Son plan ne lui donnait qu'une illusion de contrôle mais ce dernier était d'autant plus terrifiant qu'il fonctionnait sans même qu'elle ait à produire quoi que ce soit. Elle n'avait plus rien à prouver, au fond d'elle, elle savait mais elle ne voulait pas se l'avouer et ce n'était qu'une mascarade pour essayer de passer à autre chose.

Malheureusement, que le destin ait un rôle dans cette histoire ou pas, elle se sentait désemparée face à la réalité et la véracité de ses sentiments.

Elle se surprit à vouloir le voir, vouloir passer du temps avec lui, même pour ne rien faire. Quelques fois, ils passaient leur après-midi à lire un livre ou regarder des vidéos chacun de son côté. Sans rien se dire.

Et ce silence est agréable.

Quelques fois, ils écoutaient de la musique. Elle avait appris que Edward jouait du piano et cette révélation la surpris un peu.

Elle sentait le moment final arrivé, ce début avril ne supposait qu'une chose – la fin de ce travail et la présentation finale. Elle était persuadée de le réussir, mais moins certaine de l'issue concernant les deux adolescents.

Cela faisait maintenant trois mois qu'ils travaillaient ensemble, que Edward avait trouvé une autre raison de s'accrocher à la vie. Il avait trouvé des amis, ou du moins des personnes avec qui passer du temps. Il avait vécu des expériences que jamais il n'aurait vécu si Bella ne lui avait pas proposé de s'allier.

La fin l'angoissait. Il devait se l'avouer, il ne voulait pas laisser tomber et il avait peur qu'Bella l'abandonne. Tout le monde le faisait, après tout. Pourquoi ça serait différent ?

Bella était différente. Il ne savait pas comment elle pouvait apprécier sa présence mais c'était le cas. Elle ne semblait pas être le genre de personne à feindre la sympathie.

Il avait remarqué ses regards, ses légers rougissements, ses sourires. Et, comme ce soir, il passait tous ses week-ends en sa compagnie. L'excuse du travail en gros plan mais bien plus que ça caché dans son cœur.

Demain c'était lundi, et Edward stressait pour la présentation.

– Je ne vois pas pourquoi ça n'irait pas, s'agaça Bella. On a travaillé super dur, je suis certaine qu'on l'a réussi sans aucun problème.

Mais là n'était pas le problème, le problème était qu'Bella était imprévisible, qu'elle ne parlait jamais de ses sentiments et qu'il ne savait pas ce qui pourrait arriver.

Elle ferma brusquement le livre qu'elle lisait avant de se relever du lit. Edward était fixé devant sa baie vitrée, contemplant la mer bouger à l'horizon. Il pouvait voir la pleine lune le narguer.

– Viens, on va marcher.

Elle lui prit le bras et l'entraina gentiment vers la fraicheur de ce printemps. Depuis ce voyage à New York elle était plus tactile avec lui. Il se demandait, naïvement, si ce n'était pas sa manière de lui dire qu'elle l'aime.

Il la laissa faire, et ils se dirigeaient vers la plage. Elle n'était pas très grande, et le vent était frisquet. Il rit en voyant ses longs cheveux bruns partir dans tous les sens. Elle pestait contre elle-même de ne pas avoir d'élastique pour s'attacher les cheveux mais il pouvait entendre son sourire sans sa voix. Il ne pouvait bien la discerner, le ciel était sombre et très peu d'éclairages illuminaient cette nuit. Ses yeux argent brillaient, eux, et ils lui disaient tout ce qu'il devait savoir.

Sans vraiment réfléchir, il lui prit les mains.

– Tu essaies de dompter le vent, mais tu n'y arriveras pas sans élastique, rit-il.

– Quoi alors ? Je devrais laisser mes cheveux partir dans tous les sens ?

– Parfois, se laisser aller c'est le meilleur moyen de résister.

Son souffle se coupa, entendant lui-même sa dernière phrase après l'avoir énoncée. Bella ne bougeait plus, laissant ses membres se détendre, acceptant le souffle et la fraicheur de cette nuit parcourir son corps.

Un frisson s'empara d'elle, elle ne pouvait détourner son regard des émeraudes de Edward. Elle tenta de l'écouter, de se laisser aller, de lâcher le contrôle un instant. Et, en ce moment, elle ne pouvait que sentir les mains chaudes de Edward sur les siennes, elle ne pouvait que sentir le poids dans sa poitrine bondir de plus en plus fort.

Il était grand, elle devait lever la tête pour pleinement le voir mais elle aimait ça. Ainsi, la force était répartie entre eux. Plus faible mentalement, plus fort physiquement.

Elle chassa directement cette idée de la tête. Il n'était pas faible mentalement. Il avait été fort, il avait toujours été fort. Il avait des défauts, il était trop anxieux, il pensait trop au futur, il était trop attentif aux autres, il… n'était pas parfait.

Mais qui oserait prétendre l'être ?

Alors elle ne réfléchit plus. Elle se laissait aller, comme il l'avait proposé.

Sur la pointe des pieds, elle avança son visage du sien. Sans aucune hésitation, elle plaça ses lèvres sur les siennes.

Un nouveau frisson parcouru son échine, plus chaud cette fois, et elle senti des bras l'envelopper.

Edward avait lâché ses mains, s'était abaissé pour approfondir le baiser. Elle plaça ses mains froides sur ses joues chaudes. Il tenait ses cheveux, les dégageant de son visage.

Ils s'embrassaient, longtemps, sous le regard du clair de lune, entendant le bruit sourd des vagues, du vent, du sable mouvant sous leur pieds. Le cadre de ce premier baiser était parfait, irréel, et pourtant imprévisible. La douceur de ses lèvres contre les siennes, Edward ne pouvait imager vivre la réalité. Il s'attendait à se réveiller dans son lit, mais tout ceci était bien réel.

Il se demandait ce que ça allait changer, ce qui allait arriver après. Il était stressé avant, maintenant c'est pire. Il craignait de gâcher quelque chose, que ça ne veuille rien dire, qu'elle regrette ou pire, qu'elle l'abandonne juste après.

Ses appréhensions ne pouvaient l'empêcher de profiter, juste une fois, du moment présent. Et pourtant…

Le plan d'Bella avait fonctionné à merveille, et cela lui faisait également peur.