CHAPITRE 15

Engendrement

Les mois passent, le chevalier du Serpentaire, attend patiemment la venue de son enfant aux côtés d'Argol, au détriment de Milo qui dissimule sa grande peine. Eaque quant à lui, ne se résigne pas à abandonner la muse de son cœur. Entre joies et colères, un intrus s'invite bientôt au Sanctuaire, surprenant ses habitants ...

Sanctuaire, Octobre 2007

Au milieu de la vaste forêt du Domaine sacré, dans le centre d'entraînement des femmes chevaliers, les exercices vont bon train.

Au sein de son groupe, Mia vêtue de sa tenue d'entraînement, surveille les affrontements des apprenties à l'instar de Fujiya, à quelques mètres de là et qui à 14 ans à peine n'éprouve aucune pitié pour ses adversaires.

Plus loin, des Saints expérimentées de toutes castes confondues s'exercent seules et méditent. D'autres profitent du magnifique paysage pour se détendre dans la rivière ou dans l'herbe épaisse et douce comme de la mousse, la tête en appui contre les colonnes doriques de ruines anciennes.

Alors qu'elle allait asséner un crochet de droite à son adversaire, la Japonaise s'immobilise soudainement, sentant un cosmo approcher. Elle tourne la tête vers le sujet de sa réflexion : une énergie familière provenant du fond des bois. Elle concerte Mia du regard : même si les mœurs ont évolué au sein du Domaine, les hommes ne peuvent fréquenter le lieu des femmes à moins d'avoir l'accord du Saint du Serpentaire en qui le Pope confie toutes autorité sur l'armée. Cette dernière étant indisponible avec cette grossesse surprise, c'est à Mia en qui Aurora a légué tous ses pouvoirs hiérarchiques sur cette partie de l'île. Le reste est confié à Saga, actuel Commandant des troupes du Sanctuaire.

Après quelques instants, un homme d'une vingtaine d'années à la chevelure châtain grise foncée, aux traits nordiques et pourvue d'une belle armure d'Argent met fin au suspense : Asterion des Chiens de Chasse, intime d'Amaria de la future Chouette marchait tranquillement en direction du Saint du Sagittaire sans prêter attention aux jeunes-filles ramenant immédiatement un chlamyde devant leur corps afin de camoufler leur nudité aux yeux de l'indésirable. Il était accompagné d'une adolescente à peine plus âgée que Fujiya. Cette dernière haussa un sourcil interrogateur.

A la vue du télépathe, l'ancienne élève de la Treizième saute de son piédestal d'où elle supervisait les entraînements et accueille son camarade naturellement, devinant l'objet de sa venue.

« Bonjour Asterion. »

« Bonjour Mia… » répond amicalement le Saint de la Meute, « Je te prie d'excuser cette irruption dans votre camp. Ordre du Grand Pope. »

« J'avais bien compris, » rassure la portugaise, « Cette enfant est donc la nouvelle dont nous parlait le Seigneur Shion ? »

« C'est exact. » répondit le Danois, « Voici Tessia Borang. Elle a été recueillie par l'un de nos compagnons en mission. Elle concoure désormais pour l'armure du Paon. » Puis il s'adresse à sa protégée et prend un air plus supérieur : « Jeune-fille, je te présente Mia Saint d'Or du Sagittaire. Elle a vaincu la Reine des Amazones.»

« Mes hommages Dame chevalier, tout l'honneur est pour moi de vous rencontrer. » répondit la jeune-fille en se courbant, impressionnée par le rang de son aînée.

Mia ricana doucement : « Bonjour Tessa. » répond t'elle en rangeant son arc dans son étui,« Nous partageons tous la même passion pour Athéna en cet endroit. » de sa voix douce et généreuse, « Mia suffira. D'où viens-tu ? »

« Je suis née dans les contrées d'Inde du Nord. Mais j'ai grandie en Birmanie avec mon frère Adi. »

« Lequel de tes parents était Grec ? » continue la Sagittaire.

« Ma mère. Elle exerçait le métier de secouriste. Elle y rencontra mon père, un ancien Rishi* issue d'une très ancienne tribu. »

« Qu'est-il advenu de ta famille ? » questionna à son tour Asterion.

« Ils ont été tué par des mines lors d'une mission de sauvetage. Mon jeune frère a perdu l'usage de sa vue et d'une jambe. Mais il a étonnement développé des dons. »

« Je vois, tu n'as pas été épargnée par la cruauté des guerres humaines. » concéda Mia, « Où est placé ton frère ? »

« Il est établit auprès des serviteurs des Saints d'Argent. »

« Ton cosmo aurait dû se développer durant l'enfance. » rétorqua Asterion.

« En effet, Maître Asterion. Cependant j'aidais mon père à subvenir aux besoins des démunis grâce à mon aptitude de Sattva, un dérivé de la conscience de la Déesse Shakti.* » explique la jeune-fille aux longs cheveux miel, « J'ai reçu ce pouvoir grâce à mon père qui m'a longuement initié aux traditions de notre pays. J'ai également eu connaissance d'arts martiaux ancestraux de la région. Papa disait souvent qu'il sentait une énergie autre, différente et chaleureuse au sein de mon cœur. »

« L'énergie des futurs chevaliers d'Athéna. » conclu la Meute.

« Oui, je l'ai compris peu après l'accident. »

Mia fronça les sourcils : « C'est-à-dire ? »

« Tessia a utilisé sa seule conscience pour déblayer son frère des décombres. » affirma le Danois.

« Par Athéna … » songea Mia, « C'est un don rare. » Elle fixa un moment la jeune prodige puis commenta : « Cela ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un futur Saint d'Argent. Sois la bienvenue au Sanctuaire. »

« Merci Dame Mia. »

« Tessia sera sous mon autorité pour sa préparation de chevalier, » prévint Asterion, « Elle sera néanmoins formée par le Saint d'or de la Vierge lorsqu'elle aura acquis les bases de notre ordre. »

« En effet, Shaka sera tout à fait s'occuper de son initiation. »

« Le Saint d'or la Vierge ? » ouvrit de grands yeux Tessia, « J'ai entendu parlé de cet homme. On dit qu'il est le plus proche du Dieu Bouddha. »

« Nous allons aller à sa rencontre. » continua Asterion, « Mia, je prends congés. Je ramène la petite auprès du Seigneur Shion. »

Mia hocha la tête et dit à l'attention de la protégée : « Bonne chance. »

« Merci. »

Au grand hall du Palais, les différents chevaliers convoqués patientent derrière les lourdes portes. Aiolia du Lion, Aldébaran du Taureau, Shura du Capricorne et Shaka de la Vierge discutent entre eux. Un peu plus loin, Ptolemy de la Flèche, Sirius du Grand Chien et Merio de la Coupe attendent la venue d'Asterion.

Milo du Scorpion était un peu en retrait, adossé contre une colonne en marbre. Il avait les yeux fermés et les bras croisés sur sa poitrine. Il semblait des plus calme cependant son ami du Verseau remarqua l'agitation qu'il tentait de camoufler depuis quelques temps. Il s'avança vers le huitième gardien.

« Que t'arrive t-il, Milo ? »

Le Grec ouvrit les yeux et répondit au français : « Mon armure a résonné hier soir. Et j'ai remarqué que la constellation du Scorpion scintillait plus que d'habitude. »

Camus fronça les sourcils et lui demande après un court instant : « A ton avis, est-ce de bonne augure ? »

« De grands changements se profilent. »

«Où veux-tu en venir ? »

« L'avènement de mon successeur. » déclara le huitième gardien, un léger rictus au coin des lèvres.

Camus se redressa davantage, étonné par cette allégation. Cela ne signifie qu'une chose …

« Aurora va mettre bas. » termine t'il?

Milo hocha la tête.

« Vous parlez d'elle comme d'un mammifère .. c'est pas une vache ! » proteste quelqu'un au loin.

Une voix féminine qu'ils reconnaissent se mêla à la conversation. Luisa, l'amie civile du Serpentaire, assistante de Shion à temps partiel, est présente depuis environ un an au Palais. Elle est surtout chargée d'entretenir la forme des non combattantes du Sanctuaire grâce à ses compétences de professeur de karaté et de danse. La brune s'occupe aussi des doléances des villages du Domaine sacré. Enfin, plusieurs fois par semaine elle aide le Pope dans ses tâches administratives.

Quant à Natalià, ancienne chargée de clientèle, l'autre amie d'Aurora, elle s'occupe des relations entre les entreprises Kido et le Sanctuaire : fonds, échanges, vente de matières premières, préservation du site. La jeune-femme a accepté cette nouvelle vie lorsqu'Aurora lui a révélé sa véritable identité. Elle a décidé de rester auprès de son amie elle aussi même si elle est souvent en mission en dehors du Domaine pour ces raisons professionnelles.

Luisa est protégée par les chevaliers de son ancien amant, Marko. Un homme dangereux évoluant dans le milieu narcotique. La brune vit en toute quiétude au Domaine sacré et sortait de temps à autre fréquenter … un certain Rhadamanthe de la Wyvern.

Les bras chargés de dossiers, cette dernière traverse le grand Hall avec cette mine habituellement renfrognée. Les chevaliers sont à présent habitués à sa présence et son fort caractère.

« Milo ! Tu es sûr de ce que tu avances ? » intervient alors Merio.

« Il n'y a pas le moindre doute. »

Luisa était enjouée et s'exclama :« Bon sang, j'ai hâte de voir mon futur neveu. »

« Aurora et toi n'avez aucun lien de parenté. » rétorqua alors Camus.

« On a grandi ensemble, on est comme des sœurs. » grogna Luisa, « Et puis, tu devais pas aller aider Natalià dans son projet de restructuration de la bibliothèque du Sanctuaire ? »

« Nous serons amenés à voir cela en journée. » fit sèchement Camus.

« Tssss…. » se moque Luisa,« Je ne sais vraiment pas ce que tu attends le Verseau .. » poursuit-elle pour provoquer le onzième gardien. Tout en remettant ses cheveux en place elle dit sans sourciller : « Nat est la version féminine de ta personnalité, et française comme toi. Vous passez votre temps libre à échanger sur vos bouquins. A un moment donné, faudrait p'être passer à la vitesse supérieure ! » lâche-elle sans prendre de pincettes.

Le Saint des glaces fut indigné. Les Argents se pincent l'arête du nez et les Ors présents esquissèrent un petit sourire en coin, amusé par la répartie de la brune.

Le français se rembrunit : « Aussi désinvolte que le Serpentaire.. »

Il préférait éluder la question d'un regard désapprobateur envers Luisa qui chassa ses mots d'un geste de la main.

« Tu serais le Bon Dieu ça ne changerait rien. » déclara t'elle en ramassant des parchemins tombés au sol tant ses bras étaient chargés, « Tu as beau être un espèce de demi-dieu, t'en restes pas moins un homme !»

« Aucun respect pour la garde d'Athéna … » maugréa Camus dans son élégance naturelle.

La beauté de ses traits fins, sa longue et souple chevelure blonde vénitienne au modelage inexpressif le rendait encore plus sévère qu'il ne l'est. Incapable de déterminer ce qui l'animait réellement, beaucoup le considérait comme un être méprisant. Fort de l'amitié qui les liait depuis des années, Milo jugeait le comportement de certains à l'égard de Camus inapproprié, qui lui semblait vivre sa vie avec indifférence.

« On a pas élevé les cochons ensemble ! » répliqua Luisa nullement touchée par le Seigneur de l'eau, « Tu as besoin de passion l'Igloo ! »

Camus voulait rétorquer mais Milo changea de sujet afin d'éviter à son ami contrarié de transformer Luisa en glaçon géant.

« Est-ce que ce sont les écrits des anciens Popes que tu détiens là ? » demande t'il curieusement en lui tendant un vieux manuscrit provenant de la pile de dossiers anciens.

« Ouais, les lectures dans les étoiles .. ou je ne sais quel mot à sortit le Seigneur Shion à ce sujet. Ainsi que les réunions cruso machindes dernières années.»

« Crusos Sunagein. » reprit noblement Shaka, « Un ordre exceptionnel émanant du Grand Pope à l'attention de la garde dorée. »

« C'est le terme qu'il a utilisé. Qu'est-ce donc ? »

« C'est un rassemblement spécifique concernant les Saints d'or. Nous devons tous être présents au Palais avant l'aube. » explique Aiolia.

« Et dans le cas contraire c'est considéré comme acte de rébellion. » continua Aldébaran.

« C'est hyper carré. On se croirait à l'armée ! » souffla Luisa.

« C'est le principe militaire même de n'importe quelle légion ancienne ou moderne. » affirma Shura, « Seule l'organisation est différente… »

« Et vous portez des protections sacrées. » continua Luisa, « Mais je n'ai jamais été friande de ce genre de chose. La guerre en soit m'irrite. Si je la tolère au sein de votre structure c'est parce qu'elle est louable, vous protégez les faibles et vous servez les Dieux. »

« Tu serais à notre place peut-être aurais-tu une vision différente. » fit remarquer le Saint du Capricorne.

« Certes. Mais comme je n'ai ni pouvoir ni armure... Je suis prof ! » grogna t'elle. « Enfin ex prof .. » termina t'elle dépitée.

Les chevaliers remarquent une pointe de tristesse et d'amertume dans son discours et se concertent du regard.

Sirius s'approcha : « Luisa, la vie contemporaine te manque plus qu'on ne le pensait. Nous savons qu'il est difficile pour une civile de se plier aux protocoles de notre Domaine. »

« Je m'y fais .. » souffla t'elle en glissant les papiers dans les dossiers.

« Tu dois simplement faire preuve de rigueur lorsque tu quittes le Sanctuaire et être escortée.»

« Je m'en souviens. » répondit -elle.

« Maître Shion est heureux de t'avoir à ses côtés. Ton aide lui est précieuse.» rassura Merio, « Et puis Aurora est de loin la plus sereine avec toi. Depuis quelques années, elle n'a guère eu le temps pour ses amis. »

« Je me doutais bien qu'elle avait une vie hors du commun. » ajouta la portugaise,« Si j'avais un cosmo, j'aiderai les gens mais pas de cette manière ! »

« Que veux-tu dire, Luisa ? » intervient Shaka.

« Bah .. j'utiliserai mes pouvoirs pour punir ceux qui m'ont emmerdé ou fait du mal aux autres ! »

Effarement du côté des chevaliers.

Merio qui fait partit de la nouvelle génération de Saints, comprend les opinions de l'amie d'Aurora et ajoute : Luisa voulait simplement faire référence aux malveillants qui peuplent ce monde et qu'elle aurait voulu punir elle-même. »

« On utilise pas nos pouvoirs à des fins personnelles. » répliqua Aldébaran.

Luisa leva les yeux au ciel :« Vous devriez ! Ca purgerait le monde de pas mal de pourritures ! »

« Et qui punirais-tu en premier ? » sourit Merio amusé.

Son étincelante armure argentée brillait sous l'effet des rayons de soleil traversant les larges fenêtres du hall, une cape blanche et pourpre comme celle du Serpentaire se balançait au gré de ses mouvements.

« Mon ex ! La pire pourriture de la Terre. Je sais même pas comment j'ai fait pour coucher avec lui autant d'années ! » Les chevaliers roulèrent des yeux énormes. Décidément, ils ne se feront jamais au caractère familier de Luisa. Il en ont déjà bien assez avec celui du Serpentaire, entière et pas comme les autres. « Et puis de toute façon mon âme est irrécupérable. J'ai fait trop de bêtises par le passé. »

« Tu es une bonne personne. » fit remarquer Aldébaran en souriant légèrement, « Ta forte détermination t'a hissé au-dessus de ces méfaits. Tu n'aurais pas la confiance du Seigneur Shion sinon. »

« Peut-être, cependant je préférerai postuler ailleurs ! Je me plairais à bosser pour Hadès ! »

Silence lourd de sens.

« C'est vrai. » ajouta Luisa constatant les mines effarées de ses interlocuteurs, « Au moins je serai avec Rhada dans son château ! »

« Les Juges de l'Enfer ne sont pas des compagnons de vie. » continua Aiolia.

Aldébaran : « Ils vivent dans un Palais dans la huitième sphère des Enfers. Tu ne pourras t'y rendre à moins .. »

« D'être morte ou spectre. » répondit la jeune femme avec indifférence, « Mon équilibre mental est déjà touchée de toute façon ! Alors vivre parmi les spectres serait une promenade de santé.» ironisait cette dernière.

« … Oublie cette idée. » conseilla Merio,« Tu ne peux faire des projets d'avenir avec un homme vivant au Royaume des Morts.

« On en reparlera ! » pesta cette dernière en se dirigeant vers le bureau du Pope.

Les chevaliers se regardent. L'amie du Serpentaire semble .. très amoureuse.

Un peu plus loin en bas des marches du Palais, Asterion arrivait tranquillement accompagné de la protégée de la Vierge. Encore ébahie par les lieux et sa nouvelle destinée, la jeune Indienne s'arrête net sentant un regroupement de cosmos puissants à l'intérieur du Hall sacré qui s'étend devant ses yeux.

« Jeune-fille, je peux sentir tes craintes. »

« Maître Asterion, toutes ces énergies m'oppressent. Accordez-moi quelques instants. »

Le Danois haussa un sourcil et croisa les bras.

« Ferme les yeux. Prends une profonde inspiration. » conseilla son supérieur.

La jeune-fille s'exécuta sans protester et durant de longues secondes, elle fit de son mieux pour contrôler son souffle.

« Je veux que tu te concentres calmement sur l'univers qui nous entoure, les énergies cosmiques des lieux. Utilises tes dons pour apaiser tes craintes, ne les chasse pas. Acceptes-les, tu dois apprendre à les gérer correctement. »

Après quelques instants, voyant son élève plus sereine, le Danois poursuivit : « Bien maintenant canalises une énergie en particulier, celle qui protège le Sanctuaire, nous guide vers le chemin de la combativité et l'espoir. Est-ce que tu le sens ? »

La jeune-fille avait perçu cette énergie à son entrée dans le Domaine Sacré bien après le village de Rodorio. Elle n'y avait pas prêté attention, se disant qu'en cette Terre sacrée il est tout à fait normal d'avoir une plus forte perception des choses et du cosmo. Et effectivement, en renforçant sa concentration elle entra en communion avec une source d'énergie bienveillante. Elle ne réalisait pas qu'une aura l'entourait alors que Asterion la regardait méditer.

« Comment te sens-tu ? »

« Tellement mieux. » concéda l'Indienne,« J'ai le sentiment d'être enveloppée de courage. »

« C'est le cosmo d'Athéna. » lui apprit l'homme, « Chaque chevalier est relié à la Déesse et si nous nous concentrons sur elle, les prières que nous prodiguons enhardissent nos cœurs. Athéna est là pour chacun de ses protecteurs, même à des années-lumière elle nous guide. »

Tessia était touchée. Elle n'a jamais ressenti de tel. Tant de chaleur et de miséricorde.

« Son cosmo est si puissant et généreux… »

Asterion ne croyait pas que sa protégée détiendrait déjà une énergie développée.

« Où loge la princesse ? » demande Tessia avec une curiosité évidente.

« Au Temple d'Athéna. » répondit t'il,« Pour la rencontrer, tu dois demander audience auprès du Seigneur Shion. »

« Même pas les Saints d'Or ? »

« Négatif. Seulement son représentant peut la rencontrer. » prévint t'il, « Ouvres les yeux maintenant, nous sommes attendus.»

En gagnant le seuil du Palais, le chevalier d'argent sentait qu'on l'appelait. Il s'immobilisa quelques instants et fit signe à Tessia de l'attendre devant les hautes portes.

« Amaria .. » songea t'il en fermant les yeux.

Le télépathe se concentra vers l'élue de son cœur. Il est étonné par ses progrès. La jeune-fille a intégré le Sanctuaire l'année dernière et son évolution a été vive. L'entraînement accéléré de son homologue Sirius est profitable. Amaria communique avec son aimé comme si elle avait toujours fait cela. Son cosmo grandit chaque jour qui passe tout comme l'amour qu'elle porte pour le Danois. Asterion répondit à son âme jumelle en fermant les yeux. Cela dura quelques secondes puis il mit fin à la communication mentale et reprit sa marche en compagnie de Tessia, la mine interrogative.

Temple du Serpentaire, soirée

Elle avait une main posée sur son ventre rond, répondant aux petits coups de pied de l'être qui gesticulait en elle. Le Saint du Serpentaire, rude Commandante de guerre jamais rassasiée d'actions … était assise confortablement dans un hamac à l'ombre des arbres de son jardin Japonais, contemplant l'horizon se dessinant sous ses yeux. Elle passait son temps à se prélasser et manger. Sa grossesse lui fait prendre plusieurs sommes par jour. Il n'est pas de tout repos de porter un Saint d'or ! Car si on ne compte pas cette fatigue inhabituelle, cette puissance qui ne cesse de croître, la jeune-femme est à prendre avec des pincettes : elle ne supporte aucune réflexion et encore moins d'être protégée comme une pauvre chose.

Alors qu'elle dégustait des fruits secs, une main puissante vient s'emparer de son sein débordant légèrement de sa chemise en soie. Elle ferme les yeux, s'enivrant de cette soudaine intrusion dans son intimité. La caresse est ferme et s'aimante à ce mamelon gonflé par les hormones, n'attendant qu'à être délecté. Une bouche vient s'aventurer en sa nuque, tout en ne quittant pas la poitrine majestueuse, les pointes trouvent déjà une résonance avec les lèvres de l'indésirable qui a troublé sa méditation.

« Tu ne devais pas finir ton tour de garde ? » souffle Aurora.

« Ma destination se termine en ce temple. Sa gardienne m'a envoûté sur le chemin.» lui murmure l'homme à la longue chevelure châtain dont l'armure ne fait plus aucun doute sur son identité : le Saint de Persée vient retrouver sa moitié après une bonne journée de labeurs.

Aurora est peut-être à son terme de grossesse mais n'en reste pas moins cette femme avide de jeux d'amour pour le plaisir de son compagnon. Elle attrape la main du bel homme au regard de braise pour venir la glisser sous sa toge. Elle le guide habilement entre ses cuisses. Le chevalier d'Argent sourit de connivence et insinua des doigts audacieux sur la toison de sa fiancée avec de lents vas-et-viens. La portugaise gémit doucement. L'homme en profita pour se saisir de cette bouche enivrante.

Après quelques instants, il retira doucement ses doigts. Il se saisit d'une chaise non loin de là, admirant un instant sa compagne et baisa sa main tendrement. Puis il ôta son diadème qu'il pose sur une table d'appoint. Le Saoudien se posa à côté de son chevalier et lui donna cette fois-ci un baiser passionnel. Jamais ils n'avaient eu de connexion si forte même lorsqu'ils étaient jeune couple.

Les hormones en ébullition, ça a du bon.

« Tu imagines, si on nous surprenait … » fit alors Aurora.

« Ce n'est pas cela qui t'arrêterai. »

« Ah…. !» ajouta cette dernière lorsque le Saint pénètre de nouveau sa cavité avec ses longs doigts, « Le Sanctuaire pourrait bien s'écrouler .. je ne veux pas que tu t'arrêtes. »

Argol approcha ses lèvres de la poitrine bien en vue, « Comment pourrai-je résister face à un tel spectacle ? » admet-il en lui caressant le visage. « Il faudrait que je mette des gardes devant ton Temple. Dieu sait quel serait la réaction des visiteurs face à ton impudeur. »

« Mmmm, Saint de Persée » s'enquit avec délectation cette dernière, « J'adore tes baisers. »

« Attend que j'en couvre sur tout ton corps.»

« Fais-moi l'amour ! »

« Ne vois-tu pas que je porte mon armure. »

« J'adore quand tu la gardes. »

Un sourire narquois répond à cette requête. Le jeune-homme enleva son plastron, ses épaulettes et une partie de la jupe en métal. Cela convenait parfaitement au Serpentaire, admirant l'athlétique spécimen d'1m88 devant elle.

« Mon beau guerrier viril ! »

Argol ricana et la porta dans ses bras. Et tout en l'amenant à l'intérieur du 13ème temple il lui confia : « Je ne pourrais engager grand-chose dans ce hamac, si ce n'est de le retourner en vue de ce que je vais te faire. »

La portugaise gloussa et se laissa entraîner par son conjoint. Après quelques pas et des petits baisers amoureux, Persée la pose délicatement sur le sofa et s'installe à côté. Son regard clair d'habitude si sévère reflétait douceur et s'attacha sur son chevalier d'or avec amour. C'est à elle seule qu'il offrait toute son âme et avait le droit de lire en son cœur.

Il caresse les cheveux de sa compagne, puis d'un geste tendre sur sa joue, il lui murmure : « Je t'aime. »

« Viens dans moi. » ordonna Aurora.

« Ce n'est pas la réponse que j'attendais. » sourit le chevalier.

« Je te veux toute de suite ! » sourit la brune en ôtant sa toge sensuellement.

Voyant le délicieux panorama s'offrant à lui, il la ramène contre son corps et attrapa les lèvres de sa dulcinée. Le baiser devient bien vite langoureux, Aurora acceptant sans contrainte la prise de pouvoir de son partenaire. Doucement, il ramena son visage entre les jambes d'Aurora, fermant les yeux de félicité sous l'effet du souffle de son amant sur son intimité. Argol s'exécuta avec passion, titillant, léchant, martyrisant le petit bourgeon de chair gonflé par le plaisir. La belle gémissait, caressant la chevelure châtain avec passion. La jeune-femme se contractait, ondulait à chaque coups de langue, chaque baiser. Ne pouvant plus attendre, cherchant un moyen de se débarrasser de cette tension monstrueuse qui lui cingle le bas-ventre, Argol se plaça devant sa compagne et sortit sa virilité de sa cachette. Cette dernière était ravie face à l'imposante verge lui faisant honneur. Puis, avec une délicatesse dont lui seul à le secret, il s'engouffra en elle.

S'en suive alors de mélanges de grognements et de gémissements. Leurs corps ondulaient en une voluptueuse danse langoureuse, rythmé par leurs râles. Argol assume fièrement sa paternité, préservant ce lieu sacré et l'enfant qu'elle porte, et pénètre sa compagne sans lui faire mal, une main posée sur le ventre rond.

« Plus fort ! Ce n'est que les montagnes russes pour le bébé ! »

Il ne se fit pas prier et accéléra la cadence, assénant des coups de rein plus audacieux faisant gémir la brune. Aurora fut balayée par un tourbillon sans fin de plaisir. Son corps est tellement différent depuis cette grossesse. Il réagit à tout et décuple ses sensations. Argol peut sentir toute l'humidité de sa compagne qui imprègne sa peau. Il relève ensuite légèrement cette dernière et la place sur ses cuisses afin de s'enfoncer en elle plus profondément. Très réceptive au moindre de ses gestes, la portugaise exulte en lui demandant d'accélérer le mouvement, ce qu'il fait en se collant plus à elle malgré l'omniprésence du ventre entre eux. Rien ne comptait plus que le plaisir qui parcourait leurs corps entiers en vague de feu. Il passe sa langue incandescente sur la bouche de sa compagne qui gémissait de plus en plus fort au fur et à mesure qu'il la chevauchait. Le Saint d'Argent caressait son intimité avec ardeur ce qui monta davantage le plaisir du Serpentaire.

Elle finit par arriver au point de non-retour, ses cris prirent de l'ampleur, et se fut presque un hurlement qui franchit ses lèvres quand elle atteignit la jouissance. Elle se cambra. La sentant contractée, Argol fut emporté par son propre plaisir et son corps se tendit comme un arc tandis qu'il se libérait dans le ventre chaud d'Aurora. Il s'écroula à côté du corps de sa fiancée. Elle enfoui son visage dans son cou. Ils s'enlacèrent tendrement.

« J'aime ton odeur après le sexe. » murmura Aurora dans l'oreille, « Ton allure me rend folle. »

« Tu n'es pas croyable. » fit-il en lui embrassant la tempe.

« Argol, quand as-tu senti que c'était le bon moment de me reprendre ? »

« Avant cette maudite soirée. Et en vue des regards que tu posais sur moi ..»

« Tu parles de cette journée après mon tour de garde. »

« Entre autre. » répondit le Saoudien.

« Tu m'as espionné au lac. »

« Je veillais sur toi. » sourit Persée.

« J'étais nue. » railla Aurora.

« J'avais oublié à quel point la vue de ton corps me faisait tant d'effet.»

« Sournois. » répond –elle.

« Tentatrice. » rétorque-t-il,« Et si je te disais que je n'étais pas le seul à savourer des yeux ce corps somptueux ? »

« Et qui donc a osé poser son regard sur le Saint du Serpentaire ? »

« Quelqu'un de bien plus insoupçonné que tu ne crois. »

« Allez parles ! »

« Je ne suis pas un corbeau. »

« Tu viens à l'instant de balancer ! »

« Je t'ai dit que quelqu'un d'autre te regardait dans l'ombre, pas qui et pourquoi. »

Le couple se disputa allégrement sur le sujet qui a émoustillé la jeune-femme désireuse de connaître l'identité de l'opportun. Tout vient à point à qui sait attendre… Elle sait qu'elle est convoitée pour sa beauté et que bon nombre de soldats fantasment sur elle.

Ils passèrent la soirée à se détendre loin de l'agitation du onzième Temple qui accueille la plupart des chevaliers d'or pour un dîner commun. Aurora dépense tout son temps avec Argol. Les Saints d'Or comprennent qu'elle ait besoin de se recentrer sur ses besoins. Cette grossesse est une bénédiction. Elle va mieux et Argol la traite comme sa reine.

Au cours de la nuit, l'enfant faisait des siennes et tapait vigoureusement dans son ventre. Allongée sur son lit, elle explore de ses yeux les ténèbres étoilées qu'elle discerne de la fenêtre. Elle a chaud et le corps brûlant d'Argol à ses côtés n'arrange rien à la situation. Ce dernier était couché sur le ventre, cette délicieuse peau nue dorée à vue, son fessier musclé était reflété par le clair de lune. Ses longs cheveux sont dignement étendus sur le côté, le visage tourné vers sa compagne respirait doucement la sérénité. Sa main droite capturait la hanche du Serpentaire. Aurora admire son compagnon quelques instants. Il est son premier amour et elle a eu un coup de cœur pour le regard du chevalier. Elle sourit tendrement et repoussa Persée qui grogna dans son sommeil lorsqu'elle se leva. Nue elle aussi, elle englobe de son cosmo le petit-être à l'intérieur d'elle.

« Je suis là bébé, je t'attend avec impatience. »

Il y a encore quelques temps, elle était une écorchée vive foudroyée accumulant les relations tendancieuses, les combats contre les reliques d'Arès, les cauchemars lui faisaient revivre son combat contre sa sœur dont on a jamais retrouvé le corps. Elle ignore si ce bien-être demeura. Aurora n'a connu que les combats et les histoires compliquées.

« Peut-être est-ce moi la difficile ? »

Elle songea alors à un homme des plus importants …

« Milo … » murmura Aurora.

La belle songeait souvent à lui. Plus le temps passait moins elle fréquentait le Saint du Scorpion. Sa déclaration près du Temple de Niké n'a jamais quitté son esprit. La portugaise ressent la désolation du huitième gardien. Il dissimule sa peine malgré sa posture de fier guerrier. Le temps semblait avoir eu prise sur leur relation. Ils n'ont jamais été éloignés. Elle suppose que son choix pour Persée a éloigné le Scorpion d'elle, ne voulant s'insinuer dans la vie de son amie.

Elle secoua la tête en y pensant. Elle va donner vie dans trois semaines à un petit Scorpion et espère que son aîné finira par tourner la page.

Lui, l'aime au loin.

Malgré son envie de se faire oublier, le Grec a beaucoup de mal à accepter la situation. Son silence et son attitude tranquille passaient pour de l'orgueil. Milo avait la nette impression d'avoir manqué une chose dans sa vie. Il se sentait amputé. Seul. Milo l'âme en peine ne souhait troubler la quiétude d'Aurora avec ses interrogations. Dans un premier temps, il avait pourtant hésité à se dévoiler, de crainte de la perdre et entraver leur amitié. Il est heureux qu'elle se sente bien cependant cela ne consolait pas Milo d'une attente qui s'éternisait.

Cette attente de passer un cap entre eux. Cette démarche qui ne viendra pas. Il n'était pourtant pas de ces hommes qui étouffent, noyés, pressés d'oser enfin une embardée trop longtemps différée par manque de courage. Quoi de plus tristement banal qu'un homme qui ronge ses fers. Il aurait aimé savoir ce qu'elle éprouve réellement.

Obtiendrait t'il un jour, l'aveu qu'il brûlait d'écouter ?

Novembre 2007, Athènes.

Les semaine s'écoulaient doucement pour la Treizième.

Argol revenait souvent avec des cadeaux et faisait tout pour son confort. Aurora regardait faire son compagnon avec amour. Parfois Persée jalousait le bébé à naître quand il voyait Aurora le visage apaisé promener lentement la main sur son ventre en murmurant de douces paroles. Dans ces moments, elle semblait oublier tout ce qui l'entourait, seule importait la vie qui grandissait en elle. Dans son regard brillait un amour bien plus grand que celui qu'elle adressait à son compagnon. Un amour démesuré : celui d'une mère.

En ce jour, Aurora revenait d'un rendez-vous obstétrique. Elle ne doit pas rester debout longtemps. Tous les chevaliers se relèguent pour s'occuper d'elle quand Persée est occupé au Sanctuaire. Et aujourd'hui, c'est le tour du Saint du Cocher de l'escorter.

« Tu dois te ventiler l'esprit et te reposer.» lui suggère Capella qui lui tint le bras alors qu'ils vagabondaient dans les rues Athéniennes.

Le couple d'amis déambulait après une promenade de fin de journée. Ils avaient flâné au milieu de ruelles charmantes et fleuries construites sur une colline d'où ils ont pu profiter d'une vue panoramique sur le golfe. Aurora avait beaucoup perdu en endurance, elle le savait. Capella a préféré faire demi-tour et la raccompagner au Sanctuaire. Cependant, la brune voulait profiter de sa ville de cœur. Ils étaient tout proche des anciennes fortifications au port de Pirée qui s'élevaient non loin de là. Lorsque les chevaliers partent en mission c'est de là qu'ils quittent la terre d'Athéna et se fondent dans la masse de la Grèce contemporaine.

En effet, dans les temps reculés, ce port joua un rôle considérable dans le développement et l'enrichissement de la ville lorsqu'il fut transformé en forteresse sous l'influence de Thémistocle. La ville florissante est alors qu'une île séparée par les marais d'Halipédon et attirait bon nombre d'envahisseurs. Après la guerre contre les Lacédémoniens il y des milliers d'années, Athènes n'a cessé d'émerveiller les populations étrangères et aujourd'hui, le Pirée est le principal port du pays, le lieu d'amarrage et de départ de nombreux bateaux pour de nombreuses destinations. Bon nombre de résidents des villages du Sanctuaire aiment y retourner afin d'échanger avec des marchands locaux. Aurora elle-même ne manque jamais de parcourir le marché du port principal lorsqu'elle est en permission. Elle se ravitaillait en produits à cet endroit très animé rassemblant poissonniers, vendeurs de fruit et légumes, artisans et quincailliers.

« Est-ce que ça va ? » questionne alors le roux.

« J'ai envie d'un gros burger et d'une tonne de frites. » répond Aurora en se touchant le ventre.

« Je crains qu'il n'y ait ce genre de nourriture au Sanctuaire. »

« Emmènes-moi dans un fast Food ! Je t'ai dit que je ne voulais pas rentrer toute de suite.»

« Aurora .. » fit sagement Capella, « Tu n'iras point. Et je l'ai promis à Argol. Il avait anticipé tes envies. »

« Mais je veux manger ! » grogna-t-elle.

« Allons plutôt dans un restaurant local. Allons-nous renseigner. »

Il interpella quelques passants, qui lui indiquèrent un chemin non loin d'eux. Ils longèrent de nombreux restaurants et des tavernes réputées remplies de touristes. Derrière le port et loin de toute son agitation, ils découvrent un quartier plein de charme. L'objet de leur souhait donnait sur une large place fleurie et pittoresque malgré les prémices de l'hiver. Habiter en Grèce à des avantages. Il fait rarement très froid même si Aurora grelotte comme une feuille.

Son ami le constate et lui frotte le dos.

« Je t'avais dit de prendre un manteau plutôt que cette veste. »

« Mais j'aurais l'air trois fois plus énorme ! »

Ils s'immobilisèrent soudainement.

« Tu sens ces cosmo ? » réplique Aurora en tournant la tête vers la source d'énergie.

« Et comment !»

Le duo ne tarde pas à découvrir d'où provient ce regroupement de puissance. Ils se regardent.

« Je penche pour des Mariners. »

En entrant dans un restaurant oriental, tout se confirme. Elle aperçut le groupe de Poséidon en train de discuter à une tablée dans le fond. Ces derniers se retournent. Eux-aussi avaient senti leur cosmos.

« Nous irons dîner avec ces messieurs. Pouvez-vous rajouter une table ? »

« Bien Madame.» fit le maître d'hôtel.

« C'est fort huppé ici. » s'exclama Capella.

« Le Maître des Océans est aisé. » ironisa le Serpentaire, « Je suppose que ces serviteurs en profitent ! »

Quatre Généraux sont en train de profiter d'un copieux apéritif : Io, Krishna, Baian et Isaak hochèrent la tête pour saluer les chevaliers. Krishna compris la difficulté de mouvements de la jeune-femme lorsqu'elle ôta sa longue veste, et l'aida à s'assoir.

« Tu es pleine jusqu'aux os, Serpentaire ! » lança Io d'un rictus narquois.

« Silence le poulpe ! » Io ricana. Elle ajouta :« Le tout puissant Poséidon a laissé quartier libre à ses vassaux ? » se moque Aurora en ramenant sa chaise.

Les quatre hommes secouent la tête, habitués à la désinvolture de la jeune-femme.

« Cela faisait un moment que nous étions pas remontés, » justifia Isaak, « Nous étions en alerte après la guerre contre ces Amazones. »

« M'en parles pas, j'ai dû regarder mes collègues ! Je déteste rester à ne rien faire. » pesta la treizième en caressant son ventre rond.

« Comment te portes-tu ? » demande Krishna voyant cette dernière exaspérée.

« Je me sens inutile, laide et énorme. Mais sinon tout va bien. »

« Tu exagères. » contredit Capella.

« Cette maternité te rend éclatante. » ajouta Krishna.

« Ce n'est pas vous qui porter un Saint d'Or. Je n'ai plus d'énergie. J'ai envie de taper sur ces trois imbéciles de Juges des Enfers. »

Le groupe sourit.

« Tu les portes toujours dans ton cœur ceux-là. » constata Isaac avec sarcasme.

« On se cherche mais au fond, on a un respect mutuel. C'est qu'ils préféraient mourir que d'admettre que je suis plus puissante qu'eux. »

« Ce sont des Spectres Aurora .. » ajouta Baian.

Elle se tourna alors vers ce dernier et se saisit d'une mèche de la belle chevelure de l'Hippocampe : « Tu as coupé tes cheveux ? Ils sont plus courts.»

« Oui. »

« Cela te va bien mais je te préfère avant. »

« Moi aussi. » fit t'il en regardant son ventre. Elle ricana. « Ceci dit je partage l'opinion de mes camarades, tu portes bien cette grossesse.» ajouta le Canadien.

« Merci Baianou. »

L'homme émit un rictus : « Nous allions commander. »

« Aurora voulait manger ces infectes plats Américains. Je lui suggéré autre chose. »

« Mais c'est trop bon ! »

« Il a raison, et puis ton bébé a besoin de mieux que ça.» souffla Io.

Capella ironisa : « Je méprise tout ce qui touche à l'Amérique, ils sont si à part les gens de ton pays. » en regardant Baian nullement visé.

« Je suis Canadien, chevalier.»

« Au temps pour moi. » Puis il rétorqua à son amie en constatant la carte et ses prix élevés :« Aurora tu es sûre de vouloir dîner ici ?»

« Tu as peur de perdre toute ta solde d'un coup ! Je paierai pour toi, privilège d'être Saint d'or ! »

Capella secoua la tête. « Aurora … »

Cette dernière émit alors un couinement et se tordit sur sa chaise.

« Tout va bien ? » demande Baian prévenant en posant une main sur son épaule.

« Ce sont des contractions. Ça passe ça revient. »

« Quand est prévu la naissance ? » continua Krishna.

« Dans quelques jours. Je ressemble à une grosse baleine échouée sur la plage ! »

Le groupe se pince les lèvres.

« J'aime bien les baleines. » commenta Io.

Aurora ricana à nouveau.

« Quelles sont les nouvelles du Domaine sous-marin ? Comment va Kanon ? »

« Il est occupé à former des guerriers. Nous en avons perdus beaucoup contre Antiope.» répondit Io, « Il est quelque peu soucieux de ton état.» poursuivit le Chilien, « Même s'il ne le dit pas. »

« Kanon ne peut pas s'empêcher de me protéger même à des milliers de lieues d'ici. Comme son frère. Sauf que Saga est plus pédagogue.»

« Tu es la sœur cadette qu'il n'a jamais eu. » ajouta Isaak, « Dragon des Mers est d'une grande sensibilité. »

« Il ressent le besoin de protéger afin d'expier ses fautes du passé.» ajouta Krishna.

« Il en fait de trop.» répondit la portugaise, « On est pareils. On aime diriger.» concéda Aurora,« Dites-lui qu'il me manque.»

Ces derniers hochèrent la tête.

Mariners et les chevaliers échangèrent ensuite sur les dernières semaines et les événements dans le monde. Les gardiens des différents Océans sont inquiets des proportions que prenait les décisions des hautes instances des pays riches. Le territoire marin est de plus en plus menacé par la pollution et cela inquiète Poséidon qui a des envies de purger le monde des hommes. Mais il a promis au Grand Zeus : on ne cherche plus détruire la Terre et provoquer Athéna …

Aurora réagit: « Nous vivons dans une société complexe. Je suis bien heureuse de vivre au Sanctuaire. J'aime venir dans le monde des humains mais ils me répugnent parfois. Je peux comprendre votre Dieu dans un sens.»

Isaak ajouta : « Il n'empêche, c'est tout de même toi qui t'aventure le plus dans ce monde dont tu parles. »

« Parce qu'il est utile pour des tas de choses. C'est paradoxal, je le conçois. Il reste heureusement des bienveillants qui contribue au bien-être de notre monde. »

« Certes. » continua Io, « Pouvoir vivre dans un environnement loin des mortels est une chance. La société a vite évolué. »

« On peut comprendre pourquoi certains détestent les humains .. » s'exprime alors Baian en évoquant les Spectres, « Ils doivent voir défiler beaucoup de ces gens en leur domaine. »

« Ils sont plus indulgents. » concéda Aurora,« J'ai assisté plusieurs fois Minos et ses frères. Ils font leur devoir plus justement envers l'humanité. »

Krishna :« On dirait que tu les défend. »

« La dernière guerre les ont « calmés » ils ont compris leur défaite et les causes. J'ai personnellement contribué à développer de nouvelles lois pour les jugements. Pour ce qui est des hommes derrière leurs surplis, c'est autre chose .. On sait que l'égo et l'orgueil des Généraux des Enfers est exceptionnellement haute.».

« Et avec les conséquences que l'on connaît .. » termina Capella, « Comme avoir pris l'âme d'un des Juges de l'Enfers. »

« C'est lui qui m'a attrapé en premier .. » précisa Aurora.

Io demande prudemment à la treizième : « Nous ne t'avons jamais posé la question cependant .. Comment fait un protecteur de la paix pour aimer un Spectre ? »

Aurora n'avait jamais dévoilé ses sentiments au sujet d'Eaque, sauf à Luisa. Elle est toujours restée évasive.

« Question judicieuse … » répondit -elle, « C'est arrivé, c'est tout. Le plus pénible était d'admettre que j'aimais cet homme et que rien ni personne, pas même les Dieux ne pouvaient y faire quoique ce soit.. Et pour une autre raison qui m'échappe, nous ne parvenons pas à nous trouver. Peut-être qu'un jour nous saurons. » Elle s'empara d'un biscuit salé et repris :« Quoiqu'il en soit, la grossesse, la nouveauté me rend des plus sereine.»

Krishna : « Il n'est jamais facile d'atteindre la résilience. »

« Il m'a fallu beaucoup de méditation pour y arriver. »

« Je ne pensais que tu avouerais cela un jour Aurora. » intervient Capella.

« Argol , Merio et Milo vouent une haine féroce envers Eaque. Seul quelques-uns comprennent nos ressentis. »

« Aldébaran je parie, Mu et Shaka. » souffla Capella.

« Ils ne m'ont jamais jugé. Shaka est pourtant la dernière personne auquel j'aurai pensé. »

« L'as-tu revu, ce Spectre ? » demande Baian.

« Pas depuis le début de ma grossesse. »

« Il ne tente pas de rentrer en télépathie avec toi ? » s'enquit Isaak.

« Je reçois des tulipes rouges avec son sceau dessus.»

Baian fronça les sourcils : « Il attend que tu sois vulnérable. »

« C'est possible et il gagnera peut-être ... » admit la brune.

Après un succulent repas copieux, le groupe décident de finir la soirée dans un café d'ambiance. Argol rejoignit sa compagne et fut quelque peu contrarié par la présence de Baian avec qui Aurora échangeait en anglais. Il reprit bien vite cette dernière au Canadien et ne la quittait plus de la soirée, veillant au grain sur son état de santé. Cependant la belle n'était plus autant à l'aise. L'enfant faisait des siennes. Elle se raidit à nouveau.

« Il semble très énergique cet enfant. » constata Persée, « Rentrons à ton temple, tu as besoin de calme. »

Au Sanctuaire, le couple se reposait dans la suite nuptiale. Eiko le serviteur d'Aurora avait préparé un feu de cheminée ainsi que des bouillottes chaudes pour la soulager des douleurs abdominales. Ces moments simples étaient du bonheur pour le Saint du Serpentaire. La belle assise aux côtés de Persée tentait tant bien que mal de lire son ouvrage malgré les contractions gênantes.

Son compagnon était allongé, mains derrière la nuque, et avait les yeux fermés. Il visualisait sa journée et le secteur sous sa juridiction. Dans quelques temps, certains de ses hommes seront jugés pour manquement à leur devoir, mettant le Saint d'Argent dans une situation délicate. Il est désormais en sous-effectif et doit mobiliser de nouveaux protagonistes. Misty devrait lui fournir quelques soldats. Les Saints de Bronze qui secondent Persée mènent l'enquête.

« Je t'avais dit que ces fantassins ne sont guère crédibles. Ils pleurnichent au moindre rappel. »

La voix d'Aurora résonne entre les murs dans la chambre. Argol ouvre les yeux et tourne la tête vers la jeune-femme. Ne quittant pas la page qu'elle parcourt, elle continua :« Tu étais trop ailleurs pour remarquer leur manque de rigueur .. » ajouta t-elle.

Après toutes ces années, Argol n'est plus étonné par l'empathie dont elle dispose pour ses pairs.

« J'ai senti tes interrogations. » anticipa Aurora, sentant le Saint d'Argent la fixer, « Je ne lis pas aussi bien dans les pensées que Mu ou Astérion. »

« Ces soldats m'ont semblé convaincants lors des rites de passage. » répondit le chevalier en détournant son regard vers le plafond du Temple.

« On ne fait ses preuves que sur le terrain. » conclu Aurora, « J'ai beau être enceinte, je sais ce qui se passe au Sanctuaire. » rétorqua la belle,« Tu peux prendre dans ma division de mercenaires, j'ai de bons éléments. »

« Bien, Commandante," répondit ironiquement Argol. « Autre chose à suggérer ? »

« Dis à ce méchant bébé de se calmer .. »

Argol réalisait que cette étincelle de vie qui se manifestait par des coups de pieds et faisaient grimacer sa mère allait bientôt se montrer. Il se baissa et embrassa doucement le ventre rebondi. Aurora porta la main dans la longue chevelure.

« Cet enfant va me rendre chèvre. Quel genre de caractère aurait-il … » souffla la brune.

« Pas le tient, j'espère .. » se moqua Argol. Cette dernière lui donna un coup de coude, « Il sera très aimé, il me tarde de le voir. »

Au cours de la nuit, le Saint d'Argent fut appelé en renfort. Un des gardes a fait une chute dangereuse près des falaises de son secteur. Un préjudice malheureux le conduisant à l'infirmerie. Pour un soldat d'Athéna hautement conditionné, c'est guérissable après des semaines de convalescence. Pour un simple humain, c'est la mort assurée. Il abandonna sa compagne à contrecœur après qu'elle ait répliqué : « Prends mes hommes, chéri ! »

Tôt au matin, Aurora tournait et se retournait dans son lit. Elle ne se sentait pas bien. Son corps lui faisait mal et ces contradictions banales se rapprochaient. Elle tentait de trouver une position confortable. Elle analysa rapidement la situation : c'était vain, les souffrances redoublaient d'intensité. Lorsqu'une violente douleur la plia en deux, elle commençait à s'interroger. Elle a beau être un chevalier entraîné, avoir enduré des épreuves redoutables, elle ne put retenir une panique naissante. Elle était surprise d'avoir aussi mal car elle n'avait lu aucun ouvrage sur l'accouchement. Ni même fréquenter des sages-femmes.

« J'aurai du écouter cet obstétricien ! » grommela la brune.

Elle respira profondément, cherchant du secours dans ses réflexes de combattante. Elle allait accoucher ? Très bien, elle y arriverait, foi de Serpentaire ! Quelque part, elle était soulagée d'apercevoir la fin de cette grossesse. Elle en a assez d'être inactive. Elle hésitait tout de même sur la marche à suivre : Eiko est au quartier des serviteurs, ses frères d'armes dorment à poings fermés si on ne compte Saga, Mu et Angelo de garde. Il ne faut pas les ennuyer avec cette agitation.

Ça passera …

Cependant elle réalisa que cela risquait d'être beaucoup moins simple qu'elle ne l'imaginait. Après un long moment elle souffrait tellement qu'elle décide à se rendre à l'infirmerie, décrétant qu'en tant que cheffe militaire elle pouvait y parvenir seule. Aurora fit une centaine de mètres avant de devoir s'appuyer contre une colonne tant la douleur lui cingla le ventre. Il lui fallut tout son self-control lorsque les assauts des contractions se firent plus rapprochés. La future mère dut se rendre à l'évidence : elle n'y arrivera jamais.

Elle tenta de sonder le cosmo d'Argol. Par tous les Dieux du Panthéon, où a-t-il pu bien passer ? Elle augmenta son énergie du mieux qu'elle put. Et constata qu'il était des plus éloquent. Ce qui eut pour unique conséquence de réveiller les gardiens au plus proche.

Quelques instants plus tard le Capricorne ne tarda pas à débarquer, un simple bas de pyjama sur lui. Il récupéra Aurora, elle gisait à terre, se tenant le bas-ventre avec grand mal.

« Aurora ! » interpella ce dernier en s'agenouillant auprès de sa voisine.

« Dit-donc, est-ce une tenue décente pour sortir ? »

« Que t'arrive t'il ? »

« Tu es sexy comme ça, au moins je pense à autre chose. »

« Aurora, voyons ! » pesta l'Espagnol indigné.

« Portes-moi jusqu'au Palais, bébé veut sortir ! »

« Par Athéna ! » s'exclama le brun, les yeux grands ouverts.

Son éternelle façade devint blême. Les femmes qui vont mettre bas, il ignore ce qu'il en est. Il est chevalier, pas accoucheur ! Surtout que celle-ci porte un bébé prestigieux.

Shura dévala aussi vite qu'il pouvait les première marches. Aurora constata que le cosmo de la gardienne de la neuvième maison dans son temple. Elle rétorqua avec sarcasme à son gardien : « Dame Mia a déserté sa maison ? » scrutant son collègue avec attention qui ne releva pas, « ..Oh mon Dieu ! Shura a été corrompu, vous copuler hors union ! »

« Il est inutile que je me justifie. » répondit platement l'homme, « Sans toi, je n'aurais jamais pu lui ouvrir mon cœur. »

« Merci de reconnaître que j'ai bien fait de décoincer mes chevaliers d'or Spartiates. »

Le Capricorne secoua la tête.

Après de longues minutes, Aurora qui utilisait son cosmo pour soulager la douleur constata que l'avancée ralentissait de plus en plus. L'Espagnol haletait doucement. Elle jeta un œil inquisiteur à son voisin du dixième. Cependant, ce dernier demeurait impassible.

En arrivant au temple du Verseau, Camus réveillé aussi par le cosmo d'Aurora, constata l'état de son voisin du dixième : Shura … était épuisé. Aurora haussa un sourcil.

« Pardonnes-moi.. » commença t'il prudent,« Ton cosmo combiné à celui de cet enfant est si fort qu'il m'a pris mon énergie dans la course .. » Il pris une pause, voulant ne pas la brusquer, « Tu n'es .. enfin .. pas très légère. » tentant de cacher son trouble actuel.

« QUOI ? » répondit la treizième offusquée, « Tu insinues que je suis grosse ? »

Le Capricorne était gêné face au regard sévère de sa camarade. Camus émit un léger rictus. Et avant que le choses ne dégénèrent, il escorta à son tour la belle : « Je ne veux pas que tu souilles mon Temple. »

« Oui c'est ça, allons-y. » jetant un œil mauvais à son camarade, penaud.

« Je vous rejoins. » ajouta-il en reprenant son souffle.

Le Français ne fit pas la même erreur et monta les marches suivantes en marchant tranquillement jusqu'à la maison des Poissons, parfaitement maître de ses émotions. Et effectivement, après quelques minutes le Serpentaire faisait son poids. Il rougit un peu.

Aurora fronça les sourcils à nouveau.

«Dis-le si tu ne tiens plus ! »

Le français poursuivit son chemin sans réagir. Chez Aphrodite, l'ambiance était différente. Le douzième gardien était sur le parvis de son temple et attendait avec gaieté les jeunes gens. Il vit le Verseau à bout de forces. Il se moqua de lui gentiment.

Lorsqu'il sentit Aurora dans ses bras, il changea d'expression et répliqua sans prendre de gants : « Aurora, qu'as-tu ingurgité ces derniers mois pour être si pesante ? »

Le français lui fit signe de se taire. Le poids du Serpentaire est un sujet sensible !

« La ferme Poiscaille, et escorte moi ! » trancha vivement Aurora.

Il se récolta un regard foudroyant qui n'avait rien à envier à son Bloody Rose. Elle ne lui a pas dit deux fois.

Le Poisson rejoignit l'infirmerie vide à cette heure-ci. Aurora tiqua. Qui va l'aider à sortir ce bébé ? Camus alla fouiller le Palais pour trouver quelqu'un de compétent. Où loge les sages-femmes ? Car elle avait maintenant des douleurs si atroces qu'elle se roulait en boule sur le sol et son cosmo ne l'aidait plus en rien. Le chemin des douze maisons ressentit son énergie gigantesque qui se déployait chaque minute qui passait.

Les chevaliers présents se concertèrent du regard. La jeune-femme n'a nul besoin de stress supplémentaire dans cette épreuve. Leur attitude guerrière sont source de réconfort pour le Serpentaire. Cependant, la portugaise sentait son corps s'ouvrir littéralement et le bébé descendre doucement dans son bassin. Elle avait peur que quelque chose se déroule mal.

Aphrodite déploya son énergie pour la soulager : « Aphro, je dois accoucher comme n'importe quelle femme. » prévint Aurora.

Le Scorpion apparu soudain inquiet, suivi d'Angelo, Shaka et Aiolia. Aldébaran, Saga et Mu étaient en chemin. Eux-aussi avaient ressenti son appel et ont délégué la garde du Zodiaque d'or aux Argents sous leur juridiction. Chacun des ors avaient juré à Aurora d'être à ses côtés le jour J.

Le Palais devint alors un véritable brouhaha sans nom entre Aurora qui déployait son cosmo à chaque crispation et poussait des gémissements, faisant sursauter les différents gardiens qui tentaient chacun à leur tour d'aider le Serpentaire.

Cette dernière, très agitée, pestait dès qu'ils posaient une main sur elle.

« De toute façon je suis insupportable, n'est-ce pas ?! » en s'adressant aux Saints, confus.

« Je vais t'aider à atteindre la sérénité grâce aux enseignements de Bouddha. » proposa Shaka d'un ton le plus détaché possible, s'approchant de sa camarade.

« Tu peux te le mettre où je pense ! » cracha Aurora sous l'effet de la contraction, « J'ai trop mal ! »

Shaka n'écoutait guère, habitué à ses excès de colère et se mit en lotus à ses côtés alors qu'Aurora le poussait, « Je t'ai dit de laisser tomber, moine à la noix ! »

« Aurora .. » rappela Milo, « Shaka tente de t'aider, tu dois l'écouter. »

« Tais-toi Milo, où je t'envoie à l'époque des dinosaures ! » rétorqua t'elle.

« Comment ? » répondit t'il en fronçant les sourcils.

« Milo .. » fit Camus en secouant la tête, « Elle ne sait plus ce qu'elle dit. »

Les autres chevaliers n'en rajoutèrent point. Angelo se pinça les lèvres et fit discrètement à ses amis, main devant sa bouche : « Il parait que lorsqu'une femme accouche, elle est pire qu'un démon ! »

« Silence le crustacé ou je te décortique moi-même ! » grogna plus loin Aurora qui avait parfaitement entendu.

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? »

Shion venait d'entrer en scène, la voix directive, les cheveux en bataille, vêtu de sa robe de chambre.

"Votre excellence, pardonnez cette agitation." dit alors Saga.

Mu ajouta: «Maître Shion, Aurora va avoir son enfant. »

A ces mots, le Jamirien frémit. Il est le représentant de la divinité Athéna sur terre, mais était à l'heure actuelle qu'un pauvre homme banal réduit à l'état d'inquiétude. Un Pope doit rester digne, tout comme les chevaliers il doit faire abstraction de ses sentiments.

Il garda son calme : « Où est-elle ? »

« Dans les thermes se soulager des douleurs. » répondit son ancien élève.

L'Atlante fit signe aux gardes d'aller chercher les sages-femmes situées dans une des ailes du Palais que méconnaissait les chevaliers, puisque l'accès leur est interdit. Le vieux Bélier avait senti le cosmo d'Aurora mais il était habitué aux colères de la Treizième et ses déploiements d'énergie des derniers temps.

On entendit soudain un cri tonitruant venant des bains.

« Je vais voir. » prévint Milo très concerné.

Il retrouva son amie allongée sur le côté, souffrant le martyr. Le Scorpion ne perdit pas son sang-froid et pris cette fois-ci des précautions pour s'adresser à elle : « Dis-moi ce dont tu as besoin ? »

Saga, Doko et Aiolia le suivaient derrière.

« Que pouvons-nous faire contre cet inconfort ? » fit calmement le Gémeau.

« Donnes-moi un bon coup de pelle que je puisse m'évanouir ! »

« Aurora, enfin on ne pas te faire ça ! » réfuta Aiolia.

« Sois courageuse, pour ton enfant. » ajouta Doko.

« C'est pire que tout, même Dem' ne m'a pas autant torturée ! »

Les chevaliers se regardent, embarrassés. Ils ressentent sa douleur au travers de son cosmo et se creusèrent les méninges pour tenter de trouver une solution. Milo mit sa main sur le front de la brune : elle a la fièvre maternelle.

« Allez chercher Camus. » ordonne-il à ses compagnons.

Shion arriva à ce moment-là et offrit son puissant cosmo chaleureux au Serpentaire. Ce dernier lui caressa la tête tendrement. Elle se calma progressivement. Les chevaliers assistent à une scène d'affection entre le Souverain dans son rôle de paternel et non celui du Maître des lieux. Le Jamirien la porta dans ses bras et l'emmena lui-même à l'infirmerie. Camus suivit le cortège. Shion déposa délicatement Aurora sur un lit et fit signe à Camus de s'approcher.

Le Verseau posa sa main sur le front humide. Il se concentra pour faire tomber la fièvre.

« Merci glaçon. » dit Aurora après quelques minutes.

« Aurora, où est Persée ? » demande Aldébaran, occupé à installer des oreillers derrière son amie.

« Quelque part au nord du Sanctuaire. Il y a eu un incident.»

« Je vais le convoquer. » informa le Pope, « Vous autres, - en parlant au Bélier, au Taureau et au Gémeau,« Organisez-vous pour trouver les chevaliers Babel et Sirius. Qu'ils prennent en charge la surveillance du quartier nord. Vous autres, restez auprès de votre camarade.»

« Oui Monseigneur. » répondirent-ils en cœur.

« Si cet idiot rate la naissance de notre enfant, je vous promet que je vais le tuer. » râla Aurora.

Et c'est à ce moment-là que surgit Argol, complètement essoufflé. Il avait été informé par le chevalier Saro lui-même au courant grâce à Mu au travers de leurs dons télépathiques.

S'inclinant devant son Pope, il s'exclama : « Votre Sainteté… »

Shion voulait répondre quand Aurora le fustigea au loin : « Je suis là, imbécile ! »

Le chef des chevaliers fit signe au Saoudien de rejoindre sa compagne. Il prévint cependant : « Argol, soit très prévenant, Aurora souffre beaucoup et se laisse submerger par la douleur. »

« Bien-sûr, Seigneur. » concéda ce dernier.

Angelo approcha doucement et ajouta avec sournoiserie : « Non, mais vraiment on insiste, soit trèsdélicat. » Argol haussa un sourcil. Le Cancer fit une pause et lâcha dans toute sa splendeur :« Tu connais le film l'Exorciste? »

Un éclair d' incompréhension passait dans le regard d'Argol et des autres chevaliers. Le quatrième gardien poursuivit, flegme, « Et bien c'est pire que ça, une vraie possédée ! Ne dis rien, ne répliques pas et sois un gentil toutou pour le bien de ce Sanctuaire ! » posant la main sur l'épaule de l'Argenté.

Ce dernier entra dans la chambre interrogatif. Il ferma derrière lui, jetant un regard douteux à Angelo.

On entendait déjà le Serpentaire vociférer contre le Saoudien : « Où étais-tu passé espèce d'engrosseur sur pattes ? C'est bien la peine d'être chevalier ! J'étais en train de crever par terre ! Et en plus je me suis faite insulter par mes frères ! »

Argol ouvrit à peine la bouche qu'elle hurla :« QUOI ? Tu me trouves énorme toi aussi ? Allez dis-le, je ne suis plus à ça près de toute façon ! » continua t'elle en se tournant sur le côté.

« Je .. Aurora .. »

« TAIS-TOI MÂLE ! Je ne t'ai pas donné l'autorisation de parler ! Tout ça c'est à cause de toi, je suis GROSSE, en sueur, j'ai mal partout, et toi tu fais des p'tites ballades tranquilles?! Qu'as-tu à dire pour ta défense ? »

Argol se décomposa. Jamais Aurora n'a été en colère de cette façon.

« REPONDS ! »

« Je … Pardonnes-moi, je suis là, ma douce. »

« Parce que j'ai l'air douce là ? J'ai tous envie de vous exterminer ! Et crois-moi, après que ce méchant bébé soit sorti de mes entrailles je vais castrer CHAQUE mâle de ce Sanctuaire moi-même ! Qu'Athéna en soit témoin ! »

Et elle continua à exploser, dans sa langue natale cette fois-ci hurlant sur le Saint d'Argent. Au moins, Argol ne comprenait guère et se tenait à ses côtés sans émettre le moins son, ni la moindre expression. Il ressemblait à une statue. Le comble pour le chevalier de la Méduse.

Plus loin dans le couloir attenant à la chambre, les Ors se concertaient en silence. La fureur de la flamboyante guerrière ferait reculer n'importe quel Dieu. Et ces derniers se raidirent lorsqu'elle menaça le genre masculin, sentant son cosmo dangereux.

Angelo en rajouta en s'asseyant :« Pauvre Argol ! Je l'avais prévenu ! »

Shion soupira à nouveau en s'emparant d'un fauteuil. Il espère que cet accouchement sera rapide et sans tracas. Il n'a pas envie que le Serpentaire s'en prenne à la moitié de son armée, composé à 80% « de mâles ».

###

Ce n'était pas les mêmes hurlements que l'on entendait. Depuis plus d'une heure, Aurora du Serpentaire poussait avec rage le bébé qui la faisait souffrir. Tout le Palais tremblait, son cosmo envahissait tout l'espace et à un moment, les chevaliers présents pensaient vraiment y rester tant les murs bougeaient.

Un coup passé à la porte ramena brutalement tout le monde à la réalité après un long moment passer de silence.

« Votre Sainteté ! »

Angelo claqua sa langue contre son palais maudissant le garde du Zodiaque d'or, et se leva. Le soldat posa un genou à terre, tétanisé par le Saint du Cancer qui n'avait rien perdu de sa terrible réputation.

« Qui t'a donné l'autorisation de parler ? » clama ce dernier d'une voix tranchante.

Le fantassin avaient les yeux agrandis de terreur et son regard se fixa sur la silhouette du Sicilien. Il se mit à transpirer à grosses gouttes.

« Pardonnez-moi, je devais parler à son Excellence. »

Apparemment satisfait du petit effet qu'il venait de produire, Angelo bomba le torse et se fendit d'un rictus triomphal sous les regards blasé de ses compagnons d'arme.

« Angelo …. » dit alors le Pope d'un ton las pour ramener le calme,« Nous avons assez d'émotions pour aujourd'hui. »

Le Cancer croisa les bras, sans quitter des yeux le garde, dépité.

« Que se passe t'il, soldat ? » demande Shion d'une voix autoritaire.

« Votre Sainteté, c'est la panique dans le Sanctuaire. Il y ressort des rampants de partout. Les apprentis sont effrayés ainsi que les serviteurs ! »

A peine avait-il terminé ses explications qu'une vingtaine de serpents de taille moyennes franchirent le hall de façon élégante et déterminée.

« Par Athéna ! » s'exclama Angelo, « Qu'est-ce que c'est que ça ?! Pourquoi viennent-ils tous jusqu'ici ? »

« On dirait qu'ils sont guidés par le cosmo du Serpentaire. » commenta Mu en observant ces derniers.

« C'est la seule explication plausible. » conclu Milo en examinant les sujets de la treizième.

« On ne va tout de même pas se laisser envahir ! » grogna le Cancer.

« Cela pourrait perturber les conditions d'enfantement d'Aurora. » commenta Saga.

Aiolia ajouta : « On ne peut pas les contrôler, seul le Serpentaire en a le pouvoir. »

« En effet. » continua Shaka, « Je peux néanmoins tenter de les éloigner. »

Des pas rapides retentissaient au loin. Mia s'était éveillée du dixième temple parce que ces lesdits rampants avaient proliféré dans la chambrée de façon surprenante : ils avaient sifflé à son oreille. Elle tomba du lit, horrifiée : elle a aussi sainte horreur des Serpents !

« Mia, c'est maintenant que tu arrives ? » rétorque Aiolia lourd de reproches.

« J'étais épuisée .. » répondit la jeune-fille, « En voyant ces serpents j'ai compris. Aurora est en train d'accoucher ? »

« Sans rire, on avait pas deviné .. » lança ironiquement Masque de Mort.

« Où est Fujiya ? » réalisa alors Doko.

« Elle tente de rassurer les disciples. Son sang-froid est utile face à l'invasion reptilienne. »

« Comment sais-tu qu'Aurora va donner vie ? » continua Aphrodite à l'attention du Sagittaire sur un ton désobligeant.

« Il est écrit dans les archives du Domaine sacré que nous serons submergés par des rampants dorés quand le Saint du Serpentaire refera son apparition .. où que sa descendance est assuré. Cela n'a pas été difficile à deviner. »

« Tu as raison Mia, je me souviens de ces écrits. » s'enquit le Pope, « Mais je rejoins tes compagnons : pourquoi autant de temps pour rejoindre ton mentor ? N'as-tu pas sentit son cosmo ? »

« J'ai ramené ceci .. » expliqua la portugaise, un sac contenant des effets personnels du Serpentaire, « Je suis allé transmettre des ordres aux Saints de Bronze et d'Argents afin qu'ils gardent l'entrée des douze maisons.» se justifia la brune,« Ensuite, j'ai fait une halte au treizième temple mais j'ai eu du mal à remonter car ces serpents me ralentissaient.

« Ils protègent le territoire de leur maître. » continua le Saint de la Vierge.

« Nous pouvons contrôler ses bêtes grâce au sceptre du Serpentaire en éveillant nos cosmos afin de résonner avec son armure.»

« De combien de cosmos a-t-on besoin pour ce faire ? » demande Aiolia.

« Trois d'entre nous. » répondit Mia, « Depuis la guerre contre Arès, quelques-uns ont suffi pour entrer en communion avec la treizième armure et retrouver Aurora. »

« Oui, et surtout grâce au sang que chacun d'entre nous a fourni pour la réparer ensuite. » continua Doko à l'attention de Mia.

« Qu'il en soit ainsi. » conclu le Pope, « Aldébaran, Shaka et Aphrodite, occupez-vous des rampants. »

Joignant le geste à la parole, les chevaliers s'inclinèrent légèrement et gagnèrent les larges portes menant au grand escalier.

« Nous avons plus qu'à patienter. » ajouta Shura, « Mia, rien à signaler de plus ? »

« Tout est en ordre. » Elle s'adressa ensuite à Shion :« Votre Excellence, Aurora peut mettre au monde son bébé sans crainte, le Sanctuaire est bien gardé, j'y ai personnellement veillé. »

« Merci pour ta bienveillance. Tu n'avais pas à endosser ce rôle. »

« Tout le plaisir est pour moi Seigneur Shion, je voulais vous épargner des tracas inutiles en plus de ceux causés par mon maître. » sourit le Sagittaire en coin en baissant la tête respectueusement.

###

Dans la pièce à coté, depuis plusieurs minutes, l'heure H était ptoche. Argol tenait la main de sa compagne et la soutenait, sa main derrière la nuque.

« Aurora, il est presque là. » assura doucement Persée.

« Je n'en peux plus. »

« Dame chevalier, encore un effort ! »

« Allez ! » ajouta Persée, « Tu pourras me tuer après. »

Aurora ricana. Elle en a tellement assez qu'elle sentit l'adrénaline remonter dans ses forces presque épuisées. Puis, après un effort presque surhumain elle se redressa plein de courage et poussa durement. Son cœur battait fort, elle sentit sa vie bientôt changée à tout jamais ! Repensant à sa mère 24 ans plus tôt, son don de soi pour la mettre elle-même au monde, Aurora concentra son cosmo pour apaiser l'enfant bientôt sortit d'elle. Incroyable ! Le bébé lui répondait ! Elle poussa les dernières longues secondes, et cria férocement. Elle souffrait tant qu'elle fit tressaillir ses camarades dans le couloir attenant. Quand elle sentit les épaules passer en sa chair, elle poussa un hurlement si fort qu'elle faillit briser les phalanges de son compagnon qui se crispa.

« Seigneur Argol ! » prévint la sage-femme.

La Saoudien saisit la situation et se mit devant Aurora. En même temps que la professionnelle, il sortit l'enfant du ventre de la mère avec douceur. Le bébé irradiait d'une douce et intense lueur d'or. Le spectacle illumina la pièce entière. La sage-femme lui donna une petite tape sur les fesses et il hurla instantanément. Il était père ! La lueur dura quelques secondes avant de se résorber et Aurora se disait que, finalement, les pouvoirs étaient bien héréditaires.

« C'est une fille ! » s'exclama alors la sage-femme.

« Oh mon dieu ! » fit Aurora émue.

Argol, fier, regarda l'enfant posé sur le ventre de sa mère, contemplant le bébé avec émerveillement. Il embrassa tendrement sa compagne. Il était heureux avec les femmes de sa vie.

« Qu'elle est belle ! » déclare le Serpentaire en admirant le nourisson.

« Comme sa mère.. » répondait-il, « Elle me donnera des sueurs froides ... »

Aurora embrassa à son tour Persée.

« Je t'aime. Merci pour ce magnifique cadeau. »

Ils restèrent un long moment tête contre tête, à contempler la petite-fille qui cherchait le sein de sa mère. Argol et Aurora se sourirent. C'était le plus beau jour de leur vie.

###

Plus loin dans le couloir attenant, les chevaliers n'avaient plus entendu le moindre son de la salle de travail. Quelques temps auparavant on aurait dit une pièce de torture, le cosmo d'Aurora qui se déployait soudainement avec un autre. Ensuite, cette étrange lumière dorée émergeant du seuil de la porte. Puis, plus rien. Seulement le cri d'un nouveau-né. Ils échangèrent un regard, sentant ce fameux cosmo. Comment un si petit être pouvait dégager tant d'énergie ?

La porte s'ouvre alors sur le chevalier de Persée, un petit paquet dans les bras. Il s'approcha de ses amis Dante, Asterion et Capella qui ont rejoint les Ors.

« Jalal, te voilà père ! » fit joyeusement le chevalier de Cerbère, lui donnant une tape amicale sur l'épaule.

Argol hocha la tête, ému mais digne et s'avança avec l'enfant vers le Grand Pope : « Monseigneur, je vous présente notre héritier, futur protecteur d'Athéna. »

Shion se dressa, un léger rictus au coin des lèvres et posa la main sur le front du bébé : « Sois le bienvenu parmi nous, petit être. Nous sommes heureux de t'accueillir en notre grande famille de chevaliers. Au nom d'Athéna, je te bénis.»

Argol hocha respectueusement la tête en signe de reconnaissance et se tourna ensuite vers ses aînés dorés.

« Il est en pleine santé ! » ajouta Angelo, contemplant l'enfant endormi.

« Il est très beau, félicitations Persée. » continua Aldébaran à l'attention d'Argol.

Les autres chevaliers firent de même.

« Que je suis heureuse pour vous ! » ajouta gaiement la Sagittaire.

« Merci Mia. »

« Milo, voici ton successeur. » annonça Argol au Grec.

Le huitième gardien sourit, attendri par l 'enfant:« Je montrerai digne de ce nouveau rôle. » répondit l'homme,« Son énergie est bien présente. Bienvenu au monde jeune guerrier... »

« En fait … » ajouta Argol en esquissant un rictus, « C'est unejeune guerrière. »

Les Saints eurent la mine surprise.

« Une fille ? Décidément, elle fait bien les choses, Serpentaire ! » rétorqua Angelo.

« Alors je serais ravie de former cette petite-fille avec toute la sagesse qu'elle mérite. » reprit Milo.

Tous furent ému par la nouvelle du Sanctuaire, et même Shion se retenait de pleurer de joie. Il est heureux pour Aurora.

« Comment s'appelle-t-elle ? » demande noblement Shaka.

« Enéa. » répondit Persée.

Il s'approcha du bébé et pris sa petite main : « Enéa, je jure sur Athéna que moi Shaka ici présent, ainsi que mes frères veillerons sur toi au nom d'Athéna. Nous contribuerons à ton bonheur en ce Domaine Sacré et ferons en sorte que tu sois une valeureuse combattante. »

Il lui fit un rituel Bouddhiste et se courba légèrement.

« Merci Shaka. » s'enquit Argol. Ce dernier hocha la tête.

« C'est très joli, Enéa du Scorpion. Quand penses-tu, Milo ? » demande Aldébaran au brun.

« Cela lui va à ravir. »

Ses yeux perçants et clairs regardaient l'enfant avec fierté. Le Scorpion est honoré de cette nouvelle tâche de maître/figure paternelle qu'il a accepté pour Aurora.

« Comment va la mère ? » demande alors la Vierge.

« La mère va bien! » clame une voix au loin.

Les chevaliers sourirent. Aurora n'en perd pas une miette.

La Cancer ironisa : « Prends-soin de toi, tu dois nous castrer il me semble. »

« Imbécile. » fit au loin le Serpentaire.

Enéa, future Saint du Scorpion a de beaux jours devant elle.

La relève de la Garde dorée est enfin assurée.

Trois semaines plus tard, temple de la Vierge.

Merio de la Coupe est un jeune-homme très respecté au Domaine sacré. Considéré comme le Saint d'Argent le plus puissant, se permettant de résister à un Saint d'or. Le Grec d'origine Italienne a grandi sur l'île en même temps que ses camarades de la nouvelle génération après l'effroyable guerre interne de 1987. Il y avait Rosario, Saint de l'Horloge, Tai, chevalier d'Orion, Sitios du Loup successeur de Nachi, Jorgina de la Grue et bien d'autres. Ceux-ci composaient la division personnelle d'Aurora avec une soixantaine de mercenaires surentraînés.

Demetria devait devenir la garde rapprochée de Zeus. L'intermédiaire entre Athéna et l'Olympe. Cependant son destin funeste la conduit à sa perte, laissant Aurora unique serviteur du Roi des Dieux et d'Athéna. Spartan, Mayura du Paon et Katya de la Couronne Boréale étaient les seuls survivants avec les Bronzes, Marine et Shaina, qui a dû laisser son armure à l'apparition du vrai Serpentaire. En effet, l'Ophiochus argentée était un dérivée de la forme ancestrale de son ainée et avait changé de forme, camouflant sa toute-puissance en attendant le retour de son maitre. Shaina était liée au Serpentaire et a prévenu après la guerre Sainte que le treizième chevalier d'or allait refaire surface lorsque la maison était de nouveau en vue.

Merio, 25 ans est du signe du Verseau. C'est un chevalier maîtrisant l'eau et les molécules de glaces aussi. Son ancien porteur, Aeson, a disparu du Sanctuaire des années avant la guerre interne entre chevaliers. La Coupe est une constellation ancienne. Lorsque sa célèbre armure - sous forme de totem, est remplit d'eau, celle-ci est immédiatement investie de la faculté de guérir les plaies et retrouver ses forces. En effet, lors d'une ancienne guerre sainte, Athéna aurait utilisé une coupe pour s'abreuver sur le champ de bataille, et cette armure en serait issue pour soigner les blessures des chevaliers blessés. Aurora a elle-même été soignée par un ancien chevalier de la Coupe lorsqu'elle fut perdue dans les contrées du temps après la bataille contre Arès, et atterri au Portugal gravement blessée. Il est aussi possible de pouvoir voir son propre avenir lorsque l'on observe la surface de l'eau versée dans la Coupe. Cependant, Merio ne l'autorise jamais sauf sur ordre d'Athéna. Il a pour principe que la futur n'est jamais écrit à l'avance pour personne, qu'il sera fait selon nos propres décisions, bonnes ou mauvaises.

Le Saint d'Argent est largement apprécié pour sa force et son entendement. Bras-droit du Serpentaire depuis toujours, il est un fier gaillard d'1m86 aux longs cheveux noirs et d'une grande beauté méditerranéenne. Son armure légendaire, il l'a gagné dans les montagnes des Alpes transalpines, la région d'origine de sa mère. Son père était forgeron et avait quitté Athènes. Ils s'étaient rencontrés lors d'un voyage d'échange commercial près de Turin. L'homme a été rappelé par le Domaine pour l'effort de guerre et fournir des armes aux soldats Athéniens. C'est dans cet environnement que Merio a évolué. La famille s'est établie dans le village voisin de Rodorio. Puis, ses parents disparurent tragiquement, laissant Merio confiés à ses grands-parents paternels.

Il se souvient d'un après-midi particulier, lorsque son destin fut bousculé. Depuis quelques temps, une forte agitation régnait au Sanctuaire. Le Grand Pope est réapparu avec le Saint de la Balance. Une vaste réorganisation avait lieu sur la Terre sacrée. Un large recrutement de futurs chevaliers avait commencé tant il manquait des guerriers. Cette journée allait apporter un tournant marquant dans sa vie.

Des gardes du Sanctuaire frappaient à la porte de chez lui. Lorsque la grand-mère de Merio laissa un des officiers entrer, celui-ci prit une posture droite, ôta son casque et déroula un parchemin qu'il lut à voix haute :

« Sur ordre de notre Excellence le Grand Pope et par la volonté de la Déesse Athéna, une incorporation se fera dans le village ainsi que dans tous les autres du Domaine. Les hommes en âge de porter un glaive sont appelés à nous suivre immédiatement. C'est pourquoi, nous, soldats Athéniens avons ordre de conduire le jeune Merio Vionas-Ocegino, fils d'Erastius et Angelica, né en l'an 1982 et inscrit comme vivant dans le registre civil afin de lui faire suivre une instruction militaire. »

Des dizaines de soldats avait investi les demeures voisines pour rassembler les autres enfants. Les yeux de Merio se chargèrent de larmes et il traîna les pieds. Sa grand-mère le serra fort contre elle : « Ne t'en fais pas, ça va aller mon garçon … »

Après de longues minutes d'attention maternelle, l'homme arracha l'enfant des mains de sa grand-mère et le conduisit dehors, laissant derrière lui son innocence pour toujours. Il était dans les rangs avec quelques autres garçons plus ou moins âgés que lui. Quelques heures plus tard il était face au Pope et Doko. Apeurée en compagnie de ses futurs camarades, il remarqua une petite-fille pas plus âgée que lui accrochée aux pieds de l'ancien Bélier. Ce dernier expliquait la nouvelle destinée à ces enfants d'exception. Cette fillette n'était autre qu'Aurora.

Son dévouement et son admiration pour le Serpentaire avait commencé quelques mois plus tard lorsque cette dernière à peine âgée de 9 ans, l'avait guéri de ses blessures et terrassé plusieurs soldats malveillants qui maltraitaient les recrues. En effet, Merio s'était retrouvé dans une garnison menée par un homme : Eggio. Sa peau était sale et ses yeux bruns étaient de la même couleur que sa barbe mal rasée. Ce coriace était réputé pour avoir mené de nombreuses légions aux fronts même lorsque les situations étaient désespérées. Il en revint souvent seul, victorieux et couvert du sang de ses ennemis. Il ne fut jamais suffisamment doué pour prétendre un jour devenir le porteur d'une armure. Alors, comme les nombreux apprentis qui ne devinrent ni chevalier, ni mercenaire, il se rangea dans la garde d'Athéna où il devint Sergent. Ce même homme avait souvent malmené les bleus, et sans broncher, Merio gardait en mémoire cet affront en jurant de lui faire payer un jour. Le Saint de la Coupe monta rapidement en force. Il lui infligea une vive défaite lors d'un combat au corps à corps. Merio n'avait même pas 12 ans. Aujourd'hui, ce misérable s'occupe toujours des recrutements mais n'a plus le droit de toucher les apprentis.

Les compères Aurora et Merio étaient devenus comme cul et chemise. Ils connurent leurs premières batailles ensemble. Merio remporta son armure avant sa camarade, et promit que lorsque cette dernière aurait la sienne, il lui prêterait allégeance. Depuis, ils ont tout traversé ensemble : combats, missions de reconnaissance, tours de garde. Tout ce qui remplit la vie d'un chevalier à plein temps. Il était là dans les différents Domaines afin de seconder Aurora après les résurrections des armées qu'elle devait entraîner. Il était là quand elle avait des peines de cœur, que le Commandant Appios la courtisait, qu'Aurora faisait les yeux doux à Argol et quand elle a tout fait pour avoir le Général du Pacifique Nord récalcitrant dans sa couche ... ou qu'elle tomba irrémédiablement amoureuse d'Eaque. Il était là quand elle s'est sacrifiée au combat, le comblant de tristesse.

Elle était là aussi lorsque les grands-parents de son ami furent décédés, que son cousin proche s'est suicidé, que les filles lui tournaient autour et qu'il hésitait entre deux demoiselles dont l'une d'elle devint son épouse. Elle était là lorsqu'une blessure grave l'a contraint à cesser ses activités et qu'il faillit même y passer, emplissant Aurora de colère et de rage sur le champ de bataille. Les jeunes gens se complètent irrémédiablement.

Lorsque les Argents de la vieille garde sont revenus, Merio a été irrité de la relation naissante entre son amie et le Saint des Chiens de Chasse, Asterion. L'ancienne génération se heurtait souvent à la nouvelle et la cohabitation fut parfois laborieuse. Chacun avait ses croyances, ses idées, et surtout, ils venaient d'une autre époque. Merio constata plus tard la relation ambiguë avec le Saint du Scorpion. Maintes fois, il l'a mise en garde. Les rapprochements entre chevaliers d'or sont à proscrire. Aurora l'a écouté.

En ce jour, l'Italo-Grec avançait dignement vers les Douze maisons avec un de ses subalternes, des parchemins en main. Il été appelé en urgence par des soldats gardant l'entrée du Sanctuaire : une intrusion peu banale a eu lieu tôt ce matin. Il doit faire son rapport au Pope. Ordre du chevalier du Cancer, le premier sur les lieux. Merio veillait à ce que les différentes zones du Sanctuaire soient bien gardées. Il s'est rendu directement sur place afin d'aider le quatrième gardien. Le Sicilien avec son tact naturel ne s'est pas gêné pour reprendre chacun des soldats et les menacer de mort s'ils manquaient encore à leur devoir. Sur le chemin sacré des douze maisons, le Saint de la Coupe tentait de comprendre l'ingérence de ses hommes face à l'événement du jour. Il mis son cosmo au plus bas afin de ne pas élever les soupçons du Serpentaire qu'il voyait peu ces derniers temps avec son nouveau rôle de mère.

Un peu plus haut dans la sixième maison, le Cancer d'humeur massacrante se posta lourdement en face du gardien méditant aux cheveux dorés qui ne bougea pas d'un iota.

Soufflant d'exaspération, il déclara de son sarcasme habituel : « Dit donc le rustre, je suis là ! »

Shaka répondit toujours avec calme et sérieux : «Chevalier du Cancer, qu'est-ce qu'une personne aussi impure que toi vient faire dans mon humble demeure, antre d'harmonie et de sérénité. »

« En langage courant, ça signifie :'''Qu'est-ce tu fiches ici, tu n'es pas le bienvenu ! »

« Je suis sourd à ce genre de langage. Dis ce que tu as à me dire et je te prierai ensuite d'ôter ton âme malveillante de ce havre de paix. »

« Cesses donc tes palabres et écoutes-moi, le moine chevalier ! »

« Viens-en au fait Masque de Mort, que veux-tu ? »

Angelo prit alors une posture plus sérieuse.

« Au secteur Ouest, le caporal d'une unité m'a certifié qu'un étranger a passé les frontières du Sanctuaire. Selon lui, ce type a usé d'une lance pour immobiliser des soldats. Il ne portait pas d'armure et ne dégageait aucun cosmo. »

« C'est impossible. Aucun mortel n'a ce genre de dons. »

« Et pourtant il a gagné le quartier des Bronzes. Jusqu'à ce que Katya et le Loup ne l'arrêtent. Il a été constitué prisonnier. Il n'a même pas essayé de se défendre. »

Shaka fronça les sourcils.

« A-t-il déclaré quelque chose ? »

« Selon La Flèche, il aurait demandé audience au Seigneur Shion. »

« C'est étrange, en effet. »

« Le plus étonnant est qu'il disait venir de la part … de Maître Wilfried. »

Shaka afficha une expression des plus surprise, et affirma : «Ce chevalier est mort il y a 500 ans. Seul les chevaliers du Serpentaire ont le pouvoir de communiquer entre eux.»

« C'est pour cela que je m'en remet à toi. Tu pourras lire en lui et vérifier que ses intentions sont bonnes avant qu'on ne décide de son sort. »

« Hum .. tout ceci est bien singulier. » ajouta t-il en se levant, « Je vais à la rencontre de cet homme. Est-ce que les autres Saints d'or sont informés ? »

« Seulement Mu et Saga. »

« Pendant que je me rend aux cachots, parles-en au Grand Pope. »

« La Coupe s'en charge. Mais cette histoire ne me dit rien qui vaille. »

« Aurora est-elle au courant ? »

« Elle a assez à faire avec son bébé ! »

« Soit. Mais il faudra lui demander si son armure a réagi à des manifestations psychiques ces derniers temps. »

« C'est ce que je me suis dit aussi, la Vierge. »

L'Indien fait appel à son armure qui se dématérialisa puis se posa délicatement sur lui. Après un hochement de tête envers son homologue, lui signifiant son approbation, Shaka s'engagea vers la prison du Sanctuaire située non loin des arènes d'entraînement.

###

Le temps est lourd en cette matinée de printemps, lourd comme l'ambiance qui pèse sur la Terre Sacrée, lourd comme les armures qui tintent de toutes parts et s'agitent sur leurs propriétaires dans des cliquetis incessants. Et lourd sera le bilan à l'issue de cette journée. Masque de Mort le devine facilement.

Assis sur le parvis du quatrième temple, le Cancer fait balader une longue cigarette entre ses doigts, et il observe tout ce remue-ménage. Le Grand Pope fait mander et repartir des soldats, des Saints d'Argent, des serviteurs. Le fourmillement n'en finit pas. Cet étranger a chamboulé le Domaine sacré. Shion a fait venir les chevaliers qui gardent le secteur ainsi que les hommes sous leur juridiction.

« Vas-tu parler, oui !? »

A la prison du Sanctuaire, des voix de gardes perdaient patience et invectivaient le parfait inconnu qui avait troublé la quiétude du Domaine. Cependant, ce dernier demeurait imperturbable. Il tenait dans ses mains un coffre en ébène ainsi qu'une lance ancienne. L'un des soldats avait tenté de lui prendre de force ses effets personnels mais ce dernier avait lourdement résisté. Ils frappèrent donc le pauvre bougre jusqu'à ce qu'ils parlent.

« Ça suffit, soldats. »

La voix calme et directive du Saint de la Vierge retentit soudain derrière eux, surprenant les différents hommes : « Les serviteurs d'Athéna de quel rangs qu'ils soient n'ont nul besoin à se rabaisser à ce genre d'actes. » poursuit l'Indien,« Je vous demande de lâcher cet homme. »

La prestance incroyable de son ordre calma les ardeurs meurtrières des bougres qui posèrent immédiatement un genou à terre.

« Seigneur Shaka, cet étranger se moque bien du Sanctuaire ! »

« Il a osé profané nos terres en nous provoquant, et en plus il ne dit mot ! » ajouta un autre.

« Je vais interroger moi-même ce rebelle. » continua le blond sans leur laisser le temps de se justifier, « Et je veillerai à ce que vous ne maltraitiez plus d'innocents. »

Les gardes blêmes se courbèrent davantage avant de sortir. Une fois ces derniers à l'extérieur, Shaka fit signe à une servante d'apporter de l'eau à l'individu qui n'a pas bougé. La Vierge le fixa un moment.

Le voyant hésitant, il s'exprima : « Vous semblez à bout de force. Veuillez pardonner les actes de ces sentinelles. »

L'homme dont le visage est dissimulé dans une soutane accepta l'amphore et le but d'un trait.

« Dites-moi ce qui vous amène ici.» continua Shaka avec sagesse.

La silence demeura un long moment. Mais le sixième gardien est un homme des plus patients et croisa du regard une paire d'yeux sombres et tristes. Un regard qui lui ai d'ailleurs familier.

« Vous disposez de compétences que nous avons reconnues.» commenta alors la Vierge.

L'homme prit une profonde inspiration. Il ouvrit enfin la bouche, et déclara humblement : « Le Seigneur Wilfried veille sur ma personne et m'a guidé jusqu'à la Terre sacrée d'Athéna. » affirma ce dernier.

L'Indien eut une expression surprise avant de répondre sur un ton habituellement calme à son interlocuteur : « Et je suppose que ce coffre contient un peu de son cosmo. »

« C'est exact. Tout comme cette lance.»

"Cela explique pourquoi vous avez résisté à des gardes très entraînés." continua Shaka, « Vous ne semblez nullement surpris par la présence d'un Saint d'Or.»

« .. Rien ne peut me surprendre depuis longtemps.» l'interrompit son interlocuteur.

Voyant qu'il acceptait sa présence, le blond pris place en face de lui. Il planta ses yeux bleus dans les siens, de la détermination dans le regard. L'inconnu fut saisi par la beauté des orbites claires de la Vierge et resta bouche-bé d'admiration.

« Vous avez souhaité rencontrer son Excellence. Pour quelle raison ? »

Nouveau silence.

« Déclinez-moi votre identité. » insista le sixième gardien.

« Mon nom n'a pas d'importance, jeune-homme..» finit par répondre le quadragénaire.

« Vous persistez …»

Ce dernier soupira doucement : « Je ne suis qu'un humain abîmé par le temps. »

« Les protecteurs de Dieux semblent hypothétiques pour vous, je ressens de hostilité. »

« En effet. »

L'Indien remarqua qu'il commençait néanmoins à se détendre. Il lui demande alors: « Pourquoi portez-vous un tel fardeau ? »

Son interlocuteur soutint immédiatement le regard de la Vierge, surpris par cette pairs d'yeux convaincue. La lame de la révolte se dégageait de son être. Une immense conviction, inébranlable.

« Les Dieux m'ont pris ce que j'ai de plus cher et transformez ce qu'il me restait de bonheur en machine de guerre. » clame l'étranger sans sourciller.

Quelques instants de flottement ...

« A quoi faites-vous référence ? » dit alors l'Indien.

L'homme répondit sans hésiter : « Au Saint du Serpentaire." et plongea son regard déterminé dans celui de Shaka : "Ma fille.»

Second silence, lourd de sens. C'était donc ça. Cette sensation de déjà vu.

En analysant l'individu, Shaka y reconnu le regard d'Aurora : cette ardeur, cette spontanéité naturelle. Et surtout les mêmes grands yeux chocolats, ces longs cils encadrant les traits méditerranéen du visage typé. Cet homme est sans doute le père de sa sœur chevalier.

Shaka continua à dévisager l'étranger sans un mot, pensif, le visage d'une neutralité parfaite, ses yeux posés sur l'homme tentant vainement de cacher sa souffrance psychologique.

« Je ne connais pas votre nom, chevalier .. »

« Soit. » concéda l'Indien, « Je suis Shaka de la constellation de la Vierge. Le chevalier du Cancer m'a informé de votre venue. »

« Alors ... vous saviez qui j'étais avant de venir me parler ? »

« Disons que je voulais confirmer ces interrogations. »

Le portugais ajouta ensuite : « Je ne veux pas m'initier dans la vie du chevalier du Serpentaire. Je veux simplement apporter des réponses et la voir un instant, afin d'être en paix. »

« Je peux intervenir concernant votre requête auprès du Seigneur Shion … En ce qui concerne le Saint du Serpentaire, je ne crains que cela soit difficile. »

« Je suis son père biologique. » Le ton est bas et sa voix déraille, mais il tient à garder toute sa noblesse en poursuivant : « Elle doit savoir. »

Après quelques instants de flottement, Shaka répondit : « Aurora n'est pas enclin à cette logique. » affirma le blond,« Elle a été élevée autrement et n'est pas du tout dans l'éventualité de vous revoir.. Seul servir une cause juste compte pour elle.»

A l'énoncé du prénom de sa progéniture, l'homme eut de longs frissons.

« Sa mère était altruiste. » poursuivit t'il nostalgique,« Tellement douce et toujours là pour les autres. » soupira ce dernier,« L'entêtement et la passion était son mode de vie. » Shaka eut une légère raideur. Il semblait que cet homme décrivait sa camarade. « Je mourrai pour la voir, même dix secondes. » affirma le père de famille, sa voix tremblant légèrement d'émotions.

Après quelques instants de réflexion, se remettant à Bouddha, Shaka prit alors sa décision. Touché par l'accablement sincère de son interlocuteur, un élan d'empathie parcourut le Saint d'or. La Vierge acquiesça de la tête et fit signe à l'inconnu de le suivre.

« Ne parlez à personne. » prévint le Bouddhiste, « Et restez à mes côtés. »

###

Le soleil illuminait leur route, comme une invitation à avancer. Shaka veillait du coin de l'œil sur la silhouette de l'étranger. Il boitait un peu et s'aidait de la lance pour avancer. La fatigue et la tristesse l'avaient sûrement rattrapé plus durement que l'âge, alors qu'il ne devait pas avoir plus de 45 ou 46 ans. Il ne peut s'empêcher de remarquer les inspirations sifflantes que prenait l'homme.

« Je suis asthmatique .. » déclara l'homme à son guide, constatant que ce dernier s'interrogeait. Il reporta son attention sur l'horizon, « Je suis empathique, je ressens les choses ».

« C'est un don précieux. » consentit Shaka.

Le vent léger secoua quelques mèches de ses cheveux blés. L'air était doux et agréable mais ne semblait ne pas avoir de prise sur son voisin. Une seule chose semblait habiter l'individu. Ce dernier reporta son attention sur le sentier. Tout était si calme.

En débarquant sur les premières pierres du Sanctuaire, aucun lien n'associe le lieu sacré au 21ème siècle. Il est impressionné par l'environnement reculée, cette vie loin de la société. Il a l'impression d'être dans un autre temps alors qu'Athènes est seulement à quelques lieues. Les Hommes des villages proches partagent également ce mode de vie hors du commun et n'aspirent qu'à servir le Domaine sacré.

« Au fait .. » s'exclame l'inconnu qui mit fin au silence, « Je m'appelle Diogo. »

« Soyez le bienvenu sur la Terre du Sanctuaire. » répondit noblement Shaka, son armure claquait contre le sol et le Portugais admirait en silence la prestance du Saint d'or, « Nous allons débuter l'ascension du Zodiaque d'or. Je vous demande de garder discrétion. N'envenimez pas les choses. »

L'homme hocha la tête.

La traversée du Sanctuaire lui a été pénible pour avoir eu à affronter les regards noirs des Saints d'Argent qui l'avaient mauvaise. La présence de Shaka n'a pas été de trop en dépassant l'arène, et sa seule aura en a dissuadé plus d'un de ne pas trop approcher Diogo.

Les deux hommes marchent doucement sur les dalles en béton menant à la première maison. Le portugais observe l'architecture grâce aux quelques rayons de soleil envahissant la demeure par les cavités de la roche du toit qui se sont formées avec les aléas du temps. Chaque temple est un vaste lieu où se dressent des colonnes sculptées à la main il y a des milliers d'années. Au-delà de ces décorations de pierres sont dissimulés quelques passages discrets qui conduisent aux demeures privatives des gardiens. Les Saints d'or sont l'élite de la chevalerie. Ces maisons sont leur demeure. Elles sont la seule possibilité de connaître un tant soit peu qui sont ces magnifiques hommes dorés dont lui avait parlé cette vieille oracle.

« Le Saint du Bélier est absent. Nous nous rendons à la seconde maison. » expliqua la Vierge, « Seuls les chevaliers d'Or ont le privilège de traverser les douze maisons sans autorisation. Par égard pour les différents gardiens, lorsque nous voulons franchir un Temple nous en demandons l'accès. »

« Je vois. Vous restez attaché aux protocoles. »

« Tout à fait. Lorsque les maisons sont vides nous pouvons les franchir sans encombre. »

Diogo aperçu la silhouette d'un autre chevalier d'or alors qu'ils arrivaient aux abords de la seconde demeure. Aldébaran les attendait déjà. Un colosse. C'est le mot qui vient à l'esprit du paternel d'Aurora. Le chevalier est impressionnant. Rien à voir avec la frêle silhouette de la Vierge.

« Je suis le Saint d'or du Taureau. » se présenta le Brésilien d'une grosse voix grave. Il tendit la main à Diogo, surpris par la familiarité naturelle du gardien : « Vous avez causé bien des soucis à nos gardes.»

« Pardonnez ce tapage. » répondit l'homme, « Ce n'était pas mon intention. »

« Aldébaran … » dit alors Shaka, « Pouvons-nous .. »

« Bien-sûr que vous pouvez passer ! » s'exclama le Brésilien.

« Je te remercie. Hâtons-nous, Diogo. »

Le Taureau regarda passer les deux hommes. Lui aussi est étonné par cet étranger. Il ignore qui il est réellement mais s'il est couvert par l'un de ses pairs, c'est pour une excellente raison. Il ne sait pas pourquoi, il lui a semblé que cet homme avait vraiment besoin d'aide … et lui rappelait quelqu'un de son entourage.

L'ascension de la maison des Gémeaux et du Cancer se fit en silence. Diogo est étonné de voir les maisons vides. Ça tombe bien, il ne voulait pas avoir à faire au quatrième gardien et sa réputation sulfureuse. Il l'avait entre aperçu tout à l'heure, et il ne semblait pas des plus commodes.

A la maison du Lion, Aiolia sort sans broncher, torse nu et vêtu d'un pantalon lorsqu'il remarqua Shaka conduire Diogo vers le chemin du Palais. Ce dernier sentit sur lui le regard insistant du frère d'Aiolos et laissa passer son acolyte de la Vierge, accompagné du mystérieux étranger.

En franchissant le sixième Temple, Diogo remarque qu'un espace bien plus grand borde la maison de l'autre côté du temple. Il est toutefois interdit d'y accéder, lui révéla le chevalier de la Vierge.

« C'est votre temple ? » demande curieusement Diogo.

« C'est exact. » répondit la Vierge.

« Je sens une sérénité parfaite en ces murs. »

« Vous ressentez bien." consentit l'Indien, "Nous sommes à la moitié de l'ascension. Nous allons nous téléporter. » prévint t'il tout en lui tendant son bras.

###

Installé à son bureau, Shion retranscrivait scrupuleusement les évènements de cette journée peu ordinaire. D'une écriture fine et déliée, il relatait ce que personne ne devait jamais lire. Une fois son témoignage achevé, il demandera à Athéna de sceller elle-même le dossier où il le rangerait. Comme d'autres documents sensibles avant celui-ci, il rejoindrait la partie la plus secrète des archives du Sanctuaire. Posant sa plume un moment, l'ancien Bélier porta une main fatiguée à son front. Cet étranger a ébranlé le Domaine sacré en prétendant à Angelo - seul au courant avec Shaka, d'être parent avec Aurora. Peu de chevaliers ont le chance d'avoir une famille ou un représentant actif de leur enfance. Même chez Poséidon, Hadès ou Asgard, les guerriers sacrés sont orphelins. Un mal nécessaire afin de les endurcir, tirer un trait sur leur anciennes vie et éviter les émotions dérangeantes durant leur apprentissage.

Shion jete un oeil à l'horloge mural. Un coup frappé à la porte le ramène à la réalité. Il se saisit de son casque de Pope qu'il avait posé sur la grande commode et accorda l'autorisation d'entrer à l'inconnu.

Un garde s'agenouilla.

« Votre Excellence, l'étranger va franchir le Palais escorté par le chevalier de la Vierge. »

« Je te remercie. » dit-il en congédiant le soldat.

La tension était à son comble du côté de Diogo.

Il approchait du majestueux Palais dont il avait entendu parlé puis s'engouffre dans les immenses couloirs de pierres blanches jusqu'à se retrouver dans la salle où siège Shion. En entrant, il constata la vaste pièce aux longues colonnes de marbre et le tapis pourpre menant au trône. Diogo suivait docilement la Vierge en observant l'environnement autour de lui.

D'autres chevaliers d'or étaient présents et le scrutaient. Il n'arrivaient pas à déceler une quelconque expression. Dans leur armure dorée, ils étaient d'une noblesse à couper le souffle. En fait, Diogo avait été pris d'une forte impression en regardant les Ors. Ils étaient tout simplement fascinants. Leurs armures étincelaient et une longue cape blanche recouvrait leurs épaules. Ils se tenaient très droits, admirables de fierté et de prestance. Plus que des hommes, ils avaient l'air de dieux devant lesquels on ne pouvait que s'incliner. La plupart portaient les cheveux longs, voire très longs, et étaient tous de grande taille. Il y avait même une jeune-femme parmi eux. Elle devait avoir 18 ans. Superbe de grâce, de longues ailes dorées s'étendaient dans son dos. La douceur et la bonté se dégageait de son être. Diogo compta neuf chevaliers d'or. Il avait vu le Taureau, le Lion et la Vierge. Aurora n'était pas présente. Il soupira.

Aiolia et Shura s'échangèrent un regard, Masque de Mort disait vrai. Cet homme dégage quelque chose de familier. Un peu plus loin des Saints d'Argent le fixaient avec dédain. Après tout, il avait snobé la barrière d'Athéna. Argol ne quittait pas des yeux l'importun. Quelque chose l'intrigue aussi chez cet homme.

« Agenouillez-vous. » ordonna Shaka.

Diogo obtempéra, peu friand de ce genre de courbette. Après tout c'est comme s'il saluait un Monarque et c'est ainsi qu'on s'adresse à des hauts dignitaires d'un Royaume. C'est ce qu'il avait vu lors de ces nombreux voyages.

« Vous avez souhaité me rencontrer. Je vous écoute, étranger. »

La voix de l'ancien Bélier résonnait. Il portait sa longue soutane blanche, son casque doré et un rosaire autour du cou. Diogo fut de nouveau impressionné. Il aimerait scruter cet espèce de gouverneur, et admirer l'architecture du palais, toutefois il se doit de faire bonne figure.

« Je vous remercie d'accorder cette audience. »

Shion se racle la gorge et répondit avec autorité : « Vous avez défié nos meilleurs gardes et trompé la vigilance des chevaliers de Bronze. Seul la mort emporte les curieux en ces lieux. J'aimerais comprendre ce qui vous a poussé à aller si loin. Notre organisation doit rester secrète. »

Diogo frémit. Il répondit néanmoins : « Maître Wilfried m'a été d'un grand secours. Son âme m'a guidé jusqu'à vous. »

Des murmures se font entendre dans les rangs. Le chevalier du Serpentaire du 15ème siècle ? Le mentor de leur Commandante ? Impossible. Les Saints d'or se regardent, étonnés. Milo saisit alors immédiatement la situation et se mêla à la conversation.

« Seigneur Shion, » commença le huitième gardien, le visage grave : « Cet homme prétend avoir échangé avec le 17ème chevalier du Serpentaire. Dois t'on le craindre ? »

Diogo tourna la tête vers le Grec et se défendit : « Je ne suis qu'un humble berger, Saint du Scorpion. » rétorqua t'il en fixant Milo sceptique.

« Je ne peux accéder à votre demande. Le Saint du Serpentaire ne doit pas connaître votre existence.» intervient alors Shion.

Le monde du portugais se rompa sous ses pieds. Après tout le chemin qu'il a fait pour en arriver là ... Quelle désolation. Les larmes lui montèrent aux yeux. Tout ceci l'épuisait. Pourquoi un tel acharnement dans sa vie ? N'a t'il pas suffisament souffert ?

« Le Saint de la Vierge m'avait mis en garde. » Son regard était des plus éprouvés. Il poursuivit, abattu : « Je m'en vais retourner dans ma contrée, espérant que le fruit de mes entrailles, le Saint du Serpentaire, puisse un jour me pardonner. Que les Dieux en soient témoins. Je ne renoncerai jamais. »

L'assistance médusée se regarda, sentit la douleur immense du téméraire étranger. Avaient t'ils bien entendu ?

Diogo fit volte-face, cependant le Pope lui aussi touché par l'accablement de l'homme déclara : « Diogo, je vous ai refusé cette requête aujourd'hui mais cela ne signifie pas que c'est définitif. »

Ce dernier se retourna face au représentant d'Athéna, une larme au coin de l'oeil : « Dites-moi simplement si elle va bien, espérant que cela puisse apaiser mes craintes. »

Après un court silence, le Jamirien s'exclama : « Un bouleversement dans sa vie s'est produit. Moins vous en saurez mieux c'est. Je vous demande de patienter. »

« Chevalier du Scorpion .. » Le Pope interpella le Grec qui posa un genou à terre,« Escortes cet homme dans le village avoisinant Rodorio que nous avons évoqué en réunion. »

Ce dernier hocha la tête. Shion s'adressa ensuite à Diogo : « Vous avez découvert l'existence du Sanctuaire et comme nos lois nous y contraint, vous ne pouvez désormais en sortir.» avertit le Pope, « De plus, votre situation vous place hors d'atteinte puisque vous êtes de la famille d'un Saint d'or ce qui est exceptionnel et donc amené à être sous la protection d'Athéna qui s'est beaucoup préoccupée de votre sort. »

Silence.

« Je ne m'attendais pas à ce que mon chemin se finisse ainsi. » consentit doucement Diogo.

« Vous ne devez en aucun cas révéler votre identité. Continuez à exercer votre métier et ne parlez à personne de vos liens familiaux. Les chevaliers restés dans la confidence vous aideront à vous installer. »

Diogo hocha la tête.

« Merci de m'accorder l'asile en vos terres, et remerciez Athéna de sa bienveillance. »

« La princesse entendra vos prières. » termina-t-il en invitant Milo à escorter l'homme hors du Palais.

Village du Sanctuaire, deux mois plus tard.

Les nuages recouvraient le ciel qui était en conséquence entièrement gris. Les gouttes de pluie menaçaient de tomber à tout moment, de ce fait les téméraires qui s'entraînaient encore se pressaient de rentrer à leurs logis. Un gros sac en toile sur l'épaule, Diogo contemplait les rues de Rodorio se vider après le marché du jour où il vendait la laine de son troupeau. Aujourd'hui, il avait presque vidé son stock. Il s'est accoutumé à l'endroit et vivait dans une petite exploitation à l'écart des habitants. Il a la chance de maîtriser le grec, cependant les villageois des environs ont deviné que cet arrivant était tout, sauf ordinaire. Les chevaliers de bronze lui ont trouvé des bêtes résistantes, bonne productrices de lait de chèvre et d'ânesse - ce que consomme la plupart de l'île du Sanctuaire. Il avait vendu son troupeau au Portugal à un marchand afin d'acquérir des fonds pour son voyage. Ce fils de bergers et d'une institutrice aspire à une vie simple.

Il avait le cœur lourd depuis longtemps, se détestant pour n'être qu'un moins que rien, incapable de faire honneur à qui que ce fût, ni même lui-même. Diogo ne cessait de penser à Aurora, sa chair et son sang et il avait beau se poser la question un nombre incalculable de fois, il ignore pourquoi le ciel n'a jamais voulu l'épargner. Il fermait les yeux, imaginant comment était sa fille dont il ne connaissait que le nom. Et puis, on lui avait rien dit pour Demetria…

« Cet honneur revient au Saint du Serpentaire, Diogo … » avait prévenu le Pope.

L'homme était frustré. Pourquoi tant de mystères ?

Il se souvient néanmoins de cette période de bonheur avant ces événements. Lui jeune et fougueux. Sa rencontre avec la magnifique Patty. Ils étaient épanouis, liés. Une totale harmonie se dégageait du couple, enviés de beaucoup. Hélas, les Dieux en ont décidé autrement.

Il caressait un médaillon pendu au cou, geste qu'il arbore depuis longtemps et qu'il n'a plus conscience de faire. Un réflexe banal et incontournable, le seul trésor inestimable, souvenir de sa vie passée avec la mère d'Aurora.

Il entra nonchalamment dans sa modeste demeure avant de verrouiller précautionneusement derrière lui. C'était stupide pourtant, il le savait. Les êtres exceptionnels peuplant l'endroit n'ont qu'à lever le petit doigt pour entrer dans son ave de paix. Mais Diogo s'y sentait bien. Il avait emménagé cette petite maison à sa façon avec les moyens du bord. L'homme est bricoleur de nature. Débrouillard et aventureux, son père lui a enseigné les bases de survie. De ce fait, il savait pêcher, se repérer dans n'importe quel lieu, lire les étoiles pour retrouver son chemin, chasser et faire du feu. Il n'avait pas besoin de grand-chose pour se sentir bien même si, les souvenirs de sa défunte épouse tapissaient le fond de son cœur chaque jour.

Sa maison était de forme carrée et épurée. Elle comptait quelques meubles de montagne : la pièce principale avait une bibliothèque, un petit bureau, quelques étagères au mur, un gros coffre, un fauteuil balancelle orné de quelques cousins brodés et d'un châle qui appartenait à sa mère. Une table pourvue de chaises traînait au milieu de la pièce. A droite au fond, un évier simple et un placard servant de garde-manger ainsi qu'une petite cheminée faisant office de cuisine. Un feu frémissait depuis l'aube : on pouvait y voir un poêle en bois disposée au-dessus des flammes, attendant le dîner de son propriétaire. L'hiver a beau être doux en Grèce, tout comme sa fille Diogo déteste avoir froid. La chambre à coucher se voyait depuis l'entrée. Il n'y avait pas de sanitaires. Diogo se lavait soit à la rivière soit avec de l'eau chauffée dans une large bassine. Une vie rustre qui lui convenait parfaitement. Une commode en bois servait présentement de cale contre la porte. Il avait agrémentée la salle à vivre de rideaux achetés au port d'Athènes chez un marchand oriental. Un tapis foncé bordait le pied de son lit et enfin, quelques photos trônaient sur une petite table à l'entrée, dont un large portrait d'une très belle jeune-femme dans sa chambre.

Il n'avait guère fait attention à l'inconnu adossé sur le flanc gauche de la maison près de la bergerie, alors qu'il était sortit nourrir les chèvres et l'ânesse. Diogo avait l'esprit tellement brouillé par sa volonté de revoir Aurora qu'il ne sentait pas la présence de l'homme attendant patiemment que le portugais le remarque. Le paternel d'Aurora déposait de la paille au sol lorsqu'il constata qu'un chevalier bordait le mur de sa bergerie.

Il trébucha au sol.

« Che-chevalier du Scorpion ? » bredouilla Diogo, impressionné par son vis-à-vis.

Milo ne portait pas son armure. Vêtu d'un maillot sans manche, un pantalon noir et un manteau pour se protéger des intempéries, il restait toujours aussi prestant. Sa fierté de guerrier transparaissait dignement.

« Pardonnez-moi de m'être introduit en votre intimité. »

« Il n'y a pas de mal. » répondit Diogo en se relevant, « Entrez, je vais vous servir une boisson chaude. » dit-il en faisant signe au Grec de le suivre.

« Je serai bref, ne vous donnez pas cette peine. » prévint Milo.

« Je vous écoute, chevalier Milo. »

« Milo suffira. » le reprit ce dernier.

En son salon, Diogo s'empara d'une bouilloire en fonte et fit chauffer cette dernière sur le feu.

« Je suis désolé de vous accueillir de cette manière » Il avait désigné des vêtements posés un peu partout et la vaisselle qui attendait dans l'évier, « Je ne suis pas maniaque. »

« C'est moi qui aurait dû vous avertir de ma venue. » répondit le Scorpion.

« De quoi voulez-vous me parler ? »

Milo le scruta quelques instants de ses yeux azurs. Puis répondit :« L'accablement qui vous pèse a touché Athéna .. » déclare solennellement le huitième gardien,« Il m'incombe de vous prévenir que tout ceci cessera prochainement. »

Diogo regarda Milo avec de grands yeux. Avait t'il compris ?

« Vous allez rencontrer ma camarade quand les conditions seront réunies. Et pour des raisons confidentielles, vous n'en serez informé qu'au dernier moment. » continua le brun.

L'homme laissa échapper une larme de joie sur ses joues. Il se sentait proche de la délivrance de ce chagrin. Enfin !

« Comment va ma fille ? »

« Je ne peux vous apporter ces informations. » répondit le Scorpion avec fermeté.

« ... Puisque quelque chose l'a bouleversé, selon les dires du Pope Shion .. Je m'en inquiète. »

« N'ayez crainte. Montrez-vous simplement patient. »

« Ce n'est pas ma qualité, chevalier. » ajouta Diogo,« Décrivez-moi au moins ma fille. Je ne pense pas en demander de trop.. »

Le Scorpion hésitait sur la marche à suivre.

« S'il vous plaît, Milo. Pouvez-vous m'accorder cela ? » insista Diogo.

« Que désirez-vous que je ne vous révèle ? » demande le brun d'un œil sévère.

« On évoque le chevalier du Serpentaire comme une remarquable guerrière. Moi, je veux la connaître en tant qu'humaine. »

Moment de flottement.

« Je vous en prie, seulement quelques détails .. Que je puisse enfin l'imaginer. Je suis si proche de la retrouver. Vous feriez de moi un homme plus heureux. »

Le Scorpion fut à son tour touché par ce fort désir paternel de connaître Aurora, ce souhait inespéré et profond de renouer avec elle, ce comportement désintéressé au bonheur du Serpentaire. Il le comprend tout à fait.

« Quelle est votre requête ? » lui accorda finalement le Scorpion.

« Je sais,pour des raisons évidentes, que vous devez rester évasif alors je vous demande trois mots représentant ma fille. »

Milo ne quitta pas du regard le paternel. De longues secondes défilèrent, une éternité pour Diogo espérant que le Scorpion allait accéder à sa demande.

Finalement, il admit sans sourciller : « Entière, généreuse, spontanée. »

Diogo soupira de soulagement puis sourit : « C'est exactement ainsi que je l'imaginais. Ma fille a du caractère dans ce milieu dominé par les hommes. Elle a dû se battre plus que les autres. »

« Le Saint du Serpentaire est estimé de tous, même de ses ennemis. » ajouta Milo en prenant le chemin de la sortie.

« Attendez, chevalier ! » l'arrêta Diogo, « Vous ne m'avez pas dit à quoi elle ressemble. On dit que sa grâce est aussi dangereuse que ses dons. Est-ce vrai ? »

Sans se retourner, le Scorpion répondit après une légère indécision : « C'est le cas. »

« Est-t'elle brune, blonde, petite, grande ? Dites-le moi ! » continua Diogo curieusement.

« Le Saint du Serpentaire se ferait remarquer même dans le pénombre. »

Diogo n'en saura pas plus. Cependant, quelque chose l'interpella. Il clame alors au huitième gardien :

« Avez-vous des incertitudes, chevalier du Scorpion ? Que signifie cette retenue ? Pourquoi camoufler votre admiration ?»

Milo tiqua face à cette réflexion. Avait t'il bien entendu ? Il se tourna vers Diogo, la mine froncée.

« Je ressens les émotions. Et j'ai vu votre regard lorsque vous évoquiez ma fille. » se justifia le portugais en soutenant le regard droit du Grec.

Silence. Cet individu est très observateur. Un peu trop.

« Quel genre de relation entretenez-vous avec ma fille ? » insista le portugais.

Le Scorpion répondit sans sourciller : « Soyez au Palais demain à l'aube. Le Seigneur Shion vous y recevra.»

« Enfin ! Permettez-moi d'insister ! Le ton de votre voix en dit long lorsque vous évoquiez Aurora.» rétorqua Diogo.

Que répondre à cela ?

« Est-ce que vous lui avez dit ? » continua l'homme sans se démonter.

« Je ne suis pas venu parler de mon amitié avec votre fille. » s'agaça intérieurement Milo.

« Lui avez-vous parlé ? » insista Diogo, « Ma femme était passionnelle, si proche des gens qu'elle estime. Je suppose qu'Aurora a hérité de ce trait de caractère. Il lui faut quelqu'un qui la comprenne et la sécurise. »

Milo se pinça les lèvres, ce qui n'échappa guère à Diogo. Il soupira et annonça finalement : « Je ne sais quelle est votre histoire. Veuillez m'excuser, j'ignorais que cela était important pour vous. Promettez-moi de protéger ma fille. »

Cela d'une voix douce, sincèrement bienveillante. Dans laquelle ne s'entendait nul reproche.

« Je veille sur elle depuis toujours. » conclu le brun en ouvrant la porte.

« Vous êtes un bon chevalier. Celui qui a attiré mon attention au Palais. C'est un signe, n'est-ce pas ? » répondit le portugais à Milo sur le parvis de la maison. Ce dernier stoppa net, « Ma fille doit beaucoup compter pour vous. Je vous en remercie.»

Milo ne répondit pas et, déconcerté, referma la porte du logis derrière lui.

Diogo expira doucement. Son don lui apportait des problèmes relationnels. Il n'a qu'un seul ami et plus aucun parent en vie. Tout le monde se méfiait dans son village.

Il fit irruption dans sa chambre et se saisit d'un coffre en métal. Il le pressa tout contre son cœur. Levant son regard foncé vers ce portrait de jeune-femme, il murmura : « J'honorai ma promesse envers toi. » affirma t-il, « Je te le jure Patricia. Aurora saura tout, mon amour.»

###

Plus loin, assis sur le sable de la plage, le dos contre un rocher, Milo regardait les vagues qui venaient mourir sur la grève. Elles avançaient, roulant mollement avec une petite écume blanche sur leur crête avant de déserter le sable humide. Le Saint d'Or semblait hypnotisé par le phénomène. Le vent soulevait sa longue chevelure. Il avait les genoux pliés et ses avant-bras appuyés dessus. Il roulait un petit galet entre ses doigts d'un geste inconscient. Sortant de ses pensées, il regarda l'horizon.

A présent il se sentait vide. Il était venu là pour être seul. Il en avait besoin pour comprendre ce qu'il lui arrivait. Les paroles de cet homme l'ont interpellées, touchées en plein cœur. ll avait réalisé qu'il n'arrivait plus à se l'ôter de la tête.

Le Serpentaire. Cette fracasseuse de vie. Celle qui agissait sur lui comme une drogue infiniment puissante et atrocement délicieuse. Il fallait qu'il entende le son de sa voix, directive, caressante, qu'il voit ce visage gracieux, qu'il croise ses yeux espiègles et pétillants. Il était amoureux de Aurora à en mourir. Il avait souffert et il passait à autre chose, continuant à vivre.

Pensait-il vraiment que c'était facile ?

Un amour non partagé était probablement la pire douleur qu'il n'aurait jamais à affronter. Pourtant, il avait gardé secrètement espoir qu'un jour Aurora lui ouvrirait son cœur. Elle à présent mère, a choisi Persée. Il comprenait qu'il n'y aurait plus d'épreuve entre eux, ni de ligne à franchir, nul cap à passer. Nul obstacle à surmonter. Qu'être un ami serait désormais ça, la continuation du présent, ce glissement presque imperceptible en l'esprit de Milo, et celui d'Aurora, ce renoncement. Il réalisa qu'il n'y avait rien à attendre. Que les semaines continueraient de passer, que le temps continuerait d'être cette lente succession d'années investies pour le Domaine sacré pour préserver la paix, des jours tantôt habités avec intensité, d'autres moins glorieux mais qu'Aurora serait toujours là. Hors de portée. Mais bien là.

Le vent poussait devant son beau visage quelques mèches qu'il repoussa machinalement. Il finit par se lever et jeta dans la mer le galet qu'il tenait. Ses pas le menèrent plus tard au bas du grand escalier sacré qu'il commençait à gravir. Ces derniers temps, chaque fois qu'il devait traverser les temples, il souhaitait qu'ils soient déserts pour ne pas croiser ses frères d'armes.

« Milo .. » dit alors une voix.

« Bonsoir Mu. » salua t'il avec un geste vague de la main. « Puis-je traverser ta maison ? »

« Bien-sûr. » répondit le Bélier, « Est-ce que tout va bien ? » demande l'Atlante en remarquant le manque d'entrain du huitième gardien.

« Oui. » fit Milo sans ne rien montrer.

« Nous t'avons pas vu à l'entraînement ce matin. »

« J'y serai demain. Bonne nuit mon ami. » coupa le Scorpion sans laisser le temps au premier gardien de répondre.

Le Grec s'éloigna en direction du second temple. Mu le regarda et un frisson lui parcourut l'échine. Il fallait qu'il parle à Camus.

Milo n'allait pas bien depuis des mois. Il le sentait dans son cosmo. Il avait beau essayer de le camoufler, pour quelqu'un comme le Saint d'or du Bélier, c'était plus éloquent que s'il lui avait hurlé son mal-être en face. Il devait voir aussi Shaka. La Vierge avait des facultés pouvant être utiles. Il fallait surveiller le Scorpion de près mais discrètement. Il ne fallait surtout pas qu'il se renferme sur lui-même. La prudence est de rigueur.

Alors que le soir tombait doucement sur le Sanctuaire, Milo passa les autre maisons sans voir les chevaliers qui étaient encore aux arènes. Ces escaliers lui paraissaient interminables. Il avançait sans même essayer de lutter contre cette noirceur qu'il sentait ramper sur sa peau et s'insinuer dans son esprit. Puis, il arriva enfin à la huitième maison et s'enferma dans sa chambre.

Il finit par s'allonger sur son lit et tira la couverture sur lui. Il avait froid. Dans son cœur, dans son âme, il grelottait. Le Saint du Scorpion se sent incomplet. Il repensa aux échanges passionnés - et bien trop court avec Aurora.

Il tressaillit.

Temple de la Vierge, deux jours plus tard

En début d'après-midi, Mu était allé voir Shaka pour lui parler de Milo parce qu'il ne savait pas où était Camus. Il l'avait trouvé comme à son habitude, assis sur son tapis de méditation, les yeux fermés, vêtu d'un sari aussi bleu que ses yeux. Il savait que l'Indien avait perçu sa présence et avait attendu patiemment que celui-ci mette un terme à sa séance.

« Je t'offre un thé ? » entendit-il derrière lui.

Shaka avait les yeux ouverts et attendait une réponse. Mais cela surprenait toujours ses interlocuteurs de se retrouver face à deux prunelles limpides d'une magnifique couleur claire.

« Merci. »

« Je crois savoir ce qui t'amène. »

« Ah ? » s'exclama Mu.

« Le chevalier du Scorpion. »

Silence.

« Toi aussi, tu as senti son mal être ? »

« Mal être ? C'est bien plus que ça, Mu. »

« As-tu essayé de sonder son esprit ? » demande le premier gardien.

« Je me suis contenté de lire en son cosmo. »

« Moi je l'ai fait. Je n'aurais pas dû sans son accord cependant, quand le cœur d'un camarade est saisi par les ténèbres, la question ne se pose pas. »

La Vierge hocha la tête.

« Et toi, qu'as-tu ressentit Shaka ? » continua le Bélier.

L'Indien soupira doucement, comme pour peser ses mots et Mu compris qu'il allait aborder un sujet incommodant, un sujet qui refroidit le gardien de la sixième maison.

« Ses sentiments pour le chevalier du Serpentaire. »

Shaka avait dit cela d'un ton le plus détaché possible. Mu se raidit. Jamais les chevaliers n'avaient évoqué le sujet entre eux.

« Milo n'a jamais été autant replié sur lui-même. Il s'efforce de demeurer impassible, mais il souffre. »

« Que pouvons-nous faire, Shaka ? Aller lui en parler est délicat. »

« Il doit se libérer de cette ambiguïté. »

« Tu veux dire qu'il doit aller ouvrir son cœur à notrev soeur d'arme ? »

« …. »

« Il l'a déjà fait. »

Une voix familière avait retentit au loin. Les deux hommes reconnaissent immédiatement l'énergie froide et pure du taciturne onzième gardien qui venait de pénétrer dans le temple de la Vierge.

« J'ai surpris votre conversation. » se justifie le Français avec élégance, incroyable de noblesse dans son armure dorée.

« Je t'en prie, Camus. Nous voulions évoquer le sujet avec toi. » rassura le blond en faisant signe son frère d'arme de se joindre à eux.

Le français resta un moment à regarder ses camarades puis ferma les yeux, muré dans son silence. Ses comparses n'intervenaient pas, attendent une réaction du Seigneur de l'eau. Un flottement lourd de sens.

Enfin, il admit aux deux autres : « Milo a déjà ouvert son cœur au chevalier du Serpentaire. »

Autant Mu fut étonné que Shaka et demanda :« Comment l'as-tu su ? »

« J'ai eu une conversation brève avec Aurora il y a des mois de cela, laissant penser que rien ne serait possible avec Milo. La peur se lisait sur son visage autant que sa déception. »

« Quand s'est passé cet événement ? » poursuit Shaka.

Camus explique : « Peu avant la guerre contre les Amazones. Milo a appris qu'Aurora attendait un enfant. Je l'ai vu passé près de ma maison, agité. Après les affrontements, il n'était plus le même. » Il fit une courte pause,« Souvenez-vous à cette soirée au Temple du Serpentaire, il prenait grandement sur lui. »

« La soirée où Aurora nous a annoncé sa maternité. » continue Mu.

« C'est exact. »

« Cela explique son état actuel. » ajouta Shaka.

Le Verseau ajouta : « Le chevalier du Lion a également des soupçons." assura le Français, "Ces deux-là ont grandi ensemble en Grèce alors que nous avons été formé ailleurs. Malgré la rivalité qui les séparait durant le règne de Saga, ils se sont rapprochés après la bataille des douze maisons. »

« C'est vrai, tu as raison Camus. » consentit le Bélier.

« Aiolia m'a été d'une grande aide afin de communiquer avec Milo à nos résurrections. » continua le Verseau.

« Le chevalier du Scorpion est un homme tenace. » continua Mu.

« L'est-il avec Aurora ? » ajouta curieusement Shaka.

Camus hocha la tête.

« Quand est t'il de notre camarade ? » se demande Mu.

« Elle est mère à présent, sur le point de découvrir son passé. » continua le Verseau,« La prudence est de rigueur. »

Mu précisa: « J'entends par là, partage-t-elle des sentiments similaires ? Autre qu'amicaux ? »

Silence pesant. Après quoi, Camus affirma :« Les deux, je le crains. »

Le Bélier déclara doucement :« Cela serait équivoque. Aurora a accepté le Saint de Persée dans sa vie avec la bénédiction de Maître Shion. »

« Le premier pas vers la sagesse, c'est de se délivrer du déni. » déclara Shaka.

Camus lui indiqua froidement :« Aurora vit dans cette contrariété .. »

« Le chevalier du Serpentaire a toujours été une chimère émotionnelle. C'est sa force, tout comme sa langueur. Le chemin vers l'acceptation est long et difficile. Nous devons l'y amener. Et l'amener à lui faire oublier l'homme responsable de cette hécatombe.» expliqua la Vierge.

« Evoques-tu le Juge du Garuda ? » demande Camus.

Shaka hocha la tête.

« Nous ne devrions pas intervenir. » prévint Camus, "Les rapprochements entre chevaliers d'or doivent rester militaires et fraternelles."

« Tu ne discuteras pas avec le chevalier du Scorpion, ce proche ami ? »

« Milo est notre ami à tous. » déclara Camus à Shaka en repartant.« Le Scorpion et le Serpent doré sont des signes brûlant d'intensité. » conclu le Verseau en disparaissant vers le sortie des appartements privés.

« Aurora déclenchera un cataclysme si elle décèle un mensonge. » songea Shaka.

Ce dernier fixa un point au loin, par-dessus l'épaule du Bélier. Il laissait lentement ces paroles faire leur chemin dans son esprit.

Mu le sortit de son interrogation :« Shaka, je ne suis pas optimiste sur la finalité de ce désagrément.»

« Connaissant Aurora, elle prendra conscience de sa méprise quand son devoir de mère lui incombera moins qu'actuellement. »

Instant de flottement.

« Qu'Athéna nous garde de la tempête à venir. » continua la Vierge, faisant sourire le Bélier.

« Aurora est notre amie aussi. »

Shaka hocha la tête.

Un mois plus tard

« Milo ! Milo ! »

La voix agacée du Serpentaire, le ton visiblement très remonté faisait écho dans les colonnes du huitième temple du Zodiaque. Le chevalier du Scorpion qui discutait avec Aiolia, Shura et Camus se tourna vers l'indésirable dont les énergies négatives se ressentaient pleinement. Il la sentent arriver précipitamment.

Cette dernière avait Enéa dans les bras, pleurant à chaude larmes et fonçait vers ses frères d'armes comme si elle avait Cerbère à ses trousses, vêtue de sa tenue d'entraînement et son inséparable glaive en or. Camus soupira discrètement et ferma les yeux, sentant la tension qui animait le treizième chevalier d'or.

Elle balança de brute en point : « Chevalier du Scorpion ! »

« Pourquoi cette agitation, Aurora ? » demande le Scorpion en fronçant les sourcils.

« Je suis désolé de troubler vos instants de camaraderie pendant que je suis le nez dans les couches et les biberons ! »

Elle avait dit cela en regardant sévèrement sa petite-fille de quatre mois qui hurlait de plus belle, sentant le cosmo fulminant de sa mère. Un étrange silence s'étendit sur le groupe.

« Aurora, tu dois te calmer, Enéa ressent ton trouble. » rétorqua Aiolia.

« J'avais pas deviné ? » répondit sèchement la brune au bord de l'implosion. Le Lion se raidit par le ton fulminant de son amie, « Je me lève toutes les quatre heures pour nourrir ce méchant bébé, je m'occupe d'elle à plein temps parce que son père est en mission ! De plus, elle commence à faire les dents … Trop c'est trop ! Maman va se vider la tête sinon je la balance du Mont Starhill ! »

Et elle porta vivement son bébé dans les bras du cinquième gardien pris au dépourvu qui la coinça dans le creux de son bras. Aurora remarque immédiatement la désapprobation du onzième gardien.

« Si tu deviens père, chevalier du Verseau, je me ferai un plaisir de te rappeler ce jour-là. » lui rétorqua t'elle.

Après plusieurs secondes à rester bouche bée, Camus demanda sans aucune subtilité :« Nous savons qu'il est difficile de conjuguer vie de combattante et mère. » consentit le français d'un ton le plus neutre possible.

« Ah oui ? » Aurora sentit ses oreilles siffler, « Je ne suis qu'une vache à lait ! » Les chevaliers haussèrent les sourcils, sentant la treizième surmenée : « Je suis une femme ! Un chevalier ! Je suis à l'étroit dans mon temple ! Alors je vais de ce pas aller m'entraîner sinon je vais dévaster le chemin des douze maisons ! »

Les guerriers se concertent du regard. Ils ne mirent pas longtemps à comprendre les tenants et les aboutissants de cette déclaration impromptue. Des polémiques couraient au Sanctuaire. Des polémiques sur les nombreuses altercations au sein du couple Aurora/Argol.

« Aurais-tu eu un contentieux avec le Saint de Persée ? » s'enquit tranquillement Shura en croisant les bras.

Silence. Elle le regarda d'un air mauvais et admit vivement : « Ouais ! On s'est disputé avant son départ. » rétorqua t'elle d'un mouvement vif de la main,« Il m'a pris la tête. »

Aiolia et Milo échangèrent un regard. Camus demande à son tour : « Cela arrive t'il souvent ? »

« Il déteste que je sorte m'aérer à Athènes. » répondit Aurora.

Nouveau silence.

« Nous ignorions que tu sortais du Sanctuaire. » déclara Milo avec surprise.

« J'en ai besoin. Argol ne le comprend pas. Il croit que je vais me faire culbuter dans une ruelle paumée. » souffla d'exaspération cette dernière, ne captant pas l'échange de regards médusés de ses frères d'arme consternés, semblant signifier : « Mon Dieu, Aurora du Serpentaire... »

« Il n'a pas confiance en moi et je ne le supporte pas. » finit la brune.

Milo demande :« Veux-tu que nous nous occupions d'Enéa ? »

Aurora hocha la tête : « S'il vous plaît. Où je vais gagner le mekkai dans pas longtemps. »

« Comptes sur nous. » assura alors Shura.

« Je voudrais qu'elle passe du temps avec le Scorpion. » affirma cette dernière, « Elle se sent bien à ton contact, Milo. Plus qu'aucun autre chevalier.» Elle reprit l'enfant au Lion et la déposa dans les bras du huitième gardien sans attendre l'avis de ce dernier, « Milo, vous êtes liés par vos constellations protectrices. Tu es son maître, un autre père qui l'épaulera tout au long de sa vie de chevalier, sa vie de femme. Je t'en prie, prends soin de ma petite-fille. »

Elle avait presque imploré le Scorpion. Aurora était épuisée. Milo le sentit et son cœur rata un battement. Camus remarqua le désarroi d'Aurora et l'âme de Milo touché par la treizième, au bord de la crise de nerfs.

« Vas, je me porte garant d'Enéa. » répondit simplement Milo.

Il avait invoqué un peu de son cosmo afin d'apaiser la petite, qui instantanément se calma et regarda de ses yeux clairs son protecteur. Elle avait attrapé une mèche de cheveux du huitième gardien et jouait avec de ses petits doigts. Soulagée, Aurora hocha la tête et avec l'imprévisible compétence dont elle est capable, elle envoya un baiser éclair sur la joue de Milo.

Les chevaliers présents tentèrent de garder contenance face à la spontanéité de la brune ne remarquant pas leur embarras.

« Elle t'adore, regarde comme elle te fixe. »

Satisfaite bien qu'émoussée, elle quitta ses amis sans prendre la peine de les saluer et disparue dans l'obscurité de la maison du Scorpion, ses compères bouche-bé et un Milo ahuris.

Il n'avait pas échangé avec cette dernière depuis un moment.

Puis, il jeta un œil à ses amis. Lui aussi se sentait coupable de cacher la vérité au Serpentaire. Il fallait qu'ils parlent au Pope.

Aurora n'est pas prête.

A suivre ...