CHAPITRE 11

Flèches & Épées

La guerre contre la Reine des Amazones a débuté depuis plusieurs jours. Envoyée en éclaireur avec ses hommes, le Serpentaire perd le combat contre Antiope après un rude duel, cette dernière disposant de la ceinture d'Hippolyte. Mia du Sagittaire est partit à sa rescousse avec les autres chevaliers. Des troupes d'Athéna, Poséidon et Hadès se joignent à la bataille.

Royaume des Amazones, Oural (Jour J)

Si vous lui demandiez, la jeune-femme vous répondrait que, elle non plus, ne sait pas comment elle en est arrivée là. Elle ne veut pas savoir. Et de toute façon, qu'y avait-il à savoir ? A connaître ? Un échec.

Aurora du Serpentaire, 18ème du nom, protectrice d'Athéna et du Sanctuaire, honorant la plus haute caste de l'ordre des Saints d'or en avait pourtant connu des échecs. Ces grands ratés qui marquent une enfance entre guerres et coups de cœurs, elle les connaissait, les collectionnait, et même si on ne lui en parlait pas, ils restaient comme une ombre à son tableau lorsque autour d'un bon feu sous une nuit étoilée, resurgissaient les souvenirs qu'elle avait partagé avec ses compagnons d'arme.

Et aujourd'hui, elle avait perdue.

Cette frustration l'arracha brutalement de ses pensées, la faisant serrer ses paupières déjà fermées et douloureuses. Le chevalier reprenait doucement ses esprits. Quelques heures au total durent s'écouler depuis le moment où elle perdit conscience. Elle fut de suite sur ses gardes en revenant à elle, et pas uniquement à cause du fait que des créatures particulièrement brutes l'avaient assommée. Plus simplement parce qu'elle était « crucifiée » à une croisse croix en bois comme le faisait les Romains dans les temps anciens. C'est ça en particulier qui la poussa à se redresser rapidement et à se rappeler de tout ce qu'elle avait vu avant qu'on ne l'emmène dans cet endroit sordide. Oubliées, toutes ses préoccupations antérieures. Elle était à présent parfaitement figée, face à l'endroit par lequel elle avait été emmenée, elle, valeureux chevalier d'or.

Elle souffla doucement. Mourir sur le champ de bataille a toujours été un grand honneur, c'était ce pour quoi elle avait été formée. Elle s'était entraînée au combat depuis son plus jeune âge. Outre la maîtrise de son cosmo on lui enseigna las bases des arts martiaux, des combats à mains nues mais aussi l'usage de l'épée, des poignards, de la lance et de toutes les armes Japonaises que même son mentor Wilfried ne savait pas forcément nommer. Elle était particulièrement dangereuse au corps à corps, mais se débrouillait aussi avec tout le reste au besoin. En somme, une guerrière complète.

Elle n'arrivait pas à croire où cette vie l'avait menée. Elle avait le plus souvent l'impression de vivre dans un cauchemar depuis quelques temps. Sa vie n'avait jamais été simple, c'était vrai, et elle s'était toujours battue, continuant à avancer malgré les morts de ceux qu'elle aimait, emportant avec ces batailles les cœurs qu'elle a brisés pour avancer dans un unique but : protéger le Domaine Sacrée et ses camarades et mettre fin aux guerres inutiles.

Un peu plus d'un an et demi auparavant elle avait vaincu après un conflit qui avait coûté beaucoup trop de vies dans les deux camps. Elle avait réussi à terrasser sa propre sœur, réceptacle d'Arès parce qu'elle n'avait pas hésité une seule seconde à sacrifier sa vie pour la justice. Elle avait vaincu un Dieu. Et qu'est-elle depuis ?

Une guerrière désorientée, sanguinaire ? Une aventurière, séduisant hommes et femmes afin d'omettre les troubles qui animent son âme une fois seule avec ses démons ? Ils sont des combattants, des mortels ordinaires, des jeunes-femmes sulfureuses et fragiles. Aurora connaît à l'évidence tous les lupanars des Royaumes. Elle réalise à présent l'ampleur de sa réputation sulfureuse. Pitoyable. C'est le mot qui lui vint à l'esprit.

« .. Je suis une pécheresse... Est-ce que mon parcours de chevalier doit se résumer à cela ? »

Elle sentait ses poignets et ses chevilles lui faire horriblement souffrir. Ses yeux s'étaient ouverts péniblement, aveuglés par les rayons chauds du soleil printanier. L'endroit ressemblait à un Temple ancien ouvert. Pas très loin se tenait deux gardes postés de chaque côté d'une vaste entrée d'où elle aperçut un immense escalier et plus loin un pont. A la place où elle gisait, face à elle un grand autel sacré bordé de rosiers et de lauriers, tombant sur les dalles de verre clair et de marbre qui composaient le sol et les drapant d'une teinte argentée. Une magnifique statue y trônait au milieu représentant la personnification du Dieu Arès. Des jeunes filles à ses pieds semblaient le vénérer.

Une femme plus en avant sur sa droite tenait des flèches sur son dos et un glaive dans une main. Le Dieu lui tendait une épée. Il devait s'agir de la première incarnation d'Antiope, crainte des Dieux depuis les Temps reculés tant sa force de combat a fait sa légende. Elle avait blessée des créatures et pris le pouvoir aux Dieux Mineurs. Une légende déchue de son titre par l'apparition du Chevalier du Serpentaire et qu'Antiope n'a pas supporté.

Aurora grinça des dents en tentant de bouger. Elle tourna la tête vers sa main gauche. Elle constata qu'elle était littéralement enchaînée dans un arche de pierre. La brune souffla. Impossible d'invoquer ne serait-ce qu'un 1% de son cosmo et encore moins la chance de détruire ces maudites chaines en diamant. Conçues par Héphaïstos sur ordre de Zeus lorsque le grand Asclépios son ancêtre démontra des ambitions trop dangereuses pour l'avenir de l'Olympe, et dont le destin est désormais bien connu des Sages, le conduisant aux bannis.

L'ancien demi-Dieu transformé en étoile reste lié à ces successeurs terrestres. Aurora n'échappe pas à la règle. Même si Athéna est intervenue il y a déjà longtemps pour réduire sa « peine ». Seuls les êtres œuvrant pour des Royaumes indépendants peuvent mieux s'en tirer car leur cosmo n'est pas lié directement à la Terre. Et elle n'est ni Marina, ni Spectres.

« Elle me le paiera .. » maugréa en portugais le chevalier.

Ses jambes et ses bras lui faisaient mal. Elle portaient des marques sur son corps à divers endroits. Une odeur minérale lui chatouillait alors le nez. Cet édifice avait été bâti non loin de l'océan. Le sifflement feutré du sable emporté par le vent, susurrant, glissait le long des murs du Temple et lui rappelait ses premiers émois amoureux avec des apprentis sur la plage du Domaine sacré. Ce genre de choses qui faisait bondir Shion.

« Tu es enfin réveillée, Saint du Serpentaire ? »

La voix familière sortit Aurora de sa torpeur.

Antiope la considérait quelques mètres plus loin, l'air triomphant sur le visage, une expression victorieuse sur ses lèvres narquoises. La Reine s'était changée. Plus aucune traces de sang sur son corps. Cependant, les coups infligés par Aurora ne s'étaient pas évaporés. Sa mâchoire est marquée par les poings du Serpentaire, son ventre et ses jambes sont visibles de coupures profondes et ne laissent rien oublier du terrible combat qui les ont opposées. La Treizième pouvait discerner les marques de morsures de ses serpents. Elle n'a même pas pu faire appel à son fidèle allié Kaa.

« Ton pouvoir de guérison est étonnant.. » continua Antiope, « Ta constellation est spécifique des autres signes du Zodiaque et grâce aux pouvoirs de la ceinture, j'ai pu en tirer quelques avantages. Comme tu peux le constater. »

« En effet, » répondit Aurora, « Les pouvoirs du chevalier du Serpentaire ne peuvent être utilisés que par lui-même ou ses confrères passés et futurs. Asclépios était un bienfaiteur œuvrant pour les plus démunis avant d'être submergé par son égo. »

La jeune-femme, toujours aussi somptueuse dans ses apparats s'approcha d'Aurora et lui tint le visage de son menton : « Chevalier, te voilà à ton tour défaite. » Elle effleura de sa bouche pulpeuse les lèvres d'Aurora, « Tu es une guerrière incroyable, la plus honorable que j'ai affrontée.» Sa main glissa le long de la poitrine d'Aurora qui ravala un juron : « Si tu ploies le genou, je suis sûre que nous pourrions nous entendre toutes les deux. »

La treizième fit un geste vif de la tête pour repousser l'indésirable : « Jamais je ne serai la propriété de quelqu'un ni même d'un Dieu ou toi, usurpatrice ! » Elle vit la mâchoire d'Antiope se crisper sévèrement : « Et je suis difficile en matière de plaisirs. »

« Tu oses offrir tes faveurs à des mâles alors que tu pourrais les soumettre à tes pouvoirs ! »

« Tout homme veut ce qu'il n'a jamais eu ..»

« Beaucoup de braves ont tué mes ennemis pour avoir mes charmes mais c'est moi qui les ai vaincus. Finalement, nous ne sommes pas si différentes Serpentaire : nous aimons le combat, les plaisirs et le pouvoir.»

« Il suffit qu'ils tombent amoureux et tu en fais ce que tu souhaites. » ajouta ironiquement Aurora.

« J'ai oublié que je m'adressais au chevalier du Serpentaire. En plus d'être une traînée, tu te trouves être hors de portée. Que ce soit pour blasphémer ou se faufiler entre tes cuisses.»

« Je n'ai que faire de tes insultes. » s'exclama le brune, « Tant hommes m'ont demandé en mariage. Pour une seule nuit avec moi, de grands Rois et les meilleurs guerriers venaient de loin. »

« Et tu les éconduisais .. Tu es une femme dangereuse Aurora.»

« Moi seule décide quel étalon je dois chevaucher. » termina cette dernière.

La Reine Antiope fit un sourire diabolique en guise d'acquiescement.

Elle lui tourna le dos dans une envolée de cape méprisante et une démarche digne. Elle s'avança ensuite vers la statue d'Arès qu'elle toucha consciencieusement : « Bientôt tes amis viendront. » affirma-t-elle, « Ils ont un plan pour affaiblir mes troupes et ils réussiront .. Je devrais faire en sorte d'anéantir tous ceux qui ont osé te pervertir. Tu as du offrir tes faveurs à la moitié d'entre eux. » Aurora serra les poings et bougea ses chaines avec agacement, « Ne te méprends pas, seul le plus épris me sera utile. Il ne sera pas difficile de deviner lequel. Il suffira de lire en toi. »

« Je te l'interdis ! » cracha Aurora avec mépris.

« Je ressens une grande amertume. L'ombre de plusieurs mâles planent dans le plus profond de ton cœur. » Antiope narquoise demande alors : « Qui est cet homme qui te fait douter ? »

« … »

« Voyons, te mentirais-tu à toi-même ? Je te parle de ce chevalier d'or Grec. »

« Ça ne te regarde pas. »

« Es-tu échaudée ? Quel genre de respect as-tu pour ce guerrier ? »

« Silence ! » grogna Aurora.

« Est-ce lui le père de ton enfant ? » Elle rapprocha de la brune et porta la main à son ventre : « Je ne voudrais m'en prendre à une future mère. »

La Treizième ouvrit de grands yeux.

« Il n'est pas difficile pour moi Antiope, de deviner une femme portant la vie. Cet enfant te sauve, il porte étrangement un don qui te préserve. »

« Qu-quoi ? »

« Ton bébé te protège. Je peux ressentir son énergie bienveillante. C'est incroyable qu'une si petite chose puisse déjà s'ouvrir aux pouvoirs. »

« Mais je .. »

« A combien de semaines es-tu ? »

« Je l'ignore. » répondit le Serpentaire.

« En tout cas, je plains le père de cette future guerrière.»

« Tu .. tu vois que je portes une fille ? » demande Aurora la mine ahurie.

« Les Amazones ont la faculté de sentir ces choses. Ta fille sera une très grande combattante. »

« Alors pourquoi me garder prisonnière ? » continua Aurora.

« J'élèverai ta fille et en ferait l'une des nôtres. »

« Jamais je ne te le permettrais ! » répliqua la portugaise,« Cette enfant sera chevalier d'Athéna ! »

« C'est ce qu'on verra. » ajouta nonchalamment Antiope, « L'oracle m'avait prévenu que tu viendrais combattre. Mais .. Vas-tu le dire au géniteur ? »

« ….. »

« Oh ... je vois. C'est peut-être mieux ainsi. »

Elle s'éloigna de sa captive qui commençait à gesticuler, tentant de se débarrasser de ses cadenas solides comme des rocs.

« Je te tuerais ! » vociférait Aurora, « Je reviendrais des limbes pour te vaincre ! »

Antiope sourit avec dédain et rejoignit ses troupes, « Donnez à boire au chevalier. Gardez un œil sur notre prisonnière, et ne lui répondez pas quoiqu'il advienne. Elle essaierait de vous manipuler, comme elle le fait avec les mâles ! »

« Oui Majesté. » firent deux gradés.

« Mon prochain adversaire arrive, je me dois de l'honorer. » dit-elle en enfilant son casque Corinthien.

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Le combat entre l'armée féminine d'Athéna et celui d'Antiope était engagé depuis des jours. Trois guerrières luttaient seules contre la dernière vague qui protègent le Palais d'Antiope. Mia et ses sœurs d'armes ont rencontrées peu de difficultés en chemin, les combattantes étaient d'un second niveau. Lorsqu'elles firent la connaissance des guerrières de premier rang, ce fut bien autre chose. Elle étaient encerclées. Et pour des chevaliers d'Athéna reléguée à des cosmo en dessous des bronzes, c'est un peu plus compliqué.

A cet instant derrière elles, une nouvelle adversaire avait surgit de l'ombre pour leur barrer la retraite. La frêle Katya de la Couronne Boréale se déplaçait avec une agilité et une grâce innée qui lui permit d'éviter la vague d'attaques de lances et de pierres qu'infligeait ces femmes et ces hommes peu ordinaires. Marine eut moins de chance, bien qu'elle eut bondit pour esquiver elle fut touchée à la cheville et tomba au sol. Mia qui arrive encore à maintenir son cosmo fut protégée par un bouclier d'Hoplite et arriva avec une seconde de retard. Elle passa à côté de Marine sans essayer de la relever, prenant son élan elle fonça sur cette terrible adversaire qui avait trois têtes de plus qu'elle. Elle doit être l'un des lieutenants d'Antiope. Cette géante sanguinaire dont parlait les soldats du Sanctuaire. A elle seule elle arrachait la tête de ses adversaires de ses mains.

Les cheveux châtains en coupe courte, des yeux verts perçants, un visage masculin dégageait sa haine, elle était vêtue d'une armure argentée écaillée ne couvrant que sa poitrine et ses hanches, elle tenait un goupillon dans une main, et de l'autre une énorme masse. Deux têtes de loups ornaient chacune de ses épaules et elle avait un collier d'os humains en guise de bijou autour du cou.

Mia devait être prudente. Un seul coup et elle pourrait finir tranchée en deux. Car elle est connue pour être rapide en plus d'être imposante. La femme sourit grossièrement comme si elle allait passer Mia à l'abattoir. Un peu déboussolée par cette prestance elle ne sut de quelle manière réagir. L'Amazone fonça sur Mia qui se mit immédiatement en garde, constatant que son armure ne lui servait surtout à se protéger des coups. La femme avait des grandes jambes, elle fit un périlleux saut en avant qui surprit la brune et lui décocha un coup de poing fulgurant au niveau du ventre. Mia fut envoyée de plusieurs mètres par terre. A moitié sonnée, elle se sentit alors soulevée de terre. La femme guerrière la tenait par les cheveux, une lame en or blanc près de son cou…

« Je suis Vera. » commença l'Amazone, « Tu devrais retourner jouer aux poupées ma chérie. »

Marine avait suivi tout le déroulement du combats. Elle voyait parfaitement la situation et se rua sur Vera par l'arrière, surprenant l'adversaire qui perdit en vigilance. Elle n'a nullement envie que sa camarade se fasse écartelée. Mia en profita pour lui mordre le poignet de toutes ses forces jusqu'au sang. La géante cria de douleur et lâcha le chevalier.

La neuvième gardienne se releva en s'essuyant la lèvre imprégnée de sang.

« Tu paieras pour l'affront fait à mes camarades ! » pesta la Sagittaire.

« Encore faudrait-il que tu me passes sur le corps ! Viens donc te mesurer à moi que je réduise ta tête en bouillit et l'ajoute en trophée ! »

« Tu te comportes sans réelle personnalité, ne se basant que ses muscles pour gagner ! »

La femme prit une grande inspiration, prête à faire ravaler sa fierté à cette impudente guerrière qui osait la braver sur son terrain : « Je vais te pulvériser et te donner en pâture à mes loups garou ! Chienne ! »

Mia serra les dents avec rage.

« Mia, attention ! » prévint Katya en constatant que la ladite Vera sortit une lame tranchante pour transpercer la Sagittaire en plein estomac.

Cette dernière vit le coup et lui asséna un prodigieux uppercut en pleine mâchoire. Cela fit reculer d'un petit mètre seulement la femme, nullement impressionnée, un large sourire jusqu'aux oreilles. Le chevalier fondit sur sa rivale qui enchaînait les entrechats, les grands jetés et les pirouettes dans un cycle plein de grâce malgré son imposante stature.

Mia préféra opérer une retraite prudente. Cette Géante n'est en rien à négliger.

« Sale petite garce ! » grogna Vera.

La combattante d'Athéna ne mit pas longtemps à réfléchir et sauta en arrière pour éviter un moulinet aussi rapide que dangereux. Profitant d'un moment d'inattention de la part de son ennemie qui levait sa masse en direction de Mia, elle esquiva cette nouvelle par un salto avant et enchaîna plusieurs tours sur elle-même avant de lui envoyer une vague de coups de poings rapides. Vera fut frappée dans le dos, sans bien comprendre la situation et tomba à terre.

Elle ne semblait pas décidée à l'agresser, elle se contentait de reprendre son souffle et fixait Mia du coin de l'œil. Il était hors de question qu'elle perde son temps avec ce genre d'adversaire.

« Tu vois bien que tu ne fais pas le poids malgré ta force. »

Un bruit métallique se fit entendre. Vera n'en avait pas terminée. Elle se releva, sa main droite tenant le plastron fendu par l'attaque de Mia.

« Va en Enfer ! » rugit -elle en s'essuyant la lèvre imprégnée de sang.

La géante se saisit de son épée et avança vers la Sagittaire : « Je ne suis pas su genre à m'avouer vaincue, chevalier. » affirmait–elle, « Je mourrai avec honneur mais avant j'ai promis à ma Reine de t'affaiblir, comme pour le Serpentaire ! »

« Tu n'as pas affronté mon maître, elle t'aurait balayé d'un simple revers de la main.. » prévint Mia.

«Son cosmo était impressionnant mais ma Reine s'est occupée de son cas. Et je vais faire de même avec toi. »

Mia évita tous les coups portés, s'amusant même à les contourner les deux mains dans le dos. Vera prit son élan et tenta de trancher Mia par la droite. Cette dernière prit appui et s'envola dans les airs du mieux qu'elle le pouvait, telle la constellation qu'elle représente.

Vera grinçait des dents et vit la Sagittaire foncer sur elle, poing en avant.

« Abandonnes et tu auras une mort immédiate ! »

« Jamais ! »

L'Amazone essaya de lui planter l'épée dans l'abdomen alors qu'elle était à quelques mètres d'elle. Elle se propulsa en serrant les dents, sentant les coups puissants de Mia sur son corps, utilisant plus son arme comme un bouclier que comme une arme d'attaque. Le chevalier trouva une nouvelle faille et renvoya sa rivale valser au sol, congédiant son épée sur les côtés. Vera demeura un temps à genoux, éprouvée par le combat : elle expirait lourdement, crachait parfois du sang, mais tenta le tout pour le tout. Se redressant et ramassant son instrument de guerre, elle lâcha un cri de libération, comme pour un dernier effort.

Un corps à corps s'engagea. Vera avait l'habitude de ce genre de duels. Mia ne lui fit pas de cadeaux : elle enchaîna par un coup de genou dans le ventre qu'elle fit suivre par un coup de coude en plein visage qui envoya Vera dans le décor. Elle devait épuiser cette femme coûte que coûte. La guerrière retomba à plat ventre, éprouvée par cette épreuve difficile. Elle se releva, néanmoins. Rapidement l'assaillante compris la puissance du Saint d'or même privée d'énergie. Elle dut s'incliner devant l'habilité du chevalier qui la dépassait par la force.

La bagarre se finit par un léger saut du Sagittaire qui s'agrippa à l'épaule de la géante et lui asséna un puissant coup de tête qui mit Vera KO. Elle tomba à genoux, le nez fracturé, son sang coulait telle la rivière de la vie la quittant, maculant le sol dans laquelle elle s'étendit. La géante gisait à terre, ensanglantée.

Mia essoufflée jeta un regard à Marine et Katya. Elle avaient été à bout des autres. Vera défaite, il lui incombait de remplir la mission confiée seule.

Elle s'éloigna.

« Sois prudente .. » lui conseille Katya avec un petit sourire, « On compte sur toi. »

Mia se retourna et hocha la tête. Puis, elle s'envola avec les bribes d'énergie qui lui restait.

Comme Vera l'avait dit, plus elle s'avançait vers Antiope, plus ses forces la quittaient.

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Shura du Capricorne, blessé aux côtés des Asgardiens avaient ressenti le cosmo de sa dulcinée. Il ne se réjouit pas trop vite. Il est conscient qu'elle doit d'abord s'occuper de la Reine. Et puis il ne serait pas d'une grande aide vu son état actuel et celui de ses compagnons d'infortune.

De sa prison dorée Aurora ressentit également l'énergie de son ancienne apprentie. L'attaque d'Antiope avait non seulement vidé son armure d'or de toute matière précieuse mais l'avait aussi privée d'une quantité importante de fer diminuant la densité d'oxygène dans son sang. Elle avait de plus en plus de mal à respirer. Une larme coula sur sa joue et vint s'écraser sur le plastron de son armure légendaire.

« Il est beau le chevalier du Serpentaire .. » murmura-t-elle.

Elle invoquait le peu de cosmo qui lui restait pour le transmettre au Sagittaire : « Mia, fonces, tu vas y arriver. »

Elle se sent perdre à nouveau connaissance, ses paupières humides de larmes devenaient lourdes quand un cosmo familier la fit redresser un instant.

Elle regarda le ciel bleuté : « Milo .. »

Le chevalier du Scorpion, cet homme qui rend sa vie si complexe et agréable à la fois venait de lui envoyer des encouragements par le biais d'un de leur compagnon.

« Merci chevalier de la Vierge.. »

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Quel spectacle ... Les pierres s'étaient gorgées de chaleur donnant à l'esplanade du Domaine des allures de charnier fait de sang bouillant et de corps décharnés. Rien n'avait été épargné dès lors qu'avait sonné le cri de guerre, soldats d'Athéna et d'Appios s'étaient jetés contre les ennemis avec férocité pour une cause juste qui constituait l'air même de leur monde. Les corps des adversaires avaient chuté sans qu'on y prenne attention jusqu'à ce qu'on leur marche dessus.

C'était une boucherie. Une fois que le soleil put reprendre son ascension, le spectacle était des plus macabres. Il n'y avait uniquement des ruines et des morts. Et des dieux qui faisaient la gueule, accessoirement.

Au milieu de ce capharnaüm, un groupe de guerriers d'un tout autre niveau constataient le paysage accablant et s'entretenaient à vive voix. Certains portaient des armures d'or et des capes blanches leur donnant une admirable prestance, d'autres portaient protections en forme d'écailles dorées-orangées et puis des plus étranges étaient protégés par des armures sombres comme la nuit.

« Par Poséidon, qui m'a fichu un dadais pareil ? »

Kanon des Gémeaux venait de parler. Ses compagnons secouèrent la tête. On ne changera pas le Premier Général.

« Où est cette femme Sagittaire ? » s'exclama durement Rhadamanthe, observant de son œil perçant les morts gisant à terre.

« Elle s'appelle Mia. » rétorqua sèchement Aiolia, « Je te prie de parler d'elle en meilleur terme. »

« N'était-elle pas censée diriger les opérations ? » continua Minos.

« Oui. » dit Aldébaran de sa grosse voix, « Et les ordres ont été exécutés puisque l'armée de cette Reine est maîtrisée. »

« Alors pourquoi fait-elle cavalier seule, et un tel champ de bataille, chevaliers ? » poursuivit Eaque sur un ton habituellement supérieur.

Milo ne supportait plus sa vue et serra le poings. Camus lui envoya un regard réprobateur. Ce n'était pas le moment de régler ses comptes.

« Elles n'y sont pas allées de main morte ! » ironisa Kassa des Lyumnades en passant sa main devant son nez, « Ça peste la mort ici. »

« Je ne croyais pas les Saint d'Athéna barbares. » ajouta Baian en observant les guerriers défaits.

« Ce ne sont pas nos camarades qui sont la cause de cette hécatombe.» temporisa Saga, « C'est cette Reine qui est responsable de ce désastre. »

Kanon : « Comment le sais-tu, Saga ? »

Nullement dérangée par l'ambiance macabre, les Spectres considérèrent le champ de bataille sans aucune émotion sur leur visage apathiques.

« Nous ressentons un cosmo maléfique émaner de ces factionnaires. » fit le Griffon, « Cette femme les a puni pour manquement à leur devoir. »

Aiolia :« Quel écœurement .. »

« Que fais-t 'on de ces mercenaires ? » intervient Valentine de la Harpie en constatant des agonisants appelant désespérément à l'aide.

« Ne devrions-nous pas les achever.. ? » le Basilic.

La Wyvern exprima son consentement par un hochement de la tête. Minos et Eaque firent de même à leurs hommes et ces derniers s'exécutèrent.

Leurs alliés virent perplexe les subordonnés des Juges abattre les derniers soldats d'un simple coup de cosmo. Du sang giclèrent de leur bouche avant de mourir. Certains s'étouffèrent lorsque le Basilic envoya un léger souffle empoisonné en concentrant son énergie spectrale, d'autres avaient les yeux emplis de terreur lorsque la Harpie s'empara de leur âme d'un coup de griffes tranchant, et certains imploraient la Mandragore d'une mort douce constatant leurs compagnons saisis par la peur.

Un téméraire se redressa et se dirigea en titubant vers Fyodor qui finissait un pauvre guerrier transpercé de part en part par une lance. Son épée en main, le mercenaire la dégaina en clamant péniblement : « Sale guerrier des Ténèbres ! »

La Mandragore lui fit face mais le soldat se sentit happé par une force invisible. L'homme fut soulevé du sol, les yeux exorbités, implorant par un cri animal son agresseur de desserrer la main de son cou. C'est seulement lorsque les os de la victime se rompent que son assaillant, le Spectre du Basilic, un léger sourire aux lèvres trop délicat pour ne pas rendre mal à l'aise ne le lâche sous les regards indifférents de leur supérieurs.

« Vous étiez obligé d'en arriver là ? » grogna le Cancer, « On pouvait les interroger .. »

« Ils ne savaient rien de plus que nous a déclaré le leader tout à l'heure. » répliqua le Belge.

Fyodor continua sur le même ton dédaigneux :« Nous avons lu en eux, ils étaient condamnés. »

« Oui et bien vos méthodes de mise à mort laissent à désirer. » continua Angelo.

« Les Spectres n'ont pas de cœur, on l'avait oublié. » ajouta Milo en regardant en coin Eaque.

Le Scorpion nourrissait une violente rancœur contre le Garuda et l'hostilité qu'elle dégageait à son égard n'allait pas arranger les choses. Eaque lui-même le regardait avec dédain. Pourtant, malgré cette rivalité apparente, les deux hommes avaient le devoir de s'entendre pour la mission qui leur avait été confié, et donc mettre de côté leurs différends.

« Et votre jument ailée, que fait-t-elle ? » s'exclama Isaac du Kraken.

« Mia sait ce qu'elle doit faire. » ajouta Saga, « Partons à la recherche des derniers résistants et trouvons la garde rapprochée d'Antiope, les plus aptes à nous informer. Si vous croisez la Reine, soyez neutres de toutes émotions, elle usera de son pouvoir pour vous affaiblir. »

« Qu'elle essaie d'abord, cette péronnelle. » clame le Général Kaasa des Lyumnades, « Je vais lui arracher le cœur ! »

« Kassa, justement, tu peux t'approprier temporairement l'apparence et les pouvoirs d'une personne n'est-ce pas ? » demande le premier Gémeau. Le Portugais hocha la tête, « J'aimerais que tu prennes la forme de cette Reine. Nous devons garder nos forces qui pourraient être annihilées par la ceinture d'Hippolyte et ainsi détourner l'attention de ses soldats.»

« Je peux le faire chevalier, mais je ne sais à quoi elle ressemble. »

« Et si l'un d'entre nous a déjà eu affaire à elle ? » intervient le chevalier de l'Aigle, retrouvée sur le chemin par ses pairs, soutenue par Asterion.

« Oui mais je dois décrypter ton esprit. » prévint Kaasa.

« Je t'en prie, nous devons vaincre. »

Le Général ferma les yeux, lisant comme dans un livre ouvert dans la mémoire de la Japonaise, durant de longues secondes. Puis il arqua un sourcil et reprit ses esprits : « Cette femme sera difficile à maîtriser .. Rien que de la voir rendrait fébrile n'importe quel soldat. » assura l'homme d'un air gausseur.

Ses interlocuteurs furent étonnés, plus encore lorsque ce dernier se transforma en une Reine impeccablement .. dévorante. Les Spectres et Marinas clignèrent des yeux en constatant la nouvelle forme du Général.

« Tu es à tomber, Kaasa .. » railla Io de Scylla.

« Hé hé hé … » fit fièrement ce dernier.

Angelo croisa les bras et approuva : « Sacrée illusion.»

« Restez concentrés. » rétorqua Rhadamanthe, inflexible, « Je sens de nouvelles troupes approcher. »

« Attendez ! » interrompt alors le chevalier du Scorpion, « Que faisons-nous pour Aurora ? Je sens son cosmo, elle est présente dans les environs. »

« Nous la libérerons au dernier moment, Milo. Ce sont les ordres. » assura Dragon des Mers.

« Et sa volonté, ne l'oublies pas. » ajouta Baian.

« Mais .. »

« Chevalier, je suis certain qu'elle s'en sort bien seule. » se moqua le Griffon.

Milo grinça des dents. Le Norvégien a raison. Elle-même connaissait les risques. Elle est partie contre l'avis de ses camarades et malgré les avertissements du Pope.

« Allons-y, c'est loin d'être terminé ». poursuivit Saga dans toute sa prestance, « Nous devons faire confiance à Mia. Quant à Aurora, son imprudence lui a valu cette situation. Ne la blâmons pas davantage. » Il pris ensuite un ton plus autoritaire : « Formons trois groupes : vous les Spectres partez de ce côté rejoindre vos soldats. Kanon, emmènes tes Marinas vers l'est de la ville. Nous, nous partons à la recherches des Asgardiens et de nos compagnons. Retrouvons-nous ensuite au nord de la cité. Aurora semble être faite prisonnière là-bas. Mia nous a transmis des informations. »

« C'est entendu chevalier, soyez prudents. » ajouta Isaak.

Aldébaran : « Vous aussi. »

« Chevalier… » en s'adressant poliment au troisième gardien qui hocha la tête.

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A quelques lieues de là, un éclat doré brilla, mais seul un œil averti aurait pu deviner la silhouette humaine qui se déplaçait rapidement parmi les colonnes brisées. Il semblait ne faire qu'un avec le sol qui paraissait le porter, l'aidant à progresser parmi ces ruines des temps anciens. Une personne témoignant beaucoup de respect, mais aussi une sorte de familiarité reconnaissante, un cosmo empli de justice résonnait d'elle.

Cette personne était une femme en armure d'or qui devait avoir à peine 18 ans, d'une grâce et d'une douceur sensiblement reflétée sur son visage distingué. Son arc sur le dos, elle jeta un regard circulaire aux alentours. Les longues ailes dorées ne laissait aucun doute à l'identité de la guerrière.

Le successeur du vaillant Aiolos arpentait les collines arides du Royaume. Le Palais d'Antiope est bien dissimulé. La neuvième gardienne des douze maisons du Zodiaque commençait à trouver le temps long. On raconte qu'Antiope tient plus que tout à ce monument érigé par Arès après la guerre Olympienne contre les Titans. Le Dieu de la Fureur Guerrière et de la Destruction qui, comme le conte l'histoire antique, battu par sa sœur Athéna finit châtié dans une jarre en bronze et ensuite vaincu par Héraclès. Il fut libéré par un puissant sorcier et pris possession de la demi-sœur du Serpentaire à son quinzième anniversaire. Depuis sa défaite, il est étroitement gardé au Tartare des Enfers afin d'expier ses péchés, espérant peut-être poursuivre sa vengeance au travers de son aînée à qui il confère des plans de conquête.

La Sagittaire ne l'entendait pas de cette oreille. Son maître n'avait pas livré tous ces combats pour en arriver là. Elle soupira doucement et admira l'horizon quelques instants.

Elle se figea un instant, comme si un appel au loin la captait.

« Maître Aurora .. »

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L'attente… C'est finalement le lot commun du guerrier. Elle dure plusieurs jours avant que le vrai combat ne commence. Elle sape parfois le moral des soldats qui, à force de ne pas voir la bataille arriver, finissent par l'appeler de leurs vœux. Ces soldats que Mia dirige depuis des jours sont à bout de force. Les troupes tiennent bon malgré tout. Le Sanctuaire doit gagner. Les alliés Poséidon et Hadès sont en chemin, le groupe de mercenaires commandé par les chevaliers d'Argent devrait avoir terminé de rétablir l'ordre dans la Cité. Fujiya participe aussi aux festivités malgré la désapprobation du Sagittaire. Elle vit que la jeune-fille en voulait et était prête à tout donner pour la justice. Cela lui rappelait ses premier combats à elle. Elle lui confia donc la mission de terrasser les sentinelles ennemis. Elle envoya tout de même le chevalier Sirius afin de veiller sur elle. Elle a beau avoir la force d'un Saint d'Or, elle est encore inexpérimentée. Doko en serait fort contrarié si son élève ne revenait pas entière.

Mia baissa les paupières, inspira profondément puis expira pour se retourner et se diriger d'une démarche sûre vers le centre du Palais d'Antiope. Elle marqua une pause. Et tout à coup, elle cracha du sang. Elle tomba à genoux tout en continuant de tousser. Le Saint porta la main à sa bouche et se remémora le coup qu'elle avait reçu dans l'abdomen par Aldébaran il y a quelques jours, durant un entraînement. L'impact qu'elle a reçu l'autre fois de Vera avait été plus violent qu'elle ne l'eût cru et a rouvert la plaie.

Elle se souvenait de ce jour d'entraînement. Elle fut ramenée à l'infirmerie pour être soignée car elle estimait qu'elle n'avait pas été assez sur ses gardes et que donc, elle devait en subir les conséquences. Ses compagnons s'étaient inquiétés. Et cela renforça cette sensation en elle ne pas mériter son statut de saint d'or.

« Personne n'est parfait Mia, même un chevalier de notre ordre. » avait rassuré un Aiolia bienveillant.

Les plaies des blessures subies par Aldébaran se refermèrent aussitôt – mais pas complètement – alors qu'elle concentra un peu de son cosmo qui la soulagea. Une technique que beaucoup de chevaliers d'or possèdent. Un événement étrange se produisit alors. Mia sentit soudain une présence néfaste dans les environs. Elle fronça les sourcils et s'élança vers l'endroit d'où ce cosmo irradiait. Il n'essayait même pas de se cacher. Qui est-il ?

Elle accru sa vitesse et débarqua devant un pont gigantesque et dallé. Il semblait mener vers une forteresse en ruines lui rappelant sa visite de la citée d'Halicarnasse, ancienne colonie Phénicienne faisant partie des sept merveilles du monde. Elle s'empressa de la traverser, s'étonnant de ne trouver nulle résistance. Son périple la conduisit vers des marches interminables lui rappelant la montée du Sanctuaire à l'exception que tout était en calcaire gris coquillé et décoré de chaque côté de colonnes en marbre blanc de Paros. Il conduisait au Temple sacré, dernier rempart pour gagner cette guerre.

Arrivée sur la place centrale, des corps froids gisaient à terre, les armes à leurs pieds : boucliers, lances, épées. Elle trébucha sur un objet métallique. Baissant les yeux, elle reconnut immédiatement l'arme dorée parée de ses initiales. Des larmes lui montèrent aux yeux.

« Maître Aurora, tenez-bon .. »

Une ombre émergea de la fissure. Et une silhouette à l'allure féminine s'élança vers la portugaise. Mia se mit en garde, préparant son contrecoup. Mais, avec une agilité déconcertante, la silhouette évita le choc que la brune s'apprêtait à lui donner. Alors que son poing irradiait de cosmo, l'intruse prit son poignet, le tordit, et envoya son adversaire derrière elle, retournant contre elle la puissance de son assaut.

La femme retomba sur ses deux pieds, se redressa et dévoila son identité, cheveux au vent, ses yeux clairs percèrent Mia avec sévérité et désinvolture.

« Te voilà enfin .. » souffla cette dernière.

La majestueuse guerrière aux cheveux blonds au regard pénétrant observait la jeune femme chevalier lui faisait face, protégée par cette armure faite d'or. Son corps néanmoins semblait avoir souffert, preuves en étaient les nombreuses traces présentes un peu partout sur sa peau, tout autant que les gouttes d'hémoglobines chutant au sol. Elle lui semblait être sacrilège de voir cette armure légendaire portée et, tout au fond d'elle, elle ressentait du mépris pour cette fille qui siégeait tout en haut de la pyramide de l'armée d'Athéna.

D'un mouvement gracieux, Antiope s'approcha d'elle et la fixa avec arrogance. Elles se tenaient immobiles. La Sagittaire n'avait fait aucun geste agressif et pourtant son simple cosmo avait découragé les derniers guerriers qu'elle avait croisé de la prendre comme adversaire. Une bouffée de fierté et d'espoir enflait dans la poitrine de Mia, balayant pour lors une partie des doutes qu'elle avait pu nourrir auparavant. Sa posture de combat reflétait la fierté. Les mots ne voulaient plus rien dire, seuls les actes comptaient. Elle savait que le combat sera rude.

Antiope prit alors la parole : « Chevalier du Sagittaire je présume. C'est toi qui est destiné à m'abattre ? » ironisait-elle, « Mais dis-moi, as-tu suffisamment de volonté ?»

Mia prenait sur elle, son arc doré était fortement serré dans sa poigne droite lui démangeait. Elle sentait son cosmo annihilé davantage. Et elle ne devait rentrer dans ses provocations. Pour toute réponse, Antiope n'eut alors le droit qu'à un regard assassin.

« Où est mon maître ? »

Le ton de sa voix n'admettait aucune moquerie supplémentaire.

« Avec mes meilleur s gardes. »

« Rends-lui immédiatement sa liberté. » somma Mia, s'avançant vers Antiope d'un pas décidé, la pointe de sa flèche dirigée vers le cœur de son adversaire.

La guerrière faisait beaucoup d'efforts pour ne pas paraître décontenancée mais la soudaineté de la perte d'un membre de sa caste l'avait choqué d'avantage que de raison. Aurora était la femme qu'elle aimait le plus au monde avec Athéna. Une grande sœur.

« Et que ferais-tu ? Moi seule peut la libérer des chaînes éternelles. »

« Tu parles de ces chaînes éternelles ? Il suffit que je te tue pour les briser. »

« Si tu me tue, jamais elle ne pourra retrouver sa liberté. »

« Nous avons bien libéré les Guerriers Divins et mes confrères. » répondit Mia.

« Les chaînes éternelles n'emprisonnent que les combattants du Serpentaire, son pouvoir sur les hommes - ces guerriers divins et les chevaliers emprisonnés , est temporaire. J'ai fait cela pour gagner du temps. »

« Tu ne te bas avec honneur. »

« Et que veux-tu que je te réponde ? » répondit Antiope en dégainant son épée,« Viens me montrer ce que tu vaux ! Même ton maître a eu du mal à résister ! »

« Maître Aurora n'est pas au meilleur de sa force ! »

« Inutile de tergiverser, en garde chevalier ! Je vais bien trouver ta faiblesse à toi aussi !»

« Subit ma colère, Antiope ! » gronda Mia.

Mia rangea son arc puis se rua sur son ennemie. Elle lui décocha un coup de poing fulgurant au niveau de l'estomac qui fit reculer l'amazone. Antiope se contentait de reprendre son souffle, surprise par la rage de la Sagittaire et émit un petit sourire : ce combat sera de loin le plus jouissif. Très vite la Reine se reprit et envoya une onde de coups puissants sur Mia qui freina l'assaut avec son poing droit dans le foie de son adversaire. Comme soulevée de fureur, Antiope se précipita brutalement vers Mia. Percutée au visage par un rude coup de genou, elle ne put s'empêcher de cracher du sang en un rictus haineux. La Sagittaire usa de son cosmo pour se ruer sur son assaillante, poing en avant et le visage rongé par la colère. Elle atteignit l'abdomen. Antiope ferma les yeux et recula d'un mètre sous l'impact. Bien que son souffle fût coupé un instant, le blonde se reprit.

« Il en faut plus pour me terrasser, petite ! »

Épée en main, elle fonça sur le chevalier qui l'attendait de pied ferme et avait ramassé au passage un bouclier en argent, vestige de la garde royale défaite de son adversaire. D'une habile roulade sur le côté, Mia eut juste le temps d'éviter un puissant coup d'épée, récupérant ainsi l'arme de son maître retrouvée parmi les décombres. Mais la Sagittaire n'est pas aussi bonne bretteuse que son maître. Antiope est bien meilleure qu'elle. Avec une souplesse et une vivacité déconcertante, celle-ci arrive face à Mia. Une aura prodigieuse jaillit alors du corps de la Reine, suffisamment puissante pour brouiller la concentration du chevalier. Son poing droit se loge dans l'abdomen de la brune. Mia réplique d'un crochet du gauche en plein visage et envoie Antiope au tapis. Puis que l'épée n'est pas son point fort, elle se servira de ses autres facultés.

Elle s'avança vers elle et se posta au-dessus de celle qu'elle croyait déjà vaincue.

« Tu te bas bien Sagittaire .. » rétorqua Antiope en se redressant, « Tu es bien digne de ton maître. »

« Alors relèves-toi. »

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Les murs du Palais Royal venaient de trembler avec une intensité incroyable, mais les Généraux Marinas qui luttaient ne s'en étaient pas aperçus, trop préoccupés à contrer les coups incessants provenant de part et d'autre, empêchant les protecteurs de Poséidon d'attaquer correctement. Les adversaires étaient des géants magiques comme il en existait aux temps mythologiques contre les Titans. Ils protégeaient l'arrière du Palais et étaient si nombreux que les guerriers du Sanctuaire sous-marin ne savaient plus où donner la tête.

« Nos cosmo sont fortement annihilés! » averti Kaasa, « La Reine n'est pas loin. »

« Il faut agir. » continua Isaak.

« Moi aussi, je me sens comme un simple fantassin. » répliqua Baian en protégeant ses collègues de son mur invisible.

« Il nous assaille de partout ! » s'écria Io, « Il faut qu'on les attaque tous en même temps ! »

« Bonne idée ! », renchérit Isaak, « Quand tu veux ! »

Montrant qu'il avait tous compris le message, les hauts-gradés Marinas esquivèrent encore les coups de poing et les armes qui les assaillait, en réussissant à se mettre côte à côte, chacun protégeant les flancs de l'autre. Un soldat ennemi se figea soudainement : au milieu de la foule de ces combattants, il distingua la colère dissimulée d'un adversaire. Il pouvait distinguer au loin les traits de cet homme à la grande prestance : un visage qui exprimait la dureté, des grands yeux clairs où brûlait une détermination inébranlable, une chevelure châtain claire opulente qui virevoltait avec élégance, une armure dont les formes énigmatiques lui rappelaient la légende de ce monstre aquatique qui terrifiaient les marins. Ce grand homme porta son regard sur chaque soldat. Sans aucun doute, il s'agissait du chef Marina. L'officier ennemi ravala sa salive nerveusement. Chacun d'entre eux ressentait l'effrayante prestance de cet individu. Kanon, car il s'agit bien de lui est lassé de devoir se fatiguer contre ces géants emmenés par les mercenaires d'Antiope, et il décida d'intervenir le premier.

« Agenouillez-vous devant la gloire de l'Empereur Poséidon ! » affirma un chef de file des soldats du Royaume de Poséidon.

« Abandonnez, combattants d'Antiope ! » prévint l'ex chevalier, « Vous n'avez nul chance face aux Généraux Marinas. »

« On sait ce que nous attend si nous ployons le genou, votre Dieu est un être sournois ! »

Ces paroles firent bondir Sorrento, d'habitude si calme, et le Général de la Sirène approcha sa flûte magique à ses lèvres, prêt à punir les impétueux.

Une main s'agrippa à son bras, stoppant son geste et adressa à ses pairs : « Écartez-vous. »

Ses compagnons reculèrent de quelques mètres derrière le Gémeau, comprenant ses intentions. Le Grec intensifia son cosmo et crée une forme triangulaire et dorée de ses mains. Le chef ennemi ouvrit de grands yeux mais il était déjà trop tard lorsque le cadet de Saga lança son attaque : « Disparaissez ! Golden Triangle ! »

En un instant, les adversaires furent aspirés en plein cœur des Bermudes dans des hurlements d'effroi en tout genre. Plus aucune trace d'ennemis ne leur barraient le chemin à présent.

« Je vous ferai peut-être revenir après la bataille .. » ajouta Kanon en abaissant ses bras. Puis il se tourna vers ses compères, « Thétis m'a prévenu que la voie est libre sur le flanc ouest. Le chevalier du Sagittaire lutte en ce moment contre cette Reine. »

« Que fais-t' on de ces hommes ? » demande alors Krishna en considérant les derniers adversaires prostrés de peur à terre, « Ils semblent être de la garde rapprochée d'Antiope. »

« Constituons-les prisonniers. » L'ex chevalier fit un geste de la tête à l'attention d'un de ses subalternes,« Interroges ces hommes, ils savent forcément d'où Antiope puise cette puissance. Chacun de ses soldats est lié à elle. »

« A vos ordres, Seigneur Kanon. » lui dit le soldat en s'inclinant légèrement.

Cachée derrière une colonne du Palais Royal, une messagère n'avait rien perdu de la scène qui s'était déroulée sous ses yeux. Elle grinçait légèrement des dents, contrariée que les dernières divisions aient perdu la vie, par des hommes en plus. Les meilleurs étaient morts au combat, et seulement deux étaient encore vivants sous étroite surveillance. S'ils parlaient, Antiope leur fera payer au centuple.

« Les mâles sont faibles. Ils vont jurer allégeance à ce maudit Poséidon à présent.» grommela-t-elle en quittant à pas de loup les lieux afin d'avertir sa maîtresse.

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Le neuvième Saint d'Athéna s'envole dans les airs grâce aux ailes du Sagittaire, son cosmo débordant aux alentours sous la forme d'un centaure doré. Un cercle d'énergie se forma autour de la guerrière et de sa proie, les yeux du vénérable chevalier se remplirent de fureur. Elle concentre son énergie dans son poing tandis que des éclairs tonnent derrière elle, envoyant une multitude de boules d'énergie foudroyantes réunies en un seul rayon en direction de son ennemie.

« Par la Foudre Atomique ! »

L'attaque de Mia d'une puissance et d'une rapidité inouïe aurait réduit en miettes n'importe quel guerrier, mais la nature divine d'Antiope lui permit de voir la technique du chevalier d'or et de se protéger à l'aide d'un champ de protection.

« Ton attaque est impressionnante », avoua la demi-Déesse Amazone.

Le regard d'Antiope se couvrit soudain d'ombre, alors même qu'une sphère cosmique enferma le chevalier qui ne pût se libérer malgré les multiples arcanes que celui-ci lançait sur cette barrière divine. Mia ne vit pas clairement la course fulgurante de son adversaire sauvage l'assaillir et la prendre de cours pour la seconde fois en très peu de temps.

« Qu'est-ce qu-.. »

C'est alors que Antiope fonça sur la Sagittaire, rapide comme l'éclair, les ongles sortis, prêt à meurtrir sa chair. L'Amazone se jeta sur sa proie qui réussit in extremis à esquiver le coup en basculant en arrière, tout en exécutant un puissant coup de pied dans le torse de la blonde qui fût projetée dans les airs. La descendante divine eût néanmoins l'agilité suffisante pour se redresser dans les airs et retomber sur son adversaire en effectuant un coup de pied sauté, lui aussi esquivé par la chevalier qui recula de deux ou trois mètres en un seul bond. Malheureusement pour elle, Antiope n'était pas d'humeur à se laisser battre. Sitôt qu'elle eût d'esquiver une seconde slave de la Foudre Atomique, Antiope l'attrapa par les jambes et la projeta contre une colonne, la faisant s'exploser contre la pierre.

Mia réalisa alors l'ampleur du problème. Et pourquoi son maître avait été vaincue.

« De toute évidence, le collier contenant le sang divin d'Athéna ne protège que nos cœurs. » songea la Sagittaire en se relevant.

Antiope croisa ses bras et considéra Mia d'un air dédaigneux.

« Résistante petite. » songea l'intendante, « Les chevaliers d'or sont tenaces. Votre réputation n'est pas usurpée. » Cette simple pensée l'emplit de fureur et elle se rassura comme elle pouvait, « Grâce à Père et cette ceinture, je vais dominer tout le monde ! »

Lorsque son adversaire fut debout, Antiope remarqua qu'elle avait du mal à respirer et qu'elle saignait abondamment en de multiples endroits.

Alors la Reine s'élança à nouveau sur son assaillante en un éclair. Elle n'avait jamais atteint une telle vitesse auparavant. La blonde concentra ses poings près de sa poitrine, l'énergie qu'elle avait généré se concentrèrent alors, formant une orbe écarlate que la guerrière relâcha sur Mia qui retient des paumes de ses mains l'arcane fulgurante. Plus puissante que jamais, la technique inconnue propulsa la neuvième dans les airs et grâce à ses ailes elle put éviter de s'écraser sur le sol.

Antiope en profita pour saisir à nouveau son épée et menacer Mia.

« Disparais, Sagittaire ! »

Elle n'avait plus ce même visage, la haine se lisait dans ses yeux, tel un animal sauvage et ne laissa aucun répit au Saint d'Or. L'instant d'après, elle était déjà devant la jeune-fille qui la désarma. Antiope folle de rage lui décocha un uppercut si violent que le Saint Ailé s'envola pour aller s'encastrer dans les débris rocailleux sous la pression terrible de l'attaque. Heureusement que son armure l'avait protégée.

La Sagittaire resta sonnée quelques secondes au milieu des roches. Lorsqu'elle revint à elle, le goût du sang dominait sa bouche. La successeur d'Aiolos se redressa, titubant, tout en essuyant son menton couvert de rouge.

« Tu uses des pouvoirs que te profère cette ceinture pour m'asséner un coup à la vitesse de la lumière. Les Amazones n'avaient pas ce don à l'origine ! »

« C'est exact. » ironisa Antiope.

« Je n'ai pas mon dernier mot .. Usurpatrice ! » répliqua Mia.

« Petite insolente. » rétorqua Antiope vexée.

Jouant de vitesse, le Sagittaire fut rassurée lorsqu'elle vit la vélocité des coups. Parant simultanément les poings destructeurs, elle sourit intérieurement, fière de sa prouesse. Antiope relâcha sa garde, prête à se relancer un assaut. Mia n'attendait que cela pour mettre en pratique son imparable stratégie. Au moment exact où la guerrière gagna les cieux d'un bond prodigieux, elle lança à nouveau une salve destructrice vers le sol, à mi-chemin entre elle et son adversaire. Ses météores ricochèrent au sol, creusant une profonde rigole dans la terre meuble avant de fondre sur Antiope. Lorsque la Reine se rendit compte de sa méprise, il était déjà trop tard : elle chuta lourdement au sol, le corps rudement secoué.

Elle se releva promptement, luttant contre la douleur car déjà Mia l'agressait au corps à corps aussi agilement qu'elle était capable de le faire. L'entremêlement de coups, de feintes, de parades et de contres était tel que le combat des deux jeunes femmes semblait unies en une danse harmonieuse. Le chevalier frappa tellement fort qu'elle perdit son équilibre, ce qui permit à la Reine de balayer les jambes de son adversaire d'un coup de pied bien ajusté le mettant ainsi à terre. Mia était maintenant à la merci de son assaillante, envoyant par intermittence des coups sanglants. Antiope se posta derrière elle et posa sa main droite sur la cape qui couvrait ses épaules, puis la détacha juste avant que Mia ne fût sur elle. Prise au dépourvu, le chevalier d'or n'eut pas le temps de préparer une réplique et ne put éviter la riposte d'Antiope qui concentra sa force à la hauteur de sa taille et la libéra au niveau du ventre de son adversaire, l'envoyant se fracasser dans un mur.

Leur duel risquait à nouveau de s'éterniser, les deux combattantes s'immobilisèrent. Elles étaient essoufflées et leur poitrine se gonflait sur le rythme soutenu de leur respiration. Elles se firent face, décidées à jouer le tout pour le tout dans un nouvel assaut qui déciderait de l'issue de cette joute.

« Abandonnes-tu ? »

Mia était épuisée. Elle devait attendre le bon moment, l'instant où elle saurait jouer de son point fort : la surprise. Elle respira profondément pour dissimuler ses sentiments et afficher un visage neutre. Cette bataille est la sienne.

« Un Chevalier d'Athéna ne renonce jamais, tu devrais le savoir. »

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Les guerriers du sombre Monarque venaient de dépasser la ville après une nuit à patrouiller. Dire qu'ils n'étaient pas passés inaperçu est un euphémisme. Ces hommes étranges en armures sombres n'avaient pas de temps à perdre avec les convenances. Quelques soldats aguerris l'ont compris à leur dépens en voulant les empêcher d'avancer. Ils suivaient les cosmo de leurs guerrières qui avaient affolées les foules quelques temps plus tôt.

Myu du Papillon était chargé de temporiser tout ce monde, et s'adressa aux habitants de la façon la plus neutre possible. Il remercia ensuite leurs guides qui leurs indiquèrent le chemin le plus simple pour atteindre la place Royale. Les Spectres se faufilèrent ainsi à travers les ruelles étroites de la ville, évitant tout contact avec la foule et les diverses patrouilles qui grouillaient à travers la cité afin de ne pas créer un autre mouvement de panique.

Les Spectres débarquèrent sans encombre sur la demeure immense et ancestrale, entièrement faite de marbre et soutenue à l'entrée par de multiples colonnes de pierre sur lesquelles étaient sculptés sur une centaine de mètres les mères fondatrices de la Cité. Le soleil venait tout juste de se lever sur l'horizon et l'ombre leur assurait un camouflage provisoire. On pouvait deviner le combat qui s'était déroulé en ces lieux - un affrontement d'une violence inouïe. Dans un périmètre circulaire, tout avait été détruit. Seul la statue du Dieu de la Fureur Guerrière gisait au milieu du monument.

Les Spectres gravirent silencieusement le chemin sacré. Des traces de cosmo subsistaient. Grâce au bracelet que leur a fourni Hadès, c'était les seuls à ne pas être touchés par les effets de la ceinture d'Hippolyte, et accessoirement par les pouvoirs grandissants d'Antiope. Rhadamanthe fût le premier à mettre pied au Temple suivi de près par ses frères et les autres guerriers des Ténèbres. Des heures qu'ils tournaient en rond. Antiope avait usé de stratégie divine pour les désorienter.

Mais il en faut plus pour tromper les sujets d'Hadès.

« On dirait qu'une bataille a fait rage ici. » constata le Spectre de la Mandragore en passant son doigt sur le marbre noirci, « Ces marques de brûlures. Elles sont constituées d'or. »

« Un chevalier d'or est bien passé par ici. » continua Valentine, « Mes Seigneurs, voulez-vous que nous inspections les lieux ? Cette Reine a pu nous tendre un autre de ses pièges. » termina la Harpie à l'attention de ses supérieurs.

« Si elle avait voulu ruser davantage, elle nous aurait surpris sur le pont que nous avons emprunté tantôt. » répondit la Wyvern à son subalterne sans le regarder.

« Et nous aurions certainement été mis en difficulté étant donné la profondeur de la vallée. » poursuivit Minos en examinant l'endroit, « Aucun autre chemin ne mène au Palais. »

« Les ailes de nos Surplis nous auraient épargnés cette randonnée éprouvante. » souffla alors Byaku le Nécromancien.

« Nous aurions été ralentis par ce cosmo. » explique Eaque,« Cette femme cherche à gagner du temps afin de détenir les pleins pouvoirs. » Il se tourna vers son vis-à-vis, « Il ne s'agit pas du cosmo du Sagittaire. Ce sont des marques de flammes plus puissantes. »

« Le Serpentaire .. » songea Sylphide, « Comment l'avez-vous reconnu, Seigneur Eaque ? »

« Le SeigneurEaque reconnaît parfaitementle Treizième Saint d'or. » répondit narquoisement Minos sous le regard noir du Garuda.

« Que préconisez-vous, Maîtres ? » continua Fyodor à l'attention des Juges, « Prêter main forte au Saint du Sagittaire ? »

Rhadamanthe répondit : « Notre mission est d'asservir le domaine et sceller cette ceinture. Et nous sommes les seuls à pouvoirs libérer le Serpentaire de ses chaines.»

« Mais avant Antiope doit être vaincue. » prévient le Griffon, « Nous ne pourrons enfermer l'âme de la Reine sans l'intervention du Sagittaire. Il semblerait qu'elle soit la plus apte à l'affaiblir. »

« Pourquoi un Saint d'Athéna ? » demanda la Mandragore intrigué.

« Les chevaliers ont beau être nos antipodes depuis les Temps Anciens, ils restent les protecteurs de la Terre quelque soit l'endroit qui les oppose à des hostilités. » répondit l'Anglais.

Eaque ajouta :« Les Généraux de Poséidon protège les Océans et les mers, les Asgardiens l'hémisphère Nord et nous Spectres devons assurer l'équilibre entre le monde des vivants et des morts. » explique le Népalais, « Si un malfaisant devait user de pouvoir pour contrôler les âmes ou tout autre esprit noir, nous devons agir. Seul sa Majesté jouit de cet aspect. Et dans ce cas de figure, cette Reine tente de faire revenir des bribes de l'âme bannie d'Arès, ainsi que cet objet contentieux qu'elle porte.»

Sylphide fronça les sourcils :« Nous ignorons toujours comment elle s'en est prise pour posséder la ceinture, Seigneur Eaque. »

« Un mortel. Un puissant prêtre ou une prêtresse de magie noire déchue par les Dieux, comme il en existe depuis la Guerre Olympienne. » ajouta Eaque.

"Ils ont certainement dû invoqué l'esprit banni d'Arès pour aider Antiope." conclu Minos.

« Nous devons les retrouver. Avant que tous les renégats de cette Terre ne s'insurgent contre sa Majesté. » poursuivit Byaku.

« Mais qu'est-ce que cela apporterai à cet humain, à part la disgrâce ? » demande Valentine, sceptique.

« Les mortels sont fourbes lorsqu'ils complotent pour le pouvoir. Nous savons que leurs prières animent les Dieux même ceux-ci enfermés au plus profond du Tartare.» ajouta le Basilic.

« C'est exact et je vous ordonne d'aller retrouver ces séditieux ainsi que leurs disciples. » s'exprima Rhadamanthe,« Vous les retrouverez terrés dans la région afin d'échapper à nos interventions. »

« Ils sont probablement protégés par des objets auquel on attribue des vertus magiques, renforçant les pouvoirs d'Antiope et donc, affectant nos Surplis. Comme il en existe sur les Terres sacrées. » prévient Minos.

« Intervenez en surprenant l'ennemi. » avertit Eaque, « Vos cosmos pourraient alerter ces talismans. Efficaces certes, mais sur un temps»

« Les prières qu'ils prodiguent alerteront cette Reine qui s'entretient toujours plus de ces adorations sordides. » termina la Wyvern.

« Nous partons immédiatement. » firent les sbires des Juges.

« Ne les exterminez pas. » prévint le Griffon, « Sa Majesté a convenu avec Athéna de laisser en vie ces fanatiques. »

Après s'être inclinés, la Mandragore et le Basilic s'envolèrent inspecter les environs afin de retrouver les magiciens redoutés. Rhadamanthe souffla d'impatience en regardant l'horizon marin et paraissait soucieux.

« Que t'arrive-t-il Rhadamanthe ? » lui glisse Minos de son sarcasme légendaire : « Je conçois que l'action manque depuis quelques heures, mais vois le bon côté des choses, nous aurons tant d'âmes à juger et tant d'esclaves pour nos hommes ! »

« Cette combattante d'Athéna aurait dû achever cette Reine depuis longtemps. »

« Tu penses que nous sous estimons cette femme ? » demande Eaque.

« Une intuition. Vous avez vu la volonté de ces Amazones. Elles sont déterminées. J'imagine que leur foi en leur peuple les ont aidé. » affirma l'Anglais,« Antiope est une menace plus importante que nous l'avons prévu. Le réceptacle d'Arès vaincue par le Serpentaire a sans doute éveillé sa fureur. »

« Il est évident qu'elle souhaite honorer ce Dieu et s'emparer du pouvoir .. » continua le Népalais,« Où veux-tu en venir ? »

« Seul un cœur pur peut atteindre la Reine. Alors pourquoi ce combat a-il encore lieu ? »

Minos :« Tu penses que le Sagittaire n'a pas cette disposition .. ? » Il réfléchit un instant et reprit narquois : « L'influence de son maître sans doute. Les femmes chevaliers ne gardent plus leur innocence depuis que la Treizième commande l'armée d'Athéna. » termine avec moquerie le Norvégien.

« Ce chevalier d'or ne se savait certainement devenir l'élue. » continua Rhadamanthe sans relever les réflexions acerbes de son aîné.

« Suivons ce combat de loin. Nous agirons en temps voulu. » termina le Garuda en s'avançant,« Sphinx, pars en éclaireur. Transmet tout ce qu'il faut savoir une fois sur place. » ordonna-il en s'adressant de dos à Pharaoh.

« Oui ,Seigneur. » affirma l'Egyptien qui s'inclina.

« Byaku, fais-en de même. Les Seigneurs Rhadamanthe, Eaque et moi-même allons rejoindre les alliances au centre de crise temporaire. »

« A vos ordres, Maître Minos. » répondit ce dernier, un genou à terre.

Les Juges aînés regardent leur cadet du Garuda se diriger vers le Palais. Ils ne le sentaient pas suffisamment serein pour qu'Eaque ne parvienne à le cacher.

« Notre cher frère a beau montrer la plus digne des impassibilité, son cœur est en proie à des doutes. » commente le Griffon en regardant le Garuda s'éloigner.

« Cette Reine pourrait le sentir. Ce Serpentaire l'a affaibli.» grogna la Wyvern.

« Nous sommes d'accord. »

Surgit alors de l'ombre un cosmo qui leur ai familier.

Minos s'exclama :« Je me demandais quand est-ce que tu allais te montrer. » sans se retourner vers l'impressionnant guerrier aux flammes noires.

« Je n'ai pas de comptes à vous rendre. » répondit avec agressivité l'inconnu.

Rhadamanthe ajouta : « Alors pourquoi nous suis-tu depuis la porte des Enfers, Kagaho ? »

« Sa Majesté veut s'assurer que Messire Eaque ne sera pas touché par les perversions de cette Reine. »

« C'est sûr que cela ne risque pas de t'arriver. » railla le Norvégien.

« Cessez vos sarcasmes, Messire Minos. » répondit Kagaho la mine austère,« Aucun de vous trois ne doit être atténué par la puissance de cette Amazone. Sa Majesté ne peut concevoir la tenue des Enfers sans votre pleine puissance. Chacun est lié à l'autre.»

« Soit. » concéda l'Anglais en se tournant vers le Bénou, « Admets que prendre la place de l'un de nous t'a traversé l'esprit. Après tout, tu as défait Eaque lors de l'avant dernière guerre Sainte. »

« Le Surplis du Garuda ne peut être porté que par un successeur de la lignée de l'Etoile Céleste de la Supériorité. Je n'ai pas cette disposition. » répliqua sèchement le Bénou. « Et je ne suis guère issu des contrées du Népal.»

« Mais tu as autant de pouvoirs qu'un Juge. » ajouta Minos le visage sérieux,« Sans posséder le Surplis d'Eaque, ne prétends-tu pas à une place dans la lumière après tous ces siècles de servitudes en retrait ? »

« Je ne sers que sa Majesté. Mon devoir et unique joie. »

Rhadamanthe ironisa à son tour :« Tu es fort bourru Bénou. Mais un jour, nous verrons ton talon d'Achille. ».

« Messire Eaque a été perverti par cette femme chevalier. Vous savez de quoi il en retourne si elle l'atteint.» continua Kagaho.

« Tu veux préserver Eaque de cette Reine ? » ricana Minos, « Il te le fera payer. »

« Je ne doute pas de la puissance et du bien-fondé du Juge Eaque, cependant même les Spectres peuvent être aliénés par les émotions humaines.» affirma-il en invoquant son cosmo, puis il s'élança vers les cieux tel un oiseau de feu sans attendre de réponse des Juges.

« Fréquenter des êtres sur Terre n'est pas profitable. Rhadamanthe, fais-toi aussi une raison. » continua le Griffon à l'attention de son cadet.

L'Anglais adressa une mine piquée au premier Juge.

« Minos, cesses tes allusions. » pesta-t-il.

« Tu vas en surface voir cette femme. »

« Je te signale que tu fais de même. »

« Sa Majesté souhaite que nous comprenions les âmes humaines.» se justifia l'ancien Roi de Crête.

« Comme cela nous sommes deux. »

« Ne te parjures pas, cette Luisaa réussi à te toucher. »

« Nous entretenons des relations brèves. »

« De plus en plus fréquentes. »

Rhadamanthe serra les dents: « Vas-tu me parler de cette mortelle toute la journée, Roi de Crête ? Nous avons mieux à faire. »

« Je ne m'avoue pas vaincu. » termina le blond,« Allons retrouver chevaliers et Marinas. »

###

Un homme en armure dorée et aux longs cheveux châtains foncés monte les dernières marches du chemin secret menant au Palais, sous le regard de ces compagnons quelques mètres à l'arrière. Il sait que sa sœur d'arme se bat, il a senti les puissants cosmos s'abattent aux alentours du Palais Sacré. Tout comme ses collègues, il croit au chevalier du Sagittaire, la plus jeune d'entre eux, la plus inexpérimentée et la plus innocente. Il ne peut néanmoins s'empêcher d'être inquiet : Mia aime un homme, son voisin du dixième temple. Tout l'ordre des Saint d'or le savent. Même si rien n'a été officialisé, il n'est pas difficile de le deviner. Et si Antiope le ressent, cela pourra changer le cours de la guerre.

Il ferma les yeux un instant. Il songea à une autre sœur d'arme.

« Aurora .. »

Depuis plusieurs jours il ne parvient pas à détecter son cosmo. Il souhaite devenir cet homme assumant ses sentiments, comme semble le faire Shura pour Mia. Pourquoi le sort s'acharne sur leur relation ambiguë ?

Le souffle du vent passa léger comme une brise, relevant quelques mèches de cheveux collées au diadème du Scorpion : il fit le vide dans son esprit. Puis enfin il arrive au bout. De ses yeux il balaie rapidement l'endroit.

Quatre hommes pourvus d'armures en rien comparables à la sienne, visiblement des soldats haut gradés d'Antiope et bien entraînés foncent droit sur lui. Il concentre son cosmo dans son ongle pourpre, envoyant le premier des assaillants à quelques mètres de là d'où il vient. Alors que le deuxième est à deux pas de lui, il décide de sauter vers l'avant, prenant appui au sol sur ses mains, se donnant de l'impulsion et pulvérisant de son pied gauche le deuxième agresseur, d'un bon coup bien placé dans le menton.

Le dernier soldat avait les jambes qui tremblaient et se retenait à sa lance. Milo ne bougea pas et attendait qu'il prenne sa décision. Constatant la défaite de ses camarades, l'homme jeta son arme devant lui ainsi que son bouclier à terre puis tomba à genou, attendant sa sentence.

« Faites ce que vous avez à faire, Saint d'Athéna. »

Milo ne répondit pas, fixant le soldat de ses yeux clairs perçants.

« C'était lui que nous cherchions. » intervient Aphrodite qui le rejoignit à ses côtés.

« Es-tu le lieutenant de la Reine Antiope ? »

L'homme leva la tête et hocha la tête.

"Nous sommes étonnés qu'un homme dirige les opérations mercenaires de l'armée de cette femme .." ajouta le Poisson.

"En effet .." répondit l'officier, "Je demeure l'un des rares privilégiés masculins à servir sa Majesté."

Le douzième et le huitième gardien échangèrent un regard. Il n'y avait rien de plus à ajouter. Ce soldat fait partit du cercle de confiance d'Antiope et des "mâles géniteurs" choisi par la Reine pour assouvir ses fantasmes et assurer la descendance du Royaume. Le pauvre bougre devait être à son service depuis des lunes, et semblait presque soulagé d'être constitué prisonnier par ses ennemis.

"Relèves-toi soldat." ordonna un autre chevalier.

Ce dernier vit un autre groupe de gardiens du Sanctuaire s'avancer. Celui qui s'était exprimé devait être le leader, un casque en forme rectangulaire représentant un visage de chaque côté ornait sa tête. L'air autoritaire et sage, il était imposant et d'une éloquence sans nom.

« Nous ne sommes pas tortionnaires. » ajouta un autre arrivant à l'arrière.

Le chevalier ne portait pas le même genre de protection que les autres, couvrant moins son corps sur la poitrine et les hanches. Son diadème possédait deux ailettes. Celui-ci était porteur d'une armure argentée brillant sous le soleil. Il exhiba son visage oblong, affichant un air arrogant et ses yeux semblaient traverser jusqu'à l'âme.

« Nous Saints d'Athéna, avons pour mission de libérer nos compagnons. » continua le jeune-homme aux pouvoirs mentaux, « Dis-nous ce que vous devons savoir. Il est inutile de mentir, je lirai en ton esprit. » prévint le Saint de la Meute, Asterion.

« Antiope me tuerait. »

« Parle. » ordonna le Cancer venant de la gauche du soldat, « Sinon c'est le Mekkai qui t'attend. »

« Masque de Mort .. » prévint Camus, « Il a jeté les armes. Laisse Asterion se charger de lui. »

« C'est le seul qui ait mis son orgueil de côté. Tous les autres se sont donnés la mort en nous voyant arriver. » continua Aiolia.

« Cet homme connaît forcément les plans de son intendante. » termine le Français, "Il a la confiance d'Antiope".

« Mouais .. Tu es trop tendre Verseau. »

Angelo n'aimait guère le chevalier de la glace et de l'eau qui s'était fait peu d'amis au Sanctuaire, si on ne compte pas Milo et Shura. En effet, son attitude hautaine ne récoltait guère de suffrage. Il forçait le respect seulement par sa discrétion et ses pouvoirs. Le Français ne tint compte de la remarque du quatrième gardien et fit signe au Saint d'Argent de s'approcher du guerrier. Le Danois hocha la tête. Puis il ferma les yeux et se concentra. Il entama une lecture approfondie du cerveau de son adversaire.

Il découvrit des choses qu'il n'aurait jamais imaginé sur les Amazones, leur pouvoir de combat, leurs intentions pour anéantir chevaliers, Marinas et Asgardiens. Il appris la façon dont Antiope s'appropria la ceinture d'Hippolyte et la manière dont elle la contrôle. Il fut également informé du destin terrible qui attend ses compagnons Shura, Babel, Misty et le Serpentaire si Antiope gagnait la guerre.

Il soupira et ouvrit les yeux, tenant de dissimuler son anxiété.

« Alors ? » demande impatiemment Angelo.

« Nous devons absolument retrouver nos camarades ... »

« Tu ne nous dis pas tout. » continua le Scorpion.

Il se concentra à nouveau et transmis par télépathie tout ce qu'il faut savoir à ses frères d'arme dorés, sous les yeux du soldat dépité, baissant la tête.

« Aurora est aussi en grand danger. » conclu Saga.

« On ne peut la libérer ! Nous n'en avons pas les moyens techniques et physiques ! » s'énerva le Lion d'or en frappant un mur derrière lui, « Qu'allons-nous faire ? »

« J'ai peut-être une idée. » clame alors le premier Gémeau.

Aphrodite fronça les sourcils :« Nous sommes vulnérables face à cette femme. Que proposes-tu, Saga ? »

« Il y a un moyen de libérer notre sœur d'arme des maléfices d'Antiope sans nous mettre en difficulté. » continua le Verseau qui comprit l'allusion, « Allons les approcher maintenant que nous avons tout sous contrôle. »

"Les approcher ?" haussa un sourcil d'incompréhension Aiolia.

Angelo devina à son tour les pensées de Saga et ouvrit les yeux de stupeur.

« Vous n'êtes pas un peu aliéné ? »

« On a pas le choix. » continua le Gémeau, « Ils sont les seuls à être préservés des Amazones. »

« C'est cela où la fin de la Treizième. » poursuivit Camus.

« Je n'aurai jamais songé demander de l'aide à ces hommes ! » grogna le Cancer.

Masque de Mort serra les poings. Milo et Aiolia s'entre-gardèrent, craignant de ne pas saisir toute la situation.

« Nous allons demander aux Spectres d'agir en notre nom .. » justifia Saga au Lion et au Scorpion, incrédules.

Ces derniers ne purent s'empêcher d'exprimer un rictus de répugnance.

« Mais .. pour quelle raison ? » demande le huitième chevalier, effaré.

« Tu le sais, Milo. »

Le brun se retourna et rencontra le regard froid de son ami Verseau. Il grinça des dents.

"Votre compagnon a raison." s'exprima l'officier prisonnier, "Les guerriers des Ténèbres sont insensibles à la ceinture sacrée d'Hippolyte et aux sentiments enfouis au plus profond d'un cœur mâle, que peut lire ma Reine." explique t'il."Pour sauver votre Commandante, il faudra que l'un d'eux la libère à condition d'être étroitement lié à elle."

Les chevaliers restent stoïque à cette annonce cependant le dégoût planait dans la plupart des esprits, en particulier celui du Scorpion, méprisant au plus haut point cette situation.

« Je vais entrer en contact avec Rhadamanthe. » prévint Saga à l'attention de ses frères d'arme, « Asterion, occupes-toi d'avertir mon frère Kanon. Partez devant, je dois annoncer cela au Seigneur Shion. »

Milo :« Mais .. »

« C'est entendu Saga. » coupa net Camus, sentant le Scorpion froissé par les dernières allégations.

Joignant le geste à la parole, les chevaliers rebroussèrent chemin et prirent la direction du centre du Palais, là où le cosmo des guerriers d'Hadès furent ressentis récemment.

###

« Quelle ironie .. »

Angelo du Cancer ne parvenait pas à camoufler son sarcasme. C'était plus fort que lui.

« Ça me rappelle la Guerre Sainte ! Quand nous étions vulnérables comme des enfants autour du château d'Hadès ! »

Le groupe de Spectres se tenait devant eux, toujours aussi inébranlables malgré les réflexions acerbes du Cancer. Ils avaient écouté avec attention les explications du chevalier du Verseau, le plus apte à dialoguer dans ces conditions.

« Comment voulez-vous que l'on procède ? » demande sévèrement la Wyvern sans relever la remarque du Cancer.

« On n'a pas la moindre idée. Cette Antiope est imprévisible. » répondit Aphrodite.

« Devoir s'allier pour contrer les plans de cette femme est déjà une tâche bien ingrate pour nous, Spectres, mais aller secourir votre chère commandante nous enchante encore moins. »

Comme toujours le Griffon ne cachait pas ses réticences en ce qui concerne le chevalier du Serpentaire.

« Minos... » prévint son frère cadet, « Si je suis votre raisonnement, le Serpentaire court droit à un danger certain sauf si nous lui portons secours ? » demande-t-il aux chevaliers.

Aiolia acquiesça durement : « C'est exact. »

« Vous êtes immunisés contre les pouvoirs de cette ceinture. Si nous avions une autre solution, croyez bien que vous seriez les derniers vers lesquels nous nous tournerions. »

« Hum .. Très ironique en effet chevalier du Cancer. » continua Minos.

« Puisqu'il le faut… » souffla la Wyvern, faisant signe à ses hommes de se préparer, « Trouver le Serpentaire. Et évitez cette Reine autant que possible. Même si je doute qu'elle soit d'humeur à nous abattre. »

« Elle combat en ce moment même notre Sagittaire." ajouta Angelo, "Mais nous supposons qu'elle a établi un champ de force autour d'Aurora veillé par des gardes d'un haut niveau ! »

Valentine de la Harpie ne cache pas scepticisme : « Mais d'où lui provient ce pouvoir ? »

« Tu n'as pas toujours pas saisi que cette fichue ceinture lui apporte ce qu'elle veut ? » répliqua le Cancer.

« Et elle vole les pouvoirs .. Mais aucun des prisonniers qu'elle a fait mettre au cachot n'a ce don. » répondit le Chypriote, « Si je ne m'abuse, les Asgardiens et vos compagnons ne possède pas un tel don. »

« Ah oui et notre chère Serpent doré ça compte pour du beurre, peut-être ? » pesta Angelo avec agacement.

« Masque de Mort, calmes-toi. » temporisa son ami Aphrodite.

Minos était dubitatif : « Elle a réussi à s'approprier les techniques du Serpentaire ? Je croyais que nul ne peut l'imiter, excepté ses pairs de la même constellation »

« Une partie, du moins. Ses pouvoirs de guérisons et d'illusions. » lui dit Saga.

« Ainsi que ça .. » grogna Angelo, jetant un œil aux buissons avoisinants.

En effet, des centaine de rampants de toute espèces confondues émergèrent soudainement de leur cachette et faisaient route vers les guerriers en sifflant dangereusement. Les Spectres haussent les sourcils à leur tour.

« Ces tours de passe-passe ne nous atteindrons pas. » assura le Juge Minos en déployant des fils invisibles, immobilisant les serpents. Tout en contrôlant les indésirables, il s'adressa au suivant de la Wyvern : « Basilic, tu représentes une créature empoisonnée. Les guerriers détenant un arsenic ont la capacité de reconnaître leurs pairs. Une sorte de lien entre eux. Tu ressens donc les pouvoirs de toute créatures nocives en ce monde : animal ou humain. »

« En effet Seigneur Minos, mon totem peut m'associer temporairement à chaque être venimeux, quelque soit leur forme. »

« Et donc tu ressens celui de notre sœur d'arme ? » lui demande Milo étonné.

« Oui. Tout comme elle peut sentir le mien, ou celui des autres humains possédant cette faculté. Le pouvoir que s'approprie Antiope est faible, je n'aurai aucun mal à contenir ces rampants. »

« Alors fais ton devoir et rejoins-nous après. » ordonna Rhadamanthe.

Le Belge hocha la tête et se dirigea vers les facéties de la Reine.

« Attendez. » s'exprima alors Camus, « Vous ne pouvez-vous y rendre tous en même temps. Il y a une autre condition. »

Rhadamanthe :« De quoi parles-tu, Saint du Verseau ? N'as-tu pas émis le souhait que nous portons assistance à votre camarade ? »

« Je n'ai pas dit que plusieurs devaient s'y rendre. »

« Tu nous l'as pas précisé. » répliqua l'Anglais.

« Je le fais à l'instant. » répondit calmement Camus, « Vous devrez intervenir après. »

Minos : « Après quoi ? »

Silence des chevaliers.

Finalement, après de longues secondes d'hésitation, Aphrodite pris la parole à son tour et répondit : « Un seul d'entre vous doit affaiblir cette Reine. »

« Comment ? » continua le Griffon, « Que devons-nous comprendre ? »

« Un unique spectre peut affecter Antiope pour libérer Aurora des chaînes. » continua Camus en fermant les yeux.

Aphrodite termina avec un noble : « Celui qui connaît le mieux le cœur du chevalier du Serpentaire. »

Le chevalier du Poisson avait dit cela en regardant le troisième Juge, parfaitement immobile.

Toutes les têtes se tournent alors vers le Garuda. Après la guerre contre Arès, il avait été convié afin de protéger la Treizième lors de sa convalescence. Tout le monde s'en souvient. Leur destin est donc tellement lié ?

Eaque affichait quant à lui un air mono-expressif, le regard rivé droit devant : « Qu'il en soit ainsi. » se contente de répondre le Népalais en leur tournant le dos.

L'atmosphère se chargea soudain d'électricité. Les autres spectres étaient effarés intérieurement. Minos et Rhadamanthe se concertent du regard, pas question que leur frère se mette en danger pour cette femme chevalier.

« Si Eaque fait face à cette Reine, elle se nourrira de ses sentiments. »

Le Garuda soupira. Il déteste que l'on parle de ça, du Serpentaire, de leur lien puissant.

Aphrodite expliqua alors :« Justement, on a cru que c'était un leurre mais en réalité, la clé de tout cela est .. un amour authentique. » avança prudemment le Poisson.

« Antiope hait les sentiments. Plus elle ressentira ce genre de choses et plus sa colère grandira. » continua le Lion.

« Et moins elle contrôlera ses pouvoirs. La ceinture et tout son être sera submergé par la puissance des émotions humaines pures. »

« Des émotions sincères et désintéressées. » ajouta Angelo en regardant le Garuda, « Quelque soit son adversaire. »

« Elle pense se servir du cœur des humains pour gagner mais elle se fourvoie. »

« Nous l'avons compris tardivement. » termina Camus.

Fyodor : « Mais alors pourquoi craignez-vous de l'approcher ? »

Camus explique : « Elle voue une haine envers les Saint d'Athéna et les Asgardiens. Elle se sert du cœur des hommes pour trouver les failles. Vous Spectres êtes bien moins affectés car vous évoluez dans un autre monde. »

« Et nous n'avons nul bracelet ou collier pour nous protéger de ces maléfices.» termine Aphrodite.

Valentine :« Certes. »

« Et la Sagittaire alors ? »

« Mia a compris depuis longtemps que la clé de la réussite c'est l'amour de la justice et des hommes. Et ... elle a un autre lien profond particulier.» sans rentrer dans les détails, pensant au Capricorne.

« Dans ce cas .. » fit Rhadamanthe, « Eaque on te laisse ce devoir. »

Le Garuda lui envoya un œil noir.

« Basilic quand tu auras fini avec ces rampants, tu rejoins la Mandragore dans les montagnes. » ordonna-il en désignant l'endroit, «Nous avons ressenti des forces malveillantes dissimulées là-bas. Probablement les derniers récalcitrants qui prient pour leur Reine.»

« Oui Seigneur. » répondirent en cœur les deux hommes.

« Quant à nous, allons assister les Saints dans leur tâche. » termina le Griffon d'un air gausseur.

###

Deux hommes sombres apparurent en face d'un groupe de prêtres locaux. Ces derniers avaient une vingtaine d'années, grands et dégagent une aura inquiétante. Le premier était blond foncé et l'autre brun. Le Basilic et la Mandragore, suivants de Rhadamanthe et Eaque avaient retrouvés les facétieux sorciers cachés dans les grottes.

Une fois maîtrisés, les religieux avouèrent « leurs crimes » aux Spectres, saisis par la peur et la force des deux hommes.

« Messieurs, ne nous tuez pas. » supplia le leader en se cachant la tête.

« Pas encore en tout cas. » répondit la Mandragore, « Nos maîtres nous laisseront le choix de vos peines en Enfer. »

Le groupe se raidit. Sylphide bras croisés, tentait de lire dans leur esprits, comme n'importe quel guerrier d'Hadès reconnaissant le mal et le mensonge en chaque être.

« Cet homme dissimule quelque chose. » assura le Belge,« Tu es protégé par un objet symbolique, où le caches-tu ? » demande-t-il dangereusement.

« Je vous assure que .. »

Le Basilic lui saisit le bras brutalement, puis le secoua comme un prunier par les cheveux : « Parles où je serai ton bourreau au huitième Malebolge de la septième prison, là où sont punis les conspirateurs tel que toi et tes semblables ! »

« Je … je je vous en prie soldat d'Hadès ! »

« Je suis Sylphide du Basilic, de l'Étoile Céleste de la Victoire. Adresses-toi à moi de façon plus noble, je ne suis guère simple guerrier.»

« Je.. je vous dirais tout . .. »

« Tu as intérêt, avorton, et mon camarade se nomme Fyodor de la Mandragore de l'Étoile Céleste de la Blessure. Comme le nomme son titre, il aime torturer ses ennemis. » Ce dernier émit un rictus malsain, « Nous servons les Maîtres des Spectres, toi l'ignare comme qui ose bafouer les lois des Enfers conçues par sa Majesté. »

« Je vous promet de tout avouer. » lui tendant un objet en or massif de la forme d'un crâne qui brillait d'une lumière étrangement verte.

« Tu protège ton âme par ce talisman. » constata le Basilic,« Mais il t'es inutile à présent. » Il invoqua son cosmo et détruisit l'objet de ses doigts, regardant l'homme de ses yeux clairs avec mépris, « Son pouvoir s'est affaiblit lorsque nous avons capturé tes pairs et brûler ces quincailleries. Si l'un de ces objets est manquant votre cercle s'amoindrit.»

« Vous avez vu juste, Messire Sylphide. »

« Nous vous serons dévoués. » dit un autre en s'agenouillant,« Recevez nos respects et nos présents. »

« Nous avons nul besoin de larves tel que vous. Seul nos maîtres décideront de votre sort. » avertit Fyodor.

« Nous espérions que notre bonne foi nous engagerons dans de meilleures conditions. »

Sylphide avertit :« Une fois mort, vous n'aurez guère ce genre de préoccupations. »

« Je vous en prie, laissez-nous parler à vos maîtres. »

« Les Seigneurs Rhadamanthe, Eaque et Minos n'ont de temps à perdre avec des mécréants tels que vous, qui-plus-est prédicateurs de basses conditions. » ajouta le Belge.

« Vous ne seriez que des jouets entre leurs mains. » continua la Mandragore, « Comme nous jouerons avec vous avant de vous livrer à eux. »

« Pitié, Seigneurs Spectres ! » supplia un autre homme.

« Nous avons tant d'offrandes à proposer et ces esclaves ! » dit un autre en tremblant.

« Pathétiques humains. S'abaisser à ce genre de contrepartie pour sauver sa peau. » clame Fyodor avec mépris, considérant quelques femmes dénudées auprès d'un feu de camps au fond de la grotte.

« La dépravation n'a pas sa place au sein de notre armée. Nos maîtres ne tolèrent pas ce genre d'initiative. » continua le Basilic.

« Vous avez de grands pouvoirs mais chaque homme a des besoins fondamentaux qui constitue son être. Même les Dieux ! » osa un autre.

« Certes, mais seuls les plus prestigieux peuvent endosser ce rôle. » dit il en le prenant au col,« Crois-tu que des pauvres esclaves auraient sa place en notre Royaume ? Sa Majesté ne veut que le meilleur pour ses troupes.»

« Je vous trouverais des femmes éminentes si vous le souhaitez. Vous avez ma parole. »

« Et pourquoi ferais-tu cela ? » demande aigrement Fyodor.

« Je suis persuadé que vous aimez jouir de beautés une fois votre devoir accompli. » répondit prudemment l'homme.

« Je préfère les plus sauvages. » ajouta narquoisement Fyodor,« Et mon compagnon n'aiment que les guerrières averties. Son côté intello je suppose. »

« Silence Mandragore, nous n'avons guère le temps de tergiverser.» gronda Sylphide en posant brutalement l'homme à terre en signe de soumission.

Les deux spectres s'entre gardèrent et firent appel à leur Surplis cachés à l'entrée de la grotte, dont les morceaux se séparèrent et se posèrent gracieusement sur leurs corps. Ils était à présent recouverts d'une armure si noire que même les rayons du soleil ne parvenaient pas à se refléter dessus. Ils étaient déjà intimidants sans leurs atours, avec, ils n'en deviennent qu'impressionnants. Leurs énergie combinées à celles de leurs Surplis entourèrent le groupe de sorciers pour venir s'introduire en leur cerveau. Ces derniers prirent la tête entre leurs mains et crièrent de douleurs en implorant leurs bourreaux s'emparant des informations.

« Les Seigneurs Minos, Rhadamanthe et Eaque seront satisfaits. » conclu Sylphide en fixant les sorciers : « Allons chercher les derniers prêcheurs."

« Avec plaisir, Basilic. »

Les différents protagonistes atterrés à genoux s'attendent à recevoir le coup de grâce. Mais la Mandragore se contente de resserrer les chaînes qui les entoure.

« Priez pour qu'un Chevalier d'Athéna vous vienne en aide. » termine t'il avec ironie.

Son armure envoya un message télépathique aux Surplis avoisinants : ceux des Juges. C'était une faculté commune à toutes les Étoiles du Sombre Monarque, permettant ainsi à ceux qui sert sa cause d'être liés entre eux par l'esprit, comme leurs porteurs doivent être liés ensemble par une imperceptible fraternité. Aucun Spectre ne doit haïr ses pairs, car cela ne faisait qu'affaiblir l'armée d'Hadès et pouvait apporter conflits internes et répressions, comme ce fut le cas par le passé. La leçon a été retenue lors de la dernière Guerre Sainte. Il était donc nécessaire de régler les différends entre porteurs de Surplis.

Mais entre le Garuda et le Bénou, c'était loin d'être le cas.

« Combien de temps vas-tu me suivre ? »

Le Juge Eaque n'était pas dupe, il avait bien senti le présence du Bénou.

« Je savais qu'il serait difficile de te pister. »

« Retournes auprès de sa Majesté. »

« Notre Seigneur me l'a ordonné. »

« Il est inutile de te demander pourquoi, dans ces conditions. »

« Si tu fais face à cette Amazone, elle se saisira de ton cœur. »

La mine d'Eaque s'assombrit : « Nulle femme ne peut lire dans le cœur d'un Juge de l'Enfer. » marmonna le Népalais.

« Tu te fourvoies, Eaque. »

« Cesses d'être familier avec moi. » prévint t-il en se tournant, le jaugeant de sa hauteur impériale.

« Un ordre est un ordre. Même pour un Juge. »

« J'apprécie la bienveillance de sa Majesté et je te prie de retourner auprès de lui afin de le tranquilliser. »

« Cette femme chevalier .. Quel pouvoir a-t-elle pour faire flancher le Roi d'Egine.. » ironisa le Bénou.

Ni une ni deux, Eaque l'empoigna de colère par terre et irradiait d'un cosmo sombre sous le regard taciturne de Kagaho : « Et tu l'aimes encore. »

Eaque le fixa de ses yeux gris noisettes durant de longues secondes, son cosmo défiant et noir envahissait les lieux, léchait le sol, absorbait le lumière. Le Népalais était en colère. En colère d'être tombé amoureux il y a bien longtemps et de ne pouvoir se débarrasser de ce sentiment. Le Bénou soutenait son regard et ne cherchait pas à se défendre, attendant la réaction du Juge.

Finalement, après un moment le troisième Juge le relâcha et le jeta violemment plus loin : « Continues de me surveiller et je reverrai ton cas après cette guerre, Kagaho. »

« On dirait que tu es rancunier, Eaque. »

« Si je n'ai pu m'occuper de ta mort c'est parce que sa Majesté a besoin de toi. »

« Car ma place est auprès du Seigneur Hadès, je ne suis pas Juge. Tu resteras meilleur que moi à ce petit jeu, Eaque. » affirma le Phénix noir sans sourciller, « J'ai eu beaucoup de mal à trouver la force de me réincarner lors de la dernière guerre Sainte. Mon âme fut blessée plus que je ne le croyais. »

« Vraiment ? » répondit le Garuda, cet air naturellement supérieur sur le visage, « Tu m'en diras tant. Maintenant déguerpis. » acheva t'il d'un ton formel, qui de son côté mettait un terme définitif à la discussion.

Et sans rien ajouter, il reprit son ascension, évitant de croiser le regard de Kagaho.

Lui et l'Oiseau magique ne se sont jamais aimés. Même si les réincarnations occultent une grande partie de leurs souvenirs, le troisième Juge n'a jamais oublié l'affront du Bénou à son encontre.

Alors Eaque repris sa marche, restant sur ses gardes et soupira péniblement. Il ne veut pas se justifier de l'amour qu'il porte pour ce chevalier d'or. Il en a assez. Assez que les nuits le rappellent toujours à lui, elles et ces horribles souvenirs envahissants. Solitude et chaos y étaient souverains. Il devra y mettre un terme à ce problème un jour.

« Aurora, depuis que ton poison s'est introduit en moi, je n'ai trouvé nul remède. Un amour inconditionnel, éternel, une passion destructrice qui me laisse cicatrices. »

Un peu plus haut sur une dune adonnant sur une plage sauvage, une adolescente trépignait d'impatience. Fujiya s'était décidée à ne pas rester inactive lors des affrontements qui voyaient sa future collègue et amie, le chevalier du Sagittaire aux prises avec l'ennemi. Certes, elle avait vaincu des tas d'Amazones sans la moindre pitié, mais désormais, elle désirait plus. Malgré l'interdiction formelle quant à faire quoi que ce soit qui pourrait s'avérer dangereux, elle restait persuadée qu'elle pourrait faire quelque chose pour aider Mia.

Non, décidément elle ne se résoudra pas à attendre sagement que les combats finissent. En tant que futur Saint de la Balance, elle se devait d'agir.

« N'y penses même pas, jeune-fille. »

La voix sévère de Sirius, Saint d'Argent du Grand Chien résonnait derrière elle. L'homme n'a pas quitté des yeux la Japonaise et a parfaitement saisi les intentions de la gamine de treize ans, la considérant bras croisés.

« Laisses-moi au moins aider nos compagnons restés au centre du Palais. »

« Négatif. Tu as suffisamment combattu. »

« Je veux l'assister ! »

« Fujiya ! » continua-t-il sourcils froncés, « Vas-tu désobéir à un ordre d'un Saint d'Or ? »

La brune baissa les yeux.

«Non. Je respecte Mia. »

« Alors patientons. » dit-il en admirant l'horizon marin, « Ton souhait est louable mais tu manques de maturité. Maître Doko a certainement dû te le répéter. »

Fujiya garda la mâchoire serrée. C'est peu dire ! La vieille Balance lui dit tout le temps, chaque jour qui passe. « Tu es l'être le plus têtu que je connaisse depuis le chevalier du Dragon. » avait soufflé son vieux maître.

Le chevalier d'Argent et l'apprentie Balance sentent soudain deux puissantes énergies s'entre choquer. Ils se retournèrent instinctivement vers les terres.

« Par Athéna ! C'est Mia ! » s'angoissa la jeune-fille, tournant la tête à l'endroit du choc cosmique.

« Je viens de recevoir des informations d'Asterion. » déclare son aîné, « Nous allons rejoindre les autres. Et je t'interdis de prendre des initiatives.»

« Oui Sirius. » répondit tristement Fujiya.

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Le Chevalier du Sagittaire soutenait du regard l'orgueilleuse Reine Amazone quand cette dernière, se refusant à baisser les yeux, serra le poing comme en signal de départ. Les deux farouches guerrières se précipitèrent alors l'une sur l'autre dans un enchaînement de coups plus destructeurs les uns que les autres, mais pourtant s'annihilant mutuellement, ne laissant la dominance à aucune des deux. Accroissant graduellement leur vitesse respective pour tester l'autre, aucune ne semblait jamais en reste, et bien vite les deux combattantes se séparèrent, se toisant à nouveau l'une l'autre.

Comment faire ? Cette pimbêche de Reine a une aussi bonne maîtrise du cosmo que la sienne… Et elle n'arrive toujours pas à prendre l'avantage. Essoufflée, la Sagittaire réfléchit. Mais pas trop, de peur que son cerveau ne lui joue des tours. Elles s'envoyaient toutes les arcanes possibles depuis un moment déjà, et ont alerté les autres guerriers avec leur cosmo défiants. Elles combattaient tout en haut du Palais, là où l'issue de la guerre doit se jouer.

« Mia, fais attention ! »

Quelques mètres plus loin, Chevaliers, Marinas, Asgardiens et Spectres s'étaient retrouvés et assistaient au combat sans intervenir depuis quelques minutes. Elle n'avait même pas fait attention à leurs présences.

Shura, soutenu par Aiolia avait le cœur qui se brisait en constatant l'état de sa compagne dans cette légendaire armure du Sagittaire fissurée, une aile en moins, les poings ensanglantés, la mine éprouvée. Une seule manquait à l'appel : Aurora. Ni Eaque ni les chevaliers n'avaient retrouvé sa trace.

Malgré ses blessures, Mia restait concentrée. La charmante jeune-fille n'avait en rien perdu de sa verve. A la vitesse de la lumière, l'ardente portugaise se rua sur Antiope, la criblant d'une multitude de coups. Cette dernière les parant tant bien que mal et lui arracha le fameux collier d'Athéna préservant son cœur. Mia vociféra en portugais.

Antiope eut une expression de dégoût.

« Par Arès tu aimes un homme aussi … » répliqua Antiope en lisant dans son cœur,« Les femmes chevaliers ne sont plus ce qu'elles étaient ! Veux-tu prendre le même chemin de débauche que ton Maître ? » dit avec sarcasme la Reine, alors que les chevaliers au loin se raidirent. Comment ose t'elle insulter leur vaillante sœur d'arme ?

« Tais-toi ! » clame Mia agacée.

« Qu'est-ce que tu es susceptible, mon enfant. Allez, déverses toute ta colère sur moi ! »

Les deux félines mues par leur foi et leur volonté se foncèrent droit dessus, enchaînant à nouveau un ballet mortel qui s'acheva par un coup de pied en pleine poitrine envoyant la protégée d'Aiolos s'encastrer droit dans un rocher. Elle se releva tout en serrant les poings.

« Je n'ai jamais vu un combat de femelles aussi exaltants ! » lâcha plus loin le Général Kaasa, sous les regards mauvais des chevaliers.

« Silence ! » admonesta Saga, « Mia est épuisée mais sa foi est inébranlable. »

« On a plutôt l'impression que l'avantage va à cette Reine dévastatrice. » commenta Isaak du Kraken.

« Tu connais la détermination des guerriers d'Athéna, Isaak. » dit alors Camus sur un ton volontairement paternel, le fixant de ses grands yeux bleus, forçant le respect à son ancien apprenti, « Tu connais la règle sur le champ de bataille... »

« Oui, Maître Camus. La volonté doit être supérieure à celle de son ennemi. » répondit le Général.

Le Verseau hocha la tête et reporta son regard vers sa consœur de la neuvième maison.

"C'est un sacré combat." ajouta le spectre de la Mandragore.

"On ne peut vraiment rien faire pour assister la Sagittaire ?" demande le Général Kaasa.

"Les règles dans ce genre de combat sont claires : le un contre un. Nous bafouerons notre honneur de guerrier œuvrant pour nos Dieux en agissant ainsi." affirme Kanon.

Juste en face d'eux, Antiope heurta Mia de plein fouet avant même qu'elle n'exécute son attaque. L'Amazone partit dans le décor sans même comprendre ce qu'il lui était arrivé, traversant un mur du Temple qui s'écroula sur lui-même. La blonde vit la brune visiblement très remontée se diriger vers elle. Une lueur de vengeance s'échappait de ses yeux tandis que les ailes de son armure où plutôt ce qu'il en reste étaient déployées.

« Tu ne vas rien faire, Sagittaire. »

« Comment.. ? »

« Tu n'en feras rien sans quoi. « elle» périra par ta faute. »

« !? »

D'un geste de la main, Antiope ouvrit par pouvoir mental un dôme de marbre situé plus loin. Ce dernier se déploya son toit en deux vers les cieux. Il était surplombé par une statue de Gaia, à quelques mètres plus à gauche du Palais. Tout le monde retint son souffle et fut saisi de stupeur : à l'intérieur de cette sphère apparu le Saint du Serpentaire défaite, attachée comme un fauve, plusieurs parties de son armure manquante. Elle était inconsciente, le visage frêle et meurtri.

« Nous sommes liés grâce à cette ceinture prodigieuse. Ce dôme masquait son cosmo ! »

Les chevaliers d'Athéna gardèrent leur poing serré. Comment cette Reine a-t-elle pu osé humilier la commandante ?

Milo sent son sang ne faire qu'un tour. Il fit apparaître son Aiguille Ecarlate, cependant Aiolia d'habitude plus impulsif fut le premier à le retenir.

« Non Milo, gardes ta colère, elle va s'en nourrir. »

« C'est exactement ce qu'elle recherche. » continua Saga.

Le chevalier du Scorpion se calma. Ses amis ont raison.

« Aurora, réveilles-toi chevalier .. » tente alors le huitième gardien par cosmo.

Du côté des spectres, le cœur du Garuda fit un bond dans sa poitrine lorsqu'il vit le chevalier apparaître. Il n'en avait que faire de tous ces pouvoirs, cette ceinture, ces histoires. Sa patience a des limites. Il se dirigea vers Antiope, parfaitement calme. Il n'avait pas accru son cosmo mais commençait déjà à dégager des vibrations agressives. Ses frères ne tentèrent même pas de l'arrêter. Antiope sentit la présence du Spectre. Elle eut à peine le temps de se retourner qu'il était déjà derrière et l'avait soulevé par la gorge.

Antiope jubilait.

« Que j'aime ta rogne, Juge de l'Enfer ! » fanfaronnait cette dernière, pas la moindre du monde gênée par cette intervention.

Eaque resserra son étreinte avec rage.

« Comment ose-t-il interrompre un combat .. » s'exprima un Asgardien, le célèbre Albérich de Megrez appuyé à un de ses acolytes.

« L'amour fait faire bien des choses. » ajouta Angelo, dépité.

Tous se retournèrent vers le Saint du Cancer.

Le visage orgueilleux de la Reine laisse peu à peu place à la colère. Elle ne laisserait pas un Général d'Hadès changer le cours de la bataille. Elle tenta de se défaire de l'emprise du Juge à la force physique impressionnante. Elle avait entendu parler de lui : Eaque dispose d'une vitesse considérée comme la plus rapide des Spectres et possède la plus grande force de combat global parmi les Juges. Il n'est donc pas à prendre à la légère.. Elle concentra son énergie et tenta de lire en l'esprit de l'homme.

Ce dernier le ressentit et l'envoya brutalement contre un pilier. Antiope reprit son souffle et aborda un rictus narquois. Elle a trouvé la faille.

« Alors c'est toi. » avança t'elle en se relevant, « Toi qui a l'immense honneur de posséder le cœur du Serpentaire. Un Juge de l'Enfer, vraiment tu me fais de la peine ! »

Elle crut qu'il allait se jeter sur elle, comme elle le souhaitait, souhaitant affronter ce spécimen viril, voulant goûter à cette colère grimpant en lui. Mais c'est méconnaître le Spectre, qui maîtrise l'art de la manipulation comme personne. N'est pas Juge de l'Enfer qui veut.

Sans qu'elle ne comprenne quoique ce soit, Antiope est propulsée vers les airs à la verticale à une vitesse phénoménale alors que le Spectre déclare calmement : « Par l'Envol du Garuda .. »

Antiope retomba lourdement au sol, un cratère s'était formé autour d'elle. Il n'avait qu'un seul objectif : Aurora. Et pour la désolidariser d'Antiope, il faut affaiblir son ennemie et les pouvoirs de cette ceinture. Mais ce n'est pas une tâche facile. Antiope se releva péniblement, crachant du sang, les membres lourds, sous le regard indifférent du Népalais.

« Belle technique. » admit Antiope.

« Cette ceinture te confère des pouvoirs qui ne t'appartiennent pas. » répondit avec dédain Eaque, « Rends-la immédiatement et sa Majesté sera plus clément sur ton sort après ta mort. »

L'Amazone éclata dans un rire démoniaque.

« Pour qui me prends-tu ? Je n'ai pas à m'abaisser devant ton Seigneur. J'irai m'adresser moi-même à ton Dieu et en me voyant il en oubliera même sa Dame, cette catin des saisons ! »

Les Spectres présents contiennent leur colère.

« Viens donc la chercher si tu la veux, Juge Eaque ! » continua Antiope face à la mine supérieure du Népalais.

Elle jeta un regard à la Treizième, « C'est pour elle que tu fais ça ? Alors un homme tel que toi peut aimer ?" se moqua la Reine,"Cette femme a toute mon admiration. Avoir consumer l'âme d'un Roi des Ténèbres est un exploit. » continua t'elle sarcastique, « Je ne me méprend pas ? Ton amour pour elle est .. je ne trouve pas les mots … Démesuré. Tu aimes ce chevalier avec tant de p… »

Elle n'eut le temps de finir sa phrase qu'elle reçut un violent uppercut au visage, la faisant tomber de l'endroit où elle s'est relevé quelques instants plus tôt.

Antiope remarqua alors le Sagittaire poing droit devant. La neuvième prévint son ennemie : « Ça suffit Antiope ! Tu as suffisamment narguer mon sang-froid et je ne te laisserai plus te moquer de l'amour que se porte deux êtres, qui qu'ils soient ! » regardant Eaque presque reconnaissant de son intervention, « C'est moi ton adversaire et d'une manière ou d'une autre, je te vaincrai. »

« Tu tueras ton maître chevalier. »

Les yeux de Mia brillèrent, malicieux, cachés par de légères mèches tombant sur son visage, semblant soudain reluire d'une lueur des plus malsaines. Antiope se remit en garde face à son opposante.

« C'est ce que l'on verra. » répondit la Sagittaire en envoyant un regard derrière l'épaule d'Antiope qui se retourna.

La Treizième venait de reprendre connaissance, ayant senti le cosmo de ses semblables se rapprocher mais surtout, elle avait ressenti « son » cosmo à lui.

« Saint d'or du Serpentaire, tu reviens à toi pour assister à la bataille finale ? » dit alors Antiope confiante, « C'est ton charmant Spectre qui a éveillé ta conscience ? »

Eaque voulait clouer cette bouche blasphématoire. Mais cette fois-ci Minos intervient par cosmo interposé, lui sommant de se mettre à l'écart. Le Népalais se résolu, mais frustré, il surveillait chacun des faits et gestes d'Antiope. La Reine a subi une de ses attaques. Cela suffit comme prévu. Car il l'a sentait plus faible, même si elle ne le réalisait pas encore et même si c'est temporaire.

Tout repose sur la Sagittaire.

Aurora releva la tête péniblement. La Reine s'approcha d'elle alors que les autres chevaliers serraient la mâchoire, prêts à agir pour défendre la Treizième. Antiope se contenta de caresser les cheveux de la portugaise, le regard noir, un regard qui pouvait la trucider si elle en avait le pouvoir. Elle n'avait rien perdu de sa légendaire colère, bien au contraire.

« Encore ce regard mutin. Un vrai volcan, Serpentaire ! » en continuant son petit jeu malsain, ses doigts parcouraient le visage d'Aurora qui ne la quittait pas des yeux, « Vas-tu enfin te soumettre ou préfères-tu mourir grâce à ta chère élève ? Quel est ton choix ? »

Le Serpentaire fronça les sourcils. Puis après quelques instants elle se redressa sur sa croix dignement, comme si elle apportait du crédit aux dernières paroles d'Antiope qui jubilait. Elle fit signe à cette dernière de s'approcher. Antiope le sourire aux lèvres tendit l'oreille. Elle reçut un incroyable crachotement au milieu du visage. Voilà qu'elle était la réponse du chevalier du Serpentaire.

Antiope outrée s'essuya le visage.

« Brûle en Enfer, sale pute. » commenta Aurora sans sourciller. Ce n'est pas encore aujourd'hui qu'on changera la désinvolture du chevalier du Serpentaire. Antiope vexée serra les dents. Ses poings s'échauffèrent.

Eaque leva les yeux au ciel. Mais c'est aussi pour cela qu'il l'aime ce Serpentaire. On n'en fera pas deux comme elle dans ce monde.

« Au moins c'est clair. » ajouta plus loin Minos tout aussi ironique.

Mia saisit les intentions d'Aurora. Son maître était prête à se sacrifier pour permettre à cette dernière de gagner. Une larme jaillit. Elle s'était promis de ne plus revivre cela. Aurora secoua la tête, ce n'est pas le moment de s'émouvoir. Elle doit croire en elle. Elle trouvera le moyen de terrasser Antiope quoique cela en coûte.

« Serpentaire, finalement c'est peut-être mieux ainsi. » finit par déclarer Antiope, comme pour avoir le dernier mot dans l'histoire, « Et tant pis pour ce miracle qui fait partit de ton être, tu l'emporteras avec toi dans les limbes. J'aurai préféré de tuer moi-même, gourgandine .. »

« Vas-tu enfin te taire, espèce de salope ? »

Antiope fut indignée. Même Aurora ouvrit les yeux de surprise autant que l'assistance chevaleresque et alliée. Jamais Mia n'emploie de telle grossièreté, elle si polie d'habitude.

« Mia .. » murmura doucement Shura.

Antiope sentit la chaleur humaine provenant du groupe des guerriers dorés et tourna la tête vers le Capricorne. Elle comprit immédiatement de quoi il en retourne.

« Tu n'es pas si innocente que tu n'en parais ! » s'exclama alors l'Amazone afin de garder la tête haute, « Cet homme en est la cause. J'avais bien lu en l'ombre d'une femme cachée en son cœur. »

Quelque chose en le regard de son adversaire ailée avait changé : quelque chose brillait soudain d'une lumière vive et claire, comme habitée par une puissance supérieure. Antiope resta interdite. Nourrie par la colère, Mia atteignit le paroxysme, nourrie par l'irrespect de cette Reine, l'amour pour Shura, la défaite d'Aurora. Elle sentit les précédents porteurs du Sagittaire à travers son armure lui conférant leur savoir et leurs pouvoirs, en réponse à son actuelle inexpérience du combat.

« Vas y, je t'en prie, pousse ton énergie à l'extrême ! » ajouta Antiope sur un air rempli d'assurance.

Antiope fit un bond prodigieux afin d'atteindre la jeune-femme, dont un regain d'énergie s'échappa. Levant les bras au ciel pour exécuter une nouvelle attaque, invoquant les cosmo prisonniers de la ceinture, Antiope s'étonna de l'immobilité de son adversaire. Elle n'en stoppa pas moins son action. Et alors que les premiers impacts allaient percuter violemment Mia, cette dernière se précipita en direction de la Reine. Le premier réflexe de l'Amazone fut de mettre ses mains devant elle en vue de se protéger du coup qu'allait lui asséner la Sagittaire. Fermant instinctivement les yeux lorsque le poing de son opposante arriva vers elle, elle fut surprise de ne rien sentir… Relevant ses paupières, elle aperçut les projectiles chargés de son puissant cosmo foncer droit sur elle. Une intense lumière blanche envahit l'ensemble du temple sacré pendant quelques secondes. Quand enfin elle s'évanouit, Antiope se tenait courbée, du sang maculant la commissure de ses lèvres.

Elle se retourna alors, Mia était là à quelques mètres, indemne, le regard grave et sombre.

« Je t'avais bien dit que je trouverai la faille. Une attaque ne surprend jamais deux fois un Chevalier d'Athéna. »

Les autres Saints assistaient à la scène complètement médusés. Ils lisaient dans le cœur de Mia la plus pure résignation et détermination.

« .. Sagittaire, je vais te pulvériser une bonne fois pour toute ! »

Les opposantes disparurent soudain, seuls des chocs épars se faisaient entendre, accompagnés par de vifs éclats lumineux. Leur puissance de frappe, ainsi que leur vitesse étaient à un niveau optimum. Jamais auparavant Mia n'avait fait preuve d'autant de volonté, de révolte, et surtout de rage. Antiope, quant à elle peinait à contenir les assauts de son adversaire, ayant du mal à croire qu'encore quelques instants auparavant, son vis-à-vis était en proie à la souffrance. Elle comprit alors que la réputation des chevaliers d'Athéna qui n'abandonnent jamais n'était pas usurpée. Ce combat n'en finissait plus et pourtant les deux combattantes s'étaient résignées à cet affrontement, sachant pertinemment qu'à la fin, il n'en resterait plus qu'une.

Soudain un bruit sourd se fit entendre : le métal contre le métal. Le Chevalier venait d'abattre son poing sur l'avant-bras de l'Amazone en défense, lui brisant le membre. Elle hurla de douleur. Mia enchaîna les coups et lui envoya une nouvelle fois son arcane : « Par la Foudre Atomique ! »

« Garce ! » grogna Antiope en se protégeant du mieux qu'elle pouvait.

Un cratère se formant autour de cette dernière prise au dépourvue. Profitant de l'effet de surprise, Mia avait déjà gagné les hauteurs des cieux pour fondre, pieds en avant, sur le corps de son adversaire. Crachant du sang, celle aux mèches blondes s'enfonça lourdement dans la pierre, fustigée d'une immense douleur au ventre, là où le coup se fit vivement ressentir. Ainsi prostrée par la douleur, elle vit le défenseur d'Athéna debout devant elle, la fixant de ses yeux graves. Elle se releva péniblement, ses os craquaient, son corps était à bout lui aussi. Face à face à présent, les jambes écartées et solidement ancrées au sol, bras le long du corps, elles se tenaient là, l'une en face de l'autre, les yeux verts acier du Saint du Sagittaire transperçant le regard sombre de la Reine des Amazones.

Allaient-elles s'entre-tuer ?

« Finissons-en, Antiope » avertit Mia qui disparue la seconde d'après.

Tout à coup, la Reine sentit la corde d'un arc se tendre derrière elle. Mia venait de réapparaître. Une flèche brillante de justice et de cosmo puissant armait la femme archer, une flèche plus imposante que les autres ravivant le feu sacré du Sagittaire.

Les Saints d'Athéna la reconnurent clairement. Et furent ébahis par cet éclat doré presque divin.

«Mia, tu montres enfin ton vrai pouvoir .. » dit doucement Saga, admiratif d'un tel sens du devoir.

Cela lui rappelait son ancien ami Aiolos dont il sentait la présence de son âme bienveillante autour de Mia.

« Quel est cette énergie provenant de cette flèche ? » s'exprima Minos à l'attention des chevaliers.

« C'est la flèche sacrée d'Athéna, quiconque est touchée par celle-ci est vaincu. » répondit Aphrodite, une rose blanche dans sa bouche, prêt à achever la Reine au besoin.

« Athéna l'a offert au premier chevalier du Sagittaire lors des temps anciens pour le remercier de sa dévotion. Elle est transmise de génération en génération et doit être utilisée qu'en cas extrême. Elle contient le cosmo de notre Déesse.» continua Saga.

« Pourquoi ne pas l'avoir utilisé avant ? » gronda Rhadamanthe.

« La flèche apparaît si le cosmo du chevalier se montre digne de l'utiliser. »

Moment de flottement du groupe allié.

« Les chevaliers et leur épreuves ... » conclu le Général Kaasa en secouant la tête, s'attirant les regards noirs des Saints d'Athéna.

Antiope avait tout entendu et grondait de rage. Se ruant vers Mia, elle clama avec assurance : « Balivernes ! Je t'exterminerai avant chevalier et tu emporteras ton maître avec toi en Enfer ! »

Cette dernière s'éleva dans les airs dans un ultime regain d'énergie et clama à l'attention de sa déité: « Ô Athéna, donnes-moi la force de vaincre mon ennemie ! »

La Reine eut le visage saisie soudainement par la peur et s'immobilisa, « Ma ceinture ..» Elle jeta un œil à son précieux bijou, en train de craqueler sous l'effet du cosmo prodigieux de Mia, un sentiment incroyable émanant de volonté traversait le visage de l'adolescente, « Comment est-ce possible, son cosmo irradie de détermination et dépasse le mien ! »

« Antiope ! Tu sous estimes les chevaliers ! Au nom d'Athéna je te châtie pour toujours ! »

« Petite arrogante ! » hurla Antiope, une énergie gigantesque d'émana d'elle, épée en main, filant à toute allure sur la Sagittaire sous les yeux empli d'horreur des autres guerriers. "Athéna tu ferais n'importe quoi pour garder la Terre rien que pour toi !" gronda-t-elle à l'attention de Saori, concentrée en son Temple au Sanctuaire.

Cette dernière avait entendu les prières du Sagittaire et la soutenait au travers de son cosmo."Oui, Mia, c'est cela chevalier, élèves-toi encore !"

Sentant Athéna encourager le chevalier, Antiope en rogne s'éleva dans les airs et au moment de l'impact, Mia pria une dernière fois le valeureux guerrier qui fut son prédécesseur : « Aiolos ! Donnes-moi le courage de terrasser cette femme ! » hurla-t-elle avec hargne, « Pour l'amour et la justice ! »

Cela se joua très vite. L'arc se détendit, et elle gémit de toutes ses forces : « Par la flèche sacrée d'Athéna ! »

L'arme fonça à toute vitesse en amas de lumière intense sur Antiope qui n'eut le temps de réagir. Elle reçut la flèche en plein cœur. Son armure se brisa, la ceinture eut comme un déclic et cessa de briller. La Reine des Amazones retomba lourdement au sol, du sang sortant de sa bouche et son torse. Le corps fut happé pas le cosmo fulgurant de la Sagittaire, les yeux d'Antiope étaient exorbités de terreur.

« Elle a réussi. » constata d'un sourire le Dragon des Mers.

Antiope gisait inanimée au milieu des restes de son Palais, elle ne donnait aucun signe de vie. Mia a gagné. Cette dernière s'abattit doucement au sol, haletante, se tenant le ventre, son arc encore serrée dans les mains.

Alors qu'elle allait s'écrouler, Shura se précipita vers sa promise : « Ce que tu viens d'accomplir est digne d'un vrai chevalier. Comment osais-tu en douter ? » affirma le Capricorne, la soutenant dans ses bras.

«Argh .. Shura ce n'est pas le moment ! » répondit -elle grimaçant de douleurs.

Les autres chevaliers s'approchèrent, fiers de leur camarade.

« Bravo Mia. » félicita le Scorpion.

« Merci, Milo « répondit la brune.

« Belle prestation, Sagittaire. » ajouta Isaak au loin.

« J'ai fait de mon mieux » sourit-elle.

« Et on dirait que mon frère approuve.» continua Aiolia ému.

Au-dessus d'eux, l'âme d'Aiolos le défunt chevalier flottait en souriant, comme pour approuver son successeur et disparu comme il est venu.

« Aiolos, mon ami .. » murmura Shura en admirant l'image de son ancien ami.

« Merci courageux guerrier, que les Dieu te gardent. » s'exclama Mia.

"Sacré bataille chevalier." ajouta Minos.

Elle hocha la tête.

« C'est très émouvant mais je vais pas rester attachée toute ma vie ici ! » grogna alors une voix familière au loin.

Aurora secouait ses chaînes avec agacement. Elle n'avait pas perdu de sa hargne malgré la fatigue. Baian et Milo se dirigent vers elle pour l'aider. Mais ils furent devancés par le Garuda, cet air toujours taciturne reflétait son visage. D'un seul coup vif, le Juge brisa enfin et comme il se doit les chaînes qui retenaient le Serpentaire depuis des jours. Elle retomba dans les bras du Népalais qui la tenait par la taille d'une main et l'autre sous ses genoux.

Elle était complètement rompue.

« Bordel de merde .. » grommela-t-elle en se contorsionnant, « J'ai l'air très conne. »

Eaque répondit sans la regarder : « Tu as été imprudente, Serpentaire. »

« Hmmmgggmh .. » marmonna cette dernière vexée.

« Et je n'aime pas ce langage dans cette jolie bouche. » souffla-t-il à l'oreille.

Elle frémit.

« Tout va bien, Aurora ? » demande ensuite Saga.

« J'ai l'air en forme, Gémeau ? » répondit la portugaise avec aigreur. Saga eut un rictus, elle l'a mauvaise. Mais ça lui passera et lui servira de leçons, « Je te remercie néanmoins de t'inquiéter.. » se reprit-t-elle.

« Même le plus grand des guerriers peut se fourvoyer sur un champ de bataille. » ajouta Camus.

« Je le sais Verseau, je le sais. » consentit -elle.

Puis, elle remarqua le Capricorne et la Sagittaire qui se couvaient des yeux comme si le monde avait cessé de tourner. Aurora intervient avec sarcasme: « Dit donc vous deux, il y a des chambres pour ça ! »

« Aurora ! » fit alors Aiolia, outré.

Leurs compagnons secouèrent la tête. Mais ces derniers se doutaient de cet amour caché. Les deux chevaliers d'or s'admiraient sans un mot. C'est donc ça, un amour pur entre deux chevalier ? Quelle arme terrible.

Les autres comprirent le genre de relation unissant l'Espagnol et la Portugaise. Toutefois, ces derniers imperturbables, continuaient de se regarder. Shura posa son front contre celui de sa belle et mis ses mains sur chaque côté de son visage.

« Ma tendre et douce, Mia .. J'ai eu très peur pour ta vie. »

Elle lui répondit en lui caressant la joue, l'autre main dans les cheveux. « C'était mon devoir de chevalier. »

« Je t'aime, je donnerai ma vie pour toi. »

Les chevaliers les observèrent en silence, touchés à leur tour par cet amour réciproque et pur.

Milo se sentit subitement ébranlé. Ce lien profond entre ses collègues est si puissant. Comment font-ils pour l'assumer au grand jour ? Il les envie. Il tourna la tête vers Aurora dans les bras du Garuda, impénétrable. Il se pinça les lèvres.

Le Serpentaire fut happée par la profondeur des sentiments du jeune couple et se retenait de pleurer. Eaque le constata et tourna la tête vers son visage. Il examina un instant les chevaliers. Il y ressent la sincérité d'un amour sincère. Puis, il reporta son attention sur Aurora, un voile de tristesse semblait passer dans son regard. Son cœur rata un battement.

Shura et Mia réalisent soudain qu'ils n'étaient pas seuls. La Sagittaire gloussa doucement et fit signe à son amoureux de la redresser. Se tenant à la taille du Capricorne, ils s'avancèrent vers leurs amis dorés.

« Ne bouges pas de trop, Sagittaire .. » dit alors Aphrodite plein de malice, faufilant une rose dans les cheveux de Mia, « Petits cachottiers ... »

Mia rougit, prenant la même couleur que la rose du douzième gardien.

« Vous formez un belle équipe. » assura Aiolia avec sagesse.

« ... Aiolia .. »

« Est-ce que tout le monde va bien ? » demande alors Saga de sa voix directive.

Un oui général se fit entendre.

Ce sont les Guerriers Divins qui ont été le plus démunis à en voir leur état. Angelo, Aldébaran et Camus soutenaient Siegfried, Albérich et Bud, chancelants. Misty et Babel encore faibles se tenaient à Sirius et Fujiya. Seuls les Spectres et les Marinas étaient en forme, peu touchés par les attaques de cette femme.

« Je sens mon cosmo encore annihilé. » constata Albérich.

« On s'en occupe. » rétorqua alors Rhadamanthe."A notre tour de jouer."

Il fit signe à Valentine d'un hochement de tête. Ce dernier vint chercher le corps d'Antiope et le ramena devant son maître. Il posa cette dernière à leurs pieds. Même morte, elle reste splendide.

« Cette femme était d'une rare beauté.» s'exclama Kaasa en admirant le corps inerte, « Quel gâchis. »

« Elle a exécuté des milliers d'innocents et blessés plusieurs de nos compagnons. » rétorqua Baian.

« Certes mais tout de même ... » continua le Général des Lyumnades.

« C'était une grande guerrière. » ajouta le premier Gémeau, « Mais elle ne doit se réincarner. »

« Ça aussi, on s'en charge. » poursuivit Minos en s'approchant du cadavre de la Reine.

Eaque rejoignit à son tour ses frères, laissant au passage Aurora à Saga. En cercle, les trois hommes invoquèrent leur cosmo écrasant de supériorité, faisant tressaillir leur subalternes. Aurora saisit immédiatement leurs attentions, voyant ses frères d'arme dubitatifs.

« Ils vont récupérer son âme et l'enfermer quelque part en Enfer. »

Pharaoh, responsable de la pesée des cœurs des défunts se tenait derrière le Garuda, une urne en or blanc dans les mains. L'âme d'Antiope s'échappa du corps meurtri et tentait de s'enfuir. Mais Les Juges la maintenait grâce à leur puissant cosmo. Le Népalais fit signe à son subordonné d'ouvrir la boîte. Immédiatement, l'âme de la Reine fut aspirée par un autre pouvoir : celui d'Hadès. Le couvercle se referma aussitôt, emprisonné par le sceau du Seigneur Noir.

Rhadamanthe concentra son cosmo dans son poing et leva le bras, l'abattant soudainement sur la ceinture d'Hippolyte qui se brisa en deux. Valentine ramassa les morceaux et les entreposa dans une boîte scellé elle aussi par le cosmo de son Seigneur.

« Elle ne devrait plus causer de tort. » assura Minos.

« Où allez-vous la placer à présent ? » demande alors Mia.

« Nous allons la rapporter à sa Majesté qui s'occupera personnellement de son cas. » répondit Eaque.

« Une bonne chose de faite ! » cingla Aurora, « Bon en rentre ? J'ai une faim de loup. »

« Aurora .. » dit alors Milo en la reprenant à Saga, le seul plein de forces et chargé de rapatrier tout ce monde vers le Sanctuaire.

« Saint du Scorpion .. ? » répondit cette dernière amusée.

Le Grec lui murmure en la fixant sévèrement : « C'est la dernière fois que tu me provoques des inquiétudes. »

Elle tressaillit : « Oui, Milo » concéda cette dernière, « Tu m'as manqué, Scorpion. » avoua Aurora doucement en baissant les yeux, vaincue.

Il lui sourit tendrement. Eaque vit la scène. La jalousie pris le dessus.

« Je retrouve peu à peu mes forces. » annonce alors Siegfried.

« Moi aussi. » consentit Albérich.

Bud : « Cette ceinture était vraiment puissante. »

« Je sens aussi mon cosmo et mes forces revenir. » poursuit Aurora, « Mais je ne peux pas encore vous guérir. »

« Cela peut attendre, nous sommes tous logés à la même enseigne. » répondit Babel.

Saga s'adressa à tous les chevaliers : « Rentrons au Sanctuaire. Athéna attend notre rapport. »

Tous hochèrent la tête. Aurora s'adressa aux alliés avec autorité et respect : « Merci pour votre don de soi, Guerriers Divins, rétablissez-vous bien. »

« Merci chevalier, vous de même. » répondit le guerrier de Delta.

Puis elle dit au reste des troupes : «Généraux de Poséidon, Spectres. Mes hommages à vos Seigneurs au nom d'Athéna, nous vous remercions de votre contribution.»

« Nous lui transmettrons, Serpentaire. » répondit le Griffon.

« De même. » répondit simplement Kanon, « A bientôt. N'en fais pas trop chevalier.» quelque peu inquiet pour son amie.

Elle lui envoit un clin d'œil. Puis Aurora fit un tour d'horizon, vérifiant que tous ses hommes sont présents.

« Allons-y ,Saga. » dit -elle à l'attention du Gémeau attendant son consentement.

Il hocha la tête et invoqua sa technique de dimension. Une porte spatio-temporelle s'ouvrit et tout le monde concentra son cosmo à celui du Gémeau afin de le suivre en toute sécurité.

Au moment de s'engouffrer dans la sphère inter-dimensionnelle, Aurora jeta un dernier regard au Garuda. Ce dernier la suivait des yeux dans les bras du Scorpion et lui dit par cosmo interposé : « Nous nous reverrons, chevalier du Serpentaire. »

« Eaque .. »

Il eut un sourire vainqueur. Le chevalier du Serpentaire est à lui. A personne d'autre ...