Chapitre 17 : Mars

Le cœur battant la chamade, la respiration coupée - l'anxiété montait dans les veines de Edward alors qu'il entrait dans la classe d'histoire. C'était le grand jour, la présentation finale, celle qui allait décider de son avenir. Il pensait qu'Bella avait raison, qu'ils avaient fait un bon travail et qu'ils allaient le réussir.

Mais son angoisse était moins causée par cette présentation et, par conséquent, de parler pendant quarante minutes devant une vingtaine de personnes mais plutôt de parler à Bella.

C'était étrange considérant ce qu'il s'était passé la veille.

Et pourtant, c'est l'affronter qui l'angoissait le plus.

Elle s'était montrée distante. Froide. Comme s'il ne s'était rien passé entre eux, comme s'ils n'étaient jamais allés à New York, comme s'il ne lui avait jamais raconté ses secrets.

Lorsqu'il rencontra ses deux prunelles argentées, elle semblait impassible. Beaucoup trop neutre. Pas même un sourire. Pas un « bonjour, ne t'en fais pas, tout va bien se passer ».

Parce qu'après l'avoir embrassé sur la plage (il ne savait même plus si c'était lui ou elle qui avait engagé cet acte), après avoir passé une heure dans les bras l'un de l'autre, elle l'avait ramené chez lui et ne lui avait pas adressé un mot dans la voiture.

Il avait reçu un message ce matin d'Bella lui annonçant que Rosalie allait le chercher aujourd'hui et même Rosalie ne comprenait pas ce comportement. Elle avait essayé d'expliquer, de le rassurer mais la vérité restait floue. Personne ne comprenait cette Bella !

Et même si la présentation se déroulait sans soucis, même s'ils avaient enfin fini et que le stress devrait se dissiper, la glace dans le cœur de Edward ne se retira pas.

Sa poitrine se comprima et sa gorge se noua quand il aperçut Bella discuter avec Félix en souriant, à la cafeteria. Le rejet qu'il ressentait était trop puissant. Il se sentait usé, utilisé. Son premier baiser se terminait en un désastre parce que la fille qu'il aimait ne voulait plus lui parler. Elle avait été dégoutée, il l'avait dégoutée, elle ne voulait plus l'approcher, il avait dû faire quelque chose.

Il ne prit pas de plateau repas. Il se dirigea directement dans les toilettes, fermant la porte derrière lui. Il avait envie de vomir, de se punir pour avoir osé penser qu'il valait quelque chose à ses yeux. Aux yeux de n'importe qui.

Il se forçait à ne pas pleurer. Cela ne servait à rien de toute façon. Il était en colère contre lui-même, en colère d'être tombé amoureux d'une fille qui ne l'aimerait jamais. Comment avait-il pu croire que l'histoire de sa grand-mère se répèterait pour lui ? Comment avait-il pu croire une seule seconde que quelqu'un pourrait l'aimer ? Même sa propre mère ne l'aimait pas !

Sa tête glissa entre ses genoux et ses mains attrapaient ses cheveux bruns, tirant frénétiquement dessus. Il tentait de chasser les pensées envahissantes mais seulement les paroles de Félix lui reveinèrent en tête, les paroles de sa mère, de toutes les personnes qui n'avaient jamais cru en lui et qui l'avaient laissé seul. Félix avait raison, jamais Bella ne l'aimerait mais il ne pouvait pas envisager qu'elle puisse l'aimer lui. Félix était un abruti, Bella pouvait bien le voir ?

Qu'est-ce qu'il avait de plus que lui ?

Félix était plus beau, conclu-t-il. Son esprit ne pouvait trouver d'autres raisons, regardant ses bras, ses jambes, ses côtes sortir de son torse. Il n'avait rien pour attirer les filles. Félix, lui, était musclé, bien plus en chaire. Edward, lui, rejetait tout nourriture qu'il avalait comme punition, il se privait des repas pour ressentir cette douleur au fond de son estomac. Il ne se sentait pas méritant pour être plein. Il voulait ressentir physiquement le vide à l'intérieur de lui.

Ça le rendait faible. Maigre, peu musclé. Son reflet lui faisait peur. Il n'osait se regarder dans les miroirs. Il n'y voyait que ses yeux rouges, ses joues creuses, un corps trop lâche et faible – il voyait ses émotions mise à nue dans son apparence physique. Et ça le rendait malade.

Il ne pouvait s'empêcher de se faire vomir, de se punir encore pour ressentir ce qu'il ressentait, de se punir pour avoir pensé être désirable.

– Ca va Edward ? Tu n'étais pas là ce midi ? demanda gentiment Rosalie une fois les cours terminés.

Elle avait attendu Edward à la sortie du lycée et se dirigeaient vers le parking.

Il hocha simplement les épaules, la tête basse.

– Tu vas bien ? insista-t-elle.

– Je veux juste rentrer, mentit-il.

Il ne voulait pas rentrer. Il ne voulait jamais retourner chez lui, voir sa tête à moitié morte sur le canapé, devoir prêter attention à ses pas, au bruit qu'il pouvait faire. Devoir prendre de la nourriture en cachette pour ne pas mourir de faim.

S'il avait envie de manger, seulement…

Une fois à l'abris dans l'habitacle de la voiture, il se sentait un peu mieux.

– Bella ne m'a pas adressé la parole aujourd'hui.

– Oh, soupira Rosalie en démarrant. Tu veux me dire ce qu'il s'est passé ?

Le menton de Edward trembla, ses yeux se réfugièrent vers la fenêtre, se perdant dans le paysage.

– On s'est embrassé hier.

Un lourd silence s'installa. Il pouvait sentir les battements de son cœur, le poids dans sa poitrine revenir.

– Elle n'est pas douée avec les sentiments.

– Elle me déteste, souffla-t-il, si doucement qu'il ne pensât pas que Rosalie l'ait entendu.

– Non, Edward. Personne ne te déteste.

– Alors comment elle peut me laisser pour Félix ! s'énerva-t-il, laissant à contrecœur une larme glisser le long de sa joue.

Il l'essuya violement avec la manche de sa veste.

– Elle sait que Félix est un connard.

– Elle lui souriait.

Tous les deux savaient à quel point les sourires d'Bella étaient rares. Rosalie tentait de le rassurer mais rien n'y parvenait, il revenait sans cesse avec cette crainte d'être abandonné, rejeté.

Edward se sentait rejeté. Il avait surtout le cœur brisé.

– Je pensais qu'il s'était passé quelque chose à New York, reprit-il doucement. J'ai dû avoir rêvé ! Mais pourquoi elle m'a embrassé alors ? Rosalie haussa les épaules, ne comprenant pas non plus. On est restés longtemps sur la plage, je l'ai tenue dans mes bras. Je ne peux pas avoir imaginé tout ça quand même, si ?

– Non, je ne pense pas que tu l'aies imaginé.

– Alors pourquoi elle veut sortir avec Félix ?

– Je pense que…

– C'est parce qu'il est plus beau. Regarde-moi, je ne ressemble à rien ! Personne ne voudrait de moi, ajouta-t-il mentalement.

– Félix n'est pas beau. Il t'a volé ton vélo par jalousie, il essaie de te rabaisser parce qu'il se sent faible. Ne le laisse pas t'avoir.

– Mais il a Bella, murmura-t-il.

– Bella tient à toi.

Il ferma les yeux quelques secondes, tentant de retrouver son souffle, de se reprendre. Sentant la voiture ralentir, il les rouvrit pour se retrouver devant chez lui. La pression dans sa poitrine devint de plus en plus forte, son cœur battant contre son tympan. Il devait reprendre reprendre ses esprits avant de rentrer, juste une seconde (il supplia le ciel) pour qu'il puisse s'enfermer dans sa chambre. Dans la sécurité de sa chambre.

Mais il aperçut deux autres voitures garées devant chez lui et il sentait que ça allait mal de passer. Il le sentait et pourtant la fuite n'était pas une option. Il aurait voulu courir dans les bois, s'enfuir à New York retrouver les points de repères.

La main de Rosalie toucha son épaule et il flancha, instinctivement peur du contact inattendu.

– Désolée, elle retira sa main. Tout va bien ?

Edward prit une grande inspiration avant d'hocher la tête. Il pouvait le faire, il pouvait monter les escaliers sans être vu et se cacher directement dans sa chambre. Il pouvait y arriver.

Avec courage, il ouvrit la porte en saluant Rosalie d'un sourire qui la fit paniquer. Elle pouvait le voir marcher vers sa maison, les mains tremblantes.

Elle sentait que quelque chose n'allait pas. Des souvenirs de son enfance revenaient à sa surface mais ce n'était pas le moment pour se souvenir des événements passés. Elle devait être attentive à lui.

Elle était inquiète. Elle attendait là quelques secondes, cinq minutes maximums. Si son angoisse ne se dissipait pas, elle l'appellerait pour être sure qu'il aille bien.

Mais juste au moment où elle sortit son téléphone pour lui envoyer un message, la porte s'ouvrit brusquement et un couple en sortit, énervés. La femme avait des cheveux courts, au niveau des épaules et portait un vieux jeans troué et un sweat à capuche noir tandis que l'homme semblait plus vieux, la cinquantaine, et portait une casquette. Elle ne pouvait pas bien voir leur visage mais elle remarquait qu'ils se disputaient.

Ils montaient dans une voiture, démarrant agressivement. Ils ne l'avaient pas remarqué mais elle se sentait encore plus angoissée.

Elle prit son téléphone et appela Edward. Elle avait besoin de savoir d'être sûre qu'il soit en sécurité