CHAPITRE 2
Le bien-fondé d'Aurora
Suite (Avril 2007), Sanctuaire
Milo contemple Aurora, attristée. Elle se sentait à l'étroit dans cette armure légendaire. La jeune-femme ôte les épaulettes du Serpent en métal, retire le plastron et jaugea le sol perdue, comme si elle ne méritait plus ce rang. Le Scorpion baissa la tête pour croiser son regard de biche. Son cœur manqua un battement… Il se dégageait d'elle une sensibilité troublante. Il eut soudain l'impression d'être seuls au monde, tout autour d'eux s'effaça pour laisser place à une sensation de flottement…Ébranlé par cette émotion, le brun la ramène naturellement contre sa poitrine. Il sent son cœur battre à tout rompre. Est-ce son propre organe qui s'ébranle de cette façon ? Le huitième gardien est toujours surpris de cette attraction qu'elle exerçait sur lui depuis leur rencontre. Il éprouvait une forte attirance physique pour Aurora mais il avait préféré occulter longtemps cet aspect des choses, préférant se concentrer sur ses sentiments et les rapports intellectuels qu'il pouvait créer avec le Serpentaire et il s'en était plutôt bien tiré. Mais là, cette proximité venait de lui rappeler brutalement que, physiquement, il désirait ardemment ce corps. Il l'avait voulu au premier moment où il avait posé les yeux sur elle. La claque mentale que le Scorpion s'était infligée ramena son attention sur le débat du jour : la torpeur de son amie qu'il voudrait effacer.
La main de la brune n'avait pas quitté la chevelure du Scorpion, entortillant au passage quelques mèches foncées de ses doigts. Elle se blottit tout contre lui. Les yeux clos, Milo sentit sa respiration se ralentir. Un long frisson, puis la main Grecque l'abandonna et le calme retomba. Elle semble plus sereine. Et puis, Aurora sent bon. Terriblement bon. Tous les sens du Scorpion sont en éveil. Son parfum emplit les narines de Milo, lui monte à la tête. La portugaise embaume le printemps et l'air frais, la liberté et le rire. Un frémissement remonta le long de sa colonne vertébrale, diffusant un feu d'artifice de plaisir le long de ses nerfs, et il se mordit la lèvre pour ne pas ahaner sous l'intensité des sensations auxquelles son corps était soumis. Les bras du Serpentaire l'entourent dans une étreinte affectueuse. Milo n'émet aucune opposition. Il s'efforce de refouler ses désirs pour Aurora depuis longtemps.
Bonté divine ..
Jusqu'où irait-il pour ces yeux étincelants, ces boucles soyeuses, pour ces courbes affolantes pressées contre lui ? Pour qu'elle lui appartienne, corps et âme ? En ce jour il ne souhaite plus se poser la moindre question. Tout. Il donnerait tout ce qu'il a pour la posséder. Sauf peut-être sa fidélité envers Athéna. Mais cela, heureusement, ça n'était pas en jeu. Il regrette tant d'avoir garder cette éternelle façade de guerrier par crainte de représailles sur leur amitié. La tendresse du Scorpion se fait plus insistante. Il la veut. Là maintenant. Puis, Milo la saisit par les hanches et plonge ses lèvres dans le cou de la jeune-femme qui gémit doucement, surprise. Il fit usage de ses doigts pour semer des baisers en longs sillons brûlants et commencer une lente ascension le long de sa nuque. Les respirations s'accélèrent. La bouche de l'homme se fait plus insistante : le Grec veut goûter au moindre recoin de cette peau suave qui l'enivre à chaque rapprochement. Il fit face à sa partenaire et la regarde droit dans les yeux, le visage dans ses deux mains.
Aurora ne pleure plus. Elle lui caresse le visage, les yeux brillants. Une étrange atmosphère s'en suit, durant laquelle les deux restent les yeux fixés dans le regard de l'autre avec détermination.
« Milo, mais qu'est-ce que tu fais … » murmura t'elle.
Il ne répond pas. C'est un autre homme à présent. Le masque de chevalier tombe.
Son attention est portée vers ces lèvres qu'il veut savourer. S'emparer de cette bouche qui le tente. Milo l'arrêtait à chaque fois qu'ils allaient « trop loin ». Aujourd'hui, la question ne se pose plus, il veut répondre à sa bien-aimée et se rapproche d'elle. Il la regarda, et se gorgea du désir d'elle. Elle sentit des lèvres douces effleurer les siennes et la marée monta dans son corps. Une sensation douce semblait caresser sa peau, massait tendrement sa chair.. Le huitième gardien posa ses mains sur la taille de la portugaise. Doucement, il pose ses lèvres sur les siennes. La brune se laisse faire en fermant les yeux. Et elle s'embrasa instantanément... Ce doux baiser qui évolue vers une fusion intense entre les chevaliers. Milo sent une onde de choc retentir dans tout son corps jusqu'au extrémités de ses membres, et approfondit le baiser. Le brun coula dans cette bouche en s'abandonnant totalement. Ça les consume. Leur cosmo ne font plus qu'un. Enfin ...
Sous ce clair de lune brillant, ils veulent laisser libre court à leurs fantasmes. Comme si leurs vies en dépendent. Milo en perd la raison. Il se sent libre. Il aimerait la dévêtir et découvrir ce corps exaltant ses sens. Va-t-elle enfin se donner à lui ? Tandis que l'une de ses mains s'apprête à flatter ses hanches, l'autre se mit à faire langoureusement de longs allers et retours sur la poitrine pour en percer tous les mystères. Aurora est surexcitée. Milo dégage une sorte de magnétisme fascinant…
Ce dernier ne veut faire plus qu'un avec le Serpentaire : « Aurora, je ne pense qu'à toi depuis le premier jour. Pardonnes mon orgueil. Offres toi à moi. »
« Milo, tu es fou ! » répond-elle non sans retenir ses baisers.
Oui il l'est probablement. Et il n'a plus envie de faire semblant. Submergé par ses émotions, il lui assure tendrement : « Deviens mon chevalier, ma moitié. »
« Chevalier du Scorpion ! » s'exclama-elle, "Je ..".
« Aurora tu es celle que j'aime. J'aurai du te le dire depuis longtemps.»
Le Serpentaire en a le souffle coupé. Ca y est, Milo est en train de lui ouvrir son cœur ? Mais que dois-t-elle faire ? Pourquoi maintenant ? Toutes ses pensées se contredisaient en même temps. La peur l'envahit soudainement, le dur retour à la réalité ..
Relâchant son étreinte, elle le repousse et lui tourne le dos.
« Je ne peux pas, Milo.»
« Comment ? Qu'est-ce que tu racontes ? » demande-t-il irrité.
« Tout est confus dans mon cœur. Et là tu ne me facilites pas la tâche… »
« Je refuse de croire que tu n'éprouves rien, Aurora. » lui dit-il.
Elle fit volte-face : « Cela n'a rien à voir avec toi. Je n'ai rien à te reprocher. »
« Alors pourquoi me rejettes-tu ? » poursuit-t-il avec aigreur.
« Scorpion d'Or.. Tu ne peux pas savoir à quel point tu compliques les choses… »
« C'est toi la coupable, Serpentaire. » répondit t'il en reprenant ses baisers.
Aurora aimerait le laisser faire. Bien-sûr qu'elle veut lui offrir ses faveurs. Quelle ironie du sort !
« On t'a devancé .. » rétorque-t-elle en lui ôtant les mains.
Elle ne peut jouer avec lui, c'est une femme loyale.
Milo veut des explications. Il la questionne, énervé, ne comprenant cette réaction : « Inepties ! » Il retourne Aurora, « Fais-tu référence au Chevalier de Persée ? Ou peut-être à ce Garuda de malheur ? »
« Oui. Quant à Eaque, c'était très intense.»
Le Grec est abasourdi, sentant le vide à ses pieds. Il ferme les yeux. Dans son cœur, le couteau vient de faire un quart de tour.
« Tu ne comprends donc pas… J'attends un enfant. » continua son amie avec prudence.
Milo en reste bouche-bé. Son cœur se serra. Il voit son souhait se briser en quelques secondes. Et il apprend que c'est un autre qui lui a volé son rêve. Aurora se retourne pour lui faire face.
« Seul le Grand Pope et Athéna sont au courant. »
Le silence.
Ne voyant aucune réaction de ce dernier, elle l'implore : « Je t'en prie, parles-moi Milo .. J'ai besoin que tu me dises quelque chose ! »
Serrant les poings, il tourne les talons sans un regard pour sa bien-aimée. Il est trop en colère pour rétorquer quoique ce soit.
Aurora est envahie par l'amertume. Milo est la première personne à qui elle a confié son secret. Et il vient de l'abandonner. Une terrible angoisse s'empare d'elle. Elle sait parfaitement qui est le père de cet enfant. Maintenant elle doit lui dire… et faire un choix.
« Je dois rester forte ! » tente t'elle de se convaincre.
Après avoir sécher ses larmes et remis son armure en place, la jeune-femme reprend le chemin des douze maisons. Un passage dans la colline permet d'y accéder plus rapidement. Les larmes de la jeune-femme s'étaient taries; elle s'assise sur les marches devant le bâtiment, contemplant le reste du Sanctuaire en contrebas. Elle tente par tous les moyens de chasser ces pensées qui obscurent son esprit.
« Les hommes... Ils ne sont que source de problème. Ils sont une entrave à mon jugement et mon statut de chevalier. » songe-t-elle.
Arpentant le sentier caché, Aurora arrive derrière le Temple du Verseau et le contourne par le sentier secret en prenant soin de dissimuler son énergie. Elle n'a point envie d'avoir à faire au Maître des Glaces. Elle sait très bien qu'elle n'a point la bénédiction de ce dernier. Même s'ils ont du respect l'un pour l'autre, Camus veille sur son ami de toujours. Cependant, c'est peine perdu pour le Serpentaire. Elle ressent une énergie familière non loin de là alors qu'elle vient d'aborder le passage menant à la maison du Capricorne. Elle s'immobilise un court instant.
Prenant son courage à deux mains, Aurora décide de faire face au personnage qui se tient à quelques mètres d'elle : fier, l'air grave, cette élégance naturelle qui lui ait reconnue, le Verseau se tient là et la dévisage sans un mot. La lune fait étinceler son armure dorée. Cape au vent, il considère la 13ème gardienne.
« Et bien ! Je t'écoute Camus … » lui rétorque le Serpentaire déjà irritée.
Le Français ne dit mot. Il défie du regard la brune de longues secondes sans baisser les yeux, puis retourne à son temple.
« L'imbécile ! Je vais réchauffer le cœur de cet iceberg sur pattes ! » clame la treizième en fonçant au temple du Verseau. Elle y rentre sans l'accord de son propriétaire.
Camus l'attend. Elle s'exclame telle une Lionne : « Pour qui te prends-tu ? Si tu as quelque chose à me dire, ne garde pas ça pour toi chevalier ! »
Point brusqué par le ton aigre de sa sœur d'arme, Camus se dit que décidément, le Serpentaire et le Scorpion font la paire avec leur caractère fougueux.
Car elle veut une réponse et elle lui envoie telle une gifle : « Camus ! Cesse donc ce jeu du guerrier taciturne. Comme n'importe quel homme, tu as des émotions alors dis ce que tu penses, ne te gênes pas ! »
Le Verseau souffla et ferma les yeux. Quelle impétuosité en cette femme chevalier, il ne s'y fera jamais : « Et que veux-tu que je te révèle que tu ne sais déjà, Aurora ? » riposta froidement le 11ème gardien.
« Finalement tu n'as pas perdu ta langue ! »
« Milo a le cœur brisé. Nul besoin de tergiverser. »
« En quoi cela te regarde ? »
« Nous avons l'âme des conquérants, et c'est toi qui a séduit Milo. Je l'avais pourtant prévenu. »
« Qui es-tu pour en juger ? Sommes-nous pas les serviteurs de la justice et l'amour ? De toute façon, qu'est-ce que tu y connais en relations, toi, Mister Freeze ? »
Camus fut outré. Comment peut-elle le qualifier d'un célèbre nom de glace pour enfant ?
Il lui répond rudement : « Je ne fais que constater. A toi de réparer la peine commise. »
« Sinon quoi ? Qu'est-ce que tu vas faire ?» cingle Aurora en s'approchant du Seigneur de l'eau.
Camus est imperturbable. Il ne veut pas enfoncer une porte ouverte en n'en rajoutant. Il s'éloigne, préférant éviter une guerre de mille jours avec sa camarade qui s'esclaffe : « C'est ça, vas- t'en, Mr le Donneur de leçons du Sanctuaire. Natalià sera ravie ! »
Camus s'immobilisa un instant. Pris en défaut, il se contente d'ignorer les remarques aigres du Serpentaire et créer un froid glacial autour de lui.
Aurora exulte : « Bigre qu'il gèle ici ! Il en a fait exprès ... Il ne perd rien pour attendre.»
La guerrière quelque peu frigorifiée par le climat qui règne dans le temple se ravisa et repris la route de sa demeure. Au passage elle salue Shura qui la sent ravagée. Après Milo c'est au tour de la Treizième. Il l'a distingué lorsqu'il a traversé sa maison, tentant de camoufler le trouble qui habite son âme. Il sait, tous comme les autres Saints que ces deux-là se cherchent ces derniers temps. L'amour entre chevaliers d'or, ça toujours été un challenge, un chemin sinueux. Un souhait inavouable.
Le Saint du Capricorne rattrape sa voisine : « Que t'arrive-t-il ? »
« Mes soucis personnels t'intéressent ? » .
« Tu es bouleversée Aurora. »
« J'ai besoin d'être seule. J'en ai eu assez avec l'autre frigo là-haut ! » en désignant le temple de Camus d'un vif geste du menton.
L'Espangol aborde un rictus. L'insolence du chevalier l'a tant offusqué au départ. Au fil du temps il s'est accommodé à l'exubérance du Serpentaire. Shura a de l'estime pour elle. Il lui a reconnu un grand sens de l'honneur, une forte détermination pour la justice et la foi en Athéna. Il l'a vu lui aussi sauver la vie de ses frères d'arme sans rien demander en retour. Il a reconnu qu'il l'avait mal fondé son jugement. Qu'importe, il aimerait l'aider aujourd'hui. Cependant, Aurora ne semble pas réceptive à un soutien quelconque.
« Comme tu voudras. Tu sais où me trouver. » termine t'il.
Ce dernier regagne son temple non sans se retourner pour observer Aurora. Même de dos, il ressent son désarroi. Elle n'a pas bougé. Elle est en train de pleurer. Shura n'a pas l'habitude de ce genre de situation. Tout chevalier est censé faire abstraction des états d'âmes qui pourraient les encombrer. Il décide de retourner la voir. Le dixième gardien pose une main amicale sur l'épaule de sa voisine, touchée par un tel geste de la part du Capricorne.
Elle saisi la main chaude de son collègue : « Merci mon frère… »
Aurora repart vers sa maison, frustrée, abbatue. Elle ne mangera pas ce soir. Elle préfère oublier cette journée et retrouver les bras de Morphée. En espérant qu'un miracle s'accomplisse afin qu'elle ne pense pas à Milo. Demain elle partira en mission, loin de tout, de ces ramassis de sentiments et cela lui changera les idées.
Le Grec n'a presque pas dormi de la nuit. Ses pensées sont pour Aurora, les aveux qui lui ont prononcés l'ont ébranlé au plus haut point. Il se sent stupide, humilié. La nuit porte conseil. Il présume que demain est un autre jour. Le Scorpion se réveille aux aurores, plus posé que la veille. Néanmoins c'est comme si le monde avait changé. Allongé sur le ventre, face à la fenêtre, le menton posé sur ses bras croisés de son lit, sa conscience a déserté son corps. Il n'est plus que deux yeux, dans lesquels on ne décèle rien. Aucune malice, aucun désir, aucune joie, aucune admiration… pas même une trace de concentration ou d'attention.
Non, le Saint d'or du Scorpion, gardien de la huitième maison, n'éprouve rien en ce moment. Plus rien n'est pareil. Il se sent vidé.
Il va se préparer, pris son petit-déjeuner préparé par son domestique et enfila sa tenue d'entraînement. Ce matin il doit prendre en charge les enseignements des femmes. Souhait évoqué par Aurora il y a quinze jours et qui le trouve excellent professeur. Il prie Athéna de ne pas croiser cette dernière. Par chance, la matinée est passée à la vitesse de la lumière. Il était concentré sur ses disciples, secondé par Marine.
A la pause déjeuner, ils échangent simplement. Milo apprécie Marine. C'est une femme bien. Un bon chevalier. Aiolia a toutes les raisons d'aimer cette fille. Elle porte toujours un masque malgré la loi abolie par Athéna. Milo sait qu'elle a du mal avec les nouveaux protocoles. Toujours est-il que le chevalier de l'Aigle sent une frustration se dégager du Scorpion. Elle ne sait pas si elle peut lui en parler. Milo pourrait se braquer et ce n'est pas ce qu'elle désire.
Ce dernier s'étira puis se leva. Il annonça : « Allons-y Marine, les apprenties nous attendent. »
« Milo … » dit simplement Marine, en lui prenant le bras.
La voix monocorde de la Japonaise lui parvint.
« Qu'y a-t-il ? » fit ce dernier.
« Tu es soucieux. Si je peux t'aider en quoique ce soit… »
« Tout va bien. »
Le brun s'entendit mentir. Il n'a aucunement envie de parler de ses sentiments à la bien-aimée de son ami Aiolia. Mais cette dernière par sa douceur et son tact le rassure : « Je peux t'être d'une aide si tu as besoin. »
Le jeune-homme ne répond pas. Il regarde dans le vide s'ouvrant devant ses yeux. Ce n'est pas le moment de verser des larmes. Cela lui fait tellement mal quand il pense à son amour perdu. La tristesse demeurait, ancrée à lui comme une marque au fer rouge.
Reprenant contenance, il dit à sa camarade argentée : « Le 8ème sens est un don chez les femmes. »
Marine regarde Milo s'éloigner. Elle aimerait l'aider. Comme la plupart des Saints, elle a compris que Milo et Aurora partagent des sentiments similaires et qu'ils préfèrent le camoufler par crainte pour leur caste et leur amitié. Les relations entre Saints d'or ne sont pas bien vues. Tout le monde le sait au Sanctuaire.
Durant l'après-midi elle a fait une autre tentative pour dialoguer durant une pause accordée aux aspirantes. Debout les bras croisés, Milo médite tranquillement. Les femmes le regardent avec admiration. Il faut dire que le guerrier dégage beaucoup de dignité comme tous les Saints d'Or. Ils étaient des hommes attirants et prospères dans la fleur de l'âge. Et le Scorpion est un homme très séduisant et valeureux. D'ailleurs il se souvient qu'Aurora le chambrait souvent à ce sujet.
Marine intervient à ses côtés et lui murmure: « Je ne suis pas peut-être pas une femme avertie en ce qui concerne les affaires de cœurs, saches que celle que tu as choisie est envahie par la tristesse en dépit de tout. »
Le Serpentaire se serait-elle confiée à elle ? Elles ne sont pas proches pourtant.
En guise d'explications, Marine admit : « J'ai simplement scellé son âme. Intuition de femme. »
Milo se contente de réagir en soupirant longuement. L'Aigle a saisi : il ne veut pas en discuter. Il est trop fier. Mais elle avait surpris une conversation entre Aiolia et lui-même il y a quelques semaines, ce qui renforça son ressenti au sujet des deux guerriers dorés.
C'était après avoir assisté à l'une des fameuses missions cachées du Serpentaire. Ils avaient pu découvrir à quoi s'adonnait leur 13ème chevalier d'Or des mois après leur rencontre : la danse. Une danse au combien déconcertante pour les chevaliers présents, peu habitués au mode de vie contemporain. Aurora leur avait promis un jour qu'ils pourront juger ses compétences artistiques à condition de ne pas lui dire quand ils seraient dans la salle : « Ils me déconcentreront ! » avait-elle dit au Pope lorsque ce dernier lui a suggéré de « sortir » ses camarades afin qu'ils oublient leur vie de chevalier quelques heures. Ces derniers ignoraient totalement qu'elle usait de ce don secret pour apporter des fonds au Sanctuaire et les fondations Kido.
Selon le Lion, Milo avait été le plus estomaqué par les prestations de sa partenaire de combat. Il fanfaronnait d'ailleurs à ce sujet : « Tu en avais la mâchoire qui se décrochait mon ami ! » avait-clamé non sans enflammer le Scorpion qui lui a répondu qu'il avait mal vu.
Ils avaient argumenté sur les performances d'Aurora et admettaient une grande éloquence et une agilité incroyable. Elle était alors une simple jeune-femme talentueuse et non un Saint d'Or. Milo et Aiolia, tout comme le reste de leur groupe se questionnait sur le pourquoi du comment leur sœur d'arme était d'une telle force et une aisance sans pareil pour être chevalier un jour et danseuse la nuit devant des milliers de personnes. Car en plus de cela, elle était très estimée.
Les Argents avaient vus plusieurs fois leur amie danser. Argol et Asterion sont ses premiers admirateurs. Parmi les Ors, c'est Aldébaran et Angelo qui furent les premiers à apprécier ses talents. D'autres comme Shaka s'empourprait à la vue des déhanchements du Serpentaire qui n'y voit là qu'une façon comme une autre d'exprimer ses ressentis. Son côté libéré ressort fortement à ces moment-là. Shura et Camus ont apprécié le spectacle même si : « Aurora était d'une inconvenance peu loquace. »
Pour eux il n'a pas été simple de fouler des endroits publics et quitter leurs tenues typiquement Antique pour revêtir une plus contemporaine. Aurora avait personnellement insisté pour les relooker. Ce qui a causé une énorme contestation de la part des Ors, estimant qu'ils n'avaient nul besoin d'une nounou pour les habiller. Aurora était tellement obstinée qu'ils ont fini par céder s'ils voulaient se débarrasser d'elle. Quand ils sont sortis ensemble la première fois, Aurora avait proposé de les amener au restaurant, une autre fois au musée histoire de les décoller de leur rôle de protecteur pour créer de nouveaux liens.. Elle fut surprise de constater qu'ils s'étaient diverti.
Après cette première soirée artistique, ils sont allés féliciter Aurora. Et ils n'étaient pas les seuls, quelques admirateurs du côté des Marinas et des Sceptres étaient de la partie : le Général Baian avec qui elle est "amie" ou le Spectre Sylphide du Basilic, le guerrier des ombres qui l'a toujours respecté. Le Garuda était là. Il contemplait le Serpentaire et serrait les poings de voir son ex chevalier d'Athéna « exécuter des mouvements obscènes pour une femme de son rang ».
Que l'on sert l'armée Athéna, Hadès ou Poséidon, chacun restent avant tout des guerriers fiers et puissants. Aurora, elle, s'en moque éperdument. Elle est elle-même avant tout. Et sa valeur de chevalier n'a jamais été remis en cause. Les Argents étaient également là. Argol n'en perdit pas une miette. Marine n'a jamais voulu regarder ce genre de spectacle. Elle respecte Aurora en tant que chevalier. En tant que femme c'est autre chose. N'ont pas qu'elle soit envieuse de quoique ce soit. Elle a simplement du mal à intégrer que le Serpentaire assume totalement sa féminité même sous une armure.
Protéger le sanctuaire est sa mission première, protéger les autres est quelque peu complexe, surtout lorsqu'on est du sexe féminin et qu'on s'appelle Amaria.
Flash-back : Août 2006, Rodorio
Lorsqu'une femme du Sanctuaire ou du village subit les méfaits de gardes ou de chevaliers, c'est à Aurora à qui l'on s'adresse... Quand c'est possible. Elle n'est point indisponible. Mais il faut être chanceux pour l'approcher. Beaucoup de jeunes-filles restent terrorisées par les menaces des individus qui s'en prennent à elles et préfèrent garder le silence par crainte de représailles. Marine se souvient de cette histoire avec l'une d'elle, Amaria.
Elle occupe un emploi de marchande d'épices à Rodorio et fourni le Sanctuaire de ses aromates. D'une grande finesse, elle attire les hommes du village ce qui cause bien souvent des tracas à son vieux père Ilyasus. Maintes fois elle a repoussé les indésirables. Et puis un jour qu'elle monte au Domaine sacré avec ses provisions, elle fut bousculée en chemin par des sous-officiers intrépides. L'un deux, Jacob, est l'époux d'une de ses amies. C'est un homme brutal et misogyne. Elle le hait au plus haut point et se demande comment il a pu trouver une femme aussi dévouée que son amie Julia. En les voyant à quelques mètres d'elle, Amaria tressaillit. Ils sont trois. Elle sait ce qui l'attend.
Amaria songe alors qu'elle aurait aimé apprendre à se défendre, comme le font les femmes du Sanctuaire. Et comme l'a préconisé le Chevalier Aurora qui a mis en place un regroupement de self-défense au sein du village, interdite d'accès aux hommes et menée par une femme chevalier de Bronze, Georgia qui représente la constellation du Lynx. C'est une guerrière intrépide et forte, dans la même trempe que son aînée. Elle a obtenu son armure il y a des années, supervisée par Aurora elle-même. Amaria n'a jamais trouvé le temps d'y aller. Elle se pourvoit en excuses, maintenant face à ces gardes. Ces derniers lui demandent de stopper sa progression. Jacob ne lui laisse pas le temps de répondre et la saisit par le bras :
« Alors ma beauté, on se promène ce matin ? Tu veux que l'on t'accompagne peut-être ? »
Amaria fut saisie par le dégoût en sentant l'haleine de l'homme et l'odeur infecte d'alcool qui s'en dégageait. Un de ses comparses se colle à elle et tente un baiser volé. La jeune-fille recula et lui envoya une gifle monumentale. Ce qui eut pour conséquence une droite de Jacob : « Petite insolente, tu te crois forte peut-être ? »
« Si vous me toucher je me plaindrais au chevalier du Lynx ! » rétorqua cette dernière.
« Et comment tu feras pour la retrouver ? Elle est en mission ! » Lui dit un des gardes.
« Alors je parlerai au Seigneure Aurora, elle me croira ! » assura Amaria.
Les gardes eurent un rire sarcastique et l'un d'eux dit :
« Le Serpentaire ? Crois-tu qu'elle est que cela à faire que d'aider une pauvre servante comme toi ? Elle n'est bonne qu'à être dominée cette catin ! » Pesta Jacob.
« C'est faux ! C'est un bon chevalier qui défend le droit des femmes, elle me comprendra ! »
« Arrêtes de rêver! Encore faudrait-il que tu parviennes au camp des chevaliers pour la trouver ! » Puis de reprendre : « De toutes façons personne ne croira une pauvre marchande qui séduit les hommes du village ! On t'a vu passer du bon temps avec ce gamin. Petite traînée ! »
« Mario est un ami, nous n'entretenons nulle relation ! Je vous défends de dire cela ! » Réplique Amaria.
« Silence ! » lui clame Jacob en la frappant violemment.
Elle tombe au sol et sentit son poignet craquer.
« Tout le monde sait que tu n'es qu'une catin. Même au Sanctuaire les rumeurs courent à ton sujet ! Ta réputation est faite ! »
Amaria est désespérée. Tout cela pour une vulgaire tournée d'épices chaque semaine, la voilà reléguée au rang de séductrice. Le sous fifre de Jacob se mit derrière elle et lui tint les bras pendant que le second lui commet des attouchements. Elle voulut se débattre mais rien à faire, ces gardes sont bien de trop forts pour elle. Le tant redouté arriva : Jacob l'empoigna méchamment et la jeta dans un coin d'ombre d'une falaise, pendant que les deux autres veillent les alentours.
Amaria donna des coups de pieds en guise de défense mais le harceleur rit : « Tu es sauvage toi, j'aime bien ! Allez laisse-toi faire ça n'en sera moins difficile! » En lui caressant le visage qui révulsa Amaria.
Son supplice dura deux longues heures. On lui porta des coups et l'obligea à faire toute sorte d'actes humiliants. Quand il eut fini de la torturer, c'est fut au tour de ses deux collègues : « Finissez-la, ça lui donnera une bonne leçon à cette garce. » assura Jacob : « Et si tu parles de quoique ce soit à quelqu'un je tue ton père, ta copine, et toi je te découpe en rondelles pour qu'on ne te retrouve jamais. »
En fin de journée, Amaria demeura longtemps au même endroit sans savoir quoi faire. Elle erra au bord de la rivière et s'y baigna jusqu'à ce qu'elle se sente « propre ». Mais c'était trop tard, son amour propre, sa dignité de femme avait disparu en même temps que l'espoir. Personne ne l'écoutera. Jamais elle n'aura l'autorisation de se rendre jusqu'au temple du 13ème chevalier d'Or.
Jacob a raison. Elle devra déjà passer par les sergents. Que doit-elle faire ? Ces deux hommes sont violents et elle est sûre qu'ils recommenceront, avec d'autres. Certaines ont même gardé le silence.
Le viol est chose courante depuis des générations dans les pauvres villages aux alentours du Sanctuaire. Elle sait qu'au Domaine Sacré, c'est puni depuis cinq ans. Ce sont les femmes chevaliers elles-mêmes qui ont fait établir cette loi avec la bénédiction de la Princesse. Mais en dehors du lieu c'est tout autre chose.
Amaria ne veut pas en rester là. C'est une jeune-fille forte et battante. Certes, elle est choquée, bouleversée, une plante morte. Mais elle doit y aller coûte que coûte. Au nom de toutes les femmes salies. Aller trouver le chevalier du Serpentaire, son modèle, celui de toutes les femmes.
Elle prend son courage à deux mains et se dirige vers le village. Il fait nuit. Son père est certainement en train de dormir. Elle en profitera pour s'extraire tôt demain matin de son lit et ainsi éviter les questions embarrassantes. Il dort à point fermés lorsqu'elle arrive à leur domicile. Se réfugiant dans ses draps, elle s'endort presque aussitôt. Elle réfléchit à un stratège efficace pour se rendre au Domaine Sacré demain matin, sans être reconnue par ses agresseurs.
Elle se réveilla finalement vers 5h. Trop énervée pour rester au lit. Elle se rend chez son amie, la femme de Jacob. Ce dernier dormait encore. Il l'avait battue la veille. Julia en portait les coups. Elle eut un pointe au coeur, émue par la condition de cette fille soumise à ce pervers narcissique.
Amaria tenta de dissimuler ses marques aussi. Julia ne remarqua rien. Elle lui demanda cependant de faire quelque chose pour elle : « Peux-tu me remplacer pour aller fournir le Sanctuaire ? Aujourd'hui je dois me rendre en ville voir le médecin. Tu seras accompagnée de mon père. »
Julia accepte sans poser de questions. Cela la sortira de son quotidien malveillant.
Amaria lui donne rendez-vous une heure après aux abords de la sortie du village. Ilyasus qui a reçu le message de sa fille rejoignit Julia non sans s'interroger. En réalité, Amaria était cachée dans la cargaison qui contient un double fond. Elle profitera pour en sortir dès que l'instant se présente.
Durant le trajet, elle était angoissée : « Et si cela ne marchait pas ? Si on me punissait ? » Mais la conviction contenue en elle, en plus de la douleur terrible des coups la fit sortir de sa torpeur : « J'irais jusqu'au bout ! »
Une heure après, elle reconnut la voix de gardes à l'entrée du Sanctuaire laissant passer sans encombre le ravitaillement. Comme à l'accoutumée, la marchandise était attendue non loin du quartier des servantes, à 10 minutes de marche. La chef de service les accueille et pointe sur sa liste la commande puis propose un thé en guise de remerciements. C'est durant ce moment qu'Amaria ne doit pas se tromper. Déguisée en servante, elle pourra espérer aller au-delà du quartier des femmes.
Après vingt minutes d'attente, la chariote était vide. La chef partit avec son père et Julia prendre leurs dotes. Amaria n'eut aucune peine à se cacher dans les buissons adonnant aux dépendances. De sa cachette, elle distinguait le Palais du Pope et les douze maisons plus haut dans les montagnes. Pourvu qu'elle y parvienne ! Le chemin sera rude. Quand la nuit tombe enfin, elle sortit quelque peu éreintée. Elle prit le sentier menant aux quartiers des Argents. Elle connait un raccourci pour éviter celui des gardes et des Bronzes. Quand elle était enfant, son père avait un ami chevalier d'Argent qui l'avait invité en sa demeure. Elle croit pouvoir se souvenir de ce chemin. Mais les douleurs sont plus fortes que sa volonté. Épuisée, elle s'écroule par terre. Elle ignore combien de temps elle y est restée : peut-être une heure.
Elle sent une main la secouer. Puis une voix s'exclame durement : « Que fais-tu ici ? »
Amaria a entre aperçu l'inconnu : il était grand, de longs cheveux châtains jusque dans le bas du dos et porte une belle armure argentée. Elle ne distingue pas son visage.
« Un chevalier ! » songea-t-elle.
« Je cherche à gagner le quartier des Saints d'or aidez-moi je vous en prie chevalier ! »
L'homme la ramena sur ses épaules sans lui poser de questions. Amaria se dit qu'elle est fichue. Prise de remords, elle perd connaissance.
A son réveil, il fait jour. L'endroit était modeste. Une vieille femme était à côté en train de faire un somme. Après quelques secondes, une autre entra. Elle doit avoir la trentaine, les cheveux roux et porte une tenue d'entraînement comme elle en avait vu parfois lors de ses visites au Sanctuaire.
Elle réalisa enfin : « Mon Dieu suis-je toujours au Sanctuaire ? »
La femme gronda : « Que t'est-il arrivé ? Quel est ton nom ? »
« Je m'appelle Amaria. Je travaille au village de Rodorio. »
« Pourquoi n'es-tu pas là-bas? Sais-tu que le Domaine Sacré est interdit aux étrangers ? »
« Je le sais Dame chevalier. Je suis la marchande d'épices et je cherchais à contacter l'une de vous. Je me suis cachée pour pouvoir vous trouver.» Se justifie-t-elle.
« Tu as de la chance d'avoir été trouvé par un de nos camarades. Il est d'habitude strict sur le fonctionnement du Sanctuaire. »
« J'espère le remercier. » consentit Amaria.
« Bien. Je m'appelle Marine, je suis le Saint d'Argent de l'Aigle. Dis-moi ce que signifie toutes ces marques sa ta peau ? T'as t'on molesté ? »
Amaria fond en larmes. Marine fit signe à la vieille dame de sortir. Pendant de longues minutes qui lui parurent une éternité, l'Aigle se souvient avoir attendu que cette jeune-fille lui révèle la vérité.
Au bout d'un moment, quelqu'un toqua à la porte. Amaria reconnu immédiatement l'armure du guerrier sur le perron : c'était le même homme qu'hier soir, celui qui l'a secouru. Elle s'en souvient car elle avait été frappé par l'égide qu'il portait sur le dos lorsqu'elle était à terre : un bouclier représentant une créature mystique.
L'homme discute quelques instants avec Marine puis s'approche d'Amaria : « Je suis Argol, Saint d'Argent de Persée. Comment es-tu parvenu jusqu'ici sans te faire arrêter ? »
Amaria voulait hurler. Et puis, ces deux chevaliers sont d'une telle prestance. Ils sont encore plus nobles qu'on en dit.
Marine tente elle aussi de lui tirer quelques mots, en vain :
« Nous ne pourrons t'aider si tu restes dans le silence, jeune-fille. » continua Argol.
Amaria prit son courage à deux mains, malgré la crainte des chevaliers en face d'elle : « Je suis prête à tout vous dire si vous me menez aux douze maisons. »
Argol fronça les sourcils.
« Tu ne peux pas avoir ce genre de prétentions. Un chevalier de Bronze doit déjà avoir la permission pour se rendre au domaine des Argents. Et nous, nous devons avoir l'autorisation de ses gardiens pour traverser. » expliqua Marine.
« Vois-tu, c'est peine perdue. » lui assure Argol.
« Je me dois de rester sur mes positions. Je n'ai nul besoin de traverser les douze maisons. Je veux simplement échanger avec un seul d'eux. »
« Comment ça ? »
« De quel chevalier parles-tu ? » demande Persée.
« Je veux parler au Seigneure Aurora, elle seule pourra m'aider. » affirma t'elle.
Les deux Argents se regardent. Oser demander une audience à ce chevalier de haut rang.
Argol tente de la raisonner : « C'est impossible. Et puis elle est en mission. »
A ces mots Amaria versa de chaudes larmes de désespoir. Les Argents sentent une détresse immense chez la jeune-fille. Ils ne peuvent pas la laisser comme ça. Mais si Aurora est dérangée pour des pacotilles de jeune-fille, ils devront en subir ses foudres ainsi que tous les soldats censés garder le Sanctuaire. Alors que faire ?
Marine prit Argol à part. Après quelques minutes, ce dernier sortit. La Japonaise demeura avec Amaria pour tenter d'en savoir plus. Mais cette dernière garda les lèvres scellées. Environ une heure ou deux après, son camarade revint. Il fit signe à Amaria de le suivre. Ils marchent quelques minutes en silence. Elle voulait le regarder, pour savoir de quelles couleurs sont les yeux du chevalier, celui qui l'a sauvé.
Soudain, elle fut prise d'un malaise. Persée la rattrape juste à temps avant qu'elle ne se fracasse le crâne contre un rocher. C'est à ce moment-là qu'elle entend la voix d'un autre homme s'adresser au Saoudien : « Alors c'est elle ? » s'exprima ce dernier. « Pose-là. Je vais lui parler. »
Amaria ouvrit les yeux et s'étend devant elle un homme aux cheveux courts blonds foncés, pourvue d'une armure en or. Il avait un casque en forme de flammes dans la main gauche et posa ses doigts sur le front de la jeune-femme :
« Elle a de la fièvre, je vais la ramener à l'infirmerie. »
« Elle ne parlera pas, Aiolia. » prévint Argol.
« Je ressens la même chose que toi et Marine, ce cosmo... Ce n'est pas comme si cela arrivait tous les jours. » répond le gardien de la 5ème maison.
Alors c'est bien un des chevaliers de l'Elite du Sanctuaire devant elle, le Lion D'Or ? Amaria était soulagée. Ils ne lui feront jamais de mal. Déjà que les Argents ont été conciliants, elle imagine que les officiers le seront davantage. Et puis le cinquième gardien est reconnu pour sa générosité.
Amaria s'adressa à ce dernier : « Je suis honorée de vous rencontrer, Seigneur Aiolia. »
«Appelles-moi Aiolia. Dis-moi pourquoi tu veux parler au chevalier Aurora ? »
« Elle-seule pourra me comprendre. » dit Amaria en guise de réponse.
« Je te l'avais dit, elle ne dévoilera rien. Pas même à un Or. » affirma Argol.
« Amaria, nous sommes les frères d'armes du chevalier du Serpentaire. Nous lui transmettrons ton souhait si nous jugeons que cela est d'une importance capitale. Cependant tu dois parler. » répéta le Lion.
« Nous devinons les épreuves que tu as subi. Tu ne dois craindre de t'adresser à un chevalier. » s'exclama Argol.
« Je suis désolé. J'ai perdu confiance aux hommes lorsque ceux-ci m'ont maltraité. » affirme t'elle en pleurs.
« Qui t'a fait cela ? » réitère Aiolia.
« Si je parle ils tueront mon père et mon amie. D'ailleurs ils ne tarderont pas à constater mon absence.»
« Ils ne toucheront pas à tes proches. Mais pour cela tu dois parler. » assure Argol.
Amaria réfléchi de longues secondes. Pour la première fois elle se sent écoutée.
« Ce sont des gardes … Ils terrorisent les femmes de mon village, proche de Rodorio. Nous sommes livrées à nous même. Ils s'en sont pris à moi avant-hier. Et j'ai juré sur ma vie qu'ils auront à faire au chevalier du Serpentaire dont ils ont osé se moquer. »
« Je vois. Alors ces rumeurs sont vraies. » fit Aiolia
Argol continua : « Ils ne perdent rien pour attendre. »
« Je vous en conjure, n'intervenez-pas. »
Aiolia et Argol se lèvent et semblent discuter par cosmo interposé. Le Lion s'éloigne en disant à Amaria de ne pas s'inquiéter. Argol la ramène aux quartiers des femmes chevaliers.
« Tu restes ici tant que cette histoire ne sera pas éclaircie. » lui dit-il.
« Mais et mon père ? Mon amie ? Ils vont les tuer ! » Implora Amaria.
« Le chevalier Aiolia s'en charge. Maintenant manges et reprend des forces. C'est un ordre. » conclu Argol avant de la laisser avec une jeune-femme dans ses âges, Mina qui semble être une des nombreuses aspirantes du Domaine sacré.
Marine était revenue revoir cette dernière. Amaria avait passé de longues heures saisie par la peur. En fin de soirée, le chevalier de Persée était repassé lui dire que son père et Julia sont en lieu sûr. Elle se sentait plus sereine.
Puis ,elle osa se regarder dans un miroir : mon Dieu qu'on t'ils fait à son corps ? Elle en portera des stigmates à vie. Le lendemain elle va mieux et elle décide de se promener aux alentours, en promettant à Marine de ne pas trop s'éloigner. Elle se questionne de nombreuses fois. Elle aimerait tant tout raconter à son père mais elle a honte d'elle-même. Elle partit vers la plaine verdoyante qui borde le quartier des Argents et put admirer une partie de l'île. Elle aperçut le Colisée où se déroule les différents entraînements des futurs chevaliers, et un autre plus loin avec les gardes et des aspirants. Elle savait que les Chevaliers subissaient un entraînement spartiate dans un environnement difficile, mais elle n'aurait jamais imaginé que le Sanctuaire était presque littéralement un bout de rocher au milieu de la mer.
Elle réalisa soudain qu'elle s'était égarée pendant sa promenade.
« Marine va être inquiète et me passer un savon ! » pense-t-elle.
La nuit commençait à tomber. Son ventre gargouillait. Il était temps de rentrer. Mais elle prit la mauvaise direction et se retrouve dans les contrées inconnues du Sanctuaire.
Alors qu'elle escaladait difficilement une paroi rocheuse, une main ferme l'arrête : « Et où crois-tu aller comme ça ? »
Amaria descendit et se retourna pétrifiée par la voix directive.
Devant ses yeux s'élève un autre Saint d'Or : il porte une armure en forme de carapace, de longs cheveux châtain foncés et aborde un regard des plus fascinants. Un homme grand, la peau respirant le soleil, des yeux azurs magnifiques.
Amaria répond : « Je suis désolé chevalier, je me suis perdue. Je voulais rentrer aux quartiers des Argents. »
« Es-tu cette intrépide souhaitant une convocation avec le chevalier du Serpentaire ? » demande ce dernier.
« Oui je m'appelle Amaria. »
« Je suis Milo, le chevalier du Scorpion, gardien de la 8ème maison. Je vais te ramener auprès de Marine. C'est bien elle qui se charge de toi ? »
« C'est exact Seigneur Milo. »
« Milo suffira. Allons-y. » répond le Grec.
Ils firent route ensemble. En chemin, ils croisent le chevalier d'Or du Bélier qui salua ces derniers. Amaria pensait qu'elle n'était vraiment pas loin du but !
Elle demande au Grec : « Chevalier Milo, pensez-vous possible de m'escorter jusqu'au temple du Serpentaire ? »
« Tu n'abandonnes jamais visiblement… »
« Veuillez pardonner mon insistance. C'est important pour moi. Je vous promets de me montrer digne de ma demande et de ne point vous importuner. »
« Même si je le voulais je dois avoir l'accord du Serpentaire avant de t'emmener auprès d'elle. » explique le huitième gardien.
Amaria soupira. Qu'est-ce que c'est protocolaire pour une simple visite ! Surtout qu'on raconte que la 13ème gardienne est abordable.
Le brun le remarque : « Si je te dis que je lui parlerai, tu me promets d'être obéissante et rester auprès des Saints d'Argents ? »
« Je vous en donne ma parole ! » répond-elle avec enthousiasme. Ce chevalier est décidément bien à l'écoute. « Le chevalier Aiolia ne s'en-t-il pas chargé ? »
Milo : « Il a été appelé en mission. Et le chevalier Aurora n'est pas rentrée. »
Amaria trouvait ce Scorpion bon. Car on raconte que les Saints d'Or sont condescendants et peu causants. Eh bien, pour en avoir vu trois aujourd'hui, elle peut affirmer le contraire. Quand ils arrivent aux camp des Argents, le Scorpion la laissa, continuant son tour de garde. Amaria fut prise d'une espérance lorsqu'elle se coucha. Son souhait allait de grandes chances d'être entendu.
Elle resta ainsi quelques jours au Sanctuaire. Elle n'a pas eu la possibilité de parler à ses proches. Elle s'était faite une confidente en la personne de Mina qui lui conseille de devenir chevalier : « Tu saurais te défendre ! Nous sommes peu nombreuses à demeurer ici. La plupart laisse tomber rapidement. Soit elles meurent d'épuisement, soit elles deviennent fortes. Les autres comme moi, des aspirantes. »
« Ça demande mûre réflexion. » répond Amaria.
Elle qui a la sainte horreur de se battre.
Mina insista : « Amaria, tu ne comprends pas. Tu as réussi à rentrer au Sanctuaire. Personne n'en ressort ! »
« Peut-être serais-je l'exception qui confirme la règle ? » s'amusa cette dernière.
Mina leva les yeux au ciel : « Tu es bien sûre de toi ! »
« Connais-tu le chevalier du Serpentaire ? » Demande alors Amaria.
« Oui. Elle vient souvent manger avec les Argents. Elle nous entraîne aussi. Si elle apprend ce qu'il t'est arrivé, tes harceleurs n'ont aucune chance. »
« J'étais certaine qu'elle est de ce tempérament-là ! Je ne me suis pas trompée ! » s'enthousiasma Amaria.
Mina : « Ceux qui osent blasphémer en ont payé de leur vie ! »
« Est-elle aussi forte et belle qu'on le raconte ? »
« Elle est d'une grande beauté. Tous les apprentis se tueraient pour être entraîner par elle. Et on dit qu'elle fait tourner la tête des guerriers jusqu'au contrées des Enfers ! » pouffe-t-elle.
Amaria s'amusa. Pour elle ce qui compte, c'est de parler au Serpentaire. Elles se lièrent naturellement d'amitié et ne se quittèrent plus les journées suivantes.
Un jour lorsqu'elles sortent prendre l'air près des collines d'arbres fruitiers du Sanctuaire, elles profitent de leur après-midi pour discuter de leur vie et découvrir des coins idylliques du domaine. Amaria lui dit qu'elle ne devait pas s'éloigner. Elle l'avait promis au Scorpion d'Or.
Mina s'esclaffa : « Comment ? Tu as rencontré le chevalier Milo ? Beaucoup d'apprenties fantasment sur lui ! »
Amaria rougit.
« Je l'ai trouvé agréable mais je préfère le chevalier Aiolia ! »
Mina: « Décidément, tu as de la veine ! Mais le cœur du chevalier Aiolia appartient à Marine ! »
Les deux jeunes-filles rirent gaiement.
Sur le chemin du retour, un garde les arrête. Amaria reconnut l'un des agresseurs. Le bras-droit de Jacob. Elle fut paralysée et se cacha dans sa large capuche. Mina le remarqua. Ce dernier demande :
« Qui est-elle qui t'accompagne, femme ? »
« Est-ce une façon de s'adresser à une jeune-fille ? » rétorqua Mina.
« Comment oses-tu ? Je t'ai posé une question, réponds ! »
Mina recula d'un pas. Le garde réitéra sa question.
« Je n'ai pas à te répondre. Nous demeurons au quartier des Argents, nous sommes des aspirantes et sommes libres d'aller et venir. »
Le garde : « Petite impertinente ? Tu n'es même pas chevalier ! Ici vous êtes dans un lieu réservé aux Saints d'Or. Vous devez être punie pour avoir foulé cet endroit sans permission ! »
« Je l'avais complètement oublié ! Très bien nous rebroussons chemin. »
Garde : « Attend un petit peu. Pourquoi ta copine reste muette ? » Puis s'adressant à Amaria : « Hey, déclines ton identité si tu veux poursuivre ta route ! »
Amaria était pétrifiée. Mais le garde remarque l'indécision DE Mina. II poussa brusquement la jeune-fille et découvre le visage meurtri de sa proie :
« Comment c'est toi ? Que fais-tu au Sanctuaire ? Tu vas le regretter, pauvre folle ! » en giflant la jeune-fille qui tombe à terre.
Mina se précipite sur sa nouvelle amie et foudroya 'homme : « Ça suffit laisse la ! »
« Vas t'en d'ici ! Elle n'a rien à faire au Sanctuaire cette traînée ! »
« Elle est protégé par les Argents ! Tu n'as pas le droit ! » s'insurgea Mina.
Le garde se moqua d'elle : « Alors où sont ses protecteurs ? Allez, je vais m'occuper d'elle moi-même ! » En prenant Amaria par le bras il la menaça: « Tu vas commencer par me dire où sont ton père et ton amie, tu as compris ? »
« Plutôt mourir que de te le dire, primate ! » lui pesta à la figure Amaria.
Le garde la frappa et l'envoi une seconde fois à terre. Il lui inflige des coups dans le ventre qui firent cracher du sang à cette dernière. Mina voulu s'interposer mais l'homme est d'une agressivité sans pareil. Elle se jette sur le harceleur pour aider sa nouvelle amie et ce dernier l'éjecte contre un arbre.
Le soldat agrippa Amaria par le cou pour l'étouffer : « Garce ! Parles où je te ferais souffrir ! J'ai tout mon temps ! »
« Vas aux enfers ! » pesta Amaria, "Je te maudit !"
Ce qui provoqua un excès de colère de la part de l'homme.
« Tu lâches immédiatement cette jeune-fille, soldat. »
C'était une voix féminine autoritaire, inflexible. Elle marque l'arrêt, l'obéissance.
Le garde répond : « Qui va là ? De quoi je me mêle ! »
« Tu as intérêt à obéir … » ajouta une autre voix.
Le soldat qui tient Amaria eut à peine le temps de réagir qu'il sent un uppercut lui blesser la main.
« Mais … Vous m'avez fait mal ! » grogna ce dernier.
« Un lâche et une pleureuse en plus de ça ! » fit la femme mystérieuse.
Le garde commence à saisir la situation. Il perd subitement son sourire narquois et son assurance. Son visage devient livide. Amaria ne comprend pas.
C'est alors que trois formes se dessinent dans l'ombrage des arbres et apparues sous ses yeux, une aura doré les entoure : des Saints d'Ors ! Elle reconnut le Scorpion malgré la nuit qui tombe. Celui de gauche porte un masque en forme de crabe, grand lui aussi, séduisant, portant des cheveux courts et noirs. Il sourit avec indécence. Quant à la personne du milieu, la femme en question, elle est vêtue d'une armure en forme de serpents, digne et majestueuse. Amaria devine sa grâce sans nom.
La femme chevalier jaugea l'homme: « Que t'arrive-t-il ? Je t'ai dit de lâcher cette jeune-fille ! »
La garde pose Amaria par terre et baisse les yeux tel un enfant pris en faute : « Seigneure Aurora ! Je ne vous avais pas reconnu. Pardonnez mon langage ! »
« Cesses donc de jouer les gentils toutous à présent ! » en rajouta Angelo.
Milo inflexible ajouta : « Faut-il te le rappeler ? Prosternes toi ! »
Le garde posa un genou à terre et attend sa sentence.
Le Serpentaire s'approche doucement de l'homme, son armure résonnait sur le sol. Elle posa une main sur son crâne et déclara avec sournoiserie : « Masque de Mort, que penserais-tu du visage de ce charmant soldat pour orner le murs de ton temple ? Tu pourrais y débuter une nouvelle collection ? »
Le garde frémit. A son tour d'être pris au piège.
« C'est une bonne idée ma chère. De plus les misérables comme lui ne méritent que la mort ! » répondit Angelo sur le même ton de la dérision.
« Il n'est pas digne de mourir sous nos coups et ce serait immoral de verser son sang ici. Je vais donc prendre ta vie un peu plus loin si tu n'y vois pas d'inconvénients. »
Le garde : « Je vous en prie , je ferai ce que vous voulez ! »
« Cesses donc de l'implorer ! » s'exclama Milo.
Amaria était tant soulagée qu'elle en oublie qui se dressait en face d'elle : « Chevalier Aurora, il est bien de trop ignoble pour mourir de vos mains ! Vous allez vous souiller pour cette crapule ? Il est bête et faible ! »
« Et bien on ne m'a pas menti, tu es pleine d'impétuosité. Mais je vais devoir refuser ta requête. Il doit payer pour ses crimes. Je sais que ce qu'il fait avec son maître. »
« Si je voulais vous voir c'était pour ça ! J'espérais dialoguer sur une sentence plus juste. »
Angelo ironisa : « La mort est bien trop douce pour lui, je te l'accorde ! »
Milo fronça les sourcils : « Amaria, tu as remué ciel et terre pour que le chevalier Aurora punisse ces personnages. Pourquoi as changé d'avis ? »
« Certes chevalier Milo. Mais que votre camarade les punisse, pas qu'elle les mettent à mort. Je pense qu'ils doivent réfléchir à leurs actes et expier leurs péchés d'une façon ou d'une autre. Nul besoin d'avoir recours à la brutalité et entrer dans le jeu infecte qu'il jouait sur les autres. Vous allez mieux que ça chevaliers.»
Aurora hausse un sourcil. Cette gamine lui plait.
« Nous en reparlerons. En attendant, ce garde ira au Cap Sounion avec ses complices. Je prends personnellement la charge de ces bourreaux." Elle s'adresse ensuite au garde : "Tu vas me mener à tes deux acolytes ou je te transperce le cœur. »
« Oui Chevalier Aurora, à vos ordres ! »
« Seigneure Aurora ! » répète Angelo.
« A vos ordres Seigneure Aurora. Pardonnez-moi Seigneur Milo, Seigneur Angelo. »
« Mes amis, je vous confie ces jeunes-filles. Angelo, tu ramènes Mina au camp des Argents et dis à Marine de garder un œil sur elle. Milo, je te charge de t'occuper d'Amaria. Qu'elle aille à l'infirmerie.»
Milo et Angelo hochent la tête et prirent congés.
Durant le chemin, le Scorpion la transporte de maisons en maisons. Elles semblent toutes plus majestueuses les uns que les autres, et ce, malgré la nuit bien engagée. Elle put apercevoir d'autres chevaliers d'Or comme Aldébaran, Doko et Shura.
Elle aperçu Aiolia qui sourit à sa vue : « Je vois que les efforts de la jeune-fille ont payé !»
Les temples zodiacaux l'intéressaient particulièrement. Ils avaient été construit de manière si biscornue, que la jeune-fille peinait à trouver la logique qui se cachait derrière. Peut-être y avait-il un rapport avec la position des constellations ? Mais il y avait très peu à redire. Les Maisons étaient personnalisées tout en étant assorties avec brio, grâce au mélange de la culture grecque avec d'autres. Elles ne vit pas les autres gardiens. Les maisons étaient vides.
Arrivant à la chambre du Pope, elle ouvrit de grands yeux émerveillés. Il est magnifique, immense, des couloirs semblent ne plus en finir. Elle put admirer l'architecture, démonstration de la force et du pouvoir de la Déesse de la Guerre. Elle reconnait sans grand mal que c'était impressionnant.
Le Scorpion la confie aux guérisseuses : « Je vais regagner mon temple. Le chevalier du Poisson vient t'escorter tout à l'heure. »
« Merci à vous Milo. Je suis si heureuse ! »
Le Scorpion ressent une immense reconnaissance. Lui aussi a senti une énergie familière en elle.
Pendant que les prêtresse lui prodiguent des soins, Amaria repense à sa rencontre avec le Serpentaire. Elle qui croyait qu'elle n'aurait qu'une chance infime de la croiser.
« Que les Dieux soient remerciés », songea-t-elle.
On lui donne de quoi se restaurer et s'habiller. Elle ne s'est jamais sentie aussi bien. L'endroit est idéal pour se recentrer sur soi-même. Elle ressent une énergie douce et bienveillante sans en comprendre le sens. Elle comprend pourquoi le quartier des Ors est inaccessible. Finalement, elle s'assoupit dans un fauteuil, épuisée par les dernières 24h.
Un peu plus tard, on vint la sortir de son sommeil : « Jeune-fille, réveilles-toi. » dit document la voix.
Amaria ouvrit les yeux. Encore quelque peu somnolente, un homme se tient devant elle : les cheveux blonds descendant jusqu'à la taille, un grain de beauté au coin de l'œil, des yeux aux longs cils naturels et d'un bleu océan comme elle en a peu vu. Il a une très belle éloquence et il porte une armure d'or.
« Je m'appelle Aphrodite, Saint d'Or des Poissons. C'est donc toi qui as fait tout ce remue-ménage au Sanctuaire ? »
« Pardonnez-moi Seigneur Aphrodite. Il me semble néanmoins que tout cela n'a pas été vain. Dame Aurora a entendu mes doléances ! »
« Tu es bien intrépide et avec du caractère . C'est certainement ce qui a incité ma camarade à te prendre sous son aile. »
« Que voulez-vous dire ? » s'interrogea la jeune-fille.
« Pour ton bien et celui de tes proches. Le chevalier du Serpentaire t'expliquera tout cela. Lèves-toi, je vais t'accompagner jusqu'à son temple. » répond Aphrodite en lui prenant un bras pour le mettre autour de son cou.
Amaria surprise de rentrer dans l'intimité du Serpentaire, se laisse guider par le poisson et ne dit rien le long du trajet. Elle regarda le chevalier avec attention. Ce dernier s'en redit compte.
« Ne t'as-t-on pas apprit que de dévisager les gens est inapproprié ? » rétorque t-il avec dérision.
« Veuillez m'excuser. » rougit-elle : « Je constate simplement que votre réputation de guerrier bellâtre n'est pas qu'une légende. »
« Quelle audace ! Je vais t'apprécier. » rétorqua le Poisson.
Arrivés devant le temple du Serpentaire, Amaria eut un mouvement de recul.
Le Suédois le remarqua: « J'ai eu la même sensation la première fois. D'extérieur cette maison semble hostile. C'est pour dissuader les plus téméraires d'y entrer. Allons, n'aies crainte. C'est un grand honneur que t'accorde sa maîtresse. Montres lui qu'elle n'a pas eu tort de t'accorder sa confiance. »
Ils pénètrent dans la maison. La jeune-fille fut surprise de constater que l'intérieur reflète effectivement un tout autre monde : des colonnes de pierre imposantes font guise d'accueil, d'énormes flambeaux font briller les lieux. Une fontaine gît à l'entrée entourée de plantes exotiques où trône des reptiles dorés. La maison est surplombée d'authentiques sculptures aux abords de la demeure dont le sol est couvert de marbre. On peut y voir des scènes mythiques de la Grèce Antique. Amaria reconnaît parmi eux Apollon le Dieu de l'Amour, tenant un enfant à queue de serpent dans ses bras. Une statue d'un homme se tient au milieu de la salle : nu, son armure à ses pieds, des serpents encadrent son corps. Il ne porte que son casque et un sceptre.
Intrigué, Amaria fixe l'œuvre. Aphrodite lui explique : « C'est le premier guerrier du Serpentaire représenté ici. Il s'appelait Asclépios. Fils d'Apollon. Il a eu un destin funeste. A cause de ses pouvoirs quasi-divins, il a été puni par les Dieux. Athéna demanda à Zeus de lui laisser une chance. Il intégra l'ordre de la chevalerie à condition d'être ressuscité comme mortel tous les 500 ans. Le premier Saint d'or du Serpentaire est né. Le chevalier Aurora est l'ultime de sa lignée.»
La marchande est impressionnée et une quiétude s'empare d'elle. Est-ce le cosmo bienveillant de cette constellation qui lui fait cet effet ?
Quoiqu'il en soit, en entrant dans les appartements privés du temple, l'ambiance est tout aussi admirable : dans ce qui semble être la pièce à vivre, une vaste cheminée orne la pièce, face à elle deux divans aux tissus rougeâtres égaye l'endroit, une imposante bibliothèque située sur les côtés de l'entrée, quelques tentures décorent les murs, des tapis vénitiens apportent un côté chaleureux. L'endroit est sobre, confortable. Amaria reconnaît l'urne de l'armure du Serpentaire sur une colonne de marbre, seul son sceptre gise dessus. Plus au fond une porte donne sur l'extérieur du temple. Enfin une autre ouverture donnant probablement sur la chambrée du chevalier, le tout éclairé par quelques bougies et deux flambeaux.
Aphrodite la dépose sur l'un des sofas antiques : « Amaria, je te laisse ici. Un domestique viendra t'apporter ton repas demain. Aurora rentrera tard, la connaissant. »
« Vous de même Seigneur Aphrodite, je vous remercie d'avoir pris la peine de m'escorter. » répond Amaria, émue d'être dans la demeure de la plus puissante des chevaliers d'Athéna.
Après quelques secondes à admirer les lieux, elle décide de choisir un livre dans les archives du Serpentaire histoire de se détendre. Beaucoup d'ouvrages en français et en portugais, ses langues maternelles. De grands philosophes grecques et romains, des auteurs francophones et anglophones, des genres allant de poétiques, dramatiques, historiques à érotiques. Elle porte son choix sur des poèmes de Rimbaud. Amaria rougit. Comment une guerrière comme Aurora puisse-t-elle être gourmet de telles écritures ? En y repensant, cela ne l'étonne guère. Le garde qui a vociféré sur Aurora n'a pas tort dans un sens : ce chevalier a une popularité non négligeable auprès de la gente masculine. Et même si elle ne s'en vante guère, la luxure dont elle est férue est un péché mignon savamment gardé par cette dernière.
Après quelques pages parcourues, elle s'endort paisiblement. Plus tard, elle s'éveille surprise par la pleine lune qui noie la pièce de son éclat. C'est alors qu'une large vitrine en bois attire son attention. Elle n'avait pas fait attention tout à l'heure. Plusieurs armes sont soigneusement entreposées sur des étagères : divers couteaux aux manches ivoires à fines lames qui semblent provenir de tribus éloignées, des épées typiquement grecques, deux bâtons de kendo, des nunchakus en ors blancs et enfin des sabres gravées de symboles asiatiques surplombent le tout, un katana d'argent ancestral en tête du précieux trésor.
Amaria contemple le tout, elle peut même y voir son propre reflet sur les lames des sabres. Téméraire, elle approche sa main du katana, quand une voix l'interrompt : « Je ne ferais pas cela si j'étais toi … »
La jeune-fille se retourne. C'est le chevalier du Serpentaire. Elle ne l'a même pas entendu entrer.
« Dame chevalier, j'admirais votre attirail. Depuis combien de temps la possédez-vous ? »
« Depuis toujours. La plupart sont des trophées que j'ai acquis après des batailles. D'autres des offrandes de grands chefs. Et d'autres dont j'ai hérité de mes maîtres. »
« Vos maîtres ? J'ai constaté que vous possédez plusieurs armes d'origines japonaises. »
« J'ai reçu divers enseignements de cultures asiatiques et romaines. L'un de mes maîtres est Japonais et le meilleur en ce qui concerne l'apprentissage du combat. » explique-elle en s'avançant près d'Amaria, et de reprendre : « Même si les armes ne sont pas tolérées par Athéna, les chevaliers maîtrisent les arts martiaux. »
« Apprenez-moi à me défendre, Seigneure Aurora ! »
La guerrière sourit : « Nous en parlerons demain. Vas te recoucher. »
« Très bien ! »
La guerrière pris le chemin de sa chambre et en passant, fait quitter son armure d'Or de son corps de façon élégante : « Va armure du Serpentaire ! »
Les habits dorés reprennent leur place en totem et semble veiller sur le temple de son aura dorée. Durant la nuit, elle a cru voir l'armure bouger plusieurs fois, comme si « elle respirait ». Ce qui a quelque peu perturbé Amaria.
Vers les premiers rayons de l'aube, un domestique d'une cinquantaine d'année d'origine asiatique vient réveiller la jeune-fille : « Je m'appelle Eiko, je vous apporte votre petit-déjeuner. »
La brune a mal dormi en seconde partie de soirée. La vision de l'armure la considérant l'a troublée.
« Pourrais-je faire un brin de toilette ? »
Le servant lui indique la salle de bain située près de la chambrée d'Aurora. Un espace simple, tout de marbre, des planches en bois à terre auprès de la vaste baignoire, un lavabo, quelques plantes exotiques, et une armoire contenant des effets personnels.
« Vous pouvez vous servir, Aurora sama l'a personnellement suggéré. Voici quelques serviettes et des tuniques à votre taille. Si vous avez besoin je serais à l'extérieur du temple. Aurora Sama se repose de sa nuit. »
« Merci Eiko. » qui se courbe de façon respectueuse puis repart à ses tâches.
« Etre Saint d'or donne bien des privilèges » pense cette dernière.
Amaria se fait couler un bain et s'endort presque tant elle se sent bien. Une tunique propre et un pantalon l'attendent sur une chaise. La jeune-fille termine son repas matinal en lisant un livre. Elle remarque plus tard que la porte d'une pièce est entrouverte par un léger courant d'air. Lorsqu'elle veut la refermer, elle aperçoit le Serpentaire étendue dans son lit, nue, telle une sirène incorporelle. Un simple drap de soie cache une partie de son anatomie parfaite : mince et athlétique, cheveux détachés, les rayons du soleil léchent les courbes du chevalier. Elle remarque les nombreuses marques sur son corps, cicatrices, brûlures ainsi que des tatouages tribaux.
Au-dessus de l'imposant lit se dresse le signe zodiacal de la guerrière ainsi que deux autres plus petits : celui du capricorne et du scorpion. Elle balaye du regard la chambre et y découvre un dressing sur le côté, un bureau et une chaise, une armoire en bois, une petite bibliothèque, deux flambeaux sur les abords du lit, et quelques photos intimes sur sa table de nuit. Les vêtements d'entraînement de la guerrière sont soigneusement entreposés sur une penderie boisée, un large panneau blanc semi-transparent à côté. La chambre est d'une ambiance Japonaise elle aussi.
La marchande d'épice referme délicatement la porte de son aînée et décide de visiter le reste du temple. Il est si immense. De la fenêtre, elle a pu voir un jardin. Elle s'y rend par la petite porte aperçue hier soir. On ne peut y accéder qu'en passant par l'entrée du temple. Eiko est en train de jardiner. Le lieu est superbe et donne sur la mer. La petite prairie d'herbe et de fleurs resplendissaient de couleurs, toutes plus vives les unes que les autres. Le vent les faisait doucement onduler, donnant l'impression au spectateur d'assister à une danse secrète et mystique. Des insectes ailés virevoltaient en une farandole de forme et de teinte, exécutant une chorégraphie maîtrisée à la perfection, tel des danseurs de ballets. Elle aperçoit les maisons des voisins du Serpentaire : celui du capricorne plus en haut, sur la droite, le verseau perché à gauche et une partie du Poissons. Plus bas elle aperçoit le temple du Sagittaire et du Scorpion. Amaria se laisse guider par le doux parfum des fleurs dégageant des roses et les autres merveilles du lieu.
Eiko l'interrompt dans ses pensées : « C'est le seigneur des Poissons qui est à l'origine de ce chef d'œuvre. » explique t-il en tendant une rose blanche à son attention, une fleur aussi belle que la neige du matin.
« C'est magnifique, Messire Aphrodite a beaucoup de délicatesse. » fit Amaria.
Cette dernière reste un moment dans ce jardin semblant provenir des profondeurs du Japon. Aurora a l'air d'apprécié tout ce qui touche de près ou de loin à cette nation. Entre lecture et méditation, Amaria se sent sereine et espère que ce sentiment de bien-être ne la quittera plus.
Peu avant midi, elle aimerait se promener au Sanctuaire. Eiko lui explique le fonctionnement du Domaine Sacré.
Il lui prodigue les derniers conseils : « Normalement une civile ne peut demeurer aux quartiers des Saints d'Or. Il se trouve que vous êtes protégée par l'un d'eux. Vous pourrez traverser les douze maisons sans être arrêtée, se rendre aux quartiers des Saints d'Argent mais je dois vous procurer ce bijou Amaria San. » en accrochant une petite broche en or avec le sigle du Serpentaire dessus, « C'est un signe distinctif qui vous permettra d'aller et venir dans le Sanctuaire. Les gardes et les serviteurs sauront qu'ils vous doient respect et ainsi ne pas vous importuner. »
Amaria est très heureuse de porter ce laisser-passer. Elle sait que c'est un immense privilège. Après avoir remercier le serviteur, elle se dirige vers le chemin traversant les neuf temples qui précèdent sa marche en espérant que leurs gardiens ne lui diront rien.
Avant de partir, Eiko explique : « Si je peux me permettre, ne vous aventurez pas trop loin, afin de ne pas causer de tracas à Aurora sama. »
« Je vous le promets. Savez-vous si elle est réveillée ? »
« Elle ne se lèvera quand elle aura récupérée. Elle a été de mission toute la semaine. »
Amaria hoche la tête en guise de réponse et salue le domestique. En descendant les marches du temple menant à celui du Sagittaire, se sentant légère et fière.
Elle se perd dans ses pensées : « J'espère un jour pouvoir me battre aussi bien qu'un Argent ! »
La marchande est déterminée. C'est ce qu'elle souhaite : devenir forte aussi. Le parcours sera long mais sa volonté en dit beaucoup sur elle. Elle y arrivera elle en est sûre.
Sur le chemin, elle ne fait pas attention à la résidente de la 9ème maison qui sortait de son temple et trébuche dessus que cette dernière.
« Amaria, as-tu oublié de regarder devant toi ? » le reprit la guerrière aux ailes dorées.
Son armure est magnifique. C'est une jeune-femme d'environ 1m70, le teint hâlé, des cheveux foncés mi- longs, une allure svelte dégageant beaucoup de douceur. Elle est très jolie et semble d'une douceur incroyable. (« Les femmes chevaliers sont superbes ! » pensa Amaria.
« Veuillez me pardonner Seigneure du Sagittaire ! J'avais la tête ailleurs ! Vous me connaissez ? » demande la jeune-fille.
« Appelles-moi Mia .. » en lui tendant la main, « Les nouvelles vont vite ici. As-tu passée une bonne nuit au temple de mon maître ? »
« Oui ! Je sors m'aérer un peu. Dame Aurora dort. Je ne voulais pas la réveiller. »
« Je t'en prie, tutoies-moi. Nous sommes du même âge. »
Amaria étonnée répondit : « C'est entendu. Puis-je te demander quel âge tu as ? »
« Je vais fêter mon 17ème anniversaire en décembre. » répond la Sagittaire.
« En tout cas vous êtes digne de porter cette armure ! Je veux dire, tu es belle et forte. J'apprécie d'être entourée de femmes telles que toi. »
« Merci Amaria. Mais je t'accompagne jusqu'au temple du bélier, ainsi tu ne seras pas importunée par mes compagnons. Même si je constate que tu détiens ce laisser passer. »
Mia lui fait faire le tour de son temple. Elles discutent ensuite de leurs vies respectives. Comment Mia est devenue chevalier, son respect intouchable pour Aurora. C'est une jeune-femme généreuse, ouverte d'esprit et très calme. Elles semblent se connaître depuis des siècles. Elles passent un agréable moment.
Honnêtement. Amaria s'étonne que la communication soit aussi naturelle entre elles. Elles s'assoient sur les marches devant le temple et poursuivent leur conversation l'air de rien durant un moment.
Amaria, toujours entière ose lui demander : « Mia.. j'aimerai te dire .. Depuis que je réside au Sanctuaire, mon cœur s'affole .. J'ignore comment faire pour l'aborder. »
La Sagittaire s'exclame amusée : « Je vois. Est-ce un chevalier ? »
Son interlocutrice rougit : « Oui.»
« Sois naturelle et proposes lui de passer un moment ensemble. »
« C'est gênant. J'ai du mal à faire confiance aux hommes. Et en plus c'est l'un de mes superviseurs.»
« Tu sauras ce qu'il en est si tu lui parles. C'est peut-être réciproque. »
« Mais je ne sais pas comment m'y prendre. Nous nous connaissons seulement depuis deux semaines. Peut-être pourrais-tu me guider ? »
« Hélas, je ne pourrais pas t'aider. Je ne suis point spécialiste des mâles, comme dirait Maître Aurora ! »
« Comment, tu es vierge ? »
«Comme la plupart des femmes chevaliers. » sourit-elle. » Je me garde pour l'élu de mon cœur. »
« Oh …. Alors vers qui pourrais-je me tourner ? »
La femme dorée ria : « Vers une qui a de l'expérience. Il y en a au Sanctuaire. »
« Pardonnes-moi ma curiosité, vois-tu quelqu'un en ce moment ? »
« Peut-être .. »
« Oh j'ai trouvé ! Tu es aussi amoureuse d'un chevalier ! »
« Je me donnerai à lui une fois que nous serons prêts. »
« Il semble respecter tes doléances à la lettre, tu as beaucoup de chance d'aimer un homme qui te respecte ! »
« Tu le trouveras aussi. Les hommes du Sanctuaire n'ont guère de points communs avec les civils. Les principes de la chevalerie sont respectés en général. »
« Et ils sont très bien bâtis ! Forts, virils.»
La Chevalerie d'Athéna était un vivier d'hommes parfaits pour elle, un fabuleux rassemblement de corps taillés pour la guerre. Elle ne se lassait pas de ce spectacle, de ces statues Grecques vivantes au réalisme exacerbé.
Mia gloussa : « Nous femmes du Sanctuaire sommes habitués à côtoyer cela. Le Sanctuaire regorge d'hommes forts. Ils se doivent d'être ainsi en vue des entraînements qu'ils reçoivent depuis l'enfance et affronter des assaillants avec application quand le danger guette. »
« Qu'en est-il des femmes et des loi régis ici ? Tu disais que beaucoup restent purs ?»
« Les femmes se sont battues longtemps pour obtenir le droit de protéger Athéna. Alors que cela fait des milliers d'années que le Sanctuaire existe. Notre Déesse a su comprendre nos doléances et en tant que femme elle-même, s'est aperçue que la justice et le combat devait être accessible à tout le monde. Au début, c'était archaïque. Les combattantes portaient des masques, n'avaient nul droit de montrer quelconque féminité et de plus, renoncer à la procréation. Si elles aimaient un chevalier, elle devait renoncer à leur armure ou le tuer. Si elles tombaient enceinte elles étaient répudiées. Enfin elle devaient rester vierges. Cette règle fut abolie. »
Amaria, choquée s'exclama : « C'était abominable ! »
« Elles faisaient avec. Jusqu'à ce les femmes en discutent avec Athéna qui fut touchée par leur doléance. Elle a réalisé à quel point la vie leur est difficile en plus de toutes ces règles, et surtout peu égal à celles des hommes. »
« Comment cela s'est terminé ? Comment sont-elles parvenues à émouvoir Athéna ? »
« C'est mon maître et ses semblables qui ont fait remuer les mœurs." continue la neuvième gardienne,"Depuis toute jeune elle fréquente un milieu très masculin et demandait à son Excellence Shion plus de droits aux femmes chevaliers. Lorsque Aurora est devenue chevalier, Athéna l'a convoqué et elles auraient eu une longue conversation. Elle mit fin au suspense et a ordonné les mêmes droits que ceux octroyés aux hommes. »
« Cela ne m'étonne guère du Seigneure Aurora. Et donc vous faites ce que vous voulez ? »
« Quelques lois demeurent, comme ne pas porter d' armure d'or avant notre quinzième anniversaire sinon nous sommes libres de nos actes. A condition bien-sûr de pas empiéter sur notre devoir de chevalier, qui est une priorité absolue. »
« A quelles lois fais-tu référence, Mia ? »
« Nous les Saints d'Or, devons avoir la bénédiction d'Athéna pour aimer ouvertement un chevalier. Si cela est clandestin, ça ne doit pas être exposé au Sanctuaire. Et si l'une de nous tombait enceinte, Athéna décide de la marche à suivre : donner l'enfant ou quitter le sanctuaire.»
« En effet ça reste délicat. Je n'ose pas imaginer celle à qui cela arrivera. »
« Il n'y a nulle crainte à avoir. Si notre cœur est suffisamment pur, Athéna le sentira. C'est aussi simple que cela. »
« Mais tu disais aimer un chevalier ? »
« Oui et j'ai confiance en notre amour. Nous sommes des guerriers dont la dévotion envers la princesse reste intacte. Elle aime ses protecteurs. Elle a confiance en notre jugement.»
« Mais .. Ce que l'on raconte sur le chevalier Aurora et ses frasques ? Cela a dû causé beaucoup de tracas à votre déesse et le Pope ! »
« Je ne connais pas les détails, mais les polémiques importent peu nos souverains et encore moins Aurora. Elle a toujours accompli son devoir.»
« Entre nous, cela ne t'a jamais choqué ? »
« Non car mon maître reste un chevalier avant tout. » Elle reprit en soufflant : « Mine de rien, nous les femmes pouvons lui demander conseil pour les histoires de garçons ! Athéna et le Pope la connaissent, et de toute manière, mon maître n'en a toujours fait qu'à sa tête. Elle s'est tout de même sacrifiée pour nous tous.»
« On raconte qu'elle a fait des ravages dans le domaine de Poséidon et dans le Dodécanèse, et même rendu fou amoureux un puissant Spectre des enfers ? »
« Mon maître est une femme passionnelle. Je suppose qu'ils devaient être à son goût ! »
Amaria amusée poursuivit : « Je crois qu'elle est la personne la plus expérimentée que je connaisse ! »
« Dans notre enseignement de chevalier, comme l'était prodigué dans la Grèce ancienne, nous abordons très tôt la question du bien-être, de l'esprit, des songes liés au corps et à la sexualité. Il n'y a nulle position ou préjugé. Et comme j'ai eu de la chance d'avoir un maître féminin, nous avons pu discuter de tout cela. »
« Par exemple ? »
« Prendre soin de son corps, méditer, les bienfaits de la nature sur la femme Comment se donner à un homme et y trouver son propre plaisir. Aurora nous conseille de rester vierge et recourir aux premières expériences si l'homme en est digne. Je me souviens qu'elle me disait un jour : « Je ne suis pas un modèle en matière de relations amoureuses. J'ai perdu tôt ma virginité et j'ai grand peine à faire confiance aux hommes. Je connais mon corps et l'extase qui en découle mais je ne suis point bonne à marier. Préserves toi. Donnes toi à eux par pur égoïsme. »
« Elle reste quelqu'un de notable et objective. »
« Maître parle peu de sa vie privée. »
« Fréquente-t-elle quelqu'un en ce moment ? »
« Je ne sais pas. Je ne veux pas créer de polémiques à son sujet. »
« Alors je lui posera la question moi-même ! »
« Tu fais bien, c'est ton maître à présent, tu pourras tout lui demander. »
« Mon maître ? » s'étonna Amaria.
« Elle te prend sous son aile. Elle va s'occuper de ton avenir. » répondit Mia en lui faisant un clin d'œil.
« Que voulais-tu dire par « revenir de loin » ? Tout le monde en parle à Rodorio. Qu'ait-il arrivé ? »
La femme ailée pris une mine plus grave : « Comme je te l'ai énoncé, Aurora a gagné une bataille contre une réincarnation maléfique. C'était son destin. Elle aurait dû mourir. Je l'ai vu de mes yeux avec mes camarades et tous les autres guerriers présents. Elle a emporté cette entité avec elle. Ce fut terrible. Le pire qu'Aurora ait vécu même les autres chevaliers n'avaient participé à des batailles aussi sanguinaire. »
Amaria se tut quelques secondes. Elle en avait entendu parler de cette guerre. Elle remarque une soudaine tristesse s'emparer du Sagittaire.
« Tout va bien ? »
« Oui. » dit-elle ,« J'ai encore du mal à en parler. Ça été intense pour tous. On a notre façon propre à chacun d'aborder cette perte. Certains chevaliers avaient accepté la disparition d'Aurora, sans démontrer la tristesse qu'ils dissimulait en eux. D'autres la célébrait positivement, et d'autres furent si peinés qu'on ne pouvait que le deviner dans leur cosmo ou sur leur visage. Je faisais partie de ceux-là. »
« J'imagine que cela a dû être très dur. Comment l'avez-vous retrouvée ? »
« Cinq semaines après son sacrifice, nous avons appris qu'elle était bloqué dans un espace-temps après l'explosion. Trois chevaliers sont allés la chercher. Elle était rudement blessée. Elle a mis des mois à s'en remettre. Personne ne la reconnaissait. On s'est occupés d'elle. Et un jour, elle est partie se régénérer sur l'île Kanon, invalide. Puis au Japon. Lorsqu'elle est revenue il y a deux mois, elle était cette puissante combattante que tu as vue. Avec une nouvelle armure. »
« Quand a eu lieu cette guerre ? »
« Il y a un an.»
« Ce fut vraiment un combat si horrible ? »
« Oui. Aurora avait pour la première fois trouvée plus fort qu'elle. Mais l'a vaincue… A quel prix ! »
« Je vois. Tu préfères que l'on change de sujet ? » Mia hocha la tête. « Parlons des garçons ! J'espère un jour connaître le prénom de ce jeune-homme qui te fait tant rêver ! »
Mia ricana.
La Sagittaire redevient cette jeune-fille innocente en discutant avec une adolescente de son âge. Elles plaisantent de bon cœur sans se préoccuper de leur environnement. Mia propose de poursuivre leur chemin. En traversant le temple du Scorpion, Milo, était debout perché sur le toit de sa demeure en train de guetter les alentours, et eut l'occasion de se rendre compte de leur complicité. Il n'en fut pas moins surpris de voir la Sagittaire et Amaria riant aux éclats, ignorant totalement sa présence.
La neuvième eut un instant de lucidité lorsqu'elles furent arrivées en bas des marches : « Par tous les Dieux ! Nous n'avons pas salué Milo ! » s'exclama t-elle en se retournant, levant une main vers le Scorpion qui lui rendit.
Ainsi, Mia et Amaria franchirent le temple de la Balance vide, Doko étant occupé entre divers dossiers avec Shion au Palais. Puis le temple de la Vierge dont elles prirent soin de traverser doucement afin de ne pas déranger la méditation de Shaka, désabusé, qui les entendit glousser comme des poules.
Arrivées au temple du Lion, Aiolia sentit le cosmo du Sagittaire : « Bonjour Mia, Amaria. Qu'est-ce qui vous rend si joyeuses ce matin ? » Badine Aiolia.
« Bonjour Aiolia ! » répondit Amaria.
« Amaria me fait rire. Je l'accompagne jusqu'à la demeure de Mu. »
« On a probablement pris au passages quelques chakra du Seigneur de la Vierge ! » lance Amaria.
Cette adolescente lui rappelle la personnalité d'un certain Serpentaire.
« Très bien, ne perturbez pas trop Masque de Mort, il déteste être importuné. » conseille le Lion.
Ce qui amuse Amaria : « Oh vraiment ? Moi je l'apprécie ! »
Les deux jeunes-filles saluent le gardien de la 5ème maison et effectivement au temple du Cancer, Angelo était d'une humeur massacrante, comme souvent. Aphrodite était avec lui et semblait exaspérer.
« Voyons Angelo ! Cesses donc d'être désagréable, puisque je te dis que j'ai raison ! »
« Suffit poiscaille ! Et puis cesses de me parler de cela, tes cancans ne m'intéressent pas ! »
« Qu'est-ce que tu es mauvais ce matin ! »
Voyant Mia et Amaria débarquer et se retenir de rire, le douzième chevalier l'interpellent : « Que nous vaut l'honneur de votre visite ? »
« Dame Mia me mène jusqu'au en bas des douze maisons, Seigneur Aphrodite. »
« Et on peut savoir pourquoi vous riez comme des gamines ? » grommelle Angelo.
« Laisses-les tranquilles.. » répond le poisson à son ami: « Je vois que la soirée chez le Serpentaire a eu des effets positifs, tu rayonnes ce matin ! »
« Merci chevalier. En effet, je m'y suis senti bien. »
« Viens te joindre à notre table ce soir. Nous serons à la maison de Mu.» propose le poisson.
« C'est un grand privilège. » assura Amaria en se dirigeant vers la sortie, préférant éviter toute autre question indiscrète connaissant la curiosité du 12ème gardien.
Angelo et Aphrodite se regardent : que trafiquent les nouvelles amies ?
« La sagittaire devient copine avec la petite on dirait ! » rétorque Masque de Mort.
« Elles sont du même âge … As-tu senti cette énergie émanant d'Amaria ? »
« Ouais … Ça me paraît étrange, d'habitude, la cosmo énergie se développe plus tôt. Cette fille ignore-t-elle ses facultés ? » se questionne le Sicilien.
« Hum.. Seul l'avenir nous le dira. Dans tous les cas elle a des capacités insoupçonnées. » termine le poisson intrigué.
Plus loin, les acolytes ont atteint le temple des Gémeaux lorsque Saga les salue. C'est le chevalier le plus occupé du Sanctuaire avec Aurora. Ils gèrent ensemble tout ce qui touche aux commandements de l'armée d'Athéna.
« Bonjour Saga ! »
« Bonjour Mia. Que fait Amaria à tes côtés ? »
Amaria s'inclina respectueusement, impressionné par le troisième gardien : « Bonjour Seigneur Saga ! »
« Bonjour à toi. »
« J'escorte Amaria. Elle désire se familiariser avec le sanctuaire. »
« N'est-ce pas à Aurora de s'en donner la peine ? C'est son apprentie il me semble.»
« Elle a veillée toute la nuit, elle se repose. »
Saga fronce les sourcils. Quelle dormeuse ce Serpentaire. Amaria fut étonnée par le mot « apprentie ».
"Alors bonne excursion à vous deux. Mia, tâches de revenir pour 13h, le Grand Pope nous a convoqués pour une réunion. »
« J'y serais Saga. Je te remercie de me le rappeler ! »
Au temple du Taureau elles ne trouvèrent pas Aldébaran. Il était tranquillement en train de discuter avec le Bélier devant la première maison.
« Et bien en voilà de la charmante compagnie ! » s'exprima le Taureau dans sa bonne humeur habituelle.
« Bonjour Seigneur Aldébaran ! Bonjour Seigneur Mu !
« Amaria, Mia. » répondit Mü.
Ils passent un long moment à échanger sur tout et rien. Amaria est très enthousiaste et veut tout connaitre sur le domaine sacré. Le Taureau voulait en savoir un peu plus sur elle et des événements hors du Domaine.
Elle demande alors : « Messires chevaliers, cette nuit j'ai eu du mal à trouver le sommeil. L'armure entreposée m'a ébranlé. Comme si elle me regardait. »
Le Brésilien ricana : « L'habit du Serpentaire veillait simplement sur toi ! »
« Comment ? »
Son voisin explique doucement : « Les armures sont des entités vivantes. Celles constituées d'Or étant les plus puissantes sont aussi les plus réactives. Et celle de la constellation du Serpentaire contient un très fort allocentrisme, souvent guidé par l'esprit de son maître. »
« Elle a bougé plusieurs fois cette armure, c'était très étrange ! »
« Elle a dû ressentir tes tourments. » explique Mia.
« Je n'aurais jamais cru qu'une armure serait capable d'un tel prodige ! »
"Aurora est en communion constante avec son armure, plus que n'importe quel chevalier. » assura Aldébaran.
Amaria en reste sans voix. Quelle constellation incroyable, on ne lui avait pas menti.
Plus loin dans la 13ème demeure, la gardienne se réveille doucement. Aurora baille et s'étire tel un chat après un repos bien mérité. Se levant pour admirer l'extérieur, elle reste un moment devant la fenêtre de sa chambre et repense à la nuit précédente. Elle sourit, les yeux fermés et goûtant sa peau encore imprégnée de l'odeur de l'inconnu à qui elle s'est offerte. Jusqu'où cela va-t-elle la mener ? Le grand danger étant passé …
« Ma sœur, où est-tu ? Ton âme a-t-elle atteint le monde des morts sans encombre ? Es-tu en paix ? » Songe-t-elle.
Il y a un an, la menace était éradiquée. Aurora a encore du mal à s'y remettre. Elle a bien faillit y rester. Elle a le sentiment que c'était hier. Cela la heurte au plus haut point. Elle a gardé de terribles séquelles de cette bataille finale.
Elle est extirpée de ses pensées par son domestique : « Aurora Sama, je vous apporte votre repas. »
« Bonjour Eiko. » lui répond le Serpentaire sans se retourner, un simple drap couvrant son corps.
Le Japonais est habitué à l'impudeur de sa maîtresse. Il la connaît depuis l'enfance, elle a toujours été ainsi : libérée. C'est lui qui s'est occupé d'elle avec Mia et une servante lorsqu'elle était revenue infirme de cette guerre. Sans ambiguïté, il l'a aidé. Il sait que l'âme de cette dernière est possédée par la le plaisir de la chair. Il n'aime pas quand son maître s'adonne à ce type de libertinage. C'est son talon d'Achille : la passion.
« Quand va-t-elle enfin s'engager? » soupira-t-il.
Le Serpentaire sent son serviteur inquiet : « Eiko... Je t'en prie, fais-moi couler un bon bain. »
« Bien Maître. » répond l'homme.
Décidément, on ne peut rien lui cacher à cette jeune-femme. Aurora s'en amuse et fait sortir son domestique : « Tu peux retourner à tes occupations après. Tu sais que j'aime bien faire par moi-même. »
« Je serais dehors. »
Aurora aborde un sourire de satisfaction.
Cet Eiko est quelqu'un en qui elle a une confiance aveugle. Elle ignore ce qu'elle ferait sans lui parfois. Il l'a toujours été présent. Elle laisse glisser par terre ce drap de soie qui l'a préservait et plonge avec délice dans la baignoire. L'eau est chaude et parfumée aux agrumes comme elle aime. Penchant sa tête contre la paroi, elle repense à ces derniers mois.
Ce combat. Le combat de sa vie…
