Chapitre 19 : Venus
– J'avais un plan.
Rosalie dévisagea Bella, haussant un sourcil. Cela faisait à présent une heure qu'elles étaient à ses côtés, simplement en train de le regarder dormir et attendre que Carlisle rentre du travail.
– Et en quoi consistait ton plan ?
– Je…
Bella se coupa, ne sachant comment le formuler. Ce n'était pas un plan précis avec des étapes, c'était plutôt un objectif. Un détail à vérifier.
– Si ton plan c'était qu'il tombe amoureux de toi pour te jeter dans les bras de son harceleur, tu as réussi, bravo.
– De quoi ?
– Félix.
– Félix le harcèle ?
Rosalie dévisagea encore Bella, lui demandant silencieusement comment elle ne s'en était jamais rendu compte.
– C'est lui qui a détruit son vélo, tu le sais quand même.
– Non ! Il ne me l'a jamais dit.
Elle était vraiment blessée par cette nouvelle.
– Sérieusement, Bella. Je sais que… t'es pas très sentiments tout ça mais quand même !
Bella s'agenouilla face au lit, passant une de ses mains dans les cheveux de Edward. Il ne bougea pas.
– Il t'aime.
Bella flancha mais ne répondit rien.
– Tu dois arrêter de jouer avec ses sentiments.
– Je ne joue pas.
– Alors explique moi.
Elle soupira, ses yeux ne quittaient le garçon endormis.
– Je voulais vérifier une théorie. Je voulais être sûre de ses sentiments et des miens alors, j'ai… sa main s'arrêta, prenant une pause pour réfléchir. Puis je n'ai pas voulu l'embrasser c'est juste arrivé. Et j'ai paniqué.
– Et donc tu t'es dit que le meilleur moyen c'était de le rendre jaloux ?
– Jaloux ?
– Félix.
– Félix ? Il ne se passe rien avec Félix.
– Il vous a vu parler. Tu lui souriais apparemment.
– Oh.
– Oui, oh.
– Je ne me souviens pas lui avoir souris. Je lui demandais de me laisser tranquille.
– Vraiment ?
– Oui, je ne lui avais plus parlé depuis deux mois.
Et Félix lui envoyait des messages toutes les semaines.
– Et pourquoi tu évitais Edward ?
– Je ne l'évitais pas.
– Bella.
– C'est vrai ! Je réfléchissais.
Rosalie se pinça l'arête du nez, cherchant une logique derrière le non-sens d'Bella.
– J'ai ressenti quelque chose hier. On s'est embrassé et… après j'ai paniqué. Je n'ai jamais eu ça.
– Donc le seul truc que tu as trouvé pour accepter tes sentiments c'est de te faire un pseudo-plan dans le seul but de contrôler les évènements, alors que tu ne contrôlais rien du tout, et quand tu t'es rendu compte que tu ne contrôlais absolument rien tu as paniqué ?
Bella lui présenta un sourire en coin embarrassé, confirmant les soupçons de son amie.
– Ca n'a pas trop fonctionné, pas vrai ?
Rosalie s'approcha d'elle, s'agenouillant face au lit. Elle posa elle aussi une main sur le corps inerte de Edward.
– Félix lui a dit que tu ne voudras jamais de lui.
– Quoi ? souffla-t-elle.
La blonde posa sa tête sur l'épaule de la brune.
– Tu devrais lui dire.
– Sûrement.
– Il a l'air si faible.
– Ca va aller maintenant. On ne va pas le laisser seul.
– Plus jamais.
– Plus jamais. On va le forcer à manger.
– Ah, tu as aussi remarqué ?
– Je vais lui interdire de se faire du mal, plaisanta à moitié Bella.
Rosalie sourit, heureuse de voir son amie changer, accepter ses sentiments et s'ouvrir à Edward. Enfin.
Trois heures que les deux amies attendaient Carlisle, patientaient devant ce lit, regardant le corps inerte de Edward. Il n'avait pas bougé, ce qui était assez déroutant. S'il s'était effondré sous les émotions, il devrait s'être réveillé, non ?
Bella avait appelé son père qui lui avait demandé de s'occuper des blessures superficielles. Elle n'avait pas osé relever son t-shirt mais avait pris soin de lui désinfecter les mains, les traces de griffes sur les bras. Elle n'avait pas osé retirer le tissu imbibé de sang, peur de provoquer une nouvelle hémorragie en ouvrant la plaie.
Elle se demandait ce qui avait causé ça, quelle était la réelle raison de sa tentative de suicide. Elle ne pensait pas en être entièrement la cause, cette idée la révoltait. Elle le connaissait assez bien pour savoir qu'il aurait tenté de communiquer avec elle avant tout, non ? Il ne pouvait pas avoir oublié ce qu'elle lui avait dit, il ne pouvait pas oublier…
Elle lui avait dit, il devait la croire. Elle serait toujours là pour lui. Elle le lui avait même prouvé, ce voyage à New York n'avait pas été inventé.
Elle avait même regardé les photos, juste pour être certaine que ces instants aient été vrais. Les photos étaient bien présentes dans son téléphone, preuve ultime qu'elle n'inventait rien.
Et finalement, enfin, après trois heures trente d'attente, Carlisle posa son pied dans la chambre, mécontent d'avoir du travail après le travail mais tenu par la déontologie médicale et son code de l'honneur personnel. Il soignerait n'importe qui, n'importe quand, dès qu'il en verrait le besoin.
Bella se dégagea, tenant la main de Rosalie. Elles observèrent Carlisle, silencieuses.
Il commença par inspecter ses mains, ses bras, sa tête.
– Je vais retirer son t-shirt, annonça-t-il d'une voix grave.
Bella et Rosalie l'aidèrent à le relever et retirer le vêtement. Dévoilant son flanc, Rosalie eut un cri de surprise en apercevant non seulement les nombreux bleus, mais à quel point il était maigre. Il avait naturellement des épaules larges et de la masse musculaire, et personne ne pouvait voir ses côtes sortir sous ses vêtements. Il était impossible d'imaginer, vu comment Edward s'habillait, qu'il soit en sous poids.
Bella, elle, en était moins choquée parce qu'elle l'avait senti.
Carlisle ne s'arrêta pas, vérifiant son pouls, sa respiration, sa tension. Il retira enfin le tissu sur son bras. La marque était bien visible, rouge, une ligne droite sur le tiers de son bras. Le médecin nettoya la plaie, frottant le sang séché et celui qui coulait encore.
Rosalie ne pouvait s'empêcher de verser une larme en repensant à l'évènement traumatisant. Elle repensait à sa mère. Elle s'était suicidée, et c'était elle qui l'avait retrouvée. Cette fois, elle n'était pas arrivée trop tard et ce fut tout ce qu'elle pu se dire pour se rassurer.
Bella la prit dans ses bras, tentant de la consoler. Bella savait à quel point c'était dur pour Rosalie de voir ça.
Des points de sutures n'étaient pas nécessaires, selon le médecin. Il pensa la plaie et examina son abdomen.
– Aucune fracture, annonça-t-il.
– Pourquoi il ne bouge pas ? demanda enfin Rosalie.
Carlisle haussa les épaules.
– Il a dû prendre un calmant. Il a perdu beaucoup de sang, mais pas assez pour l'assommer à ce point. Il n'a pas flanché quand j'ai désinfecté sa blessure. Ses yeux gris remontèrent vers les filles, haussant un sourcil. Vous allez me dire ce qu'il s'est passé ?
C'était la deuxième fois qu'il devait s'occuper d'un Edward en sang, après tout.
– J'ai vu… commença Rosalie. Deux personnes partir de la maison, j'étais inquiète, et puis, il était en sang avec un couteau et la maison ! Mon Dieu, la maison était dans un état, je…
– Sa mère le bat, la coupa Bella. Il peut rester ici ?
Carlisle hocha une fois la tête.
– Je n'en vois pas d'inconvénients. S'il ne se réveille pas demain matin nous l'emmènerons à l'hôpital faire une prise de sang. Tout me semble normal, il devrait s'en sortir, assura-t-il.
Et il partit.
Bella et Rosalie étaient à présent seules dans la chambre.
– Mon Dieu Bella !
– On doit reprendre des affaires.
– Tu veux dire retourner dans…
– Appelle Emmett, on aura besoin de son truck.
Rosalie hocha la tête, s'y exécutant.
A ce moment, trois croups retentis à la porte et Jasper entra.
– Tu tombes bien, tu peux veiller sur lui ? On va chercher ses affaires, il va rester avec nous quelques temps.
Les grands yeux bleus de Jasper étaient pleins de questions mais il n'en posa aucune, hochant simplement la tête.
– Il va bien, sourit Rosalie, mettant son téléphone contre son oreille. Carlisle pense qu'il a pris des calmants, c'est pour ça qu'il est comme ça. Tu veux bien rester, s'il te plait ?
Jasper se racla la gorge.
– Bien sûr, et un sourire se fendis sur ses lèvres.
Il avait toujours préféré les amis de sa sœur, ils étaient beaucoup plus rassurants qu'elle.
Bella contemplait le garçon tandis que Rosalie était en train de négocier avec son copain. Il se trouve qu'elle le dérangeait, il était en pleine courses avec sa mère. Son refus la fit paniquer, elle lui expliqua tout vivement cependant difficilement. Elle-même n'était pas certaine d'être sensée. Après quelques minutes de négociation, il se libéra. Rosalie en était tellement rassurée que des larmes coulèrent le long de ses joues.
– Emmett est là dans trente minutes.
– Parfait, répondit Bella de ce ton neutre et impassible.
Comment pouvait-elle paraitre aussi froide alors que tout son corps criait de douleur, cela restait un mystère même pour elle.
– Il a fait quoi ?! s'exclama Emmett. Les filles venaient de lui raconter ce qu'il s'était passé et ils étaient en direction de la maison des Masen. Mais pourquoi ?
– Je ne sais pas ! grogna Rosalie. Toute la journée il était bizarre.
– J'arrive pas à y croire.
Bella restait silencieuse, à l'arrière de la voiture. Elle savait à quoi ressemblait la maison, elle y était déjà rentrée une fois et ne voulait plus jamais y remettre les pieds. Elle s'organisait, méthodiquement, se demandant quoi empaqueter en priorité.
Elle avait pris des gros sacs avec. Mettre tous les vêtements dedans semblait être une bonne idée. Rosalie avait dit que tout avait été saccagé, elle se demandait ce qui pouvait être sauvé. Son ordinateur, peut-être. S'il avait besoin de notes de cours, elle pourrait lui passer les siennes et Rosalie aussi. Manque plus de savoir pour les autres cours, elle pouvait essayer de chercher ça.
Une fois arrivée, elle fut prise d'un feu brulant sa poitrine. La voiture, qu'elle identifia comme celle de sa mère, était garée devant la maison. Elle devrait se retenir très fort de tuer cette femme si Bella se trouvait face à elle.
La voiture s'arrêta et Rosalie lui fit un petit sourire. Elle se voulait rassurante mais tout ce qu'elle montrait c'était de l'angoisse. Bella n'y répondit pas et ouvrit la porte.
– Emmett, prends les sacs on met tous les vêtements dedans. Rosalie, tu m'aides à chercher ses cours.
Elle balançait ses mots en avançant rapidement. Une fois devant la porte, elle ne prit pas la peine de frapper et l'ouvrit. Une forte odeur la prit au nez mais elle s'en fichait. Elle n'avait qu'un objectif en tête et rien ne pourrait l'en empêcher.
Emmett et Rosalie la suivirent de près.
Elle monta les escaliers, grinçants fortement sous son poids. Le bruit raisonnait dans toute la maison. Elle n'eut aucun mal à retrouver la chambre de Edward, c'était celle avec la porte en lambeaux.
Une grosse tache de sang était visible sur le parquet. Elle ne fit abstraction en remplissant les sacs de tout ce qui pouvait être… acceptable.
Elle n'avait même pas remarqué la femme assise, en pleure, devant cette chambre.
– Il va bien ? s'inquiéta une voix aigüe et tremblante.
Ni Bella ni Emmett ne répondirent, ils ne faisaient pas attention, méprisant même cette femme.
Rosalie était de loin la plus compatissante et s'agenouilla devant elle, prise de pitié.
– Edward ? demanda-t-elle, d'une petite voix.
La femme hocha la tête. Rosalie pouvait voir ses cernes noirs sous des yeux verts fatigués, les mêmes que Edward. Elle était toute petite, peut-être qu'elle semblait encore plus petite vu sa position. Elle n'avait pas encore trente-cinq ans mais en paraissait dix de plus.
– Il, hum…
– On va s'occuper de lui, la coupa Emmett, dur.
Il portait deux gros sacs avec les affaires de Edward. Il descendait, déposant tout cela dans sa voiture. Bella le suivit de près.
– Tu viens nous aider ?
Elle l'avait plus ordonné que demandé mais Rosalie ressentait la détresse de cette femme, elle ne pouvait pas la laisser comme ça.
Une fois les deux adolescents partis, Rosalie repris sa phrase, plongeant ses yeux noisette dans celles de la femme.
– Il va bien, il dort encore.
Des larmes coulaient librement le long des joues de la plus vielle.
– J'ai eu si peur, j'ai vu que sa plaquette était vide, et le sang !
– La plaquette ?
– Les benzodiazépines, murmura la dame. Il en restait un peu, je les ai vus quand Joey a commencé à tout… Là il y a plus rien.
Rosalie comprit directement, il avait dû paniquer et essayer de se calmer avec des anxiolytiques. Comme ça n'avait pas fonctionné, il avait vu l'issue facile. Elle avait fait les bons liens.
– C'est de ma faute, ma faute, ma faute. Je suis une idiote, idiote, idiote, répéta la dame. J'ai essayé cinq fois ! pleura-t-elle. Je n'arrive pas, je… je suis une mauvaise mère.
Bella remonta les escaliers et pouffa en entendant cette phrase, la regardant de haut. Comme si ce n'était qu'un animal, qu'un objet repoussant.
Rosalie posa une main sur son bras, tentant de calmer ses larmes. Elle avait de la compassion pour elle, même si elle n'oubliera jamais tout ce qu'elle a fait subir à Edward.
Elizabeth, surprise par la bonté de la fille, commença à se confier.
– Je l'ai eu trop jeune, je ne savais pas quoi faire. Je ne voulais pas retourner chez ma mère, je voulais juste vivre mais je n'ai jamais réussi à vivre. Je n'ai jamais réussi à tenir un travail et mon bébé veut mourir ! Et moi, et moi, et moi tout ce que je sais faire c'est…
Elle montra des marques invisibles sur son bras mais Rosalie avait compris.
– Rosalie, on y va, ordonna Bella.
– Ne vous en faites pas, on va s'occuper de lui. Tout va bien se passer, je le promets.
– Merci.
– Je peux vous donner un conseil ? demanda Rosalie d'une voix douce. Elizabeth hocha la tête. Je pense que Edward serait heureux que vous vous repreniez en main. Faites ce qu'il faut, sourit Rosalie.
La blonde ne l'avait pas réalisé mais cette discussion venait de sauver cette femme. Rosalie l'avait encouragé à se présenter, dans l'heure, dans un centre de désintoxication.
Elle y restera une année entière, avec des hauts et des bas, des moments de manque incroyablement difficile. Mais elle lui avait donné la force. Et, ce jour-là sera la toute dernière fois qu'elle prendra du crack de sa vie.
Rosalie n'avait peut-être pas réussi à sauver sa mère mais elle avait sauvé deux personnes ce lundi 13 avril 2015.
Désolée il n'y aura pas de meurtre dans cette histoire x')
Si tout n'est pas clair maintenant c'est normal c'est pour l'*intrigue* :p
A bientôt (wow le mois de janvier a été productif héhé)
Laura
