Chapitre 17 : Etoiles

Bella contempla l'inconnue dans la glace, méprisant ses yeux rouges et ses cernes noires – méprisant les témoins de sa nuit blanche, méprisant les témoins de ses souffrances. Elle souhaitait briser ce reflet, réparer ses erreurs mais elle n'en avait plus la force. Elle ne pouvait qu'essayer de comprendre, de trouver une solution. Elle se devait de réparer les choses.

Prenant une grande inspiration, elle se reprit en main et se maquilla, cachant sa mauvaise mine et son regard triste du monde extérieur.

Elle devait trouver une solution. Edward devait la croire…

Elle mit du temps avant de se décider à quitter sa chambre. Dans le couloir, elle pouvait entendre son père discuter à travers la porte entrouverte de la chambre d'amis. Edward était toujours en vie, elle ne pouvait que s'en réjouir. Pas vrai ?

Mais Bella se sentait vide. Rien ne pouvait changer son état, elle avançait tel un robot, suivant la routine, déconnectée de la réalité. Elle ne parlait à personne, avait à enregistrée son arrivée sur le parking du lycée, avait à peine entendu Rosalie la saluer.

Rosalie était restée avec elle jusqu'à minuit pour veiller sur Edward. Bella lui avait demandé de partir pour qu'elle se repose, elle lui avait juré de lui envoyer un message dès que le garçon se réveillerait.

Elle l'avait fait. Bella avait envoyé un message à cinq heures du matin lui confirmant son réveil mais ne parlant pas de sa discussion brutale. Elle ne pouvait en parler à personne, elle ne savait comment mettre les mots sur ce qu'elle ressentait. Elle ne comprenait pas pourquoi elle se sentais si triste, si seule.

Elle passa la journée à réfléchir, à prendre en compte toutes les éventualités, toutes les mesures. Elle ne voulait pas rentrer chez elle avant d'avoir pris de décision. Cependant, son esprit restait vide et rien ne changeait cela. Elle ne pouvait que repenser à tout ce qu'il s'était passé, à New York, aux étoiles…

Aux lèvres douces de Edward contre les siennes, à sa panique.

– Bella ? demanda Rosalie une fois la journée terminée.

La brune n'avait pas réalisé que le cours était terminé.

– Tu veux en parler ? demanda la blonde.

Bella fonça les sourcils, ressentant la chaleur et la bienveillance de son amie mais n'en voulant pas. Penser à ses sentiments était une chose, en parler totalement une autre. Même si c'est avec sa meilleure amie, la personne en qui elle a le plus confiance.

Rosalie ne s'attarda pas, connaissant assez l'adolescente pour la laisser réfléchir par elle-même. Elle espérait juste que Bella prenne la bonne décision et ne s'enferme pas dans ce tourbillon, mais qu'elle se laisse transportée par le rythme de son cœur et la pression de son âme.

Sans dire un mot, Bella rangea ses affaires et sorti de la salle de classe. Rosalie soupira, suivant la brune. Si ces deux-là sont faits pour être ensemble, cela se produira, se dit-elle finalement.

Toujours dans son brouillard, Bella arriva chez elle avec la seule intention de discuter avec Edward. Elle avait prévu un petit discours, lui demandant pourquoi il ne voudrait pas de son aide. Bella savait que s'énerver n'allait pas aider la situation et n'allait même rien changé, mais elle ne pouvait penser à rien d'autre.

Son cœur battait la chamade et elle interpréta cette réaction comme de l'énervement. Chaque bataille intérieure était invisible pour chacun mais la tourmentait au plus profond d'elle-même, emprisonnant sa cage thoracique et comprimant sa gorge. Aucun son ne pouvait en sortir lorsqu'il ne répondit pas aux trois coups sur sa porte, et aucune larme n'osa couler sur sa joue lorsqu'elle vit la chambre vide.

Il ne pouvait pas être parti, elle ne le laisserait pas.

Elle tenta de lutter contre les larmes, mais le pincement de son cœur était bien réel. Bella avait probablement laissé tomber quelqu'un d'important pour elle.

Les sourcils foncés, elle s'écroula sur son lit, plantant son visage dans le coussin, ressentant son odeur. Elle prit une grande inspiration avant qu'une larme ne s'écrase contre le tissu. Ses mains commençaient à trembler alors qu'elle se redressa. Quelqu'un était entré.

– Qu'est-ce que tu veux ? demanda la voix brisée de Bella.

– Il est sur la plage, répondit tendrement la voix de son frère.

Elle ne voulait pas de sa tendresse, elle ne voulait pas se montrer faible. Elle ne voulait pas sortir à pleine allure de cette chambre sans vérifier si son mascara n'avait pas coulé.

Et pourtant, c'est ce qu'elle fit.

Le crépuscule laissait apercevoir quelques étoiles alors que des teintes rosées illuminaient le ciel. Elle avança, rapidement, sentant le sable se mouvoir à ses pieds. La brune pouvait distinguer une figure assise sur le sable, la tête posée sur les genoux. Elle reconnaitrait Edward de partout, elle n'en avait aucun doute.

Son cœur s'emballa encore mais elle niait cette sensation. Elle devait réfléchir à quelque chose à dire, vite.

Les émeraudes de Edward ne quittaient le ciel des yeux, il ne flancha pas lorsque Bella s'approcha et s'arrêta devant lui. Il ne réagissait plus, pour seule pensée le fait qu'il n'aurait jamais dû être ici mais dans une morgue.

Bella ressentait le rejet, le désespoir parcouraient ses veines. Elle força un son de sa gorge.

– Tu ne peux pas me faire ça, se plaignit Bella. Tu es injuste !

Il ne réagit toujours pas, Bella ne pouvait savoir s'il l'avait entendue. Un soupir haché trahissait à nouveau l'émotion que ressentait la brune. Ses mains tremblaient à nouveau, sa lèvre supérieure tressautait.

Désemparée, elle reprit son monologue, ne réfléchissant plus à ce qu'elle disait.

– Tu peux comprendre à quel point ça été dure pour moi de te voir dans cet état ? J'ai cru que tu allais mourir ! Quand Rosalie m'a appelée, j'étais tellement inquiète et tu n'es pas reconnaissant de tout ce que j'ai fait pour toi ! (Il ne réagissait pas, sa colère montait crescendo). Tu n'as aucune honte à… Même pas me remercier ! Je t'ai tout donné, tu as tout ce que je peux te donner qu'est-ce que tu veux de plus ? Edward !

Elle criait, sa gorge, ses yeux, sa poitrine lui faisait mal, mais elle ignora cette sensation, ne pouvait que continuer à lui crier dessus, toujours tremblante.

– Je me fiche que Felix soit jaloux, je m'en fiche de ce qu'il peut penser. Je ne l'ai jamais écouté de toute façon. Par contre, je ne me fiche pas de ce que nous avons vécu. New York, les étoiles…

En pensant aux étoiles, elle regarda le ciel qui prenait doucement une teinte violetée, laissant en apercevoir davantage. Elle contempla l'horizon quelques instants avant de baisser les yeux vers le garçon. C'est alors que tout son être se relâcha et elle s'agenouilla devant lui, abattue.

– Grâce à toi, j'ai pris le temps de regarder les étoiles.

Les mots sortaient de sa bouche difficilement, forcés, mais jamais elle n'a été plus sincère.

– Tu m'as appris ce qu'était la véritable force. Tu m'as aidée… avec Jasper, avec Rosalie… avec… avec moi-même.

Une larme roula sur sa joue.

– J'aimerai (sa voix se brisa) qu'un jour tu me crois. Que tu me fasses confiance et que tu…

Tentant de retenir une avalanche d'eau salée sur son visage, elle releva les yeux au ciel et leva la tête. Garder la tête haute en toute circonstances était un peu son mantra.

Elle s'autorisa une seconde à baisser les yeux, et cette seconde suffit à rencontrer le regard vide de Edward. Il avait quitté sa contemplation lunaire et posait un milliard de questions silencieuses à la brune.

Gardant ce précieux contact, elle prit sa main et enlaça ses doigts. Edward était la seule personne qui pouvait la voir dans cet état, la seule personne à la voir si vulnérable. Dans ses yeux, elle y trouva tout ce qu'elle avait cherché aujourd'hui. Elle espérait vraiment qu'un jour il lui fasse confiance parce que, ce qu'elle ressentait, elle ne le ressentira jamais avec quelqu'un d'autre.

Alors elle lâcha les trois mots qu'elle avait juré ne jamais prononcer, ces trois mots qui ne feraient que la rendre plus faible, la rabaisser, gâcher toute sa confiance, tout le charisme qu'elle avait entretenu.

C'est à genoux, les larmes aux yeux, en tenant la main de la personne qu'elle aime le plus au monde qu'elle le dit pour la première fois.

– Je suis désolée.

Et elle le pensait.


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