CHAPITRE 13

L'Aigle Noir

La bataille contre les Amazones à peine enterrée, un nouvel ouragan s'est abattu sur le Sanctuaire. En effet, la Commandante en chef des armées d'Athéna, Aurora du Serpentaire en personne attend un enfant d'un autre chevalier. La nouvelle a ébranlé le Domaine sacré et fut accueillit positivement. Moins pour certains ... Milo du Scorpion reste intérieurement frustré, mais pas autant qu'un certain Spectre de l'Enfer.

Royaume des Ombres, Octobre 2007 (Six mois plus tard)

Dans la contrée sombre des Enfers à l'entrée du Palais d'Antenora, le grand Juge des Enfers Eaque du Garuda soupira à s'en fendre l'âme dans son bureau. La nuit précédente a été agitée. Le sommeil lui est difficile depuis des mois.

« Aiacos », l'étoile Céleste de la supériorité est un homme imposant, charismatique, inatteignable. Cette assurance, cette orgueil et cette force couplée à une haute arrogance, tout dans l'attitude du Juge rappelait la menace. L'écrasante domination du Népalais n'était sans conteste à remettre en doute et brillait sous les feux de la rampe dans les sombres ténèbres des Enfers, les batailles sanglantes où parmi les rangs de sa division qui le craignait, lui, ce Roi guerrier autrefois à la tête du Royaume d'Egine.

Seul les plus aguerris conservaient leur place dans l'armée du Juge. C'était marche ou crève. Eaque veillait grandement à la discipline de ses hommes et tout manquement à ce devoir valait une sanction sanglante afin d'asseoir davantage son pouvoir destructeur. Le brun avait peu de considération pour ses soldats. Ses frères le redoutaient aussi dans un certain sens et préférait se couper la langue plutôt que de l'admettre. Car nul se serait aventuré à contredire Garuda.

Pourtant, une seule y était parvenue.

Cette guerrière admirable et intelligente au charme dévastateur, scandaleuse à son goût. Cette créature en proie à de nouvelles conquêtes, lui non plus, le grand Garuda n'a pu y résister. Elle fut le motif de la folie de tant d'hommes. Mais aussi leur plus grand désespoir… Comment cela a pu arriver à l'un des trois Généraux des Enfers ? Ce chevalier lui avait volé son cœur sans même qu'il ne s'en aperçoive. L'Étoile Céleste de la Supériorité avait trouvé sa flamme jumelle. Cette liaison qu'il a partagé avec le Serpentaire a suscité bien des interrogations et des spéculations - dans le dos du Juge, bien évidemment, à moins d'être suicidaire !

A l'époque, ayant constaté ''cette faiblesse'' chez leur homologue, Rhadamanthe et Minos étaient les seuls à oser ironiser sur cette situation.

« Elle t'a littéralement débauché, mon pauvre Eaque ! » s'était moqué la Wyvern comprenant que son cadet ressentait plus pour le chevalier qu'il ne le laissait paraître.

« Cette histoire est contre nature. Les Spectres sont les ennemis des Saints d'Athéna. Ils ne doivent en aucun cas devenir proches de nous. » avait rétorqué Minos avec tout le mépris que pouvait porter sa voix.

Eaque avait ignoré les commentaires. Tout ceci ne les regarde pas. Aurora est un animal sauvage qui ne se laisse dompter par personne et c'est ce qu'avait attiré l'attention d'Eaque. Elle défiait les lois morales. Cela n'avait point échappé aux autres spectres, étonnés par le culot de cette amazone qui répliquait ouvertement au Népalais. Ces derniers se bidonnaient discrètement. Les regarder interagir était devenu le nouveau passe-temps des Enfers. Ce n'est pas la première fois qu'elle tenait tête au Juge. Pourquoi faut-il toujours qu'elle obtienne ce qu'elle veut et qu'elle ait le dernier mot avec lui, le grand Eaque ? Le Juge serrait les poings, dissimulait sa colère dans une habile façade dépourvue d'émotions. Par Hadès ! Cette diablesse l'avait percé à jour !

Leur amour était de l'ivresse, charnel et dévorant, un ouragan de passion. Pendant plus de deux ans, ils ont fait l'amour et ne se sont jamais fatigués, ce n'était jamais assez, c'était toujours aussi excitant que la première fois. La fascination que la jeune femme exerçait sur lui était diabolique.

Minos en rajoutait de son ironie habituelle : « Tu peux avoir toutes les femmes que tu souhaites et il a fallu que tu choisisses un Saint d'Athéna ! Les sentiments ne sont que faiblesses .. »

Les Spectres dédaignent toutes formes de sensibilités. Un interdit inconnu de l'armée d'Hadès qu'ils refoulent pour garder la terreur de leur pairs. Que connaissent-ils des tentations ? Lui qui n'avait aimé quiconque jusqu'à ce jour comprit que cette fois ci, il s'était laissé séduire. Il lui était arrivé de se divertir. Avec Aurora, tout était poussé au paroxysme. Avec Aurora il était indéniablement « humain ». A l'évocation de ce souvenir, Eaque sentit son estomac se contracter et son cœur battre plus vite.

Voici leur histoire.

Flash-back : Juillet 2002, Palais de la Giudecca

Ils était ''revenus'' depuis quelques jours. Lui et ses frères étaient dans leur couches à attendre, inlassablement. Ils apprirent de la bouche de leur subordonnés que le Royaume a signé un traité de paix avec les divinités terrestres Athéna et Poséidon. Ils en étaient tellement abasourdis qu'une journée n'a pas suffi à les faire avaler la nouvelle.

C'est vraiment la première fois qu'ils sont confrontés à un schéma totalement inédit dans leur vie de Spectre. Hadès doit donc les rassurer : les Enfers ont-ils toujours besoin d'eux ? Quelle est la manœuvre cachée de leur Seigneur ? Cette chance que les Dieux leur ont accordé, quelle en est la logique ? Ils avaient perdus une fois de plus face à l'ennemi de toujours : Athéna. Ils ne sont pas des combattants luttant pour sauver les orphelins et les veuves, non. Eux sont des guerriers des Ténèbres, et ils n'existent que pour les Guerres Saintes. Ils vivent et meurent jeunes. Ils sont tout simplement des soldats, rien de plus rien de moins.

Les Juges étaient déjà désespérés par la tâche que constituait une vie sans un rôle de combattant à plein temps. Et quelque part dans une suite de la Giudecca, trois hommes échangeaient sur l'éternelle question. Les plus puissants de l'Armée d'Hadès débattaient sur leur nouvelle condition de Spectre. Et le moins patient s'agitait nerveusement dans son lit.

« Je commence à en avoir vraiment assez ! »

« Assez de quoi ? »

« De devoir rester à ne rien faire ! »

Tel fut la réponse de Rhadamanthe, Spectre de l'Etoile céleste de la Férocité, à la question d'Eaque, Spectre de l'Étoile céleste de la Supériorité. Ce dernier ne put être que d'accord avec lui. Ils étaient des hommes d'action, et l'absence de celle-ci commençait à leur peser depuis quelques jours. En particulier pour l'Anglais ..

« Cesses donc de vociférer. » répliqua Minos, Spectre de l'Étoile Céleste de la Noblesse, passablement agacé par le comportement de son frère, « Profites-en, plutôt. »

« En profiter ? Que marmonnes-tu, voyons ! » répéta l'Anglais les sourcils froncés.

« Oui, parce que lorsqu'on aura récupéré, on va devoir se remettre à travailler nuit et jour. Alors tu ferais mieux d'apprécier, pour une fois que l'on peut se poser. » argumenta le Griffon.

Soit.

« Vivre pour mourir je suis habitué, mais vivre pour vivre ça ne nous ai jamais arrivé. » répondit Rhadamanthe, les mains serrant les draps en soie de son lit, « En plus, on n'a même pas encore vu le Seigneur Hadès… »

« Estimons-nous heureux de cette chance offerte par les Dieux, » ajouta sagement l'ancien Roi de Crête, « En tant que Généraux des Enfers, nous savons mieux que personne que les résurrections ne sont pas accordées par hasard.»

« Je le crois aussi .. » continua Eaque, « Certes nous avons perdu la Guerre Sainte. Ce qu'il adviendra demeure un mystère et j'ai confiance en sa Majesté.»

« Alors que croyez-vous qu'il se déroulera ? » continua la Wyvern, « Commander les Spectres, juger les âmes et .. vivre ? » questionna amèrement l'Anglais.

« Je penses que c'est bien plus subtil que cela .. » termina Eaque.

Des coups frappés à la porte interrompent la conversation. Une sœur noire leur apporte leur repas : « Maîtres, voici vos dîners. Et vous avez de la visite. »

Les Juges en ont assez des allées et venues perpétuelles dans leur chambre entre leurs hommes, les guérisseurs, les messagers apportant les nouvelles.

« Par tous les Dieux de l'Olympe, qui vient encore nous déranger ? » maugréa Rhadamanthe.

Ils accordèrent finalement la permission d'entrer à la personne, non sans agacement.

Quelle ne fut pas leur surprise de l'apparition d'une ravissante jeune-femme. Le Saint du Serpentaire débarqua éclatante, vêtue d'une toge traditionnelle camouflant son armure afin d'éviter tout quiproquos sous les yeux brillants des Spectres qui ne voyaient pas souvent une telle beauté vivante aux Enfers. Cette femme, dont la splendeur dépassait celle de tout ce qu'ils avaient pu voir jusqu'à présent fit une arrivée particulièrement marquante car elle réussit même à toucher le cœur d'Eaque.

« Bonsoir Messieurs. » s'exclama la guerrière avec neutralité.

« Vous êtes ? » demande Minos.

« Que voulez-vous ? » rétorqua la Wyvern sur un ton désagréable qui n'offusqua point Aurora.

« Je suis venue m'occuper de vous. »

Une drôle d'idée parcourra l'esprit du Griffon : « Peux t'on savoir de quelle façon ? »

« Je suis d'abord venue m'enquérir de votre santé. »

« Et pourquoi cela ? » renchérit la Wyvern.

« Parce que c'est ainsi, je suis chargée de vous remettre sur pieds. Et je représente une délégation.» continua-t-elle calmement.

« Une émissaire ?» demande Rhadamanthe, dubitatif.

« C'est exact. »

« Mais on ne sait toujours pas qui vous êtes... » poursuivit Eaque.

Aurora croisa le regard du Garuda. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Ce spectre aux prunelles ténébreuses lui semble familier. Se sont-ils déjà rencontrés ?

Elle répondit au Népalais : « J'allais y venir, Juges. Vos hommes vous ont expliqué la situation actuelle concernant les Royaumes, n'est-ce pas ? »

Les spectres approuvent, « On est au courant. Même si cela ne nous enchante guère. » objecta Minos.

« Où voulez-vous en venir ? Qui êtes-vous pour vous adresser à nous de façon si familière ? » cracha Rhadamanthe.

« Je vous prie de baisser d'un ton. » répondit Aurora qui étonna les trois hommes.

« Qu-Comment ? » répliqua le Général de la Wyvern.

« Je risque de perdre patience et Dieu sait que ce n'est pas une de mes vertus. »

Silence. Les spectres haussent un sourcil.

« Et que comptes-tu faire, femme? » se crispa davantage Rhadamanthe, « As-tu oublié à qui tu t'adresses ? »

Le Serpentaire prenait sur elle.

« Déjà, vous allez commencer par ne plus m'affabuler de surnoms sexistes pour affirmer votre supériorité. »

Les trois hommes la considérèrent avec effroi. Eaque était presque amusé ^tant cette insolence paraissait naturelle chez elle.

« Enfin, qu'est-ce que ça veut dire ? » s'insurgea-t-il sans lâcher Aurora soutenant son regard.

« On n'avait pas menti, vous êtes caractériel. Mais cela ne vous donne pas le droit de me dédaigner. Restons cordiaux, je suis ici pour un moment.»

Etonné par cette énième audace suicidaire, Eaque répondit avant que son frère n'ouvre la bouche : « Alors parlez, avant que Rhadamanthe ne provoque un conflit.» Il observa un instant cette dernière et ajouta, « Vous disiez représenter une délégation ? Qu'en est -il ? »

« Tout à fait. » concéda le Saint d'or, « Je m'appelle Aurora. Je suis ici pour aider votre Seigneur à rebâtir les Enfers. » Elle marqua une pause et toussota :« Et je suis .. un chevalier d'Athéna. »

Ils n'y réfléchirent pas plus longtemps : leurs réflexes de guerrier se réveillant.

« Comment ?» s'écria Rhadamanthe en se redressant.

« Nous te méconnaissons, chevalier ! » pesta Minos.

« Je croyais que les femmes chevaliers cachaient leur visage. » grommela Eaque.

« Dans sa grandeur d'âme, Athéna a supprimé cette loi pour que nous soyons à égalité avec nos homologues masculins. »

Rhadamanthe n'en revenait pas et ajouta :« Pourquoi sa Majesté voudrait d'un chevalier pour nous aider ? »

« Pour renforcer nos liens. J'ai servi à Asgard puis au Sanctuaire sous-marin afin d'améliorer les performances des guerriers. Maintenant c'est votre tour. »

« C'est une plaisanterie. » fit nonchalamment Minos en se recouchant.

« Et pourquoi ça, Juge Minos ? »

Elle se rapprocha des trois hommes méfiants, un plateau de verres dans les mains.

« Comment comptez-vous nous entraîner ? » ajouta Rhadamanthe sceptique.

« Pas en robe, c'est évident .. » continua sombrement Eaque dans ses sarcasmes.

« Vous n'avez gère le choix étant donné que je suis la plus qualifiée. Alors sois vous acceptez soit je vous renvoie dans le néant. » lâcha-t-elle de sa spontanéité habituelle.

Minos et Eaque ne put s'empêcher de ricaner nerveusement.

« Comment osez-vous ? » riposta Rhadamanthe qui recommençait à s'agacer.

« Spectre de l'Étoile Céleste de la Férocité, vous ignorez à qui vous avez affaire. » gratifia sans broncher Aurora.

« Que venez-vous de dire ? » s'étrangla l'Anglais.

« Nous envoyer dans le néant ? Par vous ? Voilà qui est amusant ! » enchérit Minos, dédaigneux.

« Où vous briser les os, c'est comme vous voulez. » poursuivit la brune en augmentant son cosmo.

Une puissante énergie cosmique s'empara des lieux. Les trois juges se regardent, interloqués par le pouvoir du Saint. Un ange passa. Une dangerosité se dégageait d'elle. Elle n'était point simple chevalier. Les Juges le comprenaient parfaitement. Quelque chose d'autre se camouflait.

Était-ce de bonne augure ?

« Quelle est votre décision, Maîtres des Spectres ? »

Les trois hommes serrèrent les dents.

On frappa à la porte et apparu Sylphide du Basilic, visiblement débarqué au bon moment pour calmer les tensions. Ce dernier s'inclina face à ses supérieurs.

« Tu tombes à pic ! » ironisa Aurora.

« Cette femme chevalier joue avec nos nerfs ! » clama Minos.

« Sylphide ! Quelle est cette mascarade ? » grommela la Wyvern à son lieutenant.

« Mes Seigneurs ! Calmez-vous. » temporisa le Basilic,« Il s'agit du Saint d'Or du Serpentaire. Vous pouvez croire en sa bonne volonté. Je l'ai vu en action. » répondit avec tact le Belge.

« Un chevalier d'Or ? » s'étouffèrent les Juges, yeux écarquillés.

Silence pesant. Rhadamanthe crut défaillir.

« Je vais en faire de la bouillie, de ce chevalier d'or ! » s'exclama alors le blond en tentant de se lever.

« C'est une plaisanterie de mauvais goût ! » continua le Griffon.

« Maudit Saint d'Athéna .. » marmonna Eaque.

« Mais pourquoi est-ce que tout le monde me dit ça ? » fanfaronna Aurora.

S'il y avait bien une chose à laquelle les Juges des Enfers ne s'attendaient pas, c'était bien celle-là. Décidément, ils détestent vraiment les chevaliers d'Athéna.

« Je doute que le Seigneur Hadès accepte que je vous terrasse ! Ne me sous-estimez pas ! »

Ils se contentant d'une énième grimace. Allons donc.

Rhadamanthe :« Vous vous moquez de nous ! »

« Vous alors ! » grommela Minos.

« Puisque vous ne semblez pas enclin au dialogue, je reviendrais plus tard ! »

Et elle tourna les talons sans même les regarder.

« Comment osez-vous nous tourner le dos ! » continua Rhadamanthe.

« Seigneurs, je vous en prie ! » fit le Basilic qui craignait un pugilat.

C'en fut trop pour les Spectres, qui, en quelques fractions de secondes, allumèrent le peu de cosmo qu'ils avaient et tentèrent de se mettre en position de combat malgré leur état de faiblesse. Mais alors qu'ils s'étaient redressés et allaient poser pied à terre, ils furent soudainement immobilisés. Leur cosmo se retrouva étouffé pas celui du Serpentaire qui remplit la pièce de toute sa toute-puissance dorée. Celle-ci se contenta de les maintenir figés.

Mais cela n'arrêta pas les Juges, qui essayèrent de se débattre pour sortir de ce piège.

« Vous ne perdez rien pour attendre ! » claqua Eaque mauvais.

« Allez-vous nous lâcher, sale chevalier ! » se contenta de grogner la Wyvern.

« Toute résistance est inutile », déclara Aurora, stoïque.

En effet, les sujets d'Hadès remarquèrent que, plus ils tentaient de retrouver leur liberté, et plus une force invisible les figèrent. Privés de leur énergie, ils étaient aussi impuissants que de simples mortels.

« Je vais vous libérer.» dit alors le Serpentaire impénétrable, « En échange, je veux que vous me promettiez de m'écouter. », ajoute-t-elle, profitant du silence momentané.

Cette déclaration enragea encore plus les Juges qui se démenèrent comme des diables pour briser la technique. Les secondes passent, et ils s'épuisaient de plus en plus. Finalement au bout d'une dizaine de minutes, Eaque arrêta de bouger, las et fatigué. Il comprit qu'il n'y avait qu'un seul moyen de mettre fin à cette mascarade.

« Ça va, vous avez gagné », grinça-t-il, s'attirant les regards des personnes dans la pièce.

Aurora le fixa intensément, tandis que Eaque la défiait du regard. Minos et Rhadamanthe, qui savait ô combien cela avait coûté à leur compagnon de faire cette déclaration, observaient silencieusement la confrontation. Soudain, l'énergie du Serpentaire augmenta, et les Juges se crispèrent. Sans qu'il s'y attende, Eaque se retrouva libre. Il allait tomber par terre quand une poigne l'attrapa. Il tourna la tête et rencontra au plus près le regard de biche d'Aurora qui le laissa sans voix.

Ce sentiment étrange submergea à nouveau Aurora, « Qui est cet homme pour me rendre aussi nerveuse ? » songea-t-elle.

Les deux autres étaient loin de s'imaginer les états d'âmes des futurs amants. Car ils étaient muets de stupeur : non seulement, ils ne l'avaient pas vu s'avancer tant elle fut rapide mais ils ne l'avaient même pas sentie bouger. Ce fut seulement à ce moment-là, que les Juges remarquent une partie de l'armure de la jeune-femme : elle était bien en or.

La Wyvern et le Griffon l'interpellèrent.

« Bon, la télépathe ! On va vous la faire votre promesse ! » maugréa Minos.

Rhadamanthe : « Et écoutez bien parce qu'on ne le répètera pas deux fois ! »

Comme tout à l'heure, le chevalier d'or les fixa, cherchant à discerner des traces de mensonges. A peine une seconde plus tard, ils étaient libérés aussi. Les Spectres eurent beau s'y attendre, ils perdirent quand même l'équilibre. Là encore, Aurora se déplaça si vite qu'ils ne le sentirent pas jusqu'au moment où une main se referma autour de leur bras. Cette dernière, qui se trouvait entre leur lit, les étendit sur le matelas, de la même façon qu'avec Eaque.

Et c'est ainsi que la portugaise leur expliqua tout sous les yeux ronds des Juges. Pendant la discussion, le brune s'était montrée agréable. Ils en avaient presque oublié qu'il s'agissait d'un chevalier. Finalement, peut-être que la paix était réellement possible ? Après deux bonnes heures en leur compagnie, elle laissa les Juges bouche-bé, c'est peu dire.

« On dirait bien que cette femme chevalier vous a laissé sans voix, mes Seigneurs ! » avait plaisanté Zélos de l'Étoile Terrestre de l'Étrange sous les regards noirs de ses supérieurs.

Quelques jours plus tard, ils purent enfin sortir de leur lit. Cependant le plus dur reste à faire : retrouver leur niveau. Ils étaient impatients de s'y remettre. De plus, le Seigneur Noir allait enfin s'adresser enfin à eux.

Devant la Giudecca, les immenses portes de la salle du trône étaient en vue. Lorsqu'ils arrivèrent au niveau des battants, ceux-ci s'ouvrirent d'eux-mêmes, les faisant pénétrer dans la pièce. Le marbre noir était toujours aussi brillant et les deux statues de dragons de part et d'autre de l'escalier menant au trône du Roi des Enfers, toujours aussi intimidante. Mais il ne régnaient plus cette atmosphère oppressante. Un grand tapis rouge avec de riches broderies d'or était posé en face de l'escalier, ce qui amenait une agréable touche de couleur. Visiblement, les bâtiments principaux des Enfers ont été rebâtis il y a un moment, car aucune trace de dégâts étaient apparentes. La pièce était bondée de monde. Les Spectres discutaient entre eux. Ils étaient dispersés en groupe sans distinction de grade. Seul deux irréductibles résistaient encore et toujours à la socialisation : le premier était Kagaho du Bénou de l'Etoile Céleste de la Violence, seul Spectre à ne rendre de compte qu'à Hadès. Le fait qu'il soit seul, adossé contre un mur et les bras croisés n'était pas étonnant, au vu de son caractère renfrogné. La seconde n'était autre que le chevalier du Serpentaire debout près d'une des statues de dragons les bras croisés, elle attendait le début de la réunion.

« Bien, nous pouvons commencer. »

Tous se tournèrent vers l'estrade, tandis que les conversations s'éteignaient d'elles-mêmes. Hypnos le Dieu du Sommeil, fidèle conseiller d'Hadès avec son Jumeau Thanatos Dieu de la Mort, venait d'apparaître. Il balaya la salle de son magnifique regard, puis, apparemment satisfait, déclara d'une voix forte tout en se décalant : « Le Dieu Hadès, Empereur des Enfers. »

Ces paroles prononcées, la divinité s'avança. Et les Spectres eurent le souffle coupé. Ils n'avaient pas vu la réelle apparence de leur Monarque depuis des siècles puisque ce dernier chérissait plus que tout son vrai corps à l'Elysium : Hadès avait les cheveux d'un noir plus profond que l'ébène, des yeux d'un bleu plus pur que l'azur et un corps digne d'une statue grecque recouvert par sa majestueuse Kamui. Le Dieu était… magnifique. Au-delà de tout ce qu'ils auraient pu imaginer. A peine était-il apparu que les Spectres posèrent un genou à terre en signe de soumission et de respect.

Une fois assis sur son trône, Hadès balaya à son tour la salle de son regard, un léger sourire aux lèvres :« Mes chers Spectres, c'est un plaisir de vous revoir en vie. » déclara la déité de sa voix de baryton. Sur ces mots, il fit signe à ses sujets de se relever. « Si je vous ai réuni, c'est pour vous parler de l'organisation des prochains jours. Mais avant, je crois que certains d'entre vous aimerait avoir quelques réponses aux questions qu'il se pose. Comme vous le savez, un pacte de paix a été signé il y a des années entre les différents Sanctuaires afin de garantir la paix. Il se trouve qu'une clause de cet accord était que mon armée ne revienne pas de suite et qu'au moment venu, Athéna me « prête » un de ses chevaliers. »

« Comment ça, Majesté ? » s'enquit poliment Eaque.

« Je vais laisser la principale intéressée vous expliquer. » répondit Hadès avec un regard pour le Saint d'or.

« Votre domaine est le seul où il n'y a eu aucun survivant. » s'avança Aurora après avoir hocher la tête vers la déité. « Or, il fallait quelqu'un qui soit non seulement capable de sentir les différents cosmos, vous remettre d'aplomb et soit également au courant de ce qui s'est passé ces dernières années. »

« Pourquoi vous en particulier ? » demanda Rhadamanthe.

« Mes pouvoirs sont entre autre utiles pour attraper les âmes errantes et reconstruire les prisons. »

« Pourquoi avons-nous été ressuscités que maintenant, Seigneur ? » demande alors Valentine, de l'Étoile Céleste des Lamentations.

« Je ne peux vous révéler les termes exacts de notre alliance. Je peux vous certifier que cela a été laborieux...» répondit le Dieu Sombre, « Deux de vos compagnons furent ressuscités afin de m'aider à la gestion des Enfers. » désignant Charon le passeur de l'Achéron et Rune, le procureur des Juges.

« Nous devions en effet régler les contentieux avec Athéna qui comme vous le savez, étaient synonyme de conflits depuis des siècles. Mon frère Zeus n'acceptait plus nos combats. Athéna elle-même en a fait la requête. »

Ses différents protecteurs se regardèrent, abrutis. Athéna a demandé à cesser toute bataille ?

« Vous devez comprendre que cela ne pouvait continuer indéfiniment. » réitéra Hadès, « Nos armées s'affrontaient inlassablement pour des causes que nous jugions honorables chacun de nos côtés. De ce fait en l'Olympe, nous avons établi un traité de non-agression et de fraternité si l'un de nos Royaumes est attaqué. Je sais que vous êtes tous nés pour la guerre et que ce nouveau destin vous interpelle, cependant sachez que les Enfers doivent continuer de tourner. Les âmes ne peuvent plus s'accumuler. Vous êtes mes fidèles soldats, vous vous joindrez aux forces des délégations et de ce fait, au chevalier du Serpentaire. »

« Bien, Majesté. » répondit Minos qui répondit pour tous les autres.

Aurora poursuivit : « Une guerre aura lieu contre un Dieu malfaisant. Et aucun d'entre nous n'aimerait sur son Domaine soit annihilé. Cela explique aussi ce traité de paix. Vous devez récupérer vos forces.»

Le Seigneur noir insiste sur un point, sentant ses sujets dubitatifs : « J'aimerais que vous fassiez confiance au chevalier envoyé par ma nièce Athéna pour la représenter. Cette menace n'est pas définie et nous devons nous montrer prêts en toute circonstances.» Puis il s'adressa à la treizième : « Chevalier, je te laisse te présenter à ceux et celles qui n'ont pas eu l'occasion de te rencontrer. »

La Portugaise hocha la tête et se mit bien au-devant de l'auditoire spectrale.

« Je m'appelle Aurora, de la constellation du Serpentaire, treizième Saint d'or, un combattant apparaissait tous les 500 ans afin d'éradiquer une grande menace. En vue de la mission qui m'a été demandée, je me suis permise d'amener quelques-uns de mes hommes. »

« Comment cela ? » demande Rhadamanthe, « Où sous situez-vous au sein des troupes de d'Athéna, puisque vous semblez convaincue de pouvoir nous aider ? »

Hadès se doutait que l'un de ses Juges, si ce n'est les trois, n'éprouvent d'appréhension vis-à-vis du Serpentaire puisque à cet instant il sent parfaitement l'approbation des autres, se concertant d'un seul regard.

« Soit .. » Elle reprit, « Je ne me situe pas au sein des troupes, je la dirige. » répondit-elle d'un ton directif.« J'ai été formée afin de combattre des ennemis très puissants. » L'assistance la regarde médusée, du moins, ceux qui n'étaient pas encore au courant. Rhadamanthe haussa un sourcil,

« J'ai l'habitude d'aider les soldats à atteindre une échelle supérieure à ce qu'ils aspiraient et cela sera d'autant plus simple puisque vous êtes déjà conditionnés. Et pour vous répondre concrètement, le Saint du Serpentaire est le chef d'état-major des 88 chevaliers, le bras-droit du Grand Pope. J'ai ma propre division. Mes bras-droit m'ont suivis jusqu'ici. »

Minos questionna :« Vos bras-droit ?»

Aurora se tourna vers Hadès et demande : « Puis-je Seigneur Hadès ? »

Ce dernier acquiesça d'un hochement de tête. Aurora fit un signe de la main et deux hommes sortirent de l'ombre sur le côté de la salle. Le premier était le fameux Thanos, ce Grec gracieux portant son armure comme dans les légions anciennes à mi-chemin entre un fantassin de haut rang Spartiate et un Peltaste. Il avait une cape rouge et un casque Corinthien. Le second le suivant avec discipline est son second Agénor, l'armure couvrait moins son corps et son casque est légèrement différent.

« Je vous présente mes subordonnés. Ce sont des guerriers très vaillants malgré leur condition de mortel. Je les ai vu terrasser des êtres surnaturels sans la moindre hésitation. » Les Spectres se considérèrent, elle poursuivit : « Ils sont entraînés comme le faisait les héros de la Grèce mythologique. Ils sont d'excellents seconds et n'ont peur de rien. Nous avons partagé beaucoup de batailles passées et présentes. »

« Dans le passé ? » demande alors Eaque.

« Juge Eaque, j'ai de le pouvoir de me rendre dans les dimensions. J'ai été formée par de nombreux maîtres de guerre dont mon propre prédicteur le chevalier du Serpentaire du 15ème siècle. Nous avons aidé bon nombre de Rois à gagner des guerres. »

« Quels sont vos autres techniques, nous vous savons télépathe, n'est-ce pas ? » intervient alors Minos.

« C'est cela Juge Minos. Je maîtrise la psychokinésie et le feu. J'ai également des dons curatifs. » explique-t-elle,« Je ne veux que du bien pour l'Armée du Seigneur Hadès, comme je l'ai fait pour le Seigneur Poséidon et le Dieu Odin. Les Enfers seront de nouveau le passage des revenants. Il y a beaucoup de travail car je m'occupe de réorganiser les prisons et ce n'est pas mince affaire. »

« Commandante .. ? » dit alors Thanos sous les regard interrogateurs des Spectres.

« Je t'écoute. »

« Le Saint d'Argent de la Coupe devrait arriver pour nous aider. »

« C'est parfait. Nous commencerons demain. » puis se tournant vers le Dieu sombre, elle annonça: « Seigneur Hadès, tout est en place. »

« Merci chevalier. » conclu ce dernier en se levant,« Chers Spectres, qu'il en soit ainsi. »

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Pour la seconde fois en très peu de temps, les étoiles maléfiques se trouvaient rassemblées dans une même salle, à savoir, l'une des antichambres du Palais du Dieu des Enfers.

La plupart des Etoiles Terrestres vivent parmi les humains et leur âme de spectres se révèlent à la fin de l'adolescence. Leurs camarades, les étoiles célestes furent élevées au Mekkai dès l'enfance lorsque leur « famille terrestre » disparue. De ce fait, chacune des armées de Juges se retrouvent à présent au complet. C'était un sacré changement. La pièce s'était transformée en un immense brouhaha, les guerriers en profitaient allègrement pour discuter.

La grande double porte menant vers l'extérieur s'ouvrit en grand, révélant le Saint du Serpentaire physiquement remarquable. Elle arbore des habits d'entraînement dévoilant ses formes et aucun spectre n'y reste insensible. Après tout en enfer, il est exceptionnel d'y voir de une telle grâce déambuler. Sa tenue épouse avec sensualité sa généreuse poitrine, ses hanches sont bien dessinées, sa taille est de guêpe et ses cuisses robustes. Son air dominatrice se reflétait sur son visage, lui donnant une aura réellement intimidante, bien que les habitants du sombre Royaume ne l'avoueraient jamais.

Eaque était soufflé. Il n'était pas le seul, la plupart des Spectres admiraient en silence, particulièrement un certain Basilic.

Aurora balaya la salle de son œil avisé avant de prendre la parole : « Vos entraînements se dérouleront à l'extérieur. » les informa-t-elle sommairement pour ensuite repartir comme elle était venue.

Les troupes d'Hadès suivirent après un mouvement de tête de leurs Généraux. Après tout, Si leurs supérieurs faisaient un minimum confiance à leurs anciens ennemis, ils pouvaient en faire de même.

Arrivés à leur destination dans la septième prison, ils pouvaient apercevoir des débris éparpillés partout, les ruines de monuments et des monticules de pierre sur une large surface. Devant eux, un affaissement de terrain avait formé une sorte de clairière d'une vingtaine de mètres de diamètre. Mais une chose particulière les frappa : le silence.

« Où sont les prisonniers ? » demanda durement Rhadamanthe.

Habituellement, les cris de ces derniers résonnaient dans les Enfers. Ce qui ne manqua pas d'inquiéter les Spectres.

« Lorsque mes camarades ont battu Hadès, », commença Aurora en ignorant la raideur soudaine des hommes qui l'accompagnent, « Le Royaume a été ébranlé. En fait, il a commencé à s'effondrer avant que d'autres dieux ne prennent la relève. Une partie des prisons se sont écroulées libérant ainsi les prisonniers. »

« Vous voulez dire que les âmes sont en train de se balader librement dans les Enfers ? » s'alarma Minos.

Il n'était pas le seul. L'armée tout entière était plus que préoccupée par cette nouvelle. C'était leur travail, leur responsabilité de veiller à ce que toutes les âmes soient au bon endroit, dans la bonne prison.

« Pas exactement. » répondit posément la Portugaise, faisant fi de l'état l'agitation dans lequel étaient les guerriers derrière elle : « Tous les prisonniers se trouvant au Cocyte y sont toujours », reprit-t-elle après quelques secondes, « Puisque la glace ne s'est pas brisée suffisamment pour qu'ils puissent s'en libérer.»

Une vague de soulagement traversa les Spectres. En effet, la huitième prison n'était pas seulement le lieu où étaient jetées les personnes qui avaient osé défier les dieux. Y était également placer les pires raclures de l'humanité. Ceux qui avaient commis des crimes si infâmes qu'aucune autre prison n'aurait pu leur rendre justice. De ce fait, les serviteurs de la divinité infernale été plus que heureux de ne pas avoir à faire affaire à eux.

« Pour ce qui est de cette prison, » continua Aurora en désignant les lieux, « La plupart des détenus sont retenus captifs en attendant que les réparations soit faite. J'ai tenté d'enfermer les revenants mais y aller seule relevait du suicide. Alors oui, ils errent plus ou moins librement. »

Un silence s'installa. Les paroles du Serpentaire n'avaient réussi à rassurer que légèrement les Spectres. Ils avaient maintenant un nouvel objectif : se remettre d'aplomb le plus rapidement possible afin de remédier à la situation.

L'entraînement débute donc houleusement sur des épreuves d'endurance gérées par le Chevalier de la Coupe, Merio. Les Spectres furent rapidement essoufflés et comprenaient alors l'importance de la présence du bras-droit du chevalier pour leur faire retrouver leurs réflexes. Les jours passent sans incident. Aurora avait décidé d'accélérer les cadences et passer aux choses concrètes. Les spectres récupèrent plus rapidement qu'elle ne le pensait. Depuis le début de la confrontation entre le Serpentaire et les habitants des Enfers, c'était les Juges qui s'étaient surtout adressés à celle-ci. C'était un accord tacite entre eux que de laisser leurs maîtres gérer la situation. Cela prouvait que non seulement, ils pouvaient faire confiance à la jeune-femme, mais surtout qu'une entente entre Spectres et Chevaliers était possible. Tous savait que ce dernier point a été le plus important de tous.

Elle crut pourtant attraper une migraine carabinée en supportant les querelles entre spectres. Rien de plus normal en Enfer, la rivalité est souvent de mise. Certains y mettaient de la mauvaise volonté. Et après des jours interminables, Aurora explosa …

« FERMEZ LA ! »

Et le silence fut. Durant un instant, il sembla même que le temps lui-même s'était figé. Peut-être était-ce une capacité cachée du Serpent doré qui venait de hurler à l'instant.

« Si l'un de vous rouvre une seule fois le bouche pour sortir des insanités, je lui brûle la cervelle. »

Le tout avait été dit sur un ton plus que glacial.

« Que nous propose-tu, Serpentaire ? » demande Kagaho, impétueux.

Aurora ne dit rien et augmenta son cosmo, ignorant la crispation visible des spectres. Une aura dorée se déploya doucement autour d'elle et la température aux environs monta. Du feu se forma dans sa main gauche, prenant la forme d'une torche d'une vingtaine de centimètres.

« Nous allons commencer par un exercice simple, visant à vous faire récupérer votre vitesse et votre agilité. Je vais en lancer plusieurs comme ceci. », expliqua le chevalier en désignant une flamme qu'elle tenait dans les mains, « Et votre tâche sera de les éviter. »

Un silence pesant s'installa. Les spectres regardèrent Aurora comme si elle lui était poussé une deuxième tête, « C'est totalement sans danger ». précisa-t-elle.

« Vous nous pardonnerez si nous ne vous croyons pas sur parole. » répliqua Eaque avec dérision.

Ses interlocuteurs n'eurent pas le temps de se demander ce qu'elle faisait, puisqu'à peine l'éclat toucha-t-il le sol, qu'il brûla en milliers de particules. C'est ainsi que les sujets d'Hadès se livrèrent à de longues séances de remise en forme.

Puis, à la fin de la seconde semaine, elle a proposé des combats contre elle, estimant qu'ils étaient prêts au corps à corps. Le but du jeu étant de la toucher une seule fois.

Minos avait lancé un de ses sourires les plus espiègles au Serpentaire : « Ne nous sous estimez pas trop vite, combattante d'Athéna ! »

Kagaho du Bénou faisait toujours route seul était aussi obligé de participer sur ordre de son Seigneur. Il s'était proposé d'affronter le Saint d'or en premier, sûr de ses capacités.

« En garde ! » avait-elle lancée, le sourire au coin des lèvres face à son adversaire. Ce sourire narquois que le Garuda et la Wyvern avait décelé et qui en disait long sur les événements à suivre.

« Il va prendre cher, le Bénou ! » s'était esclaffé Queen de l'Alraune.

Car oui, cela n'allait pas être aussi simple avec une spécialiste du combat rapproché. En deux temps trois mouvements, Kagaho se retrouve le nez dans la poussière, ne comprenant visiblement pas ce qu'il venait de se passer.

« Trop lent ! » avait rétorqué la jeune-femme sous le nez de l'Égyptien hargneux. Les Juges furent stupéfaits. Cette femme est très agile.

« Pas assez sur tes gardes ! » reprochait-elle à Sylphide du Basilic, qui lui prenait plutôt bien la chose, un léger rictus au coin des lèvres alors que le Serpentaire le bloquait à califourchon sur lui, glaive contre sa gorge, faisant hausser les épaules des trois Juges.

Et tous les spectres y passèrent. Aucun ne réussit à la désarmer, ne serait-ce l'atteindre. Sa vitesse était telle qu'ils en restent béats. Quand ce fut au tour de Rhadamanthe, il n'attendit point que ce soit le chevalier qui attaque en premier, concentrant son énergie pour la surprendre. Mais avant même qu'il n'ait eu le temps de souffler, le Juge se retrouve mis en difficulté et grogna de se faire rabaisser devant ses hommes ahuris.

Minos pensait parer les attaques du Serpent doré. Il l'a bien observé. Ce fut peine perdue quand elle envoya dans le décor le Griffon qui maugréa dans son coin qu'il n'était pas préparé. Aurora sourit de contentement. Ces spectres sont tellement imbus de leur personne. Avec les Généraux de Poséidon, cela avait été moins chaotique.

Puis ce fut à Eaque de se joindre « aux combats », attendant patiemment son tour pour se mesurer à ce chevalier et lui clouer le bec une fois pour toute. Le Garuda est connu pour être le Spectre le plus rapide et le plus vif des guerriers d'Hadès. Il s'en frottait déjà les mains.

« Je vous attend. » avait-il envoyé à la brune par un rictus dont lui seul à le secret.

Ce fut celui qui résista le plus longtemps aux coups du Serpentaire... Mais il finit contre les parois d'une colonne.

« Bien joué mais pas assez ! » lança-t-elle à Eaque, les traits dédaigneux, « Ne sous estimez jamais votre adversaire. Quand bien même, vous êtes le plus audacieux des guerriers.» s'adressant aux spectres tout en analysant Eaque, poings serrés. Il lui fera chèrement payer cette bravade.

Cette dernière a fait part de ses observations sur les points qu'ils avaient à améliorer. C'était une des choses qui faisait grincer les dents des Spectres. Il était difficile pour eux de voir une ennemie pointer leurs faiblesses du doigt, surtout pour les plus âgés. Mais ces remarques s'étaient avérées justes et pertinentes, même s'ils ne l'avoueraient jamais à haute voix et la brune n'en avait jamais profité de quelques façons.

L'entraînement fut terminé la semaine suivante. Chacun pu retrouver son surplis et reprendre ses fonctions. De ce fait les Enfers étaient mieux gardés qu'une carcasse défendue par des fourmis Atta. Aucun prétexte ne permettait à quiconque d'y aller sans immédiatement activer la méfiance des chiens de garde qu'avaient la fonction de Juges.

Mais l'ambiance était devenue froide entre les Généraux et le Serpentaire. Minos, Rhadamanthe et Eaque n'ont pas avalé la vergogne qu'elle leur a faite. Après tout, ce sont êtres les plus puissants et les plus beaux de ce Royaume (après Hadès !), dotés de cette subtilité, cette prestance qui les rendent hors de portée. Et maintenant qu'ils ont regagné leur forme, ils évitent leur rivale comme la peste, trop fiers pour admettre la force du chevalier…

Aurora s'en moquait comme de sa première chaussette. Elle s'entendait avec les subalternes de la Wyvern. Par contre, elle détestait Kagaho qui lui rendait bien. Les Juges découvraient peu à peu l'effronterie dominant la personnalité de la treizième.

Les frères infernaux retrouvent régulièrement leurs hommes au réfectoire pour dîner. Elle est souvent pleine et bruyante lorsqu'ils arrivent. Sur les vingtaine de tables un peu partout, des groupes de Spectres discutaient avec une joie et une sérénité qui ne se serait jamais vu en temps de guerre. Ou à tout autre moment, d'ailleurs. La lourde atmosphère qui avait régné jusqu'à présent s'était dissipée avec la haine de leur Dieu. Ils s'installèrent à leur royale table, là où eux-seuls peuvent séjourner.

Ils aperçurent le chevalier arriver, pourvue de son armure dorée, la démarche assurée, cape volante de liberté. Cette dernière se saisit d'un fruit dans une corbeille et balaya la salle du regard. Les Spectres l'observent superbe de noblesse et de prestance, envoyant au passage un clin d'œil à Sylphide qui se sent rosir.

« L'arc qui craque, la chaude flamme, la marée descendante, le serpent enroulé .. Mais plus sénile encore celui qui se fie à une telle femme... » commente Edvard l'âme poète, observant le chevalier.

« L'homme serait bien fou de se fier à des choses aussi traîtresses … » ajouta Fyodor en posant une carte.

« Salut les gars … » lance la treizième d'un sourire à faire tomber les plus arrogants.

Les Juges haussent un sourcil. Fyodor de la Mandragore céda naturellement sa chaise. Aurora le remercia d'un mouvement de tête. Au cours de la soirée, elle échangea avec eux sur leur condition de spectres, les promesses d'un avenir meilleur. Sylphide peinait à dissimuler sa fascination pour le chevalier et l'écoutait attentivement, l'œil brillant.

« On dirait que le Basilic s'est pris d'admiration pour ce chevalier. » ironisa Minos en s'adressant à Rhadamanthe.

« Tant qu'il accompli son devoir. »

« Cette femme est un péché à elle seule. » affirma le Griffon, « Elle n'a aucun besoin de recourir à une attitude licencieuse. Elle lui suffit de sourire pour attirer les candidats qu'elle le souhaite... et je me serais bien abstenu d'en être témoin. »

« Elle fournit un travail efficace et respecte le Domaine. C'est ce qui importe. » rapporte la Wyvern.

« Est-ce du respect que j'entends dans ta voix ? » ajouta Eaque.

« Je ne connais pas la femme sous l'Armure », fit le dénommé en foudroyant du regard le Garuda,« Mais en effet pour moi, elle possède toutes les qualités requises d'une excellente chef. »

« Oui. » concéda Minos, « Mais je courserai bien cette bouche blasphématoire. »

« J'exécuterai cette tâche avec plaisir. » termina le Garuda avec mépris.

Il avait dit avec une pointe de sadisme et de lumière dans le regard. Le Griffon échangea un coup d'œil complice avec la Wyvern, un même sourire narquois se dessinant sur leurs lèvres.

« Avoue qu'elle t'a tapé dans l'œil, Eaque. »

« Qu.. Quoi ? » s'étrangla ce dernier.

« Les regards et la fascination sont des symptômes plus que reconnaissables d'une personne éprouvant de l'attirance.», confirma Rhadamanthe avec un apparent sérieux.

Le Népalais était au bord de l'apoplexie. Mais qu'est-ce-que ces deux crétins étaient allés imaginer ?

« Je vous ferais savoir que je n'ai aucuneintention de ce genre envers cette femme », leur garantit le Garuda d'une voix glaciale. Il avait bien insisté sur le mot « aucune »et n'avait pas quitté ses collègues des yeux pour bien montrer qu'il était sérieux.

Aurora ne l'intéressait pas. Même s'il devait avouer qu'elle avait un physique à faire réveiller les morts … Ne voulant pas s'aventurer sur cette pente glissante car c'était ce que voulaient les idiots en face de lui, il opta pour un changement subtil de sujet.

Car le pire restait à venir… En effet, entre Eaque et Aurora par rapport aux premières heures de leur rencontre qui avait divertit le Roi de Karura, son amour-propre avait pris un coup. Se faire humilier par un Saint d'or, une femme en plus, c'était le comble. Quand ils se croisaient, Aurora lui jetait un regard mauvais et le Garuda gardait ce sourire perfide entre les dents.

« Je hais cet homme ! Il me cherche ! » songeait-elle.

Un soir où elle revenait d'une bonne journée de travail à la 4ème prison, elle croisa le Juge dans les couloirs du Palais, revêtu de son surplis lui donnant un air encore plus dominant. Ce visage de moquerie, de suffisance, de provocation qu'elle détestait. Celui-ci la toisa de sa hauteur impériale, dévia son regard au coin des yeux une fois arrivé à hauteur d'épaule. Aurora sentit instantanément un frisson la parcourir sur toute la colonne. Les beaux yeux ténébreux du Juge ne suggéraient rien de bon, au contraire. Ce Spectre pétrifiait d'effroi quiconque le regardait, rappelait la suprématie de son rang. Il n'y avait aucune règle à suivre pour s'assurer de ses faveurs.

La guerrière ne baissa pas les yeux, et le toisa en retour. Eaque releva le menton puis continua son chemin, en gardant en mémoire l'affront faite à son encontre. Il déteste l'inaction, il possède une énergie dévastatrice, oppressante, qu'il fallait dépenser. Il comptait bien l'utiliser pour châtier ce chevalier.

Au lendemain au salon des Juges, Minos et Rhadamanthe terminaient une partie d'échecs longuette.

« Minos ! Je suis sûr que tu me dupes ! »

« Absolument pas. C'est juste que je suis plus doué que toi. »

Rhadamanthe grommela, marmonnant entre ses dents que s'il n'était pas content, il ne fallait pas l'avoir invité à jouer aux échecs. Il foudroya du regard ses pièces sur le plateau, si peu coopératives. Retenant un soupir, le Norvégien le regarda faire. L'Anglais était peut-être un combattant d'exception, mais la réflexion n'était pas son fort. Tandis qu'il replongeait dans ses pensées dans l'espoir de tromper sa lassitude, Minos laissa son regard vagabonder dans la pièce : elle était faite de la même pierre noire que celle de l'ensemble du palais. Mais des tapisseries et des tableaux remplissaient les murs tandis que de moelleux tapis finement ouvragés recouvraient le sol. Des tables avec des chaises en bois clair, des fauteuils et des sofas antiques en tissus mi- sombre emplissaient l'espace, ainsi que des tables basses et un bar, situé dans un coin de la pièce. En cas de grande soif. Ils étaient seuls car les autres spectres avaient décidé de les laisser en paix (pour une fois…) et puis Eaque était parti provoquer le Serpentaire (pour ne pas changer…)

« Au fond, qu'est-ce qu'il risque ?»

Les deux blonds débattaient sur le benjamin qu'ils sentent particulièrement … agacé ces derniers temps.

« Les Spectres racontent que le fureur de cette femme chevalier est terrible. » Minos eut des yeux ronds comme des soucoupes et la Wyvern rajouta : « Cette guerrière reste un Saint d'Athéna, même si nos relations se sont améliorées, nous devons l'avoir à l'œil. »

« Je ne penserai jamais que nous serions amené à ce genre de situation avec nos anciens adversaires. »

« Moi non plus Minos, moi non plus. » ajouta le Dragon des Enfers.

« Tu penses qu'il est parti pourchasser le chevalier ? »

« Tu connais Eaque, il ne lâche pas sa proie tant que son intérêt n'est pas satisfait. »

« Je me demande comment tout cela va finir, » continua Minos, « Cette ambiance accablante entre ces deux-là va nous achever. »

De son côté, après une promenade d'après souper, Aurora se dirigea vers les espaces privés des Juges dans la huitième sphère des Enfers. La brune marchait sereinement vers ses appartements dans les couloirs peu engageants du Palais d' Antenora, le temple d'Eaque, guère ravi de partager son Domaine avec un chevalier. Elle découvrit une porte entre-ouverte qui laissait échapper un faisceaux lumineux par de là les rainures. Elle s'approcha, curieuse, quand soudain elle sentit une pression dans son dos. Elle se vit pousser dans la pièce mystérieuse. Ne comprenant pas de qui l'attaque provenait, elle se retourna pour face au Garuda.

Eaque se tenait droit, majestueux et terriblement stoïque. Impressionnant. Ce sont les mots qui traversèrent l'esprit d'Aurora. Le Juge avait quelque chose qui parvenait à l'affaiblir. Une ode à la virilité et à la force mâle qui ne laissait pas indifférent Aurora. Les flammes de la cheminée miroitaient et dansaient en contre jour sur le visage de l'homme. Elles illuminaient ses prunelles qui prirent un reflet plus inquiétant. Les guerriers se défiaient du regard, personne ne baissait les yeux.

Le Juge s'avança prestement et pris son opposante au cou d'une seule main. Il l'accula contre une étagère de la bibliothèque en la jaugeant froidement. Il savait très bien ce qu'il faisait, il serrait suffisamment pour qu'elle ne puisse pas s'échapper et qu'elle se souvienne de lui, autoproclamé maître incontesté des Spectres.

Cela fait des jours que ça lui démange. Il voulait démontrer sa toute-puissance pour dominer cette femme chevalier désinvolte.

« On dirait que vous avez retrouvé toute votre force ! » grogna Aurora.

Le Juge se dégageait de sa personne quelque chose de mystique, une aura imperceptible et dangereuse. Il ne parlait pas pour rien dire comme Minos, qui expliquait à ses futures victimes comment elles allaient trépasser. Il n'émettait pas de grognements d'avertissement comme Rhadamanthe à la vue de potentiels adversaires. Non, rien de tout cela. Lui ne prévenait pas quand il décidait de passer à l'action. Il tuait d'un coup bien net, sans trace ni cri. Un nettoyeur propre et efficace.

Il avertit : « Je vais vous faire regretter de m'avoir défier, chienne. Vous allez voir ce qu'il en coute de s'opposer à un Juge du Seigneur Hadès. » une lueur de perplexité et de sadisme dans le regard.

« C'est cela qui vous turlupine, Eaque ? » articula l'intéressée. Elle en a vue d'autres, « Vous êtes si orgueilleux ! »

« Taisez-vous, insolente ! Vous m'insupportez ! »

« Lâchez-moi immédiatement … » fut dit sur un ton menaçant.

« Vous dites ? »

« Qui êtes-vous pour me donner un ordre ? Saleté de Spectre ! »

« Comment osez-vous vous opposer à moi ? »

Aurora profita de cet instant pour se défaire du Juge en lui assenant un formidable coup de genou dans l'estomac, que le Garuda ne vit venir. Argh, c'est qu'elle est forte cette femme. Il l'a compris à ces dépends. Il a ressenti toute la haine du Serpentaire et quelque part, cela lui plaisait.

« Touchez-moi encore une seule fois et je vous le fera chèrement payer. »

Elle venait de le pointer du doigt, les yeux fixant ceux du Népalais, son visage à quelques centimètres du Spectre. Eaque put humer le parfum du chevalier et s'en abreuvait, fixant les grands yeux de sa rivale.

« Ravissante en colère. » pensa-t-il en la regardant passer la porte. Enfin quelqu'un à sa taille !

Aurora n'avait pas remarqué cette lueur d'intérêt qui s'était allumée dans les yeux du Garuda. Elle ne vit pas le sourire carnassier qui étira les lèvres de ce dernier. Il voulait tester cette femme, il se devait de voir où était la faille.

Il avait réfléchi aux dires de ses frères : peut-être que oui, il s'intéressait un peu à elle. Et comme chaque femme qu'il eut vaguement connu il y avait ce quelque chose en elles qui le dégoûtait jusqu'au plus profond de sa chair. Car elles n'étaient que de pâles reflets chimiques de ce qu'elles prétendaient être, qu'une coquille désespérément creuse à l'intérieur. Et comme toutes les jolies choses qu'on veut absolument posséder, on finit par s'en lasser. Il l'admettait que certaines avaient de l'esprit, possédait un certain éclat dans le regard, car il n'était pas le genre d'homme à vouloir une femme simplement parce qu'elle est belle. Il faut qu'il voie dans ses yeux autre chose que cette beauté qui se fanerait en une nuit.

Aurora avait un détail, quelque chose qui le fascinait. Eaque s'était dit que cela allait être intéressant de pousser à bout le Serpentaire et de voir ce qui allait en découler.

Ils ne réalisaient pas que c'est le début de leur histoire passionnelle.

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Le chevalier du Serpentaire était énervée. Voilà un mois qu'elle est dans le domaine d'Hadès et qu'elle n'a pu ni sortir, ni prendre un seul repos. La reconstruction prend tout son temps. Elle se réhydratait dans la cinquième vallée, assise sur un rocher et contemplait le décor. Bien que les Enfers soient moins monstrueux, c'est toujours aussi chaotique.

De loin elle voit les Spectres surveiller les prisonniers, des soldats font leur tour de garde et le chien de garde Cerbère s'agitait plus loin. Elle reconnaît Stand de l'Etoile Céleste de la Terreur qui détient à la responsabilité de ce secteur.

« Dame chevalier, »

Elle se tourna pour faire face à Rech, de l'Étoile Terrestre de la Progression, «Il n'y a plus eu de fuyards depuis quelques jours. Vos fondations ont l'air de tenir. »

« Tu m'en vois ravie. » répond cette dernière, « S'il y a quoique ce soit, viens me chercher. » Le Spectre hocha la tête, « Il n'est pas utile de t'incliner. »

« Vous êtes du même rang que nos Seigneurs. Grâce à vous les Enfers tournent correctement. »

« Autre chose ? »

« Notre Seigneur est satisfaite de vos services, il m'a demandé de vous le transmettre. »

« Dis-lui que c'est un honneur. »

« Ça sera fait. » puis il confie avant de partir,« Vous avez la possibilité de dîner à la table des Juges, sa Majesté a exigé que vous soyez bien traitée. »

« Je rejoindrais tes maîtres à leur table ce soir. »

Le Spectre fit une légère référence et retourna à son poste. Aurora veut mettre les Généraux sous le coude. Elle réfléchit un instant sur les trois hommes et analyse ces derniers.

La Wyvern est de loin le plus désagréable, intransigeant. Dès le départ ça été la confrontation. C'est un rustre antipathique et froid. Cependant il est un guerrier intègre, analyste, le seul respectant ses troupes. Elle suppose que des trois, c'est celui ayant le plus sens de l'honneur. Rhadamanthe n'a jamais remis le travail d'Aurora en question.

Le Griffon … Sacré personnage cet oiseau-là. Il est sadique et sournois. C'est pourtant quelqu'un de réfléchit et posé, jugeant les âmes avec équité. Il aime la provocation et Aurora en prend plein son grade depuis leur rencontre.

Le Garuda ... Celui qui lui fait dresser les cheveux sur la tête : un homme dédaigneux et difficile à cerner du fait de sa nature à ne rien dévoiler sur lui-même. Sûr de lui et de sa puissance, il demande beaucoup à ses hommes. Il tue si ça lui chante, même parmi ses divisions et personne n'ose remettre en cause son commandement. Le Garuda est inébranlable. Aurora le trouve misogyne et se demande bien comment cette femme, Violate, a pu devenir son avant-garde. Elle trouve cela invraisemblable.

Comme elle se le répète : « C'est un sale con qui a osé m'étrangler ! »

Au moment de dîner, les frères infernaux étaient attablés quand le Serpentaire débarqua dans toute sa splendeur. Les têtes se tournent sur son passage, comme d'accoutumé. Alors qu'ils discutent, les Juges s'interrompent voyant arriver la jeune-femme virevoltante. Qu'a-t-elle préparé encore ?

Elle salue les Spectres et se dirige vers les trois compères, droits comme des piquets.

« Saint du Serpentaire... » s'exclama Minos.

« Juge Minos, Rhadamanthe … Eaque.» d'un œil circoncept.

« Chevalier .. » fit poliment l'Anglais.

Eaque la toisa. Il maugréa quelques mots en Népalais et reprit son dîner. Aurora fit de même en l'insultant en portugais. Eaque saisit que ça lui était adressé. Ils se regardaient en chien de faïence.

Un spectre s'inclina face à Aurora : « Dame chevalier, souhaitez-vous quelque chose en particulier ? » en rabattant la chaise pour la faire asseoir.

« Quel est ton nom, soldat ? »

« Mass, de l'Étoile Terrestre de l'esclavage. »

Elle ricana : « Vous avez de bien étranges titres ! Au Sanctuaire, mes hommes ne sont pas si révérencieux.»

« Je prends cela comme un compliment, que désirez-vous manger ? »

« Apportes-moi un plat de mon pays. »

« Je .. suis confus, pouvez-vous me rappeler votre patrie d'origine ? »

« Je viens du Portugal, ai-je la tête d'une Grecque ? »

« Permettez-moi d'insister, les chevaliers d'Athéna vivent tous là-bas. »

« C'est vrai. Cependant, parmi les 89 guerriers, la plupart ont deux origines. Moi je suis une exception. Aucun Serpentaire ne fut Grec depuis Asclépios. »

« J'en prend note Dame chevalier et vais de ce pas vous satisfaire. »

« Évites de me dire ce genre de chose, je risquerai de mal l'interpréter ! » s'esclaffa la brune.

Les Juges furent indignés. Le Spectre s'empourpra et s'enfuit aussi vite qu'il le pouvait. La bande à Rhadamanthe assis derrière se pincent les lèvres.

Aurora se mit en place en face des Juges, nonchalante. Elle croisa les jambes avec élégance et enleva son diadème. Puis elle s'étira bruyamment en baillant pour embêter les maîtres des Spectres : « Je suis claquée, le 8ème sens me rend chèvre ! » Elle s'adressa ensuite aux frères :« Alors messieurs, la journée fut fructueuse ? Qui a jugé le plus d'âmes aujourd'hui ? »

Les trois hommes ne répondent pas. Cette femme les insupporte. Elle le sait parfaitement, et ça l'amuse.

« On prend un verre pour fêter notre alliance ? » renchérit-elle, « Messire Rhadamanthe, un bon scotch à conseiller ? »

L'homme lui envoya un regard froid. Il fit signe à un serviteur de s'approcher. « Cela devrait vous convenir. » répond l'Anglais.

« T'as du coca ? » balance-t-elle au serveur, sous les yeux ronds des Juges.

« Enfin, vous ne pouvez pas faire ça ! C'est un malt de 200 ans d'âge ! »

La portugaise haussa les épaules : « J'en mettrai peu. »

« Les gens de votre pays ne savent-ils pas boire ? » pesta l'Anglais. « Goûtez-le, avant de tirer des conclusions. »

La brune tendit son verre. Elle avala une première gorgée et à sa grande surprise, elle apprécia grandement le breuvage, « Au temps pour moi, Juge Rhadamanthe ! » en tendant son verre.

Pendant le dîner, elle avait décidé d'écouter les conversations des Juges se comportant comme si elle n'existait pas. Ils parlaient de leurs tâches du jour car le travail ne manquait pas avec toutes les âmes en retard. Tout en mangeant, Aurora buvait et ne se réalisait que l'alcool lui montait doucement au nez. Elle pouffait sous le nez des trois hommes.

Arrivée au dessert, elle était si éméchée qu'elle exaspérait les frères infernaux avec ses gloussements.

« Vous êtes ivre. » constata Rhadamanthe. « Vous ne tenez pas l'alcool. »

« Avez-vous fini de ricaner ? » grommela Minos, « On n'entend que vous ! »

« Pitoyable chevalier .. » marmonna Eaque en fixant la brune qui sauta sur cette occasion pour chercher des poux au Garuda.

Elle déclara : « Je vous emmerde Eaque, vous n'êtes qu'un fourbe. »

Les Spectres furent hébétés. Le silence se fut subitement.

« Que venez-nous de dire, misérable amazone ? »

« Ça vous pose un problème qu'une femme vous réponde ?»

Le Népalais se redressa, mains sur la table :Comment osez-vous, corruptrice … »

« Eaque … » temporisa Rhadamanthe, « Elle ne sait plus ce qu'elle dit. »

« Bien au contraire je pense chaque mot. Juge ou pas vous vous inclinerez face à moi ! »

« Je .. Comment ? » Il serra les mâchoire, outré. Le brun était prêt à la corriger, « Vous êtes bien sûr de vous ! »

« Comme tous les mâles, vous êtes faible. Et ceux qui croisent mon chemin finissent souvent dans ma couche ! » se vante-t-elle dans un éclat de rire monumental.

Minos et Rhadamanthe esquivèrent un rictus, ainsi que leurs spectres cachés derrière leurs verres. Elle va prendre cher si elle continue de provoquer le 3ème Juge excédé, se rapprochant de la provocatrice. Au moins, elle a l'alcool joyeux.

Elle fit à peine un pas qu'elle chancela et fut rattrapée par un spectre. Minos calma l'ambiance de sa noblesse naturelle et fit signe de ramener cette dernière à sa chambre. « Chevalier, vous devriez aller vous coucher. »

La brune fanfaronnait : « J'aurai pensé que sa GrandeurEaque m'aurait escorté et bordé gentiment ! »

Il fut de nouveau indigné. Son cosmo terrifiant augmentait, faisant tressaillir les autres spectres dont certains n'en demandaient pas leur reste en s'enfuyant aussi vite qu'ils le pouvaient.

Le Griffon voulu calmer les esprits en y mettant son grain de sel : « Tu sais ce que l'on dit Eaque, l'alcool désinhibe grandement ! »

Aurora fut rapatriée par Sylphide et ne cessait d'interpeller le Garuda au loin en minaudant. Ce dernier était si en colère qu'il brisa une chaise et explosa la tête d'un garde en passant. Jamais aucune femme ne lui avait parlé sur ce ton et encore moins devant ses hommes !

Le Garuda ne fait pas la cour aux femmes. Ce sont elles qui l'implorent. Cette dernière n'a pas la langue dans sa poche et elle fait partie de l'élite de la garde d'Athéna. Elle peut courtiser qui elle veut, même un Juge de l'Enfer si ça la chante. Et l'amour propre d'Eaque en prit un coup. C'est bien la première qui le cherche !

Il se servit un verre de scotch et le bu d'un trait. Se saisissant de son casque, il pris congé de ses frères et se dirigea vers Antenora à la recherche de la belliqueuse. Minos concerta son cadet d'un seul regard : que va-t-il se passer avec cette effrontée ?

Le Garuda repéra le cosmo de la Treizième. Le bruit des talons sur le sol accompagne sa colère dans les couloirs, précède les volutes de son cosmo sombre qui rampent le long des murs. Les marbres colorés, les statues se couvrent d'ombre à son passage.

Un soldat s'inclina voyant arriver le Garuda, le regard noir.

« Seigneur Eaque, vous ne pouvez pas aller plus loin... » lui dit l'homme.

« Que dis-tu, mécréant ? » répondit le Népalais en le saisissant par les cheveux.

« .. Dame chevalier, elle .. elle a mis en place une barrière de cosmo afin de méditer sereinement.»

Le brun balança le pauvre garde à l'autre bout du long couloir. Comment ose-t-elle ? Dans son propre Palais en plus ! Il frappa de rage dans le mur en face de lui. Cette femme le met dans tous ses états. Il n'a pas dit son dernier mot. Aurora, elle, jubilait. Elle a très bien sentit l'aura du Juge.

Le lendemain, Eaque était à son bureau quand un de ses hommes vint le déranger.

« Sa Majesté souhaite vous voir. »

Le Népalais le congédia et ôta sa toge de Juge qu'il jeta nonchalamment sur sa chaise. Pour que son Souverain le convoque, c'est que quelque chose d'important s'est déroulé. Il se téléporta à la Giudecca en un éclair. Les deux énormes portes s'ouvrirent à son arrivée. Lorsqu'il pénétra dans la vaste salle, il s'approcha des longs escaliers précédant le trône de son Dieu et s'agenouilla.

« Vous m'avez demandé, Majesté. » fit poliment Eaque.

« Juge du Garuda, j'ai à te parler des derniers événements avec le chevalier. » dit-il de sa voix profonde.

Eaque se raidit. Alors elle se serait plainte ? Hadès lui fit signe de se relever.

« J'ai eu connaissance des incidents. Il y a été constaté une ambiance particulière lorsque ce chevalier et toi êtes dans la même pièce. »

« Nous avons une vision différente du commandement et de la vie en collectivité, Majesté. »

« Aurai-tu un quelconque problème avec cette femme ? »

« .. Ce chevalier .. manque d'éducation et de réserve. J'éprouve une certaine méfiance. »

« Eaque, je te rappelle que le chevalier fournit un excellent travail et qu'elle s'est intégrée. »

« J'ai eu vent de sa mission, Majesté, si cela vous convient j'en suis heureux. »

« Puisque tu sembles hostile à sa présence, vous irez régler vos contentieux en surface. »

Eaque crut mal comprendre et défaillit : « Monseigneur, vous me demandez d'abandonner mon poste pour améliorer mes relations avec cette .. ? »

« Discuterais-tu mes ordres, Roi d'Egine ? »

« Bien-sûr que non Seigneur. » se ravisa le Népalais en baissant la tête.

« Kagaho te remplacera dans tes fonctions au Tribunal. J'ai accordé trois jours au chevalier. Tu l'escorteras.»

« Étant donné sa force, Seigneur, cette femme peut se défendre seule. »

« Par égard pour Athéna, tu l'as suivras. Réglez vos différends, Juge Eaque. »

« A vos ordres. » dit-il en se courbant.

Il était .. dégoûté. Quelle déplaisante mission. Il lui dira sa manière de penser à cette prétentieuse puisque c'est un ordre !

Aurora, elle, attendait le Garuda devant la Giudecca assise sur une colonne à terre, son armure sur le dos, un sac à côtés. Elle se limait les ongles nonchalamment. A sa vue Eaque grommela.

« Enfin vous voilà ! » clama-t-elle.

« Attendez-moi à la septième prison. » ordonna-il de sa voix sombre.

« Ça vous arrive de dire ''s'il vous plaît, merci ?''Pour quelqu'un qui m'a traité de mal élevée vous êtes mal placé. »

Eaque se retourna et la toisa : « Vous étiez donc à la salle du trône. »

« En effet. » Aurora se leva,« Je pars devant. Ne me faites pas trop patienter MessireEaque. »

Il jura dans sa langue et repris sa marche. Quel toupet, et en plus il va se la farcir les prochains jours ! Aurora souriait. Elle a décidé de débuter un jeu fort amusant avec ce Juge condescendant. Elle aimerait faire tomber son masque …

Plus tard, il revint prêt et demande au Saint d'or : « Où désirez-vous aller, Damechevalier ? »

Il s'écorchait presque la bouche.

« Allons sur l'Everest ! » répondit Aurora joviale.

« Vous n'êtes pas sérieuse ? » s'exclama son compagnon d'infortune.

« Je n'y suis jamais allé et j'adore la montagne. N'êtes-vous pas de là-bas ? »

« Quel rapport ? »

« Je voudrais m'entraîner dans les altitudes afin de développer mon endurance au froid. Vous croyez pouvoir trouver ça ? »

Le brun répliqua : « Si vous voulez ! Mais cessez de parlementer pour ne rien dire. »

Elle lui pris le bras, «J'ai besoin de votre cosmo pour sortir d'ici. »

Le brun soupira intérieurement. Ils se rendirent à la porte des Enfers puis se téléportèrent au fameux château d'Heinstein en Allemagne. De là, ils s'envolèrent vers le pays natal du Népalais. La guerre lui manque et s'ils avaient été ennemis, un combat contre cette femme aurait été un véritable plaisir.

Arrivés à destination, l'Amazone offrit un sourire au splendide paysage devant elle : « Par Athéna ! » Elle s'assied à même l'herbe et ferma les yeux, se laissant caresser par les rayons du soleil. Eaque la considéra. Il est vrai que la vue est à couper le souffle mais il n'est du genre à s'esclaffer. Et puis il connaît cet endroit.

« Allez-vous rester ici toute la journée ? » demanda-t-il, déjà exaspéré.

« Faites ce que vous avez à faire, je profite de la nature. »

« A votre guise. » répond son interlocuteur. Il lui tourna le dos, « Je serai plus loin, dans la lamaserie que vous voyez là-bas. »

« Quelle est ce temple? » demande le chevalier d'or.

« Un endroit où nous passerons la nuit en attendant. »

« En attendant quoi ? »

« Que je fasse préparer le Palais. »

« Vous avez un Palais? »

« Je n'y suis pas venu depuis la dernière guerre. Ne vous éloignez pas. Les sentiers sont très escarpés et dangereux. »

« Vous vous inquiétez pour moi maintenant ? » ajoute-t-elle sarcastique.

« Je préfère éviter d'aller vous récupérer en bas en petits morceaux. »

« Vous m'en direz tant ! »

« Et ôtez vos armure, nul ne doit savoir que vous êtes guerrière. »

« Bien, autre chose ? » soupira Aurora.

« A plus tard. » répondit Eaque à contrecœur.

La portugaise resta longtemps à contempler la chaîne Himalayenne et réfléchir aux dernières semaines, à ce qui s'offrait devant ses yeux, repensant à l'enseignement de son maître Mashi qui lui appris à s'harmoniser avec la nature. Il lui tarde de s'entraîner et flanquer une bonne à ce Juge.

Ce dernier était déjà installé. Il sentit le cosmo d'Aurora et à l'entrée de la lamaserie, il la prit de haut.

« C'est à cette heure-ci que vous rentrez ? Le repas est terminé. Tant pis pour vous. »

« Je n'ai pas vu le temps passer ! Cessez de monter sur vos grands chevaux. »

« Vous devez respecter les traditions de ce monastère. » Il lui tendit une toge de la région. « Couvrez-vous. »

Aurora était dans sa tenue d'entraînement tant apprécié des Spectres. Elle sorti de ses gonds : « Il est hors de question que je porte cette espèce de chemise de nuit de bonne-sœur. »

« Vous n'avez guère le choix si vous voulez vous reposer en ce lieu. Nous ne devons pas nous faire repérer.»

« Et vous alors ? »

« Je suis convenablement vêtu et je suis un homme. »

« Pfft, balivernes !»

Eaque ne répondit pas et la toisa à nouveau, attendant qu'elle obéisse.

« Bien, par-fait ! » clame-t-elle avec aigreur.

Elle commença à se déshabiller lentement sous le regard impénétrable du Juge. Aurora ôta ses protections puis ses habits sans quitter le Spectre des yeux, savourant en silence le spectacle. L'impertinente. Ce chevalier a un corps à damner un saint, même un aveugle pourrait le voir. Elle ne porte à présent qu'une culotte et une brassière, et se saisit de la ladite chemise de nuit.

« Satisfait ? »

« Vous étiez obligé de vous donner en spectacle ? »

« Ça ne vous a pas dérangé. » fanfaronne-t-elle en passant un manteau.

« Cessez vos allusions. Et n'ouvrez la bouche que si je vous le dis. »

« De toute façon je ne parle pas Tibétain. »

« Nous sommes au Népal. »

« C'est pareil. »

« Vous êtes ignorante. »

Ils pénétrèrent dans le salle principale où un religieux dégageant une surprenante sagesse était assis sur un trône en bois massif, entourée de peau de lamas et de chèvres. Il semble être le maître des lieux. Des hommes plus jeunes à ses côtés visiblement des moines parfaitement sereins considéraient les jeunes gens.

Un ange passa …

« Cessez de gigoter. » prévint Eaque en sourdine.

« Arrêtez de me donner des ordres ! » murmure-t-elle.

« Inclinez-vous face à cet homme. »

« Qui est-ce ?»

« C'est un Prêtre important lié au Dieu Bouddha. »

« Je croyais que vous serviez Hadès. »

« Silence ! » s'agaça Eaque. « Respectez les coutumes. »

Elle s'inclina malgré elle, étonnée. Il est pourtant haut-gradé. Ce dernier croisa les bras et attendit qu'elle cède. Finalement il est peut-être mieux éduqué qu'elle ne le croyait. Le type en face la regarda un long moment. Aurora se questionnait.

Elle demanda par télépathie au Juge : « Il fait quoi là ? C'est mal poli de scruter les gens. »

« Il tente de lire en votre esprit. »

« Le pauvre, j'espère qu'il n'y verra pas mes péchés. »

Eaque se retint de lever les yeux au ciel. L'homme marmonna quelques mots en Népalais et fit signe de sortir.

« Quoi c'est tout ? »

« Il vous a accepté. Maintenant allez retrouver votre lit. »

« Mais j'ai faim, moi ! »

« Il ne fallait pas être tardive. »

« Pourquoi j'ai l'impression d'être moins bien traitée que vous ? »

« Ils savent qui je suis. Et je suis né ici. »

« C'est pas juste ! »

« Faites preuve de discrétion, par Hadès .. »

Aurora lui envoya un regard noir. Un moine les conduisit à l'étage, et au milieu d'un couloir, il lui présenta la chambre qui contenait deux lits. Elle reconnut les affaires du Juge et son surplis dans une large boite.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? » s'exclama Aurora.

« Nous devrons partager cette chambre. »

« C'est une blague de mauvais goût. » pesta-t-elle.

« Vous préférez dormir dehors ? »

« Plutôt mourir que d'être dans la même pièce que vous ! »

« Vous souhaitiez un endroit calme loin de la vie civile. Il n'y a que ce monastère ici. »

« Vous en avez fait exprès. »

« J'ignorais que nous devions partager cette pièce. »

Aurora secoua la tête. Le moine les salua et retourna à ses fonctions.

« Vous deviez vous contenir. Il est très mal vu de montrer ses colères ici. » prévint Eaque.

« Alors cessez de me chercher à tout bout de champs. » dit -elle en balançant son sac sur son lit.

« Je vous laisse vous accoutumer à l'endroit. »

« Vous allez où ? »

« Discuter avec les religieux. Vous les avez outrés. »

« Quel pays spartiate. J'aurai du me mettre en mini-jupe, tient. »

« Comme si vous aviez ce genre de chose en votre possession. »

« Quand je suis en permission je vais danser je vous signale ! »

« J'ai beaucoup de mal à vous imaginer dans cette tenue. »

« Pour quelle raison ?»

« Une combattante de votre ordre ne devrait pas être inconvenante. »

« Allez au diable ! »

L'homme retourna au rez-de-chaussée en secouant la tête. Ce chevalier ! Il a envie de l'étrangler.

Lorsqu'il pénétra dans la chambrée quelques heures après, la jeune-femme dormait. Eaque se coucha. Il s'attarda sur la guerrière. Il se rend compte qu'elle grelottait. Il souffla, se redressa et se dirigea vers cette dernière.

Alors qu'il voulut lui remettre une couverture, elle attrapa le poignet de l'homme : « Vous faites quoi là ? »

Il répondit nonchalant : « Vous aviez froid. »

« Et maintenant vous jouez aux Spectres bienveillants ?! »

« Je préférais quand vous dormiez, on ne vous entendait pas. » répondit -il en se recouchant.

« Laissez-moi tranquille. »

« Restez polie, femme. »

« Et cessez de me parler ainsi. » en se retournant vivement, puis se cachant sous les couvertures.

Le lendemain, la portugaise s'est réveillée la dernière. Un plateau gourmet l'attendait près du lit et elle se jeta dessus. Elle sentit ensuite le cosmo du Juge et soupira. Elle l'avait oublié celui-là !

Il entra dignement, vêtu d'un pantalon sombre et long du pays, un maillot noir sans manche et d'un sari clair contrastant avec sa peau miel. Il avait un large bracelet en or sur chaque bras. Ses cheveux noirs retombaient sur ses épaules élégamment. Elle pouvait deviner la musculature ferme sous cet habit. C'est la première fois qu'elle voit le Spectre ainsi. Elle est émoustillée. Et se garde bien de le dire.

Eaque l'a parfaitement remarqué.

« Que se passe-t-il, chevalier ? »

« Vous semblez presque gentil vêtu de cette manière. »

« C'est la tenue traditionnelle du pays. »

« J'ignorais que vous étiez respectueux des coutumes. »

« Hors de mes attributions je suis ainsi. »

« A la bonne heure alors ! »

« Vous devez mettre des habits convenables. » en lui indiquant des vêtements dans une penderie.

« Ça à l'air plus joli que cette chemise de nuit. »

« Je vous attend dehors. Hâtez-vous.» prévint le spectre.

« Je ne suis pas du matin lâchez-moi ! »

« Vous êtes insupportable. »

« Dehors ! Je vais me mettre nue. »

« Impudente. » rétorqua-t-il en fermant la porte, « Vous avez de la chance d'être estimée, sans quoi vous seriez déjà morte de ma main.. »

« Qu'est-ce que vous marmonnez ? » entend t'il.

Eaque sourit. Il va finir par apprécier sa mission.

Entre eux c'est le jour et la nuit. C'est vrai, il n'a pas eu une minute à lui entre les jugements, les doléances de son Seigneur et les sarcasmes de cette femme puérile. Profiter de ses faveurs ne seraient pas sérieux, mais il avoue que cela lui a traversé l'esprit. La jeune-femme reste un Saint d'Athéna. Cela serait particulièrement non conventionnel.

« Bon, on y va ? »

Il fut sorti de ses pensées par la brune. Elle portait des habits Népalais. Il fut saisi d'admiration : cela lui va comme un gant.

« Quoi, ça vous plaît pas, MessireEaque ? »

Il se reprit vite : « Vous semblez disciplinée. »

Aurora se renfrogna et partit devant, son urne sacrée sur le dos. Eaque la suivit du regard. Qu'est-ce qu'il lui prend à l'admirer ?

En soirée ils arrivèrent au Palais. Il était en état de ruine sur le flanc droit mais habitable de l'autre. C'était une maison typique de la région, noble et avenante d'un style architectural essentiellement constitué de briques avec un haut toit incliné, semblable aux bâtiments de l'Inde et du Bhoutan. Un côté Grec dominait l'entrée donnant sur un vaste jardin. Une statue de Garuda trônait devant. L'impressionnante bâtisse disposait de deux étages et semblait abandonnée depuis une dizaine d'années.

« Vous dormirez à l'étage. » prévint le Spectre en franchissant la porte.

Le chevalier admira la façade : « C'est chez vous ? Vous êtes riche dit donc. »

« Je suis un Juge des Enfers, je possède ce qui me revient. »

« Je parie que vous m'avez donné la chambre le plus moche. »

« Cessez de vous plaindre. » en ouvrant la porte.

« Quand j'y pense, on aurait pu utiliser votre vaisseau pour se rendre ici ! » grogna Aurora, « On a marché pour rien ! »

« Le navire Garuda s'utilise uniquement pour des fonctions militaires. » avertit Eaque.

« Pourtant vous jouissiez de ce truc en Enfer, au lieu d'utiliser votre Palais privé ! »

« Certes. Et j'ai toute latitude pour en disposer comme je l'entend. »

Aurora haussa les épaules.

« Bienvenue chez vous, Seigneur. » coupe alors au loin une femme d'un certain âge alors qu'ils ouvrirent la lourde porte d'entrée.

Eaque fit signe de s'occuper de ses effets personnels et dit quelques mots dans sa langue natale. Un repas les attend dans l'une des pièces à vivre autour d'un feu de cheminée et des torches accrochées au mur.

« Vous n'avez pas l'électricité. »

« C'est inutile dans cette montagne. »

« Il fait froid. »

« Vous êtes bien dolente. »

« Dites à votre servante de faire un feu dans ma chambre. »

« Il n'y a point de cheminée à l'étage. Moi seul ait de ce privilège. »

« Je vais attraper du mal. Ça sera de votre faute. » en s'asseyant, « Qu'est-ce que c'est ? » mettant le nez dans le plateau, humant la bonne odeur qui en dégage.

« C'est un Dal'bhat. Un plat traditionnel. »

Aurora était épuisée mais ravie de découvrir ce pays. Elle méconnaît le Népal. Un pays qu'elle estime incroyable, ce contraste fort avec le Spectre qui est tout, sauf accueillant. En mangeant, elle repassa en revue la journée. Elle avait senti le regard du Garuda dans son dos constamment.

Après avoir repris des forces, elle part découvrir sa chambre. Un tas de couvertures étaient entreposées sur le lit. La pièce est agréable mais les fenêtres n'avaient plus de carreaux et l'air frais s'y engouffrait en raison d'un fort vent venu de la montagne. Aurora redescendit en râlant avec un oreiller et des fourrures sur le dos.

Eaque la regarda s'installer au milieu de son salon.

« Vous comptez passer la nuit ici ? »

« Vous avez mieux à proposer ? Votre lit peut-être ? »

« Je ne dors pas avec l'ennemi. »

« Ancien adversaire, Juge !» en rabattant une couverture sur elle, elle continua : « Et puis les hommes tiennent chaud la nuit. Mais j'ignore ce qu'il en est des spectres mâles. » fit-elle narquoisement.

« Serait-ce des allusions charnelles à peine voilées ? »

« Prenez-le comme vous le voulez. »

« Vous êtes désespérante. »

« Allez au Tartare ! »

« Je vous y emmènerai. Après un passage dans la prison des vaniteux. »

« J'aimerais bien voir ça ! » Puis, elle haussa les sourcils et demande en se tournant vers le brun : « Dites-moi Eaque, qu'advient -il des Généraux spectres lorsqu'ils meurent ? Un Juge peut être jugé ? »

Eaque la regarda avec des yeux ronds. Jamais il ne s'était posé cette question.

« Je suppose que oui. »

« Alors j'espère me réincarner pour vous juger moi-même. »

« Continuez et c'est le Cocyte qui vous attend. » répliqua Eaque.

« Pffft, vous les Spectres, vous n'avez que ce mot là à la bouche. »

En passant la porte de sa chambre, Eaque envoya un dernier regard au Serpentaire. Il repensait à sa boutade. En fait, il aimerait bien réchauffer ce chevalier insolent. Elle ne cesse de le chercher. Il lui clouerai le bec à sa manière.

Il est sûr qu'elle aimerait en plus.

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Le lendemain après-midi était le moment tant attendu par les protagonistes : l'affrontement par l'entraînement. Et ils n'allaient pas se faire de cadeaux. La jeune femme s'approcha de son hôte sans dire un mot, tournant autour de lui en prenant une pose volontairement séductrice, cherchant sans doute à faire chavirer le cœur de son adversaire. Mais le Juge Eaque est un homme fier doté d'un sang-froid à toute épreuve, et le manège de son adversaire ne l'affecta nullement. En face d'elle, un cosmo violacé aussi intense que violent, mais également une énergie à la fois calme, extrêmement puissante, qui imposerait crainte et respect à n'importe quel humain. Le regard même du Juge glaçait le sang, son visage inexpressif traduisant le charisme incroyable que cet homme pouvait avoir. Le cosmo défiant apparût sous les yeux d'Aurora.

Alors c'est cela son vrai pouvoir ? Un cosmo sombre, considérable, dévastateur, dégageant une aura toute particulière, une sorte de charisme qui paralyserait les gens normaux, et qui inspirerait le respect aux puissants.

Aurora débuta les hostilités. Elle usait de ses jambes et de ses mains avec grâce et vitesse, frappant le Juge avec une dextérité admirable, mais la garde du Spectre restait solide en toute occasion, et ni les poings ni les pieds de l'Amazone ne parvinrent à briser la défense du Juge contrairement aux premières fois. Elle était confrontée à un adversaire aussi rapide, voir, plus rapide qu'elle. Car au contraire, le Garuda attendait patiemment son heure, analysant les assauts de son adversaire, cherchant la faille dans le schéma de ses attaques, mais la jeune femme était parfaitement initiée au corps-à-corps, et ses assauts n'avaient de cesse d'être différents, vifs, précis, et toujours ininterrompus. Pourtant, le Juge finît par trouver un espace creux une attaque de l'Amazone, et son poing frappa à une vitesse ahurissante, expulsant la Reine des chevaliers contre un arbre.

« C'était un sacré coup. » clame Aurora en se relevant.

Durant d'une pause, elle s'était surprise à s'attarder sur le Népalais au loin, occupé à briser la roche de ses poings. Elle regardait .. lui, ce type dédaigneux, les creux et lignes parfaites et le jeu entre l'ombre et la lumière incandescente sur le visage typé.

En soirée, Eaque la fit monter en haut de l'Himalaya dont le taux d'oxygène était au plus bas. Le Juge habitué à la région avait décidé qu'ils débuterait un affrontement ici-même. A cette altitude, la pression atmosphérique tombe grandement et tout devient si faible que même l'organisme humain n'en respire plus en quantités suffisantes. Aurora eut bien du mal à gérer malgré sa condition de guerrière et alluma son cosmo pour se réchauffer. Un sourire avait étiré les lèvres du Garuda, voyant la mine décomposée de « son élève » d'un jour. Il saisit vite que le chevalier de feu n'avait pas été préparée et dû se résoudre à la faire redescendre s'il ne voulait pas la réanimer. En effet, elle faillit tomber à la renverse, éprouvée par les conditions extrêmes de cet environnement. Le brun la rattrapa avant qu'elle ne se fracasse contre le sol. Un frisson l'avait parcouru lorsqu'elle avait senti la main d'Eaque glisser sur sa hanche pour la maintenir en équilibre. Tout son corps avait vibré à l'unisson. Elle avait dégluti avec difficulté et levé son regard vers le visage du jeune homme. Elle délirait.

Malgré cet événement, elle a trouvé l'endroit majestueux et remercia Eaque de l'avoir reconduite. Ce dernier fut étonné par cette reconnaissance et ne redit rien. C'était la première fois qu'ils se parlaient sans s'entre tuer.

Leur retour en Enfer se fit avec calme. On ne les entendait plus, c'est cas de le dire …

« Et bien Eaque, comment s'est passé cette petite escapade ? » se moqua Minos,« Dame chevalier semble assagie. »

Eaque secoua la tête, le Griffon raconte n'importe quoi. Mais il a raison sur ce point : son opinion sur cette jeune-femme a évolué. Ils se sont découverts d'une autre façon. Eaque lui a prodigué quelques conseils pour résister au froid. Aurora l'a trouvé consciencieux. La tension s'est dissipée comme l'avait prévu Hadès.

Quelques jours après, le Serpentaire était occupée à gérer les reconstructions des prisons. Eaque était sorti « prendre l'air » et avait repéré la guerrière au loin. Il observait cette dernière battant des cils sans encombre avec le Basilic. Il se sentait soudain agacé. Et puis il y avait de regards auxquels elle était habituée : elle avait l'impression d'être regardée comme un morceau de steak lancée dans un groupe de lions. Apparemment, les rumeurs sur ses aventures avec des guerriers l'ont suivi jusqu'aux Enfers. Elle soupira.

Au 35ème jour, les émissaires arrivent. Quelle ne fut pas la surprise d'Aurora de découvrir le Général Marina Baian de l'Hippocampe débarquer au domaine du Seigneur Noir avec Syd de Zeta, représentant Odin.

C'est donc avec cet homme que la Treizième a batifolé lorsqu'elle a aidé le Dieu des Océans ?

Le Général Marina a couvert de somptueux présents le Temple du Serpentaire en lui envoyant fleurs et coraux. Ce dernier n'a pas manqué de minauder discrètement avec le chevalier sous les yeux éberlués des Spectres… Et d'un Garuda jaloux comme un tigre. Aurora ressent à nouveau le besoin de se changer les idées et voir autre chose que des forteresses pour les morts-vivants, les âmes meurtries, les désolations ou châtiments. Hadès remarque la baisse d'entrain de la combattante. Ayant compris que l'atmosphère sombre des Enfers y est la cause, il lui énonce une partie peu connue du Monde souterrain qui échappe à la détresse : la seconde prison, dans le champs fleuris non loin du Spectre Pharaoh et le célèbre chien tricéphale. Il désigne Sylphide pour l'y emmener, comprenant l'intérêt de ce dernier pour le Saint d'Or. Les jeunes gens se rapprochaient. Cependant le Basilic devinait que la jeune-femme n'est qu'un fantasme et que le Seigneur Eaque avait jeté son dévolu sur elle. Et que s'il marchait sur ses plates-bandes, il en subirait les conséquences.

Et puis maintenant qu'elle a gagné la majeure confiance des spectres, un vaste pari avait été furtivement lancé dans le Royaume pour savoir lesquels d'entre eux allait conquérir en premier ce chevalier. En apprenant cela, le Garuda grogna. Pas question de la laisser à un autre ! Pourquoi ressentait -il tout cela ? Il ignore ce sentiment qui s'est emparé de lui. Il le rejette même. Un grand Juge des Enfers ne peut s'amouracher d'un vulgaire chevalier.

Hadès eut connaissance de ce chahutement et voulait envoyer tous ses spectres au puits des Damnés. Il se demandait comment cela allait finir. Aurora s'en amusait, trop heureuse de voir les spectres s'emmêler dans les filets qu'elle avait elle-même lancés. Mais elle restait concentrée sur sa mission. Lorsque Sylphide l'accompagnait pour des tours de patrouille, le Garuda le surveillait, dissimulant son cosmo afin de les observer. Il a assisté de loin à cette relation naissante avec le subalterne de la Wyvern. Il serrait les poings.

Et puis cela est devenu de plus en plus régulier à mesure qu'Eaque la côtoyait. Il prêta plus d'attention à la féminité du chevalier, cette harmonie dans ses courbes, les lignes plantureuses, ce visage félin : l'iris sombre, palpitante, vivante, encadré par de longs cils noirs, ces cheveux bouclés, cette peau mate … et ce sourire.

Le Garuda avait tout fait pour ne pas en arriver là, malgré la tension sexuelle qui ne cessait de les entourer en permanence depuis des semaines. Il s'était contrôlé et n'avait fait que la dévorer du regard de loin et rejeter ses désirs. Au fur et à mesure, il s'adoucit. Ce qui étonna cette dernière. Il veut forcément quelque chose. Eaque réveillait bien plus en elle. La guerrière s'était laissée emporter par le jeu et avait pris plaisir à être désirée.

Les premières fois, il se souvient que ce n'était qu'une sensation qu'il pouvait facilement ignorer. Puis, cela s'était muté en béguin croissant. Eaque se retrouvait à la suivre du regard lorsqu'elle traversait son territoire. Il se réveillait en transpiration la nuit, le corps fébrile et la preuve sans équivoque de la nature de son désir pour elle matérialisée sous ses draps. Puis le béguin s'était transformé en obsession. Tout le monde sait que lorsque quelque chose intéresse le Garuda, il le poursuit jusqu'à ce qu'il l'obtienne. Il secoua la tête et grinça des dents, essayant de brider ses pensées volages : il avait mis du temps à l'admettre mais, oui, il s'était laissé séduire petit à petit. Il était en train de réagir comme une midinette énamourée ce qui était ridicule et inapproprié.

Par Hadès ! Elle l'a empoisonné.

En fin de journée, Eaque se décide à aller parler au chevalier. Il devait se montrer honnête. Méditant sur les prairies de fleurs au niveau de la seconde prison, il considéra le Serpentaire. Comment de fois avait-il voulu la toucher depuis qu'il la côtoyait ? Combien de fois avait-il eu envie de l'embrasser ? C'est donc ça : il l'a désiré au moment où il avait posé les yeux sur elle.

« Saint d'Athéna … » a salué le brun sous le nez du chevalier, assise en lotus.

« Juge Eaque. » Elle ouvrit un œil suspicieux, se demandant ce qu'il voulait,« Êtes-vous venu m'étrangler ? »

Eaque eut un rictus sournois, il avait oublié cet incident : « Avez-vous terminé votre méditation ? »

« Je réfléchissais. »

« Avez-vous quelques instants à m'accorder ? »

« Je vous écoute. » en refermant les yeux, sa puissante cosmo énergie émanait d'elle.

« Quelles sont vos dispositions ces prochains jours ? »

Aurora émit un ricanement sarcastique : «… Voyons voir .. Après avoir fait griller quelques-uns de vos hommes, je songeais aller manger au resto et puis me rendre au cinéma voir le dernier film d'épouvante .. » ironisait t'elle,« Ah non c'est vrai, nous sommes aux Enfers. C'est déjà l'horreur. »

Eaque sourit par tant de désinvolture : « Mes hommes vont ont manqué de respect ? »

« J'ai failli les faire rôtir. »

« Je les consignerai. »

« Mais j'espère bien. »

« Y'a-t-il autre chose ? »

« Je vous trouve bien prévenant à présent. »

« Nous avons débuté sur de mauvaises bases, je vous l'accorde. »

« C'est le moins qu'on puisse dire ! »

Le Garuda considéra la guerrière. Elle sentit le regard de ce dernier sur elle.

« Vous vouliez me dire quelque chose ? »

« Vous ne m'avez pas répondu. »

« Sur mes dispositions ? Et bien où voulez-vous que j'aille dans un endroit pareil ? Pourquoi me faites-vous cette requête ? »

« J'aimerais vous voir en dehors de mes attributions.»

« Mais encore … ? » continua Aurora, suspicieuse.

« Vous dînez peu avec les autres spectres où mes homologues, Minos et Rhadamanthe. »

« J'ai souvent mangé avec les hommes de Rhada. »

« Vous évoquez cette complicité avec le Basilic .. ? »

« Le seul qui me traite très bien. »

« Vous êtes un chevalier d'Athéna, il est normal que vous ayez ressenti de l'hostilité. »

« Dites cela à vos frères et puis vous, par la même occasion ! » gronda Aurora.

« Passez à autre chose.»

« Je n'oublierai pas... » rappela-t-elle au Juge.

« Ai-je été désobligeant en quoique ce soit, Saint d'Athéna ? »

« Vous vous en sortez bien ces derniers temps. » consentit cette dernière.

« Ce n'est pas l'impression que j'ai eu. »

« Vous êtes un spectre. »

« Excellente analyse, chevalier. »

« Bon, vous voulez quoi ? Êtes-vous en train de me faire la cour ? » maugréa Aurora.

« Vous aimeriez ? »

« Quoi donc ? »

« Que je vous courtise ? » enchérit Eaque non sans dissimuler un rictus malsain.

« Ne faites pas le malin avec moi. »

Il jubilait intérieurement puis se lança :« Dame Chevalier… Vous semblez être une femme épicurienne. De ce fait, acceptez-vous de demeurer ce soir à ma suite, dont ma porte vous est à présent ouverte. »

Autrement dit dans sa garçonnière.

Le chevalier se leva et sortit de ses gonds, indignée : « Quoi ? » Elle le toisa du regard : « Comment osez-vous ? Pour qui m'avez-pris Spectre de l'Etoile Céleste de la Supériorité ? Je ne suis pas une de ces pauvres catins à me laisser enjôler par un mâle, aussi puissant soit-il ! » s'insurgea-t-elle.

Et elle lui tourna le dos. Non content de se faire insulter et encore moins résister, Eaque n'avait pas bronché, voulant éviter un scandale diplomatique. Il maudissait en silence le Serpentaire lui lançant un cosmo défiant qui lui promettait de lui faire ravaler sa tentative de séduction. Hadès sentit le cosmo agité de la guerrière.

Il convoqua le Garuda, au courant des agissements de ce dernier.

« Eaque, que se passe-t-il encoreavec ce chevalier ? » souffla le Monarque,« Elle n'est pas flexible avec le sexe opposé et Athéna l'a envoyé pour une excellente raison. Tu as suffisamment de sagesse pour le savoir. »

« Votre Majesté, veuillez me pardonner cet égarement… »

Hadès attendit la suite, qui ne vient pas.

« Tu présenteras tes excuses au Saint du Serpentaire. Et par tous les Dieux, un peu d'assiduité. »

« C'est entendu, Monseigneur.»

Hadès regarda son Juge quitter la salle du trône. Il leva les yeux au ciel, se demandant encore ce qu'il allait se produire dans son royaume. Il maudit Zeus de l'avoir ramener pour devoir supporter les puérilités des humains. Il préfère encore retourner dans son tombeau à l'Elysion.

Le Garuda ne connaît pas le langage codé avec les femmes. Elles se soumettent à sa seule volonté. Aurora n'a rien d'une docile Cendrillon se laissant charmer. Plutôt farouche même. Il l'a vu lorsqu'ils se sont côtoyés en surface. Ce défi lui plaît. Les hommes semblent être pour elle, des animaux dénués de toutes logiques. Il doit redoubler de vigilance. Comment amener la chose sans provoquer la colère des Dieux ?

Il ne compte pas en rester là. Il la veut.

Plus tard, ses émotions passées, Aurora réfléchie. Elle se dit que c'est une façon comme une autre de la coqueter, bien qu'un peu directe. Elle se souvient de ce corps d'Apollon qu'elle a remarqué lors de leur « trêve », ses cheveux ébènes, ce regard inquisiteur et tendre à la fois, sa réflexion, la force dans ce corps puissant du haut de son mètre 87. Elle aime les traits eurasiens du Spectre le rendant attractif… et cette tête pleine. Il est loin d'être un imbécile. Cet homme mystérieux l'avait hypnotisé malgré elle. Elle n'avait pas réussi à définir d'où lui venait cette attirance. Certes, il est beau. Mais il y avait autre chose, quelque chose de latent en lui. Il possédait une essence sombre et tendre à la fois, au fond de lui. Elle n'avait jamais ressenti une attraction si étrange et puissante pour quelqu'un. Depuis son arrivée aux Enfers, Aurora a un appétit sexuel décuplé. Les hommes spectres, elle n'y avait jamais goûté.

Le lendemain elle a pris soin d'éviter tout contact avec Eaque. Quand tout le monde a regagné sa demeure, Aurora attendit que le Juge soit disponible. Elle l'avait vu passer dans le couloir d'Antenora dans sa longue tunique foncée lui renforçant son air supérieur viril. Elle le désire. Depuis le départ, mais elle restait dans le déni.

Alors elle entreprit d'envoyer un message au Garuda par l'intermédiaire d'une domestique :« Portes ce message au Juge Eaque. » avait-elle ordonné à Samara, l'une des servantes au Palais du Népalais.

Cette dernière s'empressa d'appliquer sa mission. En toquant à la porte de son maître, elle tendit la-le-dite lettre vers l'impressionnant Garuda en tremblant. L'homme haussa un sourcil après lecture :

« En as-tu pris connaissance ? »

Cette dernière terrifiée, avait répondu que non. Eaque l'a congédié. Il ne savait pas s'il devait se réjouir où se méfier. Au moins ce chevalier fait le premier pas pour désamorcer la situation. Il rejoint Aurora en prenant soin de dissimuler son cosmo, puis toqua à sa porte.

« Qui est là ? » demanda l'impétueuse jeune-femme.

Eaque racla la gorge de sa voix supérieure : « Le Seigneur Eaque, Saint d'Athéna. »

Il a cru s'étrangler lorsqu'elle lui répondit : « Connaît pas ! »

Eaque grinça des dents. Cette femme joue encore avec ses nerfs. Il déteste se déplacer pour rien. Alors il prit une grande inspiration. Il se rappelait qu'elle n'était pas fervente des protocoles et dit simplement : « Aurora, j'aimerais discuter avec vous. »

Après quelques instants de flottement, la porte s'ouvrit. A sa vue, Eaque se décomposa. Il n'était plus le terrible Juge. Il était estomaqué : la brune ne portait qu'une tunique presque transparente, proche du corps, laissant entrevoir ses formes vertigineuses. Il ne s'y attendait pas. Il avait fallu plusieurs secondes à ses neurones pour s'en remettre. Et en plus elle batifole sur ses faiblesses... Quelle infâme créature.

Le Garuda resta immobile, reprit contenance avant qu'un lent sourire ne se dessine sur ses lèvres. Pour la première fois depuis longtemps, il était extatique. Le regard dévorant sur Aurora, il prit soin de fermer la porte derrière lui et admira le chevalier en silence. Il n'avait qu'une envie : se jeter sur elle.

Cette dernière prit la parole : « Veuillez pardonnez ma méfiance d'hier. J'apprécie néanmoins votre franchise. »

Il eut un sourire martial : « J'aurais dû faire preuve de galanterie. Je suis désolé si mes propos vous ont paru déplacés… Et de vous avoir étranglé. »

« Alors confirmez-moi votre regret de cette manière. » en lui tendant sa main droite.

Eaque ravala son amour-propre. Avec élégance, le Népalais met en pratique la bonne éducation qu'il a reçue, sentant en cet instant son cœur cogner dans sa poitrine de façon inexplicable lorsqu'il effleura la peau du chevalier.

« Vous êtes pardonné. » continue t'elle en le fixant, « Excusez-moi, je n'ai pas pour habitude de me promener ainsi sous le nez d'un Spectre. »

Elle rodait autour de ce dernier. Il savait très bien où elle voulait en venir, et elle se doutait aussi qu'Eaque remarquait ces tentatives à peu près aussi bien qu'un rhinocéros remarquerait une fourmi lui courant sur le dos.

Son instinct ne l'avait pas trompé.

« Vous obtenez toujours ce que vous voulez ? » ironisa le Garuda.

« Est-ce une question rhétorique ? »

« Je constate que c'est un euphémisme. »

Il parcourra du regard les courbes plantureuses de la brune, qui lui afficha un sourire perfide. Règle numéro un : ne jamais tourner le dos au Garuda. Eaque en avait assez d'être cérémonieux. A peine eut -elle terminé son jeu de séduction qu'il l'attire énergiquement à lui et tint son menton de façon autoritaire, lui claquant comme un coup de fouet : « Je n'ai pas pour habitude à me laisser dominer, quand bien même vous êtes la plus incroyable des femmes. » prévint -il de sa puissante voix de Juge.

Ça passe ou ça casse. Le Spectre croit qu'elle va le renvoyer contre le mur, cependant elle rétorque : « Comme cela on est deux ! » lui jetant un regard empreint de lascivité.

Eaque la fixe dans le fond des yeux, sondant son âme. Ils se défièrent. Puis, il bloqua Aurora contre le mur en l'agrippant fermement de façon à ce qu'elle ne puisse plus s'enfuir. Il redevait l'homme brutal, despotique, dominateur. Le feu le dévorait de l'intérieur, il prenait racine dans son bas ventre pour remonter dans ses reins et consumer son cœur. Puis, il se plaqua contre elle et happa ses lèvres dans un premier baiser enflammé que Hadès lui-même s'en serait brûlé les ailes.

Depuis le temps qu'il en rêvait. C'était animal. Il ne savait plus ce qu'il faisait, il ne contrôlait plus rien. Il la désire depuis des semaines et une part enfouie au fond de sa conscience hurlait, jusqu'à ce qu'il la fasse taire, pour mieux se concentrer sur sa présente tâche. La passion le rend brusque, et ce fut une main sans douceur qui empoigna la nuque de la jeune-femme pour l'empêcher de se dégager pendant qu'il jouait de sa langue sur ces lèvres pleines qu'il a ardemment rêvé. L'autre main, intrépide, s'aventure sur ce corps qu'il a si convoité et se fond sur les jambes interminables de la guerrière qui l'entoure en souriant. Et en plus, elle aime ça.

La bouche du Garuda veut tout explorer et commence sa quête en appâtant le cou du chevalier puis ses lobes d'oreilles, son souffle excitant de plus belle le Serpentaire qui se laisse prendre à son propre jeu. Il l'attire de nouveau à ses lèvres pour l'embrasser. Un jeu de langues ardent continue. Mais le Népalais est intempérant. Tout en parcourant le buste du chevalier, palpant langoureusement la généreuse poitrine, une autre main curieuse, va se promener sous cette tunique provocante. Caressant l'entrecuisse, il est récompensé par la sensation chaude d'une humidité grandissante entre les jambes puis des gémissements qui font monter son désir au plus haut point.

« Veuillez me pardonner, mon corps réagit vite ! » lâcha-t-elle en souriant.

Eaque, un pli à la bouche, répond : « C'est ce que j'aime, cette humidité… Vous êtes une tentatrice.»

Elle ne s'est jamais sentie aussi excitée. En plus, il ne porte pas son surplis. Ca tombe bien. Elle veut découvrir cette carrure imposante et défit d'une main de maître la tunique qui emprisonnait ce corps de Don Juan, laissant à vue la peau biscuitée, croquante à souhait.

Le Garuda est harmonieusement bâti, une musculature puissante sous une peau douce. Son ventre plat ne laissait pas de doutes quant à des abdominaux solides et ses cuisses étaient dignes des plus sculptures Grecques. Le corps du Népalais est envoûtant, des yeux gris-noisettes mystérieux où transparaissaient sa fougue. Il fallait admettre qu'il était somptueux, un aigle majestueux ! Cela plait à la jeune-femme, adepte du genre ténébreux.

Aurora devait l'admettre, elle avait craint une seconde que ce dont elle avait fantasmé depuis des semaines avec le Juge des Enfers ne soit en réalité décevant. Mais Ô, heureux hasard, c'était fort loin d'être le cas. Et le Serpentaire pouvait sentir dans chaque geste, baiser, morsure, une expérience millénaire mâtinée de passion nouvelle qui lui faisaient tourner la tête. Et lorsque les dents brutales attaquèrent son cou, Aurora ne pût s'empêcher de gémir violemment, se laissant aller contre le mur avec délice. Elle touche alors consciencieusement le Spectre et passent ses mains sous le torse ciselé, prenant son temps, s'attarde sur les muscles parfaitement dessinés du Garuda qui la fixe en affichant un sourire perfide, surveillant chacun de ses gestes. Eaque était extrêmement fier de son effet. Et appréciait plus vivement la vue de la Portugaise plaquée contre le mur. Frôlant la bouche de la sienne, il murmura quelques mots en Népalais qui provoquèrent un frisson violent à la jeune-femme. Les mains de la brune se firent plus affamées, sa bouche plus vorace, sa prise plus dure. Elle passa sa langue sur les pectoraux saillants, sa peau avait un goût de miel, comme celui qu'elle dégustait avec gourmandise dans les marchés d'Athènes près du port, alors qu'elle était jeune-fille. Quel délice… Elle dégustait ce corps comme un met raffiné, unique. Sa main découvrait sa cuisse ferme, remontait à l'aine, cette région dangereuse où bien nombre de femmes ont dû perdre la raison…

Sans quitter des yeux le guerrier, Aurora se délecte de son odeur, descendant lentement jusqu'à l'objet de son désir. C'était chimique, cette odeur lui plaisait, l'attirait. Les mains de la jeune-femme se baignent autour de ces bras et atteignent le bas du dos, ongles enfoncés dans la peau. Eaque fixe le Serpentaire, fier. Elle se baissa davantage, sa bouche se rapproche dangereusement et sourit à la vision de ce membre fier se dressant face à elle. Elle se met à genoux et saisi les mains du Garuda qu'elle fait danser sur la pointe de ses seins avec une lenteur délibérée. Elle ne fait qu'agacer les sens d'Eaque. Puis, il observe avec plaisir son membre disparaître dans la bouche de la jeune-femme pendant plusieurs minutes interminables où il doit se contenir pour ne pas jouir. Gonflé par l'excitation, il se retient d'élancer ses hanches pour enfoncer sa verge dans cette bouche appétissante qui engloutit sa virilité. Sa respiration est plus profonde. Eaque sombrait entre les mains du Serpentaire. Son bas ventre lui faisait mal, le brûlait, se tendait. Il n'en peut plus.

Le Népalais relève la Treizième, lui arrache sa toge et la tourne contre le mur. Avant même qu'elle ne réalise quoique ce soit, il est déjà en elle. Mais pas en ce lieu si énigmatique, il est rentré dans l'orifice étroit et pousse à l'intérieur d'elle en heurtant ses fesses avec violence chaque fois qu'il s'élance vers l'avant, accélérant progressivement le rythme. Cette pénétration interdite pousse la jeune-femme au bord de la jouissance entre plaisir et souffrance. Les doigts de l'homme se mêlent aux cheveux d'Aurora, les agrippe et la tire par l'arrière. Cette sensation indéfinissable l'embrase. Qu'elle aime lui être soumise ! Car il veut l'entendre jouir, lui montrer qui est le maître. Eaque est extraordinairement endurant. Le plaisir était lancinant, niché dans chaque creux, chaque pli de son corps. Tout s'emballa, les sensations se faisaient plus aigües, vives.

Aurora s'approcha de la jouissance ultime, mais ce dernier se retire d'elle.

« Tu n'es qu'un sadique ! Je t'ordonne de ne pas t'arrêter … »

Infatigable, il sourit : « Je t'ai déjà dit qu'aucune femme n'a quiconque pouvoir sur moi ! »

« Et bien saches que je n'obéis à aucun mâle, aussi fort soit-il ! »

Cette concurrence attise de plus belle les envies perverses d'Eaque. Il la retourne et la jette sur le lit, puis parcourt de ses mains expertes son corps et sa bouche. Il caresse cette peau douce où se mêle son odeur exotique naturelle, léchant la poitrine qu'il titille et pince farouchement, glissant vers son bassin qu'il sillonna doucement, massant le bouton magique entre ses jambes. Aurora se contorsionnait de plus belle. Ce corps répond beaucoup trop aisément au sien. Il reprit possession des lèvres toujours avide de sensations.

« Tu es magnifique .. » avait-il murmuré à l'oreille.

Le regard qu'avait le Garuda pour elle n'était pas que désir : il reflétait autre chose. Cette beauté étourdissante, il faut le reconnaître lui fait perdre la raison.

Aurora mit sa main dans les cheveux soyeux du Spectre et l'embrassa intensément. Eaque lui rendit ce baiser avec fougue. Des plaintes plus lascives émanaient de ses lèvres en même temps que son souffle, se faisant plus rapide pendant qu'elle caressait le membre collé à sa jambe. Toujours en la défiant du regard, il lui attrapa les jambes pour l'attirer à lui. Aurora se laisse faire, regardant le beau spécimen qui se tenait devant elle. Et celui-ci est de loin le plus jouissif qu'elle ait connue.

« Je veux plus Aurora, beaucoup plus.. » clame le Juge.

« Qu'attends-tu ? Montres-moi ce que tu as dans le ventre ! »

« Veux-tu m'appartenir, Saint d'Or d'Athéna ? A moi et personne d'autre … »

Elle émet un petit rire : « Pour ta gouverne, je n'appartiens à personne ! »

« C'est ce que l'on verra … »

Il se mit à lécher les jambes de sa partenaire en descendant vers l'endroit intime avec une lenteur insupportable. Aurora ondula à ce contact et le Juge ne se fit pas prier pour goûter au parfum de la rose ouverte. Il aime ce goût, affolant ses sens. Elle lui supplia de venir en elle. Il ne se fit pas prier et s'introduisit dans son antre. Il la pénétra profondément. Leurs reins entamèrent une danse sauvage pendant un long moment. Chaque allée et venue accentuaient les vagues de sensation, exacerbant l'extase dans tout leur corps. Ils ondulaient à l'unisson pendant longtemps, les respirations se faisaient de plus en plus chaotiques. Eaque ne comprenait pas, son corps brûlait de passion jusqu'à la plus minuscule fibre. Aurora était littéralement imprimée en lui. Comment pouvait-il ressentir autant de choses ?

« Dis mon nom ! » sa main caressait le visage de la jeune-femme.

« Haaa, Eaque.. ! Je ..»

Le Népalais la pénétra plus fortement. La brune gémit : « Prends-moi plus fort ! »

Quelle décadence. Aussi passionnée, aussi fougueuse. Cela l'excite davantage et il s'exécuta avec brio, faisant crier de plus belle la jeune-femme. « Tu es très démonstrative .. » lui dit l'homme.

« Ne t'arrête pas, tu me veux depuis des semaines ! »

« Alors tu le savais .. Séductrice. »

Il lui donna un violent coup de rein en la regardant droit dans les yeux. Il caressa le bout de chair sensibilisé pour la torturer plus qu'elle ne l'est déjà. Il s'enfonça en elle jusqu'au bout et en hurlait de surprise. Ce Spectre est excellent amant, il connaît le plaisir des femmes et sait se servir de ce membre puissant qui s'engouffre en elle intensément, s'accordant parfaitement avec son corps.

Il la regarda fixement, « Retournes-toi. » ordonne-t-il.

Elle opéra avec hardiesse, se mit à quatre pattes devant le Juge, tendit son flanc. Il la fessa tout en admirant ce postérieur : elle est vraiment faite dans un moule. Il est déjà fou de ce corps. Alors sans crier gare, il entra de nouveau en elle.

« Non sang, Eaque ! »

« Seigneur Eaque, chevalier d'Athéna ! »

Elle ricana, et, haletante, suivait les mouvements du Juge. Le cœur de l'homme rata plusieurs battements. Quel effet a-t-elle sur lui ! Après quelques minutes, les amènent finalement vers la jouissance ultime de passion déferlante. Des cris de plaisir firent échos à Antenora. Eaque comblé, épuisé, se laissa aller et s'écroula auprès de sa partenaire. Elle se colla à lui et ne mis pas longtemps à s'endormir. Elle se sentait bien, Dieu qu'elle se sentait bien dans ses bras.

Aurora se souviendrait toujours de cette première nuit endiablée avec le Juge. Elle sentait son souffle danser doucement près de sa nuque, la main du brun agrippait sa taille et parfois il lui arrivait d'embrasser son épaule tendrement. C'est comme s'ils s'étaient trouvés.

Au petit matin, elle tendit sa main à l'endroit où le Garuda dormait à ses côtés. L'endroit était froid. Elle ne sait pas pourquoi, elle était déçue. Ce jour-là, le goût miel sur ses lèvres et l'odeur d'Eaque sur son corps lui avaient procuré une sensation étrange. Ce parfum musqué lui faisait tourner la tête. Musc blanc. C'était vibrant, attirant, envoûtant. Comme le regard de son amant. Elle ne voulait pas en rester là.

Elle l'a vu. Quelque chose qu'elle ne connaît que trop bien : la passion. Comme toutes les histoires, celle-ci avait commencé par un regard croisé, un sourire enjôleur qui avait brisé un cœur. Ledit cœur refusant catégoriquement d'admettre qu'il était perdu.

Il en était de même pour Eaque qui, en traversant le palais pour arriver dans ses quartiers, se demandait bien ce qu'il venait de se passer. Il se déshabilla et se mit au lit. Il regarda l'horloge. Il avait passé presque toute la nuit en compagnie du chevalier. L'odeur de sa maîtresse impétueuse lui montait au nez. En repensant à la façon dont il effleurait la peau du Serpentaire de sa langue, comment il l'avait dominé, des vagues lui apparut en bas du ventre. Pourquoi n'était-il pas resté ?

Non ça ne serait pas sérieux. Un Juge et un chevalier d'or.. ça ne fait pas bon ménage … C'était juste une nuit. En tout cas c'est ce qu'il essayait de dire à sa conscience. Quelques heures trop courtes plus tard, un garde vint le réveiller comme chaque matin. Eaque grogna.

« Seigneur Eaque ! » s'exclama le soldat derrière la porte.

Le Juge si calme, l'équilibre entre le féroce Rhadamanthe et le sanguinaire Minos ne tarda pas à perdre patience et se leva, mis un pagne et ouvra la porte avec fracas. Le garde trembla voyant le regard haineux de son supérieur qui le toisa. Il n'avait nul besoin d'insister d'ordinaire, son maître était déjà débout.

« J'ai entendu. Déguerpi ! »

Le garde ne se fit pas prier. Eaque souffla. Il se dirigea vers les sanitaires, ordonnant à Samara de lui faire couler un bain dans ses thermes qu'il savoura longuement. Un peu trop d'ailleurs, puisqu'il arriva en retard au Tribunal principal d'où l'attendait ses demi-frères assis devant leur pupitre.

« Où es ton Surplis ? » interrogea Rhadamanthe les sourcils froncés..

« Par Hadès en pantoufles », il était parti sans son armure ! La journée allait être compliquée. Eaque ne chercha pas à se justifier, voulant éviter tout interrogatoire. Il ôta sa toge et fit appel à son surplis qui se posa directement sur lui.

« Tout va bien ? » demanda Minos, suspicieux.

Quand le Griffon devenait ainsi il ne fallait agir que d'une seule façon : l'innocence pure. Et Eaque sait très bien jouer à ce petit jeu-là.

« J'ai mal dormi. »

« Bon, commençons. » poursuivit la Wyvern.

De son côté, Aurora se leva en douceur, une onde de fraîcheur positive parcourant son corps. Elle alla dans les sanitaires et y resta aussi longtemps qu'Eaque quelques temps plus tôt. Plus tard elle était en train de s'habiller quand on vint frapper à la porte de sa chambre.

« C'est pour quoi ? » demanda le Serpentaire importunément, qui a beau être ravie de sa nuit précédente n'en ai pas moins du matin.

« Dame chevalier, c'était pour que je puisse passer commande. » dit une voix derrière la porte.

Aurora pris la peine de mettre un kimono et ouvrit la porte, la mine grincheuse. L'homme se fit tout petit. La réputation matinale du chevalier d'or est universelle : pas de questions stupides et surtout pas d'agressions non verbales ou verbales d'ailleurs.

« Désirez-vous un déjeuner en particulier ? »

« Pourquoi ça vous intéresse ce que mange un chevalier d'Athéna ? »

« .. C'est le Seigneur Sylphide qui a ordonné cela. »

Aurora se radoucie : le Basilic ? D'un genre galant et poli, ils parlaient français entre eux pour le plus grand plaisir du jeune-homme. Mais elle sait bien qu'elle est déjà la propriété d'Eaque.

Une servante apporta son petit-déjeuner qu'elle reçoit méditerranéen. Elle jeta un œil à Samara, la passeuse du message interdit d'hier. Cette dernière baisse les yeux d'inconfort.

« Qui a pris la peine de me faire envoyer ce met matinal ? »

« Le Seigneur Eaque, Dame chevalier. »

Aurora congédia Samara, ahurie. Alors ce Garuda sait faire preuve de galanterie quand il veut.

« Ou alors il veut me garder sous le coude. »

Elle n'est pas assez naïve pour penser qu'il ne le fait que par plaisir envers elle. Mais ça l'amuse. Sa journée à elle débutait sous de meilleurs auspices qu'Eaque, toujours à moitié réveillé dans la première prison.

Au moment de déjeuner avec ses frères, il n'écoutait pas leur conversation. Il abandonna ses compagnons pour prendre l'air, un thé à la main. En réalité, il cherchait à sonder le cosmo du Serpentaire quelque part entre la seconde et la sixième prison en train de terroriser leurs hommes. Il sentait comme un manque l'envahir. Depuis sa résurrection, Aurora est la première avec qui il couche. Eaque ne pensait qu'à elle. Qu'a ce corps de déesse. Il n'aurait pu rêver mieux ! Il devait absolument s'arranger pour la garder plus longtemps afin d'en profiter pleinement. Sa tête était à l'envers, il aimait ça ! Il aimait se sentir partir, s'abandonner sans retenue. Il aurait voulu appartenir à son espérée, lui Eaque troisième juge des Enfers, il désirait plus que tout appartenir à cette femme ! Il en voulait encore.

Aurora avait fini de s'occuper des âmes égarées de la 4ème prison quand elle a senti quelqu'un qui la « cherchait ». Ce fut bref. Elle savait bien de qui il s'agit. Elle a passé le reste de la journée excitée, attendant son châtiment charnel. Au moment de dîner, la portugaise se décida à accompagner les autres. Elle avait bien envie de titiller les sens du Garuda. Le Serpentaire s'est mis en tête de rendre jaloux ce dernier. Quand il approcha de la grande salle à manger, il sentit le cosmo d'Aurora.

A peine a-t-il franchi les lourdes portes qu'il se décomposa. Devant lui à quelques mètres de la table « royale » des Juges, se trouvait une scène pour le moins incongru : la portugaise offrait son plus beau sourire au Général de l'Hippocampe qui lui répondait par des sourires et quelques gestes tactiles. Son sang ne fit qu'un tour. Il bouillonnait au fond de lui et n'avait qu'une envie : noyer ce Marina au fond de l'Achéron. Aurora savait bien que le Garuda la surveillait. Il avait joué avec elle. A son tour à présent.

A la fin du repas, il vit avec stupeur Baian et Aurora quitter leurs compagnons de table et se diriger vers Antenora. Eaque prit congés de ses frères qui avait remarqué son agitation. Minos avait haussé les épaules. Leur frère était simplement mal luné aujourd'hui. Le brun suivit les cosmos en masquant le sien. Il retrouva les guerriers sur l'un des balcons du Palais. Ils refaisaient le monde.

Aurora savait pertinemment que le Garuda les surveillait. Garuda fut soulagé en voyant l'Hippocampe s'éloigner après avoir baisé la main de la jeune-femme. Après quelques instants, tournée vers l'horizon elle lui clama : « Comment allez-vous, Juge Eaque ? »

« L'insolente », se dit le Garuda. Elle l'avait donc repéré. Il s'approcha de la Portugaise. « Vous êtes bien charmeuse avec ce Marina. »

Il n'avait pas sourcillé, attendant la réaction du Serpentaire : « Je l'aime bien. Il m'a fait rire quand j'étais au Sanctuaire sous-marin … et c'est un amant des plus incroyables. » balance-t-elle au visage du Garuda.

Ultime provocation.

« Vous l'avez pourtant laisser filer. » constata le Juge.

« J'ai trouvé l'herbe plus verte ailleurs. » envoyant un regard des plus envoûteurs à Eaque.

Il s'approcha d'elle. Aurora portait son armure mais qu'importe, il avait déjà réfléchi à la façon de la lui enlever.

« Et si nous allions vérifier cela, chevalier ? » Son éternel sourire narquois sur les lèvres, proche de l'oreille de la brune.

Aurora lui jeta un regard dévorant, lui chuchotant : « Vous vous êtes bien débrouillé hier. Je reste sur ma faim.» posant sa main dans la sienne à l'abri des curieux. A ce frôlement, Eaque sentit un frisson inexplicable le parcourir. Elle ne lui dira pas deux fois.

La brune s'engagea en direction de sa chambre, tournant des hanches lascivement afin qu'il n'en perde pas une miette. Il ne quitta pas des yeux cette progression suave lui donnant pleins de nouvelles idées. Elle eut guère le temps d'ouvrir la porte que le Garuda l'avait déjà collé contre le mur du couloir, incapable d'attendre une seconde de plus. Il était contrarié, contrarié qu'elle ait osé minauder sous son nez. Ce dernier la poussa dans la chambre. Il avança son visage dangereusement en face de l'autre. Sa stature imposante bloquait la Portugaise : elle ne pouvait plus bouger. Le souffle erratique du juge, sa poitrine puissante qui martelait la sienne, les veines de ses tempes qui pulsaient, tout indiquait qu'il ne plaisantait pas.

Il tenait fermement les bras du Serpentaire. Elle attendait son sort avec impatience.

« Quelle audace de provoquer un Juge des Enfers... »

A l'abri des regards, les deux jeunes gens s'abandonnaient à leurs désirs inavoués. Les mains d'Eaque ne pouvaient guère s'aventurer bien loin avec cette armure sacrée, se sentant de plus en plus fiévreuse sous les mains du Juge. Elle frissonnait, attendait qu'il aille plus loin, encore plus loin, toujours plus loin… Qu'il lui fasse connaître des plaisirs interdis. Seul, la vue du Garuda lui procurant du plaisir, emplissait son cerveau. Eaque faufila ses doigts sous l'armure dorée puis entrepris un chemin vers l'entrejambe. Elle était déjà bien humide.

« Tu es très éveillée. »

« Prends-moi toute suite Eaque. »

« Ôtes cette armure. »

« Est-ce un ordre ? »

« Tu le sais parfaitement. »

Et d'un geste vif elle retira ses habits sacrés qui se posèrent dans un coin de la pièce. Eaque la dévorait des yeux. Elle n'avait presque rien sous son armure. Elle avait passé la journée ainsi.

« Je vois.»

Il ôta son surplis et se tint droit devant le Serpentaire. Aurora se mordillait les lèvres. Il est irrésistible. Un rapace diabolique. Elle s'approcha de lui et happa ses lèvres en le regardant. Ils se défièrent par petits baisers, sans se quitter des yeux. Aurora jouait avec une mèche de cheveux ébènes du Garuda, l'autre main s'agrippait à son torse musclé. La main chaude de son amant passa sur sa joue. Le Juge l'avait attirée contre lui. Doucement cette fois. Elle avait frémi lorsque leurs peaux s'étaient mêlées, que ces lèvres si chaudes avaient dévoré sa nuque. Elle lui avait offert sa gorge, ses mains avaient parcouru l'épiderme brûlant de son corps. Il l'avait plaqué contre lui, soupirée quand il l'avait fait tomber sur la soie des draps. Aurora a un besoin animale de retrouver ce Garuda. Cela lui brûlait les reins. Elle s'empara du membre viril comme s'il lui appartenait et commença ses mouvements de vas et vient. Elle avala le précieux nectar, en récolta le restant sur le bout de ses doigts, et se mit à les lécher impudiquement devant la mine dupée du Juge.

« J'aime ta semence Juge Eaque .. »

Elle s'amusa à les sucer un à un, le regard lubrique pour faire durer le moment le plus possible. Eaque fut emporté par une drôle de tornade de volupté qu'il ne maîtrisait pas, il avait quitté les Enfers pour se retrouver projeté au Nirvana dans le sixième monde. Cette intrusion dans le plus profond de son être lui plaisait plus qu'il ne l'aurait cru.

Les nuits suivantes avaient vu donc se dérouler le même rituel. Elle vibrait sous les caresses du Garuda, se perdait dans ses bras et il repartait. Dans la journée, ils ne laissaient rien paraître. Ils continuaient à se vouvoyer et faisait leur travail normalement. Aurora poursuivait sa mission aux Enfers, jouait les dominatrices et envoyait de temps à autre des regards lubriques à son amant. Elle savait qu'il la fixait de son point de repère, là-haut du balcon du Tribunal. Elle sentait sa présence, ses yeux la parcourant, attendent patiemment qu'elle soit de nouveau à lui dans quelques heures.

Alors qu'elle revenait des thermes, elle décida de bousculer leurs habitudes entamées : c'est elle qui viendrait. Eaque sentit le cosmo de la guerrière derrière la porte si bien qu'elle n'eut besoin de frapper. A peine eut-elle le temps d'entrer qu'il l'a pris de force et la colla contre la porte en l'embrassant langoureusement. Leurs ébats durèrent toute la nuit : passionnés, enragés jusqu'à ce qu'ils s'effondrent.

Puis, ils apprirent à se connaître au fil du temps, la tendresse et les échanges prenaient place. Et puis un jour, elle resta toute la nuit. Il voulait se réveiller au côté de son chevalier. Elle est à lui. A personne d'autre.

Un matin, Aurora se réveilla, le Spectre collé à elle. Elle apprécie d'être devenue l'objet de convoitise d'un des Juges de l'enfer, mais elle a beaucoup de mal à le cerner. Autre chose la tenaille. Elle soupira.

Eaque la sentit soucieuse.

« Chevalier, vous sentez-vous bien ? » demande-t-il, accroché à sa brune.

« Mmm oui je me questionnais, Juge. »

« A quel sujet ? »

« Depuis le début, je réalise que je t'ai provoqué dans l'optique de te mettre dans mon lit. Ou que tu me mettes dans le tien... »

« Je vois... »

« Et en toute franchise Eaque, je ne serai pas contre une relation au-delà d'une partie de jambes en l'air avec toi... et éventuellement durable. »

Moment de flottement. Le Juge s'éclaircit la gorge et répondit : « Continues. »

« Donc, dans ce cas de figure... Est-ce que tu es intéressé ? »

« Oui .. » Le silence consterné qui lui répondit ne fut pas pour rassurer Aurora. « Et je te conseille d'être moins portée sur le contact avec les autres Spectres. Surtout le Basilic. Le grand Eaque ne partage pas.»

D'accord. Ses frères qui le soupçonne grandement auraient le droit de le traiter d'imbécile jusqu'à la fin des temps

« Chevalier, pour une raison qui m'échappe, tu as su me toucher. Et comble du heureux hasard, je ne désire que toi. C'est assez clair ? »

Pour toute réponse, elle se jeta sur son Garuda.. Il lui semblait, que enfin, il était lui-même et qu'elle était la seule à qui il dévoilait son âme. Ces simples réveils avaient changé la perception entière du Serpentaire sur le Népalais. Eaque savait comment l'amadouer, se faire désirer. Il lui avait fait découvrir son pays natal, ses soieries dans lesquelles elle aimait se draper au matin. Elle restait alors assise sur le lit, contemplant son Juge endormi, glissant les doigts sur cette épaule, cette joue, frôlant cette nuque pour ne pas réveiller le Garuda en sommeil. Elle aimait ce sourire quand il découvrait son corps, la débarrassant lentement de son armure. Sa langue qui suivait ses cicatrices de combat, effleurait la courbe d'un sein. Cet instant où son corps brûlant de désir s'ouvrait aux mains exploratrices du Juge. Leurs respirations plus fortes, se muant en gémissements quand il s'emparait d'elle, ce prénom qui franchissait ses lèvres quand l'orgasme secouait son corps, « Eaque ». Le soupir du Spectre quand elle se collait à lui lorsque leurs corps se cherchaient encore était un tel délice.

Chronos avait laissé le sable s'égrener dans le sablier, un lien s'était tissé. Le jeu de pouvoir était terminé. Eaque était devenu indispensable à Aurora.

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Le Juge n'a pas réalisé que cela faisait six mois qu'elle était dans le monde souterrain, et il ne s'attendait pas à son départ tant ils se sont lourdement accrochés tous les deux. Eaque avait commencé à l'embrasser à la dérobée dans les sombres couloirs. Se cachant comme des adolescents dans l'obscurité, savourant le plaisir de retrouver les lèvres de l'autre. Leurs mains se frôlaient un peu plus que nécessaire en société, leurs peaux brûlaient lorsqu'ils s'approchaient l'un de l'autre. Elle avait même surpris un air rêveur du Juge alors qu'il la regardait.

Eaque était perdu. Jamais il n'aurait cru pouvoir éprouver des sentiments si forts pour quelqu'un. Ni même ressentir toutes ces sensations extatiques humaines qui l'enivraient et lui faisaient perdre la tête. Il avait cessé d'éprouver des sentiments depuis si longtemps… Lui qui prétendait détester les mortels, voilà qu'il se comportait comme l'un d'entre eux… Était-il possible qu'il y ait une raison insoupçonnée à cette passion qui le consumait entièrement ?

Minos et Rhadamanthe comprirent que le Garuda et le Serpentaire autrefois si méfiants entre eux, partagent dorénavant plus, puisqu'ils ont surpris Aurora rentrer dans les espaces privés de leur frère en catimini. Minos a soupçonné son cadet d'être obsédée par elle, ce qui, en soit, n'est pas dramatique vu la personnalité du Garuda. Malgré leur discrétion, tout le monde sait aux Enfers que le Juge et le chevalier couchaient ensemble.

Eaque espérait éviter le sujet autant que possible, ne souhaitant pas s'étaler sur sa vie privée. Hélas c'était peine perdue. Un soir où le Juge rédigeait ses dossiers, il subit un drôle d'interrogatoire ...

Minos :« Eh bien, Eaque ? Tu n'aurais rien à nous dévoiler ? »

« Je vous ai demandé de déguerpir d'ici. » fit le Juge sans regarder ses acolytes.

« Arrêtes tes sornettes… » se moqua Minos.

Le Népalais lui envoya un regard menaçant, se redressa fièrement sur son siège et les fixa de toute la supériorité dont il est capable.

« Inutile de jouer l'innocent, Eaque. Nous sommes au courant. »

« Tous les Enfers, pour être honnête », jugea bon de préciser Rhadamanthe.

« Vous me dites cela comme si j'avais quelque chose à cacher. »

Minos railla :« La totalité de ton visage serait un bon début. »

Le Népalais serra les poings. Un meurtre fratricide serait malvenu ici avec les temps qui courent. Minos et Rhadamanthe ont beau être ses frères aînés, ils ne constituent pas une exception lorsqu'il veut se débarrasser de « faits gênants et nuisible à sa réputation. »

« Dernière chance d'être clair avant que je vous jette moi-même dans le lac de sang. » rétorqua t'il.

« Et bien et bien... Tu reconnaîtras notre agréable surprise de te découvrir une vie sentimentale. »

« ... »

« Allez, jouons carte sur table : nous savons que tu passes tes nuits en compagnie du Saint du Serpentaire. » continua le Griffon.

Les sourires, semblables à ceux de prédateurs, s'étirèrent davantage face au sourcil haussé du Juge du Garuda ...Mais retombèrent l'espace d'une demi-seconde lorsqu'il se contenta de répondre, l'air de rien : « Oui. Et ? »

Sur quoi il reprit aussitôt la rédaction de son dossier sans plus prêter attention à la mine décomposée de ses collègues.

« ...Comment, c'est tout ?

« Tu souhaites que je te rédige un rapport officiel à chaque fois que je vois une ambassadrice ? »

« Une émissaire qui entre dans ta couche ! » ajouta le Griffon.

Rhadamanthe croisa les bras :« Je dois reconnaître que tu montes le niveau avec cette Amazone, sachant qu'elle est difficilement domptable.»

« Et se déplace personnellement dans tes quartiers.» ajouta le Griffon.

« Dois-je me sentir flatté que vous consacriez autant d'énergie à ce détail ? » répondit Eaque.

« Hum ! » se moque Minos, « Estimes-toi heureux qu'elle est jeté son dévolu sur toi et non Rhadamanthe ou moi-même !»

« Tout ceci relève de la politique, Eaque. Utilises-là pour rapprocher nos royaumes. » rappela la Wyvern.

« Tu souhaites que je manipule ce chevalier afin de contrôler cette force qu'elle détient au profit des Enfers ? » interroge Eaque. Ses frères hochèrent la tête. Le Népalais soupira : « J'y avais déjà songé. » mentit -il. « Maintenant dehors. »

Lorsque l'heure du départ fut proche, durant le dîner, ils ont pu constater leur cadet qui n'avait point touché à son assiette et surveillait Aurora partageant son repas avec le Basilic dans une ambiance décontractée. Et quand le moment de s'en aller fut imminent, c'est Eaque lui-même qui escorta le Serpentaire jusqu'au point d'entrée des Enfers après avoir été remercié par Hadès.

« Il est temps, Eaque du Garuda. » avait lancé Aurora en lui caressant la joue avec tendresse.

Ce dernier saisit sa main en la baisant : « Restes. »

« Je dois retourner au Sanctuaire.» a-t-elle répondu.

Eaque passa sa main dans les cheveux, et glissa se doigts sur le visage de la jeune-femme qui ferme les yeux : « Au revoir, beau Juge.. »

Elle augmenta son cosmo mais au moment de disparaître, Eaque lui attrapa la main : « Est-ce ainsi que tu remercies tes hôtes ? »

Pour toute réponse, Aurora lui rendit un baiser plein de ferveur. Eaque encercla les hanches de sa bien-aimée. Il plongea ses iris dans le regard ténébreux de la jeune-femme comme s'il voulait y puiser son âme. Il sait qu'il ne la reverra pas de sitôt.

Il est l'un des trois juges des Enfers, un spectre haut gradé et respecté, craint de tous. Pourquoi se sent-il si mélancolique ? Car oui, il éprouve bien plus que de l'attachement. Ce qui s'est passé entre eux ne fut pas seulement charnel. Mais il préfère il mourir que de l'avouer…

Question de principe.

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