Chapter 13

LA NOUVELLE

Sanctuaire, deux jours après la guerre.

L'aube pointait doucement dans le ciel. Une légère brise matinale venait effleurer les vieilles pierres des temples zodiacaux. Ce fut un petit vent qui vint se faufiler à travers les dédales du Sanctuaire et alla réveiller ces habitants encore dans les bras de Morphée.

Il était rare que le septième temple soit habité, la preuve en ait la poussière qu'une simple brise pouvait soulever. Son locataire s'était installé en Chine après la guerre Sainte et revint aider Shion au besoin. Le maître des lieux avait bien une disciple censée entretenir les lieux durant son absence mais la gamine n'a que faire des tâches ménagères. Elle estime qu'en tant qu'élève du « vieux maître » elle prétend à plus de dignité et donc, a demandé à Shion de lui fournir une servante. Attaché à la jeune-fille, le vieux mouton surnommé « Tonton Shion » a accepté.

En cette nouvelle journée sur la Terre Sacrée d'Athéna, le chevalier d'or est bien présent. Il se redressa dans son lit. D'un geste las, il se massa la nuque et les épaules. Les oiseaux chantaient gaiement dehors et cela détendit l'homme somnolent. Il décida qu'une bonne douche serait de rigueur. Rapidement, il bondit du lit et se frictionna sous l'eau fraîche. Il s'essuya devant sa fenêtre tout en méditant sur sa vie : il avait passé deux siècles à revêtir cette légendaire armure qu'il affectionne tant. Il a vu tant de guerres, a formé tant d'apprentis, a vu trépasser tant de compagnons, a traversé tant d'épreuves. On lui a offert une vie partielle il y a une quinzaine d'années avec son meilleur ami afin de préparer la prochaine génération. Il n'a eu guère le temps de penser à une descendance. Et donc en toute logique, il a adopté un enfant.

Aujourd'hui, il sait qu'il a fait son temps. Il doit laisser la place aux jeunes. Et puis, porter une belle armure dorée la cinquantaine passée n'est pas raisonnable. Il reste cependant ce Saint expérimenté capable de débloquer les situations. Doko est reconnu comme un guerrier légendaire et est respecté de tous. Il devient naturellement la plus haute autorité au Sanctuaire et dirige les Saints lorsque Shion s'absente pour suivre Athéna. Au final, même s'il fait toujours aussi dynamique, que le chevalier est très estimé, Doko de la Balance aimerait profiter d'une paisible retraite.

Il se tourna vers le miroir et se considéra vraiment pour la première fois : son reflet certes un peu déformé laissait paraître des légers traits ridés. Cela rassura l'homme qui n'avait même pas pensé à regarder tout simplement ses mains pour voir si elles étaient fripées. Il est vrai qu'il n'a jamais eu aussi bonne mine, après tout il a connu pire !

Il ouvrit la fenêtre et respira l'air frais matinal, offrant son visage au soleil. Il joignit ses deux mains dont il fit craquer les articulations dans un geste devenu commun au fil des années. Il entendit soudain des pas précipités se rapprocher. A toute allure, une personne se dirigea à travers un dédale de couloirs vers les lieux privatifs du temple.

Doko fronça les sourcils et se tourna vers l'impudente.

« Maître ! Le Seigneur Shion perd la tête ! » s'exclama la jeune protégée essoufflée, les mains sur les genoux afin de reprendre sa respiration, « On raconte qu'il s'arrache les cheveux par poignées tant cette guerre a coûté chère au Sanctuaire. Les Saints d'Or m'envoient promptement vous chercher. »

Elle eut le droit à un regard suspect en guise de réponse. La Balance la fixait bras croisés et attendit qu'elle se calme. Après de longues secondes, il s'exprima enfin.

« As-tu fini Fujiya ? » fait-il d'une voix grave. L'adolescente ouvrit de grands yeux comprenant sa méprise, « T'ai-je permis de pénétrer dans mon intimité sans frapper ? » La brune secoua la tête, « Alors sors de cette pièce et refais ton entrée proprement.»

Fujiya sortit sans broncher.

Doko sentit soudain l'appel de son ami par télépathie. Il soupira. La journée allait être longue. Surtout avec un vieux Bélier têtu.

« Fujiya .. » rappela le Chinois.

« Oui, Maître Doko. »

« Laissons les bonnes manières pour plus tard. Vas t'entraîner. On m'attend au Palais.»

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La lourde porte de la chambre du trône tourna lentement sur ses gonds, dans un fracas désormais devenu habituel pour la maîtresse des lieux. Un nouveau rayon de lumière pénétra dans la pièce, accompagnant celle que les gardes venaient de laisser passer. La silhouette d'une jeune femme apparut sur le seuil, mais elle n'était qu'ombre, le soleil flamboyant derrière elle.

« Entre, chevalier. » fit la voix douce d'Athéna.

Mia s'inclina noblement face à sa Déesse, ferma les yeux et attendit l'autorisation de s'exprimer. Elle dégageait tant de douceur et de bonté qu'on la confondrait presque pour la sœur d'Aiolos. Derrière elle, de nombreux regards bienveillants la considéraient. Parmi eux, Shura du Capricorne le bras en bandoulière abordait un sourire fin, fière de sa promise.

Athéna debout devant son trône tenait son sceptre à la main. Elle fit signe à la neuvième gardienne de se relever.

« Saint d'Or du Sagittaire, ta dévotion et ton sens profond pour la justice a sauvé grand nombre de vies humaines et permit à tes compagnons de revenir sains et saufs. Moi Déesse Athéna, protectrice de la Terre, je t'en remercie »

La brune hocha la tête en guise d'assentiment.

« Approches. »

La guerrière redoutable redevient une jeune-fille timide et s'avança vers celle qu'elle vénère. Athéna lui adressa un sourire tendre. Mia s'arrêta devant la première marche menant au trône et baissa la tête. Saori fit un pas en sa direction et observa un instant son chevalier d'or. La Sagittaire était encore échaudée par la bataille et un épais bandage entourait une blessure. On y devinait une souffrance dissimulée sur le visage de la portugaise.

Athéna en savait assez pour savoir qu'une mutilation au flanc pouvait s'avérer sérieuse. Elle approcha ses deux mains vers la brune et concentra son énergie à l'endroit fragile. Une lumière dorée s'échappa de sa paume pour irradier son propre organisme. A son contact, Mia soupira doucement. Le doux pouvoir de guérison de sa Déesse la détendit immédiatement, il était si puissant et chaleureux à la fois. Les autres chevaliers admiraient en silence le pouvoir de leur divinité. Leur présence auprès de Mia lui donnait un sentiment de sécurité, comme de grands frères veillant sur la dernière de la fratrie. Ils étaient tous différents mais elle appréciait chacun d'entre eux et les respectait à titre égal. Elle donnerait tout pour eux et pour cette île cachée.

Car cette Terre Sacrée est depuis des siècles la cible des assauts des plus grands conquérants. Poséidon a longtemps essayé, Hadès, puis Arès et ses pairs. Le Sanctuaire dispose d'archives très anciens, mais aussi de tout un département de scientifiques, historiens et autres experts dont l'unique mission était d'évaluer les menaces contre lesquelles Athéna et ses Chevaliers doivent lutter pour protéger le monde. Leur analyse repose sur une grande connaissance de l'histoire des Guerres Saintes, des relations entre les dieux, des conflits du passé, l'observation du monde actuel, des puissances politiques et mystiques en place, aidés en cela par leurs espions agissant dans tous les lieux stratégiques de la planète. Les menaces pouvaient provenir de n'importe où : des empires humains qui risquaient de rompre l'équilibre entre les peuples, des autres Royaumes, des Géants, de dieux oubliés imprévisibles.

Cette guerre contre Antiope a coûté la vie à des centaines de mercenaires du Sanctuaire, des milliers de fantassins de l'armée d'Appios et d'innombrables blessés dans les deux camps. La plupart des survivants de l'armée Amazones furent soignés à Asgard, chargé de veiller sur l'équilibre du peuple dépendant désormais de la légendaire Citée du Nord. Hilda de Polaris était directement intervenue afin d'apaiser les dernières colères. Mia avait foulé la contrée Amazone une dernière fois il y a quelques heures afin de venir en aide aux victimes de la guerre, se faisant passer pour une diplomate afin qu'il n'y ait aucun quiproquos. Et en ce jour, elle se sentait enfin en paix avec elle-même.

Elle remercia Athéna et regagna les rangs des Saints d'or. Saori s'adressa ensuite à Mu.

« Chevalier du Bélier, où en sont les réparations de l'armure du Sagittaire ? »

« Elles sont quasiment terminées, Déesse. » répondit l'Atlante.

« Bien, merci Mû.» répondit l'incarnation en souriant. Ce dernier hocha la tête avec respect.

Mia regarda son voisin de face un instant. Quel individu mystérieux ce Bélier. Malgré l'imposante carapace dorée qui recouvre son corps, sa silhouette semblait plus délicate que celle de ses congénères, à l'exception de celle de Shaka. Le visage du Tibétain était presque androgyne, doux et rond, avec de grands yeux clairs voilés de longs cils sombres et une peau claire. Il portait sa longue chevelure blonde attachée dans le dos par un lien en coton. Il sourit à Mia à son tour.

Puis la Sagittaire admira Athéna et l'espace d'un instant, songeait à ce jour de rencontre avec sa divinité. C'était il y a si longtemps que cela lui semble avoir été une autre vie, pourtant elle s'en souvient comme si c'était hier.

Elle petite rejetée de sa famille ne saurait dire pourquoi elle a tout de suite fait confiance à cette jeune-femme venue de Grèce. Le passage dimensionnel qu'Aurora a ouvert et l'a sorti de la misère fut un merveilleux prodige à ses yeux d'enfant. L'image du Sanctuaire qui s'étalait alors devant elle était à couper le souffle. Avec un sourire chaleureux et rassurant, le Serpentaire lui avait pris la main et elles ont entamé la longue ascension vers le palais, là où elle se trouve aujourd'hui. C'est là qu'elle la vit pour la toute première fois. Cette femme dans une robe blanche immaculée faisait battre son cœur d'enfant. Poussée par une force qui emplissait tout son être, Mia avançait vers Saori, si noble qui la fixait avec chaleur. Du haut de ses neuf ans, Athéna la regardait elle, lui souriait, et semblait l'encourager à s'approcher. Un délicieux mélange de crainte respectueuse et de désir ardent s'était emparé de Mia. A ses côtés, Aurora lui fit signe de s'agenouiller.

« Bienvenue au Sanctuaire, jeune Mia du Sagittaire. »

Ces mots résonnaient en elle comme une musique céleste. Sa déesse le regardait de ses magnifiques yeux emplis de bonté et de sagesse. Elle se sent comme transportée par une vague de passion incompréhensible et fut envahie d'une aura chaleureuse comme elle n'en avait jamais ressentie auparavant. Une étrange impression s'insinua en elle. Alors que son mentor discutait avec la déité, Mia observait Athéna avec fascination : cette toute puissance, cette grandeur lui prenait aux tripes. C'est là qu'elle compris vraiment que son destin est auprès de cette femme, cette déesse réincarnée dans le corps de cette humaine aux origines asiatiques, plus belle que le jour lui-même.

Devant Athéna, la tête haute, elle déclarait alors limpide comme l'eau de roche, comme si elle avait fait cela toute sa vie : « Je jure Déesse Athéna de vous servir avec honneur. »

À ses débuts, l'enfant tint son rôle d'apprentie très au sérieux, ne s'autorisant guère d'instants de détente tant cette tâche était importante pour elle. Faisant partie de ces personnes qui n'aimaient guère décevoir leur entourage, la brunette refusait de montrer à quiconque ses faiblesses, en particulier à Aurora.

Observatrice, son maître ne s'y laissa pas prendre.

« Mia, la vraie force d'un guerrier réside dans l'amélioration de ses points faibles et des expériences difficiles, la volonté d'aller jusqu'au bout, une volonté dépassant celle de ton adversaire. Le pire adversaire de l'homme est le doute. Gardes ta colère et tes peines au fond de ton cœur et concentre-les dans ton poing. »

Assise sur les marches de son Temple, Mia sourit à ce souvenir. Aurora est bon professeur. Même si elle n'applique pas toujours les conseils prodigués à ses élèves sur elle-même et le reconnaît sans sourciller. Sa grande humanité est l'un de ses plus redoutables atouts.

« Fais ce que je te dis, pas ce que fais. » l'avait averti le Serpentaire qui comprenait les pensées de son apprentie, « Je n'ai pas la prétention de tout savoir. J'aurai ma première leçon le jour où un ennemi me mettra vraiment à terre. »

« Alors j'espère que vous vous en avez tiré des leçons, Maître Aurora … » murmura la Sagittaire, un regard bienveillant vers le treizième Temple.

Arène principale, plus tard

C'était décidément une belle journée de printemps. Le ciel était bleu-azur et une brise agréable soufflait sur le Domaine. La chaleur était encore supportable.

Une jeune intrépide était en plein entraînement. Elle concentrait son énergie, brisait des pierres, provoquait des décharges de cosmo mettant à terre ses adversaires, évitait chaque attaque avec aisance. Pas de doute, la future Balance était un futur Saint doré. Dans les tribunes de l'arène d'entraînement, d'autres chevaliers d'or l'observaient. Aphrodite soupirait d'ennui. Il n'y avait rien d'intéressant à regarder la gamine battre des sous-fifres. Il pouvait la rejoindre pour lui être un bon adversaire, mais le Poisson n'avait aucune envie de se casser un ongle. Contempler Fujiya du coin de l'œil tout en savourant le parfum de sa rose, cela lui suffisait amplement.

À sa gauche se tenait la Vierge, les yeux irrémédiablement clos aux côté de Mu. Il assistait au combat par l'intermédiaire des variations du cosmo de Fujiya. Rien n'était à redire. L'apprentie pouvait se contrôler et se battait admirablement. Cependant, le bouddhiste se disait qu'elle devrait avoir un adversaire plus valeureux pour que l'entraînement soit efficace. Car faire ses griffes sur des soldats, ce n'était pas très gratifiant.

« Hey la Jap' ! » retentit une voix cavalière du haut du Colisée, « Tu as besoin d'une meilleure leçon. »

Aphrodite cligna des yeux d'incompréhension avant de suivre du regard le quatrième gardien tandis qu'il descendait vers l'arène. Ce cher Masque de Mort est en pleine forme aujourd'hui. Son air indécent sur le visage démontrait le dédain qui l'habitait quotidiennement.

A ses paroles, la future Balance rechigna. Elle déteste se confronter à cet homme et l'ironie dans ses mots concernant ses origines. Elle ne se démonta pas.

« Je suis aussi Grecque ! » se renfrogna la jeune-fille, « Tout comme toi Angelo ! »

« Mauvaise pioche Fujiya, moi suis 100% Sicilien ! » déclara fièrement Angelo, « Pas de graine aigrelettes Grecque comme ces fainéants ! »

Un vif mouvement de la tête désignait ses frères d'armes assis à l'ombre : Aiolia, Milo et Saga se redressèrent, touché dans leur orgueil. Shura et Aldébaran froncèrent les sourcils. Le roulement d'yeux de Camus bras croisés assis plus loin, ressemblait à un « Que les Dieux nous viennent en aide. ». Mu et Shaka furent interrompus dans leur conversation tant l'apparition du Cancer fut théâtrale. Mia occupée avec Ptolemy pour un défi du meilleur archer cessa ses lancés, quant à Aphrodite, il se contenta de fermer les yeux et remettre le nez dans sa rose. Elle le connaît l'animal.

« Et ne sois pas si familier, tu n'es pas encore une des nôtres ! » continua Angelo dans sa mission d'intimidation.

Fujiya grinça des dents. Elle n'avait plus d'arguments, ou c'était l'injonction de se taire qui ne passait pas. Doko tout comme les autres Saints savent qu'un jour elle rejoindra leur ordre et donc, ils faisaient abstraction de la formule protocolaire engageant les apprentis et les soldats d'être déférent avec les Chevaliers d'Or.

Angelo se dressait devant la brunette, arrogant et attendait une réponse. Cette dernière souffla et partit vers les marches de l'arène sans le regarder : « Je vais faire une pause, Maître Angelo. »

La suffisance à son égard insupporte Fujiya.

« Dans ce monde dominé par les hommes, les femmes doivent redoubler d'efforts pour être respectées. En particulier pour une femme chevalier. Alors restes fière Fujiya.» avait conseillé Aurora.

Le Cancer triomphant siffla entre ses dents et interpella Aiolia : « « Un duel, chaton ? »

Le Lion se contenta de dévisager son frère d'arme. Qu'il est agaçant le rital lorsqu'il émet ces surnoms puérils. Et Masque de Mort le sait très bien. Il aime provoquer le cinquième gardien. C'est tellement simple de le mettre en colère. Un peu comme le Serpentaire. Le Lion n'y va jamais de main morte et c'est ce qu'aime l'Italien.

Aiolia se dressa un brin colérique. Le 4ème gardien attendit que le poing destructeur du Grec s'abatte sur son visage.

« Plus tard le Crabe. » fit le jeune-homme glacial, « Je suis attendu par Marine. » Et avec l'assurance que lui conférait son rang, il prit la direction de la sortie des arènes.

Le Cancer ne put s'en empêcher et contre-attaqua : « Les femmes ! Une raison abjecte affaiblissant le commun des mâles. La preuve avec ces Amazones !»

Un silence pesant s'installa. Fujiya se pinça les lèvres et Mia plus loin, avait envie de lui envoyer une de ses flèches dans le derrière pour le faire taire.

L'ado chevronnée choisit de ne pas se démonter, la colère montant dans sa voix :« Bon, je vais t'affronter ! » Fujiya venait de revenir sur ses pas et provoqua en duel le ledit crabe.

Ce dernier jubilait.

« On dirait que j'ai touché un point sensible ! » renchérit l'Italien, « J'espère que tu vas donner de ta personne, je ne vais pas de faire de cadeaux, pseudo-balance plaquée or ! » rajouta le Cancer d'un ton lourd de menace.

« Assez ! »

« Je t'attend, petite ! » Il l'a saisi par le col, la soulevant à la hauteur de ses yeux pour mieux la détailler, « Extermines-moi avant que toute la communauté chevaliers-féministes de la 13ème maison ne s'abatte sur moi ! »

La plupart des guerriers levèrent les yeux au ciel. Mia surprise par tant d'insolence avait recraché tout ce qui lui restait de boisson sur le visage du pauvre Ptolemy qui n'avait rien demandé.

Le poing de l'apprentie ne rencontra que le vide comme elle fit le constat que le Cancer s'était volatilisé pour se retrouver hors de portée de l'attaque lui étant destinée. Il était cependant tourné vers elle, faisant face à la Japonaise. Fujiya repartit à l'assaut. Elle sut, dès le premier échange de coups que si elle voulait sortir victorieuse de ce duel incertain, ou ne serait-ce de toucher l'Italien, l'essentiel de sa force devrait être mis à contribution. Ses bras s'agitaient avec une grâce mortelle, ses pieds fouettaient l'air en tous sens, résolus à ne laisser aucun répit à cet arrogant dont elle voulait briser la garde. L'autre cependant se contentait d'esquiver chaque attaque, à la détourner, à la parer quand la gamine faisait preuve d'une adresse plus remarquable que d'ordinaire. Fujiya est promis à un destin de grande guerrière, cependant …

Alors que Shaka s'apprête à la mettre en garde, c'était trop tard, l'émotion pris le dessus sur la discipline enseigné par son vaillant maître Chinois. Angelo reporta son attention sur la jeune Balance mais à peine eut-elle le temps de dire « ouf » qu'elle se retrouve propulsée à la vitesse de la lumière au Yomotsu.

Ses camarades furent effarés. Les yeux agrandis de terreur des chevaliers se fixèrent sur la silhouette du Saint du Cancer.

« Angelo ! » gronda Shura de sa voix autoritaire, « Elle n'a pas même pas d'armure ! »

« Si c'est une vraie disciple du vieux là-haut, elle reviendra. » commenta le Cancer complètement détaché.

« Drôle de façon de lui faire passer une épreuve. » lança la Sagittaire, les poings sur les hanches.

« Fujiya maîtrise peut-être les pouvoirs d'un Saint d'or mais elle n'est pas prête pour ce genre de tour. » répliqua Milo.

« Justement ce test nous le dira. » une main sur la hanche, toisant presque d'un air supérieur ses homologues, ce sourire ironique plissant ses lèvres.

Une heure plus tard alerté par ses compagnons, un certain Doko faisait la morale à un certain crabe nullement concerné : « Tu as toujours été un chevalier à part Masque de Mort, mais là tu es allé trop loin ! »

Trop flegme pour s'embarrasser des bonnes manières, Angelo chassa ses mots d'un geste de la main comme s'il se débarrassait d'une mouche. A ses côtés, Fujiya fraîchement récupérée par Saga après sa visite touristique dans le puits des morts, était scandalisée au haut point par cette expérience. Tandis qu'elle agitait de sombres pensées en son for intérieur, cette dernière poussa un soupir qui exprimait tout autant la résignation que le soulagement d'avoir perdu.

« Je n'ai pas été à la hauteur, Maître Doko. Angelo a raison. » déclare-t-elle entre ses mâchoires crispées, au comble de la honte. Quitte à s'enfoncer, autant le faire jusqu'au bout, avec gloire et panache.

Doko arqua un sourcil en fixant son élève. Un court silence tomba uniquement entrecoupé des sanglots discrets de la jeune Japonaise.

« Nous en discuterons après. » asséna-t-il d'un ton qui, il l'espérait, ne souffrait aucune réplique.

La voix du Pope résonna soudain dans l'esprit d'Angelo et l'homme ne put retenir un soupir de mécontentement que cette nouvelle lui avait apporté.

« Et au fait Shion veut te voir, Masque de Mort. » déclara Doko sans ambages à son vis-à-vis, constatant que le vieux mouton l'avait contacté.

Angelo se contenta de le fixer un long moment, un sourcil interrogateur sans mot dire et haussa les épaules. Il effleura de l'index le nez de Fujiya avant d'ajouter : « Quand tu auras cette armure... si tu l'as .. Tu n'auras pas l'ancien schizo (en parlant aimablement de Saga) pour te repêcher ! Entraînes-toi mieux que ça. T'es pas en club de vacances ! Doko n'est pas assez dur avec toi, demoiselle ! »

Ce dernier soupira à son tour. « Merci pour ta bienveillance naturelle, Angelo. » se contente de répondre l'ancien guerrier en secouant la tête.

D'un geste vif, Fujiya attrapa le doigt de son homologue avant de le mordre assez fort pour que Masque de Mort pousse un juron dans sa langue natale avant de bouger son pauvre index dans tous les sens pour calmer la douleur.

« Je sais combien mériter une armure d'or est d'autant plus laborieux pour une demoiselle, » claqua la jeune intrépide, « Et je tâcherai de ne pas l'oublier dans nos affrontements futurs… » jugea bon de préciser Fujiya,« Et que je testerai une nouvelle attaque sur toi.»

Le Cancer s'était immobilisé et, tourné vers la future Balance, la scrutait avec une franche méprise dans le regard. Le concerné laissa finalement échapper un reniflement acéré. Doko lui sourit en coin.

Au bout du compte, Angelo n'avait rien répliqué, ne voyant pas l'intérêt, comme d'habitude et retourna à « ses moutons » car le doyen du troupeau l'attendait de pied ferme au Palais … et lui a passé un sacré savon.

Quartier des Argents, en soirée

Argol de Persée est soucieux mais ne laisse rien paraître. Il donne ses dernières directives aux soldats qui l'accompagnent dans les tâches de surveillance du secteur nord sous sa juridiction avant de rentrer dans sa demeure. Harassé après sa journée de travail, le chevalier d'Argent ôte son armure et s'affale sur le sofa de son salon. Il passe les mains sur son visage fatigué et jeta un œil par la fenêtre. Le Saoudien alla ensuite aux sanitaires et en ressortit dynamisé. Après un bon dîner, il se dirige vers la sortie. Il passe rapidement devant plusieurs chaumières de grandes tailles, prenant soin de camoufler son cosmo et gagna un large sentier de terre. Sur cette île qu'il aime tant, il y a toujours des endroits abandonnés des hommes emplis de ruines où s'accrochaient tant bien que mal une végétation rabougrie, grillée par le soleil. En s'approchant des falaises éloignées des bâtiments, on pouvait voir la grande étendue calme de la mer qui s'assombrissait en écho au ciel crépusculaire.

Après plusieurs minutes de marche, il n'entendait plus que le doux bruit des flots. Cette sensation le rassura. L'air iodé vient emplir les narines de l'homme qui se tient face à la mer indomptable sur cette falaise de l'île sacrée. Il descendit vers la plage et s'assit sur un rocher les pieds caressés par les eaux salées. Il observe le spectacle de la mer. La tension qui avait habité ses membres le quitta, et son dos s'arqua légèrement sous le poids des souvenirs. Son esprit était maintenant vide. Une étoile filante apparue vers la constellation du Serpentaire.

Le Saint de Persée aurait voulu assister ses compagnons dans cette guerre mais le Pope avait aussi besoin de vaillants guerriers sur son territoire. Aurora n'était pas présente au Palais et cela l'avait inquiété. Les chevaliers d'or lui ont rapporté, que, épuisée, elle n'était pas apte à gagner la salle du trône et Athéna lui a ordonné de rester au lit. Il appris également que l'impétueuse avait donné de son sang pour terminer la régénération de l'armure du Sagittaire en faisant totalement fi des protestations ou autres menaces de ces compagnons.

Lorsqu'ils firent connaissance il y a sept ans, Argol se souvenait avoir été soufflé par le magnétisme de la jeune-femme. Il avait été charmé par son sourire. C'est ce qu'il a toujours préféré. Les jeunes gens se sont rapidement entendus. Avec Asterion et Dante, Argol faisait partit du cercle du chevalier du Serpentaire si on ne compte pas le Saint de la Coupe Merio qui a grandi et fut formé à ses côtés. La savoir chevalier d'or n'étonnait pas Argol à l'époque bien qu'elle ne mettait pas toute sa puissance dans les entraînements. Persée saisit son secret mais ne révéla rien.

A force de se côtoyer, le Saint d'Argent s'attacha au Saint doré et cette personnalité décalée, l'excentrisme naturel peu présent dans la chevalerie. Et rapidement, cela se transforma en une autre chose qu'il fut incapable de comprendre. Un soir par exemple chez Dante lors d'une partie de cartes, elle rit si fort que son corset finit par craquer sous la pression, dévoilant une partie de sa poitrine. Argol s'est sentit rougir. Il n'est guère le premier à être surpris par l'impétuosité de la jeune-femme.

Lors d'une promenade dans les plaines arides du Sanctuaire, il avait repéré un cosmo familier. Il se rendit sur les lieux. C'est là qu'il vit la chose la plus érotique de sa vie d'homme : Aurora était parfaitement nue en train de se désaltérer au lac. Il pouvait distinguer sa peau hâlée, et surtout ses magnifiques hanches. Le jeune-homme s'était vite dissimulé derrière un large conifère. Il avait lutté de toute sa volonté, mais avait finalement cédé à la curiosité. Élancée, musclée mais pleine de féminité, l'anatomie de la portugaise n'avait rien à envier aux autres. Les formes de ses épaules, ses fesses, cette poitrine, ces tatouages sur sa peau ainsi que les rayures d'anciennes blessures à une vie d'entraînement était bien présents.

Il était étonné de son comportement et, en se dirigeant les quartiers des Argents, il se demanda pourquoi il s'était mis à espionner la jeune femme.
Il avait connu quelques conquêtes dans sa vie. En général les femmes du Sanctuaire étaient petites, parfois trop musclées. Le Saint du Serpentaire était le fruit défendu du Domaine. Sa position la plaçait hors d'atteinte.

« Même les plus sages sont dévorés par la beauté et endure les tourments de l'amour. »

C'est ce que lui avait dit Dante après une discussion pleine de sous-entendus. L'Italien comprit que son ami était tombé sous le charme du Serpentaire et que, visiblement, il n'en sera pas le dernier.

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Aurora se réveilla doucement. Un tissu imbibé d'eau tomba de son front. Quel jour était-il ? Quel temps faisait-il ? Tout cela, elle l'ignorait. Ouvrant péniblement ses lourdes paupières, elle remarqua uniquement qu'elle était dans sa chambre, et la douleur à ses jambes et ses bras lui rappela ce qu'il s'était passé : sa défaite face à Antiope, son don de sang pour l'armure de Mia et puis, le néant. Elle porta les mains à ses tempes et cligna plusieurs fois des yeux.

Elle se redressa soudain en sursaut. Elle eut un moment d'angoisse et porta la main à son ventre. Le cosmo du petit être est toujours là. Elle soupira de soulagement et rejeta le drap qui la couvrait, puis, elle s'assit sur le lit où elle avait été portée lors de son évanouissement. Elle voulut se relever mais elle tituba légèrement.

« Doucement, chevalier .. »

La voix du Scorpion résonnait. Le huitième gardien se tenait dans l'encadrement de la porte, vêtu de sa tenue civile du Sanctuaire. Aurora l'observa un instant : Milo est vraiment l'archétype de l'éphèbe grec avec son physique. Elle eut le droit à un sourire tendre et sincère.

« Comment te portes-tu ? » demande le Grec en passant la porte.

« Je sens mes forces regagnées mais .. c'est étrange c'est comme si une partie de moi m'échappait. »

« Tu n'as pas tout à fait récupérée.» Il fit rassoir Aurora et lui tendit une tasse de thé fait maison avec un accompagnement Tibétain, duquel elle pouvait humer les saveurs naturelles de la farine d'orge grillée :« Du premier gardien. » continua t'il.

« J'adore la Tsampa, Mu est adorable. »

« C'est un plat équilibré riche en protéines. »

Elle frissonna quand le liquide chaud descendit dans son corps, la réchauffant par la même occasion et s'empara d'un morceau de la collation avec délice. La main de Milo effleura le visage de la portugaise. Il osait après tout ce qui s'est passé. La proximité du Scorpion la troublait. Où est passée la droiture de ce dernier ?

Cette fois elle était résolue à mettre un terme à cette pantomime, songeant à leur dernier échange au Temple Niké, ces instants passionnels et interdits.

« Et toi comment vas-tu cher ami ? » balançait-elle pour couper court à cette tendresse déroutante.

Ce mot eut pour effet de refroidir le guerrier qui cessa son étreinte. Il pris ses distances et afficha une mine contrariée.

Aurora le constata : « Que t'arrives-t-il Milo ? »

Offusqué, le huitième gardien garda le silence, observant la brune de ses yeux perçants.

« Parles-moi. » insista cette dernière.

Il reprit contenance, néanmoins vexé et répondit : « Je t'ai avoué mes sentiments … et tu fais comme si rien ne s'était déroulé.»

«Ne dis pas cela.»

Le silence tomba comme une chape de plomb. Aurora retint un soupir et se leva. Puis elle se dirigea vers la commode en pin noirci. Celle-ci ne renfermait que des toges ou des chemises de nuit. Elle ferma les yeux et resta hagarde, ne sachant comme se comporter avec son ami.

Le huitième gardien se rapprocha, la sentant froissée : « Pardonnes mon impulsivité. » assura le Scorpion.

« Tu n'es coupable de rien. »

Elle se tourna à lui. Milo la fixait, attendant un signe de sa part. Aurora attrapa la main du Scorpion. Ses doigts entrecroisaient ceux de son ami. Des vagues parcoururent leur bas-ventre. Elle amena ses mains dans la chevelure du Scorpion.

Le silence. Ils ne savaient quoi se dire.

Un bruit au loin rompit le silence. Cet échange fut interrompu par un cosmo entrant dans la treizième demeure. Le Scorpion releva la tête. Aurora reconnu l'énergie et repoussa doucement son voisin.

« Aurora ? »

La voix du saint de Persée raidit cette dernière. Elle a beaucoup pensé à lui. Leur relation ambiguë molestait son cœur. Persée est doux, complaisant, attentionné avec elle. Bien-sûr devant les autres, ils ne sont qu'amis. Aurora sait parfaitement que Merio ou Asterion ont flairé leurs échanges nocturnes des derniers mois.

L'homme débarqua dans la chambre et constata la proximité de son rival avec le Serpentaire. Maître de ses émotions, il l'eut tout de même mauvaise. Ses yeux brillants ne laissaient aucun doute sur sa contrariété. La brune constata cette frustration derrière ce masque d'impassibilité. Rester neutre et sans émotion. Toujours. Les chevaliers doivent rester dignes.

Elle se redressa, si tant est que ce fut possible puis ajouta avec le plus de douceur dans sa voix : « Salut Argol .. »

« Saint de Persée. » s'exclama à son tour Milo.

Il rumina un moment de sombres pensées quand la voix de ce cher Saoudien le sortit de sa torpeur.

« Bonsoir Milo, je suis venue m'enquérir de la santé d'Aurora. Je ne l'ai point vu depuis son retour au Sanctuaire. » se justifia le Saoudien qui pensait trouver seule la Treizième à cette heure-ci.

« Je vais bien, cessez de me materner. » grogna quelque peu la portugaise en se levant.

Elle se dirigea vers les sanitaires. La silhouette voluptueuse se laisse deviner sous le tissu vaporeux de sa tunique, sans se soucier du regard des chevaliers dans son dos.

Ils se jaugeaient.

Milo et Argol n'ont jamais été amis, ni ennemis d'ailleurs. Ils se « battaient » pour posséder le Serpentaire. Les deux hommes s'affrontent du regard un instant.

« L'un de vous deux peut me ramener un dîner consistant ? » s'exclame alors une voix au loin.

Milo pivota pour répondre à la portugaise. Un sourire rassurant plaqué sur le visage, Argol le devança :« Je m'en occupe. »

La portugaise communiquait avec eux depuis les sanitaires, demandant des nouvelles fraîches, les derniers ragots racontés par les serviteurs. Alors qu'on allait lui répondre, l'un aperçut l'image de la jeune-femme dans le miroir. L'autre homme le remarqua également. Interdit par la scène en train de se jouer devant leurs yeux, ils ne purent s'empêcher de contempler, fascinés par les courbes de leur consœur dévoilant son corps dans la plus parfaite innocence aux regards des deux chevaliers déconcertés par ce naturel.

« Scorpion et Persée ? »

Les admirateurs sortirent de leur absence.

« On te laisse te rafraîchir. » ajouta Argol, entendant son amie ouvrir les voix d'eau de la salle de bain.

« Fort bien. » Doucement l'eau courante ruissela sur son corps. Elle ferma les yeux d'aise et se lava énergiquement, « Milo, on se voit demain ? » continua cette dernière.

« Souhaites-tu que je repasse te voir ? »

Elle reformula ses propos : « Je veux dire, au repas avec Shion. »

De nouveau rembruni il consentit sans ne rien démontrer : « J'y serai. » dit-il vexé de devoir laisser le Saint d'Argent en sa compagnie, « Argol .. » en le dépassant sans même lui adresser le moindre regard.

Profitant de son départ, le chevalier d'argent passa sa tête au travers du seuil de la salle de bain.

« Souhaites-tu quelque chose en particulier ? »

« Tu connais mes préférences culinaires, je te fais confiance. »

« Tes blessures semblent coriaces. »

« J'en ai vu d'autres. » déclara platement son interlocutrice.

« Je ne vais pas te faire la leçon, il me semble que des compagnons dorés s'en sont chargés. »

Il entendit sa congénère soupirer bruyamment d'exaspération. Il sourit en coin. Apparemment, la treizième l'a mauvaise cette défaite.

Son regard se perdit sur une horloge ancestrale, la grande aiguille glissa mécaniquement pour se retrouver à la verticale : il est huit heure du soir. L'eau cessa de couler.

« Argol passe-moi donc la serviette à ta gauche. »

Le jeune-homme fit un pas dans la salle et lui tendit à travers la porte, admirant au coin le chevalier d'or. La brune était sorti avec cette impudeur naturelle et s'essuya le corps devant le Saoudien.

« Tu comptes rester là ? Et mon repas ?»

Le jeune-homme se ressaisit constatant sa « léthargie » : « Je … vais te chercher cela. » bafouilla t'il.

« Tu me connais pourtant .. » ironisa cette dernière d'un rictus.

« Il vaudrait mieux que je sortes. » répondit l'homme piqué dans son orgueil de mâle.

Aurora le rattrapa par le bras, serviette nouée autour de sa taille, dévoilant l'imposante poitrine qui se colla à l'armure du Saint d'Argent impassible, et leva vers lui un regard indéfinissable. : « Voilà un piètre accueil en la matière, Persée. »

« Chevalier… » fit ce dernier, anticipant les réactions séductrices de cette dernière.

« Alors cesses de me dévisager comme si tu allais me dévorer, chevalier

Argol la considéra :« Pardonnes-moi de poser un tel regard sur toi. »

Il fit volte-face et gagna le chemin de la sortie.

Aurora lui lança fièrement: « Ça ne m'a pas dérangé. »

Il s'arrêta net quand il sentit le Serpentaire enlacer sa taille : « Tes mains me manquent. » souffla-t-elle à son oreille.

Il ferma les yeux, submergé par cette exaltation. Aurora faufila ses doigts sous l'armure et descendit furtivement sa main vers l'entrejambe du chevalier qui bloqua son poignet.

Devant le faciès inflexible d'Argol, elle dit à brûle-pourpoint :« Me détailler nue c'est sérieux peut-être ? »

« Tu semblais disposer à t'offrir au Scorpion. »

« N'importe quoi ! » s'agaça Aurora.

Sans se retourner, le chevalier annonça : « Je reviens après, j'espère que tu seras plus sage. » répliqua-t-il avant de quitter la pièce sans plus lui accorder d'attention.

Aurora le vit disparaître derrière la porte et balança, de colère, un oreiller par terre. L'imbécile, il lui résiste. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Plus tard, elle reçut le repas attendu … d'une employée du Palais peu loquace tendant à son interlocutrice le dîner royal. Elle osa un regard inquiet en direction du Saint d'or, la mine contrariée. La jeune servante voulait se ratatiner par terre, connaissant la fureur de la treizième surtout lorsqu'elle est de mauvaise humeur – ce qui arrive souvent.

D'un ton bourru et directif, Aurora lança pourtant à la cantonade :« Où est le Saint de Persée ? »

« Le Seigneur Argol m'a demandé de vous apporter ce repas ne pouvant se rendre en votre demeure, Dame chevalier. »

« Quoi ? » se contente de répondre la brune, la regarda avec une certaine incompréhension, comme si une telle éventualité n'était pas envisageable.

Puis elle pris sa respiration et répondit : « Bon... Merci. Pars maintenant. »

« Oui Seigneure Aurora. »

La jeune dame s'inclina et partit sans demander son reste sous les yeux las du saint d'or. Aurora grommela dans sa cuillère tout en dégustant le plat de son pays. Milo, Argol. « Quels boulets ceux-là ! » songea t'elle. Elle n'est pas coupable.

Elle ferma les yeux. Il fallait qu'elle arrête de penser à eux. Que la solitude était difficile à supporter lorsque l'on portait le poids d'un écrasant mal-être tel que le sien ! Elle toucha alors son ventre pour se rassurer, sentir le petit être en elle, puis expira doucement. Après quelques instants de réflexion elle se leva, épousseta sa robe des miettes de son repas et remit un peu d'ordre dans sa chevelure. Ensuite elle s'étira, les bras tendus devant elle, la tête roulant sur ses épaules et partit s'aérer l'esprit dans son jardin privatif.

A son retour, elle se rendit directement dans sa chambre, prenant soin de ne pas s'attarder dans la pièce principale, là où son armure d'or trône sur un piédestal. Lorsqu'elle referma la porte, une délicieuse fragrance flottait autour du lit. S'en approchant, Aurora vit une rose rouge, posée sur l'oreiller. Elle sourit.

« Merci Aphro. »

Quelques jours après.

A la nuit noire, une ombre pénètre discrètement dans le 13ème temple. Somnolente, la gardienne ressent la présence de l'intrus. Ses pas résonnent parmi les colonnes et atteignent la porte de sa chambre en un éclair.

La combattante bloque l'inconnu avec une lame près du cou et clame : « T'es-tu perdu chevalier ? »

« Toujours à vouloir dominer … » répondit la voix en lui retirant l'arme de la main.

« Tais-toi donc, et embrasses-moi ! » rétorque le Serpentaire.

« Voici un ordre très plaisant à exécuter. »

Aurora le pousse vigoureusement sur le lit, le regard fier et lubrique puis lui arrache son maillot. Elle laisse son regard errer sur les muscles saillants de l'homme et caresse doucement ce torse ciselé, cette peau hâlée. Elle défait ensuite sa tunique, laissant son corps nu à la vue du guerrier. Elle brillait tel un feu de forêt. L'âme de l'homme se fond du désir dont elle est ardemment pleine.

Il admire le paysage qui s'étend devant lui et admit : « J'ai te désire ardemment depuis ce matin.»

Aurora aborde un petit sourire : « Je t'ai dit de te taire chevalier de Persée ! »

Des mains puissantes agrippent la taille de son amante et caressent doucement la chute de reins de la jeune-femme puis s'attardent sur ce flanc qu'il apprécie. Son regard s'arrête un instant sur la poitrine voluptueuse. Les yeux de l'homme d'un bleu-vert immaculé observent la guerrière d'un œil amoureux. Il se rapproche davantage pour admirer cette grâce. Cette grandeur qui le trouble tant. Cette beauté embrasant ses sens. Argol ne s'en lasse pas. Il approche ses lèvres du nombril de sa partenaire et y passe délicatement sa langue, un de ses endroits érogènes. Tout en massant le bas de son dos, il frôle de sa bouche le long de son bassin et parcourt de sa langue ce corps offert. Les mains de Persée remontent vers les deux monts jumeaux en stimulant les boutons rigides. Qu'il les aime ces sculptures arrondies, aux formes dimensionnées pour ses mains. Ne tenant plus, il saisit de sa bouche avide les deux seins farouches qui dégorgent de délices. Aurora passe ses mains dans les longs cheveux du chevalier et bascule sa tête en arrière, soufflant de plaisir, elle ondule son corps.

Comprenant les intentions de sa belle, Argol passe ses lèvres dans le cou d'Aurora tirant un soupir de et lui donne enfin un baiser fougueux. Leurs langues s'entremêlent avec ardeur. Le Serpentaire se laisse aller et poursuit ses caresses sur la peau chaude de son amant. Elle aime ces jeux de langues, ce regard de braise, ces bras sécurisants, ses cuisses musclées. Enfiévrée au contact de la peau du Saint d'Argent, Aurora sent le membre dressé contre son ventre. Elle faufile sa main dans le pantalon du Saoudien et y pose ses doigts en massant l'extrémité. Argol ferme les yeux, savourant l'extase et guide Aurora avec des vas et viens, adoptant une cadence régulière. Les doigts s'enfoncent dans le bras de la brune, s'accrochèrent à ses cheveux.

De grognements montent dans la gorge de Persée à mesure que cette merveilleuse sensation prenait de plus en plus d'ampleur. La Treizième eut un petit sourire provocant puis se baissa et approcha son visage de cette source de chaleur qu'elle pouvait presque voir rayonner dans la pénombre. Sa langue remonta lentement le long de cette hampe de désir longue et épaisse, geste qui fut récompensé par un râle de surprise et de plaisirs mêlés. Se refusant à faire attendre son amant une seconde de plus, elle l'accueillit dans la chaleur humide de sa bouche. Après quelques minutes, la sensation est trop forte : Argol n'en peut plus. Il la veut toute entière. Il assoit la jeune-femme sur une table et tout en l'embrassant, il lui écarte les jambes avec détermination puis rentra fervemment en elle, faisant gémir la guerrière de surprise.

« Plus fort ! » lui souffle-t-elle à l'oreille, excitant davantage l'homme.

Il mène la danse et veut entendre sa compagne crier de plaisir. Argol entame alors un rythme lascif, et eut le bonheur d'entendre une fois encore les soupirs et les gémissements de sa bien-aimée se mêler aux siens. Plus rien ne peut les arrêter ce soir. Comme les précédentes, leurs étreintes vont durer une partie de la nuit : intense. A chaque ébat c'est la même chose. La passion n'a point décrue.

Au petit matin, la lumière du jour perce à travers les volets de bois et un rayon de soleil vient caresser la chevelure de l'homme endormi dans un lit double, son visage complètement détendu. Dans un faible gémissement, il ouvre faiblement les yeux. Il se laisse aller quelques instants, sa tête reposant toujours sur son oreiller, son regard perdu. Il s'étire comme un chat et finit par repousser le drap, découvrant son corps nu et athlétique.

Argol est retourné à sa demeure. Il ne veut pas Aurora seulement quand le soleil est couché. Argol l'aime tous les jours. Les nuits endiablées qu'ils passent ensemble depuis des mois le conforte dans ce sentiment de crainte. Et si elle voyait d'autres amants ? Non … Il ne pourrait le supporter. Depuis le retour du Serpentaire au Sanctuaire, ils ont peu discuté de leur avenir. Car il a bien vu le rapprochement avec le Scorpion et cela le met dans un état anxiogène avancé.

Argol ressent de l'amertume. Il était là avant les autres, ces spectres, ce chevalier d'Or. S'il est revenu du monde des morts, c'est pour vivre cette histoire. Mais pour le moment, il se prépare à une nouvelle journée ordinaire au Sanctuaire. Dans sa therme privative, il réalise que l'odeur de sa bien-aimée n'a pas quitté sa peau. Repensant à leurs ébats, il tressaillit.

Argol avait surpris son amante avec Nathalia, cette amie civile demeurant au Sanctuaire pour qui le Verseau a un penchant. Aurora s'interrogeait sur ses amours. Cette dernière avait demandé une audience à la princesse.

Athéna comprenait son mal-être : « Aurora, ne me demandes pas ma miséricorde, tu as suffisamment de sagesse en toi pour savoir ce qui est bon ou mal dans le cœur d'un humain. Tu es la représentante de toutes les femmes. Grâce à ta foi en l'amour, la paix a pu être préservée et tu as transmis ces valeurs à tes pairs. Ton cœur trouva son épanouissement lorsque tu te pardonneras à toi-même.»

Aurora se croyait foncièrement mauvaise en amour, sûrement sans espoir de rédemption. Dans son esprit, elle était seule et ne méritait pas les attentions. Ces fausses croyances avaient été implantées en elle tout au long des mois précédents.

Alors elle répondit à sa maîtresse : « Athéna, la passion me provoque tant de discordances. Comment dois-je aimer si je dois honorer ma propre constellation et men devoir envers vous ? Je tomberais en disgrâce.»

« Ce qu'il advient en dehors de ton devoir n'a pas lieu de susciter des calomnies. La destinée des femmes chevaliers me tient à cœur. Vous avez souffert pour être reconnue depuis les temps mythologiques, cachées parmi les hommes. Alors j'ai décidé que, désormais les femmes chevaliers n'auront plus à renoncer à leurs armures même si elles aiment un homme de leur ordre.»

Aurora en avait eu les larmes aux yeux. Athéna a enveloppé le Serpentaire de son aura chaleureux. L'enfant qu'elle porte sera libre. Maintenant, elle doit le dire au futur paternel .. La Guerre contre les Amazones à peine enterrée, et elle retrouve de nouveaux ses démons à affronter.

Pourquoi l'amour est si compliqué dans sa vie ?

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Le soleil était encore bas dans le ciel, aussi Aurora profitait de la fraîcheur matinale. Ces moments de solitude aux prémices d'une belle journée lui fait toujours le plus grand bien. Ou l'aide tout simplement à se détendre.

Elle est sortie de ses pensées par la voix de son apprentie : « Maître Aurora! Le Grand Pope a convoqué les chevaliers au Palais. »

Elle en a oublié cette gamine qui partage son quotidien depuis des mois. Elle aussi, est follement amoureuse.

« Merci Amaria. »

Le chevalier continue sa réflexion tout en sortant de son temple et commence l'ascension des maisons restantes vers le Palais. Elle ne fait pas attention au chevalier du Sagittaire qui la salue.

« Maître ? » s'exclamas Mia de sa douceur naturelle.

« Oh c'est toi. Pardonnes-moi je suis ailleurs. »

« Vous êtes-sûre ?

« Oui. » Répond le Serpentaire. « Et tutoies-moi, au nom du ciel. »

« D'accord … Je- vous .. » Elle se reprit: « Je te dois bien ça. »

« Tu ne me dois rien du tout. Je suis fière de toi, je n'ai pas eu l'occasion de te le dire. »

« Je ne serai pas devenue chevalier sans tes enseignements. »

« Gardes ton humilité. » sourit la brune.

« J'ai eu peur lors de cette guerre, pour toi, Shura et les autres. »

Aurora releva la tête et posa sur sa disciple un œil fixe :« La peur est un sentiment naturel. On passe tous par-là Mia. Moi aussi j'ai eu peur.»

« Je n'ai rien décelé dans votre cosmo pourtant. » fut surprise Mia.

« Mon expérience de chevalier … » répondit Aurora avec douceur,« Un chef militaire ne doit démontrer ses doutes afin de préserver le moral de ses troupes et réfléchir aux meilleurs stratèges pour gagner. Tu as sans doute été confronté à cela quand tu as dirigé les troupes, Mia. »

« Oui. » répondit la Sagittaire en hochant la tête, « J'étais déterminée et tout ce qui comptait c'est de garder la foi. »

« Aiolos doit être fier de toi. » ajouta Aurora. Son ancienne apprentie eut un timide sourire. Le Serpentaire lui tapa dans le dos : « C'était un combat fantastique en tout cas. »

Le reste du chemin se fit ensuite en silence. Mia fut étonnée, son maître est d'habitude plus bavarde. Plongée dans ses réflexions, Aurora atteignit le Palais sans véritablement avoir conscience du chemin parcouru. Lorsqu'elle leva la tête, elles pénétrèrent ensemble dans l'enceinte de l'édifice. S'engouffrant dans la grande bâtisse, elle rejoignit la salle du trône en compagnie de la Sagittaire.

S'arrêtant net aux portes de la salle du Grand Pope, Aurora reste muette, « Ce cosmo …. » songea-t-elle.

Les gardes s'inclinèrent et refermèrent les portes derrière elles. Tous les chevaliers d'or, d'argent et de bronze se tenaient devant Shion. Siégeant sur son trône, sa longue toge lui conférait un air autoritaire. Il fit signe d'avancer aux jeunes-femmes et de prendre place. Silencieusement, elles s'inclinèrent. Mia se met à côté de Shura et lui adresse un sourire espiègle. Le Capricorne répond par un petit rictus, ce qui n'échappe pas à Aurora. Plusieurs groupes s'étaient formés de part et d'autre dans la salle. Les bronzes se tenaient à proximité des Argents. Ils discutaient tranquillement.

Camus comme à son habitude était impénétrable. Son visage ne laissait pas transparaître la moindre émotion. Le Verseau regardait Milo. Celui-ci semblait différent. Il fallait avouer que Camus ne l'aidait pas non plus. Préférant laisser le Grec s'ouvrir de lui-même. Il avait toujours été solitaire, associable. Et pourtant le chevalier du Scorpion est son véritable ami, comme un frère.

Un peu plus loin, appuyé contre une colonne se tenait le Saint d'Argent de Persée. Son regard bleu-vert semblait visiblement perdu dans ses pensées. Il était assez inhabituel de le voir seul. Mais depuis quelques temps, il s'isolait plus que d'ordinaire et cela commençait à intriguer ses compagnons. Dante et Asterion ont des soupçons se portant vers le Serpentaire. Marine a également des réserves sur son collègue. Elle s'arrêta près de lui et jeta un regard circulaire à tous les autres chevaliers.

Elle rompit le silence.

« Que t'arrive-t-il, Argol ? Je ne t'ai jamais vu aussi solitaire. »

Il retourna son visage hâlé vers le chevalier de l'Aigle. Il poussa une mèche de ses cheveux châtains qui lui tombait souvent devant les yeux. Il soupira et lui dit à voix basse : « Quelques contrariétés d'ordre personnel. Je n'ai guère envie de partager ces doutes avec toi. »

La trentenaire ne fut pas surprise par la réponse du Saoudien. « Comme tu voudras … » consentit la jeune femme en posant une main réconfortante sur son épaule, « Si toutefois tu as besoin, n'hésite pas à venir me parler… »

« Merci Marine. » ajouta-t-il en souriant.

De l'autre côté de la vaste salle, un autre attire l'attention du Serpentaire. Mais Aurora ne le regarde pas. C'est inutile, elle sent tout à fait les yeux posés sur elle.

Cet homme se tenait fièrement parmi les émissaires. Il a de longs cheveux noirs, une peau caramel sans imperfection, le teint typé d'Inde avec des yeux légèrement bridés, marque de ses racines asiatiques. Il dispose d'une carrure impressionnante qui renforçait son éloquence sous une armure plus noire que la nuit. Un léger rictus ironique déformait ses traits. Tout laissait deviner chez lui un orgueil démesuré. L'Etoile Céleste de la Supériorité était bien choisie pour protéger Eaque.

Aurora tentait d'ignorer la silhouette de son ancien amant, « Quel charisme ! » pensait-elle, et se repris aussitôt, « Je dois résister à cet homme .. »

Shion met fin au suspense et entame quelques déclarations : « Chevaliers, comme vous le savez nos Royaumes préservent leur alliance avec succès depuis quelques années. Nous recevons cette semaine les ambassadeurs du Royaume des Ombres : le Juge Eaque de l'Étoile Céleste de la Vaillance, accompagné de Valentine de l'Étoile Céleste des Lamentations. Veuillez également accueillir le Général Kanon du Sanctuaire sous-marin ainsi que Hagen de Merak, Guerrier Divin d'Asgard. Je demande à ce qu'ils soient bien accueillis comme nous savons le faire et que leur séjour leur soit le plus plaisant possible..»

Shion leur prodigue l'organisation de la semaine. Après quelques minutes de monologue, il conclut enfin : « Si tout est clair pour vous tous, je vous laisse retourner à vos postes. En fin de semaine, un apprenti deviendra chevalier de Bronze. J'aimerais que deux d'entre vous secondent le chevalier du Serpentaire dans ses tâches. Aurora, j'aurais besoin de toi pour divers devoirs au Palais.»

Aurora souffla. Elle déteste quand Shion fait ça devant tout le monde, la couver comme une petite-fille. Devant l'auditoire, c'est son Maître auquel elle doit respect et discipline. En dehors du cercle chevaleresque, elle lui dit sa façon de penser. Bon, pour la dernière guerre il a raison dans un sens, elle est affaiblie.

Quelque peu contrariée, elle répond : « Votre Excellence, je peux faire les deux : entraîner les recrues et vous aider. »

« Négatif. Tu as besoin de repos. »

« Mais … » poursuit Aurora, interrompu par son Seigneur qui s'y attendait.

«Et tu escorteras les émissaires du Royaume souterrain pour les missions diplomatiques. Tel est ton rôle de Générale des troupes d'Athéna. » termina le Pope d'une voix ferme.

Aurora fit mauvaise mine : « Entendu. » Elle lâcha une mine boudeuse au Grand Pope.

Quelle entêtée ce chevalier. Oser récriminer devant l'assemblée. Aurora n'a aucune envie de jouer les gentilles guides pour Eaque et Valentine : le premier va bien évidemment tenter de la séduire dès qu'une occasion se présentera et le second est d'un caractère antipathique.

En voyant la treizième offensée, Eaque la fixe plein d'arrogance. Cette dernière le remarque et si un regard pouvait tuer, le Garuda serait mort dans d'atroces souffrances.

Quand tout le monde prit congés, Shion interpella le Serpentaire : « Chevalier, j'aimerais échanger avec toi. »

La 13ème souffla intérieurement. Que lui veux encore le vieux Bélier ? Dans ce domaine, les désaccords exprimés étaient moins à craindre que ceux qui germaient en silence au fond des esprits.

Comme celui du Serpentaire et de deux hommes : Persée et Scorpion.

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Totalement affalée sur sa chaise, jambes tendues devant elle, les doigts tapotant sur les accoudoirs, Aurora regardait Shion avec l'intention de garder la bouche fermée. Ne semblant pas s'offusquer de l'insolence évidente du Serpentaire, le Pope mettait de l'ordre dans ses dossiers. Les piles pour tout ce qui concerne le fonctionnement du Sanctuaire à gauche, et à droite les demandes de modernisations. Bien-sûr, l'idée d'installer internet à Rodorio venait des jeunes élèves et Aurora avait soutenu l'idée en tant que fervente utilisatrice des moyens modernes.

« As-tu l'intention de me séquestrer encore longtemps ? » s'exprima alors Aurora.

« Finalement tu as retrouvé la parole. J'ai bien cru que Shaka t'avait retiré un sens. »

Cette dernière se renfrogna, le Pope n'a pas perdu son sens de l'humour. Le Jamirien se leva de son bureau, en fit le tour puis pris une chaise qu'il installa à droite du Serpentaire.

Il observa son chevalier : « Aurora, tu ne sortiras pas d'ici tant que nous n'aurons pas eu une discussion. »

Le regard clair la transperça de part entière. Il se dégageait de cet homme, ce père de substitution une force indéniable. Il n'était pas surprenant qu'il ait repris sa place de Pope au sein du Sanctuaire il y a des années. C'est un grand homme.

« Je vais bien. » répondit-elle.

Même s'il ne le montrait pas, Shion s'inquiète pour le Serpentaire. Il n'avait pas su détecter à temps la schizophrénie de Saga avec toutes les conséquences que l'on savait. Il ne voulait pas d'une nouvelle catastrophe. Le Bélier avait aussi sa part de culpabilité. Aurora peut être imprévisible.

« Le guérisseur du Sanctuaire veut que tu te rendes à Athènes pour plus d'examens. »

« … Je t'ai dit que je suis un peu fatiguée. »

« Ce n'est pas anodin. Nous devons savoir quelle est la raison qui pousse ton cosmo à faiblir. »

« Je ne pense pas qu'un généraliste va découvrir la raison de cette perte d'énergie. A moins d'avoir un doctorat spécialité chevalier d'Or.» affirma cyniquement la gardienne de la 13ème maison.

« Aurora …. » repris la Bélier : « Athéna sent ton cosmo inhabituel. Il est fort probable que les réponses à nos questions se trouvent ailleurs que dans tes pouvoirs. »

« C'est d'accord. Mais je ne veux pas que mes camarades soient au courant.»

Il est vrai que la guerre contre Demetria a été bénéfique dans un sens : tous les chevaliers sont unis. Aujourd'hui, la leçon a été retenue.

Shion sait parfaitement que la grossesse du chevalier est la cause de ces maux mais il se contente de regarder sa fille adoptive qui ajouta : « Puis-je disposer à présent ? » maugréa la guerrière.

« Je tiens à te mettre en garde sur tes agissements personnels. »

« En quoi cela impacte le Sanctuaire ? »

« Je n'ai rien dit de tel. »

« Alors je sais où j'en suis. »

Elle regardait ce bracelet tressé à son poignet. Argol lui avait fait faire lors de leur première histoire. Shion sentit l'amertume de son chevalier : « J'ose espérer que tu sais ce qui est bénéfique pour toi. »

Il n'y avait aucune accusation dans son regard, aucune colère. Il prenait juste ce ton un peu trop paternaliste du point de vue de la brune.

L'Atlante ne se démonta pas face au mutisme de son chevalier : « Je faisais référence à tes sentiments pour le chevalier de Persée. Nous avons déjà eu ce genre d'échange.»

« Oui, Shion.»

Il ne se sentit pas le cœur de la détromper et la regarda quitter la salle, ne s'autorisant à pousser un soupir que lorsque la lourde porte se fut refermée et qu'il fut seul, libéré pour la journée.

Milo, Argol .. En parlant de ces deux-là, sitôt sortie de son entrevue avec le Pope, elle croisa le Scorpion et Persée. Elle crut défaillir : un échange animé avait lieu entre les deux hommes sur les marches menant au 12ème temple.

« Je ne crois pas que cela te concerne.»

« Comment expliques-tu son cosmo étrange ?»

« Cesses donc de la solliciter. » grogna le huitième gardien.

« Tu es sans doute mal placé pour le savoir. » pesta le chevalier d'argent.

Le Scorpion avait bien envie de lui envoyer ses quatorze coups d'aiguilles écarlates pour le faire taire.

« Ce n'est pourtant pas moi qui emprunte le sentier secret des douze maisons pour rejoindre le temple du Serpentaire ! » lâcha le Scorpion d'un ton glacial.

Argol se retint de lui flanquer une droite.

La brune se dit qu'il est temps d'intervenir et rejoignit les chevaliers voyant une furie foncer sur eux. Sa mauvaise humeur était perceptible à dix mètres à la ronde, même au commun des mortels.

« Non mais, ça va pas vous deux ? Je ne veux pas de conflits internes dans ce Sanctuaire. »

Milo n'a pas quitté Persée des yeux. Les deux hommes se défient tel deux prédateurs.

La treizième lève les yeux au ciel : « J'ai dit ça suffit ! »

Elle se mit entre eux. Argol abandonna l'idée de transformer son rival en pierre et reprit sa marche en direction du camp des Argents. La brune le rattrape par le bras : « Persée, où vas-tu ? J'ai à te parler. »

« Nous le ferons plus tard. »

« Pas question, tu attends. » ordonna t'elle.

Elle se tourne ensuite vers le Scorpion : « Demain je serais absente. Je te confie mes apprentis. Puis-je compter sur toi ? »

Ne quittant pas Argol des yeux, le Grec répondit : « Bien évidemment. »

Il vit volte-face et s'engagea sur le chemin menant aux escaliers. Aurora fait signe à Argol de patienter quelques instants et rattrapa le Grec contrarié.

« Milo … » dit-elle alors, la voix plein de repentance, espérant un regard de la part du 8ème gardien.

Le simple fait qu'il l'appelle par son prénom fait jaillir des frissons au Scorpion dans tous ses membres. Il n'y a qu'elle pour lui faire cet effet-là.

Aurora pose sa main sur son bras, geste signifiant beaucoup pour elle : « Milo, passes me voir.»

Toujours de dos, il tourna la tête et répondit : « N'as-tu pas mieux à faire … »

« S'il te plaît. »

« Bien, je viendrais. »

Satisfaite, elle revint vers Argol et l'entraîna en sa demeure. A peine entrés dans la salle à vivre, elle lui prend la main. Elle le fit asseoir.

Aurora prend une mèche de cheveux dans ses doigts : « Jalal... »

Il se tendit comme une corde d'arc. Il n'allait pas aimer ce qui allait suivre, il en était persuadé. Lorsque Aurora le nomme par son prénom civil, c'est que quelque chose d'important était en jeu.

Ne résistant pas à poser ses lèvres sur les siennes, il fait tressaillir le Serpentaire : « J'aime tes baisers mais tout le monde rentre en ma demeure sans frapper !»

Argol afficha un sourire complice. Aurora pris soin de fermer toutes les portes d'un revers de la main. Elle démontra ensuite une mine plus grave et regarde Persée dans les yeux.

« Qu'as-tu à me dire ? » s'exclama Argol qui commence à s'interroger.

« Tu es fort soucieux. »

« C'est pour cela que tu m'as venir ? » répondit le jeune-homme avec dureté.

« Entre autre. Je ne vais pas tourner autour du pot. » répond Aurora.

« Je t'écoute. »

« Comme tu le sais, je suis fébrile. » commença-t-elle, « Pour des tas de raisons. Écoutes, je vais faire plus d'examens. J'aimerais que tu m'accompagnes.»

Suspicieux, le Saoudien demande : « Quels genres d'examens ? »

Aurora toussota : « Des examens sanguins, entre autre et.. euh .. une échographie. »

Il essaya de capter son regard. Peine perdue, elle cherchait visiblement à lui cacher quelque chose.

« Une échographie ? »

Décidé à en avoir le cœur net, il s'approcha et, prenant son menton dans ses doigts, l'obligea à lui faire face.

« Aurora ? »

Elle prit une longue respiration et avoua finalement : « Je suis enceinte, Jalal

L'homme n'exprima aucune réaction. Son silence était lourd de sens. Il était stupéfait. Muet. S'il avait pu se pétrifier lui-même, il aurait gagné le concours de la meilleure statue de pierre en tout point de vue.

Les secondes parurent interminables pour le Serpentaire. Le Saint d'Argent avait tout plein de choses qui lui traversaient l'esprit en même temps. Les mots « enceinte » résonnent fort dans son esprit.

Il s'adresse à Aurora : « Est-il vraiment de moi ? »

Sa gorge se noua d'émotion. Pourtant son regard resta de marbre. Il n'avait pas le droit de se montrer faible…

« Que veux-tu dire ? » rétorqua le Serpentaire froissée.

« Sois plus concise. »

« Je porte ton enfant. Je ne me suis offerte qu'à toi ces derniers temps.»

«Et pas à d'autres prétendants ? »

« Comment oses-tu en douter? »

Le chevalier réfléchit un instant. Elle était sincère, mais il devait l'entendre de sa bouche. « C'est un Saint d'or que je porte. Pourquoi me prendrait-il ma puissance ? »

Argol dévisage la future mère : « Alors c'est pour cela que tu souhaites ma compagnie … »

Ouf, il n'est pas partit en courant. Aurora soupira de soulagement.

Il ajouta : «Nous avons pris nos précautions. Comment est-ce possible ? »

« Seul les Dieux le savent. » répondit-elle,« Moi Aurora, Saint d'Or du Serpentaire va pouponner alors que j'étais encore à moitié morte il y a quelques temps ! »

Sentant la brune stressée par la situation, le Saoudien lui assura « Je me chargerai de son éducation. Il n'y a pas de raison que tu l'élèves seule. » assura t'il.

« Cela veut dire que tu me soutiens ? »

« Aurora, je fais bien d'étranges rêves. J'ai le sentiment que nous n'avons pas tout vécu. »

« J'ai eu cette sensation aussi. »

« Je donnerai ma vie pour toi. »

« Ne sois pas idiot.» répliqua t' elle en caressant les cheveux, « Mon cœur est en proie à des craintes. Je ne veux pas te faire de mal car je tiens à toi.»

« Reviens-moi. »

« Athéna m'a confiée être ravie que je sois la première à assurer la prochaine génération de chevaliers d'or. »

« Je m'occuperai de toi et du bébé. Je resterai un chevalier loyal et un père. Je n'ai jamais cessé de t'aimer Aurora..»

La brune versa quelques larmes. Son Argent est adorable. En ces temps difficiles pour elle, elle ne veut plus s'interroger. Argol est le père de son enfant. C'est forcément la meilleure résolution.

Alors le lendemain, c'est avec joie – et non sans appréhension, qu'il l'accompagne comme convenu à une clinique conseillée par la Fondation Graad. Durant la première partie de la matinée, elle subit des batteries d'examens en tout genre. Durant les actes, Argol restait sereinement à ses côtés. Il remarque avec amusement que sa compagne a une sainte horreur des hôpitaux.

Alors qu'ils attendent les résultats à l'extérieur de l'enceinte, le Serpentaire propose au Saoudien de se désaltérer dans un café. Ils se contentent de regarder les passants en terrasse, se tenant par la main comme un jeune couple ordinaire et discutent de chose et d'autre en toute simplicité.

« Tu sembles plus détendue. L'air de cette ville a un effet positif sur toi. » constate Argol à l'attention de la brune.

« Oui. J'aime Athènes. J'ai tant de souvenirs. » sourit-elle en regardant l'homme.

Elle le dévisage de façon bienveillante et amoureuse.

« Qu'il y a-t-il ? » demande son amant.

« Je n'ai pas pour habitude de t'admirer vêtu de la sorte. Tu ressembles à n'importe quel bel homme moderne.»

Argol sourit. C'est vrai qu'il sort rarement du Sanctuaire et quand cela arrive c'est parce qu'il est forcé par ses camarades. Aurora est une habituée à cette société. Elle aime la vie en dehors du Domaine Sacré et en connait les facettes. Ce n'est pas pour autant qu'elle pourrait y vivre, trop accoutumée à la vie du Sanctuaire car elle préfère aspirer à une vie loin de l'agitation moderne.

Et puis observer le père de son enfant habillé d'un jean et d'une chemise près du corps le rend terriblement attirant. Elle devine les courbes de sa musculature du haut de son mètre 88, les cicatrices des combats lui donnant un air plus viril qu'il ne l'est, son regard bleuté à foudroyer n'importe quelle femme. Cet air oriental fascinant. Sa peau hâlée, et enfin de longs cheveux châtains qui s'agitent sous le vent. Elle se dit qu'elle a de la veine. Surtout que la plupart des femmes lui jette un regard. Argol lui demande à nouveau ce qu'il l'a fait sourire ainsi.

« Tu ne te rends même pas compte que les femmes te dévorent des yeux ! »

Le Saoudien lui offrit un petit sourire : « Et toi tu n'as même pas remarqué que ses hommes se retournent sur toi et que je me retiens de les pétrifier. »

Aurora ricana. Elle s'est habituée à la possessivité d'Argol.

Ils passent donc les heures suivantes à flâner dans les rues d'Athènes. Prise d'une étrange envie de moderniser la garde-robe d'Argol, la portugaise l'emmène dans une boutique, ce qui ne plaisait guère à ce dernier mais force était de constater que cela faisait le plus grand bien à Aurora. Alors il ne broncha pas. Il ferait n'importe quoi pour qu'elle soit heureuse.

Lorsqu'ils retournent à la clinique, l'obstétricien lui fait part du bilan de ses examens : « Melle, vos analyses sont tout à fait normales. Vous êtes très anémiée mais rien de plus normal au premier trimestre de grossesse. Vous semblez néanmoins tendue. Avez-vous des habitudes quotidiennes qui vous amène à un grand stress ? »

Argol haussa un sourcil. Ce à quoi Aurora répondit : « Ces derniers temps oui. »

« Quel métier exercez-vous ? »

La portugaise répondit sans sourciller : « Je suis responsable d'une société de sécurité et militaire de réserve. »

Son amant eut un rictus. Elle semble parfaitement préparée à ce type de questions.

Le professionnel poursuit : « J'ai remarqué que votre corps vous tire la sonnette d'alarme. En vue des multiples marques et des anciennes fractures que vous comptez, vous ne prenez pas soin de vous, j'en conclu que vous aimez les sensations fortes, les sports extrêmes peut-être ? »

« C'est exact. Le grand P… » elle se reprit : « Mon patron et mes proches me disent que j'exagère. Je suis casse-cou. »

« Vous devez cessé toutes ces activités. Pour la santé de votre bébé et surtout la vôtre ! Reposez-vous.»

« J'ai bien failli mourir plus d'une fois ! » lança-t-elle spontanément, ce qui surpris le médecin qui ne releva pas.

Ce dernier rédige un courrier ensuite et après quelques instants il annonça au couple : « Maintenant suivez-moi. Je vais vous déterminer ainsi à quel stade de grossesse vous êtes. »

« Mr m'accompagne, ce n'est pas négociable. » prévint t-elle de son air directif habituel comme si elle était au Sanctuaire. Ce qui amusa Argol qui décidément, apprécie les sorties en sa compagnie.

« Je vous en prie. Je suppose que vous êtes le futur père ? » demande le médecin.

Argol hocha la tête.

Ils entrent dans une vaste pièce blanche avec divers appareils qu'il n'a jamais vu de sa vie. L'attention d'Argol fut attirée par cet espèce de matelas en plastique disposé sur une table longue à environ 1m30 du sol d'où deux reposes pieds en forme de pince s'élevait au bout de la couche. Aurora lui explique la fonction de cet étrange engin à l'oreille, ce qui fit sursauter le chevalier d'argent.

Le médecin allongea la portugaise et lui demanda de relever son haut. A peine eut-il le temps de s'approcher que le premier réflexe d'Argol fut d'empoigner la main du pauvre docteur. Comment ose-t-il toucher l'amour de sa vie ?

« Ce messieurs va me mettre ce liquide pour poser une caméra sur mon ventre … » rassura la brune en lui caressant la main.

« Je suis un peu nerveux. » constata le chevalier de Persée en retirant sa main.

«C'est tout à fait normal. Vous avez une sacrée poigne en passant, jeune-homme. » assura l'homme à Argol.

Le médecin mis l'appareil en route et une image plutôt floue apparue sur l'écran à gauche du couple. Pendant de longues minutes, le docteur ne dit rien.

Au bout d'un moment, Aurora s'impatienta : « Docteur, que voyez-vous ? Votre silence m'angoisse.»

« Veuillez m'excusez pour cette attente. Et regardez, là. » en désignant une forme pas plus grosse qu'une noix : « C'est votre bébé, il suce son pouce ! »

« Par Athéna ! » s'exclama Argol, qui tente par tous les moyens de contenir ses émotions.

« Oh, il bouge beaucoup. Est-ce qu'il va bien ? » demande la future mère.

« Il est en excellente santé. Vu sa taille et votre taux d'hormones, je dirais que vous êtes à 12 semaines de grossesse. Ce qui correspond à 2 mois révolus. Félicitations ! »

« Mon Dieu, Jalal ! Regarde, tu le vois aussi ? »

Son compagnon acquiesça de la tête. Le médecin ne pouvait le constater car seuls les êtres exceptionnels comme les chevaliers ressentent ce genre de chose : le cosmo. L'enfant qu'elle porte dégage une énergie. Bien vivante. C'est le signe que c'est bien un enfant du Sanctuaire, autrement dit, un futur serviteur d'Athéna. Argol ignorait que c'était possible autant de magie dans un si petit être.

Aurora s'adressa au médecin : « Vous pouvez nous sortir des photos de tout cela ? »

« Bien-sûr. » répondit ce dernier. Il fit signe à sa patiente de se rhabiller.

Il s'assoit à son bureau et pose son diagnostic : « Si j'en crois l'échographie, et vos dires sur vos dernières règles, la conception a eu lieu vers le 8 février. Votre enfant devra naitre aux alentours du cinq novembre. »

« Un Scorpion ! » s'exclama fièrement Aurora.

Argol est certain que ce bébé est de lui à présent. Il se souvient de cette date, ce soir où complètement alcoolisés après une mission, ils avaient passé la nuit la plus folle de leur existence dans la contrée Égyptienne avec Merio, Dante et Capella. Ils avaient eu remontrance du Pope qui bien évidemment savait parfaitement que le Serpentaire et Persée couchaient ensemble. Ses amis avaient accusé Aurora de les avoir « dévergondé ».

Le médecin sortit le jeune-homme de ses pensées : « Monsieur ? Vous m'entendez ? »

« Je vous écoute.»

« Avez-vous des antécédents familiaux, maladies, allergies, problèmes quelconques ? »

« Je suis orphelin. Je n'ai jamais connu de soucis de santé. »

« Et vous Melle ? » continua le professionnel.

« Je suis également orpheline. Mais je peux vous assurer que nous sommes solides tous les deux. »

« Vous semblez très endurants en vue de vos allures athlétiques. Quels sports pratiquez-vous? »

Argol et Aurora se regardent. Elle répond ensuite : « Euh .. Un peu de tout Docteur. Course, saut en hauteur, escalade, arts martiaux, boxe, escrime, musculation, danse pour moi. » toussota-elle.

Ce médecin ne peut évidemment pas comprendre qu'elle fait référence à tous les interminables rudes entraînements que chaque guerrier doit honorer quotidiennement.

« En effet, vous êtes très sportifs. Mais pour votre bébé, vous devez pratiquez des sports plus doux comme le yoga, la natation ou la gym douce. »

« C'est une blague », pensa fort Aurora, « En quoi les arts martiaux sont-ils dangereux ? » demande-t-elle, sceptique.

« Si vous recevez un mauvais coup, ça peut être fatal pour l'enfant. » répondit le docteur.

Aurora a vu pire qu' un simple coup de poing… « Mais je … »

« Je veillerai à ce qu'elle se méninge. » coupa Argol.

« Pouvez-me dire quels âges vous avez ? »

« Eh bien, j'ai 24 ans. »

« Moi aussi. » répondit Persée.

« Je vous ai entendu évoquer le signe astrologique de votre bébé. Vous croyez à ces histoires d'horoscopes ? »

« L'astrologie définit l'énergie et la personnalité des êtres sur Terre. Tout ce qui touche autour sont des fadaises inventées par l'homme pour vendre. Nous sommes heureux que notre enfant voit le jour en novembre. » assura Aurora joyeusement.

« J'ai une dernière question pour compléter le dossier, j'ai besoin de connaître vos origines ethniques à vous et votre mari. Avez-vous des informations ? »

Argol lui sourit : « Nous ne sommes pas mariés .. » envoyant un tendre regard à sa dulcinée.

« Vous avez dit mari ? Par tous les Saints ! »

« Pardon, je voulais dire, votre compagnon ? » se reprit le médecin.

« Nous avons une vision très forte de l'union maritale et n'y songeront que lorsque Ath-.»

« Oui oui on verra ça, n'est-ce pas, bébé ? » interrompit Aurora en lui envoyant un coup de coude.

Ils sont dans une clinique privée, ils doivent faire comme n'importe quel humain. Argol soupira : il l'avait oublié.

« Pour vous répondre, je suis née au Portugal. Nous sommes issus tous deux de familles pauvres. Nous avons été recueilli dans un orphelinat après la mort de nos familles. J'ai grandi ici.»

« Et vous Monsieur ? »

« Ma mère était Saoudienne. Je suis né près de Riyad. J'ai grandi dans un orphelinat en Autriche. J'ai rejoint la Grèce après mon entrai… (Il se reprit)à mon adoption alors que j'avais 6 ans. »

« C'est un beau mélange culturel. Je transmet cette lettre à votre père, Mr Shion qui vous envoi de la part de Melle Kido, c'est cela ? »

« Oui. Notre santé est précieuse à ses yeux.» répond -elle non sans raillerie.

« Je vous laisse rentrer chez vous. Écoutez bien mes conseils et tout ira bien. Mangez sainement et pas de stress n'est-ce pas ? Je vous revois dans trois mois pour la prochaine échographie.» en serrant la main du couple qui remercie le professionnel de la santé.

Sur le chemin du retour, alors qu'il quittaient l'enceinte de l'hôpital, Argol s'exclama ironique : « Le Seigneur Shion, ton père ? »

« C'est lui qui m'y a envoyé. la fondation d'Athéna est liée à cette clinique. Et on a intérêt à se faire discret. »

« Je le sais. » dit -il en lui caressant le ventre : « Je vais être père. J'ai tant besoin de partager cette joie avec tout le monde.»

Aurora caressa la main de son amoureux. L'avenir s'annonce serein.

« Je n'aurais pas cru cela un jour ! » dit gaiement Aurora : « Maintenant ramènes moi à mon temple, chevalier servant ! »

« A vos ordres ! » s'exclama t'il en la prenant dans ses bras, amusé.

Pendant ce temps au Sanctuaire, Eaque se prélassait sur un fauteuil dans sa chambre, un verre de vin à la main. Avoir revu Aurora l'a secoué comme il le craignait et c'est à peine si elle lui a jeté un regard à la salle du trône la veille. Il se remémorent son entrevue avec le Seigneur Hadès quelques jours auparavant.

Il venait de juger la dernière âme de la journée. Il est retourné à son bureau rédiger des rapports et remplir des registres. Il avait donné un repos à ses subordonnés, il ne souhaitait pas être dérangé. Il voulait rester seul. Debout face à la fenêtre, il s'évadait, et resta là sans bouger, le regard perdu dans le vague. Il soupirait à intervalle régulier comme s'il voulait se libérer d'un poids. Quelque chose le tracassait, le minait au plus fond de son être. Quelqu'un frappa à la porte de son bureau, le faisant sortir de sa torpeur.

« Entrez ! » dit sèchement le Juge sans se retourner.

« Le Seigneur Hadès vous demande. » fit un garde genou à terre, la tête baissée en guise de déférence.

La Garuda se retourna et toisa le sous-spectre venu le déranger : « Tu peux disposer. »

Le garde quitta les lieux avec discrétion tandis que le Garuda rangeait son bureau avant de se rendre au Palais du Souverain.

La lourde porte de la salle du trône des Enfers s'ouvrit. Le juge pénétra dans la pièce et s'avança jusqu'au milieu. Il s'inclina respectueusement devant son Monarque et ne se releva que lorsque le Dieu l'y invita : « Eaque, je t'ai fait demander car je me fais du souci pour toi. Depuis cette guerre Amazone, tu es différent.» commença Hadès. Le Garuda pris un air interrogateur. Le Seigneur Noir sourit : « Que se passe-t-il ? »

« Ce n'est pas le genre de choses que je souhaites aborder avec vous, Majesté. » répondit courtoisement Eaque.

« Je me doutais que tu répondrais cela, mais je te le redemande, as-tu un souci quelconque ? »

« Non, Seigneur. Tout va bien. »

« Est-ce en rapport avec ce Saint d'or d'Athéna ? » insista le Dieu.

Eaque pris au piège ne répond pas. Voyant le mal-être de son Juge, Hadès intervient : « Eaque, pour ton bien, et celui de nos Royaumes, je te demande d'aller parler à cette femme. C'est bien elle qui te trouble, n'est-ce pas ? »

« On ne peut rien vous cacher. » fit le Garuda.

« Tout le monde te craint tant ton cosmo est instable. Tu vas te rendre à la surface avec le subordonné de Rhadamanthe. Tu prendras ce séjour comme un repos.»

Le juge dut accepter à contrecœur. C'est vrai qu'il dormait peu ces derniers temps. Qu'il regrettait ses actes envers Aurora, qu'il a eu peur pour elle durant la guerre. Hadès en conclu que ce qui tourmentait son Spectre devait être bien plus important qu'il ne le supposait. Il fallait beaucoup pour déstabiliser son Général. Le Népalais doit régler cela. Régler le tourment qui le ronge depuis longtemps.

Le lendemain, il prépara ses affaires pour le Sanctuaire : tenues d'entraînement, tenues civiles, nécessaire de toilette, un bon livre et des dossiers pour le Pope. Il était prêt. Il donna ses prérogatives à ses sbires. Ses frères sentirent leur cadet en proie à de forts sentiments contradictoires et n'en rajoutèrent pas, ordre d'Hadès.

« Je vais m'absenter quelques temps pour mission diplomatique. Tu seras sous les ordres de Rhadamanthe. Je te laisse le soin de veiller au bon fonctionnement de la 6ème prison. » explique Eaque à sa subordonnée, Violate.

« Comptez sur moi. » puis de reprendre, voyant son Roi finir de se préparer : « Quelle genre de mission diplomatique Monseigneur ? »

« Je suis attendu au Sanctuaire. Sa Majesté dans son immense bonté, souhaite que je me ménage un peu. »

En entendant les mots « Sanctuaire », Violate tiqua.

Elle déteste lorsqu'il se rend pour la Grèce. Elle sait que cet endroit est le talon d'Achille du Garuda. Son maître renferme toutes ses craintes et ses frustrations lorsqu'il les emporte avec lui dans ses rendez-vous clandestins en Grèce. Elle sait qu'il aurait pu refuser, laissant la place à un de ses frères. S'il n'a jamais daigné de s'abstenir d'aller là-bas, c'est pour une simple et bonne raison : aller la rejoindre.

Que peut-elle bien faire contre elle ? Rien de penser qu'il se trouvera avec cette femme, qu'il s'épanchera, et s'abandonne dans ses bras, cela la met hors d'elle. Mais face à son maître, elle ne défaillit pas.

Gardant son silence dignitaire, après quelques instants, elle demande : « Vous semblez éreinté. Laissez-moi me rendre au Sanctuaire à votre place. »

« C'est hors de question Violate. Dieu sait ce qu'il pourrait t'arriver. »

« Que voulez-dire ? » demande son Aile.

La Garuda s'approcha et posa une main sur son épaule, le regard plein d'affection, ce qui fit balancer le cœur de la jeune-femme, agenouillée face à lui : « Violate, je n'ai pas envie de te retrouver mal en point. »

« Seigneur, je me montrerai digne de ma mission. » assura le béhémoth impassible continua :« Ne sommes-nous pas alliés avec le Sanctuaire. »

« Violate. Tu n'iras pas, je te l'interdis formellement. »

Elle bouillonnait en elle. Une seule envie lui venait : aller étrangler cette femme qu'elle méprise du plus profond de ses tripes. Elle a osé voler l'âme et la sagesse de son Maître. Elle sait qu'elle ne fait pas le poids face à elle. Mais qu'importe. Violate regrette les temps de guerre contre le Sanctuaire. La paix l'ennuie, elle a besoin de se défouler, de tuer, de se nourrir de la souffrance de l'ennemi. Elle n'a qu'un être en tête : le saint d'Or du Serpentaire.

«Tu peux disposer. » lui répète son Seigneur après leur entrevue.

Elle accompagne son maître jusqu'aux portes de l'Enfer et assista impuissante à son départ pour le Grèce. Un étrange sentiment d'écœurement pris le dessus sur elle. Au lieu de détruire le Royaume entier, elle préfère faire mordre la poussière à quelques sous spectres durant des entraînements ou elle mettrait toute sa rage.

Quelques temps plus tard, Valentine et Eaque arrivent enfin au Sanctuaire. Reçu par Mu du Bélier, le Garuda n'avait que pour bagage son sac et sa mauvaise humeur.

Devant l'attitude plus que fermée de son invité, Mu n'insista pas et le fait conduire dans une des chaumières qui avait été préparé à son attention non loin de la montée des douze maisons. Le Grand Pope a pensé que finalement, le laisser dans le temple du Cancer, constellation de naissance du Népalais, n'était pas sa meilleure idée en vue de l'asociabilité de son gardien et que cela serait mieux pour leur invité principal s'il avait de l'intimité.

Le Bélier laissa Eaque dans sa demeure provisoire et conduisit la Harpie au temple du Verseau. En vue de son caractère taciturne, il ne devrait pas y avoir de problème : Camus lui a laissé la chambre d'un ancien disciple qui ne communique pas avec ses appartements privés.

La petite maison où loge le Spectre avait été aménagée pour recevoir un invité tel que lui. Le brun pénétra dans la chambre où il jeta négligemment son sac sur le lit deux places et s'assied dessus. Il observa la pièce, rien à avoir avec la sienne à Antenora. Celle-ci était bien plus simple. Eaque soupira lourdement. Vraiment, il n'avait pas envie d'être là et aurait préféré se rendre dans son Palais au Népal. De plus, il ne connaissait pas vraiment les chevaliers d'Athéna. Ils ne se parlent que brièvement lors des réunions inter-sanctuaires.

Vers 18h00, quelqu'un frappa à la porte de sa maisonnette. Eaque avait profité pour ranger ses affaires dans l'armoire de la chambre et lire un peu. Lorsqu'il entendit le coup résonner sur la porte en bois, le juge ferma son ouvrage. Puis il se leva pour aller ouvrir la porte. L'homme qui se tenait face au Garuda semblait troublé. C'était un garde. Rien qu'à ses vêtements, le juge des Enfers le sut. Eaque supposa que c'est à cause de son statut aux Enfers qu'il impressionnait le soldat.

« Juge Eaque, le Seigneur Shion vous fait savoir que vous pouvez vous joindre aux autres Saints pour le dîner avec votre subordonné.» annonça l'homme en fixant le sol.

« Très bien. Dis-lui que je viendrais. »

« Le dîner sera servi à 20h. Souhaitez-vous que je revienne afin de vous guider ? »

« Cela sera inutile. 20h donc. » répondit Eaque.

A l'heure H, cela faisait un long moment que le Spectre errait à la recherche du chemin qui menait au Palais. Il commençait à perdre patience. Pourquoi a-t-il accepté ce dîner ? Pourquoi a t-il refusé que ce soldat l'accompagne ? Puis il s'agaçait plus son cosmo augmentait.

Depuis le Palais, il est ressenti par tous les Saints d'Or.

« Je pense que notre invité à quelques problèmes pour nous rejoindre. » ironisa Angelo.

« Il n'avait pas qu'à refuser que le messager lui serve de guide ! » intervint Milo.

« Il est bien de trop fier pour l'admettre. » dit à son tour Aiolia.

« Cela suffit ! » interrompt Shion, « Quelqu'un se dévoue pour aller le récupérer ? »

Aucun des Saints n'avaient envie de se déplacer pour ce juge imbu de lui-même au point de refuser de l'aide. Un silence lourd de sens emplissait la pièce. Personne n'a bougé.

« Bien, puisque personne ne se dévoue, ça sera Kanon qui ira ! » trancha le Pope.

Dragon des mers, émissaire Marina de la semaine jubila quand il entendit son nom.

« C'est hors de question Grand Pope, Eaque peut se débrouiller tout seul ! »

« Kanon, tu y vas et tu le ramènes en bon état. » reformula Shion, « Tu connais parfaitement l'endroit, je te fais confiance. »

« Votre Excellence, vous êtes sûr de vouloir envoyer mon frère ? Il n'est point diplomate et .. Comment dire... imprévisible.» affirma prudemment Saga sous le regard noir de son jumeau.

« C'est vrai tu as raison. Dans ce cas, Camus tu l'accompagnes. »

Fidèle à lui-même, le Verseau resta complètement transparent à cette nouvelle. Camus se leva et se dirigea vers la sortie. Kanon ne voulait pas y aller mais se résigna. Après tout il reste attaché au Domaine. Ensemble, ils descendirent les marches interminables. En intensifiant leur cosmo ils localisèrent l'endroit où a échoué le juge des Enfers et le rejoignirent assez vite.

Leur arrivée à la salle à manger du Palais ne passa pas inaperçue, quelques minutes plus tard. Tous les regards furent tournés vers celui qui a manqué de déclencher une guerre à cause des histoires avec l'une des leurs. Milo ne quitta pas des yeux le Garuda, Aiolia n'était pas plus amical et se contentait de l'ignorer, Angelo chahutait l'un des spectres les plus craints des Enfers ce qui déplu fortement à Eaque. Personne n'osait le faire au Royaume des Morts. Alors évidemment la colère commençait à le gagner. Seul la Sagittaire assise en face de Shura restait neutre et lui a envoyé un sourire rassurant. Ce dernier s'assied entre Saga et Mu. Il observa chacun des chevaliers présents et réalise que les Saints ne sont que onze. Aurora manque à l'appel et la Balance est en mission.

Après cette arrivée peu glorieuse, le repas put commencer et l'ambiance s'adoucit. L'invité se détendit à son tour pour le plus grand soulagement du Pope. A la fin de la soirée, Mu et Aldébaran se proposèrent de raccompagner leur invité qui accepta cette fois afin d'éviter d'errer dans le Sanctuaire comme une âme en peine. Sur le chemin, Mu brisa la glace le premier :

« Juge Eaque, pardonnes mes camarades. Il n'y avait rien de personnel à mon sens. »

« Je suis un peu étranger à la raison de cette hostilité. »

Aldébaran : « Nous sommes reconnaissants, Mu et moi-même de ton investissement afin d'avoir délivré Aurora des Amazones. » fit le Taureau avec un petit sourire.

« Je vous en prie… » répondit le Népalais. Puis, pris la curiosité, le Garuda tente la question le taraudant depuis le repas : « J'ai constaté qu'il manquait le chevalier du Serpentaire … » sans rentrer dans les détails.

Mu et Aldébaran se sont préparés à la question. Shion les avait mis en garde. Cela aurait pu être mal vu qu'un Saint d'Or manque à l'appel pendant le repas diplomatique. Aurora n'avait pas voulu venir, seule et contre tous, malgré les menaces du Pope. Mais comme il connaissait la nature de son état, il n'a pas relevé et promptement ordonné qu'il ne valait mieux pas contredire le Serpentaire : « La fureur d'Hadès ne fait pas le poids face à celle d'une femme chevalier.» avait -il dit à ses guerriers.

A la question du Juge, Mu répondit : « Aurora n'a pas récupéré de la dernière bataille contre les Amazones. Elle est d'astreinte. »

Eaque haussa un sourcil.

« Chevalier, je suis étonné qu'une guerrière endurcie ne soit pas au mieux de sa forme. »

Aldébaran : « Nous sommes aussi préoccupés par le cas de notre sœur d'arme.»

« Transmettez-lui mes hommages. »

« Ça serait fait. » affirme le Taureau.

Les trois hommes étaient arrivés près de la maisonnette où loge le Juge. Aussi, il pris congés et remercia les Saints dorés comme il se devait. C'est peut-être un spectre d'Hadès mais il connaît les bonnes manières.

« Merci de m'avoir accompagné. » dit Eaque aux deux premiers gardiens.

« Souhaites-tu te joindre à nous demain pour l'entraînement ? » demanda Mu.

« Pourquoi pas chevalier. »

« Nous viendrons te chercher à 7h00. » prévint Aldébaran.

« Très bien. A demain. » termina Eaque.

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Ses mains suivaient la courbe de ce corps offert qu'il connaît par cœur, laissant dans son sillage de minuscules boutons de chair. Les muscles se tendirent, des gémissements se firent entendre. Ils s'aiment.. trop. Rien ne peut les bousculer. La chaleur de leur corps se répandaient dans la pièce. Ils ondulaient ensemble, dans un même mouvement. Eaque se délectait de ce corps alangui qui se tenait sur lui. Les mains du Juge ne se lasseront pas de ces formes. Il posséda ce corps de longues heures, tel deux brasiers qui s'enflamment pour ne former plus qu'un.

Puis il se réveilla et réalisa qu'il avait rêvé.

« Encore … » se dit-il intérieurement.

En sueur, il se redressa de sa couche pour réaliser qu'il était tôt. Le soleil venait à peine d'émerger sur le Sanctuaire. Il sortit du lit et se hâta pour se calmer sous la douche. L'eau coulant sur sa musculature lui rappelait la douceur des caresses du Serpentaire lorsqu'elle le rejoignait en catimini dans sa salle de bain à Antenora. L'une des meilleures périodes de sa vie. La dernière fois qu'il lui a fait l'amour, c'était des mois. Son odeur lui manque. Aurora ne se laissait pas dominer comme ça. Et il aimait ça. C'était un jeu entre eux. Un jeu qui ont failli les perdre.

Alors que faire ? La moindre pensée qu'elle puisse se donner à un autre le rend explosif. Tout en se munissant de sa tenue d'entraînement, il réfléchit. Qui peut donc être assez héroïque pour posséder le cœur du Serpentaire ? En analysant les différentes relations d'Aurora, Eaque perdit le fil. Elle a eu tant d'amants.

On frappa à la porte. Les chevaliers du Bélier et du Taureau l'attendaient.

« Bonjour Eaque, j'espère que tu as bien dormi. » dit gentiment Aldébaran.

« Bien. » répondit le Garuda.

« Sans ce cas, allons-y. » continua Mu, « On nous attend au Colisée. »

Sur le chemin il ne dit mot et écouta la conversation des deux saints d'Or. Ces derniers parlaient des investissements pour le Sanctuaire et des banalités entre camarades. Ils furent rejoint en cours de route par Asterion, accompagné de Valentine, le Guerrier Divin Hagen et Kanon qui avait dormi au temple des Gémeaux. Au sein de l'arène, les autres chevaliers étaient déjà présents. Les différents combats qui animèrent le Sanctuaire ce matin-là se déroulaient dans la bonne humeur générale et l'esprit guerrier.

En milieu de matinée, le Garuda sentit une présence. Cette onde traversante s'approcher du lieu d'entraînement.

« Ce n'est pas trop tôt, chevalier ! »

C'était la voix d'Angelo qui résonnait et s'adressait au Serpentaire en haut des marches. Elle considéra l'assemblée. Elle ignora froidement Eaque qui n'en tenu rigueur. La jeune-femme fit un bond et fit face à ses amis : «Quelles nouvelles, Saga ? »

Le gémeau lui fit part des dernières informations concernant le Sanctuaire, ces 48h passés durant son absence.

Elle s'adresse ensuite au reste du groupe : « Camarades, j'aimerais que nous nous réunissions ce soir à mon temple. J'ai une annonce à vous faire. »

« Tout va bien ? » demanda Kanon intrigué.

« Oui, Dragon des Mers.»

« Comme tu voudras, nous y serons. » termina Aiolia.

Eaque souda l'ambiance électrique entre Milo et cette dernière. C'est à peine s'ils se sont regardés. Le brun est resté tout le temps avec les Saints. Aurora n'a pas daigné d'aller lui parler et inversement.

« Les émissaires sont les bienvenus en ma demeure .. » jugea bon de préciser la treizième puis ajouta avec provocation : « Même les moins sympas. » jetant un regard en coin aux Spectres.

Valentine voulu répliquer mais en fut dissuader par son supérieur d'un simple coup d'œil.

Plus tard au cours de la soirée dans le temple du Serpentaire, il tissa quelques affinités avec le Bélier dont il apprécie la discrétion et la neutralité ainsi que Doko pour son grande expérience de la vie.

Alors qu'il prit l'air au-devant du temple, il s'attarda quelques instants sur le parvis côté jardin, dans la douce nuit d'avril. L'air était empli d'un parfum de fleurs et d'agrumes. Le ciel de gouttelettes de lumière aucunement présent en Enfer. Cette douceur aviva davantage l'ivresse chargée de confiance qui coulait dans ses veines. Tout ceci lui manque lorsqu'il est en ''bas''.

« Où est allé ma bien-aimée, ô la plus belle parmi les femmes ? Où s'est dirigé ma bien-aimée, pour que je la reprenne enfin? » songea le Garuda l'âme poète.

Mais il entendit des voix en pleine confrontation. Prudent, il alla jeter un œil. En s'approchant, il reconnut Aurora en contentieux avec le Scorpion.

« J'avais mes raisons ! » grogna le 8ème gardien.

« Tu m'as posé un lapin, et tu le revendiques ? Espèce de goujat ! » pointait du doigt Aurora.

« Que viens-tu de dire ?»

Un silence s'instaura entre eux. L'atmosphère se chargea soudain d'électricité…

« Quel est la véritable raison de ta colère, Milo ? »

« Je n'ai rien à te dire.»

« Lâche ! »

« Comment ? »

Milo fixa le Serpentaire avec un regard mélangeant indignation et menace. Puis, il se lança dans un monologue sincère : « Tu m'as poussé à être honnête entre nous. Je tentais d'occulter cette fierté chevaleresque que tu me reprochais. Et que m'offres-tu ? Un spectacle de désolation avec un de nos pairs ! Que dois-je en déduire, Aurora ?» Le Grec marqua une pause, pour s'assurer qu'elle comprenne l'importance de ses paroles. Son regard se posa durement sur cette dernière. Celle-ci était à présent blême : « Pourquoi fuis-tu ? Ne suis-je donc qu'un jouet à tes yeux, comme les cavaliers que tu conquis ? Que veux-tu à la fin ? Où est ma place, dis le moi ! »

Le Scorpion d'or avait dit cela d'une voix où la déception se mélangeait à l'amertume et la peine. La stupéfaction et la confusion laissèrent Aurora la bouche ouverte sur une réplique muette, avec la forte envie de disparaître dans le sol. Alors c'est ce qu'il pense réellement ? Milo ne la quittait pas du regard. Il attend fermement une réponse à tout cela.

Après quelques instants de réflexion, elle affirma doucement : « On dit que le Scorpion est le signe de sentiments émus par la passion et capable de susciter des émotions intenses. » commença prudemment la jeune femme, « Touché par la force, il n'admet pas d'être vaincu facilement et est séduisant même lorsqu'il agit sous le signe de l'arrogance, de la fierté et du désir obstiné de tout contrôler. Le Scorpion est un animal difficilement dressable sous l'effet de la colère

Le huitième gardien garda les dents serrées. Néanmoins, il lui laissa la liberté de s'exprimer.

La treizième baissa la tête, en proie à la gêne et à la honte : « Milo ... J'entends la souffrance dans tes mots. Quand je suis allée vers toi, cette soirée à la plage, tu m'as fait comprendre ton souhait de ne pas abîmer notre amitié. Et à présent tu es si complaisant .. Ça m'a perturbé. L'un m'aime depuis longtemps et fut plus rapide que toi .. » Elle releva la tête et croisa le regard du jeune homme, l'observant avec attention. « Je tiens à toi. J'avais peur. Peur de nous perdre. Tu comptes dans ma vie. J'ai été maladroite. Ne me juges pas, je t'en prie, Milo. Tu comptes tellement dans ma vie.»

Le Grec soupira et ferma les yeux. Il se concentra sur son corps… Peu après, il remarqua Aurora qui le fixait avec inquiétude…

« Pourquoi cet enfant avec lui ? » marmonna t-il d'un air brumeux.

Eaque crut mal comprendre, que vient de dire ce chevalier ?

« Il m'apporte de la stabilité." répondit -elle,"Comment as-tu deviné.. ? »

« Je vous ai aperçu quitter le Sanctuaire. Et beaucoup savent pour vous deux.» jeta-t-il en la jaugeant sévèrement.

« Il me sécurise. »

Milo sentit son cœur manquer un battement. Un maelstrom de sentiments contradictoires les agitaient tous les deux. Par Athéna, que doit t'il faire ?

Un ange passa. Les chevaliers se regardent.

« Est-ce la véritable raison ? »

« Je .. Oui.»

« Qui te dit que je ne pouvais t'apporter cette mansuétude ? » coupa le Scorpion, « Tu ne m'as pas laissé la chance de te le montrer. » renchérit le huitième gardien.

« Tout se contredisait. Et puis, je te l'ai dit, on a été plus rapide que toi.»

« Alors c'est cette raison ? Est-ce pour l'enfant ?»

Non, le Juge n'avait pas rêvé. Aurora serait … enceinte ? Pas possible, il est maudit.

« Oui, Milo. »

« Jusqu'à quel point est-tu prête à aller pour lui ? » demanda-t-il alors.

Elle réfléchit un instant.

« Jalal a été ma première histoire. Nous nous sommes séparés par manque d'expérience. Je me sens bien à ses côtés. Essais au moins de respecter cela si tu ne peux comprendre le reste.»

Le Saint de Persée ? C'est donc lui l'heureux élu ? Eaque grinça des dents. Décidément ce n'est pas sa journée.

Des larmes apparurent à la commissure des yeux de la portugaise. Elle se sentait désappointée. C'était ça elle et Milo. Deux humains au sang chaud. Cependant de son côté le Grec la regarda un instant avec un pincement au cœur. Mais sa réponse ne lui convenait pas. Le choix pour Argol, est-ce vraiment pour l'enfant qu'elle porte ?

« Alors je ne peux me permettre de compromettre ta vie de cette façon si c'est ton choix et que tu es heureuse ainsi. » consentit le Scorpion avec honneur, « Pardonnes mes réactions spontanées. »

Aurora fut soulagée et répondit :« Tu as toujours été là pour moi. Ne m'abandonnes pas.» en lui prenant les mains.

Ce dernier assura : « Aurora, mon cœur t'appartient. Quel que soit tes choix, je te respecterai quoiqu'il en coûte.»

« Milo … » fit-elle avec reconnaissance,« Mon enfant sera natif du Scorpion. C'est écrit dans les étoiles. Alors .. je veux que ce soit toi qui t'occupe de son éducation de chevalier. Peux-tu me faire cette faveur et devenir une figure paternelle pour lui ?»

Le Scorpion fut touché par sa demande. Son cœur rata un battement. Il hocha la tête : « J'en serai honoré, Aurora. » Il reprit en regardant le ventre du Serpentaire : « Puis-je ? »

« Bien-sûr. »

Elle porta sa main à son nombril et sourit. Eaque fut subjugué par cette nouvelle. Sa bien-aimée est non seulement indisponible, en plus enceinte et pas des moindres puisqu'elle attend un futur Saint d'Or.

Il ne sait pas si cette information qui le déstabilise au plus haut point ou la vue du Scorpion en train de caresser intimement le ventre de la future mère comme si c'était le sien, et qu'elle n'en redisait rien.

« Je ressens son cosmo .. » affirma le Grec, « Cet enfant sera puissant. »

Aurora hocha la tête. Elle était frétillante, sentant l'odeur de l'homme et se mordait intérieurement les lèvres devant la beauté du Grec. Fait t'elle réellement le bon choix ?

« Ils sont vraiment incompréhensibles ces deux-là .. » songea Eaque en secouant la tête.

Milo s'apprête à rejoindre le reste du groupe et ajouta en partant : « Je te souhaites d'être la plus comblée des mères. » termina-t-il d'un regard tendre, « Je serai toujours là pour toi. »

Cette dernière le regarde regagner le temple. Soulagée.

Mais une seule chose raisonnait dans la tête du Scorpion : pourquoi ? Il n'était pas convaincu des arguments d'Aurora et se précipita vers la table contenant des alcools forts, prenant soin d'éviter le regard de ses compagnons. Il n'avait pas envie de parler pour le moment. Il se rendait bien compte que sa démarche allait engendrer des questions, mais il refusait d'y penser pour l'instant. L'expérience qu'il venait de vivre l'avait plongé dans la perplexité la plus totale. Mais que pouvait-il bien y faire ?

Aiolia avait remarqué le comportement de son ami lorsqu'il franchit la pièce à vivre. Lui et le reste des chevaliers ont senti les cosmo échaudés du Serpentaire et du Scorpion. Le Lion fronça un sourcil. Que s'était-il passé là-bas ? La réaction de Milo l'avait étonné. Il les avait tout bonnement ignorés en évitant soigneusement de croiser leur regard à tous. Il avait la conviction qu'il s'était produit quelque chose entre Aurora et le Scorpion. Il percevait difficilement le ressenti du huitième gardien. Celui-ci avait dressé une barrière mentale afin de ne pas être dérangé. Cela ne lui ressemblait pas, lui qui d'ordinaire était plutôt expansif sur ses actes, pourquoi tant de réserve cette fois-ci ? Voilà bien une question qui intrigua le Lion au plus haut point. Milo semblait peu enclin à parler pour l'instant, mais le frère cadet d'Aiolos se promit d'interroger son ami plus tard.

Du côté d'Aurora, elle était seule avec ses réflexions. Au fond, elle ne sait plus quoi faire de tout cela. Les choses semblent plus claires. Elle sent ses émotions multipliées par dix. Mais une certaine frustration s'est emparée de son cœur. Un fossé creusé entre le Scorpion et elle.

« Foutues hormones .. » marmonna t'elle, « Ca va passer … »

C'est à ce moment-là qu'Eaque décide d'intervenir. Elle sent sa présence.

« Tu me surveilles, Garuda ? » lâcha-t-elle de dos.

« Je te cherchais. » répond ce dernier en s'avançant.

« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-elle sèchement.

« Toi. » fit Eaque sans sourciller.

Il passe ses mains sur les hanches de son ex compagne, faisant frémir Aurora, et murmura : « Tu as tendance à compliquer les choses … »

« Eaque, tes mains ne sont pas à leur place. » prévint le Serpentaire.

« Qu'attends-tu pour me les enlever. » se contente de répondre le Juge qui baise la nuque de ses lèvres.

« Arrêtes … » ordonna t'elle en fermant les yeux, tentant de se défaire du Juge, le désir grimpant en son être. Eaque est tellement déstabilisant, enivrant.

« Essaie de m'en empêcher. » répondit le Népalais.

Il avait dit cela en approchant son visage railleur des lignes méditerranéennes immobiles du profil d'Aurora, yeux fermées. Les longs cils de cette dernière frémirent. Pour peu il en rirait. elle pensait vraiment le duper, lui un des Juges des Enfers avec un tel langage corporel ?

« Tu n'es qu'un manipulateur. » répliqua Aurora, pris dans les griffes du Garuda, « Il ne t'arrive jamais de laisser tomber ? » Le Serpentaire rencontra le regard séducteur de l'homme : « Je suis enceinte Eaque. »

« Peu importe.» Il lui remet une mèche de cheveux en place, « Jamais aucun ne te contentera. Tu m'as déjà abandonné deux fois.»

« Comment ça ? »

« Tu es partie la première fois, et la seconde, tu t'es sacrifiée au combat, me comblant de tristesse. » plongeant son regard dans celui d'Aurora.

« Tu ne me l'as jamais dit ! »

« Je te le dis. »

« Argol est très possessif. »

« Ce n'est qu'un chevalier d'Argent, je survivrai. »

« Ne sois pas si dédaigneux. » rétorqua Aurora.

« Tu me manques. » admit il en guise de réponse.

Elle toisa le Juge :« Non, tu te sens seul. Tu veux ce que tu ne peux posséder. »

« Je t'aime. » souffla-t-il doucement à l'oreille.

« Ça aussi c'est très subtil.. » répond la guerrière en lui tournant le dos.

« Je ne te l'ai pas dit souvent, je le reconnais. »

« Un spectre ne peut aimer .. »

« Arrêtes ça toute de suite. »

« Aimer et posséder sont deux choses distinctes. » pesta la guerrière.

« Aurora ! » Il la retourne brusquement, passablement agacé en la fixant de ses grands yeux :« J'ai vu notre avenir, c'est notre destinée ! »

« Nos visions du couple ne sont pas les mêmes. Nous sommes les antipodes de l'amour Eaque.»

«Avant toi, je n'aurai pas imaginé pouvoir aimer.»

Il fit glisser la paume de sa main sur les bruns cheveux d'Aurora, dont le beau visage s'épanouit en une expression béate à cette marque d'affection. Eaque n'est pas si démonstratif en public.

« Tu m'as fait souffrir. Et dois-je te rappeler que tu m'as délibérément frappé ?» en ôtant les mains de sa taille.

C'est vrai à la fin, le Garuda n'a pas de cœur, il est froid et nauséabond. Il était beau à l'extérieur et gangrené dedans. Sa voix virile et sombre était comme un couteau qui la blessait, et sa vue une brûlure insoutenable. Aimer cet homme, c'était de la folie. Aurora en était persuadée à présent.

« Alors pourquoi le gardes-tu .. ? »

Eaque désignait d'un doigt un collier en or blanc, que le Népalais avait offert lors de leur liaison.

« Je .. Il est joli.. » bafouilla-t-elle, « Je te le rends si tu veux! » rétorqua t'elle en le détachant vivement.

« Je te l'ai offert. »

Observant ses réactions, il vit qu'Aurora avait du mal à respirer, et parut réjoui.

« Laisses-moi, Roi d'Egine. Je te demande de sortir de ma vie.»

Aurora lui avait déjà tourné le dos et s'en allait lentement, comme si elle gravissait une pente en portant un lourd fardeau.

« Ne pars pas au milieu d'une conversation. »

« Va au Diable. » répond -elle sans se retourner.

« Je ne renoncerai jamais. » affirma-il. La jeune-femme s'immobilise un court instant, et il reprend : « J'attendrais des millénaires s'il le faut, Aurora. J'ai toute l'éternité pour te reprendre.»

Et durant toute la soirée, elle ressassa les mots du Juge. Elle sait parfaitement qu'il tiendra parole. Il tient toujours parole.

En dégustant son verre fruité, la portugaise balaya du regard les invités de son temple : ses camarades sont tous là, et échangeaient gaiement. Même la Harpie semblait passer un bon moment avec Camus et le Guerrier Divin. Le Garuda est revenu s'installer, écoutant les uns les autres, et ne quitta pas des yeux Aurora qui souffla d'exaspération.

« En retrait ? » clame une voix qu'elle connaît bien.

Sortie de ses pensées par son ami Kanon, Aurora tourna la tête vers le Grec qui se tenait à ses côtés, un verre à la main. Ses grands yeux clairs la regardait avec bienveillance. Il était vêtu d'une chemise bleu clair, un pantalon en lin foncé qui contrastait avec ses longs cheveux.

« Tu es beau, Kanon. » lâche t'elle au second Gémeau.

Ce dernier eut un rictus. « Je peux te tenir compagnie, Saint du Serpentaire ? » poursuit le Premier Général.

« Bien-sûr Gémeau. » répond Aurora.

« Tu sembles soucieuse. »

« Je dois balancer une bombe, je réfléchi à la façon de procéder. »

« Ne serait-ce pas dû au fait que ce Juge ne t'a pas quitté des yeux depuis tout à l'heure ? »

« Tu l'as remarqué toi aussi. »

« Si je peux faire quoique ce soit…. » se proposa Dragon des Mers, « On a déjà eu affaire à ce genre de scène. »

« Si j'ai besoin d'un acteur pour jouer mon fiancé je t'appelle. »

Kanon sourit de sa boutade. Le courant est toujours bien passé entre eux dès leur première rencontre. A tel point qu'il est devenu un ami proche. Un ami différent d'Astérion, Merio ou Milo. Un espèce de grand frère avec qui elle se chamaille souvent. Il s'était d'ailleurs interposé entre Baian et elle-même lors des rassemblements des Royaumes, alors qu'elle commençait à fréquenter Eaque.

Cheval des Mers et Aurora furent les premiers alliés inter-sanctuaires à se conter fleurette et bousculer les convenances entre guerriers. Ce qui a fait bondir l'Empereur des Océans. La brune et le Général s'accordaient plutôt bien. Il ne faisait pas étalage de ses conquêtes cependant, les Généraux ont aussi leur adeptes au sein du Sanctuaire sous-marin. Les villages avoisinants les alentours des piliers sous-marin regorgeaient de jeunes-femmes vénérant les gardiens des sept colonnes sacrées et certaines avaient parfois la chance de servir les haut gradés de Poséidon. Enfin, servir, tout est relatif…

Ce qui avait don d'énerver Aurora à l'époque, point partageuse.

« Tu ne te prives pas chevalier. » avait contesté Baian.

« Je refuse de faire partie de ton tableau de chasse. »

« Tu te méprends .. » s'esclaffa l'Hippocampe, « En revanche toi tu es une mangeuse de mâles, celles qui dévorent leur partenaire après l'accouplement. »

« Cette image me plaît bien. » se contentait de répondre le Serpentaire.

« Tu ne perds rien pour attendre. »

« Ça aussi j'aime bien. » ajouta la jeune-femme, point offusquée.

Ce dernier appris son histoire avec le Garuda, et le Canadien s'était moqué d'elle, « Tu ne fais pas dans la démesure. Tu t'es mise aux Spectres ? »

« Baian ! » avait grondé Kanon qui jouait les médiateurs. Il savait bien que son collègue en pince plus qu'il ne le prétend pour la guerrière dorée dont la réputation sulfureuse est dorénavant connu de toutes les contrées.

Aurora avait ricané. Les quand-dira-t-on, elle s'en moque comme de sa première sandale.

« Et c'est tout ce que tu avais à me dire ? » rétorqua-t-elle.

« Tu as vraiment séduit l'un des Juges ?» puis de reprendre sarcastique.

« Eaque sait se taire quand il faut. » avait-elle lâché.

« Il te brisera le cœur. C'est un serviteur d'Hadès, comment veut-tu qu'il en soit autrement. »

« Alors je l'expédierais dans le Tartare. »

« Très amusant chevalier .. » répondit Baian.

« Laisse tomber.» puis s'adressant à Kanon elle prévint, « Et mets en garde la sirène Thétis de ma part. Qu'elle ne s'aventure pas trop près du Garuda. Elle pourrait se blesser à jouer à des jeux qui ne sont pas les siens. Eaque n'a rien d'un gentil oiseau bien obéissant. »

« Je ne te savais pas possessive. »

« Je suis sérieuse Dragon des Mers. »

Baian :« Il t'a complètement aveuglée … »

« Si vous ne lui dites pas, c'est moi qui m'en chargerai. » attesta la brune.

Revenant à la réalité, le gémeau insista auprès de cette dernière : « J'espère qu'il ne te cause pas trop de tracas ce Spectre. »

« Il est juste borné. »

L'ex chevalier se demandait comment tout cela allait finir. C'est à ce moment-là qu'il aperçut Argol « surveiller » le Scorpion et le Juge au loin. Il haussa un sourcil.

Aurora s'assoit aux côtés de son compagnon, lui pris la main discrètement ce qui n'échappa pas à Milo installé à quelques mètres de là, le cœur serré. La jalousie fit froncer les sourcils d'Eaque, impuissant à cette démonstration d'amour. Et puis la savoir amoureuse, il ne le supporte pas. Il aurait préféré l'engrosser lui-même.

« Je tremble de passion comme une feuille au moindre frisson quand tu es là, si proche de moi. »

C'est à elle qui l'offre ses plus beaux sourires et sa tendresse, à qui il ouvre son cœur. Ils sont opposés mais ils s'aimaient. Eaque est conscient qu'il ne fait pas le poids face à la confiance qu'elle porte pour le chevalier de Persée. Cependant, il est convaincu qu'elle est partagée entre lui-même et Milo. Eaque croit dur comme fer que ce Argol n'est qu'une bouée de sauvetage.

Aurora ne peut l'aimer comme elle l'aime lui, le grand Garuda. Et il va falloir s'armer de patience, et Dieu sait qu'il en a en stock, l'Aigle des Enfers.

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Au temple du Serpentaire, il y a même pas dix minutes, c'était l'effervescence. La lumière des flambeaux avait baissé d'un ton, et l'on pouvait entendre le cliquetis des verres et des couverts que débarrassaient les serviteurs. La Treizième attendit que ces derniers s'éclipsent avant de s'exprimer. Une vingtaine de personnes s'est réunie autour d'elle. Les émissaires d'Hadès, Asgard et Poséidon – si on ne compte pas Kanon, sont rentrés à leur logis.

C'est à ce moment qu'elle se décide d'intervenir.

« Mes amis, j'attire votre attention ! » annonce-elle. Tous les regards se tournent vers l'intéressée. Elle se racla la gorge brièvement et pris la parole.

« Si je vous ai tous réunis, c'est que ce n'est pas anodin… » Elle aborde une mine sérieuse : « Vous avez sans doute constaté que je n'ai plus la puissance ni la capacité de régénération que nous possédons tous en tant que guerrier sacré. » Elle marque une pause et affirma,« J'ai donc fait des batteries de tests pour écarter toutes hypothèses. Car ce qui se passe en moi n'est autre que purement médical. »

« Mais Aurora .. » coupa Aiolia, « Qu'est-ce qui explique qu'un chevalier de ta puissance soit si affaibli ? Nous ne comprenons pas. »

« Qu'entends-tu par cause médicale ? » s'exprima Kanon,« Serais-tu malade ? »

« Mais tu n'es jamais en mal… » ajouta Shura en buvant une gorgée d'Ouzo. « Nous chevaliers, pouvons être affecté de temps à autre par des virus humains ou certains troubles médicaux .. cependant, nous avons remarqué dans ton cosmo que tu te rétabli bien plus lentement, à peine d'un niveau d'un chevalier de bronze. »

« Nous sommes inquiets. » continua Mu.

« J'allais y venir. » répondit Aurora. « Soit on est jamais vraiment malades .. Mais ici c'est différent. Et puis le Serpentaire a toujours été une constellation à part. Il n'y a pas de demi-mesure dans mon rôle. Je ne dois faire qu'un avec mon armure et mon étoile. Si mon armure me rejette mais continue à veiller sur ma personne, c'est pour une seule et unique raison : son porteur est trop aliéné pour supporter autant de pouvoirs. Mon armure a senti que je suis différente et pour mon bien je dois renoncer à mon statut de chevalier … quelques temps. »

« A quoi fais-tu référence ? » demande Merio en haussant un sourcil.

« Une femme chevalier ne peut combattre .. et enfanter en même temps.» jeta-t-elle brusquement.

Silence.

« Quoi ? » s'étrangla Angelo qui croit avoir mal compris, comme le reste de ses camarades.

Aucun ne pipa mot. Un ange passa pendant lequel il était aisé de deviner ce qui se passait dans les esprits. Interrogations, inquiétude, malaise... Les chevaliers échangèrent un regard, si on ne compte pas le Scorpion et Persée, dégageant une attitude des plus alcyonienne.

Ils attendaient la suite de cette intervention.

« Tout ceci, c'est parce que j'attends un bébé. Et ce n'est pas compatible avec ma vie de chevalier. »

Stupéfaction générale. Aucun mot ne sort de la bouche de ses frères d'armes. Le temps s'est suspendu au 13ème temple. Ce fut un silence consterné qui s'abattit dans la pièce. Les guerriers gardent le silence, trop choqués par de ces révélations, tandis qu'Aurora les observaient sans trop savoir que dire.

« Vous pouvez me poser les questions que vous souhaitez. Je tacherai d'y répondre au mieux. »

Les guerriers regardaient la jeune femme comme si elle avait perdu la raison.

Kanon se racla la gorge.: « Aurora, depuis quand le sais-tu ? »

« Un mois. »

« Et tu as combattu les Amazones dans cet état ? » ouvrit de grands yeux Aphrodite.

« Je sais .. » maugréa Aurora.

Le chevalier de la Vierge, qui de par sa religion et son idiosyncrasie était toujours demeuré à part, avait ce petit sourire ornant toujours ses lèvres : un mélange de condescendance bienveillante, de sérénité et de contentement, et demande à sa sœur d'arme : « Qu'en disent le Pope et Athéna ? »

« Ils me soutiennent, si telle est ta crainte, Shaka. »

Aurora le voyait très bien venir. Ce dernier, un léger rictus de mésaise réfléchit à la façon dont il allait s'exprimer sur le sujet. La treizième n'est décidément un chevalier pas comme les autres, à ne rien faire comme tout le monde et en plus elle trouve le temps de procréer !

Le moine-chevalier ouvrit les yeux, qu'il avait scintillant d'émotions et de langueur.« Quelle abomination chère amie … Je vais méditer pour toi et l'enfant que tu portes. Puisses mes prières t'apporter quiétude et harmonie. Je t'avais mis en garde sur le désir, afin de trouver un détachement qui t'amènerait à la paix.»

Le reste du groupe se pincent les lèvres, connaissant la réaction d'Aurora qui ne se fit pas attendre : « La paix, Shaka ! Tu es tellement imbu de toi-même que tu ne te rends même pas compte de ta propre obséquiosité. » trancha t'elle, fixant des yeux le visage paisible mais fermé de la Vierge.

Elle lui trouvait cet insupportable ton d'un adulte qui s'adresse à une adolescente. Et tandis que devant tous, les railleries d'Aurora à l'encontre de l'ascète indien s'enchaînaient, le sourire permanent de ce dernier se fanait progressivement. Saga et Kanon secouèrent la tête en même temps.

« Tu sais bien que c'est faux », répondit calmement l'Indien, « Je t'estime. Je te faisais simplement remarqué mon opinion à ce sujet. Cette colère n'a pas lieu d'être car je ressens de fortes vagues stériles provenant de ton cosmo.»

« Là ce sont mes hormones en ébullition que tu sens ! » gronda cette dernière,« Et si l'envie te prend encore de lire dans mon esprit et me rapporter tes états d'âme qui en passant, je m'en contre fiche, je vais te montrer à quoi cela ressemble, une femme chevalier enceinte ! » crut-elle bon d'ajouter.

Shaka avait conservé toute sa morgue et son impassibilité, et le jeune-homme aux longs cheveux sable ne préfère pas répondre. Dieu sait où elle l'enverrait. Leurs compagnons sont habitués à leurs querelles.

« C'est donc pour cette raison que tu avais perdu ce combat contre Antiope ? » continue Shura.

« Entre autre. Mais j'ai oublié l'essentiel lors d'un combat...»

« Quoi donc ? » demande Aiolia intrigué.

« J'ai sous-estimé mon ennemi. Une faute de débutant.»

«On est tous passés par là. » accorda le Poisson en respirant profondément une de ses roses rouges.

« Lorsque tu dis que cela concerne le Sanctuaire, où veux-tu en venir ? » ajouta Asterion.

« L'enfant que je porte est issu de l'union de deux Saints.»

Seconde consternation de la soirée. Les chevaliers écarquillèrent les yeux.

Mia opina doucement, un demi sourire d'incrédulité sur les lèvres. « Tu es enceinte d'un chevalier du Sanctuaire … ?»

Aurora jeta un regard atone sur son élève qui la dévisageait avec interrogation, « Tu pensais que j'allais choisir le messager du coin ? »

La jeune-femme voulu protester mais Camus mis une main devant la bouche, sentant la riposte de son maître qui est peut-être des plus calme mais ne manque pas répartie.

Aldébaran intervient à son tour :« Vas-tu en venir au plus concret? » demande t'il, les yeux mi-clos luisaient à présent d'une dérision contenue, et quelque peu apitoyée.

« Qui est le père de cet enfant ? » poursuit l'ancien Pope Saga.

« Il est parmi vous ce soir. »

Gros blanc.

« Avant tout, je tiens à vous dire que c'était inattendu et que si je ne vous ai rien dit avant c'est uniquement pour raison personnelle. » Puis elle se rapproche de Milo.

Les Saints commencent à ouvrir la bouche de stupeur. Les relations entre Saint d'or sont rarement de bonne augure.

Elle s'exclame : « Milo a accepté d'être le maître de mon enfant. »

Les chevaliers attendent la suite, car il y en a forcément une avec Aurora.

« Grâce à votre amitié ? » questionna Kanon.

« Entre autre. » répondit le 8ème gardien.

« Mon enfant va naître le 5 novembre et cela concrétise la relation avec un homme que j'ai déjà aimé. » Aurora se dirige vers Persée. Une lueur de lucidité envahi la pièce, « Argol est le père. »

Grand silence du côté des Ors. Puis quelqu'un toussa, comme pour déculpabiliser la situation incongrue qui règne dans cette demeure pestiférée, avait dit un certain Shaka.

« Quelle formidable nouvelle ! » s'exprima Asterion en allant vers son amie, suivit de près par les autres Argents.

Les Ors restent interloqués, muets de stupeur.

« Ça fait plaisir ! » lâcha Aurora, constatant la réaction de ses acolytes.

« Nous sommes étonnés. Je suis bienheureux pour toi et Argol. » rassura Mu.

Aldébaran :« Il en est de même pour moi. » en posant une main amicale sur son épaule.

« Merci vous deux. »

Elle dirigea ensuite son regard vers les autres chevaliers, embarrassés.

« Aurora, ne te méprends pas. » temporisa Shura, « C'est totalement inédit dans l'ordre des Saints d'or. »

« Et il nous faut un peu de temps pour adhérer à cette nouvelle rafale ''Aurora ». ajouta Aphrodite.

« Pourquoi ? » coupa-t-elle avant que ceux-ci ne formulèrent une phrase, « Partagez vos avis ! »

Saga pesa ses mots avant de répondre : «Nous voulons ton bonheur. En ce qui me concerne, je suis également surpris par cette nouvelle. Mais je t'apporte mon soutien.» Il s'adressa ensuite à Persée, « Argol, tu es conscient que posséder le Serpentaire est une bénédiction ? » fit le Gémeau.

Persée accepta la poignée de main de ces aînés. Milo alla vers lui et fit discrètement: « Beaucoup solliciterait ta place, Persée. »

Il savait très bien ce que sous entendait le Scorpion mais n'en tint rigueur, trop heureux de dévoiler son bonheur aux autres.

« Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ? » demande Kanon au couple.

« Argol et moi avons remis cela après les événements de cette soirée … Spectrale. »

« Quelle horrible soirée. » se souvient Babel.

Argol : « Nous ne désirions pas nous attarder sur le sujet. Et puis rien n'était sûr. »

« Vous étiez au courant vous autres ? » s'adresse Kanon aux Argents présents.

« Aurora craignait les rumeurs et comme nous avons déjà eu l'occasion de voir Argol et le Serpentaire ensemble, nous n'étions pas étonnés. » continua Merio.

« Tu aurais pu nous le dire à nous aussi. » riposta Aiolia.

« N'y voyez rien de personnel, » assura-t-elle,« Tout a toujours été plus naturel avec les Argents qu'avec vous. »

« Et pourquoi nous le révéler que maintenant ? » grommela Angelo, « Tu nous faisais pas confiance ? »

« Je craignais vos réactions. »

« Nous ne t'aurions point jugé. » arqua Camus.

« Je suis navrée d'avoir douté de vous..»

Shaka : « Malgré nos visions opposées, je vous souhaite sérénité et bonheur. »

« Soyez heureux. » ajouta Aiolia avec sincérité.

« Merci, Shaka et Aiolia. » répondit Aurora.

« Il faudra qu'on parle tous les deux. » gronda gentiment Merio de la Coupe, son ami d'enfance, qui aurait voulu être au courant avant les autres. Aurora hocha la tête en souriant.

C'est ainsi que le nouveau couple officiel du Sanctuaire débute leur nouvelle vie. Une fois que Shion a béni leur union, Argol s'installa au Temple du Serpentaire. Il rentrait parfois dans sa maison mais quittait rarement sa dulcinée. Ils pouvaient vivre au grand jour leur histoire et attendait avec impatience la venue de cet enfant. Le domaine sacré accueillit bien cette nouvelle. Aurora poursuivit une grossesse heureuse. Son enfant lui prenant beaucoup d'énergie et elle dut cesser toute activité. Elle prenait aussi beaucoup de poids. Ce qui a beaucoup contrariée cette dernière, habituée à des séances intenses.

La vie semble enfin être d'une douceur qu'elle ne soupçonnait guère. Elle s'est retrouvée étonnement proche de la Vierge qui veillait grandement sur elle, et lui apprenait à méditer tranquillement. Shaka ou Mu la téléportait au besoin et Aldébaran apportait tout ce dont elle avait besoin. Chacun des autres de ses voisins s'adonnait également à la tâche, aux petits soins pour le Serpentaire qui détestait être traitée comme une chose fragile : Camus revenait avec des spécialités françaises, Luisa ravie pour son amie achetait des vêtements pour le bébé en compagnie de Natalià. Shura et Mia bâtissaient ensemble le lit en bois de l'enfant et une armoire pour ses affaires. Aphrodite créait une nouvelle spécialité de tulipe pour Aurora, (c'est sa fleur favorite). Saga faisait toutes les démarches administratives pour sa commandante qu'il remplaçait et l'emmenait à tous ses rendez-vous médicaux. Angelo bien que détestant les enfants, escortait la belle sur son dos en râlant lorsqu'elle le contactait par télépathie, puisqu'il est le Saint d'or le plus apte à l'entendre en dehors de Shaka et Mu. Elle sait que c'est lui qui posait en douce des biscuits salés devant son Temple ainsi que des peluches artisanales pour le bébé. Merio et les autres argents faisaient aussi leur part et venaient la voir souvent pour l'aider. Enfin, Aiolia avait repris l'apprentissage d'Amaria et des autres apprentis du Serpentaire avec application et si Aurora venait superviser, elle se faisait houspiller par ce dernier. Car même le Pope s'y était mis en lui interdisant de quitter le Sanctuaire ou de déambuler seule.

« M'enfin je ne suis pas en sucre ! » s'insurgea la portugaise.

« Saint » Shaka étonna plus encore ce beau monde en envoyant une escorte dès que le Serpentaire mettait un pied hors du Domaine Sacré. Têtue comme elle est, Aurora ne voulait pas rester inactive malgré les recommandations du médecin.

Seul le chevalier du Scorpion restait en retrait cependant il faisait de son mieux pour soutenir Aurora, aidant Aiolia avec les élèves récalcitrants, lui préparant des tisanes bienfaisantes. Il allait à Rodorio la réapprovisionner et ne démontrait rien, continuant d'être son ami au loin. Il avait du chagrin.

Un autre semblait ne pas accepter la situation. Du côté des Ténèbres, Eaque sombrait peu à peu dans une profonde mélancolie. Plus les semaines passaient et plus il lui était difficile de chasser le Serpentaire de son esprit. Elle ne répondait pas à ses appels télépathiques, ni à ses lettres et se montrait au abonnée absente en tant qu'émissaire.

« Le Saint du Serpentaire n'a plus l'autorisation de quitter le Sanctuaire en raison de sa santé. » avait prévenu ses hommes.

Il soupira. Tout le monde s'était ligué conte le Garuda. Les chevaliers envoyait Aurora loin du Népalais dès qu'il débarquait sur leurs terres. Souvent elle était dans son pays natal à renouer les liens avec son passé. Argol faisait surveiller le Garuda et les deux hommes étaient devenus les pires ennemis au monde.

« Aurora me reviendra, chevalier, elle revient toujours. » avait prévenu le Juge durant une réunion inter-sanctuaire, « Nous sommes âmes-sœurs, elle ne t'aimera jamais comme elle m'a aimé. »

Les Saints d'ors furent obligés de se mettre à plusieurs pour contenir Persée, prêt à donner un crochet à ce Spectre orgueilleux, le sourire narquois au coin des lèvres.

Puis, Eaque a décidé finalement de ne plus se laisser tourmenter de cette manière. Son travail s'en ressentait et il était hors de questions que ses frères ne profitent de la situation pour se moquer de cette faiblesse. Il appris que le Serpentaire s'était établie au Portugal. Il se rendit là-bas avec discrétion.

Il a longtemps demeuré devant cette maison typique de la région, en pleine nuit, afin d'éviter les regards curieux. Il se posta devant la fenêtre principale et admirait Aurora assise dans son fauteuil près du feu. Elle se balançait et caressait son ventre, entourée de nombreux félins. Elle semblait sereine. Il voulait entrer, mais il s'était résigné : ce sourire ne devait pas quitter ce gracieux visage. Il sait qu'il ne pourra jamais la rendre heureuse et s'en mordait les doigts.

Et puis ces maudits chats ressentent la présence des esprits. Eaque déteste ces bêtes et ce n'est pas singulier s'ils envahissent la maison d'Aurora : ils l'alerte des mauvaises ondes. Alors le brun rebroussa chemin et regagna la clairière au loin. Lorsqu'il quitta la région pour rejoindre l'entrée des Enfers, son énergie se déploya soudainement. Aurora bondit de sa chaise. Ses félins avaient soufflé.

Elle sortit précipitamment et scruta le ciel. Puis elle heurta quelque chose à ses pieds, sur le parvis de la maison. En se penchant, elle remarqua une tulipe rouge attaché à un morceau de parchemin. Elle devinait déjà sa provenance.

« Un jour viendra, tu réaliseras que nous ne pouvons vivre l'un sans l'autre et ce jour, je serais là Aurora. » avait -il écrit.

Elle souffla doucement. Et bizarrement, elle ne brûla pas le message. Il portait le parfum du Garuda. Aurora se contenta de le déposer dans un coffre en sapin et le ranger avec les offrandes du Juge dans un secrétaire fermé à clefs, synonyme de ce passé qu'elle souhaitait occulté.

« Cet homme a marqué ma vie de femme. Et je sais ce qu'il en coûte de revenir dans ses bras. » admit Aurora en caressant son fidèle compagnon sur ses genoux. Elle huma la douce odeur de la fleur, « Je ne pourrais fuir Eaque indéfiniment. »

Aurora cherchait des réponses à ces torpeurs. Ce besoin de dominer, d'aimer les hommes et le rejeter la fois d'après. Va-t-elle trouver la paix ? L'équilibre de son enfant est en jeu.

A une des kilomètres de là, elle ignore encore que son passé allait frapper à sa porte.

Un quinquagénaire grisonnant, grand et assez entretenu pour son âge mais reflétant une certaine tristesse sur son visage, marchait vivement vers le centre d'un village. Ces traits sont marqués par une vie tourmentée. Il tentait d'échapper à une vieille femme qui grommelait des choses incompréhensibles dans une langue inconnue et le pourchassait depuis plusieurs minutes. Il avait un sac en toile sur le dos, un étrange coffre en or dans un main, une lance argentée ancienne dans l'autre et d'un pas décidé, il se dirigeait vers la route principale.

La veille au soir, il avait reçu la visite d'un homme étrange sous forme d'esprit. Lui athée jusqu'au cou n'en croyait pas ses yeux. Durant son sommeil, une étrange lumière l'avait interpellée.

« Réveilles-toi Diogo .. »

Pris de panique, l'homme le supplia de déguerpir, un balai à la main. Quelques jours plus tôt, une voyante de la région avait prédit cette apparition : « Ton destin sera bousculé, tu auras réponse à toutes tes questions. »

Le revenant envoya le portugais avec une force invisible à l'autre bout de la pièce.

«Nous nous sommes pourtant déjà vus. »

L'homme osa lever les yeux. La forme du spectre parut plus distincte et son cœur fit un bon dans sa poitrine. Il pâlit en reconnaissant son interlocuteur et balbutia :« Je .. C'est.. c'est vous qui m'avez pris mes filles autrefois ! »

« C'est exact. » répondit l'inconnu, « Et l'heure est venu de renouer avec ton passé. »

Le Portugais plissa les yeux, perplexe : « Co-comment ?»

« Tu as beaucoup souffert et j'en suis désolé. » consentit l'esprit, « Moi Wilfried, Saint d'or du Serpentaire du 15ème siècle ait demandé à ce que mon âme revienne t'aider. J'ai fait le serment sur mon honneur de chevalier de te rendre ce que tu as toujours souhaité. »

Diogo déglutit.

Il y a ce sentiment qui commence à se frayer un chemin dans son esprit. Cette idée qui petit à petit emplissait le vide laissé par la perte de ses enfants il y a une vingtaine d'années. Les voir. Uniquement les voir. C'était devenu sa raison de se lever, son but de chaque journée, son obsession.

Deviner les silhouettes d'Aurora et Demetria, leurs visages, leurs habitudes, qu'est-ce qu'elles aiment ? Qu'est-ce qui les rendent en colère ? Quel genre de femmes sont-elles? Qu'est-ce qu'un père au fond ? Tout ceci, il l'ignore. Diogo Vosta a passé sa vie à attendre à se sacrifier pour enfin retrouver sa progéniture.

Il n'arrêtait pas d'y penser. Encore. Fermer un instant les yeux et revivre ce moment où ce majestueux guerrier lui a enleva ce qu'il de plus cher au monde. Se souvenir. Il en avait tellement besoin et cela lui faisait pourtant si mal.

« Vous allez me rendre mes filles ? »

« Demetria n'était pas de ton sang. Je ne peux te faire qu'une concession. » répondit l'ancien Saint d'or.

« … Laquelle ? »

« Ma disciple a besoin de toi, Diogo. »

«Aurora ? Qu'est-elle advenue ? Je vous en prie parlez-moi ! »

Sa voix s'était mise à trembler à l'énonciation du prénom de la cadette, sa chair et son sang, fruit de son amour avec Patricia, l'âme-sœur d'une vie.

« Aurora est devenue mon successeur comme les étoiles l'avaient prédit. »

« Alors elle est bien chevalier .. d'Athéna ?» lâcha t-il à mi-voix.

« Une puissante guerrière. Elle en paie le prix depuis. »

« Depuis quoi ? »

L'esprit de Wilfried marqua une pause, puis poursuivit :« Diogo, tu dois la retrouver par toi-même. Je te guiderai mais saches que ton chemin sera parsemé d'embûches. Car pour entrer dans la vie du 18ème Saint du Serpentaire, on doit le mériter. »

« Je ferai tout pour la voir ne serait-ce qu'un instant. »

« Alors hâtes-toi. »

« Où est-elle ? Elle doit avoir 24 ans.»

« Elle vit au Sanctuaire d'Athéna en Grèce, berceau des gardiens de la paix sur Terre. Tu ne pourras t'y rendre aisément. Tu n'es qu'un simple mortel. C'est pour cette raison que ma présence est indispensable. »

« Que ferez-vous ? »

« Tu te rendras au cimetière de ce village reculé à 3 kilomètres d'ici. J'ai laissé il y a longtemps une chose précieuse près d'une tombe pour Aurora et sa sœur aînée »

« Quel est cet objet ? »

« Il y contient entre autre des bribes de mon cosmo et une lance sacrée. Grâce à cela, tu pourras passer la barrière d'Athéna qui protège le Sanctuaire du reste des humains. » L'image de Wilfried disparu peu à peu et il conclu au paternel : « Et souviens-toi Diogo, il faut le mériter pour revoir Aurora. »

« Alors j'espère en être digne. »