REVEIL

Au même moment dans le Palais du Grand Pope, les chevaliers et les émissaires patientaient nerveusement. Les discussions ne fusaient pas des moindres. Depuis des heures, leurs compagnons étaient partis. Ils savent que le temps est décalé avec l'époque où Aurora aurait atterri. Dans quelle conditions allaient t'ils retrouver le Serpentaire ?

A t'elle réellement survécu ?

« Combien de temps cela va encore prendre ? » s'interrogea Angelo en tapant du pied avec agacement.

Mu lui répondit : « Je suis sûr qu'ils reviendront. »

« Pourvu qu'ils ne reviennent pas bredouille. » s'exclama Asterion de la Meute adossé au mur.

« Nous devons faire confiance à nos camarades. » prévint Aphrodite, « Shaka, as-tu repéré quelque chose ? » en se tournant vers la Vierge, assis en lotus.

« Ils semblent avoir pris le chemin du retour. » affirmait l'Indien.

« Un peu de patience alors. » ajouta Dante.

Certains méditèrent en silence, tentant de sentir le cosmo de leurs camarades, d'autres regardaient dehors comme pour y chercher des réponses.

Eaque du Garuda était bras croisés contre une colonne. Ses frères discutaient un peu plus loin en terrasse. Baian échangeait avec le Pope pendant qu'Athéna, assise sur son trône, n'avait pas bougé d'un pouce. Elle attendait un signe de ses chevaliers, son doux cosmo l'entourait.

Près d'une heure plus tard, l'armure du Serpentaire résonna soudainement fortement. Elle se mit à trembler frénétiquement sous les yeux de l'assistance interloquée.

« Ils arrivent. » prévint Athéna.

La Déesse concentra davantage son énergie, augmenta le cosmo divin quelques instants, faisant tressaillir ses chevaliers et les alliés présents tant il était spectaculaire. Une évasure temporelle se fit dans le mur du Palais à la droite de la Princesse. Quelques secondes plus tard apparu trois silhouettes.

« Milo ! Saga ! Aiolia ! » s'écria Aldébaran soulagé.

« Tu croyais que nous allions revenir seuls ? » s'exprima Milo chargé d'un précieux paquet, jetant un œil à la valeureuse guerrière blottie dans ses bras.

Tous furent stupéfaits.

« Aurora ! » firent en cœur la plupart de ses frères d'arme qui s'approchent du trio. Certains, touchés n'en revenaient pas et considéraient la treizième.

« C'est incroyable ! » fit Babel.

Le Scorpion leur fit signe de laisser de l'air à leur amie, très diminuée : « Elle a utilisé le peu de cosmo qui lui restait. » puis il se dirigea vers sa Déesse et en se prosternant il lui dit : « Déesse Athéna, le chevalier du Serpentaire est vraiment mal en point. »

La Divinité se leva de son trône. Elle descendit dignement les marches et se mit accroupie à hauteur du Scorpion, tenant le corps faible de la treizième qui réagit instinctivement au cosmo de la réincarnation Japonaise.

« Princesse.. » s'exclama Aurora en tournant la tête, « J'ai .. j'ai un rapport à vous transmettre. »

Le reste de la salle eut un rictus.

« N'en dis pas plus chevalier. Laisses-moi t'aider. » assura doucement sa divinité.

Elle posa sa main sur le cœur de sa protectrice et durant un moment elle guérit du mieux qu'elle put les blessures cosmiques infligées par Arès. Aurora qui souffrait le martyre, ne sentit plus rien. Sa Déesse raviva le cosmo presque éteint du chevalier.

« Merci, ô Athéna. »

Saori était touchée de voir l'état de la guerrière. Elle s'adressa ensuite à ses sujets avec un air plus directif : « A vous tous, je veux que le chevalier du Serpentaire soit soigné comme il se doit. Qu'elle soit sous bonne garde de jour comme de nuit. »

« Ça sera fait Princesse. » assura Shion en s'inclinant.

« J'aimerais être tenue au courant de sa santé régulièrement. » Puis, elle dit à la portugaise: « Chevalier, je te remercie de ton don de soi. A présent, reposes-toi et vis comme tu le mérites.»

Cette dernière hocha la tête avec reconnaissance.

Les chevaliers et le Pope ployèrent le genou laissant Athéna s'éclipser noblement dans ses quartiers, son sceptre dans la main droite, envoyant un dernier regard bienveillant au treizième chevalier d'or.

Shion ordonna : « Chevaliers, un tour de garde doit être élaboré. Doko, fais préparer le temple du Serpentaire afin qu'elle puisse rejoindre sa maison dès qu'elle ira mieux. »

Ce dernier hocha la tête.

« Milo, tu restes auprès d'elle aujourd'hui.» dit t'il au Scorpion.

« Oui votre Sainteté. » répond ce dernier.

« Demain, tu seras relayé par Shura. »

« C'est entendu votre Excellence. » répondit le Capricorne au Pope.

« Puis-je prendre congés ? » demande le Scorpion.

Il hocha la tête et s'adressa au Gémeau : "Saga, tu appelles les guérisseurs et fais venir les servantes possible. »

« Oui Seigneur Shion. »

"Mu, mets-toi en contact avec le médecin en chef de la Fondation Kido, il pourra nous aider pour soulager le chevalier du Serpentaire"

"Oui maître" répondit l'Atlante.

"Peut-on faire quelque chose pour vous aider ? » s'exprima alors Baian du Cheval des Mers.

« Je partage le point de vue du Général. Au nom du Seigneur Hadès, en quoi pouvons-nous être utile ? » continua Rhadamanthe.

« Nous vous remercions pour votre contribution. Vous pouvez retourner à vos domaines et transmettre nos hommages à vos Souverains. »

« Ça sera fait.» répond le Juge.

« Bien Grand Pope. » répondit Baian.

Shion remercie les émissaires. Avant de prendre congés, Baian s'approcha de groupe des Ors dont certains repartaient vers leurs temples. En chemin, il interpella le premier Gémeau : « Chevalier, peux-tu transmettre ces informations au Sanctuaire sous-marin, notre Premier Général t'en sera reconnaissant. »

Le troisième gardien considéra quelques instants le Canadien puis fronça les sourcils.

« Où est Kanon ? »

« En mission confidentielle pour l'Empire.

»

Le Grec reprit sa marche « Je vois. » consentit Saga. Ils dépassèrent ensemble l'entrée principale du Palais du Pope, le ton de sa voix se fit plus doux : « Tu peux avertir mon frère qu'Aurora sera bien gardée, cependant elle n'est pas sortie d'affaire. Il lui faudra un moment avant qu'elle ne récupère. Le Seigneur Shion ne l'a pas évoqué afin de garder le moral des troupes. »

« Je m' en doutais. » répondit Baian en descendant les marches du grand escalier, « Mes craintes au sujet du Serpentaire sont donc fondées. Que les Dieux guident les mains des guérisseurs. »

« Nous enverrons des missives à vos messagers régulièrement. »

« Connaissant Dragon des Mers, il voudra s'en assurer de lui-même. » ajouta le brun.

« Je ne le sais que trop. » ironisa docilement Saga, « Je suis aussi préoccupé par la santé d'Aurora. Jamais aucun adversaire ne l'avait atteinte de cette manière. »

« Oui. Peu d'antagonistes parvenaient à la toucher, même nous autres ou ceux qui l'a côtoyaient. »

« Elle reviendra plus forte. » Le vent leur répondit, soulevant la frange du Marina d'un mouvement souple et élégant. « C'est une guerrière admirable. » ajouta Baian, son regard vert dirigé sur le temple du Serpentaire dont le toit se dessinait à l'horizon.

« Je crois qu'on est d'accord. » continua Saga, « Aucun combattant de cette époque n'égale sa force et la guerre qu'elle a mené. »

« On dirait que nos ennemis sont parvenus à ébranler sa puissance. » » ajouta Baian sur un ton songeur

« Ils paieront pour cette offense. Mes camarades et moi-même s'y portons garants. »

« Je me joindrais avec plaisir à votre engagement. »

Au Palais au même moment, Shion balaya les personnes encore présentes dans la salle vaste illuminée par les rayons automnales du soleil Grec. Il aperçut Mia, ébranlée au plus haut point. Son maître si redoutable au corps à corps gisait presque incontinente dans les bras du huitième maison. Son mentor est réellement méconnaissable. Des larmes perlaient au coin de ses yeux.

Cette dernière se saisit de la main d'Aurora, émue : « Maître … »

Camus jeta un œil à ses compagnons. Habitué à l'attitude digne et guerrière depuis l'enfance, Asterion et Argol, tout aussi autant touchés par la vue d'Aurora défaite n'esquivèrent pas la moindre émotion et jettent un œil à leurs aînés. Aldébaran concerta du regard le Verseau et le Lion : Mia doit apprendre à contenir ses sentiments, surtout en ce moment alors que le Sanctuaire est en alerte Berserkers et que l'émotion du retour du Serpentaire gagne chacun des habitants de l'île qui vénère la valeureuse combattante comme un Dieu.

Aphrodite rose en bouche secoua la tête signifiant : « Elle doit apprendre .. »

Mia est jeune chevalier d'à peine quelques mois. Leur rôle est aussi d'inculquer les bonnes approches aux cadets, et Aurora n'a-t-elle pas donner des leçons sur la solidarité ?

Voyant la jeune-fille choquée, le français lui prit le bras doucement pour la mener plus loin. Il lui dit sur un ton le plus neutre possible : « Aurora a besoin de repos. Contiens tes peines Mia, elles te seront utiles pour ceux qui ciblent ton maître.»

« Oui Camus. » consentit -elle tristement.

« Tu pourras lui parler. » rassura Aldébaran de sa grosse voix, « Tu apprendras que s'apitoyer sur le sort de nos camarades n'est pas nécessaire. Nous devons protéger ton maître des ennemis qui voudront l'achever.»

La Sagittaire hocha la tête.

De son côté, le Spectre du Garuda vit le Scorpion passer non loin de lui, le Serpentaire détruite dans ses bras. Il n'en revenait pas non plus qu'Aurora soit vivante. Il observa Milo s'éloigner avec la brune. Il serra les dents, impuissant.

Cette dernière sentit son ex-amant et tourna la tête vers le Népalais : « E-a-que … M-mon Juge.» dit-elle par télépathie d'une voix douce à l'attention du brun.

Il fut frappé en plein cœur alors que le paysage devant Aurora glissait doucement. Les voix devenaient étouffées, plus sourdes.

« Eaque ? » Rhadamanthe constata son frère cadet quelque peu déconcerté, « Est-ce que tout va bien ? »

Il ignorait à quel point ce dernier souffrait de voir le chevalier du Serpentaire dans cet état.

« Tout à fait. » répondit l'homme dignement mais sous le choc.

Il avait l'impression de vivre ses derniers instants, comme lors de ce combat contre le Phénix lors de la dernière guerre Sainte. Il réalisait qu'il avait été inéluctablement imprudent. Dans ce cas de figure c'est son ancienne maîtresse qui lui ravivait ce sentiment étrange. Il n'était pas sûr qu'elle soit véritablement morte. Il attendait, inexorablement. Ses émotions les plus enfouies depuis des semaines, les plus intimes resurgissent en cet instant. Oui, il était effrayé. Il ne pouvait refouler ce sentiment. A à cet instant précis, il réalisa qu'il n'a pas été le partenaire idéal. Il voulait lui offrir la lune pour qu'elle guérisse et redevienne cette femme qui l'a tant affectionné.

Il se souvenait d'un passage d'un poème d'Alfred de Musset, auteur affectionné par Aurora - un de leurs rares points en commun : la littérature. Ce passage reflétait ce qu'il ressentait et Eaque s'abreuvait de chacun des mots qu'elle lui avait susurré sensuellement alors qu'ils s'aimaient sans relâche, comme si elle parlait pour lui :

« Je n'aimais qu'elle au monde, et vivre un jour sans elle,
Me semblait un destin plus affreux que la mort.
Je me souviens pourtant qu'en cette nuit cruelle, Pour briser mon lien je fis un long effort.
Je la nommais cent fois perfide et déloyale,
Je comptais tous les maux qu'elle m'avait causés.
Hélas ! au souvenir de sa beauté fatale,
Quels maux et quels chagrins n'étaient pas apaisés !"

Temple du Serpentaire, une semaine plus tard.

Aurora dormait profondément à l'infirmerie. Les guérisseurs ont estimé qu'elle allait s'en remettre avec le temps. Et qu'elle doit être étroitement surveillée.

Milo ne l'avait pas quitté d'un cil. Il veillait, mangeait, dormant dans la même pièce. Elle ne souffrait plus sauf lorsqu'on nettoyait ses plaies. Le plus pénible sont les brûlures qu'elle a subi aux cuisses, aux avant-bras et dans le bas du dos. Chaque soin est une torture pour le Serpentaire.

Derrière la porte, des chevaliers d'or échangèrent, commençant à s'impatienter sur l'entêtement du Scorpion.

« Combien de temps pensez-vous que ça va durer ? » questionna aigrement Shura à ses camarades présents, Aiolia, Camus, Masque de Mort et Saga.

« Milo ne lâchera pas de sitôt notre grande blessée ! » clama l'Italien d'un geste vif de la main, « Vous connaissiez le Scorpion et sa fierté. »

« Je vais lui parler. » assura Camus sur ce ton froid habituel.

« J'ai toujours pensé que les amitiés entre un homme et une femme sont à proscrire, plus encore lorsqu'on est chevaliers d'or ! » répliqua Angelo.

Ses camarades ne répondirent pas mais tous le pensent. Milo et Aurora partagent une relation spéciale au Sanctuaire. Même Camus le meilleur ami du Scorpion depuis l'enfance n'a rien pu faire face à cette complicité évidente. Le Grec ne démontrait qu'estime et amitié envers Aurora. Derrière cette façade du parfait guerrier, Milo voulait crier. Cela a été une évidence lorsque son amie s'est sacrifiée. Il ne souhaitait plus dissimuler envers lui-même ce qu'il éprouve pour le Serpentaire. Depuis leurs retrouvailles, le huitième gardien est plus épidémique avec Aurora. A commencer par cette affection discrète mais présente qu'il porte désormais à la treizième guerrière.

Ses compagnons avaient ouvert la porte de l'infirmerie. Le lieu était baigné de la lumière douce du jour qui surplombait le lit de leur Serpentaire endormie. A ses côtés gît le Scorpion assoupi sur ce fauteuil, devenu son nouveau lieu de prédilection. A un moment, Aurora se tourna vers Milo et gémissait dans son sommeil. Elle s'empara instinctivement du bras du chevalier pour s'y agripper. Cela éveilla l'homme qui replaça les couvertures sur la brune. Elle semblait se battre contre elle-même. Le Grec était coutumier de ces réactions et l'engloba de son cosmo.

Les autres chevaliers n'avaient pas bougé. Ils se concertèrent du regard. Le Scorpion sentit leur présence et se dirigea vers ses camarades.

« Comment va-t-elle ? » s'interroge Saga.

« Mieux, cependant ses terreurs nocturnes continuent de l'accabler. »

« Elle ne doit pas rester seule surtout le soir. » assura Aiolia.

Milo hocha la tête. Le Verseau s'adressa à son ami : « Shura prend la relève. »

« Ça ne me gêne pas Camus. »

« C'est un ordre du Pope. » rajouta Saga.

« Bien. » répond le brun froissé. Il se dirigea vers la sortie et s'immobilisa un instant : « Si il y a quoique ce soit, prévenez-moi. »

« Ça sera fait. Va te reposer. » lui conseille Shura.

Les heures se succédèrent. Le Capricorne a donc passé la journée à veiller sa camarade. Aiolia pris la suite en soirée. La treizième était reliée à une perfusion et bougeait parfois dans son lit. Milo passait la voir mais se faisait houspiller par ses amis s'il restait trop longtemps. Au cours de la matinée, elle commençait à montrer de nouveaux signes d'agitation. Son faible cosmo d'il y a quelques jours se réveilla subitement, enveloppant le Palais de son énergie que le Zodiaque d'or ressentit jusqu'à la maison du Bélier.

Le Grand Pope ordonna à Saga d'aller chercher le Scorpion. En effet, depuis de longues heures, Shaka veillait sereinement sur le chevalier du Serpentaire. Il avait beau méditer en l'air pour apaiser son âme, rien n'y fait.

« Que se passe-t-il, Shaka ? » questionne Saga en entrant dans la pièce.

« Aurora est en proie à ses démons intérieurs. Je m'efforce de la guider dans la quiétude. »

Angelo qui avait suivi son voisin du troisième temple, interrogea la Vierge : « En connais-tu la raison ? »

« Elle revit son combat final contre cette femme. »

« Par Athéna, cela la vraiment marqué. » continua le Cancer.

« Plus que nous le pensions, en effet. » constate Saga.

Une voix familière résonna au loin dans la salle. Le Scorpion venait d'arriver en trombe, essoufflé par la montée des marches depuis son Temple, et montrait des signes d'inquiétude.

« Milo … » murmura-elle doucement.

« Je crois qu'elle t'appelle. » avança Shaka.

Ce dernier se mit debout pour s'approcher du lit de sa camarade et posa sa main sur le front de la jeune-femme. Milo s'assit sur le bord du lit et se saisit de la main d'Aurora. Il lui transmis son cosmo pour la soulager mais la sentit éprouvée : « Elle souffre aussi physiquement. » déclara-t-il avec agacement.

« J'allais m'en occuper. » propose la Vierge.

Il commence à pratiquer un rituel Bouddhiste sur la jeune-femme, palabrant dans sa langue natale. Doko et Shion débarquent à ce moment-là, suivit de près par Camus et Mu. Ils observent silencieusement le sixième gardien apaiser Aurora. Elle se calma. Cependant après un moment de flottement, la Vierge la sentit perturbée.

Shion observa le chevalier, espérant une réponse du blond.

« Ce n'est que temporaire, Grand Pope, nos visions de la guérison étant opposées. » prévint Shaka, « Elle lutte contre mes réflexions que je lui transmet au travers de nos cosmos. »

Même dans son sommeil, Aurora et la Vierge se défient.

« Elle semble néanmoins plus sereine. » concéda Shion.

« Pas tant que cela. » s'exclama Doko en se rapprochant de la treizième.

Elle secouait la tête de chaque côté et grommelait des choses incompréhensibles en portugais. Shaka apporta de son cosmo et lui prodigua une autre prière Indou. Cela eu un effet mais pas ce qui qu'ils attendaient...

« Ea-qu-e … »

Tous furent éberlués. Des regards d'incompréhension s'échangeaient, l'air devint subitement lourd.

« Elle m'a certainement confondu avec ce Juge. » répondit la Vierge voyant ses compagnons hébétés.

Milo pesta en son for intérieur. Pourquoi appelles-tu cet homme qui l'a fait souffrir ? La jalousie le prenait grandement, il ravala un juron.

Shaka ajouta : « Elle a dû mal assimiler les quelques mots que je lui ai transmis, cet homme est également Hindouiste. »

« Mais le Garuda est Népalais, pas Indien ? » s'interroge Angelo.

Camus répondit : « C'est un pays cosmopolite. Les cultures sont proches. »

« Je vois. » déclara Shion, « Je vais avertir dès maintenant le Dieu Hadès. »

« Comment ? » s'écria Milo les yeux écarquillés, « Seigneur, nous ne .. »

« Milo .. » le coupa net Shion, « L'Empereur des Ténèbres m'a prévenu qu'il allait envoyer un des Juges représenter son Royaume. »

Intrigué, Angelo questionne le maître des lieux : « Pour quelle raison nous enverrai-t-il un de Généraux ? »

Aiolia continua avec gravité : « N'ont-ils pas mieux à faire que de venir jouer les ambassadeurs, Seigneur Shion ? »

« Ces derniers sont l'Elite de leur domaine et ils doivent aussi s'adonner à cette tâche, afin de préserver les liens entre nos Domaines. » répondit le Jamirien avec neutralité.

« Mais le Juge Minos était là il y a trois semaines. » ajouta Mu.

« Ce n'est pas pour les mêmes raisons, et Aurora vient de nous le confirmer. »

Saga : « Que voulez-dire Monseigneur ? »

Mu comprit alors et rétorqua doucement : « Sa quête du bien-être ne dépend pas que de nous. »

« Que veux-tu dire ,Mu ? » lâcha Milo.

« Nous avons besoin du Juge. Hadès attendait confirmation de ce que Athéna et moi-même appréhendions. »

On entendit le vent souffler et passer dans les fenêtres. Mais celui-ci n'emportait pas la contradiction qui régnait tout juste dans les lieux.

Shion continua sur un ton qu'il veut des plus prudents : « Les sentiments d'Aurora pour le Juge du Garuda demeurent intactes et nous pensons qu'il en est de même de son côté. Cela pourra aider cette dernière à trouver une paix intérieure. »

Un lourd silence s'installa.

« Mais .. » intervient Milo, « Comment Hadès a-t-il anticipé tout cela ? Ce spectre lui aurait-il fait part de ses inquiétudes ? »

L'Atlante ferma les yeux pour mieux se concentrer et enfin reprendre la parole d'une voix plus paternelle : « L'Empereur des Ténèbres a sondé son âme. De plus, Aurora appelle régulièrement le Juge par cosmo interposé.» conclu Shion.

Stupéfaction générale. Puis nouveau flottement, empreint de confusion, de surprise ou d'effarement. Le Scorpion n'en revenait pas. Il ne comprenait pas que son amie, généreuse et passionnelle puisse chercher du réconfort auprès de cet homme qui a brisé son cœur.

« Doko, je te charge de prévenir l'émissaire Myu du Papillon qu'il est attendu à la porte des Enfers. Expliques-lui brièvement qu'il est remplacé par son supérieur. »

« Bien. »

« Saga, le temple du Serpentaire est-il prêt et conforme pour recevoir sa gardienne ? »

«Sa maison n'attend qu'elle Seigneur. » assura le troisième gardien.

« Camus, tu te charges de la ramener à sa maison. »

« A vos ordres. » répondit t-il.

Il se dirige avec son élégance naturelle vers la brune et la couvre d'une couverture. Dehors il faut doux cependant Aurora ne supporte pas les températures inférieure à 20° depuis son combat. Elle risque d'attraper froid.

« Milo et Shaka, vous vous relayerez pour veiller Aurora. Comme je l'ai notifié la semaine dernière un gardien doit demeurer devant son Temple et à l'intérieur. Lorsque le Juge viendra, il demeura dans les quartiers du Serpentaire. Demain, vous avertirez Angelo et Aldébaran de vous remplacer et ainsi de suite.»

« Oui votre Sainteté. » firent en cœur les guerriers.

« Grand Pope .. » avança prudemment Mu, « Il y a … autre chose n'est-ce pas ? »

Il avait hésité sur la formulation et chercha du regard son maître et Pope. Les autres considèrent le Tibétain.

« Le cosmo d'Aurora a été mis à rude épreuve. Son armure tout comme son Temple le ressent. Vous n'ignorez pas qu'elle est en communion constante avec son étoile. » commença Shion, « Nous savions qu'il reste des ennemis à abattre. Aurora est vulnérable. L'un des suivants d'Arès, du moins, du réceptacle Demetria est porté disparu. Il a pu sensibiliser la protection de la barrière d'Athéna. »

Tous écoutèrent avec attention leur monarque, un éclair surpris dans les yeux, « Ils reviendront achever leur mission en assassinant Aurora. Hadès a pu sentir leur cosmo s'approcher des Enfers. Les Saints d'or ressentent mal l'énergie des guerriers Berserkers. Aurora était la seule à les détecter. La brèche planant au-dessus de sa maison est suffisante pour qu'un combattant d'Arès s'y introduise. Le Juge Eaque percevra facilement l'intrus. »

Saga déclara : « J'ai saisi. Il est là pour garantir sa sécurité. » concéda le Gémeau.

« Tout à fait Saga. »

Camus interroge à son tour le Grand Pope : « Pourquoi ces hommes ne sont pas intervenus lorsqu'Aurora est réapparue ? »

« Ils l'ont certainement appris récemment. Ils sont probablement en train de confectionner un plan d'attaque. Des Saints d'Argent envoyés en mission ont senti des factions malveillantes dans la région natale d'Aurora.»

« Ils sont prêts à tout pour venger leur maîtresse, ainsi accomplir leur devoir jusqu'au bout. » ajouta Mu.

« Misérables ! » grogna Aiolia la poing serré, « Nous devons en découdre, Seigneur Shion ! » Le lion ne voulait plus en entendre davantage : « Tout ceci est intolérable et un déshonneur sur la valeur de chevalier d'Aurora ! L'attaquer alors qu'elle est fébrile, je ne peux l'accepter ! »

« Reprends-toi Aiolia .. » déclara Camus à l'attention du Lion, « Nous voulons tous laver infamie dont est victime Aurora »

« N'est-elle pas plus à l'abri au Palais? » questionna Milo l'air irrité.

« Elle sera mieux en son temple, au plus proche de sa constellation. »

Il se dirigea vers son bureau, « Tenez-moi quotidiennement au courant. » prévint Shion en repartant, un dernier regard pour le Serpentaire, « Ne soyez pas inquiets, le Sanctuaire est parfaitement gardé, chevaliers.»

« Oui Seigneur. »

Les Saints d'or ont hoché la tête en guise de respect et regardent leur souverain gagner ses appartements.

Aurora dans ses bras, le Verseau l'emmène jusqu'au treizième temple avec prévenance. Là il fit appel à une servante pour la laver. Au bout d'un moment, Aurora paraissait moins anxieuse dans sa maison. Personne n'y avait mis les pieds depuis son retour. Et à la vue du lieu mystique devenu un vrai espace de pèlerinage, il valait mieux qu'elle ne récupère pas trop vite s'ils ne voulaient pas qu'elle leur fasse une tête au carré. Elle a sainte horreur de ces hommages. Milo les avait prévenu.

Le lendemain un cosmo sombre et puissant entra dans l'enceinte du Sanctuaire. Au niveau du cimetière, Aldébaran bras croisés sur la poitrine attendait le Spectre. Ce dernier fraîchement mis au courant des derniers événements par le Papillon portait son surplis et avait emmené avec lui un sac de voyage contenant ses effets personnels ainsi que des rapports pour Shion venant de son Empereur.

« Juge Eaque... »

« Chevalier. » répondit poliment le Népalais.

« Je t'invite à me suivre, nous nous rendons directement au Temple du Serpentaire. »

« La faille est si importante pour que nous puissions y pénétrer de cette manière ? »

« Oui, plus que nous le pensions. »

Après avoir franchi les premières maisons, Mu les fit téléporter dans celui du Serpentaire. En un tour de magie ils débarquent devant la 13ème maison. En bas des marches, Eaque reconnaît le chevalier du Scorpion gardant l'entrée de la maison. Il ressent un cosmo à l'intérieur de l'enceinte.

« C'est Shaka qui veille sur Aurora. » anticipe le Taureau voyant le Juge lever un œil suspicieux sur l'étrange énergie.

« Le chevalier de la Vierge ? Est-il en train de méditer ? »

« C'est exact. Il essaie d'apporter plus de calme à notre sœur d'arme. »

« Ses sommeils sont agités ? »

« Oui. » Puis il marqua une pause et confie doucement : « Elle t'a demandé. »

Le spectre tourna la tête vers le second gardien.

« Que dis-tu? »

« Elle a prononcé ton prénom plusieurs fois. »

« Je ne suis pas étonné. » répondit-il faussement hautain, « J'ai ressenti ses souffrances. »

« Aurora reste très attachée à toi. » fit le Taureau, voyant le Juge mal à l'aise.

Eaque se raidit. Il déteste parler de ça et encore moins avec les compagnons de cette dernière.

« Bien que ton histoire avec Aurora m'ait surpris, je l'ai vu d'un bon œil. » termina le Brésilien avec sagesse.

« Pour quelle raison ? »

« Aurora ne s'éprend que de personnes l'aimant réellement même si tu es Juge des Enfers, tu as certainement des qualités qui l'ont touchées. »

« Cela appartient au passé. Comme tu le sais, nous avons pris chacun un chemin opposé. » ajouta Eaque sans sourciller.

« Si je peux me permettre, donnes-lui ce que tu peux.»

Il ne le dit pas, mais les paroles du Taureau l'ont touchées. Aldébaran sait bien que ce Spectre est trop orgueilleux pour admettre à quiconque qu'il est épris du Serpentaire et fort inquiet pour elle. D'ailleurs, c'est pour cela qu'elle l'a quitté : elle ne comprenait pas le manque de démonstration du Népalais. Eaque ne lui apportait pas l'attention qu'elle attendait. Un mélange entre sa culture d'origine et ses habitudes de spectre. Cela ne faisait pas bon ménage. Il ignorait la réelle façon de communiquer cela. Parfois, il lui envoyait des poèmes relatant ses sentiments ce dont Aurora s'abreuvait sans limite.

Officiellement, ils ont rompu ensemble. Officieusement, le Serpentaire n'a plus supporté le manque de sollicitude à son sujet. Eaque n'a pas aimé qu'elle le quitte. Ça aussi, tout le monde le sait.

« On dit que, on réalise ce que l'on a, lorsqu'on l'a perdu … » songea-t-il alors.

Deux jours plus tard ...

Elle ressemblait à ces princesses de Contes de Fée. Ses cheveux bordaient l'oreiller en soie, ses délicates épaules étaient à nue, ne portant qu'une tunique à bretelles pour qu'elle soit à l'aise. La jeune-femme transpire beaucoup la nuit. Depuis la grande bataille, elle a chaud. Ses longs cils de biche bougeait parfois en tiques nerveux. Elle gigotait dans ses couvertures mais bien moins que lors des précédents jours. Le Serpentaire a toujours a été une dormeuse turbulente. Ce qui avait le don d'exaspérer Eaque, dormeur docile. Le chevalier de la Vierge avait plusieurs fois pratiqué un « Dharma »* qui a eu l'effet escompté : elle ne fait plus de cauchemars. Le Garuda veillait donc sur celle qui l'a jadis fait perdre la tête. Elle dormait paisiblement, attendant son Prince pour la réveiller.

La question était de savoir quel Prince elle allait choisir.

Il était assis sur ce fauteuil confortable et lisait un ouvrage qu'il avait pioché dans la bibliothèque du chevalier. Il a opté pour un classique de la littérature portugaise, « Le Livre de l'intranquillité » de Fernando Pessoa. Il avait lu ce livre il y a longtemps. Eaque s'octroya une pause : il jeta un œil par-dessus les pages : la brune s'était retournée sur le côté. Il se remémore ces petites choses qui l'avaient amusé chez le Serpentaire : se balader pieds nus dans l'herbe après une bonne journée, apprécier un bain si brûlant que même Eaque ne pouvait supporter (peut-être était-ce un don caché de la guerrière du feu), déguster un plat français, manger tout simplement est une de ses passions.

Eaque la rappelait à l'ordre sur sa gourmandise : elle sera dévorée par Cerbère à sa mort, ce qui amusait le Serpentaire : « Et toi tu seras châtié par tant de luxure avec un chevalier d'Athéna ! »

Aurora apprécie aussi le chocolat, regarder des couchers de soleil, retourner dans son village natal, danser, se promener sous un ciel étoilé, la culture Japonaise. Eaque connaît Aurora par cœur. C'est une passionnée de la vie, instruite et curieuse de tout et elle s'était même mise à s'intéresser au pays du Népalais par amour pour lui.

Le Juge était sur la même page depuis un moment. Il avait lu les lignes dix fois, rien ne rentrait. Il ne cessait de ressasser ces souvenirs. Il soupira doucement. Un petit ricanement le sortit de sa réflexion.

« Ce livre m'a cassé la tête à moi-aussi. »

Aurora venait de prononcer ses premiers mots depuis son retour. Et le moins qu'on puisse dire c'est que si sa forme physique est loin d'être exemplaire, son sens de la dérision n'a pas bougé.

« Aurora … » fit le Juge en fermant le livre.

« Tu bloques sur cette page depuis une heure. »

« Je méditais. » mentit le brun sans sourciller.

« Tsss c'est ça, tu m'admirais. » s'amusa la jeune-femme.

Eaque s'approcha un rictus au coin, « Comment te sens-tu, Belle au Bois Dormant ? »

« Tu ne perds pas le Nord. »

« J'ai toujours trouvé que tu ressemblais à une princesse durant ton sommeil. »

« Je préfère être crainte qu'enviée." Elle se redressa mais grinça des dents en sentant son dos engourdi et douloureux, « Par Athéna, mes os sont en compote. » Eaque aida le chevalier à s'asseoir. Il lui mit un oreiller derrière le dos. « Je vais bien. Enfin on n'a connu mieux mais je suppose qu'après une telle bataille c'est normal. »

« Tu t'en remettras chevalier. Tu es plus forte que tu ne le crois. »

« Ex-chevalier … »

« Aurora … » dit le Juge en lui tendant une tasse : « Bois. »

« Hum .. C'est un ordre, évidemment. » rétorqua t'elle en se saisissant de l'objet. « Qu'est-ce donc ? »

« Du thé noir de Pathivara qui t'apportera bien-être. Il est récolté dans un environnement sain du Népal. »

Aurora goûta consciencieusement l'offrande : « C'est très doux. On dirait qu'il y a de la noisette ou de l'amande. »

« Je savais que tu apprécierais. »

« Merci Garuda. »

« Je t'en prie Duchesse. »

Elle ria : « J'espère que tu es allé le cueillir toi-même. Et que tu n'y as pas envoyé un de tes hommes.»

Le Juge tiqua. Elle le connaît vraiment bien : « J'y suis allé de mon plein gré. »

Elle ajouta ensuite : « J'ai senti ta présence, Eaque. »

« C'est pour cela que tu es si calme. »

« Quelle arrogance ..» lâcha-t-elle, « Mais tu as raison, je me sens en sécurité. »

Eaque s'était assis au bord du lit et contempla la Portugaise en lui caressant la joue délicatement. Un geste apprécié par la jeune-femme. Même sans parler, le Népalais arrive à faire perdre la raison à la treizième. Il l'a bien évidemment senti.

« Eaque … » dit-elle d'une voix hésitante.

« Oui chevalier … » répondit-il en lui prenant la main.

"Ne .. ne t'en vas pas .. je.. t'en prie Eaque..."

Ce n'était pas la première fois qu'on le suppliait dans sa vie, mais c'était la première fois que cela le touchait, face à ces grands yeux de biche tendres et brillants. Ces deux orbes le fixaient avec insistance et ce désespoir dissimulé. Son silence était plus éloquent que tant de paroles.

« Je .. Eaque, … ...»

Le Juge attendait la suite, n'attendant qu'une excuse pour s'emparer des lèvres de la brune, ses doigts caressaient le revers de la main d'Aurora qui frissonnait. Suite qui ne vint pas. Il sourit de manière imperceptible.

Un raclement de gorge se fit entendre.

« Milo ! » s'exclama alors Aurora. Encore ce chevalier …

Le Scorpion avait assisté à la scène et se retint de balancer le Spectre contre une colonne. Il opta par l'ignorance, ne démontrant aucune émotion.

« Ne bouge pas, tu vas te briser des côtes. » prévint t-il d'une voix paternaliste.

« Moi aussi, je suis ravie de te voir, Scorpion. » grommelait -elle de sa moue vexée.

« Si tu grimaces, c'est que ça va mieux. » Il posa un plateau de fruits et une assiette de riz grillé sur une table. Il rapprocha une chaise de l'autre côté du lit, « Comment va le Serpentaire ? »

«… Comment as-tu su que je venais de me réveiller. »

« Ton cosmo parlait pour toi. » répondit Milo, « Tu ne m'as pas répondu. »

« J'ai mal partout. »

« Je vais faire prévenir le guérisseur pour qu'il te soulage. » donnant de son cosmo au Serpentaire qui ferme les yeux de soulagement.

« Bon sang, tu es le sédatif le plus réconfortant de l'Univers. »

Eaque se sent devenir jaloux. Il n'y a même pas deux minutes, c'était lui son analgésique préféré.

« Quelles sont les pertes ? » questionne Aurora sur ce ton habituellement directive de Commandante.

« Nous avons tous été blessés. Des chevaliers ont été gravement atteints, mais nous déplorons aucun décès. Nous avons perdu beaucoup de légionnaires. »

« Qu'ils reposent en paix. » fit Aurora avec compassion. "Avez-vous visité les familles ?"

"Nous avons envoyé des officiers accompagnés de Saga et Mu." répondit le Scorpion.

Elle soupira.

« Comment vont Athéna et les autres Dieux ? »

« Tout le monde va bien, cesses de t'inquiéter. Il faut que tu manges. »

« Je n'ai pas faim. » rétorqua t'elle.

« Tu n'as pas le choix. »

« Non. »

« J'insiste. »

« Sans façon.. »

« Tu le sais, afin de regagner des forces. » lui fourrant une cuillère dans la bouche.

« Mais ... Milllooo ! » claqua-t-elle. Aurora avala et gronda : « Tu m'obliges à me gaver ? »

« Manges Aurora. »

« Par Athéna… » s'offusqua-t-elle, « Tu me donnes un ordre toi aussi ? »

« Ton corps en a besoin. » ajouta Eaque en lui essayant la bouche.

« Vous vous êtes ligués contre moi ? »

« Manges. » répéta Milo.

Aurora lui envoya un regard mauvais. Mais le Grec n'en tint pas rigueur et continuait à la nourrir pendant que le Garuda gardait un rictus narquois.

« Pourquoi ce sourire Juge ? »

« Ton camarade est bien le seul à te clouer le bec. »

« Quoi ? Mais non enfin. » répliqua t-elle.

« Tu es l'être la plus entêtée que je connaisse. » répéta Eaque.

« Je le revendique. » en mâchouillant bruyamment.

Milo et Eaque se comprirent d'un seul regard : le Serpentaire ne sait vraiment pas manger correctement.

« Où sont passé tes bonnes manières ? » se moqua le Garuda.

« Quoi encore, Messire Eaque ? »

« Tu manges comme une enfant de deux ans. »

« Allez en Enfer. »

Le brun ricana de cette boutade.

« Allez, tu n'as presque rien avalé. »

« Je t'ai dit que je n'avais pas faim, sale arachnide. »

« Comment oses-tu .. » cingla Milo.

« Tu dois reprendre du poids. »

« Hum ! Pour une fois que vous êtes d'accord tous les deux ! »

« Tu ne sortiras pas de ce Temple sans avoir pris dix kilos au moins. » ajouta le spectre.

« Quinze semble plus judicieux. » repris le huitième gardien.

« Sans blague ? Vous êtes devenus potes tous les deux ? » pesta la portugaise sous les yeux ronds des guerriers. Elle souleva dans un même temps ses draps et constata son corps avec effroi : « Mon Dieu que je suis maigre ! Et mes magnifiques jambes ? Que leur sont-elles arrivées ? »

« Tu as été brûlée au second degré sur plusieurs partie de ton corps. » avança prudemment Milo.

« Je n'avais pas remarqué ces marques après la bataille. »

« Tu avais perdu une partie de tes sens. » continua Eaque.

« Qu'est-ce que j'ai d'autres, à part des os brisés ? »

Milo expliqua : « Tes poignets et tes phalanges, comme tu peux le constater ont été cassés ainsi que ta jambe et ton bras droit. Tu as des commotions à la tête et une fracture du fémur, les poumons perforés, le foie touché, et j'en passe. C'est un vrai miracle. Aurora .. »

« Je vois. Je ne ressemble plus à rien. »

« Tu guériras. » ajouta posément Eaque.

« Apportes-moi un miroir Milo. »

Par un regard, le Garuda prévient le Scorpion de ne pas l'écouter.

« Il est cassé. »

« Sept ans de malheur ! » enchérit le Serpentaire, « Allez pas tant d'histoires.. »

Les deux hommes se concertent. Milo se leva pour aller chercher un petit miroir dans les sanitaires. Il revint l'instant d'après vers son amie, tendant l'objet : « Ne sois pas surprise, tu sors d'un combat terrible. »

Aurora se décomposa voyant son visage meurtri. Elle a les yeux gonflés par l'afflux de sang dans les veines, la joue droite dissimulé dans un bandage, le teint pâle, les sourcils quasi brûlés, la peau abîmée par ses propres flammes et ses cheveux .. une partie de sa splendide chevelure a disparue.

« Je suis absolument immonde. »

« Tu exagères. » répondit Milo.

Cette dernière jeta le miroir sur le lit.

« Plus jamais je ne retrouverai cette fraîcheur qui me caractérisait ! » en essuyant son œil humide de désarroi.

« Je te promet que tu retrouveras la forme et la beauté qui te caractérise. Même si, selon moi, elle est toujours présente. » rassura le Scorpion.

« Je vois pas comment, à part passer sur le billard ! »

« Aurora .. » continua Eaque, « Tu es une rose un peu fanée par le soleil. »

« … »

« Reprends confiance. Nous t'aiderons comme tu l'as fait à notre retour. »

« Chacun son tour on dirait. » répliqua Aurora.

« On ne te laissera rien passer. » fit Eaque.

« Toi aussi tu vas m'entraîner ? »

« Je n'ai pas oublié l'affront que tu as commis les premiers jours aux Enfers. »

« Par tous les Saints ! Tu veux te venger ! »

« Mais pour le moment, manges ! » répète Milo au Serpentaire qui dut abandonner si elle veut que le Scorpion la laisse enfin tranquille.

Deux mois plus tard

Il est connu qu'Aurora fait tourner les têtes de beaucoup d'hommes au grand dam du Pope qui l'a élevé comme sa propre fille. Et ce depuis qu'elle est passée de gamine intrépide, effrontée à une jeune-fille épanouie … toujours aussi effrontée. Quand les garçons la voyaient la première fois, il pensaient avoir à faire à une gentille fille, très grande pour son âge. C'était tout autre chose lorsqu'elle ouvrait la bouche pour rembarrer les malins qui osaient la courtiser. Aurora faisait peur aux hommes. Cela lui plaisait.

Âgée de 22 ans, assise devant sa commode face au miroir de sa chambre, elle se demandait si elle allait retrouver cette beauté. La bataille fut effroyable. Aurora portait un foulard le temps que ses cheveux repousse. Elle avait perdu confiance en elle. Ses camarades l'aidait à retrouver la forme. Elle repensa alors aux souvenirs forts de sa vie de femme.

Elle avait à peine onze ans lorsqu'elle « tomba amoureuse » d'un jeune-homme de son âge au Sanctuaire. Sa sœur avait plus de succès qu'elle auprès des garçons. Elle ignorait comment aborder la chose. Comment embrasser, se comporter avec eux. Merio de la Coupe son vieil ami d'enfance, en savait bien de trop et de toute façon, Shion lui avait interdit, ne voulant que les oreilles chastes de sa fille adoptive ne soient ébruitées. Pourtant un jour, elle a expérimenté son premier baiser avec un apprenti de son âge. Il a préféré Demetria. Dévastée, Aurora avait disparue pendant de longues heures, laissant un Pope en colère. Lorsqu'elle allait compléter sa formation dans le temps avec son maître, elle avait été touchée par un moine chevalier vaillant du nom de Thomas. L'homme appréciait la jeune-fille de 14 ans mais restait prudent. Il sentit la passion que nourrissait Aurora à son égard et lui avait sagement conseillé d'oublier.

"Nous verrons peut-être dans un autre temps, jeune prodige." Il l'avait embrassé sur le front et Aurora ne l'a plus revu. Ce fut son premier vrai chagrin d'amour.

Puis le moment le plus redouté du Bélier arriva, (hélas pour lui) : qu'est-ce que le sexualité ? Shion s'en tirait les cheveux. Il avait pourtant ordonné aux femmes chevaliers de s'adonner à cette tâche. Elle voulait connaître les moindre détails et surtout pourquoi les femmes doivent rester pures. Quand elle entendit les explications d'une prêtresse, Aurora écarquilla les yeux. Pourquoi se méfier des soldats, des autres chevaliers ? Et c'est quoi cette histoire de masque ? A partir de ce jour-là, tout fut parfaitement clair dans la tête de la jeune-fille. Non seulement elle trouvait cela abjecte, ridicule mais sa conscience féministe s'éveillait. Il était hors de question d'être humiliée à son tour. Aurora avait trouvé un autre but dans sa vie : défendre le droit des femmes et balayer tous les hommes sur son passage qui oseraient la contredire. C'est à ce moment-là qu'elle décida de comprendre son propre corps. Au Diable les enseignements de ces rustres ! Au 20ème siècle, les femelles prennent le pouvoir ! Si Athéna est la Déesse de l'espoir, la sagesse et de la stratégie militaire, pourquoi empêcherait-elle ses protecteurs d'aimer ?

Lorsqu'elle interrogea Shion à ces sujets, ce dernier soupira. Le futur Serpentaire est loin d'être idiote. Trop futée même. Et quand il vit avec horreur l'adolescente se diriger vers le Temple d'Athéna pour interroger cette dernière, il se dit qu'il était temps qu'il intervienne. Aurora n'en faisait qu'à sa tête. Elle faisait l'exact contraire de ce qu'on lui demandait. Elle préférait se battre contre les garçons, ne fréquentait pas le camp des femmes parce que, « ça la fatiguait d'être dans une arène de hyènes. » , elle ne respectait pas le couvre-feu et par-dessus le marché, elle ne mettait jamais son masque aux entraînements, jugeant ceci inapproprié. Shion mettait cela sur le compte de la crise d'adolescence. La maturité prit le dessus depuis mais Aurora reste Aurora : une spontanée.

Lorsqu'elle reçut l'armure du Serpentaire, elle allait connaître ces premiers émois sensuels.

Lors d'une mission au Dodécanèse au Royaume du Roi Ylias, une contrée appartenant à Athéna, elle fut envoyée avec des Argents pour traiter des dossiers diplomatiques et militaires. Lorsqu'elle fit la connaissance du Commandant Appios de dix ans son aîné, tout se bouscula en elle. Le séduisant soldat d'un 1m87, brun et bien bâti, de personnalité sournoise est marié à une femme possessive et connu comme coureur de jupons. A l'instant où il vit le chevalier de quinze ans, cette beauté fraîche qui n'attendait que d'être déflorée, il l'a courtisé. Aurora en fut outrée. Que lui voulait cet homme, ce grossier personnage ? Cet espèce de Marc-Antoine des temps modernes ? Il lui devait respect. Appios n'en avait que faire. Chevalier d'or ou pas, Reine ou simple servante, il lui les fallait toutes. La treizième lui donna du fil à retordre, c'est peu dire. Cette dernière s'en réjouissait. Comme elle s'enfuyait à la vitesse de la lumière, Appios enrageait. A chaque rapprochement, elle lui filait entre les doigts. Elle jouait avec lui comme elle l'a toujours fait avec les garçons, depuis ce jour où elle appris que les femmes étaient inférieures aux hommes.

Balivernes ! Elle seule changerait ce destin avec d'autres téméraires.

Aurora revenait souvent au Royaume d'Appios à la grande joie de ce dernier. Même s'il était d'une dépravation sans égal, Aurora fantasmait secrètement sur lui, se demandant à quoi ressemblerait une nuit en sa compagnie. La jeune-fille n'était pas si « coincée » qu'elle en avait l'air. Depuis toute jeune elle avait découvert indirectement les plaisirs intimes en solitaire. Un soir, elle est allé s'aventurer sur les chemins magiques de la cité, souhaitant découvrir la vie nocturne du Royaume. Dissimulée dans une longue toge afin de ne pas être reconnue, elle arpentait les ruelles de cette métropole typiquement Grecque sous l'œil bienveillant des Statues d'Athéna et de Zeus. Alors qu'elle flânait dans un sentier sombre, elle fut attirée par des bruits de foules riant aux éclats, des mélodies où se mêle joyeusement flûtes de pan, aulos et lyres. S'approchant du lieu interdit, elle découvrit avec stupéfaction une scène très inconvenante pour une jeune-fille de son âge : devant ses yeux se déroulait une orgie sans nom, entre beuverie et débauche totale de jeunes gens libérés, toutes orientations sexuelles confondues.

Aurora avait entendu parlé de ces endroits de débordements. Ces choses sont formellement prohibées au Sanctuaire. C'est un lieu sacré. Les thermes sont surveillées et séparées. La prostitution est puni. La discrétion est de rigueur. Aurora sait que la plupart des chevaliers et des soldats se soulagent de leur désirs avec des servantes ou des femmes libérées. Cela la met en colère. Elle en avait parlé à son ami Merio afin d'avoir un avis masculin sur la chose.

« Il y a si peu de femmes ici, et elles sont si farouches, comment veux-tu que les chevaliers aient un peu de chaleur humaine ? On est au Sanctuaire ici ! »

Même Shion ne peut y faire quoi que ce soit. On ne peut pas tout surveiller au Sanctuaire. Et lorsque Aurora revint de cette soirée outrageante, choquée par les scènes obscènes déroulées sous ses yeux, elle était néanmoins émoussée. Alors qu'elle pénétrait dans ses quartiers, elle se fit brusquement surprendre par Appios, incorrigible séducteur qui l'attendait de pied ferme. Aurora était pétrifiée. Cet homme se collait contre elle, le membre durci dans cette coursive du Palais, ce parfum de musc enivrant émanait de lui (un arôme qu'elle a toujours aimé depuis), et transpirait le désir au plus haut point .. Elle ne pourra plus lui résister bien longtemps. Son heure est venue. Appios lui murmurait des indécences à l'oreille, son souffle court eut pour effet de donner des papillons dans le bas-ventre d'Aurora, plus encore lorsque ce dernier parcourait de l'autre l'entre-jambe de la jeune-fille, déconcertée pour la première fois de sa vie. Qu'allait-il faire d'elle ? Elle doit utiliser ses pouvoirs pour lui échapper !

Mais Appios l'embrassait dans le cou sensuellement : « Aurora, ne fuis plus. Offres-toi à moi, ô jeune et prodigieuse guerrière à la beauté diabolique où je mourrais de désirs .. Laisse-moi te montrer les plaisirs du corps et de l'esprit, te prendre ta pureté. Je te promet que tu ne regretteras pas. »

La tentation étant trop grande. Aurora céda. Appios avait été tendre et passionnel avec elle durant les premières heures de l'initiation. Elle ne se souvient même pas avoir souffert lorsqu'il l'a défloré. Et puis ce fut plus bestial au fur et à mesure qu'ils se revoyaient. La sexualité, elle ne l'apprise que de cette façon : sauvage, vraie. Elle a tellement aimé qu'elle commencé par collectionner les amants, civils ou guerriers, au grand désespoir de Shion qui aurait dû l'enfermer au Cap Sounion jusqu'à sa majorité. Les hommes qu'elle rencontrait étaient souvent plus âgés. Elle aime leur savoir-faire, ce côté rassurant. Ils étaient retournés par cette jeune-fille impétueuse, aimant être conquise. D'habitude c'est elle qui domine. C'est elle qui donne des ordres. Alors pourquoi ne pas inverser les rôles au lit .. ?

Eaque l'a très bien senti dès les premiers instants de leur rencontre. Il savait quel genre elle est. Celui qu'il n'a jamais trouvé sur sa route, qu'il a recherché inconsciemment sans véritablement s'adonner à la tâche. Ils s'accordaient chimiquement, se comprenaient, se cherchaient, étaient connectés par cette harmonie sexuelle, cette passion fulgurante alors qu'ils sont complètement opposés. En gros : ils s'étaient trouvés. Un sentiment de déjà vu qu'ils n'ont jamais pu expliquer. Elle ne le vivra avec personne d'autre. Mais elle ne veut pas que son cœur soit à nouveau empoisonné par le Garuda … Des sentiments contradictoires. Elle a toujours du mal à lui résister. Le Garuda aime avoir l'emprise sur ces pairs et plus encore sur les femmes. Il avait réussi à avoir le Serpentaire rien que pour lui. Elle aimait lui être soumise, jouer à ce jeu de la servitude … le défier. Eaque est son talon d'Achille, comme elle-même est la faiblesse du Népalais. Il avait tant de pouvoirs sur elle qu'elle a fini par se perdre elle-même.

Et en repensant à la manière dont Appios lui a pris sa virginité, le Serpentaire rêvassait face à sa fenêtre : « Quel corrompu ! Mais quel amant ! » Si elle n'était pas aussi frêle en ce moment, elle lui aurait bien offert ses faveurs. Elle a aimé être sa maîtresse. A chaque fois qu'ils se retrouvaient, même brièvement, elle lui offrait ses faveurs. Les années passèrent et Aurora se constitua une solide renommée de guerrière crainte et libérée.

Il y a eu ensuite Argol, le chevalier de Persée. Le premier véritable amant de sa vie. Lorsqu'ils se sont offerts l'un à l'autre la première fois un soir d'une mission, cela a été d'une féerie sans nom pour Aurora. Depuis des mois ils se côtoyaient. Pour la première fois, elle découvrait les joies des sentiments partagés et d'une réelle communion à deux. Argol était tombé amoureux d'Aurora au fur et à mesure qu'il apprenait à la connaître. Cette nouvelle vie qu'on lui a offerte, une dizaine d'années après sa mort contre Seiya et sa bande était du pain béni. Comme tous ses camarades, il ne connait qu'une chose : les combats, la droiture, son allégeance envers Athéna. La débauche, les femmes tout cela passe au second plan, voire au troisième lorsque lui et ses compagnons profitent des joies de permission. Quand la guerre contre les Bronzes a éclaté, il ne fréquentait personne. Lorsqu'il est revenu à la vie en tant que Spectre au cours de la Guerre Sainte, là non plus la question d'amour ne se posait pas. Il avait à peine 18 ans. Il avait toute la vie devant lui.

Lorsqu'il a été ramené avec ses camarades, son existence pris un tout autre sens. Il était fier de servir à nouveau Athéna sans parjures ni trahison et pouvoir se rendre utile au Sanctuaire. Lorsqu'il son chemin croise celui d'Aurora, cette superbe femme chevalier, il était passablement impressionné. Comme souvent le Serpentaire fait son effet par ce charisme naturel, sa prestance. Argol sentit qu'elle était chevalier d'un rang élevé. Il sut la vérité lorsque cette dernière arriva au secours des Argents pris au piège par un homme de main de Demetria, prémice de la guerre contre Arès.

Le Grand Pope leur confia une mission. Persée et le Serpentaire étaient en reconnaissance en Arabie Saoudite là d'où vient le chevalier d'argent. Aurora avait apprécié entendre parler Argol dans sa langue natale même si elle ne comprenait absolument rien à l'arabe, elle le trouvait beau et brillant, respectueux de ses coutumes… viril, dissimulé dans son saoud. Il ressemblait à ces mystérieux Princes du désert. Il lui a fait découvrir les traditions de son pays d'origine et plusieurs fois, ils s'étaient pris la main pendant leur périple dans les rues de Riyad. Argol ne voulait pas perdre de vue sa camarade parmi cette foule endiablée, lui expliquant d'être prudente avec les marchands et de le laisser échanger. Elle devait cacher les traits de sa féminité par respect pour la culture du pays. Argol ne souhaitait pas qu'elle attire le regard. Cette dernière avait apprécié sa bienveillance. Ils avaient 17 ans passés lorsqu'ils ont fait l'amour la première fois. Cela a été fascinant. Jamais Aurora n'avait ressenti autant d'affinité. Avant leur nuit d'amour qui allait annoncer le début de leur histoire cachée, Argol n'a jamais porté un regard lubrique sur Aurora. Mais s'il devait admettre qu'elle est désirable.

Le Serpentaire sortit de sa réflexion pour aller admirer le Sanctuaire de son jardin. Aurora continuait de rêvasser. De sa position, elle discernait aisément le Temple du Pope, celui du Poisson, du Verseau et une partie de celui du Capricorne en contre-bas. A sa droite, se dessinait le toit du Temple du Sagittaire. Et un peu plus loin, celui du Scorpion.

« Milo … » songeait-elle.

Le huitième gardien ne l'a pas lâché d'une semelle depuis son retour. Elle est tant ébranlée par cette générosité soudaine dont il fait preuve. Il ne lui démontrait jusque-là que de l'amitié, de l'intégrité. Qu'est-ce que cela signifie ? Pourquoi lui procure-t-elle autant de bien-être ?

Elle sait Milo droit. Il est loyal et ne perd pas son sang-froid. Le Scorpion s'agace facilement, comme son signe. Mais il n'a jamais perdu la face. Son orgueil est bien placée. Milo est un homme juste, honnête, un gardien charismatique des valeurs de la chevalerie et fidèle à la conception de la Justice désirée par la déesse Athéna. Il ne montre pas ses véritables sentiments et c'est cela le problème. Aurora aimerait savoir ce que le cœur du Scorpion lui dicte.

Elle a pu néanmoins discerner quelques signes d'émotions évidentes depuis qu'ils se connaissent. Aurora a saisi qu'elle comptait beaucoup pour le Scorpion lors de cette semaine inter-sanctuaire il y a deux ans et demi. Elle avait aimé ces moments en compagnie des autres délégations, d'un Eaque envahissant, d'un Cheval des Mer séducteur… d'un Milo sous un jour nouveau : possessif. Elle s'était moquée de lui, et ce dernier lui répondait qu'il veillait simplement sur elle.

Mais qu'en était t-il vraiment ?

Souvenirs …