudence, il éteignit sa lampe, ne souhaitant nullement attirer l'attention de la chose quelle qu'elle soit.

Son imagination fertile lui rappela toutes les légendes morbides qu'il aimait tant, tous les monstres peuplant les films d'horreurs qu'il appréciait regarder. Ces légendes, ces monstres ne lui avaient jamais fait peur jusque là. Mais là, dans ce cimetière éclairé par la pleine lune, ils revinrent hanter son esprit terrifié, lui collant des sueurs froides. Peut-être que le cimetière était maudit, construit sur d'anciennes sépultures maléfiques ou sur les ruines d'un temple sataniste.

L'ombre s'avança dans sa direction et le cœur de Katsuki s'affola. Son souffle se coupa quand un son étrange lui parvint, une sorte de râle sifflant "Aaaannnneee". Un claquement sinistre et répété emplit ses oreilles l'effrayant un peu plus. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que le claquement n'était rien d'autre que l'entrechoquement incontrôlé de ses dents.

Putain ! Il admettait sans honte qu'il était terrifié. Absolument, totalement terrifié. Il tremblait comme une feuille, claquait des dents et avait une furieuse envie de pisser. L'ombre se dessina un peu plus et Katsuki sentit ses entrailles se tordre d'angoisse. C'était quoi ce truc ? Ce n'était ni humain, ni animal... C'était énorme, difforme avec des doigts crochus, des dents démesurées, une tête pointue, un corps monstrueux... Et ça répétait encore et encore ce bruit flippant : "Aaaannneee".

Soudainement deux éclats brillants surgirent dans l'ombre. Des yeux ! Des yeux aux éclats bestiaux qui le fixèrent. Katsuki cessa de réfléchir et agit instinctivement. Sortant comme un diable hors de son duvet, il partit en courant, fuyant la bête hantant le cimetière. Il entendit les pas lourds de la chose le suivre et sentit les larmes lui monter aux yeux. Merde ! Merde ! Il le savait que c'était une idée de merde d'aller dans les cimetières ! Il le savait que c'était des endroits maudits !

Zigzagant entre les tombes, Katsuki courut aussi vite qu'il le pouvait, espérant semer son poursuivant. Il pouvait presque sentir son souffle putride s'abattre sur sa nuque. Dans sa course folle, il trébucha plus d'une fois sur des obstacles qu'il ne chercha pas à identifier. Il devait retourner à l'entrée. Izuku devait y être à l'attendre. Katsuki refusait de croire que son nerd personnel l'ai abandonné ici sans aucun remords. Il devait sortir d'ici et retrouver Deku !

Quelque chose saisit soudainement sa cheville et Katsuki s'étala de tout son long. En voulant se relever, il vit qu'il était sur une tombe. Une putain de tombe portant son nom : Katsuki Bakugo ! Un poids lui tomba brutalement dessus et il craqua, poussant un hurlement de terreur inhumain. Les larmes noyant ses yeux l'empêchèrent de bien voir mais il se débattit férocement dans l'étreinte de son assaillant. Non, putain ! Il ne pouvait pas mourir comme ça !

- Kacchan ! Kacchan ! Calme toi ! Kacchan !

Izuku tenta d'éviter les coups désordonnés que lui lançait un Katsuki totalement paniqué. Il n'avait jamais vu son ami d'enfance dans cet état, hurlant à plein poumons, pleurant d'angoisse et se débattant frénétiquement sous le coup de la peur, des explosions incontrôlées sortant de ses paumes. Il ne comprenait pas ce qu'il s'était passé pour que Kacchan réagisse si violemment.

Après deux heures à tourner en rond devant la grille en se rongeant les ongles d'anxiété, Izuku avait fini par décider de rejoindre Katsuki. Aizawa n'avait pas tenté de l'en empêcher, soupirant juste qu'il reviendrait les chercher demain dès l'aube. D'un bond, Izuku avait franchi les grilles du cimetière espérant retrouver son ami d'enfance assez rapidement. Et ça avait été le cas.

Moins de dix minutes plus tard, il l'avait vu assis au pied d'un arbre, recroquevillé sur lui-même, se balançant légèrement d'avant en arrière, la lampe torche dans sa main tremblante balayant les environs de son faisceau lumineux. Mais quand il s'était approché, Katsuki était brutalement parti en courant. Izuku l'avait suivi se demandant pour quelle raison le blond agissait ainsi. Il l'avait vu trébucher plus d'une fois mais continuer à courir sans se retourner. Izuku avait bien tenté de l'appeler, mais ça n'avait fait qu'accélérer la course de Katsuki.

Puis, Kacchan était tombé. Izuku s'était précipité pour l'aider, trébuchant sur il ne savait quoi et s'étalant lamentablement sur le corps de la blonde. Le hurlement de celle-ci lui avait brisé les tympans autant que le cœur. Kacchan était terrorisé et Izuku s'était sentit affreusement coupable de l'avoir mis dans une telle situation. Depuis il tentait vainement de le sortir des affres de l'angoisse, mais en vain.

Désespéré, Izuku finit par saisir le corps plus petit et plus fin que le sien entre ses deux bras et le ramener contre lui en une étreinte protectrice.

- Tout va bien Kacchan, souffla-t-il d'une voix tremblante. C'est moi ! Deku... Calme toi... Tout va bien.

Tout en parlant, Izuku berça doucement la blonde tremblante entre ses bras, espérant réussir à la calmer.

Katsuki se débattit vainement contre le monstre qui l'enserra avec force, lui coupant presque le souffle. Il allait mourir putain ! Bouffer par un monstre carnivore hantant un putain de cimetière maudit ! Tout ça à cause d'une idée à la con de ce sale nerd de Deku ! Il allait le tuer putain ! Ce crétin savait pourtant qu'il ne supportait pas les cimetières ! Il le savait ! C'était sa faute ! Ce sale nerd !

- ... va bien... Kacchan...

Il fallut quelques très longues secondes à Katsuki pour réaliser qu'il ne devenait pas fou mais qu'Izuku était bel et bien là et que c'était contre lui qu'il était actuellement blotti. Une fois l'information parvenue jusqu'à son cerveau, il cessa de se débattre, sanglotant de soulagement en se sentant enfin en sécurité.

- De... ku ? bafouilla-t-il d'une voix chevrotante.

- Oui, Kacchan, soupira Izuku avec un soulagement évident. C'est moi, c'est bien moi. Tout va bien, d'accord ? Tout va bien. Je suis là.

Katsuki ne répondit rien mais se blottit un peu plus contre son ami d'enfance, s'accrochant désespérément au pull de ce dernier. Il le nierai avec force plus tard, mais là, tout de suite maintenant, il était bien entre les bras du nerd. Et il ne comptait pas en bouger.

Le duo resta longuement enlacé, l'un berçant l'autre qui se calma progressivement dans l'étreinte rassurante dont il était prisonnier. Sentant Katsuki se détendre dans ses bras, Izuku finit par briser le silence paisible en soufflant :

- On devrait bouger, Kacchan.

Katsuki faillit répondre qu'il ne bougerait pas d'un poil avant le lever du soleil, mais il se souvint qu'ils étaient sur une tombe.

Une tombe portant son nom d'ailleurs. Il darda un regard noir sur la stèle à son nom, écarquillant les yeux de surprise en constatant que ce n'était pas le cas. Sur la pierre était gravé : Katsuko Bakugam. C'était suffisamment ressemblant avec son propre prénom et nom de famille pour que dans la panique il ait confondu. Et c'était très rassurant de voir qu'il s'était trompé.

N'empêche qu'Izuku avait raison. Ils n'allaient quand même pas passer la nuit sur une tombe. Katsuki se détacha donc de son nerd pour se relever, Izuku l'imitant.

- On a fait tomber une couronne de fleur, soupira Izuku en se penchant pour remettre d'aplomb la décoration mortuaire.

Katsuki ne dit rien, se contentant de rester près d'Izuku, peu désireux de se retrouver à nouveau seul.

En silence, il suivit Izuku jusqu'à l'arbre où il avait abandonné ses affaires. Ses sourcils se froncèrent quand il remarqua le sac à dos jaune sur le dos de son camarade.

- Pourquoi t'as un sac ? demanda-t-il.

- Je l'avais préparé au cas où, avoua Izuku. Kacchan, je suis désolé de t'avoir laissé tout seul ici. Je...

- Ça va, bougonna ledit Kacchan. On va pas en faire tout une histoire hein !

Non, il n'allait pas en faire toute une histoire. Au fur et à mesure qu'il se remettait de sa frayeur, Katsuki prenait conscience du ridicule de celle-ci. Avec le recul, il se rendit compte que l'ombre si terrifiante n'était nulle autre qu'Izuku lui-même. Et ce bruit "Aaaaannneee" n'était que la fin de ce surnom que son ami d'enfance utilisait en permanence pour l'appeler. Merde ! Il avait eu peur de Deku ! La honte !

Vexé et son égo salement amoché, Katsuki s'installa dans son duvet, s'allongeant en espérant pouvoir prendre un peu de repos. Izuku s'installa à ses côtés, s'excusant encore de l'avoir mis dans une telle situation.

- La ferme ! finit par grogner Katsuki. C'est bon, ok ? Je vais m'en remettre, hein !

- Je sais, Kacchan, souffla Izuku. Mais je m'en veux quand même. Surtout que ça n'a pas marché. Tu es toujours une fille. Je suis désolé.

- Sérieusement, arrête de t'excuser pour tout et n'importe quoi ! Tu me saoules avec ça !

Izuku se tut, devinant sans mal que Kacchan était sur les nerfs. Dans ces cas-là, mieux valait se taire. Il observa en silence la silhouette recroquevillée sur elle-même à ses côtés. Elle lui tournait le dos, ne le laissant voir que ses longs cheveux blonds nattés. Une brise fraîche passa dans les branches au-dessus de leurs têtes, faisant bruisser les feuilles et rafraîchissant l'atmosphère.

En silence, Izuku se rapprocha de Katsuki, se collant à lui pour lui apporter chaleur et réconfort. Un léger sourire ourla les lèvres du plus jeune quand son aîné recula un peu, se calant un peu plus contre lui. Étrangement satisfait, Izuku ferma les yeux et se laissa glisser dans les bras de Morphée. Sa respiration ralentit et se fit un peu plus bruyante, faisant discrètement râler Katsuki :

- En plus, il ronfle !

Appuyé contre un mausolée quelconque, Aizawa regarda le soleil se lever, éclairant progressivement les deux jeunes gens assoupis au pied d'un cerisier centenaire. Un coup d'œil à sa montre lui indiqua que le gardien ne tarderait pas à venir ouvrir les grilles du cimetière. Il était donc temps pour lui de réveiller les deux endormis. S'approchant, le professeur eut un léger sourire amusé en constatant que la jeune fille était à peine visible, blottie tout contre le jeune homme.

Les bras d'Izuku enserraient possessivement le corps fin de Katsuki, le menton du porteur du One for All reposant sur le haut de la tête blonde. Les duvets les couvrant n'empêchèrent pas le professeur de deviner les jambes emmêlées les unes aux autres, ni le bras de la demoiselle entourant la taille du garçon. Aizawa ne résista pas à la tentation de prendre une photo du duo assoupis, se promettant de ne jamais la montrer aux deux concernés, surtout pas à Bakugo.

Contrairement à ce qu'il avait dit, il n'était pas parti après que Midoriya soit entré dans le cimetière. Ces deux gamins étaient sous sa responsabilité, il n'allait pas les planter là. On ne savait jamais ce qu'il pouvait arriver. Quand il avait entendu un hurlement strident, il n'avait pas hésité une seconde à entrer à son tour dans le cimetière, se précipitant au secours de la personne ayant hurlé ainsi, se doutant de son identité.

Il était arrivé sur les lieux pour trouver Midoriya serrant dans ses bras un Bakugo tremblant et sanglotant. Voyant que son élève le plus jeune avait la situation en main, Aizawa resta en retrait, dans l'ombre, gardant un œil sur le duo, prêt à intervenir en cas de besoin. Il les avait suivi de loin quand ils avaient finalement bougé, assistant à l'installation des deux jeunes gens au pied de l'arbre.

Il avait aussi assisté au réveil, tout en douceur, de Midoriya quand Bakugo s'était violemment éjecté de son étreinte en accusant son camarade de ronfler comme un sapeur. D'après ce qu'il avait entendu de la conversation, Katsuki avait envie de pisser ce qui expliquait le pourquoi il avait contourné l'arbre à la recherche d'un peu d'intimité. D'où il était, Aizawa n'avait pas pu tout entendre, mais il avait vu Izuku s'agiter sur place en bougeant les mains dans tous les sens. Il avait aussi eu une vue imprenable sur le postérieur nu de Bakugo éclairé par la pleine lune et ça, il s'en serait bien passé.

Bref, Aizawa avait passé sa nuit à veiller sur ses deux élèves, s'amusant de les voir se disputer avant de se recoucher à une distance raisonnable l'un de l'autre, pour mieux se rapprocher par la suite. Il avait hâte de voir la tête qu'ils feraient en se voyant si proches à leur réveil. Et il ne fut nullement déçu. Katsuki s'éjecta hors des bras d'Izuku en un bond impressionnant, rougissant jusqu'à la racine de ses cheveux. Quant à Midoriya, il bafouilla à tout va en s'empourprant tellement que de la fumée sortit de ses oreilles.

Aizawa raccompagna ses deux étudiants jusqu'au dortoir, s'amusant de la distance gênée qu'ils maintenaient entre eux. Peut-être que, pour une fois, il participerait aux paris stupides de Present Mic et Midnight. Ses collègues avaient l'habitude chaque année de parier sur un couple, pariant que les deux concernés seraient ensemble avant la fin de leur scolarité à Yuei. Cette année, Present Mic avait parié sur le couple Kirishima-Ashido, Midnight sur Todoroki-Yaoyoruzu. Et si jusqu'à présent, Aizawa ne voyait pas l'intérêt de ce genre de pari, il était prêt à s'y mettre pour Bakugo et Midoriya. Ces deux sales gosses lui faisaient vraiment faire n'importe quoi.

De retour dans sa chambre, Katsuki s'avachit sur son lit dépité. Non seulement il s'était ridiculisé en ayant peur de Deku, mais en plus il s'était réveillé dans les bras du nerd. Tout ça pour absolument rien puisqu'il était encore une fille ! Décidément, cet alter le faisait sérieusement chier. Mais là, il était à court d'idées pour y mettre fin. Il ne pouvait cependant pas laisser la situation perdurer plus. Ça faisait déjà dix jours qu'il était une fille ! Il devait faire quelque chose ! N'importe quoi !

Peut-être était-il temps de se pencher sur les idées émises par ses camarades, idées qu'Izuku avait noté dans un carnet. Katsuki poussa un soupir à fendre l'âme et se releva pour aller chercher le fameux carnet que son ami d'enfance lui avait donné la veille, avant de partir au cimetière. Après tout, rien ne pourrait être pire que cette nuit. Et qui sait, sur un malentendu, un truc pourrait fonctionner.

A suivre...


Commentaire de l'auteure :

Alors, vous en pensez quoi des idées de Katsuki ?


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

- Pourquoi ? rugit Katsuki en fixant hargneusement Lili.

- C'est écrit dans le premier chapitre Kitty-chan, répond Lili avec amusement. Tu sais pas lire ?

- Je m'en fous que ce soit un OS ou une fic à chapitres, tonne Katsuki. Pourquoi tu m'as transformé en fille ?

- Oh ça ?! Ben écoute, en fait, j'ai juste eu envie... Mais ! En cherchant un prénom proche du tien pour écrire sur la tombe, j'ai trouvé sur Wikipédia la liste des prénoms japonais. Et tu ne devineras jamais ce que j'ai découvert.

Plissant les yeux suspicieusement, Katsuki grogne :

- Pourquoi je la sens pas ta découverte ? Tu as l'air bien trop heureuse... Ça sent mauvais pour ma tronche.

Avec un sourire dément, Lili répond :

- Regarde... Tu vois, dans la liste il y a ton prénom : Katsuki. Il y a même la signification : espoir de victoire.

- Je vois ouais, marmonne le blond toujours suspicieux.

- Tu vois ça aussi, la petite lettre juste avant ? demande Lili. Un petit F...

- Ouais, et ?

- Ben, F = féminin ! Donc Katsuki est, selon wikipédia, un prénom féminin ! Du coup, j'ai bien fait de te transformer en fille !

Livide, Katsuki fixe le petit f le narguant sur l'écran du PC de son bourreau actuel. Il va tuer quelqu'un c'est sûr. Il hésite cependant : les auteurs de Wikipédia ou l'auteur de My Hero Academia ?

Il se redresse soudainement, un sourire sadique éclairant son visage. Pourquoi choisir ? Il va tous les buter ! Et il butera aussi les lecteurs qui oseront ne pas laisser un petit mot d'encouragement à Lili. Tant qu'à y être, ça le défoulera.


Rendez-vous au chapitre 4 : Faut croire qu'on est aussi con l'un que l'autre.

- Tu me crois faible ?

- C'est dégueulasse.

- Comme si t'étais la huitième merveille du monde.