Chapitre 18 : Maezin
Chère Edward,
Cela fait maintenant deux mois que je suis dans ce centre de désintoxication et mon psychologue m'a encouragé à t'écrire cette lettre. Je ne sais pas ce qu'il se passe dans sa tête mais il m'a donné le courage, alors, tant que je l'ai… considère cette lettre comme ton cadeau d'anniversaire.
Tu as besoin d'en apprendre plus sur ton histoire. Et je n'aime pas du tout parler de ça, je ne voulais pas que tu le saches mais je pense qu'il est trop tard.
Je sais que tu penses que je ne t'ai jamais aimé. Je ne peux pas te contredire, je ne sais pas si je t'ai aimé. Tu n'étais pas voulu, ce n'était qu'une erreur. Quant à ton père, il doit être mort d'une overdose, ou du SIDA je ne sais pas.
Je détestais mes parents. Ils avaient trop d'argent, et je ne voulais pas être cette fille à papa, fille de riche. Je détestais le monde de la petite bourgeoisie.
Je suis partie le jour de mes seize ans avec mon petit ami. Je ne vais pas te raconter des détails, mais je suis rentrée deux ans plus tard avec toi dans mon ventre. Je m'en suis rendue compte beaucoup trop tard, je ne sais même pas comment tu as fait pour vivre. Je continuais à prendre la drogue et tu étais en moi…
Quand je suis rentrée, ma mère à vu mon ventre et j'ai vu dans son regard la peine, la pitié. Pas pour moi, non, pour toi. Et la colère m'est venue, elle t'aimait déjà plus que moi.
J'étais jeune. J'étais immature. Je n'étais pas prête à arrêter de consommer, je n'étais pas prête à t'élever. Et, crois mois, les six mois restant je ne me suis pas piquée. Je n'ai rien fumé.
C'était les pire six mois de mon existence. Je passais mon temps à trembler, à vomir, halluciner même !
Mon mec m'a quitté quand il a vu – parce que nous ne l'avons jamais appris, tu as simplement commencé à te montrer, j'aurai très bien pu faire un déni de grossesse – il m'a frappé, cassé le nez et une côte, et il m'a laissé. Là, par terre. À l'agonie.
Crois-moi, cette côte je la sens encore. Elle n'a pas eu le temps de se rétablir, tu ne faisais que bouger mon corps dans tous les sens.
Et quand tu es né ç'a été la délivrance. Je t'ai laissé chez ma mère et dés que j'ai pu je suis partie retrouver mes amis pour enfin reprendre. Je suis même heureuse que tu sois arrivé un mois plus tôt. Je me fichais totalement de ton état, je ne pensais qu'à reprendre.
Je voulais oublier tout ce que tu m'avais fait subir.
Je vidais, petit à petit, les comptes de mes parents. Je ne voulais jamais être cette fille pourrie gâtée mais j'ai toujours dépendu de leur argent et de leur travail.
Et puis, mon père est mort. J'ai été obligé rentrer à la maison, de te voir à l'âge de trois ans. Ces yeux verts que tu as repris de moi et de ton grand-père, mais surtout le reste de ton visage qui ressemble trop à l'homme qui m'a battu quand j'étais adolescente.
Alors non, Edward, je ne voulais pas être ta mère. Mais la vie en a décidé autrement et je n'ai pas eu le choix.
J'étais un peu plus présente. J'ai fait un tour dans un centre de désintoxication pendant deux ans, ordre de ma mère. J'ai appris l'importance de rester sobre mais je ne savais rien faire d'autre. J'aimais me déconnecter de la réalité, cet état de dissociation, ces visions, cette emprise… Je me sentais libre alors que la drogue m'emprisonnait. Je me sentais déprimée quand je ne consommait pas et je pensais que la drogue me rendait heureuse.
Et puis il a fallu que ma mère meurt. Elle savait qu'elle allait mourir, elle me l'avait dit. J'étais préparée.
Mais elle m'a dit qu'un seul truc que j'ai retenu, j'ai seulement gardé en tête un seul putain de truc. L'argent.
Dans cette enveloppe, tu trouveras les codes de ton compte bancaire. Ma mère t'a laissé un gros montant pour tes études et tout ce que tu as gagné en travaillant est également dessus. Tu seras à l'aise pour l'université.
J'étais assez sobre pour comprendre ce que ma mère me disait et assez intelligente pour l'écouter. J'ai trouvé une maison, un emploi à peu près stable (bien que ce dernier n'a tenu que trois ans, je t'ai menti aussi là-dessus). Tu n'as jamais payé le loyer toi-même de ta poche, je voulais simplement te responsabiliser.
J'ai réalisé que si je n'avais aucun avenir, je pouvais au moins t'en donner un…
Je pense que tu avais onze ans quand elle est morte. Bon, je devais m'occuper de toi. Je voulais t'apprendre la vie et t'aider à évoluer mais tu n'as jamais été mon fils en fait. Je n'ai jamais eu de contact avec toi, tu n'es qu'un enfant dont j'avais la garde. Sans l'encouragement de ma mère, en plus de la tristesse que j'avais quand elle est partie, j'ai recommencé à consommer. Je n'ai jamais retrouvé le courage d'arrêter.
Mais… j'ai cru mourir en rentrant ce soir-là et voir la tache de sang dans ta chambre. C'était énorme. Et les médicaments qui manquaient. Tu sais que j'étais en colère contre toi ? Je voulais encore t'engueuler, te dire que c'est de ta faute si Joey est parti. Je t'associe toujours à ton connard de père, celui à qui tu ressemble si bien. Il te manque uniquement les yeux noirs. Mais tu as ceux-là, les yeux jugeurs de mon père, ceux que je voient dans le miroir tous les jours et ça m'agace.
Mais je ne voulais pas que tu meures. Je n'ai jamais voulu ça.
Je t'ai traumatisé, tu vis avec l'abandon constant de tes grands-parents, de ceux qui devraient être tes parents.
Mais je n'ai jamais voulu être mère. Je n'aime pas ce rôle.
Pourtant, je ne veux pas que tu meures. Et je suis tellement fière de toi ! Tu auras un avenir, celui que je n'aurai jamais. Et c'est la plus belle chose que j'ai fait dans ma vie. Si tu étais mort, je n'aurais jamais été si fière !
Deviens quelqu'un ! Je te promets de changer, même si on ne se croise plus, Edward, je veux que tu me rendes fières.
Elizabeth.
Il y a plusieurs choses dans mon existence que je ne regretterai jamais.
Être resté amie avec Rosalie alors qu'elle ne voulait que rester seule. Quand sa mère est partie et qu'elle a dû vivre avec sa grand-tante, ç'a été la pire période de sa vie et elle avait une peur bleue de s'attacher. Je me souviens encore de ses crises, de ses hurlements. Elle a tout fait pour que je parte de sa vie, elle m'a insulté et reproché tellement de choses. Elle a été injuste, tellement injuste.
Je suis reconnaissante d'avoir écouté mon intuition et non pas ma colère. J'étais tellement en colère, je n'ai rien répondu, je suis partie. Je l'ai laissé deux ou trois mois sans nouvelles. Et puis, un jour, je lui ai envoyé un message. Je lui ai demandé de me retrouver dans un café et de discuter. Nous avions que douze ans, nous avions pris un chocolat chaud et elle s'est effondrée. Je me suis jurée de ne plus jamais la laisser tomber, et nous avons garder notre petite tradition de discuter autour d'un café.
Je suis reconnaissante de l'avoir à mes côtés, sans elle je n'aurai jamais senti mon cœur battre aussi fort. Depuis que je suis avec Edward, j'ai l'impression que quelque chose à changer en moi. J'ose ouvrir mon cœur, profiter de l'instant. J'ose faire confiance.
Les choses n'ont pas été si simple. Nous nous sommes mis ensemble vers trois heures du matin alors que l'air frais du printemps nous faisait frissonner. Je n'ai rien voulu dire à mon père, mais ma mère et Jasper l'ont directement compris.
Edward m'offre une nouvelle vision de la vie. Une nouvelle vision de l'amour. Il me comprend mieux que je ne me comprends, il devine, il sait.
Évidemment, pas tout le monde n'était heureux d'apprendre cette nouvelle. Léo, particulièrement. Il était tellement en colère, je l'ai vu attraper Edward par le col et le plaquer contre un mur. Il pensait être seul ?
J'apprécie beaucoup l'intervention de Emmett, il l'a dégagé du chemin en lui disant de ne pas toucher à ses amis. J'ai vu Edward frémir au mot. Rosalie l'a pris dans ses bras. Et mon cœur s'est gonflé en comprenant enfin l'importance d'être entouré, d'avoir des amis sur qui compter. En voyant la mine rassurée, attendrie, protectrice des miens en protégeant celui que j'aime.
Nous ne nous le sommes jamais dit, j'en suis bien consciente. Mais certaines choses ne se disent pas et se savent tout simplement. Un regard, et la lune illumine une nuit.
Je suis également reconnaissante d'avoir postulé dans l'université à deux pas de celle de Edward. Je suis contente qu'il ait sa bourse. Je lui ai proposé d'habiter ensemble, comme ça il n'aura pas de loyer à payer.
Il n'a pas accepté. Nous ne sommes ensemble que depuis trois mois, pour commencer. Ensuite, il a une chambre sur le campus.
J'ai lu la lettre de sa mère. C'est une toxicomane, abusive, maltraitante, narcissique – mais Rosalie m'a aidé à la comprendre. Quand Edward a reçu la lettre, nous étions à trois et nous l'avons lue ensemble.
Je dois être reconnaissante envers cette femme pour m'avoir appris à voir les nuances de gris mais jamais je ne l'avouerai à voix haute.
Elizabeth n'est peut-être qu'une idiote immature égoïste, mais je peux la remercier pour l'argent.
En ouvrant cette lettre, Edward a eu les larmes aux yeux. Il avait toujours cherché le « pourquoi » et je pense que ça lui donnait une partie de la réponse.
Sa mère ne le voulait juste pas et c'est une connasse pour le lui avoir rappelé cent fois. La nuance est très fine, j'ai moi-même du mal à la saisir, mais elle n'a jamais vraiment voulu faire du mal à Edward. Elle a déplacé sa colère et sa douleur sur lui. Elle a contribué à lui offrir un avenir meilleur en lui donnant accès à son compte, c'est le principal.
Et c'est avec une joie ingénue que je suis reconnaissante d'une dernière chose – ce diplôme, cette fête, ce que nous célébrons ce soir en même temps que l'anniversaire de Edward. Et tous les gens que j'ai autour de moi. M'endormir aux côtés de Edward, me confier à Rosalie, rire de l'enthousiasme constant de Emmett. Je suis reconnaissante de mes amis, de cette vie.
Et c'est en traversant cet espace entre le conscient et l'inconscient que je m'enfonçais dans les limbes, que je traversais l'espace d'une puissance inconnue et que je me retrouvais perdre l'esprit, perdre pieds, tomber dans cette infinie lumière blanche.
Je m'étais écroulée sur le lit, complètement ivre, et je me sentais chavirer, tanguer, mais avec le sourire, et les bras autour du corps de Edward. Il avait repris du poids et je l'aimais tellement fort. Je me sentais m'endormir avec ma tête posée sur son torse, ses doigts dans mes cheveux.
Si je devais choisir entre vivre ou mourir, j'avais à présent conscience que la vie valait la peine d'être vécue.
– Heureuse de te retrouver, chantonna un doux soprano.
Je me réveillais les pieds sur un nuage. Le décors n'avait pas changé, et je me surpris à trouver cet endroit familier.
– Je me passerai bien du mal de tête, me plaignis-je. Pourquoi je suis ici ?
Je posais ma main sur mon front, tentant de soutenir ma douleur. Elle ne passa pas.
La chose – Calixte – s'approcha de moi.
– Tu as réussi ta mission ! s'exclama-t-elle.
Je clignais des yeux, mes souvenirs revenaient dans ma mémoire. La fenêtre, la soirée d'ancien étudiants.
Ma peine.
– C'est à cause de lui que je suis morte, soufflais-je.
Calixte fronça ses petits sourcils.
– A cause de lui ? Non.
Ce fut à mon tour d'être confuse.
– C'est Alec, le Maezin d'Izkondur qui t'accompagne.
– C'est lui… qui m'a tuée ?
– Oh, non. Il ne t'a pas touché. Il est simplement capable d'influencer ton corps et les éléments autours.
Et puis, je me souviens. Cette braise, ma cigarette qui tombe. Ma réaction, ce reflexe. Ce corps qui se penche et qui veut reprendre cette braise…
L'illumination se montra sur mon visage. Calixte sourit. J'avais compris.
– Et pour Edward aussi ?
Mon envie de vomir soudain, mon impossibilité de lui dire de ne pas travailler avec moi. Je comprenais.
Calixte hocha la tête.
– Et…
Je ne pouvais finir cette phrase. Si ce Maezin était capable de jouer avec ma tête, il était capable de jouer avec mes sentiments… Mon amour, pour Edward…
Non, mon amour est vrai.
– Ce n'était pas prévu, me confirma Calixte.
Je contemplais ses yeux noirs.
– Votre amour est vrai. Les Aeryn n'empêchent jamais le libre arbitre aux humains, surtout à propos de l'amour.
– Aeryn ?
– Les, hum… Dieux, peut-être ? Des sortes de Dieux qui prennent les décisions pour nous et selon le Grand Livre du Destin.
Je fronçais les sourcils, amusée par son explication. Je repensais au libre arbitre… a l'amour. Un sourire osa se fendre sur mon visage. J'en étais tellement heureuse, mon amour est vrai. Et le sien ? L'est-il ?
Quelle idiote. Évidemment que son amour est vrai.
– Il est mort la dernière fois ? demandais-je. A cause de… moi ?
– Non. Je vais te montrer.
Tout à coup, le monde autour de moi bougea. Le ciel devint un écran, me montrant les souvenirs perdus, les souvenirs d'une vie qui n'existe plus.
Je n'apparaissais pas dans cette vision. Je pouvais seulement voir Edward encore plus maigre qu'auparavant, des cernes violettes sous les yeux, des traces de bleus sur ses mains et des coupures sur les doigts. Il tentait de se cacher avec son livre. Cette vision se déroulait à l'école.
Il venait d'apprendre avoir raté la présentation et son visage se figea. Il n'affichait plus aucune expression mais la détresse pouvait aisément être perçue à travers les images.
Je ne me souviens pas de sa présentation, mais je pouvais me voir assise à notre banc, sur mon téléphone, ne prenant aucune note de la réaction de mon camarade. Je ne lui parlais pas, trop obnubilée par mes propres problèmes.
Ma gorge se serra alors que la vision changea. Je le vis rentrer chez lui à vélo. C'est vrai que sans moi, Léo n'avait aucune raison de le détruire.
Il avança tellement lentement, le poids du monde semblait reposer sur ses épaules. Il ouvrit sa porte et je tombais sur une image connue. Son salon, saccagé, des pâtes et de la sauce tomate à terre. Un homme qui l'attaque, le frappe alors qu'il est à terre. Sa mère qui rattrape l'homme et s'en va.
Je pouvais voir Edward ramper jusqu'à sa chambre, presque de l'espoir dans ses yeux. En haut des escaliers, il se releva avant de s'effondrer aussitôt.
Sa chambre était saccagée, comme je l'avais moi-même vu en allant cherché ses affaires.
Une crise de panique l'envahit, s'arrachant pratiquement les cheveux. Je le voyais bouger tout ce qui était à terre, trouver des médicaments et en avaler. Un, deux, trois. Entiers.
Il ne se calma cependant pas et des larmes coulaient le long de ses joues.
Et c'est quand il aperçut le couteau, quand il s'avança sans réfléchir dessus que je fermais les yeux. Je ne pouvais plus voir. Je savais ce qui allait arriver.
Il était vraiment mort comme ça, seul, dans sa chambre ravagée par un camé.
Et, en ce moment, je remerciais Rosalie de l'avoir attendu. Ou…
– Alec n'a rien à voir avec Rosalie. Il ne lui a rien fait, confirma Calixte.
Alors, comme ça, elle pouvait savoir ce que je pensais. Ma réflexion mentale la fit rire.
– Bella, je te l'ai déjà dit. Je sais tout.
Elle était agaçante, cette chose.
Le monde changea à nouveau et le ciel blanc reprit forme.
– J'ai une question importante pour toi.
Je relevai un sourcil, patiente.
– Veux-tu rejoindre directement ta prochaine mission ou souhaites-tu vivre ta vie ?
Comme s'il c'était nécessaire de répondre à cette question.
– Tu dois déjà connaitre la réponse, lui dis-je en relevant un sourcil.
Elle soupira.
– Je veux que tu le dises.
J'hochais la tête, prenant une grande inspiration.
– Je veux vivre.
Et c'était vrai. Jamais je n'ai autant aimé la vie, vouloir vivre, découvrir et profiter de l'instant présent…
Faire les choses que j'aime, avec les gens que j'aime, et profiter de chaque instant, le bon comme le mauvais.
Je veux vivre.
Bella se réveilla aussitôt, un mal de tête immense lui faisait froncer les sourcils.
Cependant, un sourire se dessina sur ses lèvres en voyant le grand brun à ses côtés. Sans en comprendre la raison, elle était si heureuse de le voir qu'elle ne put s'empêcher de l'embrasser.
Edward se réveilla doucement. Ils se rapprochèrent, l'un heureux de la fougue de l'autre.
Des draps sans dessus dessous, des corps qui se touchent, et une nuit de plaisir insouciants s'en suit – le mal de tête et la gueule de bois oubliée.
J'ai perdu tout le monde je pense, j'ai vraiment l'impression que plus personne lit mais bon x) voici la suiiiite
