Sanctuaire, trois mois après la Bataille

Le soleil irradiait de sa lumière la Terre Sacrée, déversant ses puissants rayons dans des méandres de douceur. La végétation qui avait survécu à l'hiver rude du mois dernier pouvait témoigner de l'aspérité du climat. Dans sa demeure devenue son refuge, Aurora était assise sur le sofa pourpre de sa chambre, en face d'elle son miroir dans lequel elle se contemplait. Les traces de son violent combat contre Demetria se voyaient bien moins, cependant, elle porte ces cicatrices à vie. C'est le prix à payer quand on est une héroïne.

Le Destin joue parfois des tours cruels… On dit que l'amour est la seule réponse qui existe à la question de savoir quelle est notre raison de vivre. Si tout le monde le comprenait, alors il n'y aurait plus jamais de guerres. Aurora soupira à cette réflexion. Elle ne penserait pas qu'elle s'en sortirait et encore moins qu'elle parviendrait à s'entraîner avec autant d'acharnement. Le Serpentaire retrouvait son cosmo chaque jour qui passe. Depuis deux mois, elle marche, saute et se bat. Elle est ralentie pour un chevalier de son rang : elle atteint à peine le cosmo d'un Argent. Cependant, elle n'a point perdu ses instincts de guerrière et elle demeure très agile au corps à corps. Souvent des douleurs la lancent, l'étouffe en plein entraînement et elle est obligée de cesser toute activité. Ses compagnons ressentent le malaise qu'elle éprouve. Ils savent que lui rendre son niveau sera un chemin épineux. Mais ils croient en leur sœur d'arme. C'est à elle de reprendre confiance à présent. Elle faisait l'expérience du sentiment qui succède à une victoire : le doute. Elle s'était battue comme jamais, la constellation du Serpentaire avait brillé de mille feux dans son aura, le sang de ses ennemis avait souillé son armure et .. celui de sa propre sœur. Pourtant, alors qu'elle aurait eu toutes les raisons d'être comblée, elle sentait dans sa bouche comme un goût de cendres.

Quelques jours plus tôt, de jeunes apprentis sont fraîchement arrivés au Sanctuaire. Sous la houlette habituel des chevaliers, ces derniers avaient tant offusqués les Argents en chef qu'Aurora a demandé à les voir. Ils la questionnait sur le fonctionnement du Domaine Sacrée, et furent émerveillés par la prestance de la femme chevalier. Aurora a voulu bousculer les habitudes et se consacrer davantage à la formation. Aurora n'a plus d'élèves depuis Mia, mais elle supervise régulièrement les enseignements comme le stipule son ordre. Et puis elle aime ça, encadrer des gamins.

Les enfants venaient des quatre coins du monde comme c'est de coutume pour un Saint d'Athéna, dont l'âge se situe entre 8 et 10 ans. Lorsque le pacte de non-agression fut signé par les Déités, que le Sanctuaire se rebâtissait doucement sous les doigts de fée de Shion et Doko, refermant des blessures indélébiles de guerres perpétuelles depuis l'âge d'or, Athéna très peinée d'engager de jeunes enfants dans le combat a fait construire un endroit spécialement conçu pour les futurs Saints et changer quelques règles. Une sorte d'école pré-entraînement de chevalerie déguisée en école d'étudiants dans la protection civile et située quelque part en Italie sur l'île de Favignana.

Ils ne sont pas orphelins comme ce fut le cas autrefois. Peu d'élus sont disposés à rejoindre le Sanctuaire pour poursuivre leur formation. Ceux qui échouent se voient leur mémoire effacée et rendus à leur vie d'avant. Aurora a remarqué que la nouvelle génération est indisciplinée. Remettre à leur place les petits malins est un exercice qu'elle connaît par cœur. Seulement, comme elle ne porte pas son armure comme les autres chevaliers et qu'elle est elle-même en convalescence, elle se contente d'enseigner les règles du Sanctuaire, les bases du combat et le code de conduite du bon guerrier. Pour avoir l'honneur d'être entraînée par le Serpentaire, Aurora est exigeante. Et puis de toute façon, elle a ses propres chats à fouetter. Paraître faible face à l'outrecuidance de quelques garnements serait un comble. Surtout qu'elle a pris l'habitude de s'évader à Athènes afin de fuir sa frustration.

Aurora du Serpentaire se nomme Melle Vosta dans la société, responsable d'une société d'armurerie et de sécurité que possède la Fondation Kido. Un besoin indispensable lorsqu'elle met un pied en dehors du Domaine Sacré. Elle est également convoitée en tant que danseuse afin de ramener des fonds pour le Sanctuaire et les fondations Kido. Bien que chaque Saint, apprentis, servants et soldats aient une solde tous les mois, Aurora et quelques autres contribuent à l'évolution du Sanctuaire en « travaillant » au sein de la civilisation avec des Argents de sa classe auxquels ces derniers sont parfaitement accoutumée.

Les anciennes générations sont trop formatées pour laisser de côté leur vie de chevalier. Ils ont désormais tous un code d'identité afin de se fondre dans la masse. La plupart qui ne se souviennent pas de leur ancienne vie. Shion a fait embaucher un civil de Rodorio connaissant le secret des chevaliers d'Athéna et servant d'intermédiaire lorsque Saori revient au Japon représenter son entreprise, afin de ne pas élever les soupçons. Ce dernier a réussi à retrouver des traces du passé de chaque « ancien » chevalier et définir les liens perdus avec leur enfance. Nombre de fois certains avaient eu des soucis d'intégration dans le monde moderne pour remplir de simples missions. Difficile de passer incognito lorsqu'on a pas de couverture, ni de papiers en règle ! Des chevaliers se sont fait arrêtés pour outrage et manquement à la règle ! S'ils sont interpellés à nouveau, les entreprises Kido en qui ils sont liés pourraient être menacées. Ainsi donc, papiers obligatoires pour tout le monde. Et Melle Vosta vient et part du Sanctuaire régulièrement pour contrôler sa santé et effectuer des radios sur ses os brisés.

Ainsi, au sein des troupes de la Déesse de la Sagesse, il manque quelques porteurs sur les 88 chevaliers (43 armures de bronze, 24 armures d'argent, 12 armures d'or - si on ne compte pas la Treizième et les Bronzes Divins « en retraite » Seiya, Hyoga, Shiryu, Shun et Ikki), quelques étoiles n'ont pas trouvé leur représentant : chez les Bronzes les armures du Sextant et de Cassiopée sont orphelines depuis une vingtaine d'années, attendant leur nouveau maître. Du côté des Argents, l'armure de la Lyre que possédait le valeureux et énigmatique Orphée n'a toujours pas résonné avec l'âme idéale. L'ancien Argent n'a pas souhaité être ressuscité afin de demeurer auprès de sa bien-aimée Eurydice. C'était son désir le plus cher à sa mort dans le Mekkai et Athéna l'a respecté. L'armure de la Chouette, de la Poupe et de l'Horloge se font également désirées.

Aurora expliquait la base aux adolescents - ignorant l'ordre auquel appartient la jeune-femme. Ainsi ils ne seraient pas impressionné expliquait de façon la plus objective possible le rôle de chaque Saint au sein de l'Armée. Lorsque l'un d'eux pose farouchement la question existentielle : « Comment savoir si on est fait pour être un Or ou un Argent ? Qu'est-ce qui définit sa puissance ? » sous les regards scrutateurs des Argents de la vieille garde, méprisant autant de manquement à leur éducation de Saints !

« Ce n'est plus ce que c'était les jeunes .. » marmonnait Sirius entre ses dents debout sur les marches du Colisée.

« Comme vous le savez, les chevaliers d'Athéna sont répartis en trois catégories en fonction de leur force et de leur maîtrise de la cosmo-énergie, » répondit Aurora du ton pédagogue que connaissait si bien Argol, « On considère que n'importe qui peut postuler pour une armure de bronze qui correspond au rang le plus bas. Les candidats s'entraînent de longues années, généralement dans des camps regroupant de nombreux jeunes gens comme ce fut le cas pour vous tous. Ceux qui arrivent à éveiller leur cosmo ne le font en généralement pas avant dix ou douze ans et au bout d'un long chemin fait de sacrifices. La concurrence étant féroce et les postulants nombreux, un apprenti chevalier de bronze doit prouver sa valeur et son mérite, d'une façon qui prend la forme d'un tournoi opposant tous les candidats ou d'une épreuve initiatique dangereuse. Certaine fois, remporter un tournoi donne même seulement droit à participer à l'épreuve finale, sans aucune garantie. » argumenta la brune en fermant les yeux.

« Viennent ensuite les chevaliers d'argent, des individus rares qui ont une prédisposition pour le cosmo. En général, ils commencent une formation pour une simple armure de bronze peu avant le début de la préadolescence mais s'éveillent au cosmo au bout de quelques mois, là où les autres mettront des années. Ils sont alors placés sous la responsabilité d'un Saint expérimenté qui leur dispense un entraînement individuel beaucoup plus approfondi. Lorsque le maître estime son élève apte, celui-ci doit faire une démonstration de sa maîtrise cosmique au Grand Pope. On détermine par un profil astrologique complet quelle constellation le protège. Le chevalier reçoit son armure une fois que celle-ci a reconnu son maître puis développe ses techniques de combat durant quelques années. »

« La constellation qui le protège ? Vous parlez des étoiles qui représente chaque chevalier ? », demanda un autre.

« Tout à fait. Chaque chevalier est protégé par une constellation lui octroyant ses pouvoirs. Le destin fait qu'un chevalier de bronze finit par postuler pour l'armure qui lui correspond. En revanche pour les chevaliers d'argent, il faut déterminer à quelle constellation ils sont liés. »

« Et les chevaliers d'or, alors ? » continua le plus âgé du groupe.

« Ce sont des êtres encore plus exceptionnels et rares que les chevaliers d'argent, puisqu'ils sont au nombre de douze. Ils présentent la particularité unique de s'éveiller à l'ultime cosmo, appelé septième sens, la simple perception étant le sixième sens. Lorsqu'un jeune garçon s'éveille au septième sens, il devient automatiquement le chevalier d'or de l'armure correspondant à son signe zodiacal. Il développe ensuite les techniques correspondant à son signe pendant quelques années, sous la supervision des chevaliers d'or de la génération précédente ou d'un argent de haut niveau. »

« Mais alors, si j'ai bien compris les chevaliers de bronze doivent traverser des épreuves très dures pour obtenir leur armure. Est-ce qu'ils ne seront pas bien plus redoutables aux combats que les chevaliers d'or qui ont tout acquis dès le départ et n'ont jamais eu à faire d'effort pour réussir ? » demanda avec une curiosité évidente un jeune apprenti.

Certains Argents secouèrent la tête. Quelle ignorance. Argol et Asterion décident d'intervenir, voyant Aurora leur jeter un œil désabusé : « Pas bêtes ces mômes, mais je manque de patience vu mon état.. »

« Tu as la franchise de l'enfance… Ta remarque est juste, vu la façon dont Aurora t'a présenté les choses. » dit Asterion, « Pour la défense des Ors, je peux t'assurer que leur entraînement a été très dur même si en effet ils n'ont jamais dû faire face réellement à la peur de l'échec. Ensuite, tu dois réaliser que si l'écart de force est considérable entre les chevaliers de bronze et d'argent, il est quasiment inimaginable entre les chevaliers de bronze et d'or. La dureté de l'entraînement des chevaliers de bronze, l'extrême sévérité de la sélection, a donc pour but d'exacerber leur volonté afin qu'ils puissent repousser leurs limites et accomplir leur mission : protéger Athéna et le Sanctuaire aussi bien que les chevaliers des castes supérieures. Ainsi la légende et la réputation des protecteurs d'Athéna qui ne renoncent jamais et se relèvent toujours quelles que soient leurs blessures, a été en grande partie écrite par les chevaliers de bronze. »

Un jeune-homme téméraire interpella le groupe d'Argents et posa une question judicieuse : « Vous voulez dire, Seigneur Asterion que sans le combat de Seiya et sa bande, le Sanctuaire n'aurait jamais pu être purifié de ces histoires furent abominables ? Au sein de l'Académie, on nous en parle peu. »

Aurora et ses compagnons se concertent du regard : c'est vrai que ce n'est pas un sujet des plus glorieux mais il n'est nullement intangible. Et puis, c'est la première fois que des élèves osent aborder la chose en toute liberté. Que leur apprend -on dans cette école ? La portugaise va devoir faire quelques ajustements là-bas avec les « professeurs », des anciens guerriers reconvertis en enseignants pour chevaliers.

« C'est vrai que c'est étrange ces histoires avec le Sanctuaire ! On nous parle d'être super braves et justes mais au bout du compte les Saints se sont entre tués pour rien il y a vingt ans. On nous prône pourtant 'honnêteté et la droiture. » poursuivit un autre.

Argol prit la parole à son tour,« Tout à fait. Vous ne devez jamais mal estimer le rang de vos camarades. Si vous êtes là, c'est que le destin vous a choisi pour servir Athéna et que vous êtes dignes de porter une armure, quelque soit son métal. Nous sommes tous soldats de la Princesse, des frères d'arme et nous insistons beaucoup sur le respect des règles de la chevalerie, la vie en communauté au Sanctuaire et le devoir de chaque Saint. Le Domaine sacré était certes autrefois plus strict et bien souvent la peine de mort était de rigueur afin de servir d'exemples au plus facétieux .. » ajouta Persée de sa voix autoritaire, qui firent frissonner les gamins intrépides.

« Les circonstances, l'histoire de cette Terre Sainte et les tourments que mes compagnons et moi-même avons traversé sans érudition furent différentes. Nous pensions que vous avez été suffisamment documenté sur l'histoire du Sanctuaire au sein de cette école.. » continua l'homme en considérant chaque adolescent face à lui de son regard perçant, « Cependant, je constate que certains détails vous manquent et il est donc naturel que vous vous interrogiez. N'ayez crainte, vous aurez tout le loisir d'apprendre maintenant que vous avez franchi la dernière étape : celle de gagner une armure et la mériter. Car il ne suffit pas de représenter son étoile pour prouver l'authenticité d'un Saint. Vous devez être constant et apprendre de vos expériences sans arrêt. La foi en Athéna, ses convictions et ses principes fondamentaux que vous devez faire valoir, ainsi que l 'amitié que vous portez à vos camarades vous aideront à développer cette spiritualité. Un chevalier individualiste ne pourra vaincre. C'est aller contre la cause même que nous défendons » continua Persée.

L'homme se tenait à côté des enfants et énonça avec une douleur visible dans la voix : « A l'époque de cette guerre interne, nous autres chevaliers pensions servir la véritable Athéna. Le lourd secret autour de sa réincarnation et les conséquences qui suivirent nous étaient inconnues. Le mal qui avait sévi sur notre Terre a réveillé notre conscience lorsque Seiya et ses compagnons nous ont affronté avec leur cœur, leur sens fraternel. Nous avions oublié que nous étions avant tout des frères d'armes œuvrant tous pour la même cause. » finit le représentant de la Méduse.

« C'est vraiment très triste ce qui est arrivé. Je n'ose imaginé ce que vous avez ressenti ! » dit une jeune-fille.

Dante s'approcha du groupe : « Nos actes passés, nous le faisions avec sincérité même si nous avons été fourvoyés. Nous avons fait pénitence de ces erreurs en nous lavant de ces crimes dans cette nouvelle existence. Nous avons été certes trompés mais on est pas toujours responsable du mal qui engrène un individu ou un Royaume. »

« Faites-vous référence au chevalier d'or qui a trompé le Sanctuaire ? »

« C'est certainement lui qui a le plus souffert dans cette histoire. Aujourd'hui chacun a pu méditer sur ces épreuves. Le Sanctuaire est plus uni et engagé que jamais. Aucune ambiguïté n'est à déplorer et vous avez eu raison de vous questionner sur ces aspects. Continuez de méditez la dessus. Vous avez du chemin à parcourir. Faire le bien autour de soi n'est pas toujours chose aisée.» termine Dante sur un ton plus dur.

Une jeune-fille interpella le Saint de Cerbère : « Pourquoi restons-nous à l'écart du reste de l'humanité ? Avec nos pouvoirs, il nous serait aisé d'imposer nos valeurs au reste du monde. »

Asterion répondit :« Les chevaliers d'Athéna ne sont pas censés intervenir dans les affaires du monde extérieur. Nous protégeons l'humanité dans son ensemble des dieux hostiles au genre humain mais ne saurions intervenir pour privilégier un peuple par rapport aux autres. Certes, il arrive que la marche du monde nous désole. Nous déplorons la pauvreté de certaines régions et les guerres. Parfois même, nous intervenons discrètement lorsque les faibles et les innocents paient un trop lourd tribu à la fatalité. Mais, il n'est pas de notre responsabilité de changer le monde. La Terre appartient aux humains, quelles que soient leurs erreurs et leurs mauvais choix. »

« Est-ce donc aussi le souhait de la princesse ? » enchaîna un autre.

Argol :« Telle est la philosophie d'Athéna qui la distingue tant des autres dieux: protéger mais ne pas influencer. » poursuit le Saoudien,« L'humanité est libre de choisir elle-même ses propres voies car Athéna a foi en l'homme. Elle ne doute pas que lorsque le temps sera venu, l'humanité entière fera sienne des valeurs que défend la chevalerie. C'est pour ça que chaque vie est précieuse. Même le pire des criminels peut se repentir de ses erreurs. »

« Il y a tant de choses à assimiler, nous sommes heureux d'être arrivé en ce lieu mythique et représenter notre Déesse. » dit un jeune homme.

« Nous sommes conscients de ce qui nous attend. » firent les gamins.

« Nous nous montrerons digne de représenter Athéna et le Sanctuaire. » continua un autre.

Aurora sourit de contentement et fit un signe de main à ses amis, les laissant avec les nouveaux. Le Domaine sacré a de beaux jours devant lui. Cette guerre contre Arès avant qu'elle n'éclate avait inquiété la jeune-femme sur l'avenir de la paix.

Aujourd'hui la question ne se pose plus. Il y aura toujours un bon chevalier pour transmettre ces valeurs aux futurs générations.

###

Assise devant son Temple, le Serpentaire était en train de remettre ses bandelettes qui protègent ses avant-bras en partant des mains et en remontant jusqu'à ses coudes. Cette technique de protection est bien connue au Sanctuaire puisque Saints et apprentis agissent ainsi afin de barder leurs membres en cas de chocs ou contre le frottement de leur armure.

« Bonjour Aurora. »

Aiolia venait d'arriver avec Milo et Saga. Les jeunes-hommes revenaient de réfectoire du Palais.

« Mes amis ! » répondit-elle, surprise, elle n'a même pas ressenti leur cosmo.

Elle souffla de dépit. Avec la nette impression d'être redevenue elle-même élève depuis cette guerre.

« Comment te sens-tu ce matin ? » demande Saga.

« Pas trop mal. »

« As-tu toujours ces douleurs dans le dos ? »

« Oui. Elles viennent et repartent. »

« Parle-en au Pope. » lui conseilla le Gémeau.

« Je viens du Palais. »

« Viens-tu t'entraîner avec nous ce matin ? » questionne Milo.

« Je regrette mes frères. Je pars. »

Aiolia :« Où comptes-tu aller ? »

Silence de la gardienne. Ce à quoi elle finit par répondre : « Ecoutez, je voulais vous le dire mais je n'aime pas les adieux, même provisoires. »

Milo fronça les sourcils : « Comment ça ? »

« Tu quittes le Sanctuaire ? » demande le Lion.

« Pour aller où, chevalier ? » s'inquiète Saga.

La brune leur fit face : « J'ai subi beaucoup de dégâts. Je vous suis reconnaissante pour tout ce que vous accomplissez pour moi … »

Elle marqua une pause et baissa la tête.

« Mais ? » dit Milo, attendant la suite.

« Je vais dans un endroit où nous ne pourrons communiquer. »

« Que veux-tu dire ? »

Une voix familière s'exprima au loin.

Shura franchit le sentier en direction du treizième temple en compagnie de ses voisins Aphrodite et Camus. Ils s'apprêtaient à partir pour l'arène eux aussi. Aurora portait sa tenue d'entraînement. A ses côtés, un sac de voyage et une longue toge l'attendait.

Elle emboîta le pas à ses camarades, « Parlons en chemin. »

Les chevaliers la suivent sans un mot. Mais la Treizième n'avait toujours rien dévoilé lorsqu'ils arrivèrent aux portes du temple du Sagittaire.

Mia sentit le cosmo de ses homologues et les accueillit, fraîche et jolie.

«Maître ! Vous tous ! » mais en voyant les mines déconfites de ses congénères, elle haussa un sourcil.

« Mia, je ne te demande évidemment pas la permission de traverser ta maison. » dit Aurora.

« Bien-sûr que non ! » Elle constata le sac de son ancien maître et lui demande, « Vous nous quitter ? »

Les autres chevaliers se regardent.

« Que se passe-t-il ? »

« Mia, je vais tout expliquer en bas, quand tout le monde sera réuni. » ajouta Aurora.

« Bien. »

Les gardiens successifs grossirent le groupe au fur et à mesure que tout le monde se retrouvait. Lorsqu'ils dépassent le chemin menant au Colisée, Angelo, agacé, exulta :

« M'enfin Aurora ! Vas-tu parler ? »

La brune n'exprima aucune réaction. Son silence était lourd de sens.

Le Verseau intervient : « On n'attend toujours de vaines explications. »

La portugaise posa son sac et s'immobilisa. Elle lève ensuite un doigt vers le ciel, et l'urne de son armure apparue à ses côtés.

« Mes amis .. Je pars pour un périple que moi seule doit continuer. » déclara t-elle en se retournant vers le groupe, « Sans vous, sans personne. Je pars me régénérer sur l'île Kanon. »

Sa dernière phrase combinait une douche froide à un condensé de mauvaise humeur.

« Alors c'est cela. Un instant, j'ai cru que tu quittais l'ordre de le chevalerie. » souffla Aldébaran.

Shura : « Sais-tu combien de temps tu y resteras ? »

« Le temps nécessaire à ma guérison. Je ne suis plus la même et regardez l'état de mon armure. Elle m'obéit parce que je suis vivante. Elle ne viendra plus me recouvrir si elle ressent mes doutes. »

« Nous sommes navrés de l'épreuve que tu traverses. » lui dit Saga en posant une main amicale sur l'épaule du Serpentaire.

« Merci Saga. Je sais que je peux compter sur toi et Doko pour soutenir Shion. »

« C'est un grand honneur.»

« L'as-tu ouverte depuis la bataille ? » poursuit Doko en regardant l'urne du Serpentaire.

« Le devrai-je ? »

Tous hochent la tête.

C'est un moment pénible à passer mais c'est un devoir de chevalier d'affronter ses démons. D'un geste, elle tira sur la chaînette de la boîte. Son corps se mit à trembler sous l'émotion, laissant apparaître une armure du Serpentaire faisant peine à voir. Comme elle le redoutait il ne restait quasiment rien de son armure.

A sa vue, elle se décomposa : « Je n'aurais jamais imaginé une telle débâcle. »

« Je t'aiderais à la faire renaître. Tu sais qu'une grande quantité de sang de chevalier est nécessaire pour ressusciter une armure. »

« Oui. Cependant, tu ne le sais peut-être pas ... L'armure du Serpentaire nécessite également l'aide d'Héphaïstos pour être rebâtie. »

« Comment ? » s'exclama Shura, « Le forgeron des Dieux est celui qui a construit ton armure ? »

« En partie. Je sers aussi le Seigneur Zeus. Démontrant ainsi que je protège sa fille Athéna et qu'il reconnaît ma valeur en me procurant une armure solide. »

Aiolia : « Et tu ne pourras lui demander de l'aide qu'après avoir retrouvé ta puissance .. »

« C'est cela le Lion. »

Mu ajouta :« J'aimerais être présent quand tu seras prête à te sacrifier pour ton armure. »

« Oui, je comptais sur tes compétences. » sourit-elle.

Angelo :« Pas question de te sacrifier à nouveau ma belle ! » faisant signe à la Balance de s'avancer.

« Prends ceci Aurora. » annonça Doko en lui tendant un coffre en sapin de taille moyenne, flanqué des douze signes du Zodiaque, « Et considères-le comme un remerciement de notre part. De notre amitié et de notre reconnaissance.» termine-t-il brièvement.

« Qu'est-ce que … » Aurora ouvrit le contenu. Douze fioles étaient couchées dans un écrin de velours. Chacune avait le signe d'un chevalier de la caste dorée gravé dessus. A l'intérieur, toutes contenaient du sang de ses frères d'armes. Des larmes jaillirent, coulant lentement sur le visage de la brune.

« Ce n'est pas grand-chose, étant donné l'ampleur de ton sacrifice .. » poursuit Aldébaran.

"Mais nous tenions à participer à ta renaissance." fit Aphrodite en lui attachant une de ses roses blanches dans les cheveux.

« Mes frères … » dit simplement Aurora, émue.

Camus : « Nous nous doutions que tu emporterais ton armure avec toi. »

« Alors vous saviez que je partais ? »

« Le Seigneur Shion nous a interpellé hier. Il savait que tu t'en irais sans crier gare … » fit Milo.

Un moment de flottement s'installa.

« Je vais honorer ce don merveilleux. » continua la belle. Envahie par l'allégresse et d'un nouvel élan de courage, Aurora savait qu'elle devait garder parole et ne pas perdre l'audace qui la caractérise, « Je vous promet de revenir avec une nouvelle armure sur le dos .. Pour l'amour et la justice ! »

« Nous n'en attendions pas moins de toi. » répondit Mu.

« Je … une dernière faveur à vous demander. Sachant mon cosmo faible .. Est-ce.. que l'un de vous, peut… » se tortillant un peu gênée, « M'emmener jusqu'à l'île ? »

Tous se concertent d'un seul regard. Le Scorpion aura cet honneur. Il lui tendit la main, « Je t'escorte. » Il fit appel à son armure qui se matérialisa en quelques secondes et se posa sur son corps : « Es-tu prête ? » demande le Grec.

« Milo… » clama t-elle d'un ton admiratif, « Je te l'ai déjà dit cent fois mais tu es vraiment le chevalier le plus beau du Sanctuaire. »

Les Saints eurent un rictus. Milo n'en fut pas offusqué. Il la connaît et répondit hardiment, « Maintenant que tu m'as complimenté, prends ma main, belle intrépide. »

Aurora ricana. Il est rare que le Scorpion sorte de telles absurdités. Mais c'était œil pour œil, dent pour dent.

« Je penserai bien à vous. »

« Nous aussi Aurora. » lui assure Shura.

« Que ton chemin vers la guérison te soit profitable et serein, chère amie. » s'approcha la Vierge en lui tendant un de ses nombreux chapelets Bouddhiste. Celui-ci rouge et doré portait les initiales de l'Indien.

« Shaka … je ne peux accepter. C'est ton préféré. »

« Ne sois pas stupide. Et prends-en soin. »

« Merci Shakounet. »

Elle lui lui donna un baiser sur la joue faisant passer le sixième gardien d'un visage calme au rouge fraise. On ne changera pas les deux-là. C'est leur façon à eux de s'apprécier.

« Transmettez mes amitiés aux chevaliers d'Argent et de Bronze. »

« Comptes sur nous. » répondit Aldébaran.

« Maître … » dit alors Mia, « Faites attention à vous. »

Aurora rassura la jeune-fille : « Mia, tu es un chevalier d'or à présent, une des nôtres. Cesses de me nommer ainsi.»

La Sagittaire approuva d'un hochement de tête.

« Tu me portes, chevalier servant ? » clame Aurora en sautant dans les bras du Scorpion.

« Tu n'es pas croyable … »

« Au revoir mes frères … » dit-elle à ses amis qui regardent partir le Serpentaire pour un nouveau périple.

Milo et Aurora s'envolèrent vers l'île volcanique bienfaitrice. Durant le voyage, le Serpentaire admirait le chevalier du Scorpion. Ses beaux yeux clairs étaient concentrés sur sa tâche, les bras puissants l'entouraient, ses longs cheveux virevoltaient. Elle percevait une note de nostalgie. Elle s'agrippa davantage à lui et colla son visage dans son cou. A ce contact, Milo sentit une vague de passion envahir son esprit.

Arrivés là-bas, le chef du village accueille les protagonistes et s'agenouille : « Soyez les bienvenus, protecteurs d'Athéna. Le Seigneur Shion m'a fait part de votre arrivée. C'est un honneur. » dit-il avec respect,« Dame chevalier, veuillez me suivre. J'ai fait préparer une chaumière confortable pour vous. »

« Je te remercie. » répondit Aurora.

Milo la suivit, l'armure du Serpentaire sur le dos ainsi que son sac. Dans les quartiers de la treizième, le vieil homme prit congé : « Si vous avez besoin de quoique ce soit. »

Aurora hocha la tête. L'homme se cambra face à Milo : « Seigneur du Scorpion … »

Le Grec fit un signe de la tête et ferma la porte derrière eux.

« Ça va me changer de mon Temple. » soupira Aurora.

« On vient d'arriver et tu marmonnes déjà ? » lui dit Milo en inspectant les lieux, posant les affaires du Serpentaire sur le lit.

« Oui. Tu me changeras pas même en me sacrifiant 100 fois. »

« Je t'interdis de refaire ça. »

Aurora se retrouvant face au visage critique de l'homme dans sa splendide armure. Elle posa alors sa tête contre le plastron dorée. Milo la considéra. Cela devenait de plus en plus difficile pour lui ces rapprochements. Il en était sûr maintenant.

Il posa une main amicale sur l'épaule de son amie : « Je ne veux pas revivre cela. » murmura-t-il presque pour lui-même.

« Serait-ce ta confession, chevalier ? »

Surpris de se dévoiler, le Scorpion toucha doucement de sa main main le visage de son amie. C'est la première fois qu'il lui démontre de l'affection autre que conviviale.

« Pardonnes-moi de t'avoir … éviter ces derniers temps. »

« Quelle en est la raison ? » demande-t-il.

« Je ne voulais pas t'entraîner dans mes doutes. »

« Rien que tu pourras dire ou faire ne me causera du tort, Aurora.»

« Milo … " commença t'elle hésitante, "Toi et moi, cela toujours au-delà de l'amitié, n'est-ce pas ? »

Le Scorpion la dévisagea : « Où veux-tu en venir ? »

« Que ressens-tu pour moi, Milo ? »

L'homme eut une raideur. Il ne sait pas s'il est capable d'y répondre correctement.

« Aurora… » fit-il prudent,« J'éprouve de forts sentiments pour le chevalier que tu es, la femme derrière cette armure, l'amie que tu incarnes à mes yeux. J'ignore cependant lesquels. .»

« Je ne suis donc à tes yeux qu'une jolie guerrière spontanée qui amuse la galerie. » rétorqua-t-elle.

« Comment peux-tu dire ces inepties ? Toi et moi savons que cette proximité est importante. »

« As-tu déjà été aussi proche d'une femme ? »

« Non, Aurora. »

Elle baissa la tête, déçue,« Je ne veux pas que tu me quittes. »

« Chevalier … » Il se rapprocha d'elle, « J'aimerais pouvoir te dire ce que tu souhaites entendre, être à tes côtés dans cette crainte qui te tenaille. Cependant, tu dois y faire face seule à présent."

« Je te déteste. » clame-t-elle, « Tu as toujours raison. »

Milo voulait saisir cette chance pour faire ce que jamais il n'avait osé faire avant cette bataille : avouer ses sentiments à Aurora. Le Scorpion en avait eu conscience il y a... longtemps. Mais quand, enfin il avait réussi à se convaincre de se déclarer, il se ravisa, avec la peur de perdre cette relation importante.

« Je serai toujours là. »

Il posa sa main sur le bras du Serpentaire. Elle sentait les longs doigts du Grec frôler sa peau. Elle avait envie que Milo la caresse, frôle ses cicatrices, plonge son regard de braise dans le sien. Ils étaient là, avec leurs ressentis, leurs non-dits.

« Promet-moi d'être forte. »

« Juste pour toi. » continuait de grogner Aurora.

Le brun eut un dernier sourire. Puis il se dirigea vers la sortie, son armure claquait sur le sol. Aurora ne voulait pas qu'il s'en aille. Elle ne vit que pour la guerre depuis l'enfance. A perdu tant de camarades. Jamais elle n'a éprouvé une telle peur, ressentie de telles émotions. Pour la première fois de sa vie, un homme lui serait bien de secours. Quelqu'un sur qui compter, droit, intègre, dissimulant une extraordinaire tendresse. Un genre comme le Scorpion.

Milo sentait le désarroi d'Aurora derrière la porte qu'il venait de refermer. Il serra durement les poings. Aurora doit redevenir le chevalier qu'elle était, rester concentrée à sa progression. Elle doit demeurer seule pour regagner son armure. Tous ces sentiments lui serviront à son bien et uniquement à cela. Et l'attente, l'envie, l'amitié, le devoir, sont des arguments décisifs pour avancer. La portugaise traverse un passage à vide, et ce besoin irrépréhensible de compter sur lui.

Bon sang, il ne supporte pas de sentir son cœur souffrir. Qu'il aimerait rester à ses côtés ! En quittant l'île Kanon, Milo sait qu'il ne reverra pas Aurora avant un moment.

« Que ressens-tu pour moi, Milo ?»

Cette phrase tourne dans sa tête en boucle. Le Serpentaire est si entière. Il peut néanmoins comprendre qu'après ces années, elle ait besoin de réponses concises à ses interrogations.

« Dois-je aller jusqu'au bout ? En serai-je pour autant un autre chevalier ? »

Toutes ces questions tournaient sans répit dans son esprit. Heureusement pour lui, il aura tout le temps de méditer sur cette discussion qu'il l'a ébranlé.

Sanctuaire, Eté 2006

Pour la seconde fois en trois ans, le Domaine Sacré va accueillir les différentes délégations. L'année dernière, tous avait été convié au Royaume des Ombres, juste avant la Guerre contre l'armée d'Arès. L'année précédente c'était au Sanctuaire sous-marin. Et donc en toute logique, c'est sur la Terre Sainte sacrée d'Athéna qu'a lieu la fête. Contrairement en 2003, Shion a décidé de ne pas en faire trop. Aurora n'est pas là pour le seconder. Il y a bien Doko pour l'aider mais la Balance n'a pas le sens de l'organisation et les méthodes carrés du Serpentaire. Saga ne rechigne pas à s'adonner à la tâche, lui qui a régné sur le Sanctuaire pendant treize ans. Au moins avoir été un « faux pope » ça a eu du mérite, même si le temps n'est pas au beau fixe, ce qui est très inhabituel pour un mois de juin.

Dans son bureau, l'ancien Bélier se demandait ce que devenait son chevalier du Serpentaire. La pluie a frappé la vitre de la fenêtre fermée qui donne sur le Domaine Sacré. De temps en temps, un éclair secouait la nuit et éclairait la pièce. Dehors, le vent faisait rage et un axe cahoteux de l'arcade continuait de battre, remplissant la nuit de sons, compagnons du sifflement constant du vent. Depuis des semaines, Aurora n'entre plus en télépathie avec lui.

On toqua à la porte.

« Entrez ! » fit le Pope sortit de sa réflexion.

Un soldat s'agenouille : « Votre Seigneurie, la Déesse Athéna vous demande. »

« Merci. »

Le Pope remit son casque, sa toge et gagna les immenses couloirs du Palais vers le Temple de la Déité.

Debout près de la fenêtre, les yeux rivés sur l'horizon, une jeune femme était assaillie par mille pensées, empreints d'une sagesse lourde à porter… Athéna, car il s'agissait bien d'elle, était plongée dans des idées moroses. Un coup sonore frappé à la porte interrompit le cours de ses pensées. Un garde entra, la peur inondant son regard vert. En le voyant, Athéna se sent vieillir : au service de la déesse depuis peu, il devait regretter sa vie d'avant. Combien de frères avait-il vu s'écrouler ? Avait-il dû se maudire de ne pas être aussi fort qu'un Chevalier ? Athéna était prise de l'envie de le rassurer quant à l'avenir, de lui parler avec des mots doux comme le ferait une mère.

« Princesse, le Grand Pope est ici »

« Merci, fais le entrer » dit-elle avec douceur.

Shion pénétra au temple d'Athéna et s'incline en signe de respect, ôtant son masque, "Vous m'avez demandé, Déesse ? »

Athéna s'était avancée et porta son attention sur le Gouverneur de la Terre Sacré, « Oui. Je me doute que tu dois être occupé avec les préparatifs. » dit la jeune-femme au Pope.

« Athéna, je suis votre noble représentant, j'ai toujours du temps à vous accorder. »

Athéna sourit de gratitude. Échanger avec Shion ait toujours agréable et lui fait oublier un tant soit peu ses inquiétudes. Elle ne regrette en rien son choix de l'avoir fait revenir après la Guerre Sainte. Le Sanctuaire s'est parfaitement remis de son lourd passé.

« Comment avance l'organisation de la fête ? » demande-t-elle au vieux Bélier.

« Bien. Doko et Saga m'aident beaucoup, tout sera prêt à temps. Nous avons décidé de changer la décoration de la salle à vivre du Palais. J'espère que cela vous comblera aussi. »

« Je te donne carte blanche, Shion. »

Ce dernier hocha la tête.

« J'ai reçu des nouvelles du chevalier Aurora. »

« J'allais vous le demander, Déesse. »

« Elle sera de retour pour la fête. Elle a émis le souhait de prêter à nouveau allégeance. J'aimerais que cela se passe aux yeux de tous et que tu t'en charges. »

« Aurora va probablement désapprouver .. » ajouta Shion,« Votre bonté d'âme est sans égal, Athéna. »

« Le chevalier du Serpentaire reste dans cette humble démarche. Mais je ne vois pas pourquoi elle n'aurait pas le droit à une cérémonie de grâce, tout comme ses frères d'arme il y a quelques années. »

« J'aimerais vous prévenir par avance de la désinvolture dont elle fera preuve. »

Athéna afficha une mine amusée. Puis elle marqua une pause et pris un air plus grave.

« J'ai pu ressenti son âme en proie à des troubles depuis cette Guerre. Elle ne peut me tromper. Veillons à cela. Tu sais à quel point elle peut être imprévisible. »

« Comment l'expliquez-vous ? »

« Parfois elle m'interpellait au travers de mon cosmo. Elle a énormément travaillé ces derniers mois, plus qu'elle ne le devait. Cela l'a endurcie. La récompense de sa constellation protectrice qui a su reconnaître sa valeur. »

La déesse renvoya son attention par la fenêtre donnant sur le Sanctuaire et poursuivit:« A l'origine, le Serpentaire était un être aux pouvoirs divins. Le tout puissant Zeus mon père, fait confiance en Aurora afin de protéger la Terre des maléfices. On ne pensait pas que le Serpentaire survivrait. Ni elle-même. Comme c'est une femme qui détient cette armure, elle se régénéra naturellement au cours des prochaines années .. par l'enfantement.»

« Vous dites que ses pouvoirs atteindront un autre niveau ... lorsqu'elle enfantera ? Alors le Dieu des Dieux aurait-il eu vent du futur d'Aurora ? »

Athéna hocha la tête:« La pythie de Thèbes était formelle. Aurora sera une guerrière plus forte grâce à l'amour qu'elle porte pour sa progéniture. »

« Vous vous voulez dire que l'amour maternel sera la clé de sa force ? »

« Oui et cela ne saurait tarder. » admit Athéna.

Shion en était estomaqué. Aurora en mère de famille ?

« Princesse, cela signifie que le chevalier du Serpentaire engendrera.. ? Enfin, cela n'est arrivé que rarement dans l'ordre de la chevalerie. » continua l'Atlante.

« Ses grands-parents étaient puissants. Mais cela les a perdu. Son cœur a toujours été partagé. »

« Faites-vous référence à ses choix personnels ? »

« Ses sentiments amoureux l'interrogent. Si on ne compte pas le Juge Eaque qui semble ne pas quitter son esprit. »

« Certains de ces hommes seront t'ils les géniteurs de ses enfants, d'après vous ? »

Athéna acquiesça. Shion en avait mal à la tête.

« Le chevalier du Serpentaire n'est pas ce genre à pouponner, Déesse.. »

Athéna sourit, amusée.

« Shion, tu as élevé le chevalier du Serpentaire. Elle t'en a démontré .. de toutes les variantes possible, n'est-ce pas ? » Shion soupira en hochant la tête, c'est peu dire, « Je suis navrée de t'apprendre que tu n'es pas au bout de tes surprises. Nous devons laisser le destin se faire naturellement. Si c'est écrit dans les étoiles, qu'il en soit ainsi.»

« Pensez-vous qu'elle pourrait se détourner de son devoir de chevalier ?»

« Qu'en penses-tu, Shion ? »

Le Bélier réfléchit quelques instants puis répondit : « Elle qui a tant bataillé pour en arriver où elle en est… J'ai confiance en elle. Elle y parviendra, même si c'est difficile.»

« Alors nous partageons la même point de vue. » approuva la déité, « C'est elle qui est maîtresse de son futur. Nous pénétrons dans une nouvelle ère pour le Sanctuaire. »

La conversation se poursuit tard dans la soirée. Athéna évoqua ensuite le destin des autres chevaliers, ses ressentis, comme pour une certaine Sagittaire.

« Mia a été très émue par la dernière guerre. »

« Je l'ai remarqué également Athéna. Mia est sensible mais son cœur est solide comme un roc. »

« Penses-tu que cela ira mieux avec le temps ? »

« Oui Princesse. Elle n'a certes que quinze ans. C'est un bon chevalier. Juste et combative. Elle doit seulement apprendre à gérer ses appréhensions. Elle sous estime sa force. Ses camarades l'aident pour ce faire.»

« Il me semble que le chevalier Shura veille sur elle. »

« Le Saint du Capricorne a été le premier à assurer l'enseignement de Mia lorsque Aurora partait en mission. Elle a compris qu'ils pourraient se comprendre, grâce à leur personnalité réservée et complémentaire. Le Capricorne avait besoin de se pardonner à lui-même son acte envers Aiolos; et a souhaité se racheter en supervisant la formation du successeur de son ami.»

« Désormais, cette instinct de protection envers Mia devient plus présent chaque jour. Shura nourrit des forts sentiments pour le chevalier du Sagittaire. »

« Il garde sa dignité et sa droiture par respect pour elle cependant, Shura pense ne pas mériter Mia qui lui voue une admiration depuis longtemps. »

« Seul le temps leur dira comment agir. » sourit Athéna, "Les relations entre chevaliers d'or peuvent parfois évoluer par delà l'amitié."

« L'approuvez-vous Déesse ?" demande le Grand Pope, intrigué.

Athéna se saisit de son sceptre et se dirigea sur le balcon de son temple, le regard concentré sur son Domaine : "On ne peut contrôler les sentiments amoureux. En tant que représentante de la sagesse et la justice, il serait incongru d'y être opposée." Elle reporta son attention sur son bras-droit : "Grand Pope, je peux compter sur ton discernement afin de guider nos chevaliers."

"Je suis heureux que nos protecteurs établissent aussi leur vie d'homme. »

« Jamais dans l'ordre de la chevalerie il leur était envisageable de songer à construire quelque chose. Je leur en ai tant demandé.» dit-elle tristement.

« Les guerres faisaient que c'était difficile à envisager, ô Athéna. Vous servir était leur raison de vivre et aucun ne l'a regretté.»

« Je suis consciente des sacrifices de mes chevaliers depuis l'âge d'or. Qu'ils puissent vivre et faire leur devoir m'enchante. »

« Je le trouve aussi Princesse. »

Shion ressortit du Temple chamboulé par cette entrevue. Et en plus son armée qui compte fleurette ! Non seulement il ne pouvait en parler à personne mais il devait attendre que l'avenir se fasse seul. Il aimerait que sa fille adoptive trouve la paix. Il se dit à cet instant qu'il aurait dû envoyer Aurora dans un couvent afin qu'elle ne lui cause plus de tracas.

Lorsqu'il pénétra dehors, la pluie avait enfin cessé, comme les doutes qui l'envahissaient.

###

Non loin de là, le coucher du soleil derrière la Méditerranée était un spectacle magnifique. L'astre du jour allumait dans sa chute des reflets cuivrés sur la mer et colorait les nuages d'une infinité de nuances chaudes. Un petit vent de crépuscule caressait le visage de l'homme qui admirait cette merveille de la nature. Depuis qu'ils étaient revenus il y a trois ans, les plaisirs les plus simples prenaient une importance surprenante. Il réalisait qu'il avait envie de faire tout ce qu'il n'avait pas eu le temps de faire avant sa mort. Et, songea-t-il de laisser son cœur au chevalier du Serpentaire depuis leur rencontre... S'efforçant de chasser cette pensée de son esprit, Milo ferma les yeux et inspira à pleins poumons l'air vivifiant. Comment va son amie ?

Quelques jours plus tard, les Royaumes étaient rassemblés dans un nouvel endroit bâti à cet effet : un Temple prodigieux à l'image de la puissance de la Déesse de la Sagesse qui se construisait depuis dix ans, symbolisant la force des Royaumes alliés. Le lieu donnait sur une magnifique vue sur la mer. Les différentes délégations étaient impressionnés par le travail fourni par le Domaine pour entretenir la paix. Les Dieux Poséidon, Hadès et Athéna étaient assis les uns à côtés des autres sur leurs trônes, parfaitement alcyoniens. Hilda de Polaris était sur la droite de Poséidon et admirait l'œuvre achevée. En face, une partie de leurs armées attendant qu'ils s'expriment.

Cette année, Athéna a invité d'autres représentants en la personne du Roi Ylias du Dodécanèse ainsi que les Guerriers Hérodiens qui avaient tant fait parler. Ces derniers sont venus avec des présents pour le Sanctuaire. Le calme et la sérénité habitait l'assemblée.

La Déesse de la Sagesse se leva, sceptre en main et annonça : « Chers tous, c'est avec joie que nous nous retrouvons rassemblés pour la troisième année consécutive. Je vous remercie d'être tous parmi nous. Mes homologues et moi-même revenons de l'Olympe d'un long entretien. Le Dieu des Dieux est satisfait de notre état d'esprit et se réjouit de notre entente. C'est grâce à nos alliances que nous avons pu venir à bout du maléfice qui menaçait grandement les Royaumes. »

Elle considéra les guerriers et poursuivit :« Aujourd'hui est un jour particulier. J'ai une faveur à accorder à nos troupes. » en se tournant vers son armée, « Chevaliers, désormais, nos rangs sont complets.»

Les chevaliers se demandent bien ce qui se trame. Tous se concertent du regard. Que veux-tu dire leur princesse ?

La Déesse fit un signe de la main à un haut gradé. Quelques instants plus tard, l'assemblée ressent un cosmo familier s'emparer des lieux. Celui-ci se rapprochait des troupes présentes et tous virent bientôt une aura de lumière apparaître au loin.

L'instant d'après, une silhouette se dessina petit à petit, suivit d'un petit groupe. Les guerriers se retournent, interloqués.

Athéna s'exprima à nouveau : « Nous t'attentions, chevalier. »

Les pas de l'inconnu se firent plus distinct et on devina bientôt de qui il s'agissait. Eaque du Garuda reconnu ce cosmo entre mille tandis que Milo ne savait pas s'il rêvait.

Était-ce possible ?

Une survivante, c'est moins que l'on puisse dire : elle avait passé deux mois sur l'île Kanon, le reste entre le Japon chez son Maître d'arts martiaux Maschi, puis au Portugal. Le chevalier du Serpentaire refait son apparition dans toute sa splendeur.

Elle avançait l'air presque arrogante, la démarche assurée dans sa nouvelle armure dorée, ses bras-droit à l'arrière. Ils avaient décidé de suivre leur maîtresse après sa régénération pour la servir dans la peine. Le soleil lui-même sembla apprécier cette initiative car le ciel s'ouvrit et un rayon de soleil tomba sur Aurora, faisant briller ses habits sacrés. Une armure engendrée par la foi, tout à la fois impénétrable et majestueuse... plus féminine, ravageuse.

La précédente recouvrait une grande partie du corps de la guerrière si on ne compte pas les cuisses et les bras. L'actuelle a un nouveau plastron, plus court, des serpents enroulé autour de la poitrine et du cou, démontrant le ventre musclé et ferme de la combattante. Les balafres et brûlures de combat qu'elle aborde désormais fièrement ne font plus qu'un avec le Serpentaire. La jupe de l'armure est raccourcie et la queue de serpent englobe le haut de sa cuisse. Les jambières remontent avec élégance sur ces cuisses dénudées. Aurora n'a jamais porté de pantalon sous son armure comme la plupart des Saints, fière de ses extraordinaires jambes d'1m10. Le reste : épaulettes, sous-épaulettes, brassières et gantelets sont également remodelées. Le casque est moins chargé sur cette chevelure entièrement repoussée, retombant élégamment sur le bas des reins. Une armure correspondant parfaitement à son maître revenue de loin.

La treize avait une allure folle, la cape volante de liberté, cet air conquérant sur le visage. Elle arpentait fièrement le long tapis sous le nez éberlué de ses homologues. Elle remonta le cortège suivit de ses lieutenants et ses fidèles soldats. Puis dans un crissement métallique, elle ploya le genou et s'inclina en révérence devant sa Déesse.

« Athéna … Nous voici devant vous. »

« Nous sommes ravis de te retrouver, chevalier du Serpentaire. Nous savons quelles épreuves tu as traversé. »

Cette dernière hocha la tête.

Athéna reprit en direction de l'auditoire :« Nous serions pas arrivé à bout de ce maléfice sans l'intervention du chevalier Aurora. Ainsi, au nom de l'Olympe et des autres royaumes, nous te remercions pour ton dévouement. »

La portugaise baissa la tête, touchée.

« Je ne mérite pas tant de gratitude, ô, Athéna. Je n'ai fait que mon devoir. Vos paroles me vont droit au cœur. » Puis elle s'adressa aux autres Divinités : « Seigneur Hadès, Seigneur Poséidon, Princesse Hilda. Mes hommages. J'espère que votre séjour vous sera agréable.»

Hadès lui répondit : « Nous te remercions, chevalier. Je partage les sentiments d'Athéna. Au nom des Enfers, sois bénie. »

« Merci Majesté. » répondit Aurora avec respect sous les yeux éberlués des Spectres. Elle avait dit cela comme si elle servait leur Dieu.

« Chevalier, Hilda et moi-même te sont reconnaissante pour la bataille que tu as accomplie. Tu es toujours bienvenue en nos Royaumes. »

« Merci Seigneur des Mers, Princesse Hilda. Je ne suis qu'une gardienne de la paix, je ne veux être traitée autrement. »

Athéna ajouta :« Aurora, tu as émis le souhait de prêter à nouveau serment. »

Elle acquiesça de la tête.

« Grand Pope Shion .. »

Elle venait d'interpeller son représentant qui se saisit de la lance neuve du Serpentaire.

« Oui. » Il s'approcha de la brune tête baissée, attendant son nouvel adoubement puis leva les mains au-dessus de la tête de la jeune-femme : « Aurora, treizième Saint d'or de la constellation du Serpentaire, jures-tu de défendre à nouveau et au péril de ta vie Athéna, et servir une juste cause ? »

« Je le jure Votre Sainteté. Je mourrai à nouveau pour la gloire d'Athéna et la paix sur Terre. »

« Je te fais donc à nouveau chevalier de l'ordre des Saints d'Or, et te confie cette lance démontrant ton autorité sur le reste des chevaliers ainsi que la confiance que t'accorde Athéna et moi-même .» Il asséna le sceptre au-dessus de son épaule droite comme on le faisait les preux chevaliers de l'antiquité.

« Je vous promet d'en être digne. » répondit la brune.

« Relèves-toi, Saint du Serpentaire. » ordonna sagement Athéna.

« Princesse, puis-je ? »

Athéna comprit et lui fit signe d'avancer. Le Serpentaire se courba et Athéna, devinant les intentions de la guerrière, tendit sa main vers la portugaise qu'elle baisa d'une façon solennelle et respectueuse, démontrant sa servitude.

« As-tu quelque chose à ajouter, Aurora de l'étoile protectrice du Serpentaire ? »

Cette dernière hocha la tête et se tourna vers l'assemblée : « Camarades chevaliers, soldats, alliés, je tiens à vous remercier d'avoir apporté votre aide dans cette guerre. Ce fut un aboutissement douloureux et je suis heureuse de l'avoir partagé avec vous jusque dans les derniers instants. J'aimerais remercier mes frères et sœurs pour leur soutien. Vous avoir rencontré a changé ma vie. Et je suis ravie de vous retrouver pour continuer à servir Athéna ensemble.»

« Aurora … » s'exclama Aiolia dans les rangs.

« Quelle grâce .. » clama Dante à ses camarades Argentés qui n'en pensent pas moins. Argol de Persée est heureux. Revoir Aurora resplendissante lui procure une sensation indéfinissable. Il est rassuré.

Le Scorpion quant à lui, ne décrochait pas ses yeux d'Aurora. Si vivante et passionnée. C'est une rescapée.

Shion fit signe au chevalier du Serpentaire de rejoindre ses homologues. D'un pas décidé, elle se mit à leurs côtés et fit un sourire à Milo, un peu plus à gauche qui répondit par un hochement de tête.

Angelo à ses côtés, murmura à la treizième: « Aurora, mais qu'est-ce que c'est que cette armure ? Tu es superbe. »

« Merci cher ami. »

Saga à sa droite consentit : « Tu es radieuse. Nous sommes ravis de de ton retour. »

« Merci beau Saga ! » répondit le Serpentaire au Gémeau, toujours peu habitué aux compliments bruts de sa congénère.

Juste en face d'elle se trouvait l'armée d'Hadès et le Garuda qui n'a pas quitté des yeux le Serpentaire depuis son entrée fracassante. Elle lui fit un clin d'œil fripon. L'ancien Roi d'Egine répondit par un rictus. Lui aussi est heureux de revoir le chevalier de son cœur.

« Magnifique … » fit-il par conversation mentale.

Aurora le gratifia d'un sourire. Persée vit au loin la scène. La jalousie prit le dessus. Maudit Juge …

Il est ainsi temps pour le chevalier du Serpentaire de reprendre sa place et accessoirement, sa vie.

Deux mois plus tard, sud-ouest de la Patagonie

On dit souvent que les cordonniers sont les plus mal chaussés. Les chevaliers aussi.

Plissant les yeux, le Saint d'or scruta l'horizon détrempé sans rien apercevoir d'autre que la ligne floue des collines, figée sous la pluie. Il était probable que ce paysage immuable soit devenu son quotidien à présent. Étrangement, cette évidence glissa sur elle sans l'atteindre, pour s'en aller ruisseler avec la pluie. Et alors ? Quelle importance ? Ce n'était rien, ça. Non.

La veille du combat de sa vie, elle avait eu peur bien sûr, comme tout le monde. Elle avait eu mal, aussi, terriblement, et quand son cosmo avait explosé, drainant à sa suite celui de sa propre sœur, celle qu'elle admirait et recherchait depuis des années, Aurora s'était sentie enfin libre, sans ressenti particulier. Mais survivre ? Ce n'était pas ce qui était prévu. Elle ne pouvait l'envisager ni même, le concevoir. Ni elle… ni sa sœur. Elle devait mourir, c'était son destin. Elle était conditionnée pour ce jour. Comme tous les chevaliers du Serpentaire. L'angoisse induite par cette succession de réflexions existentielles la rattrapa de nouveau et elle s'immobilisa. C'est un âpre quiproquo contre lequel elle doit lutter sans relâche aujourd'hui.

Depuis son retour, son existence qui aurait dû être heureuse se résumaient à de pénibles entraînements en solitaire et à neutraliser les derniers Berserker rebelles. En contre partie de ces journées remplies, elle se vidait l'esprit ... par le plaisir de le chair; tant que cela lui faisait oublier la terrible guerre qu'elle a vécu. Elle sortait en civile et ne compte plus les étreintes avec divers partenaires, homme comme femme, qu'elle a attiré dans son sillage. La satisfaction d'un besoin strictement physique. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas offert ses faveurs à quelqu'un d'ordinaire. Elle ne rechignaient pas non plus à profiter de ces parenthèses, aussi imparfaites fussent-elles, lorsqu'elles s'offraient à elle au cœur même du Sanctuaire.

Shion passait l'éponge. Il sait que le cœur d'Aurora est agité. Elle doit apprendre de ces expériences. Cela lui faisait mal de la savoir inconvenante, à la recherche d'une nouvelle identité. Athéna l'avait prévenu. Le Serpentaire va passer par un périple laborieux. Ses camarades commencent tout juste à s'inquiéter. Aurora restait digne et ne démontrait rien, et ne parlait pas de sa vie de ''débauche'' comme dirait un certain Masque de mort, mais tous savait que leur amie se cherchait.

A commencer dans sa vie de combattante.

Le Pope a demandé à ses sujets de seconder Aurora sur des missions périlleuses. Le Serpentaire donne beaucoup de sa personne afin de combattre les irréductibles ennemis, craignant sans doute qu'elle ne se perde en route depuis sa renaissance. Lorsqu'ils assistèrent leur camarade la première fois depuis ''son retour'' c'était après une réunion inter-sanctuaire. Les guerriers hauts gradés de chaque Royaume se réunissaient pour une faire le point sur les attaques ennemies résistantes. Ces derniers se permettent de provoquer les Domaines en exécutant des soldats de l'armée de Poséidon et Hadès.

Ainsi, le Roi des Océans a envoyé son Premier Général Kanon. Hilda de Polaris faisait confiance au ténébreux Bud pour transmettre ses directives et prêter main forte à ses alliés. Enfin, Hadès avait envoyé ses Juges. Shion ressenti l'appel d'Aurora demandant du renfort lors de cette expédition. Elle était dépassée par ses opposants en supériorité numérique et refusait de se replier. Leur chef qui intéressait la treizième était un des subordonnés survivants de Demetria et agissait dans l'ombre. Cette dernière avait donné l'ordre d'exécuter le Commandant ennemi et ses alliés si elle trépassait ou était mise en difficulté.

L'adversaire connaissait les attaques de la Treizième et pouvait l'affaiblir grâce à une technique propre aux guerriers d'Arès: celui de diviser par deux le cosmo de l'antagoniste. Le seul moyen de le maîtriser c'est de l'affaiblir grâce au sceptre du Serpentaire puis de l'achever par surprise. Ce jour-là, la jeune-femme se sentait amoindrie. Les combats qu'elle mène depuis des jours sans manger ni boire eurent raison d'elle face à cet adversaire coriace. Elle voulait plus que tout en finir, sans se raisonner sur les conditions physiques de son état au combat. Le Pope envoya des chevaliers. Les émissaires se proposèrent d'apporter leur contribution. Le Pope accepta. Plus ils seront nombreux plus vite cela sera enfin fini.

Le groupe était constitué d'Aiolia, Angelo, Milo, Shura et Saga chez les Ors. Asterion, Babel, Merio de la Coupe et Argol, côté Argentés. Chez les émissaires Kanon, les Juges et Bud. Ils se rendirent sur le champ de bataille au cours de de la journée. Et ils ne s'attendaient pas à voir un tel carnage.

Aurora était seule face à une trentaine d'hommes-loups assoiffés de sang. Malgré la baisse de son régime et son cosmo, elle restait terrible au corps à corps. Pour un observateur averti, cette bataille avait plutôt d'air d'une pagaille que d'un combat respectant les règles de chevalerie, à savoir, un contre un à main nue. Malgré cela, les guerriers d'Arès tombaient les uns après les autres sous les coups du Serpentaire qui les terrassait en sautant, frappant, perforait, décapitait des hommes sans l'ombre d'un regret. Elle était déchaînée, l'excitation du combat déchargeait des flots d'adrénaline dans ses veines, décuplant ses forces. On pouvait entrevoir une lueur de sauvagerie effrayante dans leurs yeux.

Les Chevaliers ne reconnaissaient pas leur sœur d'arme. Les émissaires en étaient aussi étonnés. Si on ne compte pas le sourire narquois d'un certain Minos adepte de sadisme en tout genre. Cela ne ressemble pas au Serpentaire de tuer de la sorte, si barbare. Ils n'avaient jamais vu pareille boucherie.

« Tu veux un coup de main peut-être ? » s'exclama ironiquement Kanon, bras croisés.

Aurora avait relevé les yeux vers ses alter-ego. Les yeux qui font face aux leurs sont aussi sombres qu'un ciel sombre balayé par les vents. Ils sont une tempête, où la lumière vacille encore faiblement, au loin. Une balafre sanguinolente apparaissait sur joue de la portugaise qui répondit : « Exterminez-les, je m'occupe de leur chef.»

Les différents hommes s'entre-regardèrent. Et sur ces vaillantes paroles, elle rattrapa l'intéressé fuyard alors que le groupe d'hommes engagea le combat. En quelque minutes, leurs ennemis furent anéantis grâce aux efforts de l'alliance. Le dernier Berserker qu'Aurora malmenait depuis un moment se sentait soudain bien seul et la peur le paralysa lorsqu'il vit avancer le Serpentaire. Il tenta de se téléporter la treizième l'attrapa. La guerrière avait détruit une partie de son armure suite à plusieurs coups et l'immobilisa.

« Tu es très forte, notre maîtresse l'était bien plus, tu as eu de la chance ! »

Elle se figea. Son visage affichait une mine stupéfaite. Puis elle éclata de rire jusqu'à s'égosiller d'esclaffement. Ceci dura un court instant, car elle lança un regard vif en direction de son ennemi, « Imbécile .. Comment expliques-tu que j'ai remporté ce combat ? » le jetant par terre violemment.

Il sentit ses pieds se soulever, il ne contrôlait plus ses membres. Il flottait à une dizaine de mètres du sol. Aurora fit alors apparaître plusieurs serpents qui rampèrent avec élégance vers le guerrier, les yeux perçants de sadisme.

« Je déteste ces bêtes-là ! » grogna t-il en essayant de les chasser.

« Ils se nourriront de ton sang avec plaisir. »

« Va en Enfer ! »

Aurora ricana : « On va y aller ensemble, je vais t'y envoyer moi-même pour ne plus jamais que tu te réincarnes. »

« Je te maudis, Chevalier d'or ! »

« Pas autant que moi … »

Par une simple tournoyante du doigt, elle ordonna une vingtaine de Serpents qui se jetèrent sur l'homme, engouffrant leur crocs dans la peau de l'adversaire. Il hurla, pris en cible tel un pauvre rongeur perdu.

« Et maintenant le clou du spectacle ! »

D'un revers de le main, elle fit apparaître le Serpent provenant de son bracelet enroulé sur le bras. Ce dernier se mit à grossir tellement qu'il devenait plus imposant que l'homme lui-même, mesurait près de trois mètres.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » questionna Angelo, incrédule.

« Je n'ai jamais vu cela dans ces attaques .. » poursuit Shura autant étonné que ses camarades.

« C'est une de mes nouvelles bottes secrètes. Je l'ai expérimenté durant ma convalescence. Je l'ai appelé, « La danse du Mamba », c'est un nouveau compagnon de combat. »

« Que va-t-elle faire ? » s'inquiète Babel.

« Moi aussi j'aimerais bien le savoir ! » gronda Asterion en fronçant les sourcils.

« Mon cher ami, ce Serpent que tu vois est le plus dangereux au monde. Du nom de Dendroaspiscouramment appelé Mamba noir. Il a longtemps épaulé le chevalier du Serpentaire dans l'ombre. »

Elle s'approcha du Berserker et poursuivit : « Comme tu le sais, tous les guerriers de la constellation du Serpentaire contrôle le feu et les fractures temporelles. Ils sont également liés à toutes espèces reptiliennes de la planète. Ils m'obéissent comme le ferait de valeureux serviteurs. Ainsi, si l'envie me prend de te faire injecter leur venin, ils le feront sans vergogne. »

« Arrête ça espèce de ga…. »

« Silence ! » lui dit-elle en le frappant en pleine tête avec son pied,« Mon doux compagnon n'attend que mon feu vert pour t'étouffer vivant. Je ne supporte plus tes actes maléfiques ! »

« Tu le regretteras ! »

Elle eut un rictus malsain : « Il s'appelle Kaa, en hommage à l'un de mes contes d'enfant préféré..» déclare t-elle. D'un geste elle commanda à l'animal qui renforça son étreinte sur l'homme.

« Est-ce que cela fait partie de vos nouvelles règles dans l'ordre des Chevaliers ? » interrogea Rhadamanthe suspicieux.

Aiolia répondit : « A vrai dire c'est bien la première fois que je vois un chevalier d'or en compagnie d'un animal. Je suppose que ce Serpent veillait sur Aurora tout ce temps. »

Alors qu'elle s'amusait avec son nouveau jouet, Aurora explique :« Aiolia, si tu consultes les archives du Sanctuaire tu te rendrais compte que ton prédécesseur au 18ème siècle avait un énorme lion comme gardien en son temple. »

« Comment sais-tu cela ? » continua Shura.

« N'oubliez pas que j'ai voyagé dans le temps et que je connais la plupart des chevaliers d'or depuis l'ère mythologique. »

L'homme grinça des dents et coupa court la conversation : « Et tu vas faire quoi, sorcière ? »

Aurora concentra son cosmo et rétorqua : « Reçois ma plus puissante arcane.. PAR LE VENIN DU SERPENTAIRE ! »

Le Saint d'or forma deux sphères d'énergie violet-doré dans chacune de ses paumes qui tournoya entre ses mains, et un Serpent doré apparut dans son dos pour embellir l'attaque. Le Berserker prit la déferlante de plein fouet, paralysé, et fut envoyé à plusieurs mètres en arrière, son corps subissant les flammes empoisonnées projetées par le Serpentaire. Une fois que le feu mêlé à la poussière cessa de virevolter, on ne percevait plus l'homme qui était parti s'encastrer dans les décombres.

« Joli coup .. » lança Kanon.

Le spectacle de l'attaque qu'elle a exécutée en employant le tiers de sa puissance, vu par ses camarades, était des plus plaisants comme à chaque combat mené par la guerrière. Mais cette dernière claqua la langue entre ses dents.

« On dirait qu'on a la peau dure .. » riposta Aurora.

« Il a survécu à ton attaque .. » constata avec surprise Argol.

« Je vais lui trancher la tête. » proposa alors le Capricorne au Serpentaire.

« Hum … » fit Aurora en réfléchissant, « Et si on l'émasculait ? Cet hommasse a violé des jeunes-femme.»

L'assistance se concerta médusé. Depuis quand le Serpentaire aime torturer des ennemis ?

« Mauvaise idée. » dit alors Babel, « Un chevalier ne doit pas s'adonner à ce genre de bourreau, Aurora. Finis-on en. »

« Aurora, restes sur tes gardes, cet homme est sournois. » continua Bud s'apprêtant à aider la Treizième à l'exécuter sur le champs.

Au loin, le chef Berserker enroule ses bras autour d'un arbre pour aider à se relever. Ses jambes défaillent. De son plastron fissuré s'écoulent du sang en continu.

Il s'exclame : « Ha ha ! Ma maîtresse m'a transmis une partie de ses pouvoirs ! Tu es cependant redoutable, je dois bien le reconnaître. »

La portugaise secoua la tête et ravala un juron.

« Que vas-tu faire ? Demander à tes amis de m'achever ? » poursuit l'ennemi.

« Regarde dans quel état tu es ! » dit-elle en fermant les yeux, flegme.

Le Serviteur d'Arès s'aperçut avec horreur que son corps déversait des torrents de sang. Le liquide rouge maculait son armure. Les impacts des crocs de Kaa et ses congénères dessinaient la constellation du Serpentaire sur sa chair. Il était à moitié paralysé et ne put anticiper l'assaut d'Aurora surgissant à la vitesse de la lumière au-dessus de lui : "Meurs ! »

Elle pris la tête du guerrier vaincu entre ses mains, et d'une brusque torsion de gauche à droite, elle lui brisa les cervicales, sous les yeux horrifiés des Chevaliers.

« Euh, on fait quoi maintenant ? » demande Angelo à ses congénères.

« Emmènes-moi au Mekkai, que je le balance moi-même dans le Puits des Morts. » dit Aurora en traînant la dépouille de son adversaire derrière elle.

« On s'en occupe. » répliqua froidement Rhadamanthe.

« Laissez-moi ce plaisir. »

Masque de Mort ouvrit une porte vers les Enfers pour y faire entrer Aurora.

« Cet homme doit être jugé pour ses fautes, Aurora. » ajouta durement Eaque de sa voix sombre.

« Bah dites-moi où le balancer alors .. »

« Aurora … » avertit le Garuda.

« Alors je vous accompagne, pas question de lâcher cette merde ! J'assisterai à son jugement ! »

Les Spectres se considérèrent. Apparemment rien ne fera flancher le Serpentaire soulevant le Berserker comme un tas de chiffon. Peu convaincus, ils prirent ensemble le chemin du Royaume des Ombres.

« Prévenez Shion que tout est sous contrôle.» ordonna Aurora avant de disparaître.

« Mais … » fit alors Asterion aussi béat que ses compagnons.

Angelo marmonna :« Et elle part comme ça, sans nous demander notre avis .. »

« Depuis le temps tu devrais savoir que le Serpentaire fait comme bon lui semble. » souffla Shura.

Milo ajouta :« Allons faire notre rapport au Grand Pope. »

Pendant ce temps aux Enfers, l'âme du malheureux Berserker était face à Minos qui présidait la séance, secondé par Rhadamanthe à gauche, Eaque à droite. Les trois dirigeants sont les bras-droit d'Hadès, et pas seulement ses plus puissants combattants, Ils sont aussi là pour représenter le Royaume des Ombres, faire respecter les lois de l'Enfer et le faire tourner.

Minos l'aîné était Roi de Crête dans la Grèce Ancienne, son frère Rhadamanthe était le second de la liste. Fils de Zeus et d'Europe, ils furent établis Juges de l'Enfer par Hadès à leur mort. Eaque, fils de Zeus et d'une nymphe est leur demi-frère et gouvernait l'île d'Egine. Il rejoint les plus hautes instances du Royaume des Ombres à sa mort et siège avec ses compagnons en tant que Général des Enfers. Depuis des millénaires, ils servent le Seigneur des Morts avec dévotion et leurs multiples réincarnations ont emporté les souvenirs de leur toute première vie, leur âme de Spectre ayant pris le dessus au fil du temps. A chaque nouvelle existence, Minos naît en Norvège, Rhadamanthe en Angleterre et Eaque au Népal.

Le tribunal est placé à la première prison après l'entrée des Enfers. Un lieu inaccessible pour le mensonge. D'ordinaire, le fonctionnent des jugements se déroule de cette manière : Rhadamanthe et Eaque instruisent la cause et prononce la sentence selon la valeur de l'âme du défunt; en cas d'incertitude ou d'indécision, Minos intervient comme arbitre, et son verdict est sans appel. Peines et récompenses sont proportionnées aux crimes et aux vertus. Rhadamanthe juge les âmes des Asiatiques, Eaque des Européens et Minos se charge de l'Afrique et des Amériques. Les âmes défilent sous leurs yeux et les pires crapules sont jetées sont l'une des prisons des Enfers à défaut de gagner «l'Elysium. » Eaque est également le Juge qui garde les clés des Enfers.

Durant des milliers d'années, à chaque réincarnation grâce à l'appel de leur étoile maléfique, c'est ainsi que les Enfers sont organisées. Hadès a repensé quelques aspects du Royaume des ombres sur le jugement des humains. Sensibilisé par sa propre perte et celle de son Domaine, et par la remontrance de son frère Zeus sur la condition humaine, le Souverain noir se veut désormais plus objectif. Les morts sont jugés avec équité. Rune du Balrog avait fait le travail les premières années de paix avec pour seul compagnon Charon, le passeur de l'Achéron, le fameux fleuve des morts. Ce fut les premiers à avoir été ressuscités afin de réorganiser les Enfers en ruines depuis la dernière guerre sainte. Le monde souterrain ne devait son salut grâce aux enfants des Dieux de l'Olympe pour éviter qu'ils ne s'écroulent complètement, sans le cosmo d'Hadès pour le maintenir.

Le trio de frères infernaux ont été les derniers à renaître avec leurs hommes de main. Hadès a fait établir deux autres Tribunaux pour Rhadamanthe et Eaque. Depuis ce jour, chaque Juge travaille sur les âmes de leur côté, Rune en procureur. Lorsque les morts sont correctement jugés, ils sont envoyés par les exécuteurs de peines, souvent des soldats haut gradés. Leurs lieutenants les seconde dans la surveillance des prisons ainsi que la gestion des dossiers. Ainsi, Valentine suppléer Rhadamanthe, Pharaoh en fait de même pour Eaque et Byaku pour Minos.

Ce soir-là, l'ennemi du Sanctuaire était face aux mines droites des frères impassibles qui avaient rattrapé l'âme de l'adversaire. Pour tant de cruauté et s'être opposé à Hadès, Poséidon et Athéna, il doit logiquement finir au Cocyte, la prison là où finissent ceux qui se sont rebellés contre les divinités. Cependant, le verdict ne plaisait pas à un certain Serpentaire.

Les Juges lui avaient demandé de rester à l'écart, étroitement surveillée par Rune. Cette dernière vociférait dans son coin, interpellant de temps à autre Minos. Le Norvégien dérangé dans ses fonctions la mit en garde. Aucun chevalier d'Athéna n'est en mesure d'intervenir. Rhadamanthe jeta un coup d'œil à Eaque qui fit signe à Rune de faire sortir l'impudente.

Elle tapait du pied depuis un moment dans les couloirs du Tribunal quand enfin, les frères infernaux firent leur apparition.

« Alors ? » demande impatiemment le Serpentaire.

« Nous l'avons envoyé à la cascade de sang, où il souffrira éternellement. » répondit Minos.

Aurora abordait une mine peu satisfaite, estimant que le supplice n'est pas assez à la hauteur des crimes de l'homme.

« Dommage qu'il n'existe pas d'endroit où il serait torturé pour l'éternité par des sévices corporels, le découper en morceaux, pour le recoller ensuite. »

Les trois Juges haussèrent un sourcil.

Minos ajouta : « Je te connaissais pas si sadique. Ce côté caché de ta personnalité me surprend. »

« Laisse tomber Minos. » anticipe cette dernière, sentant le Norvégien tâter le terrain. « Même pas en rêve ! »

Ce dernier ne lâcha pas son rictus malsain. Un espèce de fantasme qui exaspère ses frères, surtout le Garuda.

« Ça suffit Minos. » ordonna le Népalais, puis il s'adressa à Aurora, « Nous ne reviendrons pas sur notre décision. »

« Hum ok.. »

Elle se sentit soudain défaillir et se retint contre un mur.

« Que t'arrive-t-il ? » demande sèchement la Wyvern.

« On dirait bien que Dame Serpentaire ne s'en ai pas sorti complètement indemne de cette bataille. » se moqua le Griffon.

En effet, Aurora se tenait un côté du ventre en serrant les dents de douleurs, du sang s'en écoulait.

« Le misérable … » en parlant du Berserker qui visiblement, a réussi à l'atteindre.

Cette dernière posa un genou à terre, pâle,.

« Tu dois te soigner. » lui somma Rhadamanthe, l'aidant d'un bras à se relever.

« Je suis éprouvée. Je n'ai pas fermé l'œil depuis des jours. »

L'Anglais lui tint tête :« On ne veut pas d'un chevalier d'Athéna souffrant dans notre Royaume ! Tu ne pourras regagner la surface dans cet état. »

« Mais je dois prévenir Seigneur Shion .. et Ouch … »

Elle retomba à terre.

Eaque la rattrapa à son tour : « On en fera informer le Sanctuaire. Depuis quand n'as-tu pas mangé ? »

« Quatre jours. »

Rhadamanthe :« Tu es folle à lier. »

Aurora lui jeta un regard mauvais : « Rhadamanthe. Le devoir avant tout. »

« Tu ne peux combattre sans te nourrir ni te reposer. »

« Je me passerai bien de ta morale. »

« Tu vas te soigner, manger et dormir. » somma le Blond.

« Je ne suis pas sous tes ordres ! » riposta la portugaise.

« Tu as toujours été réfractaire à l'autorité. » s'exclama Rhadamanthe.

« Surtout s'ils proviennent d'un Spectre ! »

« Il suffit ! » clama Minos, agacé par l'entêtement de la jeune-femme.

Il concentra son cosmo et un soldat apparu, s'agenouillant devant les Juges : Rock, de l'Etoile Céleste de la Cible.

« Vous m'avez demandé, Seigneur Minos ? »

« Tu escortes le Saint d'Athéna à l'infirmerie et fasse en sorte qu'elle mange et dorme.»

« A vos ordres. »

Il se leva pour porter le chevalier, mal en point.

« Il est hors de question que ce Spectre me touche ! » pesta Aurora en donnant un coup de coude à Rock. « Demandez à Syl' ! » (ndlr : le spectre du Basilic)

« Il est à son poste. Et tu n'as pas le choix .. » poursuit Rhadamanthe.

« Je rêve où vous me contraignez par la force, profitant de ma fébrilité ? »

« C'est exact. » répondit Eaque, droit comme un piquet.

« Si tu refuses, nous t'attacherons et on demandera à Raimi de s'occuper de toi toute la nuit. »

« Quoi ? » s'exclama Aurora horrifiée, « Pas ce ver ragoutant ! Autant me faire bouffer par Cerbère ! » lâcha-t-elle.

Eaque empoigna Aurora : « Je m'en occupe. » Il passant son bras autour de la taille de la brune qui frémit.

Elle contesta ensuite :« Je dois rentrer au Sanctuaire ! »

« On t'a déjà dit que ce n'est pas possible. » lui dit Minos.

« Tu demeures ici le temps que tu récupères. » ajouta la Wyvern.

« Vous jouez aux gentils Spectres maintenant ? » ironisa-t-elle.

Le trio afficha un rictus. Ce Serpentaire, toujours aussi sarcastique.

Rhadamanthe : « On préfère ne pas subir le courroux de ton Pope sachant très bien que tu es inapte à regagner la Grèce. »

« Il est plus judicieux en effet que tu demeures provisoirement ici. » poursuit Minos, « Rock, fais préparer une chambre pour le chevalier. »

« Mais … » grogna Aurora.

« Emmènes-là avant qu'on perde patience. » grogna la Wyvern à l'attention du Garuda.

En en un éclair, elle se retrouva à l'infirmerie. « Vous aller me le payer. » cracha Aurora non contente d'être sous la contrainte.

« J'en attendais pas moins de toi Serpentaire. » répondit Eaque en l'assoyant sur un lit d'appoint.

La guérisseuse surprise de voir un chevalier d'Athéna parmi ses patients, détailla le corps Aurora distinctement et lui posa quelques questions. Eaque demeurait un peu plus loin, surveillant le chevalier afin qu'elle ne s'évade pas. La jeune dame voulait s'occuper de sa blessure mais Aurora résistait.

« Je peux me soigner. »

Eaque fit signe de ne pas l'écouter et enleva de force la main d'Aurora qui protégeait l'endroit souillé.

« Aie .. ! » gémit t-elle.

« Dame chevalier, laissez-moi vous soigner. »

« Retires ton armure. » lui dit le Garuda.

« Tu viens de me donner un ordre ? »

« Le Seigneur Eaque a raison, je ne pourrai pleinement vous soigner si je n'atteins pas la plaie en profondeur, car une partie se trouve sous votre plastron. »

Aurora râla mais obtempéra. Elle concentra son cosmo et aborda ensuite un sourire narquois. Ses habits dorés se séparèrent de son corps et l'armure se mit en totem dans un coin de la pièce. Eaque crut que sa mâchoire allait tomber par terre : la portugaise ne portait que des sous-vêtements.

« Aurora … » prévint ce dernier par télépathie.

« Quoi ? » répondit -elle innocente comme une oie blanche.

La jeune infirmière désinfecta la blessure et avertit sa patiente qu'il faut recoudre à vif.

« Allez-y. » consentit cette dernière.

L'aiguille s'enfonça douloureusement dans sa peau avec malheur. Aurora ne veut en aucun cas démontrer sa faiblesse. Elle garda la mâchoire serrée et ferma les yeux. Cette dernière est très douillette. Eaque sentit le cosmo du chevalier augmenter. Elle prenait sur elle.

« Fais vite. » fit nerveusement Aurora.

« J'ai bientôt finie Dame chevalier. »

La jeune-femme pense la plaie et recouvrit d'un pansement épais la blessure.

« C'était profond je n'avais pas le choix. » dit la dame, craignant le courroux du Serpentaire.

« Je te remercie pour tes soins. » en revêtant une toge tendue par la guérisseuse.

La femme hocha la tête et se tourna vers le Juge : « Seigneur Eaque, avez-vous besoin d'autre chose ? »

« Tu peux disposer. »

Une fois sortie, Eaque aida Aurora à se relever et annonça : « Je t'emmène à ta chambre. Peux-tu marcher ? »

« Oui. Mais ça pince de ce côté »

« Tiens-toi à moi. » conseille le Népalais.

La brune passa son bras autour du cou de l'homme qui la soutient par la taille. Elle ignore pourquoi mais ce simple contact avec le Spectre l'électrisa. Il portait son surplis mais il était d'une virilité fascinante, cet air fier sur le visage. Elle se demande bien à quoi il pense.

Eaque était autant chamboulé et se gardait bien de le faire ressentir. A cet instant, leurs peaux se frôlent. Sa main placé sur le flanc du chevalier ne portant que cette simple toge faisait parcourir chez le Népalais un frisson incroyable qui le fit basculer l'espace d'un instant au paradis. Sans un mot, ils se dirigèrent à Antenora, vestige d'un temps passionné entre eux.

Le Garuda installa Aurora sur un lit fraîchement fait, sentant l'exotisme d'un parfum d'été.

« Comment as-tu deviné que je voulais cette ambiance-là dans mes draps ? »

« Je te connais, Serpentaire. » répondit Eaque sans sourciller.

« Merci. »

« Je t'ai simplement guidé. » poursuit t'il que avec orgueil.

« Merci pour ton aide et avant, quand tu veillais sur moi à mon Temple. »

« Tu me l'as déjà dit. »

« Pas merci alors. » marmonna Aurora.

Eaque eut un rictus

« Je vais me laver de toutes ces impuretés, même les morts pourraient s'enfuir. »

« Ce n'est pas ce qui me dérange. »

« Tu n'es pas sérieux ? Je transpire comme une bête. »

« J'ai toujours aimé ton odeur. »

On frappa à la porte. Une servante entra. « Seigneur Eaque .. » se cambra t'elle.

« Samara, occupes-toi de Dame chevalier. Fais-lui couler un bain et apportes un repas consistant. Veilles à ce qu'elle ingurgite tout. »

« Bien Seigneur. »

« Je serais à mon bureau, au Tribunal. Je comptes sur toi. » puis il se tourna vers le chevalier et déclara, « Dame chevalier.. » dit-il, récupérant son casque, « Je repasserai plus tard vérifier que tu ne t'ai pas enfuie. »

Elle ricana naturellement. Le cœur d'Eaque fit un bond.

« J'aurai besoin d'un excellent masseur … »

Elle avait dit en lui jetant son regard le plus envoûteur. Eaque jubilait intérieurement.

La pauvre Samara voulait prendre les jambes à son coup. Malgré toutes les fois où elle a vu des jeunes-filles défiler dans la chambre de son maître. Cependant, quand Dame Aurora est dans les parages, son Seigneur est différent. Elle découvre cet aspect peu commun de la personnalité du Népalais, craint de tous.

La servitude est son créneau. Régulièrement, Samara exécutait les ordres du Juge. Il ne laissait aucune place aux sentiments et profitait des corps de jeunes-femmes à sa guise. Une était tombée amoureuse de son gourou : Betta. Ses amies ''esclaves'' l'avaient prévenue que leur Seigneur accumulait les nuits sans lendemain et qu'il fallait beaucoup de bonne volonté pour atteindre le Juge. Elle venait d'intégrer la communauté infernale d'Hadès. Souvent recrutées par les hommes de main des Juges qui cherche pour leurs maîtres des servantes bien éduquées, discrètes ... et obéissantes.

Betta était une jeune-fille très croyante aux Dieux de l'Olympe. Les lieutenants des Juges ont d'excellents domaine de prédilection pour trouver ces femmes ou ces hommes. Ils étaient souvent pauvres, sans attache. Pour pouvoir demeurer aux Enfers comme le font les Spectres, Hadès avait fournit des bracelets induis de son pouvoir afin que les esclaves puissent se déplacer en toute quiétude en son Royaume puisqu'ils méconnaissent le huitième sens, privilège seulement accessible aux Spectres et guerriers dotés de cosmo énergie. Où quand ces derniers n'étaient pas ressuscités pour servir l'Empereur.

Cette jeune-fille était conquise par le Juge. Elle savait qu'en incorporant la grande famille des Enfers, elle ne ferait pas que servir les repas. Les plus jolies d'entre elles se devaient de distraire les Spectres de niveau supérieurs. Et les premiers servis sont les trois frères. Leurs subordonnés connaissent les goûts de leur maître. Betta avait été repérée par Gordon, l'un des hommes de Rhadamanthe. C'est une jeune dame originaire d'Amérique du Sud, avec de longs cheveux noirs, une peau hâlée, un corps fin et désirable au toucher très doux. Elle venait de perdre sa famille à cause de rebelles au Venezuela. Elle travaillait pour de riches héritiers en ville. Gordon a trouvé la cible parfaite. Elle passa les premières nuits à servir la Wyvern qui a finalement préféré une autre femme.

« Elle est agréable physiquement mais je préfère les blondes ou les rousses. » avait prévenu Rhadamanthe à son suivant qui se pressa de chercher une autre régulière.

Betta était blessée dans son égo. Elle prenait plaisir à servir les gens, elle avait l'habitude. Là c'était l'Elite de l'Armée du Roi des Enfers. Et en plus elle devait se prostituer avec des surhommes d'exception qui rechignaient !

L'Anglais ponctua ses propos : « Betta, tu feras le bonheur d'un autre. Le genre latine fatale que tu es divertirait plutôt le Seigneur Eaque. »

Elle n'avait pas rencontré le benjamin des Juges mais en avait suffisamment entendu parlé pour ne pas vouloir avoir affaire à lui : « Il est moins pire que Minos mais plus gourmand que Rhadamanthe .. » avait confié ses « sœurs ».

Quand Eaque fit appel à ses services, elle entra dans le bureau du Juge de dos et elle attendait, tremblante. Seul un œil aguerri pourrait le voir venir. Betta releva légèrement la tête et entrevit l'apparence du Juge, vêtu de son terrible Surplis. Il avait les cheveux noirs, contrairement à ses frères blonds comme un champs de blé.

« Quel âge as-tu ? »

La jeune-fille déglutit : « 19 ans, Seigneur. »

« Te plais-tu ici ? »

« C'est toujours mieux que mon ancienne vie. »

« On raconte que tu as demandé à mon homologue Rhadamanthe sa protection contre Minos. Pourquoi ? »

Il est au courant aussi. La simple évocation du prénom de son bourreau lui donne des sueurs froides. Ce dernier la malmenait. Elle ne le supportait plus et estimait qu'elle méritait plus de respect. Rhadamanthe avait été surpris par sa témérité.

« Oui c'est vrai. Le Seigneur Minos me fait peur. »

« Je ne suis pas sûre que tu aimerais ce que je pourrais te faire aussi. » enchaîna-t-il en se retournant, ne la quittant pas des yeux, « Rhadamanthe est le plus gentleman sous ses airs abrupts. Mais tu n'es pas son type de femme.»

Betta était bouche-bée en croisant le regard du Juge. Un regard condescendant bien à lui, mélangé à un fort charisme dont il a le secret. Ses beaux cheveux ébènes retombait sur les épaules, des yeux gris-noisettes profonds et cette carrure ... Le juge est grand comme ses aînés, un peu moins que Rhadamanthe qui fait 1m89 mais plus que Minos qui fait 1m84. Elle ne pensait pas que le troisième frère était d'un autre genre, opposé au Griffon et au Dragon. Le Garuda est très typé d'un style Indien-asiatique. Betta peut discerner les traits eurasiens du Juge, adoucissant sa prestance orgueilleuse. Ses amies ont raison, Le Juge Garuda est le plus séduisant du trio.

« Lèves-toi. » ordonna-t-il.

Elle obéit, baissant les yeux, comme c'est de coutume face à un supérieur des Enfers.

« Regardes-moi. »

Elle osa un regard vers celui du Juge qui la dévisagea de haut en bas. Il s'approcha de quelques pas et lui fit signe de faire un tour sur elle-même. Elle avait l'impression d'être une proie.

« Tu sembles avoir toutes les dispositions requises pour me servir. »

Il était à quelques centimètres d'elle. Elle frémit.

« Je ferai appel à toi. Tes sœurs t'expliqueront ce que j'attend. »

Il venait de passer une main sur son visage.

« Oui Seigneur Eaque. »

« Pars maintenant, j'ai du travail. »

En sortant de son bureau, elle avait les jambes en coton. Bon sang quel pouvoir alors qu'elle ne le connaît que depuis quelques minutes. Elle se demandait bien ce qui l'attendait. La servante la plus expérimentée lui fit part de ses recommandations. Betta ouvrit les oreilles et avala chaque mot. Jamais elle ne s'est senti aussi anxieuse Elle ne savait pas pourquoi. La vision du Juge ténébreux la perturbait.

A l'heure H, elle se mit en route vers les appartements du Népalais. Il lui ouvrit lui-même. Sans un mot, elle attendit ses ordres. Cela amusait Eaque adorant la soumission. Elle le vit s'approcher d'elle et lui prendre la main : « Viens par ici que je te regarde de plus près. »

Il passa de longues minutes à la considérer. Elle sentit son regard sur son corps. Lorsqu'il passa des doigts sur ses épaules et les balada dans ses cervicales, elle tressaillit. Il se rapprocha tout en baissant sa main vers ses flancs et son postérieur qu'il pétrit doucement. Elle sentait son souffle dans sa nuque et ferma les yeux. Il n'était qu'à 1 cm d'elle. Elle pouvait sentit son odeur. Son autre main pris soudain sa hanche et remonta vers un sein. Elle réagit de suite, sentant ses sens s'embraser. Le Juge était satisfait, derrière elle. La nouvelle est éveillée. Betta sentit une bouche lui mordre la cou puis descendre vers ses omoplates.

Il la tint par la taille et la colla contre lui : « Ôte cette tunique. »

Elle obéit, se retrouvant complètement nue face au Garuda intransigeant. Elle osa une parole.

« Seigneur, puis-je parler ? »

« Jeune-fille... »

« Je .. acceptez-vous que je pose mes mains sur vous ? »

« Tu es audacieuse. »

Il lui prit les mains.

Betta observa sa tenue, il portait un chlamyde. Elle constata d'ici sa musculature, une peau raffinée et caramel presque imberbe. Il guida les mains de Betta. Elle ferma les yeux et se laissa faire. C'était terriblement long et excitant. Rien à voir avec Minos ou Rhadamanthe qui la jetait sur le lit sans demander leur reste. Eaque avait une sorte de magnétisme, de sensualité indéfinissable. Il prenait son temps. On lui avait pourtant prévenu qu'il est imprévisible.

« Une seule chose, que tu ne dois jamais oublier. » Cette dernière avala sa salive, « Pas de baisers. C'est un acte particulier pour ton Seigneur. »

« Oui Maître. »

Betta fut appelée tous les soirs par Eaque. Cela dura des mois. Elle n'avait toujours pas l'autorisation de le caresser, le goûter et se soumettait sa volonté comme le fait une bonne esclave. Et puis un jour, il cessa de l'appeler. Il partit en guerre. Un immense vide. Elle l'aperçu, soucieux et après quelques semaines, il est reparti au Sanctuaire.

« Nul ne peut s'emparer de son cœur. Dame Violate en a fait les frais ! » rétorqua une de ses sœurs.

« Je le sais mais je n'y peux rien.. »

« De toute façon cette femme chevalier que tout le monde croyait morte est revenue. Les rumeurs disent qu'il est parti s'occuper d'elle. »

Le groupe de filles pouffèrent.

« Que se passe-t-il ? »

« On raconte que cette femme avait une vie intime active dont avec le Seigneur Eaque qui est tombé dans son piège ! »

« De qui parles-tu ? »

« Le chevalier du Serpentaire. Mais n'évoques jamais son nom devant lui. Le Seigneur Eaque est très sensible à cet sujet. »

« J'ai du mal à voir le Seigneur Eaque faible face à une femme. »

« Crois-moi, elle a un don. »

« Ce n'était qu'une histoire de fesses après tout. »

« Ils ont quand même été ensemble plus de deux ans.. »

« Par Hadès ! » s'exclama Betta.

« Il paraîtrait qu'il a pourchassé ce Serpentaire lorsque cette dernière l'a quitté. Il était tellement furieux qu'on a toutes pris cher.»

« Cette femme qui a volé le cœur de notre Seigneur ? »

Elles hochèrent la tête. Et donc pendant des semaines, Betta ne vit pas le Juge. Eaque a fait à nouveau appel à elle récemment pour qu'elle lui apporte ses repas et fasse son intérieur. Elle sentait son regard sur son corps. Il a senti son attachement pour lui et la dédaignait complètement.

En cet instant, elle ignorait que le chevalier en question allait investir les Enfers. Ce jour où Aurora blessée se reposait paisiblement à Antenora. C'était le tour de Betta d'apporter le repas au chevalier. Elle allait pouvoir rencontrer cette femme et se faire son opinion.

Elle toqua, pas de réponse. Alors elle entra. La porte était ouverte et elle s'y aventura. Le chevalier avait la plus belle des suites du Palais d'Eaque. Comme par hasard. Au loin dans la chambre, elle osa entrer et vit une masse de cheveux étalée en haut du lit. La guerrière dormait paisiblement. Les épaules de la brune dépassaient. Betta s'approcha et secoua légèrement la jeune-femme.

« Dame chevalier .. » murmura t'elle.

Cette dernière ne réagissait pas.

« Saint d'Athéna, j'ai apporté votre déjeuner. »

Elle eut pour seule réponse un grognement.

« Vous devez manger. »

Deux grands yeux foncés lui envoyèrent des éclairs. Betta se raidit.

« Qui es-tu pour me sortir de mon sommeil ? »

« Pardonnez-moi, il m'a été dit que vous deviez vous nourrir et prendre ces plantes tranquillisantes. »

« C'est vrai, merde, j'avais oublié. » Elle se releva. « Fais chier … J'ai mal partout.»

Betta fut étonnée par cette familiarité. La guerrière avait la poitrine nue et ne semblait pas offusquée de la présence de la servante.

« Que regardes-tu ? » marmonna Aurora.

« Pardon, je .. je ne vous avais jamais vue avant. »

« Moi non plus, qui es-tu ? »

« Je m'appelle Betta, je suis au service des Juges. »

« J'espère que tu es bien traitée. »

Apparemment, la réputation sulfureuse du trio était connue. Elle eu le silence comme seule réponse.

« Pour lequel travailles-tu le plus ? »

« Le Seigneur Eaque. »

Le chevalier gaussa : « Ça ne m'étonnes pas, tu es tout à fait le genre d'Eaque. » l'air blasée.

« Qu .. comment ? » bafouilla-t-elle.

C'est la première fois qu'elle entend le nom de son maître scandée de cette façon par une femme,

« Puis-je vous être utile en quoique ce soit ? » poursuit-elle.

« Et bien soit ! Cela fait deux jours que je dors dans ce maudit Royaume. »

« Vous avez été blessée ? »

« Oui. » puis elle tendit la main, « Aide-moi j'ai besoin d'une bonne douche. »

« Oui Dame chevalier. »

« Appelles-moi Aurora. »

« Mon rang ne me permet pas de vous nommer ainsi et le Seigneur Eaque désapprouverait. »

« Je me fiches bien de ce que pense ton Seigneur. »

Effectivement, elle a du répondant cette femme. Et en l'aidant elle remarqua qu'elle a des courbes plus que désirables. Normal que le Seigneur Eaque n'ai pu résister.

« Veux-tu bien m'épauler ? »

« Si vous voulez. »

« Occupes-toi de mon dos et mes jambes. »

Elle enleva sa culotte en satin, dévoilant ainsi sa féminité. Betta ne savait pas trop ce qu'il se passait. Que cette fille soit à l'aise en sa présence, passe après tout, elle est aussi une femme. Mais qu'elle soit hypnotisée par ce corps parfait de guerrière entretenue. C'est bien la première fois.

« Frottes je ne sens rien ! » grogne le chevalier.

« Oui pardon .. »

Après un nettoyage en profondeur, Aurora réalisa l'intérêt de Betta en s'essuyant.

« Et bien, on dirait que je te plais. »

Cette dernière était rouge pivoine.

« Ne sois pas outrée, tu en seras pas la première .. ni la dernière. »

« Pardonnez-moi, je … »

« Ne t'excuses-pas. »

Aurora s'approcha de la servante et caressa son visage. Elle avait une tête de plus qu'elle.

« Je .. n'ai jamais fait avec une fille... Je ne suis pas le jouet idéal. » bafouilla-t-elle gênée.

« Gardes ta dignité. Ces trois crétins de juges t'ont descendu plus bas que terre.»

Betta n'en revenait pas. Jamais ses Seigneurs ont été insultés dans leur domaine. Et cette femme chevalier ne mâchait pas ses mots. Elle est entière, c'est peu dire.

« Si tu ne veux pas ce n'est pas grave. »

« Je ferai comme vous voudrez. »

« Je veux ton consentement sinon aucun intérêt. »

Elles restèrent un moment ainsi, leur visage éloigné de quelques centimètres. Aurora ne s'était pas perdue dans la contemplation d'un beau visage depuis longtemps. Elle observait Betta et elle ne pouvait détourner les yeux. La jeune-fille était splendide, sa peau accentuait ses hautes pommettes, ses lèvres fortes s'élargissant en un sourire. Cette fille dégage quelque chose d'exaltant. Elle est d'une grande grâce.

« Mais si le Seigneur Eaque le découvre il me tuera. »

« Il ne te fera rien.» Elle se rapprocha de la jeune-fille qui se laissa guider.

Leurs lèvres se rencontrèrent avec douceur. Betta aime les premiers baisers. C'était une découverte, hésitant ou impétueux, tendre ou affamé de passion refoulée. Le baiser d'Aurora était aussi similaire que différent de tous les autres, passionnel. Elle était douce, mais dès qu'elle comprit les intentions de Betta, ses lèvres devinrent plus fermes, ses pouces caressaient ses joues. Petit à petit les lèvres deviennent plus hardies, s'entrouvrent, laissent passer des langues qui vont chacune à la conquête de la bouche de l'autre... sensuel ballet de douceur où les salives se mêlent. Tout en s'embrassant, les corps se sont rapprochés, les seins érectiles se touchent et les framboises rouges et dressées, se frottent avec tendresse. Betta débuta une découverte incroyable : toucher le corps d'une personne du même sexe. La peau du chevalier est douce et sent les agrumes. Betta passa d'abord sa langue sur un mamelon, puis deux. Ses mains massait de plus en fort la généreuse poitrine du chevalier.

« Tu es douée pour une première .. » encourageait cette dernière.

Aurora emmena la jeune-fille jusqu'à son lit. Elle glisse sur les formes qui se tendent, embrasse au passage les jolies poires qui pointent, caresse le ventre plat. La Treizième s'empara à nouveau de la bouche de Betta. Les deux femmes s'embrassèrent avec passion. Betta sentit son bas-ventre en feu. Le baiser dura de longues minutes où elle se retenait de la toucher davantage, habituée à attendre des ordres.

« Dame chevalier, je suis si émue .. »

« Tu as un corps divin. » en caressant son flanc de ses doigts.

« Pourquoi ne viendras-tu officier au Sanctuaire pour moi ? »

« Vraiment ? »

« Les Spectres ne sont pas des enfants de cœur. Je ne conçois pas ces méthodes sur une jeune-femme instruite et généreuse. J'ai senti ton désarroi. »

« Je vous suivrais si vous le demandez. »

« Ne tombes pas amoureuse de moi, je suis un cas désespéré. » prévint Aurora d'un ton détaché.

« Ça serait un honneur de vous servir. »

« Au Sanctuaire, on évite les relations entre chevaliers et soupirants. Mais je peux faire une exception.. »

Betta hocha la tête. Aurora caressa son dos et la cambrure de ses reins. Elles s'embrassèrent avec délice, apprenant à se connaître, jouant avec leurs langues. Betta ne pensait pas que ça pourrait être aussi excitant avec une femme.

« Avez-vous beaucoup d'expérience avec les filles ? »

« Plus que tu le crois … » Elle léchait le lobe d'oreille de Betta.

« Je .. Puis-je vous demander ..quelque chose .. d'indiscret ? »

« Que veux-tu savoir ? »

« Est-ce que .. le Seigneur Eaque et vous … enfin avec d'autres .. »

Aurora ricana : « Des tas de fois. »

« Oh il vous laissait avec d'autres ? »

« Seulement des femmes. Ton Seigneur n'est pas prêteur." avoue Aurora,"Aucun homme ne pouvait me toucher ni même me regarder.»

« La jalousie n'était-elle pas trop difficile à supporter ? »

« J'aime les hommes possessifs. De toute façon je ne l'écoutais jamais, penses-tu. »

« Le Seigneur Eaque devait être souvent en colère. »

« Oui. »

« Vous semblez aimer ce trait de caractère. »

« J'aime le provoquer. » puis elle ajouta :« Dis-moi, tu as l'exclusivité des Juges où d'autres ont également profité de tes faveurs ? »

« Je ne me donne plus aux Juges. Et j'ai eu des rapports avec des soldats. »

« Qui donc ? »

Betta baissa les yeux :« J'ai dû me donner de force à des Spectres de bas rang dans une orgie. »

« Quelle horreur … »

Aurora démontra un air de dégoût profond.

« Mais j'ai été ''sauvée'' par des Etoiles Célestes. Les subordonnés du Seigneur Rhadamanthe. »

« Hum .. les plus valeureux ! Et lequel as-tu préféré ? »

« Le Seigneur Queen. Il est plus doux qu'on ne le croit. »

« J'aime bien Queen mais je préfère le Basilic. »

« Le Seigneur Sylphide est solitaire et j'apprécie son sens du devoir. »

« T'es-tu offerte à lui ? »

« Oui. »

« Je me suis toujours demandée quel genre d'amant il était. »

« Il vous aime bien aussi. »

« Sylphide m'a toujours montré respect. »

Aurora lui caresse le front, les joues, embrasse ses yeux, leurs bouches de nouveau se joignent... Et puis tout d'un coup elle vient entre ses jambes. Elle reste un moment sans rien faire, appuyant sur les cuisses, dégageant l'intimité de sa conquête, admire, réfléchit à ce qu'elle va entreprendre... Doucement, ses mains remontent sur l'intérieur, s'arrêtant à mi-chemin, plusieurs fois, pour faire durer le plaisir de sa partenaire. Alors qu'elle débutait à nouveau des échanges de baisers langoureux, Aurora stoppa.

« Il arrive. »

« Comment ? »

« Ton Seigneur. Je sens son cosmo. »

Betta aida le chevalier à s'asseoir dans son lit. Cette dernière débuta la dégustation de son repas, très méditerranéen. Elle sait que c'est le Garuda qui a fait envoyer ce déjeuner.

On frappa à la porte.

« C'est qui ? » faisant mime de ne pas reconnaître l'énergie.

« Le Seigneur du Garuda, Saint d'Athéna. » répondit noblement Eaque.

« Je suis nue. »

Betta s'étrangla d'effarement. Rien de mieux que de titiller un Garuda au petit matin. Aurora le sentait sourire derrière la porte.

« Passes une robe, chevalier. »

« Je suis très bien ainsi, SeigneurEaque. » répliqua t'elle en se moquant de lui.

« Toi et moi savons que ce n'est pas une bonne idée. » connaissant très bien l'insolence d'Aurora

« Je mange. »

« Ouvres. » ordonna t'il.

« Pas maintenant. »

« Ne m'obliges pas à défoncer cette porte. »

« J'aimerais bien voir ça. » enchérit cette dernière.

Les deux femmes entendirent la porte s'ouvrir et se refermer froidement. Aurora sentit le Juge agacé. Il est très beau quand on lui tient tête. Appar alors ce dernier au seuil de sa chambre, le regard noir fixant Betta avec mépris.

« Seigneur Eaque .. » dit cette dernière en ployant le genou.

« Que fait-elle là ? » en regardant Aurora, nonchalante, dégustant un fruit.

Par sécurité, elle avait remis un haut .. presque transparent, bien-sûr.

« Bonjour Eaque, merci, je vais bien. »

« Réponds-moi. »

« Betta m'aide. »

« Depuis quand ? »

« Tout à l'heure.»

« Elle devait simplement te veiller pendant le repas. »

« C'est ce qu'elle fait et elle m'a aidé aux sanitaires... »

« Tu as lavé cette femme chevalier sans mon accord ? » durcit Eaque.

« Seigneur .. je .. »

« C'est cette femme chevalierqui lui ai demandé. » riposta le Serpentaire.

« Elle n'est pas sous tes ordres. Il n'y a rien ici qui doit interférer dans son service. »

« Je viens de te dire qu'elle me donnait un coup de main. »

« Moi seul lui dit ce qu'elle doit faire. »

« Pas quand cela me concerne.»

« Betta, sors d'ici j'ai à parler à Dame chevalier. »

« Elle sortira quand je l'aurais décidé. » continua Aurora dans une ultime provocation.

Betta était tétanisée. En peu de temps, elle a assisté à la relation unique entre son Seigneur et ce chevalier désinvolte. Jamais personne n'aurait osé.

« Elle peut rester, je n'ai rien à cacher. »

« Ah oui ? » fit le Spectre.

« Pourquoi es-tu ici ?»

« Je me demandais si tu allais mieux. »

« Et tu as fait tout ce tapage ? Pourquoi tu n'as pas demandé dès ton arrivé ? »

Eaque poussa un soupir de lassitude. Il n'y a qu'elle pour le rendre chèvre. « Tu évoquais le besoin de massages hier. » sans tenir compte de Betta qui aurait bien aimé se cacher dans un trou de souris et fuir aussi vite que possible.

« Tu as trouvé la personne parfaite ? »

« Tout à fait. »

Il lui envoya un regard glacial et clame par cosmo : « Aurora … »

« Oui Juge. »

« Vas-tu m'obéir ? »

« Jamais. »

« Pourquoi faut-il toujours que tu compliques les choses ? »

« Parce que j'aime quand tu es fâché, Roi d'Egine. »

« Et moi j'aime ce que tu portes. » en jetant un œil sur le maillot d'où on pouvait apercevoir les contours des seins plantureux du chevalier.

Aurora afficha un sourire victorieux.

« Betta … » dit-elle, « Tu peux disposer.»

« C'est un grand honneur Aurora. »

« Tu es bien familière avec le chevalier .. » répliqua Eaque.

« C'est elle-même qui m'a autorisé à la nommer ainsi, Seigneur. »

Eaque haussa un sourcil. On dirait qu'on lui cache quelque chose.

La jeune-fille sortit en faisant une révérence aux guerriers et s'enfuit sans demander son reste. Elle se demande bien ce qu'il va se passer, même si elle a déjà sa petite idée. Samara avait rapporté que la tension sexuelle entre les protagonistes étaient palpable hier.

« Que s'est-il passé avec cette servante ? » demande sombrement Eaque.

« Que veux-tu dire ? »

« Il y régnait une ambiance singulière. » en fronçant les sourcils de désapprobation.

« Pourquoi ça t'intéresse .. »

« Parles. »

« Je m'apprêtais à lui bouffer sa petite minette quand tu nous a interrompu. »

Quelle extravagance. Et il a raté ça en plus.

« Tu as forniqué avec ma servante ? »

« Et alors, tu ne te gênais pas non plus. Et puis elle a aimé sa première avec une femme. » un sourire malsain se dessinait sur ses lèvres.

Eaque voyait très bien la scène, et ajouta « Pourquoi n'avez-vous pas continuer ? »

« Parce que ça ne regarde qu'elle et moi. »

« Impertinente … »

Aurora lui offrit son regard le plus langoureux, sa cuillère dans la bouche, espiègle :« Masses-moi Seigneur Eaque. Comme on le fait au Népal ..»

Le Garuda afficha une mine piquée. Comment résister ? Il sait que s'il ne sort pas de cette chambre dans les dix secondes, il sera pris au piège.

Il jaugea Aurora. Et fit le tour du lit doucement. Il demande à cette dernière de se tourner. Il ôta son casque. Aurora lui offrit son dos et il débuta sa séance en sentant sous ses doigts la peau douce de son ex maîtresse.

« Tu as des doigts de fée .. » soupira Aurora en fermant les yeux.

Le Garuda s'aventura sur toute la surface du dos. Il se laissa envahir par le parfum du Serpentaire. La belle flottait dans un bien-être qu'elle n'avait peu connu ces derniers mois. Elle sentait les mains douces et puissantes du Népalais dénouer ses muscles, l'un après l'autre. Des frissons délicieux parcouraient son corps. Rappelant des souvenirs. Les mains du Juge partirent ensuite de la colonne vertébrale pour s'écarter vers les hanches. Aurora avait subitement chaud. Très chaud. Eaque ne se déconcentra pas, malgré le tension qui se dégagea de son aine. Ses mains remontent doucement vers les côtes et franchirent bientôt la limite du supportable pour Aurora : il venait d'agripper ses seins. Elle ne put réprimer plus longtemps son excitation et se colla au brun qui s'accroche davantage à elle sans interrompre le massage, sentant la poitrine tendus sous ses doigts.

Elle pencha la tête en arrière, bloquée par le surplis de l'homme : « Eaque, tu m'as manqué.»

Une main furtive s'aventura sur le visage de l'homme. Le cœur d'Eaque rata un battement.

« Aurora … » répondit-il tendrement. Sa façon propre à lui de montrer que c'est réciproque.

Il la colla plus fort contre son armure froide et plongea sa bouche dans la nuque. Le Serpentaire poussa un gémissement de plaisir, posant sa main sur celle d'Eaque, occupé à palper son sein gauche.

« T'arrêtes pas.. »

« Tes histoires libidineuses avec ma servante m'ont émoustillé. »

« Tu l'étais déjà l'autre jour. »

« On ne peut rien te cacher. »

Il retourna la jeune-femme et planta son regard dans le sien. Ils se regardèrent un long moment, se disant plus de choses avec les yeux qu'avec des mots. Eaque passa sa main derrière la nuque d'Aurora et l'attira fermement à lui, plaquant ses lèvres contre les siennes. Leurs bouches s'ouvrirent pour un baiser profond.

« Eaque .. » s'exclama le Serpentaire avec passion.

Qu'il aime cette façon qu'elle a de l'appeler ! Le brun reprit ses caresses sur les seins de sa bien-aimée, admira ses formes. Aurora ferme les yeux, tombée dans les bras du Garuda. Il lui ôta son maillot et admira la poitrine de la guerrière. Elle avait deux nouvelles cicatrices. Provoquées par le combat contre Arès. Une sous le cœur et l'autre entre les seins. Cela lui donnait un allure incroyable. Le Népalais effleura de ses doigts les marques, puis, de sa langue, doucement. Aurora passa ses mains dans la chevelure du Juge et le guida vers ses mamelons qu'il engloutit. Elle ramena ensuite la bouche d'Eaque à la sienne et ils débutèrent un échange de baisers passionnels. L'un comme l'autre ressentait l'urgence dans leur désir bridé depuis longtemps. Ils étaient pressés de donner du plaisir à l'autre. Un an passé qu'ils ne s'étaient pas touchés.

Eaque se concentra pour enlever son Surplis qu'il fit placer plus loin. Aurora se jeta sur lui à califourchon et l'embrassa telle une tigresse cherchant son mâle. Le brun ne se fit pas prier et posa ses mains sur le fessier de son amante puis trouva un chemin dans le sous-vêtement.

« Ahhh …. »

Aurora sentait le contact de la main du Juge dans son intimité.

Tout en s'embrassant comme deux mammifères assoiffés de chair, Aurora retira le haut du Juge. Ses mains caressaient le torse ciselé du Garuda, léchait sa peau enivrante, croquait ses bras musclés, donnait des coups de langue dans ses épaules robustes, descendit le long de la mâchoire en y goûtant la peau satinée de l'homme. Eaque ne put réprimer un grognement. Elle seule savait lui faire perdre ses moyens. Tandis que les mains de la portugaise s'affairaient à débarrasser le Népalais de son pantalon, Eaque la fessa. Elle eut un petit rire. Elle admira son Juge désormais nu, referma sa main sur son membre et le caressa amoureusement. Sa langue remplaça bientôt sa main, arrachant un cri de plaisir à Eaque lorsqu'il se sentit happer par une bouche gourmande.

Bientôt, il ne pouvait plus tenir. Le Spectre se leva et empala sa maîtresse dans une lenteur insupportable pour leur sens. Elle poussa un cri et se cambra davantage pour mieux sentir la colonne de chair en elle. Elle ondulait au rythme d'Eaque, le guidant de plus en plus passionnément. Le plaisir augmentait, les emmenant vers des sommets insoupçonnés en vagues plus puissantes. Leurs cosmos s'unirent comme lorsqu'ils s'aimaient. Dans toute son étreinte, Eaque montrait avec rage son amour pour elle.

Il lui fit l'amour longtemps. Ils atteignirent ensemble le point de non-retour et la jouissance les balaya. La Népalais s'effondra sur le ventre de sa maîtresse. Puis ils s'enlacèrent, déposèrent des baisers tendres sur chaque morceau de peau à leur portée.

« Mutu*.. » dit simplement Eaque, comblé.

« Dis-le moi .. » en le regardant dans les yeux.

Le Garuda caressa son visage, ses cheveux, et répondit : « « Nul besoin. Mes sentiments pour toi demeureront. »

« C'est tout ce que je voulais entendre. »

Elle lui donna un baiser. Eaque lui rendit avec ferveur. Qu'il aimerait être aussi à l'aise que son Serpentaire dans la démonstration de l'amour. Et finalement les deux amants s'endormirent paisiblement. Eaque était dans un autre monde. Oubliant même son devoir de Juge …

Plus loin à la première prison, deux hommes s'impatientaient. Cela faisait un moment qu'ils attendaient leur camarade et qu'il ne répondait pas à leurs appels.

« Bon, qui se dévoue à aller le chercher ? » maugréa le Griffon.

Un Spectre apparu. Il s'agissait de Valentine de la Harpie, l'un des suivants de Rhadamanthe.

« Mes Seigneurs, vous m'avez demandé ? »

« Sais-tu où est passé le Eaque ? » questionna lourdement Minos.

« Je l'ignore. L'avez-vous contacté ? »

« On ne fait que ça .. » râla Rhadamanthe.

« Je vais de ce pas envoyer un messager à son Palais. » répondit la Harpie en se courbant.

« Pas la peine. »

Une voix au loin résonnait dans le sombre Tribunal des Enfers.

Minos : « Kagaho ? Que fais-tu ici ? »

« J'allais à la bibliothèque chercher des informations pour nos Majestés. »

« Et pourquoi dis-tu que c'est inutile d'envoyer un messager ? » demande Valentine.

« Connaissant Messire Eaque, il ne peut être qu'à un seul endroit dans tous les Enfers en ce moment. » dit-il sur un ton gausseur.

Les deux Juges se regardèrent.

Valentine comprit l'allusion et ajouta : « Je pense que Kagaho fait référence au Saint d'Athéna dont la santé inquiétait le Seigneur Eaque. »

Le Griffon et la Wyvern eurent un instant de lucidité… Suivit toute de suite par un sentiment offusqué. Leur frère seul, avec cette femme chevalier.. ?

« Voulez-vous que j'aille voir ? » continue Valentine sans sourciller.

« Tu risquerais de te faire jeter par cette lionne ! » cingla l'Égyptien.

« Bon, je propose qu'on aille le trouver nous-même. » dit alors Rhadamanthe en se levant, « Ça commence à bien faire. »

« Vous êtes sûr, Seigneur ? » demande le Chypriote en ouvrant les yeux comme des soucoupes.

« Et pourquoi pas … » suivit le Griffon en emboîtant le pas son cadet.

Kagaho eut un léger rictus qui en disait long et murmura à la Harpie : « Prépares-toi à une nouvelle guerre … »

Ce dernier secoua la tête.

Rhadamanthe interrogea alors son subalterne: « As-tu repéré le cosmo de MessireEaque ? »

Valentine répondit par la négative. Il n'avait pas envie que le Garuda lui fasse payer.

« Vous devriez aller faire un tour du côté de la chambre de cette femme chevalier … » assura Kagaho en croisant les bras.

A Antenora, Aurora sortait d'une nouvelle douche réparatrice en compagnie du Juge. Ils avaient passé les dernières heures à faire l'amour.

« Par ta faute, je n'ai pas vu le temps passer. » répliqua Eaque en se rhabillant.

« Mmmmm .. » grommela Aurora en se brossant les dents.

« Tu es à moi. » murmura-t-il à l'oreille en l'agrippant par les hanches, « Je veux que tu restes. »

« Je dois retourner au Sanctuaire. »

Ils échangèrent un baiser. Le Népalais sentit soudain le cosmo de ses compagnons approcher.

Aurora jubilait.

« On dirait que la garde royale rapplique. »

Eaque eut un sourire mais il pensait déjà à l'excuse lamentable qu'il allait donner à ses frères.

« J'espère que tu as trouvé une raison suffisante pour m'avoir détourné de mon chemin. »

« C'est de ma faute maintenant. » secoua la tête le Serpentaire, "Tu manques pas d'air Garuda !"

On frappa durement à la porte d'entrée. Aurora ignora les intrus et donna un baiser à Eaque, fier comme un mâle triomphant. Mais les coups reprirent de plus belle. Ca recommença et tambourina une fois, deux fois, trois fois.

Aurora perdit patience.

« Je vais les accueillir moi-même ces espèces de deux idiots. »

Eaque sentit d'avance l'altercation venir : « Je le t'interdis …. » en lui barrant la route, « Tu ne vas pas te montrer ainsi devant mes frères ? »

« Ben quoi ? » répondit-elle innocente.

Il eut à peine le temps de rajouter quoique ce soit qu'Aurora ouvrit la porte avec force et fracas. Elle eut droit à des mines ahuries, leur yeux sortant de leur orbite à la vue de ce corps splendide en voyant le chevalier dénudé

« Vous voulez quoi vous deux ? » agressa Aurora.

Rhadamanthe reprit ses esprits, en pensant que le Garuda doit bien s'amuser : « On peut savoir ce que tu as fait d'Eaque ? »

« Pourquoi vous ne lui demandez pas vous-même .. »

Elle ouvrit davantage la porte, laissant voir le brun qui avait eu le temps de renfiler son Surplis. Ni vu ni connu.

Il leur lança un regard noir. On ne regarde pas sa maîtresse de cette façon. « Pourquoi vous vous déplaciez tous les deux ? »

« Tu oses nous demander ? » pesta Minos.

Aurora pouffa dans sa chemise sous les regards mauvais du Griffon et du Dragon des Enfers.

« J'étais venu m'enquérir de la santé du chevalier. »

« Et il t'a fallu plus de trois heures pour vérifier ? » ajouta Minos avec mépris.

« Nous n'avons pas vu le temps passer. »

« C'est le moins qu'on puisse dire.. » gloussa Aurora.

Rhadamanthe fronça les sourcils : « Qu'as-tu fait ? »

« Pourquoi vous vous en prenez à moi? »

« Aguicheuse .. Tu le sais très bien. » continua Minos.

« Répètes un peu ? » répliqua Aurora, s'approchant dangereusement du premier Juge, cette simple serviette sur le dos.

Craignant que les choses s'enveniment, Eaque attrapa le bras d'Aurora ne voulant pas que son chevalier ne se batte en petite serviette, sachant qu'elle en est tout à fait capable et lui signifia promptement : « Vas t'habiller. »

« Ne me donnes pas d'ordres, Eaque ! »

« Écoutes ce que je te dis au moins une fois dans ta vie. »

« Je vais d'abord remplumer ton imbécile de frère ! »

« Va te vêtir, Serpentaire ! »

« Même pas en rêves. »

« Aurora, obéis. »

« Silence, mâle ! »

Eaque était indigné. Elle est la seule au monde à lui parler de la sorte. Le Griffon prit sur lui pour ne pas lui enlever cette serviette et provoquer davatange le chevalier. Quant à Rhadamanthe, il soupira devant la mauvaise volonté du Serpentaire en train de tenir tête une fois de plus au Garuda.

« Aurora .. » ajouta l'Anglais durement.

« Tu veux qu'on règle ça aussi ? » en fixant Rhadamanthe qui ne releva pas.

Il commence à la connaître.

« Elle a retrouvé la forme. » ironisa Minos.

« Allons-y. » termina Eaque, jetant un regard noir au Serpentaire.

« C'était quoi ça ? » lui demande t-elle.

« Aurora ce n'est pas le moment. »

« Ce n'est jamais le moment avec toi. »

« On ne sait toujours pas les causes de ton retard. » interrogea Minos qui connaissait déjà la réponse.

« Et que veux-tu qu'il te réponde ? ''Oui désolé mais j'ai bien sauté le chevalier du Serpentaire dans sa chambre''

Les Juges étaient bouche-bé. Intérieurement, Eaque sourit. Même s'il fera moins le fier dans quelques instants au Tribunal.

« Partons ça vaudrait mieux. » acheva Minos sans quitter son sourire sournois. Il aimerait bien que le Garuda partage ce chevalier. « Aventurière.. » envoit t'il par cosmo interposé à la treizième.

« Sale oiseau nordique. »

Entre Minos et Aurora, ça n'a jamais été le grand amour, pour le plus grand désespoir d'Eaque.

En soirée, la belle avait rendu fou le Garuda parce qu'elle était parti sans prévenir, et parce qu'elle avait embarqué la jeune Betta avec elle au Sanctuaire.

Depuis, cette dernière sert les chevaliers d'Argent. Le Serpentaire se divertit avec elle après son arrivée au Domaine. Elle n'avait connu une telle cohésion sexuelle avec une fille. Et donc en toute logique, Betta était devenue la partenaire de jeu de la Treizième.

A défaut d'avoir un homme dans sa vie …

Où pas.