CHAPITRE 14

Turpitudes

Aurora est bien enceinte, indisponible. Le Spectre du Garuda se remémore la liaison torride avec le chevalier d'or qu'il a jadis aimé. Voici la suite de leur histoire.

Suite Flash-back- Domaine des Enfers, deux mois plus tard (Mars 2003)

Eaque ne se reconnaissait plus.

Depuis le départ du Serpentaire, il se sentait devenir fou. Son besoin était presque physique, se mutant en douleur de jour en jour. Il ne comprenait pas. Il avait beau tenter d'expulser ses frustrations en se lançant dans des séances d'entraînement intensives, en s'imposant les corvées les plus pénibles, il ne pouvait s'empêcher de focaliser toutes ses pensées sur le chevalier d'or. Il avait besoin d'elle, lui parler, la toucher. À cran, il frappa une colonne en ruine alors qu'il se changeait les idées à la seconde prison, provoquant un nuage de poussière qui lui chatouilla le nez.

Il se força à prendre une profonde respiration : « Raisonnons en vrai représentant de l'élite des Enfers. »

Il desserra le poing qu'il n'avait pas conscience de crisper et tenta de se recomposer. A force de fréquenter ce chevalier, il fallait bien que cela arrive : oui il est sans doute amoureux. En tout cas, son cœur bat plus vite quand il voit le Serpentaire, se consume au moindre de ses sourires. Et puis que fait-elle là-haut sur Terre, et avec qui ? Quand on commence à aimer, on ne souhaite pas que l'objet de notre convoitise aille s'encanailler ailleurs… bien évidemment.

Alors c'était bien ça ! C'était « donc ça », la passion ? La possessivité ? Il ne contrôlait plus ses gestes, ses impulsions. Eaque devait réagir. Et au plus vite. Sa décision était prise. Il irait se confesser, poserait un pansement sur sa fierté écornée et passerait à autre chose. Mais à qui en parler ? Ses frères seraient les premiers à le railler. Le Népalais s'assit alors sur un rocher et se perdit dans ses pensées.

Il se décide à consulter la grande pythie qui vivait dans un coin reculé de la 8ème prison et conseillait depuis toujours les guerriers des Ténèbres. Eaque se rend à l'endroit indiqué, une grotte sombre et humide, des stalactites pour seules compagnies et un feu éclairait la salle peu accueillante.

Une voix sage se fait entendre : « Approche Spectre de l'Etoile Céleste de la vaillance. Je t'attendais. »

Devant lui, la première chose qui se remarquait chez elle était sa taille, largement supérieure à la moyenne, avoisinant le mètre quatre-vingt. D'âge avancé et de constitution solide, son teint hâlé et ses mèches brunes commençant à tirer vers le gris témoignant de ses origines méditerranéennes. Son visage aux traits assez doux contrastait avec la sévérité qu'elle affichait, rehaussé par le chignon serré qui coiffait ses cheveux, ses yeux aciers et son nez épaté, seul indice d'un possible métissage. Elle avait une longue toge grenat et de longs ongles peints en noir. Elle s'assied à même le sol sur une large pierre plate, ferma les yeux et fit signe à Eaque d'en faire autant. Elle ne dit rien durant de longues minutes de silence. Le Juge ne la quitte pas des yeux, impassible.

Enfin, la vieille femme conclut après une interminable attente : « Tu ne fais que confirmer tes soupçons, Juge Eaque. »

« Que veux-tu dire ? » s'interrogea le Juge ? suspicieux.

« Tu es bien ici pour obtenir des réponses ? »

« C'est le cas. »

« Alors tes craintes sont fondées. »

Eaque déteste lorsqu'on tourne autour du pot, et grogna : « Où veux-tu en venir ? Cesses ces inexactitudes !»

« Je t'en prie, ne te méprend pas. La passion te rend imprévisible. »

Il ajouta parfaitement stoïque : « Je ne vois pas à quoi tu fais allusion, prêtresse … »

« Combien de temps vivras-tu dans le déni ? Juge du Garuda, toi qui a la pouvoir de lire en l'âme des humains, ainsi sont les faits : tu es épris de cette guerrière et cela t'angoisse au plus haut point. »

Eaque ne savait pas quoi penser.

Que cette oracle détienne probablement toutes les réponses qu'il cherche où qu'elle ait débité ces paroles alors que cela fait dix minutes qu'elle n'avait dit mot. Il se fourvoya en silence.

Il s'en voulait. Il avait succombé au plaisir de la chair avec un chevalier et maintenant il doit admettre qu'il en est désespérément accroché comme les mortels ! Ces humains qu'il méprise au plus haut point. Il avait toujours eu comme principe de ne jamais avoir de relations avec quiconque. Cependant, elles ne sont pas téméraires, expérimentées et aptes à le satisfaire comme le fait le Saint du Serpentaire. Cette combattante est lumineuse, brillante et combative. Elle lui désobéit et n'en fait qu'à sa tête. Peut-être est-ce cela qu'il aime finalement ? Le Juge ne sait quoi penser de tout ça. Il est tombé bien bas, plongé dans le péché de la luxure avec cette combattante d'Athéna.

Il secoua la tête. Il doit sortir ce chevalier de son esprit sinon il sera perdu.

« C'est du pur sadisme. » avait rétorqué Minos, expert en la matière lorsqu'il avait fait part de ses commentaires amers au sujet du Serpentaire.

« Tu as sans doute raison. » reprit noblement Eaque en réponse à la mage, « Puisque cette femme m'a tenté je dois de la chasser de mon esprit pour raison éthiques.»

La prêtresse n'eut pas longtemps à rétorquer : « Cela ne réglera rien, Eaque. Ne plus la croiser sur ton chemin ne ferait qu'aggraver les choses. Ton cœur lui appartient, tu dois l'accepter. » renchérit-elle.

Le brun ne sut comment réagir. Être aussi lisible le mettait mal à l'aise. D'autant plus qu'il avait gardé ses sentiments pour lui.

« Mais, enfin ! Je suis l'un des Juges de l'Enfer ! Le grand Eaque du Garuda ! » pesta t'il,« Je ne peux me laisser ainsi incriminer par cette femme chevalier ! Cela serait immoral et contre tous principes. Je dois me repentir de ces péchés.»

« Il me semble que tu as franchi la limite de tes principes en forniquant avec elle. » se contenta de répondre la vieille femme.

« Balivernes ! » grommela le Népalais par fierté spectrale, non content d'être jugé à son tour.

Il lui tourna ensuite les talons, préférant se changer les idées dans les contrées des Enfers. Il erre ainsi longtemps sans savoir quoi faire. Il se questionne, s'en tire les cheveux. A un moment donné, il s'assied sur une colonne de marbre brisée au sol. Immuablement sombre, le ciel d'Eaque ne changeait pas. Sa peau frissonnait à la simple idée de toucher celle de sa maîtresse, et il luttait pour que ses poings restent serrés.

« Que m'as-tu fait, Amazone .. ? » marmonna-t-il.

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Sur Terre au Sanctuaire d'Athéna, Aurora se sentait vidée. Bien-sûr elle était ravie de ce nouveau quotidien : rencontrer ses frères dorés, revoir les Argents, faire son rapport de son séjour. Utiliser le 8ème sens fut pénible. Aux Enfers on ne peut s'y rendre sauf si l'on est un spectre et puis le temps passe plus vite. Aurora tout comme tous ses frères de haut niveau assimile l'arayashiki pour permettre de côtoyer le monde souterrain. Elle fut contrainte de le manipuler sur une longue période. C'est en discutant avec ses homologues qu'elle réalisa que la fatigue avait pris le dessus sur elle.

« Vas te reposer, chevalier ! » avait ordonné Shion.

Mais elle ne l'entendait pas de cette oreille : « On a besoin de moi… »

Le Grand Pope lui a rétorqué que ce n'est pas un ou deux jours de plus qui changera quoique ce soit. Le Sanctuaire y survivra. Que si elle ne se rendait pas immédiatement à son temple pour dormir, c'est lui qui s'en chargerait.

Depuis son retour, elle n'avait cessé de penser à lui, se torturant mentalement pour refouler ce qu'elle considérait comme anormal. Eaque lui manque terriblement. Il est à la solde d'Hadès, c'est un Spectre de haut rang, un amour clandestin. Elle s'étonnait à errer dans le cimetière du Sanctuaire pour répondre aux appels télépathiques du Garuda. Plusieurs jours après, à la seconde prison où tous les souvenirs fusent, Eaque sentit un cosmo chaleureux entrer en contact avec le sien. Il n'eut la moindre à peine à reconnaître celui de sa dulcinée. C'est devenue une habitude dont elle ne peut plus se passer . Aurora avait décidé de ne plus se mentir à elle-même : elle est folle de cet homme.

Ça tombe bien puisque le Garuda, cartésien, est en train de l'appeler par cosmo interposé.

« Toujours aussi ponctuelle, Serpentaire … »

« Tu me manques, Eaque. » enchérit la Portugaise prendre de pincettes.

Court silence.

« Je partage tes sentiments. » finit par répondre le Spectre.

« Pourquoi tu ne le dis pas. » leva les yeux au ciel la jeune-femme.

« As-tu quelque chose à me confesser ? » s'enquiert le Roi guerrier.

« Il faut qu'on se voit. » clame t'elle.

« Que t'arrive-t-il ? »

Le Serpentaire pesta en elle : « L'imbécile ! Il ne sait pas lire entre les lignes ! »

« Chevalier ? » réitéra le Juge.

« J'ai besoin de te voir. » lui répond Aurora.

« Ne jouons pas au jeu des devinettes, qu'attends-tu ? »

« Viens en mission diplomatique, que je me délecte de toi. »

« J'y ai pensé. »

« Quoi donc ? Venir ou que je te mange tout cru ? »

Eaque aborda un léger sourire.

« Les deux ma chère. »

« A quoi penses-tu en ce moment ? »

« A la façon dont je vais t'attacher à ton lit. »

« Le contraire m'aurait étonné, mon chéri. »

Eaque sentit son cœur se soulever en entendant ces deux petits mots sortit naturellement de la bouche de sa maîtresse. Il est incapable d'en faire autant. Il se sent faible et idiot. L'amour, c'est vraiment pour les imbéciles …

« Dis le moi. »

« Que veux-tu encore ? »

« Que je te manque, que tu me désires … »

« Aurora, ce n'est pas mon genre.»

« Ça, j'avais remarqué. »

Elle se tut quelques instants. Froissée. Vraiment, aimer un Spectre n'est pas de tout repos.

Le Juge le ressentit. Sarcastique, il plaisanta : « J'aime quand tu es fâchée, cela me donne pleins d'idées. »

« Est-ce la seule image que je t'ai laissé de moi ? »

« Celle de cette femme affranchie. »

« Ça l'est pour toi en tout cas. »

« Le Serpent est animal difficile à garder en cage. »

« Hum .. » sourit-elle, « Mais c'est ce qui te plaît. »

« Tu marques un point, mutu. »

C'est sorti tout seul.

Aurora lui demande, interloquée : « Que viens-tu de dire ? »

Eaque ne peut plus reculer désormais.

« C'est un qualificatif affectueux en Népalais. » finit t'il par lui dire.

« Et qu'est-ce que ça signifie ? »

« Demande à un traducteur. »

« Eaque ! »

Un ange passa. Puis il finit par admettre :« … Mon trésor .. mon cœur. »

Aurora est bouche-bée. Son grand méchant Garuda venait de lui dévoiler ses sentiments en un seul mot ?

D'une voix suave, touchée, elle confia : « Eaque … » faisant tressaillir les nerfs du Juge, « Je pense à toi constamment. Lorsque je suis seule, je songe à ces moments entre nous. A tes mains qui me parcourent, ta bouche qui s'enivre de ma peau, ton corps chaud collé au mien, ton odeur réveillant ma chair, ta voix virile, ta présence ! Nos échanges tardifs .. Tout ceci me rend sénile, je suis dingue de toi ! »

Le Juge ne dit rien. Il sent en lui une flèche emporter son cœur. L'amour prendre tout son corps et toute son âme. Il ferme les yeux, s'imaginant avec elle au même moment. Bon sang elle va le rendre complètement humain à ce rythme-là ! Et puis il se souvient de cet entretien avec un grand sorcier servant les Enfers. Cet homme respecté avait reçu le Garuda.

Loin des regards, le noble serviteur d'Hadès en a vu passer lui aussi des Spectres en sa demeure.

« Vous lui êtes très attachée. Elle vous aime.» avait dit l'homme au Népalais, écoutant attentivement le prêtre.

Eaque se rembrunit. Il lui dit la même chose que la pythie. Lorsqu'ils s'étaient rencontrés, il ne réalisait pas encore qu'il aimait déjà d'Aurora. Il la considérait comme un trophée. Mais depuis il eut conscience qu'il s'était épris du Serpentaire et son caractère excentrique, ses insubordinations, son savoir, sans aucun retour possible. Les sentiments du Juge se sont renforcés après chaque nuit passée avec elle. Ces semaines sans nouvelle avaient été tout bonnement insupportable.

« Mon comportement est inexcusable ! » lâcha le Népalais d'une voix sombre.

« Vous êtes aussi humain, Eaque ! Une armure et des pouvoirs extraordinaires n'y changeront rien ! » répliqua tranquillement le prêtre. « Que craignez-vous ? »

« Qu'elle m'écarte de mon devoir. » avoua-t-il, « Je suis un demi-Dieu, fils de Zeus, Roi d'Egine et de Karura. Cette femme m'affaiblit. Un souverain doit rester fier. » avoua t'il froidement.

« En quoi perdriez-vous la confiance de vos pairs ? Cela ne concerne que vous-même. C'était votre destin de vous rencontrer. Acceptez-le.»

Le brun se souvint du son de ses cris étouffés et de la sensation de sa chair. Il la voulait encore. Désespérément. C'était étrange. Il avait pensé ne plus jamais la revoir. Il n'avait jamais été aussi difficile de s'éloigner d'elle. Il pensait même la tuer…

« Dis-moi à quoi tu penses. » s'exclama alors Aurora.

Le Népalais n'était pas prêt à ouvrir son cœur, et répondit sournoisement : « J'étais en train de te visualiser au milieu de ton temple dans ton plus simple appareil, venant en toi avec férocité. »

« Bon sang, si j'étais pas au milieu d'un cimetière sacré, je ferai des choses pas très saines. »

« Alors fais les quand tu regagneras ta maison. Je n'aurais aucun mal à t'imaginer. »

« Je ne fais que ça. » claqua la guerrière concupiscente.

« Tu compliques les choses, chevalier. »

« Fais-moi l'amour ! Comme ça, avec tes mots, cela me contentera en attendant. »

« En attendant quoi, créature ? »

« Toi. »

« Tu souhaites poursuivre cette relation ? »

« Eaque .. Voyons, nous en avons discuté .. »

« Tu as raison. » Prêcha-t-il le faux pour connaître le vrai,« Mais tu n'as pas répondu à ma question.»

« T'appartenir, complètement. »

« Tu m'appartiens déjà. »

« J'en ai assez de me cacher. Tu es à moi Eaque ! Et puis c'est tout.» dit-elle avec hargne.

« J'aime quand tu es possessive, on dirait presque une femme spectre. »

« Eaque ! Je sais que c'est réciproque. »

« Aurora …. » fit le Juge? en soupirant, « Tu es un grand livre ouvert. »

« Dis le moi. »

« Tu le ressens, cela suffit. »

« Mais j'ai besoin de l'entendre ! »

« Que te révéler que tu ne sais déjà ? »

« Mon amour. »

Le Garuda se figea. Alors ça y est, ils en sont arrivés là …

Elle l'aime autant, si ce n'est plus, qu'il ne l'aime. Face à tant de débordements de sentiments, il se pinça les lèvres. Il s'était posé la question un nombre incalculable de fois depuis qu'il avait mis un mot sur ce qu'il ressentait. Même si les réincarnations occultait une partie de leur humanité, elles pouvaient aussi exacerber les émotions.

« Aimer pour l'éternité » n'était plus des paroles en l'air mais une réalité. Il aurait dû se douter qu'un jour ou l'autre, ses sentiments pour Aurora deviendraient problématiques. Et puis les Spectres n'aiment qu'une fois dans leur existence et on dirait bien qu'il a trouvé celle qu'il lui faut.

« Parles-moi. »

« Tu me fais perdre ma dignité, tu en es consciente ? »

« Mais encore ? »

« Il va falloir que je trouve un moyen de me rendre sur Terre. »

Et plus le temps passait, plus Eaque perdait pied. Le Serpentaire jouait avec lui lors de leurs dialogues. Elle lui apprit, par exemple, qu'elle sortait du Sanctuaire afin de se changer les idées « avec mes amies civiles » lors de permissions. Cette dernière adore laisser au placard ses tenues de guerrière et s'habillait dans la plus belle des robes, pour le plus grand désespoir d'Eaque.

« Je me sens comme un morceau de steak au milieu d'une meute de lions ! »

Le brun visualisait très bien la scène. Cela le mettait hors de lui. Que d'autres mâles osent poser des regards perfides sur son chevalier, ce corps qui lui appartient ?

La Treizième se laissait aussi aller à ses fantasmes, voulant que son amant entende tout : son amour, sa passion. Aurora était passionnelle, débordante d'amour. Le Garuda était à la limite de l'explosion. Demain, il ira voir Hadès .. sous peine de mourir dans d'atroces souffrances lubriques ?

Finalement, son Seigneur accepta de lui donner du repos, voyant son Juge à cran. Lorsqu'il débarqua en surface, il était nerveux. Il se dirigea sur l'île du Sanctuaire pour se mêler aux badauds des villages avoisinants. Vêtu comme un touriste afin de ne pas éveiller les soupçons, il restait toujours impressionnant par sa carrure et son air supérieur, et il déambulait sans encombre dans les rues pittoresques Grecques.

En sortant du village il se dirigea vers un chemin régenté à celui menant au Sanctuaire. Pour un être puissant comme lui, rien de plus simple de détecter la barrière d'Athéna. Il observa des gardes surveiller les abords et ne voulait point amener un conflit en ameutant les chevaliers d'Argent qui surveillaient le secteur. Après tout, cela faisait des années qu'un Spectre n'avait pas foulé les terres du Sanctuaire.

Il arrêta finalement son choix sur un petit bois proche de la mer. Ensuite, il appela Aurora. A sa plus grande surprise, elle répondit instantanément.

« Eaque ? … Je ressens ton cosmo, es-tu en surface ? »

« Je ne suis non loin de toi. »

« Comment ? Tu es au Sanctuaire ? »

« Oui. Viens me rejoindre. »

Il lui décrit l'endroit qu'Aurora reconnaît parfaitement. C'était très bien, elle pourra se nourrir de son Aigle des Enfers à l'abri des regards. La belle n'a jamais usé de son rang pour partir comme bon lui semble. Mais cette fois-ci, la passion prenait le dessus sur tout. En manque de son Népalais, elle abandonna ses disciples en plein enseignement pour une raison farfelue : une migraine.

« Aiolia, puis-je te confier mes bleus ? Je ne me sens faible. » demanda-t-elle sans sourciller au chevalier du Lion.

Cela aurait été Angelo ou Milo, ils auraient toute de suite décelé son mensonge,

« Bien-sûr. »

Elle n'était pas très fière d'elle-même mais tant pis. L'appel de l'amour est trop fort. Sur le chemin, elle se rendit à l'endroit indiqué. Son amant était dissimulé derrière un conifère et admirait son chevalier. Son corps se détendit et son sang coula de nouveau dans ses veines. Il l'avait retrouvée..! Le soulagement fondait sur lui comme une vague. Quelque chose d'indéfinissable lui donnant envie de sourire. Il observa la portugaise, se demandant par quelle partie de son corps il allait commencer.

En approchant d'elle, la sensation s'intensifia. Aurora sentit deux mains qu'elle connaît bien se saisir de sa taille, une bouche s'emparer de sa nuque. Elle se laisse immédiatement embarquer dans le piège du Garuda en lui offrant son cou alors que ses doigts s'aventuraient dans les cheveux du Spectre. Ce cou qu'il savourait passionnément. Elle soupira. Que c'est bon !

Il se délecte de l'odeur de sa maîtresse, parcourant les formes du Serpentaire de ses mains.

« Chevalier, tu es délicieuse .. »

Il retourna la Portugaise et enfonça sa langue dans sa bouche, la goûtant, la pénétrant. Ce baiser étourdissait, jouait avec ses sens, domptait sa raison. Alors qu'il poussait cette dernière plus loin et qu'il en avait le souffle coupé, Eaque réalisa que son entrejambe était déjà éveillée. Entre ses halètements pour reprendre son souffle, Aurora s'appuya davantage contre lui. Le corps entier de la brune sembla trembler et l'appeler. L'alchimie n'avait point décrue. Elle glissa sa main dans le pantalon du Juge tout en lui donnant un baiser. Un baiser appuyé, ravageur. Il palpitait si agréablement que son corps entier s'en révulsait de bonheur.

« Je l'ai su au premier regard .. » murmura le Juge à l'oreille régalée du Serpentaire, « Je l'ai su que tu serais mienne. »

Elle afficha un petit sourire fier.

« J'ai besoin de toi, » admit -elle. Ses doigts se serrèrent et sa poitrine se souleva, « J'ai besoin de toi en moi. »

Elle ne l'a pas dit deux fois. Il ôta les vêtements de la belle, la mise soudainement à terre et rentra en elle sans discuter. Elle gémit de tout son cœur à ce contact. Et il l'aima, longtemps. Le Juge adorait entendre sa maîtresse l'implorer et exprimer sa fascination pour lui. Son désir était au zénith. Il la pénétra de toute son âme, sentant leurs corps vibrer dans tous leurs membres.

« Dis-le, dis mon nom Aurora du Serpentaire ! »

« Seigneur Eaque ! Plus fort, ramones-moi ! »

Il croyait devenir fou avec cette indécence. Le sexe entre eux est intense, sauvage. Comme deux mammifères en pleine nature, comblant leur manque par ce besoin fondamental. Avec Aurora c'est toujours théâtrale. Jamais il n'a connu de femmes si sulfureuse, aimant tout ce qu'il lui fait. Cet éréthisme qu'il ressentait durant cette absence se confirme : il est fou de son être. Tout chez elle lui manquait, tout chez elle est vital pour le Garuda.

Il se pencha alors sur sa hanche avec sa main libre et, vague après vague destructrice, la cavité tremblante se crispa et tira sur sa colonne de chair. Il sut qu'il allait l'accompagner. Il pressa ses yeux, son membre trembla, la paroi serrée le prit plus profondément, il étouffa un gémissement et mordit son épaule. Puis, il explosa en elle. À chaque éjection puissante, une félicité euphorique et aveuglante parcourait son corps, le secouant de tremblements qui semblaient ne plus pouvoir se terminer. Eaque ne pouvait entendre rien d'autre que le son de sa propre respiration.

Il ouvrit la bouche sur l'épaule de son amante et goûta sa peau. C'était salé; par sa sueur ou la sienne, il ne savait pas. Ses bras l'entouraient, ses mains berçant ses seins succulents. C'était sa place. C'était de l'extase. Elle ne lui laissa pas le temps de souffler qu'elle se dépêcha de goûter à la hampe de chair à peine remis de ses émotions, et l'entra dans sa bouche pour s'en abreuver délicatement. Sentant son membre sensible, le Juge se crut dément, la langue délicate de sa maîtresse jouant avec sa semence.

Par Hadès, elle a pris le pouvoir ! Il ne doit la laisser à un autre …

Cela dura tout l'après-midi, rattrapant les dernières semaines. Ils se câlinaient, discutaient et puis recommençaient. Ils s'aimaient. Excessivement, éperdument. Un amour sans limite, fusionnel. Aucun qualificatif ne pourrait convenir à cette liaison déraisonnable. Cependant, ils ne se doutaient pas que leurs cosmos décuplant leurs émotions allaient bientôt faire sursauter un certain Shion assis tranquillement à son bureau.

Qu'arrive t-il à son indiscipliné chevalier d'or ?

A la longue table du dîner, les Saint d'Ors mangeaient en toute quiétude et échangeait. Le Pope débarqua à ce moment-là, soucieux des dernières sensations ressentis, ce qui n'échappa pas à ses protecteurs.

« Tout va bien, votre Excellence ? » demande Saga avec bienveillance.

« J'étais perdu dans mes pensées.» répond le représentant d'Athéna.

Le vieux Bélier débuta son repas non sans se questionner sur la nature de cette énergie. Il constate que le Serpentaire n'as pas honoré le dîner en voyant sa chaise vide.

« Quelqu'un peut me dire pourquoi votre camarade n'est pas parmi nous ? » interroge Shion en désignant la place de la treizième.

« Elle ne va pas tarder, Seigneur. » répondit Aiolia, « Elle se sentait éprouvée. »

Le Pope haussa un sourcil. Cela ne ressemble pas au Serpentaire de tomber subitement « fatiguée ». Elle, toujours en pleine forme depuis l'enfance.

« Que quelqu'un aille s'enquérir de sa santé. » ordonna l'Atlante.

« Je vais voir à son temple. » proposa naturellement Milo.

« Contacte la par cosmo. Ses pouvoirs télépathiques sont développés. »

Le Scorpion hocha la tête et se leva pour se rendre sur la terrasse, afin de mieux sonder l'énergie de sa sœur d'arme. Il se concentra. Et il ne fallut pas bien longtemps pour "capter" l'intéressée à quelques km d'ici, qui, en pleine embrassade avec le Garuda sentit le huitième gardien l'appeler.

« Attend .. ! » prévint la jeune-femme en tentant de repousser le Juge.

« Quoi ? »

« C'est juste que … Eaque ! » en le jetant sur le côté.

« Comment oses-tu m'interrompre ! » grogna-t-il en levant le nez, l'air mauvais.

« Chut, quelqu'un tente de m'appeler. »

A la vue du Serpentaire la poitrine au dehors, le Juge fut pris d'un nouvel excès d'ardeur et plongea sa bouche en ce sein majestueux. Aurora tenta bien que mal d'empêcher cet envahisseur de la toucher. Elle répondit à Milo qui ne comprenait pas pourquoi elle mettait du temps à répondre.

« Je suis là, chevalier du Scorpion, que veux-tu ? »

« Nous sommes à table, Aurora. »

« Quelle heure est-il ? »

« Il est 19h30, chevalier. »

«.. Déjà ? Euh .. Très bien .. je ... » - « Bordel arrêtes ça toute de suite ! » en s'adressant en même temps à son amant, incorrigible, qui jubilait de la situation.

« Tu disais, Aurora ? » questionna Milo, pas fou pour un sou.

« Ce n'est pas à toi que je m'adresse, mais … au chien d'un servant, il ne me lâche pas ! »

Le Népalais lui envoya un regard noir. Un chien ? Elle le compare à un canidé ?

« Que fais-tu ? »

« Suis pas très loin, j'.. j''arrive ! » et elle coupa toute communication avec le Scorpion, interloqué. Que manigance-t-elle ?

« Alors ? » demande Angelo à Milo qui revenait les sourcils froncés.

« Elle se hâte. » conclu t'il suspicieux.

Shion avait suivi la conversation au loin. Il savait que le Serpentaire avait menti à son frère d'arme. Le silence fuse. Et alors qu'il allait s'exprimer, tous sentirent alors une énergie sombre et puissante émaner de l'endroit où se trouve Aurora.

Ils se dressèrent sur leur chaise.

« Quel est ce cosmo ? » clama Aldébaran.

« Ce n'est pas que celui du Serpentaire ! » renchérit Shura.

« Je suis sûr qu'il y a une explication. » objecta calmement Shaka.

« Restez à vos places, je sais de quoi il s'agit. » avança prudemment Shion.

Aurora n'était point attaquée. Enfin en quelque sorte par un certain Juge qui refusait de la laisser s'en aller.

« Eaque, tu vas nous faire repérer. » avait soufflé Aurora.

« Je pense que c'est déjà le cas … » répondit le spectre, se rhabillant fier comme un mâle triomphant.

« Tu n'es jamais fatigué ! »

« Je te retourne le compliment. ».

« Mes compagnons ont dû sentir ton cosmo. Alors tu viens avec moi. »

« Je suis censé être en dehors de ce Royaume. » claqua Eaque.

« Ton Seigneur te l'a-t-il spécifié ? » questionna Aurora. N'obtenant aucune réponse, elle poursuivit : « Suis-moi. Et je t'interdis de me toucher … » ta termina la treizième d'un ton directif.

« Es-tu en train de me donner un ordre ? »

« Eaque … »

« Tu souhaitais officialiser notre relation, n'est-ce pas ? »

« Certes mais … »

« Conduis nous jusqu'à ton Grand Pope. Je te promets de rester sage. »

Aurora s'exécute en lui jetant un regard interrogateur. Puis elle se téléporta avec son amant au pied du Palais. Au même moment, les Saints dorés faillirent s'étrangler avec leur fourchettes, sentant le fameux cosmo s'approcher du Palais.

« Je suis certain qu'elle a une explication à nous apporter. » déclara Mu.

« Je vous parie que c'est pas banal ce qui vient d'arriver ! » lança Angelo.

«C'est le cosmo d'un être d'un rang élevé, provenant du Royaume des Ténèbres. » ajouta docilement Shaka.

« Les émissaires du Monde souterrain ne viennent t'ils pas avant ce Grand événement ?» constata Aphrodite.

C'est à ce moment qu'Aurora choisit d'entrer en trombe dans la grande salle et dans toute sa splendeur : « Désolé … J'ai perdu la notion du temps ! » en tortillant ses vêtements débraillés, fraîchement remis sur la route du retour.

Shion leva les yeux au ciel. Elle avait beau dissimuler son malaise, ses camarades l'ont remarqué. Et ils avaient sans le vouloir dirigé leur attention sur une chose : le plastron d'Aurora mal ficelé sur une partie de sa généreuse poitrine. Certains baissent les yeux comme Aiolia, Aldébaran et Milo. Ils ne souhaitant pas s'attarder davantage sur les courbes plantureuses de leur sœur d'arme. Cela serait immoral. D'autres s'empourprent légèrement comme Shaka et Mu peu habitués à voir ce genre d'indécence. Tout comme le puissant Saga, un léger rictus amusé au coin des lèvres. Shura et Angelo haussent un sourcil et Aphrodite se retenait de ricaner. Le Verseau, droit comme piquet lança un regard désapprobateur à Aurora.

« Que t'arrive-t-il Camus ? J'ai un bouton sur le tête ? »

Aphrodite lui fit signe de remettre son plastron en place. Aurora s'empressa de se vêtir correctement. D'où sort elle ?

« Oups !" gloussa t'elle.

Le Pope soupira.

« Monseigneur .. » commença-t -elle, « Vous avez sans doute pu détecter un cosmo peu commun. » Le vieux Bélier considéra son chevalier et attendit la suite, « Notre invité était en mission.. J'ai détecté son énergie lorsque .. je méditais. » toussa Aurora. « Je lui ai proposé de nous rejoindre afin de renforcer nos liens. »

« De qui parles-tu ? » interrogea Milo, méfiant.

« D'un des hauts protecteurs du Dieu Hadès. »

Silence assourdissant dans la salle.

« Où est-il ? » demande alors Shion pour briser l'ambiance.

« Derrière, il attend. »

« Qu'il se joigne à nous, ne le laisse pas ainsi, Aurora. »

Le groupe se regarde, sentant un nuage noire planer au-dessus de la tête de leur homologue. Le Serpentaire hocha la tête et partit chercher l'intéressé. Eaque avait tout entendu et chuchota à sa maîtresse : « Tu es une abominable dupeuse … ».

« Silence ! Ce n'est pas la moment ! »

Il ne masqua pas son rictus narquois jusqu'à ce qu'ils se tiennent près de la grande salle à manger du Palais. Le Serpentaire annonça l'invité dignement : « Le Juge Eaque, Spectre de l'Étoile Céleste de la Vaillance. »

Les chevaliers ouvrirent de grands yeux. Un des juges des Enfers ? Elle n'avait pas fait ça ?

Le Garuda, impassible et majestueux, pris soin de rentrer parfaitement habillé et fit une légère révérence au Grand Pope qui connaissait déjà le nom de l'inconnu. Certains se raidirent. Lors de la guerre contre Hadès, ils avaient eu à affaire à Rhadamanthe. Mais tout de même, un ancien ennemi ici et familier avec Aurora.

« Juge Eaque, bienvenue au Sanctuaire. » annonça Shion sans sourciller.

«Pardonnez mon intrusion. Le Saint du Serpentaire a insisté. Je ne demeurai pas longtemps.»

Cette dernière se retint de sourire, ce qui n'échappa pas à ses compagnons. Shion répond avec neutralité : «Transmettez mes hommages à votre Souverain au nom d'Athéna. »

« Cela sera fait. » répondit poliment ce dernier.

Le Pope avertit un serviteur de rajouter un couvert aux côtés de Mu et Camus. Les autres chevaliers l'observent avec mépris. Eaque sentit toute la haine de ces derniers. Il est habitué après tout. C'est un Juge des Enfers. Aurora quant à elle, était la seule à mal gérer la situation, c'est moins que l'on puisse dire. En face du brun entre Shaka et Saga, elle tentait de cacher son encombre, se tortillant sur sa chaise. Elle était comme une petite fille prise en faute, sur le point d'être sermonnée. Eaque eut envie de lever les yeux au ciel… et de la fesser.

Après quelques instants, les conversations reprirent bon train. La brune lançait des regards lascifs à Eaque. Shion remarqua leur manège, ainsi que tous ceux ayant le malheur de se trouver en face.

Angelo intervient et demande alors à la brune, dévorant son entrée : « Comment s'est passé ta méditation ? Tu sembles affamée ! Ma foi, je ne savais pas que cela prenait autant d'énergie ! »

Aurora s'étrangla. Eaque eut un petit rictus.

« Oui, j'ai toujours grand faim … après une longue séance. » Elle s'essuya la bouche et jeta un regard noir au Garuda, dont elle discerne clairement les pensées, « Et vous, comment s'est déroulée votre journée ? Je vous ai peu vus. »

Aldébaran : « Nous ne t'avons pas beaucoup vus également. Serais-tu en train de fuir tes compagnons maintenant que nous sommes égaux ? » plaisantait-il.

En effet, fraîchement revenus à la vie depuis plusieurs semaines, les Saints d'or ont retrouvé leur puissance d'antan.

« Elle fut tellement lasse de s'occuper de nous qu'elle préfère rester en solitaire, n'est-ce pas ? » ajouta Aphrodite, sarcastique.

« C'est vrai que vous ne m'avez pas fait de cadeaux … » Elle prit une gorgée d'eau et repris : « De toute façon, vous aurez beau vous entraîner, je serais toujours plus puissante que vous ! ».

Elle aurait dit cela il y a quelques mois, ils auraient été outrés. A présent qu'ils connaissent mieux le Serpentaire, ils savent que son effronterie fait partie de sa personnalité.

« A ce propos, nous n'avons pas eu l'honneur de te voir porter ton armure. » constata Shura, plus indulgent avec Aurora.

« C'est vrai. »

Le Scorpion continua et demande : « Comment un chevalier aussi légendaire que ta constellation ne faille pas à aborder son armure ? »

« Tu sais Milo, lorsque j'étais le seul Saint d'Or avec Doko, je la portais souvent. Être la seule femme de notre ordre me rend fière, évidemment. Certes j'ai toujours vécu pour le combat. Je n'ai pas eu l'insouciance des enfants de mon âge. La plupart des jeunes-filles peuvent rêvasser pendant que je faisais tourner notre armée avec le Seigneur Shion, que je m'efforçai d'être la plus brave des apprenties. Et en tant que femme la pression et les attentes étaient davantage élevées car il était hors de question d'échouer où d'être second. Je devais réussir.»

Ses frères d'armes buvaient ses paroles avec attention. C'est la première fois qu'elle parle de sa vie sans qu'ils aient besoin de la questionner. Eaque écouta lui aussi sa maîtresse à la table de l'Élite.

« J'ai été longtemps entre deux feux, affronté de terribles ennemis en attendant mon armure et tout cela depuis l'âge de 9 ans, sans trouver véritable adversaire à ma taille. Quel genre d'enfant pouvait rester normal avec ces dons ? Pourtant, lorsque j'avais des moments, j'aimais retrouver la société, faire le bien auprès des malheureux dont certains sont devenus mes proches, ces gens qui me permettent de garder la tête froide. Et je ne saurais remercier le Seigneur Shion de l'avoir compris. Je sais que cela n'a pas été une partie de plaisir de m'élever. » Elle ferma les yeux un instant et repris sa tirade, une lueur de passion dans les prunelles :"Lorsque je suis devenue chevalier c'était comme dépasser les étoiles. Cette armure est une bénédiction, nous ne formons qu'un. Plus tard quand les Argents sont revenus, j'ai pu déléguer missions et tâches. Maintenant que vous êtes là, mon cœur est empli de davantage d'enthousiasme. Je ne suis plus le seul chevalier d'or à errer parmi les douze maisons qui furent si vides tant d'années. Je craignais que les Dieux ne changent d'avis et vous laissent errer dans les limbes. Je voulais partager mes joies tout comme es doutes avec des frères d'armes de ma caste. Ceux que j'ai connu vivaient dans d'autres époques. Car j''ai été liée avec des Saints d'Or du Cancer et du Scorpion.

La brune sourit en repensant à ces souvenirs, étonnant Milo et Angelo de ces révélations. Depuis leur retour, le 4ème et 8ème gardiens sont effectivement les chevaliers d'or qui se sont le plus rapprochés d'Aurora.

« Comme vous le constatez, cette camaraderie se répète ! Et puis je dois vous avouer qu'un autre guerrier renommé est devenu un véritable frère pour moi."

"Qui donc, Aurora ?" demande curieusement Aiolia.

« Est-ce que nous le connaissons ? » continua Shura.

« Certains l'ont fréquenté.. C'est quelqu'un d'important. J'ai longtemps pris sa défense." Puis elle se tourne vers Saga :"Nous avons tous deux la même sensibilité et on s'est toute de suite compris, un coup de foudre amical. »

Le Gémeaux fronce les sourcils.

"Je parle de ton frère, Saga. Celui que j'aurai du avoir pour me reprendre plus souvent ! Le fier Dragon des Mers." ricana t'elle gaiement.

Le second Gémeau est donc un intime de la treizième ?

« Je suis ravi que tu t'entendes avec Kanon. » commenta Saga sagement, "Depuis quand le connais-tu ?"

« Depuis sa résurrection dans le domaine sous-marin." répond t-elle, "Kanon est mort en emportant Rhadamanthe avec lui, et même si son âme s'est liée à la tienne devant le mur des lamentations, nous avons pu le localiser après la destruction des Enfers. Il ne voulait même pas être repris et a presque vociféré contre Poséidon de le faire revenir."

"Ça ne m'étonne pas du tout de Kanon." s'exclama le Scorpion en croisant les bras, "Il gardait une certaine humilité depuis qu'il s'est repenti de ses péchés durant la guerre Sainte."

« Il me tarde le revoir." admit Saga.

"Lui aussi. Vous aurez pleins de choses à vous dire. Je l'ai entraîné pour ça ! Ouvrir le cœur d'un Gémeau n'est guère aisé !"

"Merci d'avoir permis à Kanon de se pardonner à lui-même." consentit l'aîné.

Aurora hocha la tête : "Ma vie de chevalier est prenante. Les Dieux m'ont fait le plus beau des cadeaux avec vous à mes côtés maintenant."

Mu lui dit doucement : « C'est une confession tout à fait honorable. »

« Ta dévotion ne fait aucun doute. Les expériences et les combats que tu as affrontés nous les comprenons. » continua Aiolia.

Aldébaran ajouta : « Nous sommes orphelins également Tu gardes cependant cette spontanéité naturelle, et nous sommes reconnaissants du travail que tu fournis. »

« Aurora, pardonnes notre austérité qui était autrefois la nôtre.» déclara le Capricorne.

« Mes amis, levons alors nos verres pour l'amitié, la plus sacrée des forces sur le champs de bataille !"

Le dîner se déroula entre la bonne humeur du Serpentaire, ses récits de batailles et ses interrogations au sujet des souvenirs d'enfance de ses comparses. Au cours du repas, le Pope assistait parfois à des mines sceptiques : en effet entre deux conversations, les Saints d'or commençaient à s'interroger sur la nature des rapports entre le Garuda et leur collègue. Ces œillades ..

Peu après, la plupart se retrouvent devant le Palais pour échanger. Et c'est là qu'Aphrodite lança sa petite bombe.

« Je suis sûr que vous avez remarqué l'ambiance entre ce Spectre et le Serpentaire ! »

« Il a raison, c'était bizarre ! » rajouta nonchalamment Angelo.

« Elle était avec lui en méditation ! » lança Aldébaran en ricanant.

« Pourquoi ne poseriez-vous la question à l'intéressée ? » intervient Milo.

« Cela ne nous regarde pas." continua Shura, yeux fermés.

"Il s'agit d'un Juge de l'Enfer et un chevalier !" continua le Cancer.

« On parle de moi ? » s'exclama une voix au loin.

Aurora apparaît sur le seuil de l'entrée, dégustant les derniers morceaux de son dessert, cet air effrontée sur le visage.

« Que s'est-il passé tout à l'heure ? » enchérit Milo en parlant de la fameuse séance de méditation.

« J'ignore de quoi tu parles, Scorpion. » répond-elle faussement concernée.

Le huitème fronça les sourcils. Elle le prend vraiment pour un imbécile. Comme s'il n'avait pas remarqué la tension concupiscente entre elle et ce Spectre, les regards inquisiteurs de ce dernier, ces sourires dissimulés …

« Aurora, , nous ne sommes pas nés de la dernière pluie ! » poursuit Aphrodite.

« Où veux-tu en venir ? »

« Que se passe-t-il avec cet homme ? » réitéra Camus.

« Rien qui vous concerne … Où concerne nos Sanctuaires. »

Aiolia leva un sourcil :« Comment ça ? »

Mais le Serpentaire s'éloignait du groupe.

« Nous ne sommes pas là pour juger. » ajouta Mu.

La brune se retourna, amusée : « Croyez-moi, , j'ai l'habitude avec cet imb… » Elle se reprit, « Enfin pas de quoi tergiverser ! »

« Que se passe-t-il avec cet homme ? » redemande Aiolia.

« Je retourne à mon temple ! »

Et elle les planta là sans demander son reste. C'est à ce moment que le Spectre apparu et toisa les chevaliers de sa hauteur impériale.

« Juge Eaque ? Savez-vous où vous passez la nuit ? » s'enquiert poliment Mu.

« Le Pope m'a proposé la maison du Cancer mais je ne voudrais pas m'immiscer dans votre intimité au dernier moment. » répond noblement l'Aigle des Enfers.

« Pourquoi ma maison ? Vous êtes du signe du Cancer ? » répliqua Angelo, mine sceptique.

« Je suis du 6 juillet, effectivement. »

« Bon si telle est la volonté de Maître Shion. »

« A vrai dire .. » continua le Juge, « Je pensais plutôt m'établir dans le temple du Serpentaire. »

Le Garuda assista alors à des mines surprises, doublée d'un mélange d'amertume et d'antipathie qui le fait sourire intérieurement.

« Dites-moi que j'ai mal compris … » lança le Cancer en direction de ses camarades. « Vous voulez vraiment dormir là-bas chez le serpent venimeux ? » continua Angelo.

Eaque aborda un sourire narquois.

« Masque de Mort ! » enchérit Aphrodite.

Camus, maître en la matière de toutes émotions détachées intervient : « Juge Eaque, Aurora nous a dit que vous êtes en terme cordiaux. Est-ce pour cette raison que vous souhaitez vous reposer en sa demeure ? »

« C'est plus que des relations cordiales à ce rythme-là ! » se moqua Angelo. « Comme si vous n'aviez pas remarqué le comportement plus que discutable durant le repas ! » renchérit-il.

« Puis-je intervenir ? » fit alors la voix sombre du Garuda au milieu de l'assemblée, « En dépit du passé, et des relations diplomatiques qui débutèrent sur les chapeaux de roues, il n'en ai rien à présent. »

« Autrement dit ? » questionna Shura.

« Nous partageons une relation dénuée de toute acrimonie. »

« C'est possible ça ? » rétorqua le Cancer de son cynisme habituel.

« Saints d'Or, je viens de m'entretenir avec votre Souverain à ce sujet. Ainsi, il n'en découlera plus aucun étonnement. Le Serpentaire et moi-même sommes en bon terme. » expliqua Eaque sous les yeux ahuris des combattants se demandant s'ils avaient bien compris.

Aiolia : « Peux-tu reformuler ? Je ne crains de tout saisir. »

« Le chevalier du Serpentaire et moi -même entretenons une relation particulière. Quoique ce fut inattendu, cela rapprochera nos Royaumes. »

Angelo : « Vous voulez dire quoi par-là ? Vous êtes ensemble ? »

Les guerriers dorés attendent une réponse concise. Le Spectre répond sans broncher : « C'est le cas. »

En vue des visages déconfits et austères des Saints dorés, la surprise a été de taille. Les chevaliers eurent la nausée. Ils ne savaient pas s'ils devaient tuer le Spectre ou le laisser repartir.

« Depuis combien de temps vous forniquez tous les deux ? » râla le Cancer.

Le Juge n'en fut point offusqué. Aurora l'avait prévenu.

« Depuis son intervention dans le monde souterrain. »

« Ça fait plusieurs mois ça ! »

Eaque souffla. Il commençait à regretter ces révélations. « Sa Majesté y voit une opportunité pour conserver la paix et approcher nos domaines. Il est vrai que cela sort de l'ordinaire.»

C'est moins qu'on puisse dire…

« Mais … », poursuivit l'Italien, « J'ai du mal à visualiser un spectre et une des nôtres former .. un couple ! » rajouta Angelo qui décidément, n'avait plus langue dans sa poche, « Aurora a le cœur noble. »

« Mes sentiments à l'égard du Serpentaire sont parfaitement authentiques. Je n'y gagnerai rien en la manipulant. » trancha le Népalais.

Shura rétorqua :« Je préfère rentrer à mon temple !»

« Je te suis ! » approuva Aiolia, jetant un regard noir au Garuda.

Le Juge s'apprête à affronter l'interrogatoire des autres. Il déteste cela. D'habitude, c'est lui qui pose les questions.

« Ecoutez … » fit-il en anticipant les choses, « C'est la première fois que moi, Eaque, un des Juges des Enfers ait développé un attachement pour quelqu'un. Je vous prie de rester en dehors de cela. »

« C'est comme vous voudrez. » répondit Saga, considérant le spectre comme un insecte qu'il faudrait écraser au plus vite.

« Qu'il en soit ainsi. » conclu-t-il en entamant la descente des nombreuses marches des douze maisons, considérant les Saints d'Or comme s'ils étaient de simples sujets.

« Quel toupet ! » lança Angelo.

Le lendemain aux entraînements, alors qu'ils se retrouvent tous pour effectuer des échauffements, les chevaliers d'or ont pu constater de leurs propres yeux la complicité du Spectre avec leur sœur d'arme. Ces derniers ne réalisaient pas qu'ils étaient observés. En effet, le couple improbable s'affrontaient seuls dans l'arène, et à un moment, Eaque eut l'avantage physique sur le Serpentaire. Cette dernière se retrouva à terre, lui à califourchon sur elle, cet éternel sourire fourbe sur les lèvres. Ils s'entre-gardèrent tendrement.

Aurora riait :« Ce n'est pas du jeu, Eaque ! » fit-elle en lui caressant le visage, "Tu me fais du charme !"

« Tu es mauvaise perdante, mutu. »

Les autres observaient, éberlués, la relation toute particulière qui unissait le Spectre et leur amie. Eaque la regarda amoureusement et lui donna un baiser sous les yeux hébétés des chevaliers qui se demandaient s'ils devaient s'enfuir devant un tel spectacle, ou lancer des uppercuts à ce Spectre sournois.

Un raclement de gorge se fit entendre. Les deux protagonistes tournent la tête. Angelo murmura à ses compagnons : « « Par tous les Dieux ! Nous sommes en train de rêver. »

Aphrodite : « Moi je trouve cela charmant, qu'un spectre nous montre son talon d'Achille ! » rajouta le Suédois en descendant les marches de l'arène.

« C'est pas tous les jours qu'on voit cela. » constata Shura, aussi dépité que les autres.

"Ce Garuda est fourbe, je ne le sens pas du tout !" pesta Angelo.

Doko temporisa :« Masque de Mort, cesses tes insinuations. »

« J'étais avec Shura et Camus au Temple du Poisson et je peux vous dire qu'ils n'ont pas fait que jouer aux cartes ces deux-là ! »

« Angelo ! » le reprit Aphrodite.

Les autres chevaliers furent indignés. Le Sicilien ne sait vraiment pas se taire. Imaginer la scène d'une des leurs s'offrir à un Spectre en toute impunité dans un temple sacré leur hérisse les cheveux.

« Mais il vient de qualifier Aurora d'un diminutif très délicat. » rapporta alors Shaka.

« De quoi parles-tu ? » demande Milo.

« Le chevalier de la Vierge marque un point. » sourit le Bélier.

Les deux bouddhistes issus des contrées de l'Inde et du Tibet comprennent un peu le Népalais, les origines d'Eaque, un pays cosmopolite issues d'unions de peuples divers d'Inde et de Chine.

La Vierge expliqua : « ''Mutu'', est un homonyme empli d'affection qu'un homme de son pays peut énoncer pour sa bien-aimée. »

« Autrement dit ? » questionna Aldébaran.

« Cela signifie « mon cœur, mon trésor » clarifia Mu.

Expression ahurie de leurs frères d'arme.

« Que Zeus me foudroie toute de suite ! » ajouta le Cancer.

« Pas possible, il l'a ensorcelé ! » rugit Aldébaran.

« Hey, chevaliers ! »

Une voix interrompant leurs échanges, « Vous vous joignez à nous ? »

« Avec plaisir. » répondit Saga au Serpentaire en toisant ses compagnons sous le choc.

« Qui veux m'affronter à l'épée ? Chevalier des Gémeaux ? » poursuit Aurora.

Ce dernier hocha la tête en s'approchant du Garuda pour lui emprunter son arme : « Puis-je ? »

« Elle est à toi. » laissant au passage un regard lascif au Serpentaire.

48h plus tard, Eaque revint plus léger et amoureux que jamais dans son domaine. Évidemment, ses deux irrécupérables frères l'attendaient de pied ferme, ayant appris par les subordonnés du Garuda, « Que leur Maître a demandé un repos exceptionnel sur Terre. »

Minos et Rhadamanthe n'étaient pas fous non plus.

« ... Par tous les cercles infernaux, qu'as-tu donc fait là-bas? »

Eaque ne se sentit pas la force d'ignorer la remarque de Minos aujourd'hui. En son bureau, il lisait les derniers rapports de ses subalternes. D'autant qu'il était à peu près certain qu'il n'aurait pas la paix tant qu'il n'aurait pas satisfait la curiosité malsaine de ses frères et leur intérêt de plus en plus douteux pour cette sortie.

« Si tu l'as revue, c'est que tu es bel et bien accroché. » tonna Rhadamanthe.

« Pour avoir une conversation impliquant d'autres interlocuteurs que vous ? Sans hésitation. »

Le sarcasme passa au dessus de la tête des Juges aînés.

« Tu n'y couperas pas. Tu étais au Sanctuaire avec cette femme, n'est-ce pas ? » ajouta le Griffon, « Alors ? »

« Oui. » répondit le brun en plongeant sa plume d'oie dans l'encrier,« On a parlé, mangé et bu.»

« Je ne pense pas que cette femme ne soit du genre qu'àne faire la conversation, Eaque. » ironisa la Wyvern.

« J'aime quand elle parle. »

« Comment ? » ouvrit de grands yeux l'Anglais, « Serait-ce de l'attachement que je ressens ? »

« Elle a de la culture. Elle est différente. » se contente de répondre le Népalais.

Minos se moqua :« Tu nous en diras tant. »

« Sur quoi », poursuivit Eaque sans lui prêter attention, « Nous allons continuer à nous voir. »

« Eh bien ! Le Roi d'Egine a une femme dans sa vie … » continua Minos en secouant la tête. « Cette aventurière est-elle officiellement ta compagne, comme disent les mortels ? » ricana presque le Norvégien, « Ne veux-tu pas que je juge moi-même de ses talents ? »

« Cette femme chevalier m'appartient Minos. » rétorqua le Garuda d'un œil scrutateur, « J'ai clarifié les choses. Et c'est tout ce que vous devez savoir. »

Il était vrai que jamais les Tribunaux infernaux n'étaient plus terrifiants que dans le silence.

« Une maîtresse que tu aimes .. » rétorqua Rhadamanthe bras croisés,« Ce genre d'émotions ne devrait pas atteindre un homme de ton rang, Eaque. »

« Tu as ouvert ton âme à ce chevalier... » ajouta le Griffon.

« Je suis toujours le même. Cessez donc vos clabaudages inutiles. »

« Tu n'as pas peur d'une nouvelle Guerre Sainte en t'accouplant avec cette tueuse de mâle, la soustrayant à ses frères d'arme ? »

« Il suffit. » répondit le Népalais,« Nos discussions nous ont rapprochés. » affirma Eaque sans sourciller.

« Si seulement tu t'étais contenté de discuter avec elle... » termina Rhadamanthe, désabusé, sous le nez d'un Eaque qui fit comprendre à ses frères avec un haussement de cosmo irradiant de colère de sortir de son bureau s'ils ne voulaient pas se manger un Garuda Flap en plein visage.

Il est vrai qu'Eaque et Aurora ne sont pas un couple ordinaire. Ni l'un ni l'autre ne sont conscients de la déferlante d'émotions et de la passion autodestructrice qui est en train de s'emparer d'eux. Une histoire déconcertante, forte, celle que l'on peut trouver une fois dans sa vie alors que rien ne disposait à faire une telle rencontre, alors que l'on attendait rien de personne, une rencontre qui bouscule, qui dérange, qui consume.

L'évidence ..

Des mots particuliers lui revinrent en mémoire alors qu'on lui avait prédit il y a des années qu'elle "tomberait dans les tourments des émotions avec un Aigle sombre venu des Ténèbres." sans en comprendre le sens. Aujourd'hui, elle est certaine qu'il s'agit d'Eaque.

A l'époque, Aurora avait à 16 ans. En repensant à cette entrevue, elle eut des frissons. De toute façon, elle connaissait le résultat lorsqu'elle remarqua le Népalais : c'est lui.

La portugaise et le Népalais s'arrangeaient pour se voir lors de permissions. Leurs Dieux permettant à leurs sujets d'avoir une vie plus souple. C'est la paix après tout. Le fait qu'ils étaient censés être ennemis ne les dérangeaient pas le moins du monde. C'était un amour violent qui les entourait. Et rien ni personne ne pourrait changer cela. Si bien, qu'à partir de ce jour-là, il avait semblé à Aurora qu'elle possédait une paire d'ailes.

Au fil du temps, Eaque ne démontrait aucune émotion, demeurait inflexible mais il éprouvait un amour inconditionnel à son Serpentaire. Cependant, il était incapable de le lui dire. Ce qui avait pour conséquences de frustrer sa compagne. Le Juge n'aime pas s'afficher et encore moins lorsqu'il est ''civil''. Aurora le lui reprochait souvent. Alors il mettait de l'eau dans son vin. Il se souvient du jour où elle lui a avoué qu'elle l'aimait.

Aurora lui tenait la main naturellement et irradiait de bonheur alors qu'il se promenaient sur le port de Lisbonne. Eaque ne se lassait pas de la regarder. Elle parlait de sa vie de non chevalier. Il l'écoutait avec intérêt et caressait son visage. Elle était en train de croquer un morceau de son dessert quand elle dit, le regardant droit dans les yeux : « Je t'aime Eaque !», clouant le Spectre sur place.

Il avait cru s'enterrer sous terre. Il restait là, à considérer sa maîtresse qui s'essuyait la bouche.

« Tu sais, quand une personne dit à autre qu'elle l'aime, elle est censée répondre de son côté. »

« Je n'ai jamais prononcé de tels mots de ma vie. »

« Même depuis des siècles ? »

« Non. Et tu es la première à me le dire. »

Elle ricanait, point offusquée.

« Tu finiras bien par montrer ta faiblesse un jour ! »

Cela l'a travaillé durant des heures. Il se sentait bête. Aurora le foudroya à nouveau au cours de la journée : « Je réitères ce que je t'ai dit Eaque. Je t'aime follement. »

« Mutu» répondit-il en lui donnant un baiser.« Tu es en train de m'emporter dans un étrange tourbillon de sentiments. »

« Tu commences bien. »

« Suis-je si transparent? » se désola Eaque, en réalisant que ses paroles n'étonnaient pas le moins du monde Aurora.

« Je ressens ton amour. Le dire c'est bien. Tu es un homme avant d'être un serviteur d'Hadès.»

Il réfléchit un instant sur ces paroles. Les mots du grand Sorcier des Enfers lui revenaient en tête.

« Il est vrai que nous sommes des êtres humains malgré notre devoir et nos pouvoirs,», fut la réponse du Juge,« Nous avons beaucoup trop tendance à l'oublier, nous autres Spectres sans doute plus que vous. La faute aux réincarnations je présume. »

« Ne te poses pas de questions, vis. »

« Facile pour toi. » rétorqua le Spectre, « Ce n'est pas néanmoins pas désagréable de savoir quelqu'un qui nous aime. » consentit néanmoins le brun.

Quelques semaines plus tard, un miracle apparu pour le Serpentaire. A la réponse de ces petits mots, Eaque avait répondu : « Moi aussi, Aurora. »

Un grand pas venait d'être franchi. Lors la première fête inter-sanctuaire au Domaine d'Athéna où ils s'étaient disputés, Eaque voulait régler ses comptes avec Baian de l'Hippocampe. Il ne supporte l'idée que son corps soit passé dans le lit du Marina qui discutait allègrement avec Aurora à l'abri des regards. Il sentit que le Canadien voulait la reprendre. Cette dernière a du s'interposer afin de calmer le jeu entre les deux hommes.

Alors qu'elle lui criait les pires insanités, Eaque ne l'entendit pas et sortit sans détour : « Aurora, je t'aime ! Par tous les Dieux ! »

Elle se décomposa à son tour. Avait-elle bien entendue ?

« Quoi ? Tu dis ça comme ça, au milieu d'une engueulade ? »

« C'est toi qui me hurle dessus, Serpentaire … »

« Mais … »

Il prit le visage dans ses mains et ajouta : « N'as-tu pas entendu, femme ? »

« … »

« Tu ne vas pas te mettre à pleurer ? » en fronçant les sourcils.

« Redis-le moi. »

Eaque soupira : « Ouvres grand tes oreilles, tu ne l'entendras pas de sitôt. »

« ? »

« Je t'aime, Aurora... Tu me rends fou.»

Elle versa une chaude larme et embrassa son Spectre : « Ça fait un an que j'attends ce moment. »

###

Alors que le Juge du Garuda finissait de ranger quelques dossiers dans son bureau, soucieux, on frappa à sa porte.

« Entre Violate. » répondit Eaque.

Une jeune-femme de grande taille, musclée, de longs cheveux noirs lui tombant sur le dos, entra. Le regard dur mais un visage aux traits fins, de grands yeux foncés, elle possède des traces indélébiles sur sa peau. Ces vestiges de lourds combats ont permis de l'élever à un haut grade. Son surplis impressionnant se confond aisément avec celui d'un homme et laisse présager une guerrière rustre, solide comme un roc.

L'étoile Céleste de la Solitude est la femme-spectre la plus crainte du Royaume. Déterminée, impitoyable, extrêmement dévouée à son supérieur, Violate n'aspire qu'à faire la guerre et ignore tout simplement les faibles dont elle ne tirerai aucune gloire dans la mort. Sa résurrection dans ce monde il y a n'a pas changé la personnalité de la combattante. Elle ne voulait rien d'autre si ce n'était rendre fier son illustre personne. Eaque possédait sa confiance. La plantureuse brune n'éprouvait aucune envie ni jalousie. Elle savait qu'elle lui appartenait car c'était la condition sine qua non pour le servir. Les autres n'existent pas. Seul le Garuda importe..

La vie rustre qu'a connu Eaque ne l'a point épargné avant de devenir Juge. Né au Népal au milieu des années 60 dans un quartier pauvre de la capitale, il est issu d'une longue lignée de la tribu des Newars, premiers habitants de la vallée de Katmandou, Rajiiv Acharya naquit d'une mère traditionaliste et d'un père absent, ancien soldat d'Élite qui est aussi le paternel du Griffon et de la Wyvern. Le brun a toujours méprisé son père et a peu de souvenirs de sa mère, battue par un proxénète avant que celle-ci ne trépasse dans les quartiers malfamés de Katmandou. Lorsque le Dieu Hypnos est venu le chercher après la mort de sa ''famille terrestre", le jeune garçon n'a plus souhaité revenir en arrière, son âme de spectre du Garuda s'éveillait. Il détestait l'espèce humaine et sa condition de vie, puis fut élevé avec Rhadamanthe et Minos pour servir son Seigneur.

Les âmes des Spectres ne reviennent qu'une fois que leur porteur atteigne la milieu de l'adolescence. Contrairement à la précédente guerre Sainte, les pouvoirs d'Hadès ont été capable d'enclencher la réincarnation des juges suffisamment tôt. Chacun avait désormais un nouveau corps et une nouvelle identité même s'il gardait le même nom et les même pouvoirs. Les Spectres ont majoritairement été élevés au Mekkai. Et au fil du temps, Eaque est devenu cet incroyable combattant craint des Spectres. Lorsqu'il est mort contre les chevaliers, il sentait qu'un destin autre l'attendait. Il ignorait pourquoi. Minos et Rhadamanthe avaient ressenti la même chose lorsque leur âmes s'égaraient dans les limbes.

Violate, son aile, ne s'était pas réincarnée à la précédente guerre Sainte. Tout comme Kagaho, son âme fut si blessée qu'elle dû se résoudre à attendre la prochaine ère. En cette époque, comme une amante compatissante, elle veillait de loin que rien ne manque au confort de son maître. Le voir heureux suffisait à son bonheur. Elle pouvait constater les traits reposés ou fatigués, l'observer dans ses postures qui trahissait un surmenage. Ce jour-là, elle sentit que son Roi n'était pas dans son assiette.

« Vous m'avez demandé, Seigneur .. » dit le Béhémoth en posant un genoux à terre.

Eaque lui fit signe de se relever.

« J'aimerais que tu te rendes en Amérique du Sud. Tu seras allié avec un chevalier d'Athéna. »

Bien qu'heureuse à l'idée de satisfaire son Maître, suppléer un protecteur de la Terre ne l'enchante guère.

« Quand voulez-vous que je parte ? »

« Dès ce soir. Tu rejoindras le Saint d'Argent du Lézard. Il te mettra au courant de la mission. Je sais que je peux compter sur toi. »

« Soyez-en sûr. »

«Tu feras ton rapport en rentrant. »

« Seigneur Eaque … » ajouta Violate, voyant son supérieur s'apprêtant à sortir de son bureau,« Est-ce qu'il y a autre quelque chose que je peux faire ? Je vous sens recru. »

« Non. Autre chose ? »

La guerrière s'inclina avant de partir et referma la porte derrière elle, insatisfaite, aigrie. Car elle sait pourquoi. Son maître est ailleurs, "humain". Si elle pouvait voir en chair et en os cette femme chevalier qui occupe tout l'esprit de son Seigneur et l'affronter ! Elle sait que c'est cela. Elle sait aussi qu'elle perdra la confiance d'Eaque.

Lorsqu'elle est rentrée dans le monde souterrain, Violate était l'une des seules à avoir demandé à retrouver sa puissance sans l'aide des chevaliers. Elle apprit alors l'histoire de la bouche des autres, cancanant sur cette relation inédite : son Seigneur s'est épanché d'un chevalier d'Athéna. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Lui, sa Grandeur, amoureux ? Elle se souvient avoir pleuré toutes les larmes de son corps, avoir été abattue, meurtrie dans son cœur, s'est effondrée par terre, envahie par la colère et la consternation.

Les Spectres de Rhadamanthe échangeaient sur le Serpentaire faisant des siennes avec le Garuda. Elle a entendu les commentaires revêches de ses compagnons et aurait préféré être sourde que d'écouter ce genre de débat. A commencer par Edvard qui a cru avoir le dessus sur la fameuse guerrière d'Athéna : « Au combat, personne ne l'égal. Le Seigneur Eaque se régalait des spectacles qu'elle lui offrait. »

Violate se sentait tout à coup prête à corriger ses semblables. Il n'y a qu'elle qui jouissait de ce prestige. Et puis comment osent-ils polémiquer de cette manière ? Eaque se délectait des batailles de sa sbire et plus c'était violent, plus il aimait.

La notoriété du Saint d'Athéna ne faisait aucun doute : « On raconte que le Seigneur Eaque eut grand peine à la posséder. » affirmait cyniquement Gordon à ses partenaires.

« Pourquoi tu n'as pas tenté, Syl' ? » enchérit Fyodor au Basilic qui n'aime pas parler de son attirance pour le chevalier.

« Je ne penses pas le Seigneur Eaque, prêteur. » rétorqua le Belge.

« Je me suis permis de le mettre en garde. Il a failli m'envoyer dans l'Achéron. » ajouta Fyodor.

« Cessez-donc ces inepties. Ce qui se passe dans la vie du Seigneur Eaque n'a rien à faire autour de cette table ! » finit par lâcher Violate, indignée.

« Tu dis cela parce que tu n'as jamais pu avoir la main mise sur ton Maître, Violate ?" continua Queen de l'Alraune ,"Saches que le Seigneur Eaque fait comme bon lui semble, rien ne te permet de prétendre à quoique ce soit avec lui. Si une guerrière aussi redoutable que ce chevalier a réussi à le faire fléchir, c'est qu'elle est une ensorceleuse née et qu'il l'aime, indéniablement. » conclu t'il.

Violate ne répond pas. Orgueil piétiné. Capturer Eaque n'est pas chose facile. Violate l'en convient parfaitement. Son allure désinvolte, son charme dévastateur attire bon nombre de personnes dans son sillage. Quand il quitte leur périmètre, il laisse derrière lui des âmes blessées, sans se retourner il poursuit sa route. Tout le monde s'arrache ses faveurs, comment pourrait-il les garder ? Et la seule qui est parvenu à ne pas se faire oublier est ce Saint d'Athéna. Il fut pris à son propre piège. Quelle faiblesse s'est emparée de son Roi ?

Un sentiment inconnu s'est emparé du Garuda ces derniers mois et explique son surmenage : il est anxieux.

Voilà deux ans qu'ils se fréquentent. Et maintenant, Aurora le fuit comme la peste. Elle ne répond pas à ses appels. Les jours s'étaient égrenés se transformant en semaines, sans aucune nouvelle. L'attente avait fini par avoir raison de la patience du Juge qui était partit chercher ses réponses directement à la source.

Il se rendit en surface en tant que diplomate. Entre temps, Violate est revenue de mission et semblait remontée. Il a voulu savoir pourquoi son aile possédait une telle haine. Il a eu sa réponse en allant au Sanctuaire. Voulant en savoir plus, il se rendit au quartier des Argents. Sentant le cosmo du Juge d'approcher de leur camp, des aspirants peu suffisamment téméraires pour défier le Garuda se retinrent d'ouvrir la bouche.

L'un d'entre eux alla prévenir Asterion et ses acolytes lorsque celui-ci les interpella.

« Qu'il y a-t-il, gamin ? » demanda le chevalier Dante voyant la mine déconfite de l'adolescent, remué par la vue du Juge.

« … Seigneur Dante, il y a ce Spectre qui rode dans les parages. On dirait qu'il cherche quelqu'un. » répond -il.

Asterion haussa un sourcil et se tourna vers ses camarades : « A votre avis de qui s'agit-il ? »

Sirius déclara : « C'est le cosmo que nous avons ressenti. »

« Dis-nous qui est-ce. » ordonna Persée.

Aspirant : « Il me semble que c'est un Juge du Royaume souterrain… Le grand brun typé.»

« Hum ! Il parle probablement de cet oiseau de malheur qui lui sert de totem. » railla Capella.

« Le Spectre du Garuda .. » ajouta Argol en réfléchissant.

« Allons à sa rencontre. » propose Asterion.

Il détectèrent le cosmo sombre en train d'admirer les larges vallées endormies dans la nuit étoilée, mains dans les poches.

« Juge Eaque ? » l'interrompit Asterion.

Les Argents dévisagèrent l'intrus. Eaque ne portait pas son surplis, mais des vêtements traditionnels de son pays. Un pantalon aussi sombre que sa chevelure, un sari et des sandales assorties. Il était d'une élégance et d'une prestance que seul un Juge des Enfers peut exhiber.

Ce dernier se retourna face aux Argents, une mine fière affichée.

« Chevaliers… » fit-il de sa voix ténébreuse.

« Que pouvons-nous faire pour toi ? » enchérit Dante.

« Le quartiers des Saints d'Or est de ce côté » accrédita Argol d'un ton hautain.

« C'est vous que je cherchais. »

« Vraiment ? » s'étonna Asterion.

Le Juge rétorqua : « J'aimerais que nous discutions sur un point. »

Sirius haussa un sourcil : « Lequel ? »

« Le Lézard était en compagnie de ma subordonnée la semaine dernière. Je voudrais savoir si tout s'est bien déroulé. »

« Tu parles du Béhémoth ? Bonne guerrière, peu causante. Mais c'est une femme spectre alors on n'en tient pas rigueur. » répondit Capella.

« C'est tout ? » demande le Népalais.

« Pourquoi tu ne demandes pas à ton éclaireur ? » continua Sirius.

« Je voudrais votre version des faits afin de prendre des dispositions. »

Asterion fit un signe de la main à ses amis et de son don télépathique, il concerta ses collègues quelques instants.

« Je pense que tu devrais en discuter avec la concernée de l'histoire.» conclu le chevalier de la Meute.

« J'ignore de quoi il en retourne. Parle. »

Argol fronça les sourcils : « Nous te devons rien ! »

« Que s'est-il passé ? » répéta-t-il sans sourciller.

Sirius soupira : « Ta sbire a tenté d'agresser Aurora. Athéna n'en a tenu rigueur avec son immense bonté. La prochaine fois, calme les ardeurs de cette folle. »

Le Garuda tiqua. C'était donc ça. Il allait devoir discuter avec son Aile. Pourquoi a-t-elle fait cela ? Elle a perdu la tête ?

« Où puis-je trouver le Serpentaire ? »

« Elle est en mission. » annonça d'une voix grave Argol.

Silence lourd. Eaque commençait à s'impatienter. Quand il s'agit de sa maîtresse, il n'a nullement envie de prendre des pincettes.

Asterion ajouta : « Ça ne sera pas possible de la retrouver. »

« Et pourquoi cela ? »

« Elle refuse de te voir. » rétorqua Persée.

« J'aimerais l'entendre de sa bouche. » continua le Juge en jaugeant le Saoudien.

« Elle ne souhaite pas te parler. »

Une voix familière provenant du fond des bois intervient à la place des Argents. Eaque reconnu la silhouette s'approcher du groupe et se dessiner peu à peu face à lui : Milo du Scorpion. Les deux hommes se jaugent en chien de faïence. Chacun restait sur ses positions.

« Pourquoi dis-tu cela, Saint du Scorpion ? Que fais-tu ici ? »

« Tu n'es nul dans ton domaine. Je vais où bon me semble au Sanctuaire. »

« Je te prie de rester en dehors de tout cela. » répliqua Eaque d'un ton condescendant.

Milo déteste cet homme. Il ne le supporte pas.

« Ne t'approches pas d'Aurora. »

Il aborda un sourire narquois : « Tu veux m'éloigner d'elle ? N'est-ce pas une raison suffisante ? »

Le Grec ne flancha pas : « Termines ta mission de diplomate. Cesses d'importuner les chevaliers d'Argents. » en se retournant pour repartir vers ses quartiers.

Aurora quant à elle avait décidée de partir loin du Sanctuaire en apprenant la venue de son amant. Pas question de lui donner ce qu'il veut. Eaque est empoisonnant, ensorcelant… Telle est sa vraie nature : joueur, bousculant les croyances des gens parsemant sa vie. Il n'y a pas de place pour les faibles. Eaque qui simule les ingénus alors qu'il se vérifie être un redoutable stratège. Eaque à qui elle pardonne tout sur un simple sourire ravageur. Il ferait absolument n'importe quoi pour avoir le Serpentaire rien qu'à lui, et même s'il la blesse. Elle lui a tout donné, tout.

Aujourd'hui, elle n'a plus l'énergie de continuer. Aujourd'hui elle ne veut plus. La vie est courte, surtout la sienne… Elle a mal. Elle aime cet homme du plus profond de son cœur. Elle doit mettre un terme à ces vicissitudes avant d'être emportée dans les ténèbres pour ne plus jamais en revenir.

En cette soirée d'automne, elle était en train de finir de se restaurer sous un soleil couchant autour d'un feu de camp proche d'un village victime d'événements surnaturels. Elle se régalait des petits plats que lui avait préparé Aldébaran. En pleine quiétude, elle ressentit le cosmo de son compagnon.

« L'imbécile ! Il a réussi à me retrouver ! » s'énerva-t-elle, espérant qu'elle ait le temps de s'enfuir.

« En voilà une façon de parler de son amant .. »

Aurora avait à peine eu le temps de déguerpir. Il se tenait déjà droit, les bras croisés sur sa poitrine, le surplis impressionnant sur lui. Il souriait de supériorité, elle le sentait de dos.

« Que viens-tu faire ici ? » claqua-elle sans le regarder.

Eaque arqua un sourcil, « Peux-tu me dire ce qu'il t'arrive ? »

« Je suis en mission. »

« N'essaie pas de fuir la conversation. Je t'ai posé une question. »

Aurora lui fit face et le scruta de haut en bas, elle semblait désabusée : « Il se passe que j'en ai assez de ton comportement à mon égard. »

« J'ignore de quoi il en retourne. »

« Je ne veux pas être cette personne qui te demande de changer. »

« Sois plus concise. »

Elle se retourna et termina son plat, snobant le Juge qui réfléchit quelques instants. Il sonda sa compagne comme il l'aurait fait à une âme en perdition au Tribunal.

« Je t'interdis de refaire ça ! » rétorqua-t-elle en se redressant vivement.

« Pourquoi est-ce tu attends quelque chose que je ne peux t'apporter ? »

« Je pensais que tu m'aimerais suffisamment pour faire des compromis. Que notre harmonie suffirait à te faire évoluer.»

« Si tu fais référence à mon manque de sollicitude, devrais-je te rappeler que lorsque nous nous retrouvons seuls je te donne tout. »

« J'ai également besoin de l'entendre, que tu t'investisses. »

« Qu'est-ce que tu veux ? Que je t'offres des diamants ? Que je t'emmène en voyage ? »

« Simplement que tu me parles, tu m'ouvres ton cœur. »

« Je ne suis pas ce genre. »

« A quoi bon discuter. L'amour pour toi, c'est hypothétique. Je le savais en tombant amoureuse d'un Spectre. » finit-elle la mine attristée.

Eaque sentait son cœur se serrer. Il ne savait pas comment réagir face à une telle déception.

« Je te le dis tout le temps, Aurora. »

« Non. »

« Je te le montre. »

« Tu me baises, c'est pas pareil. »

« Est-ce là que tu résumes notre relation ? Une histoire charnelle ? »

« C'est l'impression que TU me donnes, Eaque. »

Que répondre à cela ? Le Garuda se trouve pris au piège pour la première fois dans cette valse des sentiments. Il est incapable de jouer au Roméo. C'est futile et inapproprié pour un Spectre de son rang.

« Tu l'as dit, nous passons d'excellents moments. Pourquoi vouloir changer ? »

« En deux ans de relation, je pensais que l'on pouvait développer tout ça. » marmonna Aurora, « Je veux plus Eaque. »

« Nous ne sommes pas un couple comme les autres. »

« Mais c'est pas une raison ! »

« Qu'est-ce que tu attends de moi ? » demanda Eaque qui s'attend au pire.

« Faisons des projets ! »

« Je suis un Juge des Enfers, pas un compagnon de vie.»

« Tu n'es qu'un idiot. »

« Parce que je te suis pas de ton avis ? »

« Tu viens de me prouver que tu ne m'aimes pas assez pour me garder. »

Silence assourdissant.

« Qu'est-ce que ça signifie ? »

Aurora reste muette, une larme au coin de l'œil, tournant le dos à son amant. Ce dernier ressent tout son désespoir et s'en crispait les poings.

« Réponds-moi. » rétorqua-t-il en la tournant brusquement.

« Nous n'avons plus rien à nous dire. » Il était agacé, il voulait l'entendre de la bouche de sa maîtresse. « Tout est terminé. Je ne te demanderai plus rien. » conclu t'elle amèrement.

« Comment oses-tu ? »

Sans lui répondre, elle disparue dans un cosmo éblouissant, le plantant là. Eaque n'en croyait pas ses oreilles. Cette femme qui a pris son cœur, l'a tenté au plus haut point et lui demande le Bon Dieu, vient de l'abandonner, lui, le Roi Eaque ? Il n'en a pas fini avec elle. Foi de Spectre.

Car les semaines suivantes, si Eaque n'avait aucune peine à dissimuler sa peine, il n'en était rien pour Aurora. Son caractère jovial laissait place à une personne distante, son sourire était fané, triste. Le Serpentaire est entière. Si ça va pas, on le sait toute de suite. Ses frères d'armes en premier. Ils remarquent que leur amie faisait subir de lourds enseignements à ses apprentis et pour couronner le tout, elle s'adonnait elle-même à des séances d'entraînement à faire trembler l'île. Les Saints dorés devaient réagir comme elle leur a appris : se serrer les coudes.

Devant la maison du Poisson, des chevaliers d'or assistaient à un magnifique spectacle. Ils regardaient sans un mot, casque sous le bras, le paysage de lumières qui se dressait à l'autre bout du Domaine : un mélange d'artifices apportaient un air féerique au ciel du Sanctuaire, s'assombrissant par la nuit qui avance doucement. On entendait un bruit sourd de déflagrations de temps à autre. Puis, alors qu'ils pensaient que ça s'arrêterait, les bruits recommençaient de plus bel.

« On devrait peut-être intervenir ? » lança Aiolia, fixant l'horizon avec ses compagnons présent.

« Il a raison, on doit tenter quelque chose. » approuva le Capricorne.

Shaka ajouta :« Son cosmo est perturbé. Je peux sentir des énergies négatives émanées d'elle. »

« On avait pas remarqué ! » répondit cyniquement Angelo.

« Il a blessé son âme. »

Tous regardent le Scorpion, auteur de cette réflexion. Il ne quittait pas des yeux l'horizon.

« De quoi tu parles, Milo ? » demande Aiolia.

Saga répondit : « Ce Juge. Il est la raison de cette colère, le trouble qui anime son cœur. »

« Et si on le tuait ? » proposa le Cancer,« On fait ça propre et on le balance hors de l'univers ! »

Shura secoua la tête : « Ça ne réglera en rien le problème. »

« Nous ne pouvons que compatir à son mal-être. » avisa Saga.

« Je ne peux rester sans rien faire. » lâcha Milo, cela lui faisait du mal de la savoir attristée.

Aphrodite poursuivit : « Pour lui dire quoi ? C'est assez délicat. »

« Montrons lui simplement que nous sommes là. » conseilla Camus.

Ils se rendent à l'endroit où se trouve le Serpentaire : un lieu devenu un vrai champ de bataille qui avait servi dans un lointain passé à ce qui ressemblait à une arène. Des foyers de flammes l'entouraient, dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Des arbres finissaient de s'embraser, la faible végétation autour n'était plus qu'un vaste chantier fané, et au milieu de ce remue-ménage de cosmos gisait Aurora, cognant ses poings avec férocité dans la pierre. De vieux conifères et même le sol en a pris pour son grade. Ses gestes étaient précis, des flammes entouraient ses mains et détruisaient tout sur leur passage. Ses compagnons sentent alors qu'elle va utiliser une de ses techniques. Ils n'ont pas le temps de se protéger que la treizième déclenche son cosmo et appela une énergie plus importante. Ils étaient à une bonne cinquantaine de mètres d'elle lorsqu'ils sentirent l'arcane des "souffles de feu" chatouiller leurs visages qu'ils protégeaient afin de ne pas être touchés.

« Incroyable … » conclu Saga, admirant le cosmo du Serpentaire émaner d'elle.

« Et c'est tout ce que tu trouves à dire ? Elle a failli nous faire frire ! » clama le Cancer.

« Elle nous a senti. » ajouta Camus.

Milo se dirigea vers le Serpentaire, reprenant son souffle, les mains sur ses cuisses, la mine noircie par des techniques qu'elle utilise depuis des heures pour se calmer.

« N'approches pas, Milo. » avertit la portugaise sans se retourner.

« S'il te plaît .. » insista Aiolia sur un ton paternaliste.

« Ne restes pas ainsi. » ajouta Saga en se rapprochant.

« Laissez-moi. »

Angelo gronda :« Mais on ne fait que ça ! Te laisser tranquille ! »

« Je viens de vous dire non. »

« Tu devrais te nourrir et te reposer. » conseilla prudemment Shaka.

« Inutile. » cingla le Serpentaire.

« Accompagnes-nous. » insista Camus.

« Non. »

« Que tu es entêtée .. » clama Aphrodite en soupirant.

« Et alors ? C'est comme ça. Maintenant allez-vous en, si vous ne voulez pas finir en rôti.»

Le groupe tressaillit, c'est qu'elle en est capable.

« Tu vas brûler tout le Sanctuaire si tu continues ! » s'emporta Angelo.

« Aurora, je n'ai nul envie de te cryogéniser.» poursuivit le 11ème gardien de sa voix polaire.

« Camus ! » avertit Shura, anticipant les réactions d'Aurora.

« Essais un peu … » prévient cette dernière en soutenant le regard du Français.

« N'est-ce pas toi qui nous a enseigné la cohésion de groupe ? » temporisa le Gémeau.

« Ça passera. Allez donc terroriser des apprentis.»

Elle invoqua son énergie dorée et brisa de la pierre sans un regard pour ses compagnons d'arme.

Angelo secoua la tête, Aiolia nota l'inquiétude de son ami Scorpion, Shura souffla discrètement et ferma les yeux. Aphrodite fit volte-face une rose blanche dans la bouche et fit signe de la main à ses frères d'arme qu'il ne fallait pas insister. Quant à Saga, il s'installa un peu plus loin contre un arbre, une noblesse naturelle se dégageait de lui, « surveillant » Aurora au cas où.

Cette dernière augmenta son cosmo. Un moment de flottement s'installa, chacun se concertait du regard, hésitant sur la marche à suivre. La Treizième peut être imprévisible. Le Verseau impassible lève le bras, envoyant un courant d'air glacial en direction du Serpentaire qui se redresse d'un coup, stoppée dans son élan. Elle n'a le temps de vociférer quoique ce soit de plus qu'elle se retrouve congelée jusqu'à la taille.

« Cercueil de glace. » fit Camus qui avait fermé les yeux.

« Tu vas me le payer ! » rugit Aurora qui tentait de se défaire de la prison glacée des jambes jusqu'au ventre.

Le français concentra son énergie pour envoyer le Serpentaire loin d'ici.

« Où l'as-tu envoyé ? » s'inquiéta Shura en regardant le Français s'éloigner.

« Dans ses sanitaires. » répondit-il sans sourciller dans une envolée de cape méprisante.

« Par Athéna ! » commenta Angelo en suivant sa marche.

Pendant ce temps-là au temple du Serpentaire, une amazone remontée tente désespérément de se défaire de l'emprise de glace de son collègue.

« CAMUS ! Je vais te tuer ! »

Elle se fit entendre dans tout le Sanctuaire. Cela ne présageait vraiment rien de bien pour le Verseau. Doko se téléporta grâce à Shion chez la treizième afin de rassurer le Pope de l'humeur inquiétante d'Aurora. Mu présent au Palais, se joignit à lui.

« Libères-là, Camus. » conseilla Mu devant la maison du Serpentaire.

Le lion secoua la tête : « Au moins elle semble maîtrisée. » fit t'il en se dirigeant vers le temple du Serpentaire.

« Tu le crois vraiment ? » grommela Masque de Mort en le suivant.

Dans la maison de la portugaise, cette dernière était en train de prendre une douche chaude pour se réchauffer. Elle l'avait vraiment mauvaise. Assise au bord de la baignoire, elle maugréait des jurons fleuris dans sa langue natale. Elle réalisa alors qu'elle avait oublié des habits dans la pièce à vivre. Naturellement, elle gagna son salon et rechercha les précieux vêtements sous le nez de ces camarades tout juste entrés, ahuris face à ce spectacle : la brune était simplement enveloppée d'une serviette qui moulait son corps.

Cette dernière fouillait agacée dans une pile de vêtements fraîchement lavés sans tenir compte des regards gênés de ses congénères : « Mais où j'ai bien pu les mettre, bon sang ? »

Sentant leur présence, elle tourna la tête en leur direction, « Pourquoi rougissez-vous, Mu et Shaka ? »

S'il n'y avait que lui… Le sage Saga non habitué à ce genre de liberté chez une femme s'empourprait aussi. Plus discrètement mais suffisamment pour se faire repérer.

« Aurora, on ne te dérange pas ? » rétorqua Angelo.

« Non, pourquoi ? » répondit nonchalamment l'intéressé en continuant ses recherches.

« Mais enfin, tu es presque nue ! » balança Shura d'un geste vif.

« Je suis dans mon temple. Si j'ai envie de me promener à poil je le fais ! »

Les chevaliers levèrent les yeux au ciel, pour la plupart. Cette impétuosité...

Elle se tourna ensuite vers eux, s'immobilisa et s'exclama avec sérieux :« Vous n'avez jamais vu de femmes nues ? »

Elle eut le silence comme seule réponse.

« Quoi ? Vous êtes puceaux ? »

Quelle impertinence, Doko ricanait dans son coin.

« Aurora, mets quelque chose sur toi. » suggéra Aiolia pour changer de sujet.

« Vous croyez que je fais quoi ? Du tricot ? » cracha-elle tout en cherchant sa tenue.

La portugaise se tourna vers ses compagnons qui regardaient ailleurs, des sous-vêtements bien étranges dans ses bras.

« Qu'est-ce que c'est .. que ça? » fit Angelo le seul point dérangé pas la situation, pointant du doigt les mystérieux habits intimes.

Elle regarda les objets interdits : « Vous savez pas non plus ce que c'est ? Ouh là, je devrais vous sortir plus souvent du Sanctuaire ! » Les chevaliers haussent un sourcil :« Ce sont des culottes fines que les femmes civiles porte afin de donner un aspect plus joli à leur fessier, communément appelé String! Ça, c'est un soutif qui remontent les nénés ! Vous voulez d'autres détails ou je peux aller m'habiller ? »

Ces derniers ouvrent de grands yeux. Non, ils ne savaient pas que les femmes actuelles étaient si libres et que l'une des leurs, déjà très indépendante, en faisait partie.

« Et pour te répondre, je ne le suis pas ! » rétorqua Angelo en bombant le torse.

« Quoi ? »

« Puceau, comme la Vierge ou le Bélier ! »

Ces derniers furent indignés. Comment ose-t-il se moquer de leur pureté ?

Le Serpentaire se radoucie et s'en amusa : « Il faudra remédier à ça ! Cela fait deux ans que nous nous connaissons et vous êtes encore coincé dans votre orgueil ! »

Shura fronça les sourcils : « Que dis-tu ? »

« Je ne me sens nullement visé. » clama Aphrodite.

« Je sais que tu es loin d'être chaste, Poisson ! Et que tu aimes autant les femmes que les hommes ! »

« Comment oses-tu .. » pesta le douzième gardien.

« Shura, Milo, Doko je m'inquiète pas pour vous ! Les femmes ça vous connaît !» leur balance-t-elle en plein visage. Ils ne savaient quoi répondre à cette provocation.

Elle poursuit : « Camus je me demande bien s'il ne fait pas fuir les Dames tant il est bizarre; Aldé cache bien son jeu et je l'en félicite ! Saga, tu es un grand sentimental et tu dois être certainement un Dieu au lit (ce dernier garda la mâchoire serrée) et tu as du bien en profiter quand tu étais le Pope caché (il déglutit).. Quand à toi Aiolia, tu devrais aller parler au chevalier de l'Aigle si tu ne veux pas te faire passer pour un imbécile. »

Tous furent bouche-bé. Que répondre à cet énième affront ?

« Shaka et Mu, garder son innocence au 21ème siècle quand on est des hommes séduisants puissants, c'est du gâchis ! Autant vous établir moine ! »

Cela fit sursauter les deux protagonistes. Certains chevaliers se pincent l'arête du nez.

La Vierge répondit noblement : « Nous n'avons nul besoin de se souiller pour être des hommes, Aurora. » r

« Vous êtes tous les mêmes ! » continua cette dernière. « En dehors d'être une machine de guerre, vous restez des hommes. Cessez votre hypocrisie. »

« Et comment comptes-tu t'y prendre, entremetteuse ? » questionna Aphrodite.

« Vous ne prenez pas assez en compte nos recommandations. Ce n'est pas les fois où Athéna et le Seigneur Shion vous l'ont dit ! Être mort une fois ne vous a nul fait comprendre que vous ne devriez pas passer à côté de certaines choses ? »

Silence lourd de sens. Certains chevaliers se regardent, presque aphasiques. Point sensible remis au goût du jour : ce sont des guerriers sacrés, ils ne vivent que pour la guerre et malgré les conseils, ils ne parviennent pas à profiter de leur vie d'homme.

« Et que comptes-tu faire, Serpentaire moderne ? » lâcha alors nonchalamment Milo.

« Vous allez tous venir avec moi, on va bouger en ville ! »

Ils s'entre regardèrent, peu convaincus.

« Il en est absolument hors de question ! » répondit sèchement Shura.

« A quoi penses-tu ? » demanda Aiolia, sceptique.

« Nous sommes déjà allé visiter des musées, même si ce fut laborieux je sais qu'au fond, vous étiez fiers de redevenir des personnes ordinaires l'espace de quelques heures. Je m'étais bien amusée !»

Les Ors se souviennent de ce jour. Une vraie torture. Néanmoins ils avaient entre aperçu une vie loin du Sanctuaire sans se soucier du devoir et Aurora est un guide agréable. Tout semble si naturel pour elle.

« Je comptais me changer les idées. Vous m'accompagnerez. »

Shaka lui demande : « Es-tu sérieuse, chevalier ? »

« Je crains que oui. » souffla Doko, habitué au comportement du Serpentaire.

Lui aussi avait été embarqué de force lorsque le jeune-femme à peine sacrée Saint d'or avait promptement exigé à Shion de sortir du Sanctuaire, et avait fini par céder.

« Mais avant … J'ai un contentieux à régler ! » prévint -elle en se dirigeant vers la sortie de sa maison, « Camus, ramènes-toi le glaçon, je sais que tu es là ! »

« On devrait peut-être intervenir ? » proposa Aiolia, craignant un pugilat.

Les autres Saints se rendirent rapidement sur les lieux. Le Verseau se protégeait déjà par un mur de glace.

Shura gronda Aurora : « Cessez tout ceci. Nous n'avons pas à nous battre entre chevaliers. »

« Et c'est toi qui dit ça ! »

Le Capricorne avait envie de la découper de son Excalibur.

« Je ne comptais pas affronter Aurora. Elle devenait incontrôlable. » expliqua calmement le Maître des glaces.

« Mais bien-sûr ! » fit cette dernière, « Arrête de me prendre de haut ! »

« Est-ce une tenue décente pour se battre ? » constata le onzième gardien en la dévisageant.

« Toi non plus, tu ne sais pas ce que c'est une nana ?! »

Camus fut indigné à son tour.

« Allez ! Serrez-vous la main ! » insista Aphrodite, « Vous n'avez nul besoin d'en arriver là. »

« S'il te plait .. » continua le Scorpion à l'attention de son amie. Cette dernière touchée par le regard bleuté du huitième gardien, puis après quelques instants, elle se radoucie.

« Je veux bien passer l'éponge mais à UNE seule condition. » rétorqua-t-elle.

Saga croisa les bras nonchalant: « Laquelle, Aurora ? »

« Venez avec moi à Athènes, ou je vous grille l'entre-jambe. »

« Toujours en train de menacer la gente masculine, Serpentaire .. » souffla Shura.

Les Saints dorés se concertèrent du regard. Puis le Cancer se tourna vers le Verseau : « Camus .. Tu n'as plus le choix. »

Ce dernier lui envoya un regard glacial.

« C'est entendu. » conclu le Gémeau sans demander l'avis de ses compagnons, voulant clore le sujet au plus vite avant que les choses ne s'enveniment davantage.

« Et vous avez intérêt à bien vous vêtir et vous comportez comme des hommes NORMAUX ! » prévient t-elle en retournant à sa maison.

Tous se regardèrent désabusés. Car au lendemain pour le plus grand désespoir des Saints d'Or, ils allèrent retrouver Aurora à l'entrée du Serpentaire. Shion avait donné sa permission. Il est assez exceptionnel que toute la garde dorée s'absente en même temps. Et ils étaient vêtu en civils, comme des jeunes hommes contemporains, surprenant apprentis et gardes.

« Wow dit donc, vous ne faites rien dans la dentelle vous ! »

Le chevalier du Serpentaire entière. Ils ne l'ont même pas entendu arrivée.

« On te retourne le compliment ! » répondit Angelo en la scrutant.

Les autres n'en pensèrent pas moins. C'est la seconde fois qu'ils constatent la portugaise vêtue en femme depuis la soirée avec les délégations il y a deux ans - l'année dernière, elle était sur l'Olympe en mission. Aurora était vêtue d'une robe noire près du corps montrant ses jambes interminables, des sandales à talons de la même couleur aux pieds, une ceinture dorée entourait sa taille fine et quelques bijoux de fantaisie finalisait sa toilette. Son visage était maquillé à la perfection, faisant ressortir ses yeux de biche. Elle faisait oublier quel chevalier terrible elle est. Une féminité débordante, assumée. Une femme fatale en somme. La brune crut voir certains de ses collègues baver … et un certain Scorpion touché par la beauté de son amie, une lueur de surprise dans ses yeux.

« Tu es très jolie. »

Tous se retournèrent vers le chevalier du Verseau.

Aurora amusée, lui répondit : « Tu es pardonné le français ! Tu n'es pas mal non plus dans cette tenue ! » Elle détailla les différents chevaliers et questionna: « Pourquoi est-ce que Doko et Aldébaran ne sont pas là ? »

Mu répondit : « Doko a des obligations avec le Pope. Aldébaran est déjà dehors. »

« Comment ça ? »

Les chevaliers paraissaient légèrement embarrassé. Camus intervient totalement limpide : « Il a invité une aspirante à dîner. »

La treizième crut s'évanouir et ricana : « Par Athéna ! Enfin un qui a tout compris aux femmes ! »

Les autres chevaliers regardèrent leurs pieds. La soirée allait être longue…

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Les guerriers sacrés d'Athéna ne savaient pas s'ils devaient se réjouir où rester assis.

En effet ils essayaient tant bien que mal de se comporter comme de jeunes gens normaux : apprécier la musique trop aguerrie pour leur oreilles, se détendre en savourant des cocktails, discuter de bon cœur entre amis, danser. S'il y avait une chose qu'ils n'avaient remarqués, c'est que toutes les femmes bavaient sur eux. Ces séduisants spécimens athlétiques à la chevelure soyeuse et l'allure digne, hermétiques à toutes interactions féminines avaient indéniablement attirés l'attention à leur arrivée. Les différents hommes étaient superbes dans leur prestance habituelle.

Quant à leur sœur d'arme qu'est le Serpentaire, elle n'avait aucune gêne à se trémousser au milieu de la piste dans un fameux bar d'ambiance du sud d'Athènes et au milieu de conquérants motivés. Elle était le point de mire de tous les regards masculins. Ses compagnons avaient depuis longtemps compris qu'elle était ce soir une brebis au milieu d'une meute de loups. Son comportement tendancieux défiait toutes les lois morales des protecteurs sacrés !

Shion aurait payé cher pour voir ses chevaliers d'or là-bas. Mais il était bien trop occupé pour prétendre à ce genre de folie. Et puis, que ferai un Pope dans un endroit pareil ? Il se doutait bien que le Serpentaire faisait des siennes.

Milo serrait la mâchoire, Shaka restait stoïque et n'avait pas encore ouvert les yeux, de peur d'être de nouveau traumatisé à la vue d'un Serpentaire inconvenante tout comme Mu parfaitement calme. Saga et Camus avaient les bras croisés, la mine circonspecte. Angelo surveillait les prétendants rôdant autour de leur amie, Shura secouait la tête de temps à autre, désapprouvant tout. Aphrodite était le seul à s'amuser avec Aldébaran qui avait rejoint l'équipe. Aiolia tentait vainement de s'intégrer et se divertir, mais, comment faire quand on est habitué à masquer ses émotions et adopter une posture de guerrier ?

Les Saints d'or sont les guerriers les plus inaccessibles. Entièrement dévoués à leur Déesse, rien ni personne ne devrait les distraire du droit chemin. Même si Athéna a allégé bien des règles depuis la paix afin qu'ils puissent profiter de leurs vies en dehors des combats.

Aurora alla à leur rencontre, remarquant leur mal-être, un verre à la main : « Dit donc vous en faites des têtes ! On dirait que vous avez vu un Spectre ! »

« Très amusant, Aurora. » répondit Milo, bras-croisés.

« Toi si souriant, que t'arrive-t-il ? » continua t'elle.

« Tu nous le demandes ? » répliqua Aiolia.

« Écoutez, je ne doute pas que ce n'est pas facile de fouler cet endroit mais regardez autour de vous ! Les gens s'amusent, vous devriez en faire autant ! Vous n'avez même pas remarqué que toutes les filles vous regardent ! »

« Comment ? » s'étonna Saga.

« Vous n'auriez aucun souci à en mettre une dans votre lit ! Ou plutôt dans vos temples ! » gloussa-t-elle.

« Nous ne sommes pas en ces lieux pour la débauche ! » clama Shura.

« Toute de suite les grands mots ! Alors venez avec moi je vais vous apprendre à danser. »

« Pas question. » rétorqua l'Espagnol.

« Vous avez honte ? »

Les chevaliers regardèrent ailleurs. Aurora souffla. Quand soudain un cosmo approcha. Leurs réflexes de guerriers se réveillèrent.

La brune temporisa: « Doucement, je sais qui c'est ! »

Apparu alors un jeune homme dans leur âge, plutôt grand et également d'apparence athlétique. Il portait de cheveux châtains jusqu'aux bas des hanches. Il n'est pas banal non plus.

« Ce n'est pas un chevalier. » constata Angelo.

Shura objecta : « Je l'ai déjà vu quelque part. »

La brune exulta à la vue de l'inconnu : « Tient tient ! Quelle surprise... »

« Saint du Serpentaire … » fit l'homme.

« Pas si fort, nous sommes simples mortels ici ! »

Shaka dit à l'inconnu : « Je te reconnais. Tu es un protecteur de Poséidon .. »

L'inconnu hocha la tête : « En effet … »

« Pour ceux qui l'aurait oublié, voici Baian Général du Pacifique Nord. » en murmurant son rang à l'abri des oreilles curieuses.

« C'est ça. On ne t'avait pas vu lors de la dernière fête inter-sanctuaire.» s'exclama Angelo.

« C'est exact. J'étais inapte à vous rejoindre. »

« C'est une longue histoire. » ajouta Aurora,« En résumé, Baian était en mission avec moi et un le Guerrier d'Alcor Bud quand on a été attaqué par le venin d'un ennemi. »

« Je me souviens de cet événement. » s'enquit Mu.

« Le Guerrier 'Alpha avait également été touché. » continua Shura.

Baian hocha la tête.

« Qu'en est-il ressortit ? » demande Saga.

« Le Serpentaire nous a soigné mais on n'a pu se lever durant des jours. » répondit le Canadien.

« Et quel est le sujet de ta visite en surface ? » continua le Serpentaire.

« Je vous retourne la question. »

« Elle nous a obligé à la suivre. » répondit le Lion.

« Et maintenant on est coincés ici ! » cracha Angelo.

« Je vois. Elle vous a menacé. »

Les guerriers dorés hochèrent la tête, désabusés.

« Tu obtiens toujours ce que tu veux, Aurora .. » secoua la tête Baian.

« Toujours ! » répondit la brune au jeune-homme en rigolant, « Et toi, pourquoi es-tu là, Poney des mers ? »

« Je déteste quand tu me nommes de cette manière. » grogna le Canadien.

Elle était très familière avec cet homme.

« On part discuter. Profitez-en pour vous détendre ! » prévint cette dernière à ses amis en empoignant le Cheval des Mers par le bras, se laissant entraîner par la treizième.

Ces derniers assistèrent de loin à l'ambiance docile entre Aurora et le Marina. Comment osent t'il minauder sous leurs yeux, cet homme dévorait des yeux leur amie malgré son calme apparent.

« Mais qu'est-ce qu'elle fait avec cet espèce de canasson des mers ? Regardez-le se pavaner comme un paon ! » répliqua Angelo, mécontent.

Personne ne répond mais tout le monde pense la même chose. Le type est loin d'être repoussant.

« C'est tout à fait son genre d'homme ! » lança Aphrodite, plein de malice.

« Je refuse que ce Général la courtise ! » pesta Shura, « Un chevalier comme elle doit rester digne ! »

Aphrodite : « De toute façon, Aurora est assez grande pour savoir ce qu'elle veut. »

« Oh que oui... » souffla Camus.

« C'est une femme libre. Elle ne s'en ai jamais caché. » rajouta Aiolia.

« Certes. Nous devons nous estimer heureux de cette nouvelle vie et d'avoir le Serpentaire sur notre route pour profiter de ses connaissances hors du Sanctuaire.» déclara Aldébaran.

« C'est vrai, j'ai tendance à l'oublier. » renchérit Shura, « J'ai beaucoup de respect pour Aurora en tant que chevalier, pour le reste, il faudra du temps. »

Soudain ce n'est pas un cosmo mais plusieurs que les chevaliers purent ressentir. Ils étaient plus sombres.

« Des Spectres, j'en met ma main à couper. » rétorqua Shura.

« Mais que font-ils tous là ce soir ? A croire que le cosmo d'Aurora les attire ! » maugréa Angelo.

Le Cancer l'ignorait mais c'était en partie vrai. En attendant, ils sont surpris de voir des chevaliers d'Argent grossir leur groupe.

Aiolia :« Asterion ? Capella ? Argol ? »

« On est surpris de vous voir ici !" ironisa Capella.

"Laissez-nous deviner .. Aurora ? » demande Argol qui connaît bien la dame.

« Hélas. » répondit Shura.

Asterion:« Elle nous a fait le coup aussi. »

« Ah oui ? » s'étonna Milo.

« Elle nous a appris à profiter des joies de la vie contemporaine de temps à autre. » ajouta la Meute.

« Avez-vous ressenti ces cosmo défiants ? » s'enquiert le Lion.

« On les a même vu ! Ils sont trois venant du Royaume des Ombres. » répondit Capella.

Angelo s'exclama : « Mais ils se sont tous donné rendez-vous ou quoi ?! »

Camus questionna ses camarades : « De qui s'agit t-il ? »

« De toute évidence, il s'agit du Garuda et ses hommes. »

Ils savaient tous ce que cela signifiait.

Eaque se tenait non loin d'eux, Sylphide du Basilic et Gordon du Minotaure étaient en retrait. L'air grave, le Juge cherchait des yeux la promise qu'il l'a quitté il y a plusieurs semaines. Aurora était en train de revenir avec le Général Marina aux éclats. Il était en permission depuis le matin avec Isaak du Kraken qui a préféré s'aérer dans son pays natal en Finlande.

Apparemment, tous les Royaumes étaient au courant que le Garuda et le Serpentaire ne se portaient plus dans leur cœur. Et le gardien du Pacifique Nord écoutait attentivement la brune, un léger sourire narquois au coin des lèvres. Le Garuda serrait les poings face à cette scène.

Aurora se crispa soudain et sonda la foule. Tout le monde se concerta du regard, s'inquiétant pour la suite. La treizième repéra son ancien amant et lui envoya un regard d'avertissement. Son visage si jovial laisse place à celui de la combattante inflexible. Le Basilic et le Minotaure s'approchent de la jeune-femme, anticipant sa réaction.

«Dame chevalier ! Je t'en prie. » supplia Gordon.

« Que signifie votre venue ? » gronda cette dernière.

« Nous avons pour consigne de suivre le Seigneur Eaque, - qui s'est mis en tête de te retrouver. » murmura l'homme.

« Qui a donné cet ordre ? »

« Le Seigneur Rhadamanthe.» répondit Sylphide.

Baian poussa doucement Aurora derrière lui comme pour la protéger. Le Népalais se dirige vers la portugaise, apathique.

« Fais un pas de plus et je t'engloutis dans le Cocyte. » avertit Aurora.

Eaque ironisa : « C'est moi qui vais t'y envoyer. Ce sont des endroits conçus pour les Saints d'Athéna. »

« Comment ? » se leva Shura.

Mu le fit rassoir. Inutile de répondre à cette provocation.

« Et pourquoi ne retournerais-tu pas aux Enfers, voir s'il reste de la place pour un minable de ta sorte ? » continua Angelo.

Le Juge ne sourcilla pas. Il avait les yeux rivés sur les mains de Baian perdues dans les courbes de sa brune : « Et tu oses afficher ouvertement ta dépravation avec ce Marina. » répliqua t'il à l'attention d'Aurora.

« Je t'emmerde, Eaque. »

Baian fronça les sourcils :« Que viens-tu de dire, esclave d'Hadès ? »

Le Juge sourit sournoisement.

Aiolia fronça les sourcils : « On n'a nul besoin de tes sarcasmes. »

« Et bien ? Est-ce ainsi que tu honores le traité de paix de nos Royaumes ? »

Milo se dressa, impatient et cracha au visage du Garuda : « Vas t'en d'ici ! »

« Hors de ma vue, insecte qui te sert de constellation ! »

« Comment ? » gronda le Scorpion qui sortit de ses gonds.

« Milo, non .. » temporisa Mu.

Mais ils ont à peine le temps de faire quoique ce soit que de joyeux cris les surprennent et coupa court à l'ambiance électrique régnant depuis quelques instants. Sauvé par le gong …

« Auroraaaaaaaa ! Te voilà ! »

C'étaient les amies civiles de cette dernière débarquant comme des tornades. Aurora lâcha du regard le Garuda et se tourna vers les jeune-femmes : « Luisa ! Natalià ! »

Elle se prirent dans les bras sous le nez étonnés des guerriers. Qui sont t'elles ?

La première, Luisa est une belle demoiselle de taille fine et musclée, les yeux noisettes et les cheveux bruns jusqu'au épaules, d'un genre provocateur. Son teint méditerranéen dans cette robe verte bouteille démontre un caractère fougueux. Natalià, aux cheveux blonds foncés était son opposée. Des yeux clairs contrastaient avec sa timidité. Elle portait un pantalon droit élégant et un petit haut moulant.

« Tu es venue bien accompagnée ! » lâcha Luisa en contemplant Baian, arquant un sourcil.

« Je vous présente mes amies Luisa et Natalià. Nous nous sommes rencontrés dans les rues d'une petite ville portugaise alors que j'étais en missi.. » Elle se reprit, « Alors que j'étais en voyage. »

« Enchanté ! » fit joyeusement Luisa,« Aurora m'a sortie de la rue quand j'avais 13 ans ! Je suis danseuse et prof de karaté ! »

« Bonsoir. » fit plus discrètement Natalià. Les Saints inclinèrent la tête.

« Tous ces hommes sont avec toi ? Tu dois avoir un super job ! » clama joyeusement l'une.

« Luisa ! » leva les yeux au ciel Aurora, faisant signe à ces compagnons de ne pas en tenir compte.

L'impétueuse remarque le groupe du Garuda.

Elle interroge son amie : « Dit donc, c'est la soirée des ex ce soir ? »

« Pourquoi tu dis cela ? »

« Je vois que ce mec hautain est là, ainsi que ce beau jeune-homme ! » en observant Argol, étonné.

« Eaque est tout sauf canon. »

« Tu exagères il est beau comme un Dieu. »

« Je parlais de sa personnalité. »

« Vu ce que tu m'en a rapporté je te crois. » Puis elle se rapproche de ce dernier et s'adressa à lui avec dédain :« Tu n'as pas l'impression d'être de trop ? Aurora n'a aucune envie de te parler alors fous le camp ! »

« Luisa ! » s'alarma Aurora, connaissant la réaction du Juge.

« Mêlez-vous de vos affaires, femme. »

« Comment tu m'as appelé ? »

« Laisse couler tu veux. » conseilla la treizième à Luisa.

« Tu rigoles ? Pour qui il se prend celui-là ? »

« Tu devrais faire taire ton amie avant que je ne le fasse moi-même. » continua le Garuda.

« T'as craqué toi ! Misogyne ! »

« Ma chère, et si tu allais me chercher un bon verre ? » coupa Aurora afin de changer de sujet.

« Je l'accompagne. » fit Natalià en balançant un regard mauvais au Népalais.

« Ton amie est téméraire. » ajouta Eaque, une fois les jeunes-femme éloignées.

« La ferme, Eaque. »

« J'ai à te parler. »

« Retournes aux Enfers. »

« Je patienterai. » s'asseyant non loin avec les subalternes de Rhadamanthe, sous le regard noir des Saint d'Or.

« Tu peux toujours courir ! » en embarquant Baian par la même occasion.

« Tu vas me le payer. » avertit le Garuda par cosmo interposé.

« Oiseau de misère ! Tu as détruit mon cœur ! »

Ces mots sincères et troublants sortit tout droit de ce cœur fragile saisissent d'effroi celui d'Eaque. Le cœur de sa bien-aimée pleure. Il ignorait à quel point elle souffrait, probablement autant qu'il ne souffre. Et sous ses yeux, elle tente de le rendre fou de colère avec l'Hippocampe.

Les amies d'Aurora savaient ce qui se passait. Elles avaient beau de pas connaître encore la véritable vie d'Aurora, elle veillent tout de même sur elle. Luisa considérait le Garuda comme un vulgaire salaud sans le quitter des yeux, ce qui amusa ce dernier. « Joli caractère. » songea-t-il, « Elle pourrait plaire à Rhadamanthe. »

Quant au Serpentaire, elle buvait frénétiquement sans se poser de questions. Elle en était à son troisième verre d'alcool fort, jetant de temps à autre des regards à l'autre bout de la salle vers le Népalais qui n'a pas bougé. Baian le constata et lui pris doucement le breuvage des mains.

« Rends-moi cela, Cheval des Mers ! »

« Aurora … » fit t'il,« Tu ne tiens pas l'alcool.»

Le Marina fit signe au serveur de lui donner une boisson non alcoolisée.

« Notre Empereur interdit tout ceci sauf en qu'à d'événements. »

« Arrêtes, il y a toujours quelques bouteilles cachées dans les appartements de Kaasa et Io. »

« Tu es très observatrice. » ajouta le gardien du Pacifique Nord.

« Tu oublies que j'ai passé quatre mois en votre compagnie. »

Les yeux fixés sur le Serpentaire, il détaillait son visage typé, se gavant de sa beauté comme s'il voulait graver chaque détail du corps de la brune dans sa mémoire. Il bénit son entraînement à masquer ses émotions. Il savait qu'il renvoyait une image lisse ce qui maintenait la neutralité d'une sorte de statu quo entre guerriers sacrés. Peut-être était-ce un tort d'ailleurs ? Baian avait été formé pour rester fier lui aussi. Aurora était transparente, libre et ne tenait rigueur si son visage affichait tristesse ou joie. Une image qui tranchait avec la plupart des protecteurs servant les Dieux.

« Et si nous sortions de cet endroit .. ? » dit alors l'homme.

« A quoi penses-tu ? »

Dans le Sanctuaire sous-marin, les Mariners ont beau avoir vécu au fond des océans, les missions les amenaient suffisamment sur les côtes pour que les Généraux ne sois plus aussi ignorants qu'ils se plaisent à l'imaginer sur les relations personnelles. Les histoires sans lendemains ne riment pas forcément avec inconséquence, et certains comme Baian estimait qu'ils doivent être librement consentis.

Son cerveau avait été en court-circuit de la voir dans cette tenue près du corps. Cela lui rappela .. leurs premiers émois. A nouveau le cours de ses réflexions le dérangea et il s'admonesta. Le Canadien la fixait toujours et avait jusque là réprimé ses désirs. Cela devenait de plus en plus compliqué de rester un digne Général.

« Raviver d'agréables moments, chevalier. » finit alors par admettre le Canadien.

Aurora plongea son regard dans celui de l'Hippocampe aux magnifiques yeux verts. Ils se dévisagèrent de longues secondes, une lueur de désir allumée dans leurs prunelles. Quelques mètres plus loin, le Garuda se retenait de ratatiner ce Général et l'envoyer nourrir les requins.

Mais un des chevalier d'Or le stoppa.

« Inutile, elle n'entendra raison. » conseilla Camus.

« Ce Marina va goûter à ma force. » s'insurgea le Népalais.

« Elle ne t'aime plus. » répliqua Milo.

« Tu dis cela parce que tu n'as jamais tenter ta chance ? »

Les amis du huitième gardien n'en redirent rien. Tous connaisse l'amitié ambiguë liant les deux protagonistes.

Milo n'a jamais été capable d'avouer ses sentiments pour le Serpentaire. Il s'y refuse. L'institution militaire qu'il avait reçu tout comme ses camarades passait avant tout désir personnel et maintenait une sorte de limite entre lui et Aurora, malgré leur affection réciproque. Car il était impensable pour le Scorpion de songer à autre que le devoir et sa foi en Athéna aux côtés d'Aurora. Elle est sa sœur d'arme, rien d'autre.

Ce dernier voulu flanquer une droite au Juge, se sentant humilié. Mais d'un simple regard polaire du Verseau il se ravisa.

« Dit-donc, il y en a qui danserait avec nous ? »

Les amies d'Aurora venaient de s'imposer au milieu du groupe.

« Volontiers. » répondit le Cancer, souhaitant détendre l'atmosphère : « J'ai envie de me changer les idées ! » en jetant un œil noir à ses compagnons.

Luisa : « Allez venez, vous êtes si sérieux ! »

Les Ors ne pensaient pas qu'ils renvoyaient une image d'eux si stricts. Aurora leur avait fait la remarque plusieurs fois. Alors ils se regardèrent, encore indécis et finalement Saga se lança à son tour : « Je relève ton défi. »

Les autres furent ahuris de voir le Gémeau s'en aller avec l'amie de la brune, ravie de danser avec cet Apollon d'un mètre 88.

Aphrodite et Shura suivirent à leur tour Natalià. Cette dernière déclara au Verseau : « Camus, vous êtes français aussi ? Je suis du sud-est. »

« Des Alpes. » répondit -il dans leur langue.

« Vous venez danser ? »

« Je ne connais pas les pas. »

« Je vous apprendrais si vous voulez. »

Il suivit le trio sous le nez de Milo, Aiolia, Shaka et Mu qui faisaient résistance. Ils "surveillaient" Aurora, occupée à flirter avec le Marina.

« Combien de temps ça va durer à votre avis ? » intervient Aiolia en fixant le couple d'amis plus loin.

« Ils nourrissent apparemment une relation toute particulière. » constata Shaka.

Le cœur du Scorpion se serra à cette allégation.

Surgit alors une élégante femme aux cheveux roux. Elle s'approcha de l'Indien et s'exclame : « Excusez-moi jeune-homme, je ne cesse de vous admirer depuis tout à l'heure, vous n'êtes pas d'ici n'est-ce pas ? »

Shaka parfaitement inébranlable répondit solennellement : « Effectivement. Je suis de la contrée de l'Inde. Cependant, mon père était Grec, comme la plupart de mes compagnons ici présents. »

« Cela explique vos yeux magnifiques et votre incroyable chevelure. Je n'ai jamais rien vu de tel ! » clame joyeusement l'inconnue.

« Je vous en remercie, chère madame. »

« Appelez-moi Tina. »

« Alors merci à vous Dame Tina. »

« Vous êtes bien poli. Cela manque de nos jours. » Puis en regardant les autres chevaliers, elle questionna :« Ce sont vos amis ? Ils sont tout aussi charmants. Venez avec nous ! » désignant son groupe assis un peu plus loin, levant leurs verres à l'attention des jeunes-hommes.

Ces derniers voulurent ouvrir la bouche mais une certaine tornade Aurora intervient. La téméraire hébétée considéra la treizième quelques secondes puis, elle se ravisa et rejoignit ses d'amies, la mine mauvaise.

Aiolia demande à Aurora : « Que t'arrive-t-il ? »

« Cette coquine veut jeter son dévolu sur vous, j'allais quand même pas la laisser faire ! C'est trop pour des hommes sacrés ! »

« Et pourquoi donc ? » demanda Shaka, curieux.

« Saint Shaka, je rêve ou ça te plaisait ? »

« La situation était incongrue mais j'ai apprécié l'intérêt que me portait cette femme ainsi que sa démarche. »

« Tu me fais marcher. » railla Aurora.

« Tu nous as toi-même conseillé de découvrir les grâces de la vie, pourquoi ne pas commencer ici ? »

Le groupe faillit s'évanouir.

Aurora en rigolait presque : « Je suis désolé d'avoir gâché ton coup ! » Elle retourna chercher la dame en question.

« Vous devriez aller retourner voir mon ami là-bas, il n'est pas insensible à vous ! »

« Vous venez à l'instant même de dire le contraire. »

« Juste pour le brun, (en parlant de Milo). Pour le bouddhiste, faites-vous plaisir je vous en prie ! »

La femme regarda avec mépris le chevalier et retourna auprès de Shaka qui invita la femme à discuter à une table plus loin.

« Au moins un qui va s'amuser ce soir ! » se frotta les mains Aurora en se dirigeant vers le bar.

Mais elle sentit soudain des bras puissants la capturer, des bras qu'elle connaît bien la mettre à l'abri des regards, à l'extérieur de l'établissement.

« Lâches-moi toute de suite, Eaque ! »

Ce dernier retourna vivement le Serpentaire et lui fit face, le retenant par les épaules contre un arbre.

« Tu es particulièrement en forme ce soir ! »

Aurora considéra le Spectre et voulait lui en coller une. Quel toupet ! Mais l'homme était vraiment séduisant. Eaque était vêtu d'un pantalon sombre et d'une chemise mauve foncée le rendant terriblement élégant. En surplis ou en civil, il est le même : inatteignable, captivant. Il possède un charisme extraordinaire.

« Dégages d'ici ! »

« J'aime lorsque tu te met en colère. » Il se pencha pour s'abreuver de l'odeur exotique qui le fait frémir.

La brune sentit alors des papillons parcourir tout son bas-ventre. Elle ne chercha même pas à se défaire de l'emprise du Juge, trop émoussée psychiquement, puis glissa finalement une main dans la chevelure du Garuda, déjà vaincue. Ce dernier approcha sa bouche de celle du Serpentaire et plongea ses lèvres sur les siennes. Eaque lui manquait. Beaucoup trop. Aurora n'avait pas fait l'amour depuis longtemps. Elle s'en veut déjà de succomber à la tentation.

Le Juge s'aventura sur le flanc vertigineux qu'il connait parfaitement, sentant le souffle de sa partenaire s'accélérer.

« Aurora … » murmura Eaque à son oreille, « Descend avec moi à Antenora, comme avant. »

Il jouait avec les lèvres de sa bien-aimée.

« Tu sais très bien que c'est pas possible. »

« Je te veux, Mutu. »

La main glissa en l'entre-jambe de la portugaise. Au contact des doigts de ce dernier, Aurora ne put réprimer un gémissement. Sentant déjà l'humidité présente, le souffle du Garuda devint plus fort. Elle lui caressait le visage, lui réclamait un baiser qu'il lui donna sans discuter. Troublée, surexcitée, Aurora céda. Le Népalais était trop enivrant, connaissait trop bien les réactions de son propre corps. Elle aventura sa main vers la ceinture de l'homme pour y caresser de ce qu'il a de plus intime. Le Juge ne pouvait dissimuler la formidable érection qui le tenait. La brune se frayait un chemin dans le pantalon du spectre et touchait avec grâce le membre vigoureux gonflé par le désir qui empoisonne le Juge.

« Cela te plaît, n'est-ce pas ? » dit-il en la regardant de son air supérieur, ce rictus narquois au coin des lèvres, « Tu aimes m'affaiblir ? Tu aimes jouer avec le Garuda … »

Une des mains s'était engouffrée dans le décolleté de la portugaise et s'est emparé d'un sein en le palpant farouchement, agaçant les pointes bien en vue. Elle lui pris l'autre main pour la mettre sur sa fleur en souriant. Eaque commença à caresser le Serpentaire comme il sait le faire, dégustant son désir, désirant entendre son plaisir comme récompense. Aurora l'embrassait avec ardeur, faisant de lents vas-et-viens sur le membre du Garuda. Ils haletaient tous les deux, perdus, toujours amoureux.

Il la poussa plus loin pour accomplir discrètement sa tâche, dégustant chaque spasme de son intimité.

« Plus vite ma belle. » ordonna-t-il en guidant la main du Serpentaire.

Rapidement, Aurora eut un orgasme avec les doigts joueurs du brun qui colla sa bouche à sa partenaire afin qu'elle n'alerte pas les curieux. Il découvrit la majestueuse poitrine de la jeune-femme et se mit à embrasser les belles poires tandis qu'elle continuait des vas et viens rapides sur la colonne de chair. Eaque la poussa à s'agenouiller et porta son membre aux lèvres de la bien-aimée. Elle l'attrapa en bouche et commence à l'aspirer avidement. Le Juge eut un hoquet de surprise : il ne tiendrait pas longtemps. Elle s'appliquait avec avidité, son membre bloqué dans cette cavité chaude qui le rendait fou. Elle était la seule à le satisfaire de cette manière.

Après quelques instants de bonheur, il dégagea son membre des lèvres de la treizième. Elle compris ses attentions et pris la verge pour la glisser entre ses seins.

Il s'aventura entre le creux des seins de longues secondes. Eaque se contracta soudain et déversa toute sa semence sur son amante, la considéra un moment en train de goûter au nectar du Garuda alors qu'il lui caresse les cheveux.

« Tu finiras dans la vallée des gourmands, Aurora .. » avertit-il.

« Tu as un membre parfait. Et crois-moi j'en ai sucé des queues endurantes. »

« Tu es si irrévérencieuse.. » Il la redressa et lui essuya la poitrine. Puis en la rhabillant il prévint, « Un tel langage ne devrait pas sortir de cette jolie bouche. »

« C'est ça que tu aimes Eaque, parce que je suis contre tous tes principes. »

Le Népalais embrassa sa muse. Il ne sait plus quoi penser de tout cela. Il sait qu'elle est sa propriété et refuse obstinément qu'elle souffre à d'autres que lui. Cette pensée le fait bouillir de rage. Mais il n'a pas le temps d'en faire plus qu'il sent un photon le frôler.

Il se retourne, furieux.

Le Scorpion.

Le Serpentaire remit rapidement sa robe et anticipa la réaction du huitième :« Milo ! Ne t'en mêles pas. »

« Toi, tu viens avec moi. » ordonna-t-il en la couvrant de sa veste, voyant la jeune-femme dévêtue.

« Mais … »

« Pour qui te prends-tu ? » railla le Juge.

« Il a raison. C'est mieux pour tout le monde. »

Baian venait d'entrer en scène, mains croisés sur la poitrine. Le Spectre se ravisa, ne souhaitant affronter un Saint d'or et un Général en même temps, en temps de paix. Il envoya un dernier regard à Aurora, ne voulant en aucun cas se justifier. Un regard qui disait : « J'en ai pas terminé avec toi. »

Un peu plus tard, après avoir surveillé son amie échanger avec l'Hippocampe toute la soirée, Milo les voit se frayer un chemin parmi la foule. Le Scorpion chercha son amie longtemps avant de se raviser. Il souffla d'inquiétude. Revenu à son temple, il eut bien du mal à trouver le sommeil. Où était-elle ? Avec qui ? Et comment va t'elle ?

Au petit matin, Saga, Angelo et Aiolia partirent chercher le Scorpion. La treizième n'était pas rentré en son temple.

« Nous devons la retrouver avant que le Seigneur Shion ne soit au courant. C'était son dernier jour de permission hier.» déclara le Lion.

« Nous n'ignorions pas ce qu'il en retourne lorsqu'elle se laisse guider par ses émotions. » poursuit Saga.

« Allons à sa rencontre. » proposa Angelo,« A mon avis, elle a passé la nuit à Athènes. »

« J'espère qu'elle se porte bien. Elle est très instable en ce moment. » continua Aiolia.

« Je suis certain qu'elle va bien. » assura le Gémeau en s'avançant.

Sur ces vaillantes paroles, le groupe quitte le Sanctuaire. Après une bonne heure de recherche, ils se retrouvent dans les campagnes d'Athènes là où ils ont senti les dernières traces du cosmo d'Aurora. Les chevaliers tentent de sonder la région.

Saga fronça les sourcils.

« Elle est passée par ici. » fit-il en se concentrant.

Le Cancer ne parvenait pas à localiser la portugaise et répliqua agacé : « C'est pas possible, elle va nous rendre chèvre ! Où est -elle donc !? »

A peine ont-ils décidé de se séparer pour retrouver la fuyarde qu'une énergie sombre s'empare non loin des lieux. Ils se concertent du regard : Eaque du Garuda n'a pas chômé cette nuit. Il est lui aussi à la recherche de son ex maîtresse. Il enrageait de son impuissance.

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A quelques lieues d'ici, la Treizième s'abreuvait de la tendresse et de l'affection de son amant du jour. Elle voulait oublier Eaque. Elle le devait.

Elle gisait dans son plus simple appareil et fermait les yeux en savourant les baisers passionnés du bel inconnu à ses côtés. Enfin, tout est relatif. Il ne l'est pas pour elle. Une longue chevelure châtain lui chatouillait le bas du dos pendant que sa langue parcourait les formes de sa maîtresse, les mains caressant ses hanches. Les yeux verts perçaient la jeune-femme de leur beauté.

Le Général Baian du Cheval des Mers venait de passer la plus passionnelle des nuits en compagnie du Serpentaire.

«Prends-moi violemment. »

Ce dernier, léger rictus au coin des lèvres commença sa quête du plaisir en embrassant la nuque de sa partenaire. Les mains puissantes revinrent pétrir la poitrine du chevalier. Aurora avait posé ses mains sur le torse robuste et ciselé de l'homme pour le caresser pendant que le serviteur de Poséidon embrassait chaque sein. Les bras fermes s'emparèrent à nouveau d'elle pour l'allonger sur les draps de satin. La brune se pendit à son cou, leur langues n'avaient cessé leur danse enivrante. Le Cheval des mers dévorait le corps du Serpentaire de baisers brûlants, agaçant la peau de ses rocs affamés. Sa bouche descendit le long de son corps, et finit sa lente course sur l'objet du désir de Baian.

Aurora se redressa sur un coude, juste assez pour pouvoir caresser la crinière folle du Marina léchant la fleur sacrée du chevalier.

« Prends-moi toute de suite, Baian. » ordonna le Serpentaire.

Mais il veut la dominer, c'est ce qu'elle aime.

« Je préfère quand tu luttes. » répondit le jeune-homme en se relevant pour s'emparer à nouveau de la bouche de la portugaise.

Baian fait partie de ces anciens amants avec qui elle entretenait une forte relation. Ils ont été attachés lors de leur rencontre, lorsqu'elle a passé quatre mois en compagnie des Mariners. Lui plus qu'elle certainement. L'Hippocampe n'a pas oublié les moments passionnels en compagnie du Serpentaire. La voir rien qu'à lui est une aubaine depuis hier, et il compte bien en profiter.

Aurora initia alors les première caresses sur l'érection du Canadien avec soin, frémissant d'excitation, le regardant dans le fond des yeux pour se nourrir de son désir. Baian tenait fermement sa maîtresse afin qu'elle ne bouge pas. Elle, si directive va recevoir une bonne leçon.

« J'ai t'ai désiré à la seconde où je t'ai vue. » lui avoue ce dernier.

« Moi aussi. » répondit-elle en jouant de sa langue chaude.

« Pourtant, tu t'es offerte à ce Spectre. »

« Malédiction, tu nous as repéré ! »

« J'ai assisté à ta dépravation. »

« Qu'as-tu préféré ? » lui léchant les lèvres qu'il mordilla.

Baian la fixa :« Ce moment où tu le laissais se soulager sur cette poitrine, que je vais aussi goûter. » .

« Baian ! »

Ce dernier sourit,« Je vais te chevaucher avec rage, Serpentaire. »

« J'aime quand tu me traites de cette manière, mon beau poney. »

« Cesses donc de me nommer ainsi. »

« J'aime aussi quand tu te fâches. » continua t'elle insolente, un sourire de connivence.

Il retourna vivement la jeune-femme, la fessant et admirant quelque instants le flanc bombé du chevalier. Elle ricana et tendit son flanc plus loin. Il pointa son membre entre les fesses et plongea dans l'intimité inexplorée, lui arrachant des soupirs extatiques. Le châtiment n'en faisait pas moins frémir le chevalier. Le haut gradé de Poséidon échappa un soupir lascif, se pressant contre le corps désiré qu'il enfonçait en fort coups de reins rapides. Baian était électrisant, animal. Il saisit la chevelure flamboyante d'Aurora et la tenait fermement par les cheveux, des spasmes intenses détruisaient ses nerfs avec une cruauté sans égal. Le claquement de leurs hanches étaient assourdissant, les mains de l'homme pressaient ses cuisses avec plus de force pendant qu'il entendait les gémissements incontrôlés du Serpentaire, répondant avec sa fougue habituelle qu'elle en voulait de plus en plus fort.

Commence alors un dialogue que eux seuls comprenne en ces termes.

« Tell it you like that ! » dit alors le Canadien.

« I Love the way you fuck me ! »

« Say my name, Aurora. »

« Baian ! Once again ! »

« What do you want ? »

« Hit me like a truck !»

« You, real bitch. » souffla-t-il à son oreille, faisant gémir le chevalier.

« Damn it, Baian ! »

« LordBaian, Gold Saint ! »*

Il n'a pas lâché de sa poigne ferme les cheveux d'Aurora. Ils adoraient faire l'amour en anglais. Elle trouve Baian très viril ainsi. Le Canadien retourna sa maîtresse et l'obligea à s'allonger sur le dos. Il bloqua ses mouvements, un sourire au coin des lèvres.

Elle vit l'homme se lever : « Je reviens. » et disparaître quelques instants dans la salle de bain. Ce dernier revint auprès d'elle trempé, beau comme un Dieu après une baignade en mer. Il se rapprocha dangereusement du visage du Serpentaire assis sur les genoux et saisi de sa main la nuque de la jeune-femme, ce regard qui en disait long. Elle arrondit ses lèvres sur le membre tendu, serrant la bas fermement et plongea le goût tiède vers sa gorge, glissant la langue contre la chair salée. Le Canadien sentit une cavité gourmande le prendre en entier.

Durant de longues minutes qui lui parurent une éternité, il se retenait de ne pas crier de plaisir alors que son corps frémissait en tentant de se vider entre les lèvres de la portugaise friande. Sa bouche était un velours humide, ses joues se creusaient en succion régulière et sa langue un jouet qu'elle faisait glisser le long de sa hampe. Il ne tenait plus. D'un geste, il quitta cette bouche pour se mettre à califourchon sur la guerrière. Il lui écarta les jambes et la pénétra, ne laissant pas un millimètre de son corps en dehors. L'étreinte du Général était puissante, teintée d'une réelle douceur et sembla se prolonger délicieusement à l'infini. Baian accéléra, sentant que son corps ne supporterait plus longtemps le déni de l'orgasme qu'il recherchait tant. Aurora se contracta brutalement. Il ne pensa plus. Il sentit son corps se raidir, une onde plaisir explosa en lui, s'échappant de son sexe plongé en elle. Il s'écroula sur le corps de la jeune-femme.

« Tu aurais pu attendre. » lui dit-elle en se calant contre son torse, amusée.

« Accordes-moi quelques minutes et je te ferai jouir à ton tour. » promet -il,« Pardonnes-moi, tu me fais toujours autant d'effet. » admet t'il.

Alors qu'ils s'embrassent tendrement, Baian contemplait le chevalier, le regard amoureux.

« Tu es la plus belle femme que je n'ai jamais vu. »

Le chevalier ria doucement et lui donna un baiser.

«Toi et moi ça toujours été spécial, Baian. » consentit le Serpentaire, « Il y a quelque chose de fort qui passe entre nous. »

L'homme lui caressa le visage sans un mot.

Ils se câlinent tendrement, par petits baisers, se regardaient avec complicité et passion durant les instants qui suivirent. Le Marina sentit le désir s'emparer à nouveau de lui. Il voulait lui donner sa part de plaisir.

Aurora griffa les abdominaux et s'installa rapidement sur lui. Elle commença à se masturber sans le quitter des yeux et lui pria de faire de même en la guidant vers la colonne de chair. Ce dernier s'exécuta, admirant le chevalier qui se frottait à lui. Elle haussa ensuite les hanches et plongea le membre en elle. Il gémit de surprise. La brune posa ses mains sur le ventre ferme du Cheval de Mer et balança ses flancs, faisant aller et venir son partenaire dans son intimité durant de longues minutes. Il tendit les mains vers les fesses rondes, les empoignant, tentant d'accélérer leur mouvement. Le Serpentaire se pencha alors sur lui, plaquant le sexe de son amant sur sa paroi sensible. Elle eut un petit cri alors que Baian heurta l'endroit désiré. II sentit le tunnel duveteux s'humidifier de plus en plus et le corps d'Aurora se rigidifiait, à la limite de la crampe, son souffle sucré accroché au plaisir qui gonflait dans son membre. Elle ouvrait la bouche en plainte non articulées, tendant les mollets vers l'arrière.

Et puis soudain le plaisir l'envahit, son corps tressauta en orgasme humide sur son partenaire qui manqua de le faire jouir à nouveau. Il se redressa et tout en tenant les fesses de la brune, il la pénétra plus fort. Après quelques coups de reins supplémentaires, il se vida une seconde fois en elle.

Satisfaite, la Commandante chevalier se cala contre le torse de son amant qui lui caressa les cheveux.

« Quelle femme. Je devrais te garder prisonnière. » fanfaronna le cheval des Mers en lui embrassant le front.

« Imbécile. » répondit la guerrière.

Ils s'endormirent sereinement, un plaisir non dissimulé sur leurs lèvres. Ces deux-là s'étaient bien trouvés.

Car Baian et Aurora se sont revus, encore et encore.

Eaque l'apprit et s'entraînait sans relâche avec violence pour laisser cette frustration sortir de son esprit. Pourquoi ce Marina ? Que lui trouve t'elle ? L'aime t'elle ? Qu'est-ce qui lui arrive ?

Maintes fois il voulut se rendre au Sanctuaire sous-marin en tant qu'émissaire afin de s'expliquer avec le Général mais son Seigneur fut mis au courant par Poséidon, qui avait déjà bondit au plafond de son Palais lorsque son Général et ce chevalier d'Athéna comptait fleurette dans son domaine.

Mais la menace Arès arriva. Aurora devait se concentrer sur sa tâche et abandonner tout plaisir dans les bras du séduisant Baian. Ce dernier la laissa libre, à regret mais comprenait mieux que personne : le devoir d'un guerrier sacré passe avant toutes raisons personnelles.

Eaque voulait attendre le meilleur moment : là où elle est vulnérable. Mais le Serpentaire disparue dans cette terrible guerre. L'Hippocampe avait été très touché par la « mort » du Saint d'Athéna qu'il affectionnait. Mais il se devait de l'accepter. Ils sont tous conditionnés pour ça. Aurora s'est comportée comme une vraie combattante, juste et inflexible.

Pourtant habitué à la mort depuis l'enfance, le cœur d'Eaque s'est fendu en mille morceaux lorsqu'il a vu l'âme de son grand amour disparaître de la surface terrestre. Il ne voulait en aucun cas devenir son courroux au Tribunal des Enfers. Il a ainsi demandé une faveur à Rhadamanthe : juger Aurora à sa place. Car il s'en savait incapable. La Wyvern n'a pas blâmé son frère. Il sait que ce dernier a profondément aimé ce chevalier, et, quelque part, cela l'impressionnait.

Dans son bureau au Tribunal, lui-même se posait cette question, dérangé dans ses fonctions par la tendresse qu'il éprouve pour l'amie d'Aurora, Luisa qu'il repère lorsqu'il va en surface se changer les idées. Cette femme est têtue, excessive et n'a que faire des ordres. Rhadamanthe apprit à la connaître « au loin », et sondait son âme : une écorchée-vive. Un paradoxe qui a touché le cœur glacial de la Wyvern. Car on n'apprivoise pas le Dragon des Enfers et sous ses dehors autoritaires, Luisa l'a bien compris.

Des mauvais garçons, elle en a connu. Un Juge de l'Enfer, ça serait une belle consécration dans son tableau de chasse ! La brune vient de la rue, a fréquenté nombre de voyous, a fait des séjours en prisons. C'est une ancienne délinquante, mal influencée durant son jeune âge comme le plupart des vauriens de son genre. Durant des années, elle a fréquenté Marko le beau et fier leader, le corrompu à éviter absolument, le mal en personne. Et elle n'a pas réussi à se soustraire totalement de ses démons.

Rhadamanthe l'a remarqué et « veillait » sur elle, envoyant de temps à autre ses hommes. Et pas n'importe qui, les meilleurs éléments : les lieutenants s'adonnant à la tâche discrètement à tour de rôle. L'Anglais leur donnait des jours de permission en surface, un faux prétexte bien entendu. Alors avec la discipline qui caractérise la division de la Wyvern, ils « gardaient » Dame Luisa qui ne remarquait rien du manège.

ll y avait chez la portugaise quelque chose qui éveillait un vieux souvenir. Lequel, l'Anglais aurait été bien en peine de l'expliquer, voire même de le désigner; une pensée, une sensation, une odeur… Tout autant de choses que l'oubli qui s'était appesanti tel une chape de plomb sur son esprit l'empêchait de considérer.

Aurora l'avait sondé dans ces yeux clairs énigmatiques qu'il avait égarés en direction de son amie, elle avait vu. La vie. Pas ce simulacre d'existence qui permettait aux spectres de se mouvoir, ou de communiquer, mais bien cette lumière, mobile, résolue, interrogatrice à l'égard de sa meilleure amie. Cela n'avait duré qu'un instant mais non sans emporter avec lui un morceau d'espérance.

Luisa s'était tue en la présence du Dragon. Et tout ce que Rhadamanthe entendait était les battements de son propre cœur à la vue de la brune. Sourds, ils cognaient dans sa poitrine, jusqu'à envahir sa gorge, puis sa tête.

Par Hadès, voilà donc le pouvoir des émotions humaines dont parlait Eaque ?

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*traduction fr

« Dis que tu aimes ! » dit alors le Canadien.

« J'aime comme tu me baises ! »

« Dis mon nom, Aurora. »

« Baian ! Encore ! »

« Que veux-tu ? »

« Défonces-moi bien !»

« Tu es une vraie s***** » souffla-t-il à son oreille, faisant gémir le chevalier.

« Vas-y, Baian ! »

« Seigneur Baian, Chevalier d'or !