Note de l'auteure : Vous trouvez que Katsuki ne souffre pas assez ? Vous inquiétez pas, la suite arrive.

Au fait, je n'y connais rien en potion magique et sorcellerie. J'ai donc improvisé. S'il y a des connaisseurs, je m'excuse d'avance pour mes très probables erreurs.

Bonne lecture.

Lili


~ 4. Faut croire qu'on est aussi con l'un que l'autre. ~

Tout en poussant sur les rames qu'il avait en mains, Izuku soupira discrètement, affecté par l'ambiance tendue qui régnait entre son ami d'enfance et lui. Il détailla en douce la silhouette installée juste en face de lui. Assis sur le banc, prévu à cet effet dans la barque qu'ils partageaient, Katsuki ne le regardait même pas. Ses coudes posés sur ses genoux, sa main droite pendant mollement entre ses jambes écartées, sa paume gauche soutenant son menton, il fixait d'un air énervé la berge sur sa gauche.

Depuis la veille, et leur retour du cimetière, Katsuki faisait la gueule. C'était visible, évident, flagrant pour absolument tout le monde. Il ne criait pas et ne menaçait personne de mort imminente. Non, il tirait une tronche de dix pieds de long et ne parlait que par onomatopées et grognements. Même Eijiro n'en avait rien tiré. Izuku avait espéré pouvoir discuter avec Kacchan ce matin quand il était venu pour le coiffer, comme chaque jour depuis sa transformation.

Mais il avait trouvé porte close et personne n'avait répondu à ses appels. Il avait retrouvé le blond en classe, ses cheveux tressés n'importe comment. Quand il avait proposé à Katsuki de lui refaire sa natte, il n'avait eu comme seule réponse qu'un regard noir et un majeur tendu bien haut. En fait, le seul mot que Katsuki lui avait adressé c'était quelques minutes plus tôt, quand il lui avait tendu les rames et lui avait dit :

" Rame !"

Conciliant, Izuku s'était exécuté, se demandant bien à quoi tout ça rimait et ce qu'il faisait là au juste. Il était sur une barque, seul avec Kacchan, sur un lac situé dans les bois près de leur dortoir. Ça aurait pu être un moment sympathique si l'explosif l'accompagnant ne tirait pas la tronche. Izuku ne voyait pas ce qu'il avait bien pu se passer pour que Katsuki soit si fermé.

- Kacchan, appela-t-il courageusement. On fait quoi là ?

- Une idée à la con des autres tocards, grogna la blonde boudeuse.

Izuku cligna des yeux avec surprise. Katsuki voulait tenter les idées des autres ? Mais qui avait pu suggérer une promenade en barque sur un lac ? Et pourquoi ? A peine eut-il fini de se poser la question que la réponse surgit d'elle-même dans son esprit.

Tsuyu et Momo ! Les deux jeunes femmes avaient émis l'hypothèse que Katsuki devrait laisser parler son côté romantique. Et quoi de plus romantique qu'une balade en barque ? C'était donc ça. La balade en barque... Bon, pour le romantisme on repasserait. Il n'y avait absolument rien de romantique dans la situation actuelle. Kacchan ne lui avait même pas laissé le choix, le traînant à sa suite dès la fin des cours sans une seule explication.

C'était vraiment dommage. Non pas qu'Izuku aurait aimé plus de romantisme, pas du tout. Il aurait juste apprécié de passer un moment seul avec son ami d'enfance à discuter ou rire ensemble. Depuis la transformation de ce dernier, ils s'étaient rapprochés, devenant plus complices. Et Izuku adorait ces moments-là. Il se serait proposé avec joie pour accompagner Katsuki lors de cette balade, juste pour le plaisir de partager encore un peu cette intimité amicale qui lui réchauffait le cœur.

Izuku adorait coiffer chaque matin la longue et épaisse chevelure blonde de Kacchan. C'était juste quelques minutes, mais des minutes rien qu'à eux. Ils ne parlaient pas forcément. Mais peu importait à Izuku, ils étaient ensemble c'était le plus important. Il chérissait le souvenir des fous rires partagés dans sa chambre quelques jours plus tôt, même s'il s'en voulait encore un peu pour avoir blessé Kacchan. Et une douce chaleur l'envahissait quand il repensait aux quelques secondes où il s'était réveillé avec Kacchan dans ses bras, la veille dans le cimetière, juste avant que la gêne le submerge en réalisant que leur professeur les regardait avec amusement.

Tous ces petits détails, ces petites choses le bouleversaient. Lui qui avait tant cherché à se rapprocher de Kacchan, à retrouver la complicité les liant enfants, enfin il obtenait tout ce qu'il avait tant désiré durant des années. Il se sentait infiniment privilégié par la confiance que lui accordait Katsuki et en était totalement heureux. La seule chose qui le gênait réellement dans cette histoire, c'était les rumeurs persistantes sur eux.

Non, ils n'étaient pas en couple, ni amoureux l'un de l'autre. Izuku ne voyait même pas comment une telle idée avait pu traverser l'esprit de qui que ce soit. Était-ce si improbable qu'un garçon et une fille soient juste amis ? Il était ami avec Ochaco et personne n'avait jamais sous-entendu qu'ils étaient en couple. En quoi c'était différent avec Kacchan ? Vraiment, il ne voyait pas.

Surtout que Kacchan était un homme. Même si actuellement il avait l'apparence d'une fille, Izuku ne le voyait pas autrement que comme le garçon qu'il avait toujours connu. Peu importait qu'il ait des seins, les cheveux longs et pas de pénis (du moins Izuku le supposait, pas qu'il ait été vérifier, ni demander), ça restait Katsuki, son ami d'enfance. Un mec donc. Et avant la transformation du blond en blonde, personne n'avait jamais sous-entendu une relation autre qu'amicale entre eux. Bref, ces rumeurs gênaient un peu Izuku.

Un grognement le tira de ses pensées et il posa un regard curieux sur Katsuki, le voyant fusiller des yeux un arbre innocent au loin.

- D'accord, c'est quoi le problème Kacchan ? soupira-t-il agacé par la mauvaise humeur du blond.

- Devine crétin ! rétorqua sèchement ledit blond.

Sérieusement, n'était-ce pas évident ? Ce sale nerd n'était-il pas supposé être intelligent ? Quel était le problème ? Comme s'il n'y en avait qu'un ! Déjà, il était une putain de gonzesse ! Ce qui était le point de départ de toutes ses emmerdes actuelles. Rien de ce qu'il avait tenté jusque-là pour remédier à cette merde n'avait fonctionné. Absolument rien ! Il s'était volontairement blessé, il avait laissé Deku lui faire mal ! Il s'était presque noyé dans une piscine ! Il avait passé la nuit dans un putain de cimetière alors qu'il détestait ces endroits !

Tout ça pour rien ! Absolument rien ! Il se retrouvait condamné à essayer les propositions loufoques des débiles composants sa classe. Il avait jeté un œil à ces propositions. Il ne s'attendait pas à grand-chose et il n'avait nullement été déçu. En toute honnêteté, il ne voyait pas comment une seule de ces solutions pourrait fonctionner. Mais Katsuki était désespéré, aussi il s'était résigné.

Il avait choisi de tester la balade en barque en premier pour une seule et unique raison : au moins là, il aurait la paix pour ruminer sa mauvaise humeur. Il avait embarqué Izuku avec lui juste parce que c'était le seul auquel il avait pensé. Et Deku ne lui prendrait pas la tête en babillant non stop. Mais voilà, Katsuki avait oublié un détail, un tout petit détail : il serait seul en tête à tête avec son ami d'enfance.

Et dire que depuis la veille, il avait pris soin de l'éviter comme la peste, se contraignant même à se coiffer lui-même ce matin. Ce qui n'était pas une franche réussite s'il en croyait les commentaires entendus dans la journée. Commentaires qui n'avaient nullement arrangés son humeur orageuse. Et se retrouver seul avec Izuku ne l'aidait pas non plus. Ce n'était pas pour rien s'il l'évitait depuis leur retour du cimetière.

Katsuki savait parfaitement qu'il avait un sérieux problème avec son égo. Sa foutue fierté lui avait déjà causé pas mal d'emmerdes par le passé. Depuis son entrée à Yuei il avait appris, non sans difficulté, à la mettre de côté, se faisant violence pour accepter des choses qui l'insupportaient auparavant. Travailler avec les autres, leur faire confiance, les écouter... Pour lui qui n'avait jamais compté que sur lui-même, c'était une sacré évolution.

Mais un chien ne devenait pas un chat, même avec la meilleure volonté du monde. Sa fierté était toujours là et se révoltait violemment dans certaines situations. Et c'était actuellement le cas. Katsuki ne digérait pas le fait d'avoir eu peur de Deku dans le cimetière, encore moins de l'avoir laissé le voir dans un état aussi pitoyable. Et pour compléter le tout, il s'était réveillé blotti dans les bras du nerd, achevant de faire rugir d'outrage sa fierté mal placée.

Depuis quand avait-il besoin de cet abruti de Deku ? Sérieusement ?! Pourquoi le laissait-il le coiffer chaque matin ? Juste parce qu'il aimait les papouilles dans les cheveux ?! Lamentable ! Et de quel droit ce crétin bouclé le consolait comme s'il n'était qu'un gamin effrayé ? Et pourquoi ne l'avait-il pas envoyé chier comme il se devait ? Depuis quand était-il devenu si faible qu'il se sente rassuré entre les bras de son ami d'enfance trop gentil ?

Katsuki n'était pas d'assez mauvaise foi pour accuser Deku d'être responsable de tous ses maux. L'attitude de ce dernier envers lui était presque normale. Izuku avait toujours été profondément gentil, toujours prêt à aider autrui et avait toujours volé au secours de Katsuki, même quand ce dernier n'en avait pas besoin, même à l'époque où le blond le traitait comme de la merde. Bref, l'attitude de Deku était normale.

Non, le problème venait de lui, Katsuki. Cette attitude qui l'énervait tant auparavant ne lui courait plus autant sur le système. Pire, il l'appréciait ! Ce qui bien sûr le faisait enrager. Il avait passé sa nuit à examiner mentalement cette désespérante constatation, se demandant si son changement de genre pouvait être responsable de ça. Mais il avait été bien forcé d'admettre que ce n'était pas le cas.

Depuis leur combat nocturne, Katsuki acceptait plus facilement Izuku de manière générale. Et son attitude de sauveur toujours prêt à se précipiter à sa rescousse en particulier. La preuve, Katsuki avait décidé, sans en parler à quiconque évidemment, de garder un œil sur son camarade pour le protéger des dangers auxquels il s'exposait en permanence. Ce crétin avait un instinct de survie avoisinant le zéro absolu et Katsuki s'était donné comme mission de le garder en vie coûte que coûte.

Mais tout ceci ne changeait rien au fait que Katsuki ne supportait pas de s'être ridiculisé devant lui, dans ce foutu cimetière de merde. Bordel ! Il avait paniqué comme une putain de princesse en détresse ! Tout ça à cause de Deku en plus ! Deku qui avait, bien évidemment, volé à son secours et l'avait rassuré. Katsuki grogna, énervé par ses pensées qui tournaient en boucle dans sa tête blonde.

- Kacchan, soupira Izuku. Je comprends que tu...

- Tu comprends rien, bordel ! tonna Katsuki avec rage. Arrête de te la jouer ! Je veux pas de ta putain de pitié !

- Je n'ai pas pitié de toi ! protesta Izuku. Je veux juste t'aider !

- Je veux pas de ton aide ! rugit la blonde en se levant d'un bond faisant tanguer la barque. Je suis capable de me démerder tout seul, bordel !

- Je sais ça Kacchan, assura Izuku en se redressant lui aussi, mais plus lentement. Mais peux-tu comprendre que je m'inquiète pour toi ?

- Tu me crois faible ? s'offusqua Katsuki.

- Pas du tout ! Jamais je n'ai pensé ça ! assura Izuku dardant son regard trop sincère sur le blond fulminant de rage face à lui. Tu es fort, je le sais. Mais ça n'empêche pas que je m'inquiète pour toi !

Katsuki ne comprenait pas. Pourquoi cet abruti s'inquiétait-il pour lui ? Après tout le mal qu'il lui avait fait ? C'était n'importe quoi ! Aveuglé par sa fierté et sa colère, Katsuki s'avança, réduisant à presque rien la courte distance le séparant de son ami d'enfance.

- Tu me gonfles avec ton inquiétude à deux balles ! rugit-il en saisissant le col d'Izuku dans son poing. Je t'ai rien demandé ! Fous-moi la paix merde !

Tout en criant, Katsuki secoua Izuku fortement. La barque tangua dangereusement, faisant perdre l'équilibre à Izuku qui bascula par-dessus bord. Instinctivement, Katsuki voulu le rattraper, le tirant par le col vers lui. Mais il ne réussit qu'à suivre Izuku dans sa chute et les deux adolescents atterrirent dans l'eau froide du lac où ils naviguaient. Ils émergèrent rapidement, crachotant et grelottant.

- Kacchan ! Ça va ? s'affola Izuku.

- Va chier !

Après cette réponse courte et aimable, Katsuki partit en nageant, rejoignant les berges du lac. Il n'attendit pas Izuku et, dès qu'il eut atteint la rive, il sortit de l'eau et se dirigea d'un pas rageur vers le dortoir, abandonnant sans scrupule la barque et son ami d'enfance. Il avait besoin d'une bonne douche bien chaude et surtout de ne plus voir la tête du nerd !

Izuku suivit des yeux la silhouette fine s'éloignant de lui, son cœur se serrant douloureusement. Qu'est-ce qu'il avait fait ou dit pour que Kacchan le rejette à nouveau ? Il pensait qu'ils avaient dépassé ce stade, mais visiblement ce n'était pas le cas. Fortement attristé, Izuku se décida à ramener la barque là où ils l'avaient trouvée avant de regagner à son tour le dortoir.

Quand il arriva dans la salle commune, trempé et consterné par l'attitude du blond explosif, il se fit assaillir de questions par ses amis. Avec un pâle sourire, il les rassura. Tout allait bien. Kacchan et lui étaient juste tombés dans le lac en s'entraînant. Rien de grave. Il apprit ainsi que Katsuki s'était enfermé dans la salle de bain sans avoir dit un seul mot aux autres. Izuku attendit donc patiemment que Kacchan ait fini pour, à son tour, se laver et se changer.

Tout en procédant à ses ablutions nécessaires après un séjour dans l'eau froide et vaseuse d'un lac, Izuku se perdit dans ses pensées moroses. Kacchan l'avait rejeté... Encore... Pourquoi ? Comment arranger les choses ? En faisait-il trop pour le blond ? Avait-il dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Il devrait sûrement s'excuser, mais il ne savait pas de quoi au juste.

- Izuku ?

L'interpellé sursauta, n'ayant pas entendu la porte s'ouvrir. Il tourna la tête voyant Shoto et Eijiro le fixer avec une inquiétude non dissimulée.

- Tu vas bien ? s'enquit Eijiro en se rapprochant.

Le lourd soupir d'Izuku fut une réponse en soi. Abattu, ce dernier s'assit sur le banc installé au milieu de la pièce tout en enfilant son tee-shirt, ayant déjà mis son bas.

Eijiro et Shoto échangèrent un regard entendu. Ils avaient remarqué le rapprochement entre les deux amis d'enfance et s'en étaient discrètement réjouis. Les tensions entre ces deux là avait tendance à affecter toute la classe aussi était-ce une bonne nouvelle que les choses s'arrangent. Mais depuis leur retour la veille, Katsuki faisait la gueule et Izuku en souffrait. Shoto et Eijiro avaient donc décidé d'unir leurs forces pour comprendre quel était le problème au juste et essayer de le résoudre.

- J'en sais rien, avoua finalement Izuku. Je ne comprends pas Kacchan...

- Ah ça, rit doucement Eijiro en s'approchant jusqu'à s'asseoir à côté d'Izuku. Je crois que personne ne comprend réellement ce qu'il se passe dans sa tête.

- Et comme il ne parle jamais de ce qui le tracasse, on navigue tous à l'aveugle, ajouta platement Shoto en imitant Eijiro.

- Si tu nous racontais ce qu'il s'est passé, peut-être qu'on pourrait t'aider à comprendre, fit remarquer Eijiro. Parfois, un point de vue extérieur, ça fait du bien.

Izuku hésita de longues secondes, fixant ses deux amis. Pouvait-il leur faire confiance pour ne pas raconter aux autres ce qu'il allait leur dire ? Évidemment ! C'était Eijiro et Shoto. Ces deux-là savaient garder les secrets et ne porteraient aucun jugement. Kacchan était leur ami. Izuku ne savait pas si Katsuki considérait réellement Shoto comme un ami, mais l'inverse était vrai, et Shoto n'avait aucun intérêt à nuire au blond. Quant à Eijiro... C'était clairement le meilleur ami de Katsuki, il ne ferait et ne dirait rien qui puisse le blesser.

Ayant pris sa décision, Izuku raconta donc les derniers évènements aux deux autres. Il parla à voix basse, obligeant Shoto et Eijiro à se pencher vers lui pour mieux l'entendre. Mais Izuku ne voulait pas que des oreilles indiscrètes puissent surprendre ses propos. Il leur raconta les expériences menées par Katsuki pour retrouver son corps. De la méditation à la tentative de noyade dans la piscine, sans oublier la morsure, le tirage d'oreille et la fracture du doigt. Il passa cependant sous silence l'épisode de la fessée, ne souhaitant partager ce moment avec personne.

Puis, il en vint à raconter ce qu'il s'était passé au cimetière, avouant la phobie que Kacchan avait de ces endroits. Il parla de la crise de panique du blond, taisant cependant leur réveil, blottis dans les bras l'un de l'autre.

- Et tout à l'heure, il m'a emmené faire une balade en barque. C'était l'idée de Momo et Tsuyu. Mais ça a dégénéré, conclut-il avec un soupir dépité.

Assis à ses côtés, Eijiro et Shoto l'avaient laissé parler sans l'interrompre, échangeant des regards choqués et inquiets au fur et à mesure.

- D'accord, souffla Eijiro. On va passer sur le fait que cet abruti s'est auto-mutilé et a mis sa vie en danger volontairement...

- Et qu'aucun de vous deux n'aient jugé nécessaire de nous en informer, ajouta Shoto.

- Aussi oui, confirma Eijiro. C'est pas très étonnant que Kats soit prêt à aller jusque là pour mettre fin à cet alter. Et c'est déjà bien qu'il ait eu suffisamment conscience des risques pour ne pas le faire tout seul de son côté.

- Même si c'est surprenant que tu l'ais laissé faire, fit remarquer Shoto en fixant Izuku d'un regard neutre.

- Son raisonnement tenait la route, se justifia Izuku. Et comme vous l'avez dit, il a pas fait ça tout seul de son côté. On était là, Aizawa-sensei et moi-même, pour éviter que ça tourne au drame.

- Mais si je comprends bien, c'est après l'épisode du cimetière que les choses se sont dégradées, reprit Shoto.

- Oui, confirma Izuku.

Eijiro ricana doucement, visiblement amusé, et échangea un regard entendu avec Shoto, son sourire s'agrandissant en voyant que son camarade avait, lui aussi, compris le problème.

- Tu as dit qu'il a fait une crise de panique, reprit Eijiro. C'est toi qui l'a calmé ou il s'est calmé tout seul ?

- C'est moi qui l'ai calmé, répondit Izuku.

- Et tu as fait comment ? demanda Shoto.

- J'ai agi instinctivement, réfléchit Izuku. Je l'ai pris dans mes bras en lui parlant pour le rassurer.

En entendant Eijiro pouffer discrètement, Izuku tourna la tête surpris.

- Quoi ?

- Izuku, tu connais bien Bakugo, soupira Shoto. Quel est son plus gros défaut ?

- Son plus gros défaut ? s'étonna Izuku ne voyant pas où ses amis voulaient en venir. Hmm... Colérique ? Non, il est pas vraiment colérique, il crie beaucoup mais c'est pas forcément parce qu'il est en colère. Plus gros défaut... Ah ! Je sais ! Son orgueil !

- Bingo ! le félicita Eijiro. Et qu'est-ce qu'il ne supporte pas ?

- Passer pour un faible, répondit immédiatement Izuku.

- Donc en ayant ces deux idées bien en tête, reprit patiemment Eijiro. Repense à ce qu'il s'est passé au cimetière.

- Sa crise de panique, précisa Shoto, et le fait que tu l'ais calmé en le prenant dans tes bras.

Les deux amis virent les yeux d'Izuku s'écarquiller brusquement et sourirent. Visiblement, Izuku venait de comprendre le problème.

- Mais enfin, c'est ridicule ! s'offusqua Izuku. C'est une phobie ! On ne peut rien faire contre ça ! Ce n'est pas de la faiblesse ou je ne sais quoi !

- C'est vrai pour toi et pour la plupart des gens, confirma Shoto. Mais là, on parle de Bakugo...

- Depuis sa transformation, tu es aux petits soins pour lui, ajouta Eijiro. C'est tout à ton honneur et je pense que, malgré ce qu'il peut dire, il en a besoin.

- Mais ce qu'il s'est passé au cimetière a probablement été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, conclut Shoto.

- Je vois, soupira Izuku. Au moins, je sais de quoi je dois m'excuser maintenant... même si franchement, c'est ridicule. Une phobie ça ne se contrôle pas.

- Je peux me permettre un conseil ? demanda Eijiro.

Ayant reçu une réponse positive de la part d'Izuku, il reprit :

- Laisse le mariner quelques jours. Y aller maintenant, ça ne fera qu'aggraver les choses. Il est sur les nerfs, il va juste t'envoyer chier.

- Je suis d'accord avec Eijiro, confirma Shoto. Laisse lui le temps de se calmer tout seul.

- Mais... voulut protester Izuku.

- On est là, ok ? l'interrompit Eijiro. On va le garder à l'œil pour pas qu'il fasse de connerie. Et j'essaierai de le faire causer, même si ça va pas être simple. Il est fermé comme une huître.

La comparaison amusa Izuku qui sourit, soulageant ses deux amis qui n'aimaient pas le voir triste.

- Ne t'inquiète pas Izuku, le rassura Shoto. Il reviendra vers toi de lui-même.

- Ça, c'est pas sûr, soupira Izuku, peu convaincu.

- Oh si, c'est sûr ! confirma Eijiro. Il n'a jamais pu te laisser loin de lui trop longtemps. Il y a toujours un moment où il va te chercher si tu l'ignores trop à son goût.

Shoto confirma d'un hochement tête et Izuku décida de faire confiance à ses deux amis. Il laisserait un peu d'espace à Kacchan durant quelques jours. Et si le blond persistait à l'ignorer trop longtemps, il s'imposerait de lui-même. Après tout, ce ne serait pas la première fois qu'il le ferait. Il ne laisserait pas Kacchan l'exclure de sa vie aussi facilement que ça ! Foi d'Izuku !

~oOo~

Rikido fixa, surpris, la blonde à sa porte. Il ne s'attendait vraiment pas à ce que Katsuki vienne le voir dans sa chambre un jour. Tous deux n'étaient pas particulièrement proches et se parlaient peu.

- J'te dérange ? demanda la blonde plantée devant sa porte.

- Non, pas du tout, lui répondit Rikido toujours surpris. Je peux t'aider ?

- Ouais, confirma Katsuki. On peut causer ?

Un peu perdu, Rikido se décala, invitant silencieusement la jeune femme à entrer dans sa chambre. Qu'est-ce que Katsuki pouvait bien lui vouloir ? Il n'eut pas à attendre longtemps, Katsuki prenant la parole dès que la porte fut close dans son dos.

- J'ai essayé des trucs pour redevenir un mec, mais ça n'a pas marché. Deku m'a filé les notes qu'il a prises avec vos idées. Tu as proposé une potion magique, non ?

- Oh ! souffla Rikido étonné que le blond prenne en compte son idée. Oui, mais je t'avoue que je ne suis pas sûr que ça fonctionne.

Katsuki haussa les épaules, signifiant par là qu'il n'était pas sûr non plus mais qu'à ce stade il était prêt à tout tenter.

- Tu t'y connais en potions ? demanda-t-il d'un ton neutre.

- Pas plus que ça, non, avoua Rikido. Mais ma grand-mère était passionnée par la sorcellerie. Elle disait qu'on avait tous des ancêtres sorciers. Du coup, elle m'a filé des bouquins sur le sujet et il y a des potions dedans. C'est comme des recettes de cuisine.

- Tu les as ici ? Ou ils sont restés chez tes parents ?

Avec un sourire, Rikido se dirigea vers sa bibliothèque et en sortit deux antiques bouquins aux couvertures en cuir vieilli.

- Ils sont là. Tu veux que je te les prête ?

- C'est les tiens, soupira Katsuki. On peut regarder ensemble si tu veux.

Dire que Rikido était choqué par la proposition était un doux euphémisme. Il s'attendait à ce que Katsuki lui emprunte les livres et se débrouille tout seul de son côté.

Mais il n'en montra rien, intérieurement ravi de pouvoir peut-être faire un peu mieux connaissance avec son camarade le plus sauvage. Sous ses allures de brute épaisse, Rikido avait un cœur guimauve et aimait se faire des amis. Il avait toujours un peu regretté la distance que Katsuki instaurait avec les autres, mais il était trop timide pour aller contre la volonté du blond. Il tenait là une occasion non seulement de pouvoir lui être utile et de l'aider dans sa situation difficile, mais aussi de peut-être nouer un début d'amitié. Il n'allait certainement pas refuser.

Assis sur le sol devant la table basse installée au milieu de la chambre, Katsuki et Rikido étudièrent ensemble les recettes proposées par les bouquins. Katsuki n'était pas là de gaieté de cœur. Il n'avait rien contre Rikido, juste il ne le connaissait pas vraiment, ne s'étant jamais réellement intéressé à lui. Il avait cependant remarqué que son camarade était du genre gentil, toujours prêt à rendre service. Un peu comme Deku, en moins collant quand même.

Il aurait parfaitement pu se démerder tout seul sur ce coup là, juste en empruntant les bouquins de Sato. Mais Katsuki estimait que vu que c'était son idée et ses livres, la moindre des choses étaient d'en discuter avec lui. Surtout si sa grand-mère était fan de sorcellerie, il avait sûrement des connaissances que Katsuki n'avait pas sur le sujet. Il était peut-être un sale gosse arrogant, mais il avait un minimum de savoir vivre et savait reconnaître ses lacunes.

- Ah ! s'exclama Rikido. Regarde, celle-là est un antidote contre les empoisonnements. Ça pourrait marcher.

- Hm, confirma Katsuki en se penchant pour lire les ingrédients. Des yeux de grenouilles ? Tu as ça ?

- Non, mais j'ai tout le reste, répondit Rikido en examinant de près la liste des ingrédients.

- Je crois que j'ai vu un truc là, reprit Katsuki en tournant précautionneusement les pages du livre posé devant lui. Ah ouais, c'est là ! Regarde, on peut remplacer les yeux de grenouilles par des graines de sésame séchées. J'en ai dans ma piaule.

- Parfait alors, on a tout, s'exclama Rikido ravi. Et on peut essayer trois potions !

- Je vais chercher les graines et je reviens.

Tout en parlant, Katsuki se leva et quitta la chambre. Il y revint quelques minutes plus tard, le petit sachet de graines dans les mains. Il devrait en racheter pour faire sa sauce pimentée, mais cela n'était pas important à l'heure actuelle. En son absence, Rikido avait sorti tout le nécessaire pour fabriquer les trois potions trouvées : une antidote contre les empoisonnements, une autre pour purifier le corps des mauvais sorts et la dernière pour rétablir l'harmonie entre une âme et un corps.

Cette dernière, ils en avaient longuement discuté, Rikido craignant que cela ne rende définitive la transformation de Katsuki. Mais ce dernier avait décrété qu'il fallait essayer et Rikido avait cédé.

- Tu veux que je t'aide ? demanda Katsuki en voyant son camarade commencer à s'activer devant sa plaque de cuisson.

- Non, assura Rikido. Ma grand-mère m'a toujours dit qu'il ne fallait surtout pas contaminer une potion et donc que c'était mieux que ce soit une tierce personne qui la prépare. Assieds toi et prends un morceau de gâteau. Il sort du four.

- Ok, merci, souffla Katsuki en s'asseyant au sol et prenant une part du gâteau au chocolat encore tiède.

Il soupira de bien-être en mordant dans la pâtisserie. Même s'il n'était pas un grand fan des trucs sucrés, il admettait que les gâteaux de Sato étaient vraiment très bons.

- T'es vraiment doué en pâtisserie, dit-il.

- Merci, sourit Rikido. Avec mon alter, c'est presque naturel que j'aime en faire.

- Hmm... T'as appris tout seul ?

- Un peu, mais ma mère m'a appris les bases. Elle a le même alter que moi, alors forcément... Et toi ? Qui t'as appris à cuisiner ?

- Ma vieille.

- Ton risotto aux champignons, celui que tu as fait le mois dernier, il était super bon. Comment tu as fait pour obtenir cette texture ?

- J'ai fait tremper le riz dans un bouillon froid la veille. Ça rend le riz plus fondant et parfumé.

- Oh ! J'y avais jamais pensé !

Tout en préparant la première potion, Rikido discuta avec Katsuki, tous deux échangeant des astuces de cuisine et même des recettes. Ce n'était pas grand chose, mais c'était la première fois qu'ils avaient une vraie conversation, sur un sujet les intéressant tous les deux. Rikido appréciait le calme, étonnant, de Katsuki et ses conseils. Katsuki se surprenait à écouter d'une oreille attentive ce que lui disait son camarade.

- Voilà, la première est prête, annonça Sato en déposant une tasse fumante devant Katsuki.

- Ok, soupira Katsuki. Allez go !

Et sans attendre plus, il prit la tasse, la porta à ses lèvres et vida d'une traite le contenu dans son estomac. Il grimaça au goût amer et acre, mâchonnant sa langue pour se débarrasser de l'impression râpeuse du liquide.

- Comment tu te sens ? s'enquit Rikido.

- C'est dégueulasse, avoua Katsuki. Mais à part ça... je sens aucune différence.

Soucieux, Rikido se pencha un peu plus sur la recette s'assurant qu'il l'avait bien suivi à la lettre.

- C'est censé faire effet au bout de combien de temps ? demanda Katsuki en avalant un grand verre d'eau fraîche, espérant se débarrasser de l'arrière goût infâme.

- Dans la demi-heure normalement.

- Ben, on va attendre alors, soupira la blonde.

Décidant de mettre à profit cette attente, Rikido attaqua la préparation de la seconde potion, surveillant du coin de l'œil son camarade pour s'assurer qu'il allait bien. La discussion entre eux dériva sur la sorcellerie, Rikido partageant avec plaisirs les histoires que sa grand-mère lui racontait plus jeune. Il fut sincèrement, mais agréablement, surpris de trouver en Katsuki un auditeur attentif et réellement intéressé.

- C'est pas totalement déconnant quand on y pense, dit ce dernier. Les alters sont un peu comme des pouvoirs magiques. Donc, ouais, c'est pas con d'imaginer qu'on ait tous des ancêtres sorciers.

- C'est aussi ce que je pense, sourit Rikido en tendant à son invité une tasse contenant la seconde potion.

- Mais c'est quand même vachement pratique de plus avoir à agiter une baguette en marmonnant des mots en latins, hein ? ricana Katsuki en avalant la boisson.

Il haussa les sourcils surpris.

- Y'avait quoi dans celle-là déjà ? s'enquit-il. C'est bien meilleur. On dirait un thé aux agrumes. Un peu corsé, mais ça passe.

- Des écorces d'oranges et des feuilles de laurier, répondit Rikido. Mais je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée de l'avoir avalée aussi vite après la première.

- L'autre a pas fait effet, grogna Katsuki. Je vois pas trop ce que ça changera. Allez, on passe à la dernière.

Intérieurement convaincu que boire autant de mélange bizarre à la suite n'était pas une bonne idée, Rikido n'osa cependant pas contredire le blond explosif et se lança dans la troisième et dernière préparation. Il relança rapidement la conversation, celle-ci dérivant tout naturellement sur les alters et leurs fonctionnements. Rikido écouta attentivement quand Katsuki lui suggéra quelques idées pour renforcer le sien.

Il n'aurait jamais cru pouvoir discuter aussi simplement de choses et d'autres avec ce dernier. Ni que ce dernier connaisse aussi bien le fonctionnement du Sugar Dope. Rikido se retint de faire remarquer à la blonde qu'elle ressemblait un peu à Deku quand elle s'y mettait. Il était certain que la comparaison ne serait pas appréciée. Pourtant ces deux-là partageaient le même sens de l'observation et le même esprit analytique, qu'ils exploitaient de manière bien différente.

De son côté Katsuki commençait à ne pas sentir très bien, même s'il le cachait avec soin. Il appréciait discuter avec Rikido découvrant un garçon intelligent, ouvert d'esprit et cultivé. Il s'était surpris à écouter avec attention les anecdotes sur la grand-mère du pâtissier amateur et même à raconter des histoires sur ses propres grands-parents. Oui, discuter avec Rikido était plaisant, et ce n'était pas son bide se tortillant désagréablement qui l'empêcherait de profiter de l'instant.

- Tu es sûr que ça va ? s'inquiéta Rikido en posant la dernière potion sur la table. Tu es un peu pâle.

- T'inquiète, râla Katsuki. Je suis juste claqué ! Je dors mal depuis le début de ce bordel.

- Attends !

Mais Katsuki fut plus rapide que Rikido, avalant la potion d'une traite avant que son camarade n'ait pu l'en empêcher.

L'effet fut immédiat : Katsuki eut un haut le cœur. Voyant son invitée passer d'une légère pâleur à un teint verdâtre en deux secondes, Rikido eut le réflexe de lui tendre sous le nez un saladier vide. A peine le récipient sous le nez, Katsuki dégobilla violemment le contenu de son estomac.

- Oh mon Dieu, s'affola Rikido. Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée de tout avaler d'un coup.

Tout en s'inquiétant pour son camarade qui vidait ses tripes en continu, Rikido se précipita dans sa petite salle d'eau en ressortant avec un gant de toilette humide qu'il déposa sur le front du malade.

- Bordel, pesta Katsuki entre deux nausées. C'est encore plus dégueulasse à gerber qu'à avaler.

Une nouvelle régurgitation lui coupa la parole. Très inquiet, Katsuki était quand même en train de remplir un second saladier, Rikido se décida à aller chercher de l'aide.

- Ne bouge pas de là, je reviens, dit-il à Katsuki.

Incapable de répondre, Katsuki ne put que regarder son camarade quitter la pièce en courant. Ce dernier dévala les escaliers et alla frapper à la chambre d'Eijiro, sachant que ce dernier avait toujours une trousse à pharmacie bien fournie.

- Rikido ? s'étonna Eijiro en ouvrant la porte. Qu'est-ce...

- Prends ta trousse à pharmacie et suis moi !

Eijiro ne posa pas de question et suivit son camarade, sa trousse de secours sous le bras. Ce n'était pas la première fois qu'il dépannait ses amis en médicaments divers et variés, contre les maux de têtes, les douleurs bénignes ou les maux de ventre. Mais l'affolement visible de Sato l'inquiétait. En entrant dans la chambre de Rikido, il comprit mieux la réaction de son camarade. .

- Kats ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?! s'exclama-t-il en voyant son ami vomir ses tripes.

Rapidement, Rikido expliqua la situation, Eijiro fouillant déjà dans sa trousse pour trouver quelque chose contre les nausées. Katsuki en était à son troisième saladier, Rikido ayant vidé les deux premiers, et ne semblait pas vouloir s'arrêter.

- Il va jamais pouvoir avaler un cachet, fit remarquer Rikido en voyant le comprimé blanc qu'Eijiro tenait dans sa main.

- Va chercher Recovery Girl, décida Eijiro. Je reste avec lui.

Katsuki aurait bien protesté qu'il n'avait pas besoin de la vieille baveuse. Mais non seulement, il ne pouvait pas s'arrêter de gerber assez longtemps pour le faire, mais en plus lui-même admettait que vomir autant était inquiétant. Si au moins ça pouvait le transformer en mec, mais il sentait toujours ses seins engoncés dans son soutien-gorge et rien ne semblait vouloir changer.

Durant de longues minutes, Eijiro resta assis près de son ami, se contentant de lui tenir un gant frais sur le front et d'échanger les saladiers pour éviter que le sol de la chambre de Sato ne soit redécoré. Il était vraiment très inquiet et ne cessait de guetter le retour de son camarade. Il soupira de soulagement en voyant la porte s'ouvrir sur Rikido portant Recovery Girl, suivi de près par Aizawa-sensei.

- Dans quel état tu t'es mis, sermonna la vieille héroïne en s'approchant du malade. Kirishima soulève sa manche, je vais lui faire une injection.

S'exécutant, Eijiro tint le bras de Katsuki pendant que l'infirmière lui injectait un anti-émétique directement dans les veines. L'effet fut rapide et Katsuki souffla lourdement quand, enfin, il put rester plus de dix secondes sans recracher de la bile, son estomac étant vide depuis longtemps.

- Bien, tu vas venir passer la nuit à l'infirmerie, décréta Recovery Girl.

Voyant son patient prêt à protester elle durcit le ton :

- Vu la quantité que tu as vomi, tu es forcément déshydraté. Et il n'est pas impossible que ça recommence ou que tu aies d'autres symptômes qui apparaissent. Donc je te garde sous surveillance et je vais te perfuser ! Ce n'est pas négociable ! Ça t'apprendra à avaler n'importe quoi !

Se tournant vers Rikido elle lui demanda de lui dresser une liste précise de tout ce que Katsuki avait ingurgité.

- On n'a pas idée de faire des expériences pareilles, tempêta le petit bout de femme en lisant la feuille donnée par Sato.

- Ma faute, souffla Katsuki. C'est moi qui ai insisté. Il m'a dit de faire gaffe, j'l'ai pas écouté.

- Merde, Kats, sourit Eijiro. T'es à l'agonie pour prendre la défense de quelqu'un !

Son sourire s'agrandit en voyant le regard noir que lui lança son meilleur pote. Si ce dernier était en état pour parler et le fusiller des yeux, c'était qu'il allait un peu mieux. Même si son teint verdâtre, son visage transpirant et son souffle court n'étaient pas des signes de bonne santé. Quand Katsuki tenta de se lever pour suivre Recovery Girl, ses jambes flanchèrent et sans les réflexes de ses amis il se serait étalé comme une merde au sol.

Aizawa ordonna à Sato de porter Bakugo, à Kirishima de porter Recovery Girl et le convoi traversa la salle commune, heureusement vide à cette heure, pour rejoindre l'infirmerie. Katsuki se retrouva allongé sur un lit, dans un pyjama d'hôpital, pyjama qu'Aizawa l'avait aidé à enfiler à sa plus grande mortification. Mais il préférait que ce soit son professeur plutôt qu'un de ses potes. Recovery Girl lui planta un cathéter dans le bras tout en le sermonnant sur ses idées stupides.

- Je vais devoir prévenir tes parents, l'informa Aizawa faisant grimacer l'adolescente. Ça fait trois fois que tu mets ta santé en danger. Je t'avais prévenu la fois précédente. Recommence ce genre de bêtise et je t'envoie voir un psy !

Katsuki ne moufta pas, conscient que son professeur était très sérieux. Il aurait bien argumenté qu'il ne s'attendait pas à se rendre malade avec des boissons, aussi douteuses soient-elles. Mais il sentait que son argumentation serait balayé comme un fétu de paille. Aussi garda-il le silence, appréhendant cependant le savon qu'il se prendrait de la part de ses parents.

Recovery Girl chassa Sato et Kirishima de son infirmerie, leur assurant qu'ils n'avaient pas à s'inquiéter et que leur ami était entre de bonnes mains. Elle préleva un peu de sang à sa jeune patiente, craignant qu'il y ait plus qu'une simple intoxication alimentaire. Épuisé par ses vomissements intempestifs, Katsuki s'assoupit rapidement, ne voyant pas Aizawa s'installer sur un fauteuil près de son lit, bien décidé à le veiller toute la nuit.

Eijiro et Rikido rejoignirent le dortoir, soucieux. Eijiro aida son camarade à nettoyer ce qui avait été utilisé durant cette fin de journée mouvementée, Rikido aérant sa chambre pour chasser l'odeur désagréable qui y flottait. Et dire que tout allait si bien jusque là. Rikido espérait vraiment que Katsuki ne lui en voudrait pas trop pour ça.

- Tu l'as entendu, le rassura Eijiro. Il a dit que c'était pas ta faute. C'est sûr qu'il t'en veut pas.

Tous deux rejoignirent la salle commune où le repas s'apprêtait à être servi.

- Il est pas là Katsuki ? demanda Denki.

- Il est à l'infirmerie, répondit Eijiro. Il...

- QUOI ?! S'exclama Izuku affolé. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il s'est blessé ? C'est grave ? Il...

- Izuku calme toi, intervint Shoto en posant ses deux mains sur les épaules de son ami. Laisse Eijiro répondre.

Avec un sourire d'excuse, Eijiro expliqua ce qu'il s'était passé, Rikido apportant des précisions supplémentaires. Leurs camarades les regardèrent effarés.

- Mais... Je pige pas... C'est pas si catastrophique que ça qu'il soit une fille, si ? intervint Mineta.

- Pour lui si, confirma Shoto. Il le vit mal, c'est évident.

- Et le fait que tu cherches en permanence à l'espionner n'aide sûrement pas, ajouta Tenya.

- Pourquoi tu l'as laissé faire ? s'enquit Izuku d'un ton accusateur envers Rikido.

- Il ne m'a pas vraiment laissé le choix, souffla Rikido. Et tout allait bien au début. On a discuté et tout, c'était sympa. Et il allait bien. Vraiment... C'est après la troisième que ça c'est gâté.

- N'empêche que, commença Izuku avant d'être interrompu par Eijiro.

- Non Izuku, tu ne peux pas reprocher à Rikido ce que tu n'as, toi même, pas été capable de faire ! Tu sais que Kats est têtu. Une chance que Rikido était avec lui à ce moment-là. Parce qu'il n'était pas même capable de prévenir qui que ce soit tout seul.

Izuku baissa les yeux, vaincu et honteux. Eijiro avait raison, il était mal placé pour accuser Rikido alors qu'il n'avait rien fait pour empêcher Katsuki de tenter de se noyer dans une piscine.

- Écoute, soupira Eijiro en posant une main compatissante sur l'épaule d'Izuku. Je comprends que tu t'inquiètes. Mais ça va aller. Il est entre de bonnes mains. Je te parie que demain matin, il arrivera en classe frais comme un gardon.

- Si on avait la liste des trucs qu'on a proposé et qu'il risque donc de tenter, on pourrait peut-être anticiper certaines situations problématiques, fit remarquer Momo.

- Ça c'est une super idée ! confirma Eijiro avec un grand sourire.

Izuku fut désigné pour aller dans la chambre de Katsuki récupérer le carnet, étant le seul à savoir à quoi il ressemblait. La liste fut soigneusement recopiée par Tenya avant qu'Izuku n'aille redéposer le carnet là où il l'avait trouvé. Toute la classe se pencha sur le listing des suggestions plus ou moins étranges, notant toutes celles pouvant tourner à la catastrophe et discutant de la marche à suivre pour éviter ça.

A l'infirmerie, la nuit de Katsuki fut ponctuée de réveils fortement désagréables, les vomissements le reprenant et ses intestins décidant de se mêler à la partie, lui provoquant des épisodes de diarrhées. Au matin, Aizawa lui ordonna de rester au lit pour récupérer, lui interdisant de mettre un orteil en cours de la journée. Lui-même retrouva sa classe qui l'assaillit immédiatement pour avoir des nouvelles du blond explosif et il les rassura : Katsuki allait mieux, mais il avait besoin de repos.

Recovery Girl ne laissa sa jeune patiente quitter l'infirmerie qu'en fin de journée, une fois sûre et certaine que les symptômes avaient bel et bien disparu. Katsuki profita que ses camarades soient encore en cours pour prendre une douche plus que nécessaire et un bon bain chaud. Il se prit aussi la soufflante du siècle par ses parents qui le menacèrent de le faire interner s'il recommençait ce genre de conneries, ayant eu le listing complet par Aizawa.

De retour dans sa chambre, il soupira lourdement en se laissant tomber sur son lit. Non seulement il s'était rendu malade avec cette idée, mais en plus pour rien, son corps étant encore féminin. Saisissant le carnet soigneusement rangé dans sa table de nuit, il survola rapidement les autres propositions de ses camarades, cherchant celle qui serait la moins risquée pour lui.

Pas une seule seconde, il envisagea d'abandonner son entreprise. Il devait retrouver son corps habituel. Il ne supportait pas celui-là, n'osant même plus se regarder dans un miroir tant son corps lui faisait horreur. Il tenterait tout, même les trucs les plus improbables, pour redevenir l'adolescent qu'il était. En rangeant le carnet, ayant déjà décidé ce que serait sa prochaine tentative, il remarqua un petit papier jaune au fond du tiroir. Les quelques mots notés, dans une écriture qu'il reconnut immédiatement, le touchèrent plus qu'il ne voulut bien l'admettre.

" Prend soin de toi, s'il te plaît, Kacchan".

~oOo~

- C'est ton idée je te signale, grogna Katsuki en dardant un regard noir sur son meilleur ami.

- Je sais, se défendit Eijiro. Mais c'était y'a longtemps, laisse moi le temps de chercher !

Katsuki claqua sa langue contre son palais, agacé. C'était bien le genre d'Eijiro de proposer un truc qu'il avait vaguement lu quelque part et de même plus se souvenir d'où il avait lu ça.

- Ah ça y est ! J'ai trouvé ! Regarde ! s'exclama Eijiro en pointant fièrement son écran de PC du doigt. Rituel magique pour renouer avec soi-même ! Tu vois, c'est écrit là !

- Ben, vas-y, balance ! Faut faire quoi ?

Eijiro se retourna vers son ordinateur et commença à lire :

- Dessiner un cercle d'environ un mètre de diamètre avec du sable. Ça commence bien, on a pas de sable.

- Si ! Dans ton sac de frappe.

- Tu vas pas éventrer mon sac ! protesta immédiatement Eijiro.

- On va pas l'éventrer, abruti ! On va juste faire un petit trou en haut pour prendre un peu de sable. Doit pas y en avoir besoin de beaucoup. Quand on aura fini on remettra le sable dedans et je te renfermerai le trou. Au pire, je t'en rachèterai un.

Le sac de frappe fut décroché, une des coutures du haut fut soigneusement découpée et un peu de sable fut prélevé, le tout sous l'œil vigilant de son propriétaire.

- Voilà, on a notre cercle de sable, annonça Katsuki. Après ?

- Alors après, il faut que tu te places au milieu, avec une bougie dans les mains.

- T'as des bougies ?

- Non. Mais j'ai de l'encens, ça fera pareil.

Katsuki entra dans le cercle dessiné au sol, prenant bien soin de ne pas déplacer le sable, un bâton d'encens allumé dans les mains.

- Ça pue ton truc, grogna-t-il. C'est quoi cette odeur ?

- De l'ambre, répondit Eijiro concentré sur la suite du rituel. Bon, maintenant, il faut que tu tournes trois fois sur toi-même dans le sens des aiguilles d'une montre, puis que tu claques tes talons l'un contre l'autre en prononçant : Super-califragi-listi-cex-pia-li-do-ci-ous.

- Hein ? Répète ça ?

- Super... Cali... fragi...listi... cex... pia... lio... do... ci... ous, répéta laborieusement Eijiro. La vache c'est super dur à dire.

- Supercalifragilisticexpialidiocious.

Eijiro fixa Katsuki, choqué de la facilité avec laquelle il avait prononcé ce mot barbare. Devant la tête effarée de son pote, Katsuki éclata moqueusement de rire.

- Ça va hein ! pesta Eijiro. Monsieur le surdoué !

- Ça n'a rien à voir, ricana Katsuki. C'est la formule magique dans Mary Poppins. Je l'ai tellement répété gamin que c'est facile maintenant.

- Attend, c'était ça le mot imprononçable ? Ben merde alors... Tu m'étonnes que personne n'arrive à le prononcer. T'as vu comment ça s'écrit ?

- Supercalifragilisticexpialidicious ! le nargua Katsuki.

- Arrête de te la jouer et fais le truc là ! bouda Eijiro.

- Y'a que ça à faire ? demanda Katsuki.

- Attends, je vérifie. Ah non ! Après avoir prononcé la formule magique, faut que tu tapes cinq fois dans tes mains et que tu souffles la bougie.

- Éteindre l'encens quoi, soupira Katsuki. Allez, c'est parti.

Suivant les instructions du site, douteux de son humble avis, Katsuki tourna trois fois sur lui-même dans le sens des aiguilles d'une montre, claqua ses talons l'un contre l'autre en prononçant le mot magique, frappa cinq fois dans ses mains et éteignit le bâtonnet d'encens avec ses doigts. Puis, il attendit. De longues secondes s'écoulèrent dans un silence religieux. Une minute passa, puis deux, puis...

- Ça marche pas, remarqua Eijiro.

- Parce que tu as vraiment cru qu'un truc pareil fonctionnerait ? se moqua Katsuki. Ta formule magique est tirée d'un film pour gamins !

- T'as essayé quand même, fit remarquer Eijiro avec une moue boudeuse.

- Ouais, confirma Katsuki en sortant du cercle de sable. Faut croire qu'on est aussi con l'un que l'autre.

Les deux adolescents ramassèrent soigneusement le sable étalé au sol avant de le remettre dans le sac de frappe. Armé d'une aiguille et d'un solide fil, Katsuki répara la petite entaille faite dans la couture du sac, s'assurant que ça tiendrait.

- N'empêche, souffla Eijiro en observant la blonde concentrée sur son œuvre. J'ai hâte que tu redeviennes un mec. C'est trop bizarre de te voir en gonzesse.

- De quoi tu te plains, grogna Katsuki. C'est moi qui doit me le coltiner, ce corps, et toutes les emmerdes qui vont avec.

- Non mais j'ose même pas te toucher de peur que tu prennes ça comme une agression, expliqua Eijiro. Avant, ça me posait pas de problème mais là...

- Je vois pas en quoi c'est différent d'avant, protesta Katsuki. Je voyais déjà ta sale manie d'envahir mon espace personnel comme une agression.

- Méchant ! rit Eijiro faussement vexé.

- Sérieusement, soupira la blonde. C'est juste mon corps qu'à changé, pas moi. Je vais pas hurler au viol parce que tu poses ton bras sur mes épaules hein ! Je l'aurai fait y'a longtemps sinon !

Eijiro soupira lourdement avant de tenter de mettre des mots sur son malaise.

- Je sais ça. C'est juste moi qui te perçois plus tout à fait de la même façon. Je sais que c'est con, tu restes le même ours mal léché chieur qu'avant. Mais le fait que tu sois une fille, ben... Ça change des trucs.

En voyant les yeux écarlates de la blonde se plisser avec suspicion, il s'empressa de préciser :

- Va pas te faire des idées ! Je ne fantasme pas sur toi ! C'est juste que je suis moins à l'aise pour te parler de certains trucs ou pour t'affronter à fond à l'entraînement.

Croisant les bras sur sa poitrine, Katsuki darda un regard meurtrier sur son soi-disant meilleur ami.

- Donc, tu es en train de me dire qu'à l'entraînement tu as peur d'y aller à fond avec moi parce que je suis une gonzesse ? C'est ça ?

- C'est pas juste toi ! se défendit Eijiro. C'est avec toutes les filles.

- Toutes ?

- Oui ! Un homme ne devrait jamais lever la main sur une femme, du coup, c'est compliqué de les affronter. J'ai toujours peur de leur faire mal, ou de frapper à un endroit... délicat. Et je suis pas le seul à penser ça.

- Ah ouais ? Et qui d'autres ?

- Ben concrètement, à part toi et Izuku, je crois que tous les mecs de la classe pensent pareil. Ah ! Y'a Minoru ! Mais lui, au contraire, il va essayer de les frapper aux endroits délicats pour en profiter.

Katsuki se sentit bouillir de rage et il dut faire appel à tout son self-control pour ne pas exploser la tronche de l'abruti assis en face de lui.

- C'est complètement con ! décréta-t-il d'un ton dur.

- On est des gentlemans, se défendit Eijiro.

- C'est complétement con, sexiste et dangereux ! tonna Katsuki.

Devant l'air éberlué d'Eijiro, il enchaîna sans attendre, son ton dur transmettant parfaitement son ressenti à ce sujet.

- En agissant ainsi non seulement vous les dénigrez, mais en plus ne leur rendez pas service. Les vilains n'auront aucun scrupule à y aller à fond, même face à des gonzesses. En voulant les "préserver", vous ne leur permettez pas d'apprendre à faire face à ce genre de situation. Sur le terrain, ça peut leur être préjudiciable. En plus, toutes les filles de la classe sont hyper badass ! Y'a aucune putain de raison de les ménager ! Et si vous devez affronter une vilaine, vous agirez pareil ? Face à l'autre blonde de l'alliance ? Vous la laisserez vous égorger sans rien faire ? C'est ça que tu es en train de me dire ? Et tu penses que les héroïnes comme Midnight, Mount Lady, Mirko ou Ryukyu valent moins qu'Endevor, Best Jeanist ou n'importe quel héros masculin ? Sérieusement ?

Au fur et à mesure du discours enragé de Katsuki, Eijiro se sentit comme le dernier des imbéciles. Bien sûr que Katsuki avait raison. Mais Eijiro avait été élevé dans l'idée qu'un homme devait protéger les femmes, les soutenir, les choyer. Alors oui, se battre contre ses camarades féminines lui posait problème. Et pour en avoir un peu parlé avec les autres, il savait qu'il était loin d'être le seul dans ce cas.

Il reconnaissait les capacités des filles de la classe. Oui, elles étaient fortes, intelligentes et largement capables de se défendre toutes seules. Mais c'était plus fort que lui. Il n'arrivait pas à y aller à fond face à elle. Et il admirait totalement Katsuki qui n'avait pas ce genre de scrupule. Son combat contre Ochaco durant le tournoi en était la preuve. Katsuki n'avait pas pris la jeune femme à la légère, la traitant comme n'importe quel autre adversaire. Mais les réactions du public durant ce duel confirmaient qu'Eijiro était loin d'être le seul à penser ainsi, n'en déplaise à Katsuki.

- Et, bordel, je vous éclate tous sans le moindre problème, que je sois une putain de gonzesse ou un mec, conclut Katsuki d'un ton vindicatif. Et je vous botterai encore plus le cul si vous y allez pas à fond.

Eijiro hocha la tête, signifiant ainsi qu'il avait compris, cherchant comment changer de sujet. S'il pouvait éviter de se faire gueuler dessus pendant trop longtemps, il était preneur.

- S'il y en a bien un dans la classe pour qui ta transformation ne change rien, c'est Izuku ! s'exclama-t-il tout fier d'avoir trouvé un nouveau sujet.

Vu la tête que tirait Katsuki, son détournement de la conversation était tout sauf subtil. Mais Eijiro tenait là l'occasion de, peut-être, faire parler le blond, il n'allait pas la lâcher.

- Il s'inquiète pour toi, tu sais, reprit-il. Quand il a su que tu étais à l'infirmerie l'autre jour, il en était malade.

- Tsss, ce sale nerd s'inquiète toujours trop pour tout le monde, bougonna Katsuki. Il m'énerve à me prendre pour un faible, putain !

- Il te prend pas pour un faible, protesta Eijiro. Il est le premier à dire que tu es fort. Et comment tu peux pas remarquer comment il te regarde ?

- Ah ? Et il me regarde comment ? grogna Katsuki avec une moue blasée.

Mais Eijiro ne fut pas dupe. Il vit la lueur de curiosité dans les yeux écarlates de son ami. Avec un discret sourire, il répondit d'un ton amusé :

- Comme si t'étais la huitième merveille du monde.

- N'importe quoi ! s'écria Katsuki incrédule. Il peut pas...

- Écoute, l'interrompit Eijiro. Je sais pas ce qu'il s'est passé exactement entre vous par le passé. Et je m'en fous. Je m'en fous parce que, visiblement, pour Izuku ça n'a pas d'importance non plus. Il te regarde comme si tu étais la huitième merveille du monde ! Et oui, il cherche toujours à te protéger. Mais c'est pas parce qu'il te pense faible ou pas capable de t'en sortir tout seul.

Katsuki fronça les sourcils, perturbé par les propos de son pote. Deku n'avait aucune putain de raison de l'admirer, ni de vouloir le protéger en permanence ou de s'inquiéter pour sa gueule. Au contraire, il devrait être content de le voir dans la merde. Mais Deku n'était pas comme ça. Il était définitivement trop gentil, trop altruiste. Et ça gonflait sérieusement Katsuki, même s'il admettait en son for intérieur apprécier ces qualités chez son ami d'enfance.

- On a tous des peurs, plus ou moins conscientes, reprit Eijiro. Moi, par exemple, j'ai une frousse bleue des araignées. Je te jure que si un jour j'en vois une, tu m'entendras hurler à l'aide à travers tout le lycée.

Katsuki ne put retenir un rictus amusé en imaginant un Eijiro en panique totale face à une toute petite araignée.

- Te moque pas ! rala Eijiro. Je suis sûr que tu as une phobie toi aussi.

- Les cimetières, avoua Katsuki, estimant qu'après l'aveu de son ami il pouvait bien lui rendre la pareille. J'y ai passé la nuit l'autre fois et j'ai flippé comme un malade.

Après quelques secondes d'hésitations, Eijiro décida de mettre cartes sur table.

- Je sais. Quand vous êtes revenus l'autre jour, complètement trempés, Izuku avait pas l'air bien. Alors avec Shoto, on est allé lui parler et il nous a raconté. C'est quoi qui t'a fait flipper comme ça ?

Katsuki grogna et marmonna contre les sales nerds pas foutu de fermer leurs grandes gueules et contre les double-face et les têtes d'orties trop curieux.

Patiemment, Eijiro attendit que la blonde ait fini de bougonner dans sa barbe inexistante. Après plusieurs secondes de ronchonnements, Katsuki finit par avouer à mi-voix :

- Deku.

- Hein ?

- C'est Deku qui m'a fait flipper. Enfin pas lui directement. Son ombre...

- Oh ! souffla Eijiro. Lui dit pas, il va s'en vouloir à mort.

- J'en avais pas l'intention, hein ! Je suis pas complètement con, non plus !

Eijiro secoua la tête en souriant. Même si Katsuki était une fille, son caractère restait le même et ses râlages intempestifs l'avaient toujours amusé.

- Bref, tout ça pour dire que si moi j'ai peur des araignées, toi des cimetières, je crois que la plus grande peur d'Izuku c'est que tu disparaisses.

Devant le regard surpris de Katsuki, il reprit :

- Tu l'as pas vu après ton enlèvement. On l'a déjà tous vu pleurer. De joie ou de déception. Mais là, c'était différent. Il m'a fait penser à ma mère quand mon grand-père est mort. Et il n'arrêtait pas de dire aussi que c'était sa faute, que s'il avait su préserver ses bras, s'il avait été plus fort, il aurait pu te sauver. C'est là que j'ai compris à quel point tu es important pour lui. Et c'est normal de vouloir protéger les gens auxquels on tient, normal de s'inquiéter pour eux. C'est pas pour autant qu'on les pense faibles.

Katsuki digéra en silence tout ce que venait de lui dire Eijiro. Ce dernier n'avait pas totalement tort. Lui, le premier, cherchait à protéger ses proches et s'inquiétait pour eux. Et Deku faisait incontestablement partie de ceux-là. Mais que l'inverse soit vrai ? Après tout ce qu'il lui avait fait ? Vraiment ? Pourtant... Il en avait eu la preuve. Plus d'une fois...

- Le gluant, souffla-t-il sans vraiment s'en rendre compte.

- Qui ?

- Tu as entendu causer de ce collégien attaqué par un gluant, y'a quelques mois ?

- Oh oui ! Les héros ne pouvaient rien faire et c'est un de ses camarades de classe qui a volé à son secours. Puis, All Might est arrivé.

- Le collégien, c'était moi. Et Deku s'est précipité pour me sauver.

- Oh ! souffla Eijiro, choqué. Vous deux ? Ben merde alors... Mais tu vois, ça confirme ce que je veux te dire. Izuku cherchera toujours à te protéger, même si tu te comportes comme le pire des salauds ou même s'il ne peut rien faire. Il essayera quand même. Parce qu'il tient à toi.

Katsuki ne répondit rien, se plongeant dans ses réflexions. Eijiro avait raison, il devait bien l'admettre. Lui aussi tenait à Deku. Ce nerd avait toujours été dans sa vie, d'une manière ou d'une autre. Et s'il l'avait longtemps considéré comme faible, ça n'était plus le cas. Pourtant, il voulait protéger Izuku. Imaginer que son ami d'enfance puisse disparaître ? Impossible. Jamais il ne laisserait une telle chose arriver. Lui vivant, Deku ne mourrait pas ! Il le lui interdisait. Point !

Finalement, n'était-ce pas ridicule de continuer à l'ignorer juste parce que son foutu égo avait été froissé par l'épisode du cimetière ? Si, totalement. Mais Katsuki ne le reconnaîtrait jamais à voix haute, fallait pas pousser non plus. Et puis, Deku lui manquait. Pas juste parce que sa coiffure ne ressemblait à rien depuis qu'il s'en chargeait seul. Mais aussi pour tous ces moments qu'ils avaient partagés depuis le début de toute cette merde.

Sans un mot, Katsuki se releva du sol où il était assis et se dirigea vers la porte de la chambre d'Eijiro. Il ne savait pas trop encore comment il renouerait avec Deku, mais il était sûr de trouver une idée d'ici le lendemain. Juste avant de quitter la pièce, il se tourna vers Eijiro et il lui lança avec un sourire de psychopathe :

- Va pas croire que j'ai oublié ce que t'as dit sur les filles de la classe. Prépare toi à morfler, abruti de tête d'ortie !

Eijiro déglutit difficilement, soudain très inquiet de la suite des événements.

Son inquiétude grandit quand il vit, le lendemain matin, Katsuki discuter à voix basse avec Aizawa-sensei. Pourquoi il avait le sentiment que la vengeance de la blonde serait terrible ? Son pressentiment grandit quand il arriva sur le terrain d'entraînement quelques heures plus tard. Bien qu'on soit dimanche, la seconde A avait entraînement héroïque pour compenser l'arrêt de l'apprentissage. Regroupées dans un coin du terrain gamma, toutes les filles de la classe entouraient Katsuki qui semblait leur parler, un même sourire mauvais éclairant leurs visages.

- Bien, dit Aizawa-sensei de son ton plat habituel. L'entraînement d'aujourd'hui va être particulier. Ce sera des duels. Vous vous affronterez comme au tournoi. Le premier à sortir du terrain ou n'étant plus en capacité de se battre aura perdu.

Un sourire machiavélique éclaira brusquement le visage endormi de leur professeur, collant des sueurs froides à presque tous les élèves. Eijiro nota que les filles semblaient, elles, absolument ravies.

- J'ai entendu dire que certains d'entre vous n'osez pas se donner à fond face à leurs camarades féminines. On va régler ça. Les duels seront : filles contre garçons.

- Aizawa-sensei, intervint Izuku. C'est injuste pour les filles. Elles sont moins nombreuses, donc elles devront faire plus d'un duel. Et elles seront fatiguées pour affronter un adversaire qui lui n'aura encore rien fait et donc sera en pleine forme.

- C'est exact, confirma Aizawa. Mais elles sont d'accord avec ce handicap.

- On va vous laminer ! assura Mina, sûre d'elle.

- Bakugo, repris Aizawa, tu as le choix. Tu combats pour les filles ou les garçons ?

- Je me range du côté des gagnants, décréta Katsuki avec un grand sourire sadique. Donc avec les filles !

Son sourire s'agrandit quand il vit la tête de ses camarades masculins, ceux-ci espérant visiblement qu'il se rangerait de leurs côtés. Mais cette fois, il n'en était pas question. Il allait leur montrer à cette bande d'imbéciles ! C'était lui qui avait suggéré cet entraînement à Aizawa, lui expliquant ses raisons. Son professeur avait accepté et les filles avaient suivi avec enthousiasme, vexées d'apprendre que leurs camarades les ménageaient.

A la fin du dernier duel, Aizawa avait un sourire dément sur le visage, très fier de ses étudiantes.

- Bien, le score est sans appel, dit-il. 12 à 1 pour les filles. Midoriya, bravo, tu as bien combattu. Tu es le seul à avoir remporté ton combat. Les autres... Ne sous-estimez jamais vos adversaires, quel que soit son genre ou son âge. C'est bien de vouloir être des gentlemans, mais en combat, ça vous handicapera plus qu'autres choses. Que cette raclée vous serve de leçon. Les filles... Vous avez assuré !

Sur ces mots Aizawa leva ses deux pouces vers le haut, signe de toute la fierté qu'il avait pour ses étudiantes.

- Yeah ! s'exclamèrent les demoiselles en chœur, ravies d'avoir démontré à leurs camarades masculins qu'ils avaient tort de les ménager.

Très fier de lui, Katsuki regarda ses potes bouder pendant qu'ils se faisaient charrier par Mina et Kyoka. Ses amies avaient combattu comme des lionnes, rétamant les uns après les autres leurs adversaires. La seule à avoir perdu c'était Tsuyu, face à Deku. Mais Deku avait été le seul à ne faire aucun cadeau à son opposante. Pour une fois que sa transformation lui servait à quelque chose, il était très content d'avoir pu rappeler à ses potes que les femmes étaient des héros comme les autres et qu'il ne fallait pas faire de différence.

- Oï Deku ! appela-t-il en s'approchant de son ami d'enfance.

- Oui Kacchan ?

- Tu fais un truc après ?

- Non, pourquoi ?

Katsuki se mordilla la lèvre, sale manie qu'il avait quand il cherchait ses mots. Mais visiblement, il n'avait pas besoin de dire quoi que ce soit, Izuku comprenant tout seul.

- On se retrouve à la sortie des vestiaires ? demanda ce dernier.

- Ouais, confirma Katsuki, juste avant d'entrer dans le petit vestiaire réservé aux professeurs et qu'Aizawa l'autorisait à utiliser, lui simplifiant ainsi la vie.

Il était temps de mettre fin à sa bouderie ridicule et de renouer avec Deku. Et Katsuki avait trouvé l'idée parfaite pour ça dans le carnet planqué dans sa table de nuit.

A suivre...


Commentaire de l'auteure :

Bon y'a eu deux trois scènes qui se sont invitées d'elles-mêmes, la dernière entre autres. Mais merde quoi ! C'est gentil de vouloir nous protéger les mecs, mais grande nouvelle : on est aussi capable de se défendre seule. Même si oui, de temps en temps c'est appréciable d'avoir un homme volant à notre secours. Surtout quand on doit affronter une araignée. C'est des vilaines bestioles perfides et méchantes !


Bureau des plaintes et personnages martyrisés :

- Un plongeon improvisé dans un lac, des vomissements, la chiasse et un rituel ridicule, énumère Katsuki. Tu as décidé de te foutre de ma gueule dans les grandes largeurs quoi !

- Pas du tout ! proteste Lili. Je mets en avant ton opiniâtreté et l'imagination de tes camarades.

Avant que Katsuki puisse répondre, Mina lui saute au cou en hurlant :

- T'es le meilleur Kats ! GIRL POWER !

- Je suis un mec bordel ! rugit Katsuki furieux.

- Pas grave, on t'accepte quand même dans le Girl Power ! assure Mina. Tu es le Garçon Girl Power !

(elle a mis des majuscules, donc c'est vrai ! (ceux qui savent comprendront)).

Pendant que Mina et Katsuki débattent du féminisme du blond, Lili se penche sur la suite de son histoire sous l'œil vigilant d'Yzan.

- Allez ma poupounette, tu peux le faire ! J'ai foi en toi ! N'oublie pas de bien martyriser Kitty-chan hein ! Et vous lecteurs, encouragez la ! Je vous vois hein !


Rendez-vous au chapitre 5 : Mighty ? C'est quoi ce nom ?

- Lui, tu peux le mordre deux fois plus que les autres.

- Une jeune fille doit bien se comporter.

- Qui a cassé Katsuki ?