Chapter 17: Fâcheuse utopie

Le père biologique d'Aurora enfin calmé par Shion, ce dernier doit maintenant gérer le chevalier du Scorpion de plus en plus en peine et l'apprentissage difficile de Fujiya la future Balance. Aurora, qui est loin d'imaginer ce qui se trame dans son dos doit faire avec les crises d'Argol entre deux missions et dissimuler ce fait à son compagnon possessif. L'ennemi est indécis. Le Domaine doit t'il se préparer à une menace importante ?

Sanctuaire, trois semaines plus tard

Chaque vendredi matin, les apprentis et les chevaliers cessaient leurs entraînements respectifs pour libérer l'arène principale. Dans une bousculade hâtive et joyeuse, ils se pressaient pour gravir les gradins du Colisée et grappiller les meilleures places, celles qui leur offriraient une vue optimale sur le combat à venir. Le spectacle n'avait pas encore débuté que les conversations se faisaient chuchotements fébriles, chacun y allant de son pronostic et de ses chances de voir son maître – ou son chevalier préféré – remporter une victoire éclatante face à son adversaire.

Lorsque enfin la garde dorée au complet faisait son apparition, les conversations mouraient sur les lèvres des plus jeunes. Les regards se faisaient brillants, les mines excitées et réjouies. La plupart d'entre eux n'avaient jamais l'occasion d'approcher les puissants Saints d'or, encore moins de les voir exercer leurs formidables pouvoirs. Cette rencontre mensuelle, instaurée par le Pope pour motiver ses troupes, était pour eux un petit événement, une fête qui leur permettait de toucher la légende.

Fujiya la future Balance était en train d'échanger à l'ombre aux côtés d'Amaria la future Chouette, ainsi qu'avec Mina, la jeune-fille espiègle dont la camaraderie s'était renforcée depuis leur rencontre, juste après son agression par les gardes*. Mina avait décidé de cesser sa formation de chevalier, estimant avoir atteint ses limites. Et un apprenti recalé à l'entraînement de Saint ne peut reprendre une vie ordinaire. Dotée d'une base solide et d'une capacité de réflexion à toute épreuve, elle est reléguée au rang de mercenaire au sein de la division du Sagittaire. Cette dernière l'a constituée responsable des apprenties du quartier féminin, remarquant ses capacités intellectuelles et pédagogiques. Lorsque Mia part en mission ou y envoi une escouade, elle n'oublie pas d'y détacher quelques-uns des sous-officiers ainsi que des « bleus » afin qu'ils fasse l'expérience du terrain.

La Sagittaire est secondée par Misty du Lézard, l'Argent le plus haut gradé – en dehors de Merio de la Coupe, et Jorge de la Croix du Sud. Capella du Cocher et Saro de l'Horloge constitue également « ses hommes » ainsi que Katya de la Couronne Boréale, aidé de chevaliers de Bronze. Marine de l'Aigle a intégré son régiment après la guerre Amazone. En effet, les deux femmes ont réalisé qu'elles travaillaient parfaitement ensemble et, la Japonaise qui était habituellement chef de file des troupes d'Aphrodite a demandé à Aurora de rejoindre la Sagittaire. Cette dernière a approuvé lors sa grossesse, laissant le commandement des troupes à l'aîné des chevaliers d'or Saga.

L'armée d'Athéna fonctionne selon une hiérarchie bien précise : les Saints d'or ont chacun des Saints d'Argent sous leurs ordres, et ces derniers ont eux-mêmes des chevaliers de Bronze supervisant des soldats. Le rang le plus bas étant les gardes et le plus élevé est détenu par le chevalier du Serpentaire. Les Saints d'or, l'Élite absolue des guerriers d'Athéna gardent le chemin des Douze maisons, la zone la plus protégée du Sanctuaire et sortent du domaine si une situation est jugée dangereuse pour la paix ou si une mission spécifique nécessite leur intervention. Les Saints d'Argent sont des experts du combat aussi bien en mission qu'ailleurs, et s'occupent des formations de futurs Saints. Ces officiers ont chacun un secteur sous leur juridiction secondé par des Bronzes supervisant la surveillance du Sanctuaire avec des soldats hautement conditionnés.

Shion et Doko avaient revu la constitution de l'armée d'Athéna avec la Déesse après la guerre Sainte. Depuis des siècles, le Pope est un ancien Saint d'or. Il prépare le Sanctuaire et les générations de chevaliers en prévision des guerres, planifie la stratégie du Domaine lorsque celles-ci font rage, entretient les relations entre le Domaine et le monde extérieur, gère le déroulement préalable des missions, et c'est aussi à lui que sont transmis les rapports finaux de missions.

Les guerres saintes enterrées, on peut compter sur un chef d'état-major secondant le Pope, un espèce de Général planifiant le déroulement des missions ainsi que le choix des guerriers envoyés les accomplir. Une personne avec de l'expérience et du talent tactique se rendant également sur le terrain, au plus proche de ses hommes, supervisant chacun des chevaliers et les événements pour rendre ensuite des comptes au représentant d'Athéna.

La constellation du Serpentaire est ce Général. L'étoile réapparaît tous les 500 ans et a toujours guidé les chevaliers dans l'ombre. Athéna ordonna que l'étoile exclue soit désormais un signe à part entière au sein de l'écliptique lorsque le 18ème Serpentaire rejoignit le Domaine. Un soldat reconnu au sein de son armée. En cette ère, ce fut sans surprise qu'on désigna Aurora Commandante des armées à son quinzième anniversaire. Ses compétences logistiques et stratégiques ont renforcé la volonté de la Déesse d'effectuer des changements afin de moderniser l'organisation des protecteurs de la paix, et conserver une cohésion pour éviter un incident interne comme ce fut le cas en 1986 avec la guerre fratricide.

Aidée par son ami Merio - sur le papier nommé officier d'état-major, Aurora a revisité la constitution des légions de la Déesse. Beaucoup d'alternatives furent proposées et la fille préférée de Zeus retint un élément original et inédit symbolisant les forces Athéniennes : les troupes unies par constellations. Les chevaliers et leurs hommes seront mobilisés par leur lien astrologique, selon les type d'attaques, et pas seulement par affinités. Les Saints d'or avaient trouvés l'idée farfelue lors de leur résurrection, estimant que le plus important est le bonne entente entre hommes. Au fil du temps, ils ont constaté que ce choix était censé : leurs pouvoirs se complétaient et leurs liens étaient renforcés grâce à leur étoile respective, augmentant volonté et communication au travers de leur cosmo. Ainsi, Milo comme tout guerrier doré a une trentaine de soldats sous ses ordres : Argents, Bronzes et soldats. La plupart ont intégré sa division car ils sont natifs du Scorpion ou ascendant Scorpion.

Le chevalier de Persée est Scorpion.

Mina qui est également Scorpion fut évaluée positivement par ses supérieurs, regrettant son choix d'avoir abandonné la course pour l'armure d'Orion. Elle avait en effet toutes les capacités. Entraînée par Persée, ce dernier l'avait encouragé malgré la dure formation qu'il apportait à la jeune-fille. Milo supervisait l'entraînement de son œil avisé. Le deux hommes avaient discuté de son cas et n'était pas tombé d'accord : selon le Scorpion, l'adolescente devait s'endurcir et prendre confiance en elle. Argol soutenait la décision de Mina qu'il jugeait plus sage. Elle devrait être utile pour d'autres missions, et selon lui il valait mieux trouver un autre prétendant pour l'armure. Milo avait fini par se résilier, n'ayant la force de se confronter au Serpentaire qui suivit le raisonnement de Persée.

Argol et Milo n'ont jamais été amis. Ils se respectent en tant que chevaliers, mais une fois le devoir effectué ils restaient à distance respectable l'un de l'autre. Leur supposée rivalité fut établie lorsque Aurora a « choisi » Persée plutôt que Milo. Jamais leur communication ne fut autant opprimée depuis. Si Milo pouvait éviter de côtoyer le Saoudien, cela l'arrangeait ! Pourtant, Milo est maître et parrain d'Enéa et ils devront faire !

Ce matin-là à l'arène, Mina et les autres eurent la surprise de voir le Scorpion se faire sévèrement corriger par Aiolia. Déjà la pommette du huitième gardien enflait et la teinte rouge virait au violet. Il se releva avec quelques difficultés et épousseta sa tunique.

« Est-ce que ça va, Milo ? » demande Aiolia en accourant vers son ami, « J'ai été un peu fort. »

Le Grec tourna vers lui un visage sombre.

« Ça va aller. » et il se dirigea vers les marches de l'arène, non loin de Camus et Shaka.

Le Lion le regarda partir d'un air inquiet.

« Tu en as mis une belle à l'arachnide ! » se réjouissait une voix familière derrière lui.

Extirpé de ses pensées ruminantes par la réflexion moqueuse du Cancer, le frère d'Aiolos lui envoi un regard mêlant agacement et incrédulité.

« Tu te fais du mauvais sang pour lui ? » continua Angelo à l'oreille, « Tu penses que cela va le faire avancer ? » Le lion jaugea le quatrième gardien poursuivant sans sourciller et se posta devant lui : « Même le Verseau a du mal à échanger avec le Scorpion. On sait très bien quien est la cause .. »

Il désignait d'un vif mouvement de la tête le chevalier du Serpentaire en train de discuter à mi-voix avec les Saints d'Argent, juste en haut de l'arène.

Angelo savait être un bon camarade la plupart du temps – si l'on tolérait son humour discutable et ses commentaires à l'emporte-pièce – mais il pouvait aussi se montrer le plus exécrable de tous lorsque l'envie lui en prenait, fût-ce contre son gré. Comme en cet instant.

« Évitons une guerre de 1000 jours. » rétorqua Aiolia.

Ce dernier s'esclaffa : « Tu m'en diras tant ! Mais il faudra bien que cela cesse le « Je te fuis mais je te veux quand même parce q … »

Il fut brusquement interrompu par une main bienveillante : « Angelo, on pourrait t'entendre. Soyons solidaires, ne jugeons pas.»

Un sourire mince s'en vint barrer le visage du Sicilien. Mia lui avait envoyé un regard tendre et compatissant, ce regard de biche qui ferait même tomber un terrible guerrier comme le Cancer.

« Hum ! Shura a du souci à se faire avec ce talent de persuasion, Mia ! » ironisa Angelo, faisant lever les yeux au ciel du Lion, « Cesses ces œillades, ta mansuétude est louable mais tu sais parfaitement que j'ai raison ma belle. »

« Mais tu n'as pas à intervenir. » continua la Sagittaire, « S'ils tiennent l'un à l'autre, ils se parleront. »

Angelo haussa les épaules, peu convaincu. Il n'était pas un homme patient. Il avait suffisamment d'entendement pour accepter de se remettre en question. Suffisamment d'honneur pour souhaiter sa rédemption. À ses yeux, il avait reçu le pardon divin. Il avait fait son devoir, devant le Mur des Lamentations. Il avait souffert dans le monde des morts. Et tout cela avait pris fin. Il était né à nouveau, innocent et pur comme la douce colombe – ou presque – et il n'autoriserait rien ni personne lui asséner le contraire.

Masque de Mort appréciait Aurora. Constater toutes ces frustrations depuis quelques temps, cette utopie amoureuse qui la tourmente commence à l'agacer. Malgré leur fort tempérament, leur conception de la chevalerie et de l'amitié opposée, le Cancer et le Serpentaire avaient une chose en commun : la franchise.. souvent sarcastique d'ailleurs.

Et à cet instant qu'il réalisa que tout le monde au sein de l'ordre doré avait remarqué l'étrange relation entre Milo et Aurora, et cela l'inquiétait. Tout cela ne tarderait pas à laisser place à un conflit interne surtout depuis l'apparition de Diogo. Pour Angelo il n'en était absolument hors de question.

Décidément, il devenait un homme bon.

« Vous vous fourvoyez chers compagnons ! » avait t'il répondu avec un sérieux inusité.

Masque de Mort fut promptement ignoré.

Jusqu'à ce que ce dernier ajoute : « Vous allez donc le laisser ainsi ? »

« Tu ne te tais donc jamais. » poursuit Aldébaran, remettant en place ses bandelettes de protection aux bras. Il fronça les sourcils et ajoute de sa voix de baryton, « Ce n'est ni l'endroit ni le moment pour en débattre. »

Ils s'entre-regardèrent en chien de faïence, sans pour autant que le Cancer baissât les yeux. Cela ne servait plus à rien, puisqu'il n'avait plus rien à cacher, du moins ce qu'il essayait de se convaincre.

« Les signes de terre sont tous les mêmes ! Tu gaspilles ta salive ! » cracha ce dernier. Le Brésilien lui lança un regard morne, regard qui devint noir lorsqu'il rajouta d'un ton guilleret :« Et combien de temps on va duper notre commandante, dis-moi Taureau ? Entre ça et le Scorpion, ça commence à m'irriter, ça ne sent pas bon chez nous .. »

« Masque de mort, pas si fort ! » reprit durement le Lion.

« T'occupes chaton, ce n'est pas à toi à qui je m'adresse. »

Aiolia lui aurait bien envoyé un « Lightening plasma » en pleine face.

Au fond, Angelo n'avait pas tort. Aiolia aurait aimé que Milo vienne vers lui pour lui en parler, sans avoir l'air d'être forcé. N'étaient-ils pas supposés être amis ?

Mia secouait la tête avec au fond des yeux une incompréhension chagrine face à un Cancer désespérément sarcastique, humeur qui mourut toutefois aussi sec lorsque quelqu'un le houspille avec un franc : « Silence, Masque de Mort! »

L'air sévère, Shaka s'était avancé en direction du Cancer, étonné par le ton critique employé par la Vierge. Sans se démonter, il souffla au sixième gardien : « Qu'est-ce qu'il te prend, le moine chevalier ? Tu n'aurais pas un nouveau tapis de clous à essayer ? »

Shaka n'exprima aucune réaction, accoutumé par les piques de l'Italien. Il se contenta de répondre : « Meilleur que mille mots privés de sens est un seul raisonnable qui peut amener le calme chez celui qui l'écoute. »

Angelo avait croisé les bras en secouant la tête puis protesta : « Encore un detes préceptes bouddhiste ...»

Une dernière tergiversation, un ultime soupir.

« Hum .. La sagesse ne sera donc jamais une disposition chez toi .. »

La voix de l'Indien avait fusé d'entre ses dents serrées.

« Le vent a amené trop d'encens de ton Temple ! Tu fantasmes.» gaussa Angelo dans cet ultime épigramme.

Pendant un bref instant, tous les chevaliers crurent qu'un Temna Kofuku allait tomber sur le crâne du Sicilien, mais Shaka pencha légèrement la tête sur le côté. Essayant au mieux de remballer sa frustration, il préféra ignorer le Cancer et réfléchir au cas Milo/Aurora. Il fit volte-face et se dirigea dignement vers les marches de l'arène.

« Tu es bien moins volubile, on dirait ? » siffla Angelo au blond, le regardant s'éloigner.

Shaka n'avait jamais été très proche de ses frères d'armes, et il n'avait appris à connaître ses compagnons qu'après la bataille du Sanctuaire. Il appréciait surtout la personnalité du chevalier du Bélier, très calme et posée, et ce brin de malice impertinente qui parfois déstabilisait la Vierge.

Un peu plus loin, Milo n'avait pas décroché un mot, étranger à la conversation animée entre ses frères d'arme. L'air rêveur, il assistait au nouveau combat débuté entre Shura et Aldébaran et jetait de temps à autre un regard au Serpentaire. Il regardait les cheveux de la portugaise onduler sous le vent. Cette dernière sentit le regard de ce dernier dans son dos. Elle pivota sur elle-même et lui envoya un sourire tendre. Une crispation, imperceptible, agita le coin des lèvres de Milo qui répondit par un rictus.

La honte qu'il ressentit, face au regard de la gardienne de la treizième maison, était presque à la hauteur de son attraction pour cette dernière. Que lui prend t'il ? Dans son être, dans son corps comme dans son cœur, Aurora régnait pleinement. Il n'y en avait pas d'autre. Aujourd'hui, il le savait, l'avait accepté. Mais comment l'assumer librement ? Comment aimer librement ?

« Te sens-tu prêt à remettre ça ? » demande alors Camus à son ami, le voyant perdu dans ses pensées.

Le Scorpion hocha la tête et suivit le Français.

Ils partirent s'installer sur la gauche du Colisée où leurs supporters tels que apprentis et gardes attendaient ce combat. La glace contre le poison, voilà qui allait être intéressant.

Un pauvre crabe vociférait à quelques mètres d'eux contre l'aîné des chevaliers d'or qui avait préféré intervenir. Saga savait qu'il devait interrompre les pugilats verbaux, empêcher Angelo d'envenimer la situation...

« Suffit. » dit finalement le Grec.

« Oh, ça va hein… » grimaça Masque de mort avec détachement. Un sourire presque diabolique était apparu sur le visage hâlé du Sicilien.

« Quelle répartie … » continua Shura au loin.

Saga prévint à nouveau : « Angelo, je t'ordonne de te taire ! »

La voix dangereuse du Gémeau résonnait maintenant en l'esprit du Cancer.

« Tu ne vas pas t'y mettre ! » continua ce dernier, « J'ai assez à supporter en mission avec le Serpent venimeux. Lâches-moi les pinces tu veux ? »

Saga le toisa, les yeux durs : « Tiens-toi tranquille. » prévint t'il avec aplomb.

Angelo essaya de conserver son calme. Il se tourna lentement vers le Gémeau.

« Ne me menaces pas, Saga. » dit t'il de vive voix.

Shura n'avait même plus envie de commenter. Et au vu de l'expression des autres, eux non plus.

« J e te le demande pour la dernière fois . »

Angelo secoua la tête avec un rictus. Il n'avait pas utilisé la même méthode que Shura, certes la méthode de la chèvre avait peut-être marcher, sur un temps.

« Arrêtez ce jeu de la vérité, sinon on va encores'entre-tuer … » répondit l'Italien plein d'ironie.

Les voix se turent, et le silence devint soudain pesant.

L'ambiance était électrique. Ce qui était censé passer pour de l'humour n'en était pas pour le Gémeau, et ni la Vierge ou le Lion n'ont relevé cette satire 100% Cancer.

Saga le riva quelques secondes sous son regard pénétrant, « Qu'as-tu dit ? »

Mia envoya un regard désolé par-dessus l'épaule de l'Italien. Quant à Aiolia, sa mâchoire était crispée, son front plissé. Sa bouche avait un pli boudeur, le même qui amusait son frère Aiolos lorsqu'ils étaient plus jeunes.

« Lamentable .. » marmonna le Lion en fixant Angelo.

Hochant la tête avant de se retirer de l'échange, Mia avisa Saga : « On ne le changera point.. »

« Mieux vaut être sourd que de t'écouter davantage, Masque de mort. » fit remarquer Aiolia.

Saga jeta un regard entendu vers ses acolytes. Angelo, imperturbable s'était redressé et bombé le torse pour le provoquer. Un sourire se dessina sur ses lèvres.

« Tu as quelque chose à me dire ? »

Saga retint un soupir excédé.

« Tu persistes dans cette ironie. »

Le Cancer eut un reniflement méprisant.

« Il me reste un peu d'intégrité, figure-toi. » balança l'Italien, « Je n'aime pas faire semblant de ne rien savoir, contrairement à toi qui semble destiné à jouer ce rôle à la perfection. »

Il eut comme un ange qui passe.

Puis, les yeux du troisième gardien s'était assombrit de colère. Les oiseaux alentour s'étaient tus. Même le vent semblait avoir arrêté son souffle.

Le charisme du Grec Saga forçait à écouter. Il était le chevalier aux desseins nobles et désintéressés. Il savait instiller le doute dans les esprits, créer des illusions, briser des galaxies. Il détenait cette autorité naturelle qui incitait à le respecter. Saga faisait aussi naturellement trembler, de peur, d'envie. Comme en cet instant.

Shura s'arrêta net dans son entraînement avec Aldébaran et Milo ne vit jamais le Diamond Dust lui arriver droit sur la figure. Ce n'était décidément pas son jour. Mia, voyant la débandade qui venait de se produire chez ses confrères en lâcha son arc et aida les blessés à se relever, en particulier le pauvre Scorpion transit à se réchauffer.

Car tous les regards étaient à présent tournés vers deux hommes : un poing géminesque venait d'envoyer le Cancer s'encastrer dans la terre. Surpris par la violence du coup, le rictus arrogant s'effaça du visage de l'Italien en constatant que le regard noir du quatrième gardien ne le quittait pas des yeux. Un regard qui le fit frémir, rappelant ce Pope maléfique qu'il avait servi.

Il ravala sa salive, alors qu'un chapelet de grossièretés lui chatouillait le bout de sa langue. Il détourna les yeux sans rien dire, gardant un silence hargneux, puis se leva, mains dans les poches et quitta l'arène sans demander son reste.

« Cette conversation est close. » trancha Saga au groupe de Mia, Shaka et Aiolia, heureux de ne pas s'être pris un direct du gauche du Gémeau. « Je ne voudrais plus avoir besoin d'avoir recours à la force pour respecter les ordres du Seigneur Shion.»

Le chevalier du Lion prit un air offensé.

« Tu n'as pas besoin de le préciser, Saga. » rétorqua t'il.

Ce dernier plongea son regard dans celui de son vis-à-vis et répondit sur le même ton : « Bien. »

« Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Une voix directive féminine s'exclama derrière eux.

Aurora, les poings sur les hanches dévisagea gravement ses camarades : « Pourquoi as-tu frappé Angelo, Saga ? Qu'a-t-il dit comme stupidité ? » reportant sa mine froncée vers le Gémeau.

« Tu connais Masque de mort et ses commentaires acerbes. » répondit laconiquement le Grec.

Saga n'avait pas envie de se justifier davantage, et le faisait clairement sentir. Mais Aurora était juste hermétique à ce type de manifestation.

Le Serpentaire lui jeta un regard en coin : « Fallait t'il cogner sa mâchoire ? »

« Ses inepties nous dépassaient. » répondit placidement son ami, s'assombrissant soudain.

« Tu sembles agité, Saga. »

Maintenant qu'Aurora le mentionnait, il ressentait une gêne subtile, un élément corrosif dans son cosmo. Il y avait quelque chose de diffus dans l'air. Il se sentait tour à tour irrité, lassé. Il couvait une légère rancœur à l'encontre des autres Saints, à l'encontre de Milo. Ces simagrées, il les refrénait difficilement. Il voulait tout lui dire.

« Angelo avait besoin d'être recadré. » continua Aiolia.

« Il ne l'a pas volé pour une fois.. » justifia le Taureau.

« Je ne veux pas le savoir ! Tout le monde vous regarde ! » leur assène Aurora, le ton était intransigeant, désignant les apprentis au loin,« Est-ce là une image positive de la chevalerie dorée pour nos futurs soldats ?»

Si son regard pouvait tuer, elle aurait fait un carton plein sur la chevalerie dorée.

Ces derniers échangent un coup d'œil. Elle avait employé le même ton qu'un Général utilisait pour rabrouer ses troupes après une défaite.

« Je suis désolé, Aurora. » concéda Saga.

« Vous savez que les combats personnels entre chevaliers sont interdits ! Sinon c'est à moi à qui vous aurez affaire au prochain pétage de plomb à la chevalier d'or ! » décréta le Serpentaire en s'éloignant, poings serrés.

Saga eut un soupir exaspéré.. Si elle savait…

Entre Milo, le Pope et ses sueurs froides sur le fameux Diogo, ce nouvel assaillant inconnu surveillé étroitement à Athènes, les inquiétudes de Doko au sujet de la montée en grade de Fujiya son apprenti, et pour ajouter les disputes de couple de Merio et celles d'Aurora/Argol qui animent le Domaine. La tension monte d'un cran au Panthéon du Zodiaque.

Mentir à sa sœur d'arme, Saga avait plus en plus de mal à l'assumer. La préservation de la cohésion des haut gradés est remise en questions, assurément.

Il faut qu'il parle au Pope.

Au lendemain

La pluie du début d'après-midi avait laissé place à un beau soleil, sans pour autant écraser le Sanctuaire de chaleur. Shion avait pris place tout en haut de l'arène. Personne d'autre n'avait souhaité occuper le plus haut point de cet endroit, préférant laisser le Jamirien seul pour mieux se concentrer ce qui allait lui être donné à voir. Doko s'était installé quelques niveaux en contrebas. Aussi la Balance était-il en proie au doute, et si le Pope percevait quelque chose que lui-même n'avait pu déceler chez son apprentie ?

D'autres résidents du Sanctuaire, Saints d'Argent et aspirants s'étaient massés le long des marches, attendant la venue de Fujiya. Au milieu de l'arène se trouvait déjà Charops, qui, du haut de ses quatorze ans, était la recrue la plus expérimentée.

Il fut un temps, Fujiya le battait à chaque fois aux entraînements ce qui renforça la volonté du gamin de surpasser la Greco-Japonaise. Le jeune-homme se tenait là immobile, les bras croisés sur son torse, le visage ouvert, faisant jaillir sa confiance aux quatre coins du Sanctuaire, élégie de la jeunesse. Shion identifia rapidement le problème : Charops autrefois le mouton noir de Fujiya était devenu en quelques semaines le meilleur des élèves. Son aura ne laissait aucun doute à une prédilection de Saint d'or.

Fujiya fit son apparition au bout de longs instants. Son visage impassible rendait difficile toute lecture de l'expression de ses traits, mais à en juger par sa démarche, elle paraissait calme et résolue, pénétrée de l'enjeu du moment. Son assurance eut l'heur de rassurer Doko quant au fait de savoir si son aspirante se montrerait à la hauteur des attentes pesant sur elle. Ses semelles de cuir crissèrent sur le sable cependant qu'elle progressait en direction de son rival, s'immobilisant tout contre l'épaule du Grec, adressant un salut au Pope qui, quelques secondes plus tard, signala le début de la séance.

Les deux combattants s'éloignèrent l'un de l'autre, prenant leur élan, se mettant en garde avant de partir à l'assaut, atteignant une vitesse proche de celle de la lumière que peu d'aspirants présents furent en mesure de percevoir. La séance d'entraînement, qui ne consistait qu'en une simple d'observation, se révéla brève. Tous deux paraissaient toutefois de force égale et là où Fujiya l'emportait par la vivacité de ses mouvements et la précision de ses déplacements, elle le cédait en endurance et en force brute. La Japonaise, en dépit d'une volonté évidente, et d'une capacité de réflexion indiscutable ne possédait pas l'expérience de son opposant, et peu à peu ses attaques se faisaient moins incisives. Charops gagnait en vigueur au fur et à mesure que durait le combat.

Shion, parvint toutefois à signaler aux deux jeunes gens la fin de leur exercice. Tous deux se séparèrent instantanément, reprenant leurs positions respectives. Doko déglutit avec difficulté, se faisant violence pour ne pas tourner la tête en direction de son vieil ami. Ils furent nombreux à prêter attention à la silhouette droite de leur dirigeant dont la hauteur les dominait tous. Dans un même mouvement, Charops puis Fujiya se tendirent également.

Noblement, le Tibétain descendit une à une les marches de l'arène. Sa voix s'éleva à l'attention des jeunes protagonistes.

« Charops. Tu as beaucoup progressé. Ne laisse pas la férocité s'emparer de ton objectif. Réfreine ton audace, elle pourrait s'avérer perdante contre l'ennemi.» fit t'il avec neutralité, puis il s'adressa à l'apprentie de Doko : « Fujiya, tu as des points de résistance à améliorer. Sois constante dans tous les domaines. Continues de t'entraîner avec application. Écoutes mieux les préceptes de ton maître.»

Shion repris sa marche, s'éloignant peu à peu de l'arène et de tous les hommes qui s'y étaient massés. En se retournant, il eut l'occasion de voir la main du Saint d'Argent Saro s'attarder sur l'épaule de Fujiya pour la réconforter. Nul doute que chacun a remarqué s'y peindre une joie à peine contenue.

Ces derniers sont bons amis. Saro a contribué à la formation de Fujiya à la demande de Doko. Leurs origines communes les rapprochent indéniablement. Saro est né à Teshima, une petite île volcanique, d'une mère Japonaise et d'un père Grec tout comme sa consœur. Ils sont Balance tous les deux et partage beaucoup de points en commun. L'adolescente au grands yeux clairs, une taille fine et musclée, une peau de satin détient un sens de l'amitié profond. Cette dernière a du respect pour ce beau garçon d'1m84 aux longs cheveux foncés. Cependant …

Shion n'est pas dupe. Malgré l'attachement du Saint d'Argent pour la jeune-fille, rappelant un certain Capricorne pour Mia il y a des années, l'apprentie Balance ne laissera nulle possibilité à son ami pour déroger à cette relation. De part leurs années d'écart, et parce que Fujiya n'est pas du même ''bord'' que le jeune-homme, attendant qu'elle mûrisse pour la conquérir. Saro tombera des nues quand elle lui annoncera son mea culpa. Shion le sait très bien.

Au-delà du couple d'amis, le regard de Doko était braqué sur lui, mi soulagé, mi courroucé. Oui, il aurait peut-être pu faire mieux pour soulager l'esprit de Fujiya. Mais n'avait-elle pas son maître et son prétendant, pour cela ?

Pour le moment, un autre devoir l'attendait plus haut : il était attendu . Il fit signe à la Balance de le suivre, alors que celui-ci saluait son apprenti et lui donna quartier libre.

Salle de réunion,en soirée

Le ciel était clair en ce début de soirée, une belle lune croissante s'éveillait et les étoiles brillaient au-dessus de lui. Il y avait de meilleures perceptions de ce ciel angélique dans les endroits hauts et ouverts aux abords du Temple Niké, il voulait s'y rendre mais l'homme pourvue d'une robe noire ne bougeait, regardant le ciel, à travers le ciel. Une légère brise se soulève, tourbillonnant de manière joueuse autour de sa tunique sombre et faisant balancer les perles du rosaire autour de son cou, le verre coloré battant légèrement contre sa poitrine.

Shion profite du calme, de la brise nocturne et du ciel assombri. Il savait déjà de quoi découlerait cette réunion improvisée qui aura bientôt lieu. Et le sujet, il le devine déjà.

Il repensait à tout ce qu'il avait entreprit avec le Serpentaire depuis son arrivée au Sanctuaire. Cette enfant a complètement bouleversé son existence d'homme et de Pope. Même avec des efforts pour garder une distance dans leur relation en tant que Maître et élève, Shion en était lentement venu à considérer Aurora comme sa fille, et ce dernier se demande à présent si parfois son objectivité en ait écornée.

A-t-il bien fait de mentir à celle qu'il aime comme un père ? Maintenant que Diogo Vosta est là, quelle place aura-t-il dans la vie d'Aurora ?

« Ta sérénité m'a toujours étonné. Quelque soit les circonstances.» murmure une voix virile dans l'obscurité du Palais.

Le ton est factuel, détaché.

« C'est de mon devoir de garder cette posture. Je fais tout ce que je peux pour les habitants de cette île. Faillir ferait tomber le Domaine. »

Shion peut imaginer l'orateur hocher la tête pour opiner.

« Ne sois pas si soucieux, Shion, jamais rien ni personne ne prendra ta place en son esprit. Tu es le pilier d'Aurora. Ne doutes pas de ta légitimité. »

Le Jamirien souffla doucement.

« Et en tant que figure paternelle, ai-je accompli mon devoir ? »

Il sent une main sur son épaule le toucher et cela lui ait étrangement réconfortant.

« Tu n'as pas à te poser ce genre de questions, mon vieil ami. »

Son regard s'attarda alors sur les douze maisons. Ce Sanctuaire, son Sanctuaire qu'il avait reconstruit, fortifié et amélioré pour les générations à venir.

« Je suis venu te chercher, les chevaliers d'or t'attendent. »

L'Atlante but une dernière gorgée de thé et se saisit de son casque de Pope. Il lève les bras pour placer ce dernier sur sa tête, couvrant une partie de son visage, laissant son ami se demander comment il parvient à fourrer toute cette masse de cheveux si proprement en cet espace confiné.

« Alors allons-y Doko. »

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Dans la vaste salle du Palais dédiée au réunion, les Saints d'Or s'étaient réunis comme convenu. Ils avaient sans doute fière allure, la fine fleur des combattants du Sanctuaire, auréolés de leur puissance qui semblait infinie aux yeux du commun des mortels, mais pourtant Shion détecta des doutes et une tension anormale. Il ne s'était pas trompé.

Aujourd'hui ils étaient incomplets : Angelo et Aurora étaient en reconnaissance dans la capitale Athénienne.

« Vous avez demandé une audience, je vous écoute. » commença le blond en prenant place en bout de table, autorisant les hommes dorés à faire de même.

Après avoir pris une profonde inspiration et concerté ses compagnons du regard, juste à sa droite, Saga s'exprima.

« Votre Excellence, j'aimerais attirer votre attention sur un fait que nous jugeons tous dolent, qui pourrait avoir des répercussions sur l'harmonie des Saints d'or. » débuta le Gémeau, la main de Shion se crispa sur son fauteuil :« Le silence qui nous a été exigé concernant le parent du chevalier du Serpentaire devient alourdissant, mais également au sein des Saints d'Argent concernés. Nous jugeons urgent de vous faire part de la suspicion de notre sœur d'arme. Il est de plus en plus difficile de rester impartial autant dans nos cosmos que lorsque nous nous adressons à elle. »

Le Gémeau retint son souffle, un rapide coup d'œil à ses camarades confirme ses craintes. Il avait parlé pour tout le monde, préparé chacun de ses mots, peser le pour et le contre avec eux. Le doute n'était plus possible : on ne peut pas mentir à la Treizième longtemps.

Shion les écoutait d'un air absent, il trouvait subitement que son casque pesait lourd sur sa tête. La veille, son ancien élève Mu, actuel chevalier du Bélier prit l'initiative de lui parler « du cas Milo ». Comme si ça ne suffisait pas en plus de cette dissimulation à Aurora.

L'ancien Jamirien réfléchit à la question. A la meilleure façon d'y répondre. Les Ors ne discernent pas bien l'expression de leur Souverain, obscurcie par les ombres et le casque du Pope. Même ainsi, ils pensent l'avoir vu se raidir, se redressant avant de se relâcher alors que le masque de sang-froid se réaffirme.

« Chevaliers, j'entends votre doléance et je comprends que ceci devient une contrainte quotidienne. » commença le Pope, « Néanmoins, les voix des Dieux sont impénétrables et la Princesse a une excellente raison de ne pas ébruiter cette information au Saint du Serpentaire. »

Toutes les paires d'yeux s'étaient fixées sur le grand chef du Sanctuaire.

« Nous souhaitons avertir Aurora. Dès que nous en savons plus sur ces entités sévissant dans la région. Néanmoins, je ferai part à notre Déesse de votre inquiétude. »

La pause dans la conversation est un peu plus longue mais finalement, les Saints d'or inclinent la tête en signe de reconnaissance.

« Nous ferons selon les désirs de la Princesse. » répondit le Gémeau.

« Chevalier Shaka, « continua Shion à l'attention du moine guerrier, « As-tu eu la possibilité de converser avec le chevalier du Serpentaire ? »

L'Indien sent fondre sur lui le regard du Pope. Les séances de méditation avec la treizième semble apaiser cette dernière depuis la naissance d'Enéa, cependant ..

« Le chevalier du Serpentaire a reporté à plusieurs reprises nos sessions, » répondit la Vierge de son regard bleuté, « De ce fait, je n'ai pu lire en son âme. Elle bloque ses barrières mentales. » acheva de déclarer le blond.

Shion retint un soupir.

« Tu n'as rien détecté d'anormal en son cosmo, Shaka ? » demande alors le chevalier du Bélier.

« C'est exact. Je ne puis lire en elle. »

« Comment cela est-ce possible ? » continua Aiolia, « Elle a beau être un puissant chevalier d'or, comme nous tous son cosmo se régit grâce à son cœur et sa foi en Athéna. Et nous n'ignorons pas qu'Aurora est la plus émotive de tous. »

« Cela s'explique par son nouveau rôle : celui de mère. » affirma la Vierge, « Ses pouvoirs s'en retrouvent affectés. Désormais les dons psychiques qu'elle a hérité sont plus intenses. »

Silence.

« Plus importants que les tiens, où ceux de Mu ? » s'interroge Aldébaran, une main songeuse sur le menton.

« C'est le cas. Je ne peux rivaliser avec ce pouvoir. »

Instant de flottement, rapidement brisé par la voix de Camus.

« Dans les archives du Sanctuaire, avez-vous lu des écrits relatant le développement des pouvoirs du Saint du Serpentaire, Seigneur Shion ? »

En effet, chaque maison du Zodiaque garde jalousement le secret de ses arcanes, ne prodiguant son enseignement qu'aux rares aptes à se présenter pour l'obtention de l'armure dorée. Les pouvoirs du Serpentaire sont les secrets les mieux gardés du Sanctuaire et seul le Pope y a accès.

« Il y figure un passage. » répondit Shion, « Le 5èmechevalier du Serpentaire a vécu au temps reculé de la Grèce il y a quelque 2500 ans et y a noté ses mémoires. » reporta t'il, « Après une guerre difficile contre un ennemi dépêché, il semblerait un sujet d'Arès, Ephistos du Serpentairefut lourdement blessé. Tout comme son homologue Aurora des siècles plus tard, il mis des semaines à s'en remettre. Lorsqu'il fut sur pieds, il constata un accroissement de ses pouvoirs. Il fut le seul de ses pairs à mourir naturellement à l'âge de 118 ans. Il est resté redouté et aguerri autant dans sa jeunesse que dans ses vieux jours. On raconte qu'il avait hérité du pouvoir de clairvoyance suite à cette bataille. Car à l'aube de sa vie, il prédit que le dernier Saint du Serpentaire sera le plus fort de tous s'il y engendre une vaste progéniture afin d'y perpétuer ses pouvoirs. »

Le silence. Une vaste progéniture ?

« Seigneur Shion, » intervient l'aîné des Gémeaux, « Si je suis votre raisonnement, l'enfant d'Aurora serait la pionnière de cet achèvement dans sa vie de chevalier ? »

Le vieux Bélier opina de la tête.

« On n'est pas sorti de l'auberge.. » commenta Doko plus amusé qu'autre chose.

Shura intervient à son tour et fronça les sourcils : « Le chevalier de Persée est t'il le géniteur de cette fratrie ? »

« Rien n'était spécifié, Shura. Nous ne détenons pas toutes les réponses.» répondit le Pope,« J'ai appris cela de notre Princesse lors d'un entretien, après avoir consulté les écrits relatés par l'oracle de Delphes. Nous savons seulement que le Saint du Serpentaire engendra des enfants avec des guerriers renommés. »

Les chevaliers ouvrirent de grands yeux, surpris ou passablement indignés.

Le leader Saga observait ses frères d'armes, restés muets autour de la table. Les mines étaient taciturnes, sévères. D'autres visiblement ennuyées.

« Plusieurs pères ? Mais .. » s'exclama alors le Lion.

Il fut coupé derechef par Camus : « Le futur peut changer. N'établissons pas de suppositions hâtives.»

Même s'il ne souhaitait pas envahir la sphère privée de ses confrères, Camus aimait comprendre les choses qui l'entouraient, analyser et disséquer les événements jusqu'à en connaître tenants et aboutissants. Il aimait faire le lien entre les conséquences et leurs causes, et ses analyses étaient tenues en estime par le Grand Pope.

« Je partage l'avis du chevalier du Verseau. » s'exclama alors Mia, la mine piquée par les réactions non verbales de ses frères d'arme, jetant au passage un œil grisé au Capricorne, faisant mine de ne pas voir, « Je reste persuadée qu'Aurora accueillera la nouvelle avec intégrité. Peu importe ce qui découlera dans sa vie personnelle. Malgré la hardiesse de son cœur, elle est un chevalier loyal et juste.»

Émanation glaciale projetée par l'aura de la Sagittaire. Qui eut cru que Mia fut capable d'une si belle imitation du Saint d'Or du Verseau ? Sur le coup, plus personne n'osait en rajouter. Elle était la voix de la raison. La treizième est certes un impertinent chevalier d'or, mais ses valeurs sont incontestables.

Et au beau milieu de toutes ces révélations, un certain Scorpion se contentait d'écouter, approuvant de temps à autre d'un hochement de tête. Il était étrangement silencieux. Oui, Milo était tendu. Camus pouvait le sentir. Il n'avait pas décroché un mot, et le français ne savait pas si son mutisme était causé par son inconfort vis-à-vis du Saint du Serpentaire.

La réunion aborda ensuite d'autres sujets moins épineux. Après une heure et demi d'entretien, tout fut abordé. Et le Pope congédia ses chevaliers. Du moins, presque. Tous s'ébranlèrent à l'exception de Milo. Sitôt les lourdes portes refermées, le Jamirien indiqua au Grec de le suivre.

Arrivés dans la bibliothèque du Sanctuaire envahie de lumière, le représentant d'Athéna parcourait du regard la multitude de livres anciens bien ordonnés sur leurs étagères de bois. Combien de fois avait-il pris dans ses mains tel ou tel ouvrage, pour le compulser fiévreusement, sa soif de connaissance le poussant à s'isoler du temps et des contingences extérieures, pour s'apercevoir, de nombreuses heures plus tard, que le jour avait basculé sur le port du Sanctuaire et que déjà, le bruit des cigales et des oiseaux nocturnes s'égayait dans l'air détendu ?

Derrière lui, le Saint du Scorpion s'était immobilisé, tentant de saisir les raisons de cette entrevue fortuit. Avait t'il faillit ?

Un souffle d'été avait pénétré à travers la fenêtre. Bientôt, les étoiles scintilleraient plus fort dans le ciel encré. Les doigts du Pope effleurèrent la tranche des livres, tous plus anciens les uns que les autres. Méthodiquement, il se saisit d'un ouvrage : la mémoire des chevaliers d'or retranscrites par les anciens Popes, les techniques se transmettant de maître en élève et surtout les observations manuscrites sur chaque Saint depuis des millénaires, dont les siennes.

« Chevalier du Scorpion, sais-tu pour quelle raison je t'ai convoqué ? » commença le Pope avec une fermeté teintée de douceur, sans départir son regard du livre ancien.

Le huitième gardien n'avait pas bougé, casque en main. Il observait son Souverain.

« Seigneur Shion, j'espère seulement ne pas vous avoir désappointé en quoique ce soit. »

« Pourquoi le penses-tu »

« Vous semblez inquiet. » répondit le Grec,« Et si cela avait été pour une mission, nous ne serions point en cet endroit particulier. »

« Tu as vu juste. » concéda le Pope, « Il y a très peu de chevaliers qui me suivent en cette pièce. Et lorsque j'ai besoin de réfléchir et m'isoler, je viens ici. »

« C'est un honneur d'y être convié. » déclara humblement Milo, « Dites-moi en quoi je puis vous aider ? »

« C'est moi qui aimerait comprendre, Milo. » continua Shion avec neutralité, plongeant son regard vert dans celui du Scorpion, « Je me fais du souci pour toi. »

Milo cligne des yeux de surprise.

« Seigneur Shion, ce n'est pas votre rôle. » répondit le Grec d'une voix plus basse.

« Je représente Athéna, Milo, et la Déesse tient au bien-être de ses protecteurs. C'est un devoir qui m'incombe et je serai un bien piètre représentant si je ne me souciais pas de mon armée. »

« Vous n'avez pas à vous en soucier, je vous assure. »

Shion se leva, avisa l'air impassible de son visage.

« Ce n'est pas au chevalier auquel je m'adresse, Milo. Je me tourne vers l'homme. Alors je te le redemande, es-tu certain d'aller bien ? »

Le Scorpion hocha la tête sans sourciller. Shion nota toutefois un soupçon de gêne.

« Quand je regarde ton visage, je n'y vois nulle trace d'apaisement.»

Le silence tomba. Comme une chape de plomb.

Milo s'était tut, Son aîné le considéra. Ses yeux se posèrent sur lui, paraissant scruter chaque parcelle de son être. Mais le huitième resta immobile alors que le Pope le fixait intensément.

« Je ne saisi pas, Seigneur Shion .. » répondit le Grec quelque peu déstabilisé.

« Oublies que je suis le Grand Pope quelques instants. »

Il vit Milo ronger son frein, empli d'énergie nerveuse.. Cette fière silhouette dans son armure d'or et portant en même temps une expression presque dépitée.

« Ce n'est pas le genre d'information que j'aimerais partager avec vous, votre Sainteté. » finit par répondre le brun.

Son timbre trahissait une gêne passagère qui ne dura que le temps de le prononcer. Shion ne savait comment aborder le sujet délicat. Si même Camus n'y parvenait, que peut-il faire de plus, lui, son supérieur ?

Il adopta une autre stratégie.

« On traverse tous des périodes moins agréables que d'autres. » commença t'il en feuilletant quelques pages,« Je suis également préoccupé par cette dissimulation au sujet de Diogo Vosta. Nous le faisons dans un but précis, cependant, j'ai déjà demandé à Athéna de revoir son jugement, anticipant vos requêtes. »

Court silence. Puis le Scorpion demanda :

« Alors, vous connaissiez déjà la nature de nos sentiments. »

Le Pope acquiesça en silence.

« La chevalerie dorée s'en remettra, il est simplement question de temps. » précisa Milo.

« Le Saint du Serpentaire est fort rancunier. »

L'attention de Milo fut immédiatement attirée. Le Pope le remarqua. Il avait touché dans le mille. La treizième est bien la nature de ses torpeurs intérieures.

«Le soulagement gagnera nos rangs, Grand Pope, cette situation est difficile à gérer pour tous. » répartit le Scorpion d'une voix lasse.

« Il l'est d'autant plus pour toi .. Tu n'as pas à porter ce poids seul. » continua Shion. Milo ouvrit les yeux de surprise, «Derrièrechaque chevalier se dessine un être humain. » termine t-il face à la fenêtre, admirant le panorama s'offrant devant lui.

Une pointe heurta le cœur du Scorpion. Le Jamirien se tourna vers le huitième. Rien ne transparaissait sur le visage du jeune homme, mais il pouvait sentir sourdre en lui toute la peine que lui inspiraient ces mots.

« Je te demande de bien veiller sur Aurora. Elle ressent votre amertume. Les sentiments que tu lui voues doit conforter votre attache et non vous en éloigner. »

Tout l'être de Milo s'était compressé, il n'était plus qu'un atome soumis au souffle le plus infime. Les mots de Shion l'avaient transpercé de toutes parts et il ne savait plus où concentrer son esprit.

« C'est le devoir du Saint de Persée. » finit t'il par répondre.

Shion hésita un instant avant de poursuivre, et ajouta : « J'ai noté qu'elle recherche quiétude et sécurité. Être mère et chevalier lui incombe plus qu'on ne le croyait Votre amitié lui est précieuse. »

Intérieurement, le Grec pesta, la colère voulait enfler au creux de sa poitrine. Aurora devrait être à lui et à personne d'autre. Il le sait. Il l'a toujours su.

« Vous pouvez compter sur moi. » concéda le jeune-homme.

« Profites de tes permissions pour t'aérer hors du Domaine.»

Un voile sombre avait soudainement recouvert l'azur des iris du Scorpion.

« Je suis un Saint d'or d'Athéna, il n'en est pas autrement, votre Excellence. »

« Ton devoir de chevalier n'a jamais été remis en cause. »

Les épaules de Milo s'affaissèrent quelque peu, il paraissait ennuyé par son impuissance.

« Je le ferai. »

Les deux hommes s'observèrent un instant en silence. Non pas le silence né d'une gêne mutuelle, mais celui que partagent deux individus qui se comprennent. Milo appréciait Shion comme tous les chevaliers, et n'aimait pas le voir embarrassé, et l'Atlante, même s'il ne le dira jamais, a des chevaliers dans ses favoris, de la sympathie, comme pour le Scorpion.

« Puis-je vous demander à quelle genre de mission sont affiliés les chevaliers du Serpentaire et du Cancer ? »

« Une quête d'infiltration dans la pègre d'Athènes. Aurora y ressent des faits surnaturels. » répondit Shion, « L'enquête nous dirige dans le Dodécanèse d'Appios, d'où provient la source. »

« Alors cela explique ces expéditions nocturnes. »

« Tout à fait. »

« Quelle est la raison de la présence d'Angelo à ses côtés ? »

« Il l'escorte, entre autre. » explique le Pope, « Nos ennemis sont de souches italiennes. Et comme tu le sais, Aurora maîtrise cette langue .. »

« Est t'il sa couverture ? »

« C'est exact. »

Un élan de tristesse s'empara des chairs de Milo : « Aurora est très concernée par cette expédition. Son besoin croissant de reprendre le combat est vitale dans la réussite de cette mission.»

« C'est pourquoi je souhaites que tu la veilles. Tu n'ignores pas qu'elle t'a choisi pour son prochain détachement, afin d'évaluer la situation politique et militaire du Souverain Appios qui a perdu une majeure partie de son armée depuis la guerre Amazone. »

Le Scorpion hocha la tête.

« Bien. J'ai toute confiance en toi. »

«Seigneur Shion, je retourne à la maison du Scorpion, si vous n'avez plus besoin de moi… »

Ce dernier acquiesça.

Le brun s'inclina et prit congés. Le Jamirien le regarda s'en aller en soupirant alors que la silhouette du Grec disparaissait dans les ténèbres des coursives Popales. Le blond se laissa tomber sur une chaise et s'y adossa. Dehors, la lune s'était levée, jetant ses premiers rayons blafards sur les bâtiments composant le Sanctuaire. Du haut du Palais, il avait une vue imprenables sur le domaine sacré.

Par tous les Dieux, comment allait t'il annoncer cela à Aurora ? Surtout que Diogo Vosta devient de plus en difficile à gérer.

Comme sa fille

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« Par les anneaux temporels ! »

Aurora acheva le monstre sans passion, le regardant se tordre de douleur, avant de vaciller et d'être désintégré.

Un peu plus loin, Angelo se débarrassait à son tour de ses adversaires.

« Par les vagues des Enfers ! »

Le reste des créatures furent impitoyablement éliminées. Angelo s'en donnait à cœur joie. Le poing encore brûlant, il exécuta un saut parfait depuis le promontoire où il s'était perché et atterrit au milieu d'un nouveau cercle d'ennemis. Les ennemis étaient recouverts d'une carapace brillante, d'une résistance dépassant celle d'une armure d'Argent. Chacune de ses bestioles était massive, plus haute et plus large qu'un homme à corpulence normale, et seul Aldébaran aurait pu les toiser délibérément sans avoir à se dévisser le cou.

De son côté, son énergie boostée par son armure, Aurora envoya une nouvelle attaque qui fit décoller du sol le premier rang de monstres qui la chargeait avec un formidable « Souffles de feu ».

Derrière elle, Angelo ouvrit une dimension vers le puits des âmes pour les happer en plein vol et les faire disparaître dans un claquement de doigt.
D'un geste, Aurora immobilisa une créature se jetant sur elle et l'écrasa contre le sol. Le combat fut trop bref à leur goût.

Jetant un coup d'œil à la vallée qui se déployait sous leurs pieds, le Serpentaire ne prêta qu'une attention distraite à l'examen minutieux des corps qu'avait commencé Angelo. Une faille s'était ouverte, avec en conséquence l'arrivée d'une flopée de monstres, et ce, juste après qu'ils aient quitté Athènes pour espionner ces humains au cosmo douteux.

Masque de Mort analysa la fente énorme creusée dans la roche d'où avaient surgi leurs attaquants, les bras croisés contre son torse.

« C'est bien ce que je craignais… » s'exclama-t-il. « Ce sont des failles inter-dimensionnelles. Ces créatures ne viennent pas de notre monde. »

Aurora réajusta sa cape : « En effet. Ces entités utilisent les faiblesses d'humains pour les atteindre, s'en abreuver et répandre le chaos dans la société. Quel est leur but final ? C'est étrange. J'ai pensé à des évasions provenant du Tartare. Mais il n'en est rien. Ce sont leur véritables formes, Masque de Mort.»

Angelo jeta un dernier coup d'œil à la carcasse encore fumante de la bête étrange qu'il a achevé, tandis que Aurora scellait le passage.

« Pourquoi si proche du Sanctuaire ? C'est une provocation pure et simple ! »

« Mes sens ne me trompent pas, ces bêtes obéissent à un maître qui provient du Dodécanèse. Les brèches me rappellent celles d'Arès mais ils veulent certainement enrôler les soldats déchus d'Appios depuis la guerre Amazone pour constituer une armée solide. Ils veulent posséder des humains égarés. Mais ils leur manque encore des éléments, comme des armures solides.» ajouta le Serpentaire, son spectre temporel à la main, « J'aimerais comprendre leur but, sachant que nous sommes là pour le cueillir… ? »

Le quatrième gardien savait lire Aurora comme un livre ouvert. Le pli de son front, le tic de sa mâchoire, ses grands yeux menaçants … La persévérance d'Aurora allait l'amener à s'accrocher, creuser, traquer le moindre secret, avec la fougue et l'entêtement qui la caractérisait…

Masque de Mort fit volte-face et prit le chemin du Sanctuaire, tout en déclarant à sa sœur d'arme : « Allons faire notre rapport à Shion. » La brune le suivit docilement, la mine contrariée par les événements, quand elle entend Angelo clamer : « Au fait, jolie ta nouvelle armure. T'es superbe.»

Le Cancer l'a sent sourire dans le dos. Et alors qu'elle se mit à hauteur de son ami, elle répondit : « Merci Angelo. »

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C'était une belle soirée d'été sur la côte Égéenne et, par conséquent, sur le Sanctuaire. Une heure de marche à travers des passages secrets entre les collines et les rocher connus seulement des habitants, menait à une baie isolée avec des rives de sable blanc et une plage de galets. Les gens allaient souvent dans la direction opposée à la baie isolée: la sortie de l'île.

Dans ce magnifique endroit, on était libre de libérer sa véritable identité. D'un côté de la baie, il y avait des rochers formant uniquement un bassin. À marée haute, le bassin était submergé. Mais à marée basse, il était un mini lagon parfait, une baignoire jacuzzi naturelle. Ce mini-lagon était également rempli d'une eau turquoise à couper le souffle. La couleur qui était aussi étonnante que les yeux du huitième gardien.

Milo s'est plongé en cet endroit féerique pour se rafraîchir le corps et l'esprit. Remettant son opulente chevelure en place, il appuya l'arrière de sa tête sur le rebord, les yeux tournés vers le ciel bientôt noir. Il passa ses doigts dans sa crinière épaisse et expira fortement. Son armure reposait un peu plus loin, les morceaux éparpillés parsemait le sol de façon inégale, comme s'il avait voulu s'en débarrasser rapidement. Un fin pantalon vert foncé gisait à côté, ainsi que le casque du Scorpion. Il repassa son entrevue avec Shion dans sa tête. Est-ce le Pope parlait entre les lignes ? Avait t'il ressenti son amour pour Aurora ? Il ferma les yeux. Et médita un moment.

Il grimaça. Rouvrant son magnifique regard pour fixer à nouveau le ciel, il laissa tomber sa main dans l'eau claire. Son rythme cardiaque s'était accéléré, et il détestait ça. Il prit une profonde inspiration pour chasser toute émotion en lui et garder les idées claires.

Les derniers rapports avec Aurora remontaient maintenant à quelques jours. Ils se rapprochaient .. où pas, c'était très ambigu. Il ne le savait pas très bien lui-même et il se doutait qu'il en était de même pour Aurora. La brune se montrait étrangement affectueuse avec lui alors que l'ombre de Persée plane partout dans le Sanctuaire, jaloux comme un diable.

La douceur du Serpentaire dans leurs courts échanges l'interloquait et le faisait frémir à la fois. Peut-être devrait t-il en discuter avec elle ? Après tout Aurora est tactile avec tout le monde, c'est son mode de communication…

Veine tentative de déculpabilisation.

Milo essaya de se concentrer sur autre chose mais un souvenir raviva soudain son esprit déjà embrumé : le baiser passionnel qu'ils avaient échangé au Temple Niké l'année dernière. Ces souffles erratiques, les mains aventureuses et ce délicieux contact contre la peau sucrée de sa partenaire. Cette sensation était si exquise et unique qu'il ne pouvait la comparer à aucun autre plaisir connu.

Cette image mentale seule d'Aurora ''amoureuse', offerte, suffirait à alimenter ses fantasmes masturbatoires. Mais Milo ne veut se résoudre à alimenter de telles pensées sur sa sœur d'arme. Pourquoi jouait-il les offensés alors qu'il la désirait tellement ?

Son esprit vagabondait dieu sait où. Il tentait de chasser ses pensées lubriques, en vain. Le chevalier du Scorpion sentit son membre déloyal s'ériger dans l'eau tiède. Et voilà, il se trouve stupidement relégué à un adolescent pubère, lui le fier guerrier doré d'Athéna.

Mais il revint brutalement à lui lorsque son regard s'accrocha à deux orbes vertes qui le fixaient avec stupéfaction. A moins de dix mètres se tenait une jeune-femme aux cheveux châtains. A regarder ses vêtements, elle ressemblait aux villageoises du sud du Domaine.

Jetant un instant un œil sur l'armure à terre, elle saisit sa méprise. Le panier de tulipes qu'elle tenait dans ses mains tomba au sol. Plus que d'avoir surpris un homme nu dans SON bain, elle venait de troubler la quiétude d'un chevalier. Et pas n'importe lequel.

Elle baissa la tête, confuse. La gêne envahie son visage angélique.

« P.. pardonnez-moi Sei.. Seigneur Milo. J'ignorais votre présence .. »

Le Grec, aussi surpris que la villageoise se ressaisit néanmoins rapidement.

« Que fais-tu par ici ? »

La voix directive du Scorpion fit tressaillir la jeune dame.

« Mon frère et moi tenons une boutique de fleurs. Je viens nous ravitailler ici. »

Milo reconnu cette dernière et s'adoucit : « Tu es venue au Temple des Poissons présenter tes créations la semaine dernière, n'est-ce pas? »

« C'est exact, Seigneur Milo. » répondit t'elle le regard rivée sur le sol, « Le Seigneur Aphrodite apprécie le travail que nous fournissons et en échange il nous offre des graines de ces roses afin de les perfectionner. »

« C'est moi qui n'aurait pas dû improviser en ce lieu. » consentit le Grec en se levant,« Parfois, même nous chevaliers d'or apprécions d'échapper quelques instants à notre rôle et profiter d'un exutoire naturel. » Il se saisit de sa cape pour camoufler sa nudité, « Je te prie de n'en tenir rigueur. »

« Bien-sûr. Je .. comprends »

« Comment te nommes-tu ? »

« Lahissa, Seigneur Milo. »

« Cesses donc ces formalités, Milo suffira. » rappela le chevalier.

Il renfila son pantalon et fit appel à son armure. Les cheveux encore humides, il les essora de façon élégante et s'approcha de Lahissa pétrifiée et intérieurement secouée par ce bel homme majestueux.

Elle avait entendu parlé du chevalier du Scorpion. On n'avait pas menti. En plus d'être un personnage intimidant, autant impressionnant que ses pairs, il n'en reste pas moins séduisant.

« Peux-tu me confier quelques-unes de ces fleurs ? » lui demande alors le Grec.

Elle hocha la tête.

Le lendemain matin

Passant le dernier poste de garde qui se courba à sa vue, le Saint d'Or du Serpentaire posa le pied sur la première marche de l'escalier sacré aux marches innombrables, aux temples doriques de marbre blanc, demeures des plus puissants guerriers d'Athéna qui menait jusqu'au cœur du Sanctuaire. Embrassant du regard ce lieu minéral, à la beauté hiératique imposante et à l'énergie millénaire, elle déploya puissamment son cosmo doré,chaleureux, conquérante d'une lumière radieuse et d'un élan vital impressionnant pour prévenir ses camarades de son retour et leur demander le passage.

L'ascension commençait. Aussitôt, les cosmos des guerriers présents vinrent à sa rencontre et s'invitèrent aux portes de son esprit. Mu du Bélier vint à sa rencontre, une fois qu'elle atteignit le parvis de la première maison.

« Bien le bonjour, Mu. » annonça Aurora avec gaieté, virevoltante dans son armure sacrée toute neuve.

« Bonjour chère amie. » répondit gentiment Mu, vêtu des habits traditionnels de sa région, constatant la forme élégante de sa sœur d'arme, « Tu reviens de mission ? »

« C'est exact. » continua t'elle, « Angelo et moi avons scellé plusieurs créatures. Mais d'autres reviendront, plus véloces. Notre enquête avance. »

Mu et toute la caste dorée furent mis dans la confidence après la réunion. Angelo était revenu tard alors que la portugaise discutait stratégie et défense avec un chef d'une tribu cachée de Delphes, après avoir « nettoyer » la zone des assaillants étranges.

En effet, la région est un lieu protégée par Athéna depuis la nuit des temps. La préservation du site est indispensable puisque des Saints d'or sont envoyés à chaque réincarnation de leur déesse par le Pope afin d'y connaître la destinée du Domaine. L'oracle prédit nombre d'événements clés pour l'avenir du monde surnaturel dans des augures consignées sur parchemins. On peut y connaître également l'avenir des guerriers sacrés. C'est ainsi que Shion pu retrouver la jeune Aurora à Athènes après la guerre Sainte grâce aux prémonitions de la pythie, porte-parole des Dieux et de la nature. Une prêtresse puissante gardant farouchement les écrits en son domaine.

Seul un combattant sacré et expérimenté peut la rencontrer. Aurora a eu affaire à elle et ses disciples lorsqu'elle était jeune chevalier. Une épreuve ultime voulu par le Pope qui confirma sa valeur de guerrière. Elle l'eut nul besoin de s'imposer cette fois-ci, sa force et sa loyauté n'était plus à discuter.

Cette dernière, parchemin en main, rapporte le document pour Athéna.

« La puissance que tu dégages se ressent au travers de ton armure, Aurora. C'est étonnant la façon dont vous ne faite qu'une, toi et ton étoile protectrice. »

La brune eut un petit sourire.

« Cela n'a pas été simple, » commenta Aurora, « Des jours de réflexion et de méditation avec un grand sage oriental m'aidant dans cette quête. J'ai des choses à fluctuer en moi et je suis sur la bonne voie. Je l'ai fait pour Enéa. Je ne voudrais pas que le grand Zeus me châtie moi aussi. »

« Ton enfant te donne donc cette force de te remettre en question. »

« Je n'ai pas le choix, je dois être un modèle pour elle. » consentit la portugaise, « Je suis consciente d'être un chevalier impudent. Je dois mûrir encore Mu. » sourit Aurora.

« Puis-je te demander pour quelle raison as-tu eu souhaité ce changement ? »

« Malgré une grossesse heureuse et épanouissante, ces séances avec Shaka, devenir mère n'a fait que révéler des choses enfouies au plus profond de mon cœur. Luisa qui n'est pourtant pas comme nous a constaté ma mélancolie, ma peur de destruction sur le monde, mes engagements personnels. Ces derniers temps, j'ai pris soin de moi en reprenant mes activités de chevalier. Et j'ai commencé par les êtres qui me sont chers. »

« Qu'entends-tu par les êtres qui te sont chers ? Tu penses avoir manqué à tes devoirs d'amie ou de sœur d'arme ? »

«Je suis un chevalier accessible, serviable. J'arbore peu mon armure. On en oublie parfois qui je suis. » soupira t'elle doucement, « Je parle surtout des hommes. Il suffit que je sourie à un, que j'aide un autre et voilà qu'il pense pouvoir me convoiter. Mais je sourie à tout le monde Mu ! Merio m'avait mis en garde. Je ne le voyais pas ainsi et après réflexions il n'avait pas tout à fait tort. Shaka me l'avait dit aussi. J'espère qu'il ne m'en voudra pas d'avoir manqué à nos méditations.»

« Je suis sûr que non. » assura le Bélier.

« Je vais rejoindre la princesse et faire mon rapport. Ensuite, je vais me poser car je retourne à Athènes dès demain avec Angelo. Et pour supporter sa mauvaise humeur je dois dormir ! »

« Profites-en bien. » répondit le blond, « Je préviendrais les autres gardiens de ne pas te déranger. »

« Je t'en remercie chevalier du Bélier. Je vais aller chercher Enéa chez Asterion tout à l'heure et la ramener à son parrain. Argol ne revient que jeudi. J'ai promis de passer chez le 8èmegardien à mon retour. Il se fait du souci dès que je file. » annonce t'elle.

Mu tiqua à cette réflexion.

« Milo ? »

« Tu croyais que ma fille avait un autre maître ? » ajouta Aurora sur le ton de la dérision.

« .. Non, bien-sûr. »

Le chevalier du Scorpion est plus que jamais concerné par la treizième. Il n'en disait rien mais les derniers mois furent éprouvants pour lui.

« J'ai besoin de resserrer les liens que nous avions noué jadis, j'ai sous-estimé sa douleur.» confia naturellement Aurora au Jamirien, « Je ne veux pas l'exclure parce que je suis mère. Il compte toujours, tout comme vous ! »

Mu sait parfaitement ce qu'il en retourne. Il savait qu'elle avait cruellement déçue Milo. Elle l'avait comme abandonné, laissé seul au moment où tous les souhaits chers à son cœur s'écroulaient autour de lui. Cette Aurora qui l'a touché, au charme envoûtant, au cosmo rayonnant, puissant comme le cours d'un fleuve que rien n'arrête.

La belle se remit en marche, saluant au passage le premier gardien et se dirigea vers le seconde maison. Elle pensa à la dernière discussion qu'elle a échangé avec cet homme rencontré dans le grand désert aride du Sahara. Ce fut efficace. Elle se sent légère.

Les yeux foncés s'abaissèrent vers le sol où ils demeurèrent quelques temps. Puis une voix de baryton claqua, et la portugaise redressa la tête pour voir arriver Aldébaran devant son temple, face à elle.

« Te voilà de retour, chevalier du Serpentaire. Quelle éblouissance ! Tu peux passer, bien entendu. »

« Merci Aldé. J'espère que tu vas bien mon grand Taureau. »

« Évidemment ! Ne sois pas si maternelle. » grommela quelque peu l'imposant Brésilien.

« A plus tard mon ami ! Athéna m'attend ! » clame t'elle en portugais.

Le colosse croisa les bras, suivant du regard sa sœur d'arme à l'humeur positive. Il leva un sourcil. La treizième dégage des ondes bienveillantes. Il ne ressent pas d'agressivité contenue, tel son signe. Ce volcan en ébullition semblait .. endormi. Hum .. Le calme avant la tempête ?

Au troisième temple, l'aîné des chevaliers d'or l'attendait.

« Gémeau ! »

« Bonjour Aurora. Comment s'est déroulé ton détachement ? »

« Je te ferai une synthèse en fin de journée. Athéna et Shion m'attendent. »

« Fort bien. Je ne doute pas du bien-fondé de cette mission. » Il l'observa un instant et ajouta : « Ton armure a évolué. »

Elle hocha la tête.

« Tu es belle, Aurora. »

Saga s'avança dans l'obscurité et la fraîcheur de la demeure, sur les pas d'Aurora souriante. Il ouvrit la porte de ses appartements avant de se retourner vers elle.

Elle lui envoya un sourire gratifiant :« A tout à l'heure. »

La brune reprit sa route vers la quatrième maison du zodiaque. Elle y fut accueillie par un rire grinçant.

« Chevalier du Serpentaire ! »

« Déjà debout ? »

« Et oui. Je dois aller me ravitailler et je préfère éviter de côtoyer les villageois. »

« Tu es tellement sauvage .. » leva les yeux au ciel Aurora, « Je t'avais dit de prendre un serviteur à plein temps. »

« Personne ne veut rester dans ma maison. » haussa les épaules l'Italien.

« Pourtant tu n'as point débuté de nouvelles collections ! » ironisa la brune.

« Je vais revoir ma tapisserie prochainement .. » Un rictus diabolique au coin des lèvres.

Aurora ricana et ajouta : « Assez palabré. Sois en forme demain ! »

Il se contenta d'un geste de salutation de la main et se dirigea vers l'extérieur en direction du chemin opposé à celui d'Aurora, un panier en osier sur le dos, sifflant un opéra italien de façon flegmatique.

Elle traversa ensuite paisiblement le cinquième temple vide, Aiolia était de garde. Puis le sixième accompagné d'un bonjour serein, pour lequel elle remercia Shaka avec douceur, et enfin le temple de la Balance dont Doko lui accorda le passage avec bienveillance, son apprentie non loin de là en train d'exécuter des figures martiales.

Devant le temple du Scorpion, Aurora hâta ses pas, impatiente de retrouver son ami. En pénétrant dans la salle principale, elle se trouva interdite, immobile en face de l'armure du Grec qui luisait doucement. Elle ne ressentait pas le cosmo du Grec.

Elle n'a pas le temps de réfléchir que le maître de l'eau et de la glace répond à ses interrogations.

« Bonjour Aurora. »

« Camus ? »

« Milo m'a demandé de venir à ta rencontre. Il est partit pour une courte expédition tôt ce matin. »

« Oh … » soupira doucement Aurora, « Je lui ai rapporté deux trois trucs en plus. »

Son sourire se fana.

« Il m'a chargé de garder ton enfant en son absence. » continua doucement le Français, constatant sa légère déception.

« Mais tu n'as pas à te soustraire à ton emploi du temps. Je ferai garder ma fille par Eiko. »

« Mon tour de garde cesse aujourd'hui.»

Aurora fut soulagée par cette bienveillance.

Elle demande curieusement : « Milo est partit sans son armure ? »

« Il fera appel à elle si le besoin s'en ressent. Il doit demeurer discret. »

« Je vois. » dit t'elle,« Je t'amènes ma fille après. Encore merci Camus. »

Le Verseau hocha la tête.

Chez la Sagittaire, pas âme qui vive. Aurora se doutait que son ancienne élève fricote avec son bien-aimé Espagnol. Car dans l'obscurité du temple du Capricorne, tout se confirmait. Elle lui sembla entendre un petit rire et des gémissements mais elle eut beau tendre l'oreille et étendre ses sens, elle ne capta plus rien ensuite.

« Petits malins .. » songea la portugaise.

Dans le temple des Poissons, elle entendit une mélopée douce et une voix qui monologuait à l'arrière du bâtiment dans le jardin, mais elle n'osa pas forcer l'intimité d'Aphrodite et quitta les lieux sans voir le maître de la demeure.

Enfin, elle pénétra dans le palais, saluée avec déférence par les gardes. La porte s'ouvrit sur Shion et une Athéna magnifique assise sur son trône, sceptre en main.

Aurora ôta son diadème et s'agenouilla respectueusement, attendant la permission de s'exprimer. La déesse lui offrit un sourire plein de chaleur.

«Saint du Serpentaire, nous t'écoutons. » clame alors Shion à l'attention de la Commandante.

###

Un peu plus tard, le Serpentaire gagna sa demeure.

Elle s'attarda quelques instants en communion avec son armure avant de la quitter presque à regrets. Elle était si heureuse de la porter à nouveau. Ce lien particulier et fort qui les unissait avait manqué tous les jours depuis sa grossesse. Sur un dernier effleurement cosmique, elle la quitta, lui assurant de revenir vite auprès d'elle.

Alors qu'elle pénétrait dans ses logements privatifs, son attention fut portée vers la table de la salle à vivre pour découvrir avec émerveillement ce qui se trouvait devant ses yeux : un énorme bouquet de fleurs avait été posé là. Éclatantes, de splendides tulipes rouges se dressaient fièrement et égayaient la pièce de la treizième gardienne.

Elle s'approcha pour effleurer du bout des doigts les pétales d'un rouge profond, comme pour vérifier qu'elle ne rêvait pas. Le type de fleur et la couleur n'a pas été choisie par hasard. Ce sont ses favorites. Mais qui a lui a envoyé cela ? Argol ? Elle eut un bref frisson. Mais se ravisa. Argol préfère la surprendre avec d'autres fleurs. Est-ce donc un prétendant ? Qui oserait la convoiter, elle, valeureuse maîtresse de guerre ?

Ces tulipes offrent un bouquet de messages bien plus subtils qu'un simple ''Je t'aime…'' C'est une fleur classique. Et ce rouge vif symbolise l'amour parfait et enflammé. Elle s'empara doucement du bouquet pour en humer le parfum délicat. Elle se penche vers les plantes, tout émoustillée et curieuse pour regarder en détail la montagne de fleurs au creux de ses bras. La rouge domine. Entre les tulipes, on trouve quelques camélias. Et tout autour ainsi qu'à quelques endroits discrets, des jasmins rosés, symbole du désir ardent, de la passion.

Elle se mordit les lèvres. Pas possible, on joue avec ses sens.

C'est alors qu'elle s'aperçut que quelque chose venait de tomber du bouquet. A sa surprise, c'était un petit mot en papier. Elle le ramassa le signe astrologique apposé sur le devant de la carte, elle reconnut le trait de crayon et sourit de soulagement. Elle sentit vaguement son souffle se suspendre tandis que son cœur s'emballait alors qu'elle retournait le mot. Elle lui vint bien à l'esprit que la chaleur qui se répandait en elle devait se voir sur ses joues.

« Bon retour parmi nous, Chevalier du Serpentaire. Avec toute mon affection, Milo.»

Elle devrait être incommodée par cette réaction. Pourtant elle est heureuse de cette marque d'intérêt, ce symbole profond de la part du Grec de la retrouver dans leur rang. C'était écrit en portugais en plus.

Un geste d'amour, elle le sait. Elle eut des papillons dans le ventre, songeant alors au moment où son ami choisit délicatement chacune des fleurs, rien que pour elle.

Après l'annonce de son choix pour Persée, tous deux avaient espéré que l'éloignement les apaiserait, et c'était en quelque sorte le cas. Pourtant Aurora est devenue une autre. La maternité a bouleversé sa vie. La jeune-femme est différente, troublante de magnétisme. On la sent conquérante. Débordante de sensualité.

Milo a noté ce changement et cela n'arrange en rien ses émotions intérieures. Il ne permettait à personne de les distinguer. Il était toujours enclin à respecter ce code de conduite comme le plupart de ses camarades, et rester digne en tout circonstances. Maintenant qu'elle redevient chevalier à part entière, ils sont encore moins amenés à se côtoyer. Les opérations menées par Milo comportaient toujours des risques, et celles du Serpentaire des enjeux importants.

Elle s'empara du mot et le cacha consciencieusement dans une boite en sapin fermée à clef qu'elle gardait dans un secrétaire. Milo avait offert un cadeau à chacun de ses anniversaires. Le dernier en date pour son 25ème printemps était un bracelet en or blanc. Les initiales « A.V »gravées dessus floqué du signe du Serpentaire. Elle comprit que le Scorpion reste un sentimental, masqué dans une fierté dont il a lui seul le secret. Même s'il ne voulait pas l'admettre, Milo est un mélancolique, un rêveur qui n'avait que la colère pour s'exprimer sans rougir de honte.

Et elle aime ça.

Centre-ville d'Athènes, le surlendemain

La nuit était tombée depuis un moment sur la capitale Grecque. Le temps était parfait pour sortir. La chaleur était moins étouffante. Quelque part dans une discothèque animée pour 18-30 ans, la fête battait son plein. Les rires et la musique emplissait l'air.

Une jeune-femme typée méditerranéenne était contente de pouvoir profiter, de se détendre loin des règles strictes du Sanctuaire. Ses cheveux tombaient en une cascade de boucles brunes jusqu'à ses omoplates, elle se déhanchait sensuellement sur la piste principale et tout le monde la regardait tant ses gestes étaient précis et naturels. Alors qu'elle fit signe à des jeunes gens de venir évoluer autour d'elle, son regard fut attiré par un homme à la mine contrariée.

Bigre ! Ce fauteur de trouble l'a retrouvé. Ce rabat-joie au service du Gouverneur des Enfers. La belle pensait régler rapidement cet imprévu. Mais c'est méconnaître le fier guerrier. De hautes négociations s'en suivirent alors.

Le jeune-homme secouait la tête désabusé, tandis que son interlocutrice montrait le prospectus qu'elle tenait dans la main. Déjà, être dans cet endroit sordide bruyant et pleins de mortels ne l'enchantait guère.

Cependant, une mission reste une mission.

« Mais regardes cette publicité, ce Festival, c'est mon groupe de danse ! » un doux sourire sur le visage, tentant de charmer son vis-à-vis, impénétrable.

« Je t'ai reconnue. » répondit platement l'Allemand.

« Je vais aller saluer mes anciens partenaires, je ne les ai point revus depuis longtemps. » continua la brune en levant les bras au ciel.

« Négatif. »

« DONC, » poursuivit t'elle en le pointant du doigt,« Je pars en Allemagne avec toi ! » souriait t'elle à pleine dents.

« Pour la dernière fois, non. »

Il avait dit ça d'une façon tellement blasée.

« Mais je .. »

« Tu es visiblement obstinée. »

Elle lui lança un regard noir,« Emmènes moi auprès de ton maître, pour le reste, je me fou de tes états d'âme. »

« Et indisciplinée. »

« Ta gueule. »

Queen de l'Alraune soupira.

De toute sa jeune vie, il n'avait été confrontée à une femme si insolente, cette amie du Serpentaire. Le pire c'est que cette dernière soutenait son regard sans sourciller et n'avait cure d'avoir un fier guerrier des ténèbres, l'un des officiers de confiance du grand Rhadamanthe de la Wyvern.

Luisa était vexée et ne faisait rien pour le cacher.

Le roux préfère largement aller terroriser les âmes de la cinquième prison des Enfers dont il a la juridiction ou tuer des insignifiants, que d'avoir à supporter cette grossière humaine.

« Hé ! Oh ! Je te parle la fleur ! » rétorqua alors la brune.

« Ne m'appelles pas ainsi. »

« Tu es de l'Alraune alors t'es une fleur, point barre. »

Il roula des yeux :« Retournes au Sanctuaire. Les chevaliers vont se faire du souci.»

« Je m'en fou. »

Queen croisa les bras. Dieu qu'il avait envie de lui fermer son incessant clapet.

« Pourquoi tu es là ? Ton chef me fait encoresurveiller ? » répliqua Luisa en sirotant une bière, envoyant un sourire malicieux à un groupe d'hommes plus loin.

« Nous sommes en détachement. Cela ne te concerne pas. » répondit Queen en observant les différents prétendants.

« Tout ce qui touche à Rhada me regarde. »

« Alors pourquoi es-tu sorti ? »

« J'avais besoin d'air et j'ai remarqué ta présence l'autre fois. » lui dit t'elle, « Alors ? Où est ma Vouivre préférée ? »

« Loin de toi. » lâcha l'Allemand dépité.

« Il te parle de moi ? » continua Luisa.

« Non. »

« Pourquoi me fait t'il surveiller par ses esclaves dans ce cas ? » Queen lui jeta un regard noir. « Oh, la fierté mâle. » lâcha t'elle, « Y'a tes potes qui arrivent. » en regardant par-dessus l'épaule du spectre.

Ce dernier aperçu Sylphide et Myu se diriger vers lui. Le regard dépité de leur collègue leur firent comprendre que « Dame Luisa » est encore ingérable.

« Hey ! » lança joyeusement la portugaise, « Vous êtes venus au secours de votre copain ? »

Ces derniers s'entre-gardèrent.

« Vous m'emmenez au château noir ? »

Queen secoua la tête.

« Seul les protecteurs de sa Majesté peuvent s'y rendre. » répondit Myu.

« Je vais finir par devenir l'une des vôtres » grogna cette dernière,« Quand je dis ça aux chevaliers ils me prennent pour une folle. »

« Tu l'es. » rétorqua Queen en buvant une gorgée de Whisky.

« Ha ha ! » Puis en s'adressant à Sylphide, elle ajouta : « Dis-moi le Belge, si on fait croire que je suis malade ou mourante, tu crois que Rhada va ramener ses fesses ? »

Le Basilic retint un soupir.

« Tu ne peux t'y rendre. » répliqua Myu à la place de son homologue.

« Mais je veux voir Rhada ! »

Queen riposta : « Le Seigneur Rhadamanthe à d'autres chats à fouetter ! »

« Ça, j'avais remarqué, le scélérat ! » gémit Luisa envers l'Allemand.

« Sa place n'est pas en surface. » ajouta le Papillon.

« Et bien quand il verra les vêtements que j'ai acheté il se pointera illico presto. Il est possessif comme un tigre.»

Les trois hommes lèvent les yeux au ciel.

« S'il ne vient pas, je pars avec ces types là-bas. »

Sans attendre de réponse, elle se leva sous les regards des trois hommes indifférents.

Queen se tourna vers ses compagnons, un léger désespoir au visage et lança à la brune au loin : « On se demande ce que te trouve le Seigneur Rhadamanthe. »

« A ton avis la fleur ? Pourquoi un homme veut garder une femme sous le coude? Vous en savez quelque chose, vous, les super guerriers morbides ? »

« On t'écoute, Luisa. » répondit Myu avec ironie.

« Parce que je suis la seule à le contenter autant dans l'esprit que dans un lit ! Il adore que je lui tienne tête .. et que je me mette à genoux pour le détendre ! » s'amusa la jeune femme.

Les trois hommes furent ahuris. Myu faillit s'étouffer avec sa propre salive.

« L'insolente. » grommela Queen.

Ils sentirent soudain une légère vague de cosmo dans la salle. Leur instinct de guerrier se réveillent.

Queen : « C'était quoi ? »

« Il m'est familier. » fit Sylphide.

Myu arqua un sourcil :« A moi aussi et il n'est pas défiant. »

Ils se regardèrent comme s'ils s'étaient toute de suite compris.

« Un chevalier d'Athéna. »

Même pas trente secondes plus tard, alors que Myu veillait Dame Luisa afin qu'elle ne tombe pas dans les filets de conquérants (cela contrarierait beaucoup son Seigneur) on entendit un très sévère :

« Bordel Luisa, tu fiches quoi ? »

Les spectres reconnurent la voix autoritaire et tournent la tête vers l'objet de cette agression verbale.

« Tient ! Je me demandais combien de temps tu constaterais ma disparition ! » lâcha Luisa avec détachement.

« Tu te moques de moi en plus ? »

Le chevalier du Serpentaire jaugeait gravement son amie.

« Pourquoi t'es ici ? » demande innocemment cette dernière.

« Tu ne réponds pas à ma question ! »

« J'ai pas de comptes à te rendre. » pesta Luisa.

« Les chevaliers d'Argent te cherchent partout, idiote inconsciente ! »

« Tu m'as traitée de quoi ? »

Elle venait de se rapprocher dangereusement de la treizième.

« Ne sois pas stupide. » prévint Aurora

« C'est ce que je disais, je vais mourir et devenir spectre pour te botter les fesses ! »

« Hum ! » s'esclaffa ironiquement la portugaise, « Un spectre ne peut rien contre moi, même les 108 réunis. »

Les concernés se crispèrent.

« C'est pas contre vous. » se justifia t'elle.

« Ils me surveillent. »

« Heureusement qu'ils sont là, imagines s'il t'était arrivé quelque chose ? »

« Toute de suite les grands mots ! De toute façon je peux pas faire un pas hors du domaine sans qu'un chevalier me tombent dessus. »

« C'est pour ton bien ! Si ce criminel de Marko te tombe dessus tu es faite ! »

« Je vais bien ! »

« Luisa tu es une emmerdeuse de première ! » gémit Aurora,« Ça fait la troisième fois cette semaine ! Tu dois respecter les protocoles du Sanctuaire ! Pour qui me fais-tu passer ? »

« Mais c'est bon, j'irai parler au Seigneur Shion si y'a que ça ! » lâcha la brune en reprenant une gorgée de son cocktail.

Aurora lança un regard interloqué à son amie :« Tout ça pour aller trouver ce rustre ! »

« Tu m'en diras tant .. »

Elle s'adresse ensuite aux spectres :« Vous pouvez pas faire quelque chose ? L'immobiliser, l'endormir, l'attacher avec vos pouvoirs ? Je ne sais plus quoi faire de cette folle. »

Sylphide :« Que veux-tu, Aurora ? »

La mine de la brune s'adoucit à la vue du blond. Luisa le constata immédiatement. La portugaise considéra le spectre avec une mine séductrice et un tendre: « Salut Syl' .. »

« Bonsoir chevalier. » répondit dignement le Basilic.

« J'adore ta chemise .. »

Queen et Myu s'entre gardèrent. Le second de Rhadamanthe eut un petit rictus. Elle poursuivit : « Je vais finir de disputer Luisa .. Je t'offre un verre. Vous deux, la quittez pas des yeux. »

« Et c'est tout ? » souffla Queen.

« « S'il vous plaît, au nom des Ténèbres .. » ajouta Aurora avec sarcasme.

Luisa : « Mais .. »

« Par ici toi … » en l'entraînant un peu plus loin.

Ils observaient au loin les jeunes-femmes se chahuter. Tout le monde les regardait mais ça leur était complètement égal. Elle échangeaient fortement en portugais, faisaient de grands gestes et Luisa se permettait même de coller son front à celui du Serpentaire pour la provoquer. Après cinq bonnes minutes de discussion animée, la chevalier d'or revient.

« J'espère que tu ne l'as pas davantage énervée .. » espérait Myu.

« Elle est à vous. » répondit t'elle, « Je peux vous emprunter votre collègue ? »

« Le Basilic devrait s'en sortir, enfin, avec toi on n'est pas sûr. » attirant un regard mauvais de ce dernier.

Elle sourit avec connivence.

« Tu es en mission ? » demande Queen.

« Oui. Et je sais que votre quartier général s'est réuni en Allemagne pour les mêmes raisons qui m'amène ici régulièrement. »

Les spectres hochent la tête. Aurora les concerte ensuite par télépathie.

« Un groupe de créatures a attaqué il y a deux jours. Ils sévissent dans la région. »

« On en a eu vent. » opina Sylphide.

« Ce n'est plus du ressort des Spectres. Ils s'emparent d'âmes d'humains désespérés. »

« On en a exorcisés certains. » raconte Queen.

Myu :« Et d'autres meurent. »

« Je vois. Plus l'âme maléfique est puissante, plus elle s'empare des essences mortels. » songea t'elle.

« Ils se nourrissent du désespoir. » ajouta Queen.

« Avez-vous constaté leur forme démoniaque ? » questionna Aurora.

Ils secouèrent la tête.

« Ce sont ces bestioles en armures qu'on a exterminé l'autre jour. Assez coriaces. » exposa t'elle.

« Ils ciblent des humains puis prennent possession de leur corps une fois qu'ils ont suffisamment d'informations. Lorsqu'ils sont suffisamment régénérés, ils abandonnent les corps pour compléter leur développement. » termina Myu.

« Hum … Dans tous les cas, le commanditaire a des chefs. Je reste à parier que c'est l'un des gangsters – ainsi que sa bandeafin d'infiltrer les mortels pour recruter dans le milieu narcotique et de fil en aiguille ... »

« Monter une armée. »

Elle hocha la tête. « Plus l'âme est noire plus il est facile pour eux de se développer. »

« Nous allons mener notre enquête de notre côté. » poursuivit Sylphide.

« Mais avant tout .. » souffla Queen avec nonchalance.

« Oui je sais. » comprenant leurs intentions, elle termina la conversation mentale :« Ne laissez rien passer à Luisa. Elle est coriace. »

Myu :« On l'avait remarqué. »

« On vous laisse. » modéra Queen derrière Sylphide, un sourire moqueur collé aux lèvres.

Et ils abandonnèrent le chevalier et le Basilic. Ils s'assied sur les hautes chaises bordant le bar. Queen se retourna et remarqua le regard de son compagnon qui enveloppait Aurora, très élégante dans une longue robe près du corps.

« Si le Seigneur Eaque voyait ça … » rétorqua ce dernier.

« Cette femme est rusée. » déclara Myu, « Elle a toutes les cartes en main pour espionner le milieu que nous évoquions. »

« Assurément … » rétorqua Queen, morose, avant de boire une longue gorgée de bière, « Et le Basilic semble du même avis. »

Au même moment, la conversation débutait allégrement entre le spectre et le chevalier.

« Quoi de neuf dans les ténèbres infernales ? » demande Aurora espiègle.

Son interlocuteur répondit :« Tu souhaites que je te conte toutes les polémiques du Royaume sous-terrain ? »

« Uniquement les coucheries .. »

Sylphide fut amusé.

« Veux-tu des nouvelles du Seigneur Eaque ? »

« Inutile. »

« J'ai appris que tu es devenu mère, mes félicitations. »

Elle rit.

« Tu es le guerrier des ombres le plus agréable ! »

« Nous ne sommes plus en guerre. » sourit le blond.

« Certes. » consentit t-elle en portant le verre à ses lèvres, « Mais être mère me rend des plus .. colérique. »

« Ne l'étais-tu pas aussi avant ? » ironisa le Belge.

« Très amusant ! » répondit Aurora,« De plus j'ai perdu ma ligne de jeune-fille et je me sens vache à lait. »

« Je te trouve radieuse. »

« Oh .. » dit t'elle,« Ça mérite un autre verre ! »

« Tu portes bien ce nouveau rôle. »

« Eaque ne voulait pas enfanter avec moi .. » confia t'elle alors,« Il disait que c'était absurde pour des « gens comme nous » .. J'aurai cependant apprécié un marmot avec lui. Comme j'étais censée mourir après la bataille, on a pas approfondie plus que ça.»

Sylphide écarquilla des yeux par cette révélation incongrue et constata la nostalgie dans le timbre de sa voix et le regard foncé de son interlocutrice.

« Il n'y a jamais eu d'héritiers en notre monde. »

« Pourtant, cela l'aurait adoucit. »

« Il l'était en ta présence. Les spectres l'avaient constaté. » répondit l'homme,« Nous le sentions dans son cosmo lorsque tu étais .. dans le coin. »

Aurora répondit néanmoins : « Il ne me laissera jamais en paix. »

« Il est loyal à ses sentiments. »

« Un spectre n'aime qu'une fois. » consentit t'elle,« Et en ce qui concerne ton maître ? »

« Le Seigneur Rhadamanthe est attaché. »

« Attaché ? Il envoit ses meilleurs hommes.»

Courte pause.

« Il est amoureux ! » s'empressa d'ajouter Aurora.

« Je ne m'avancerai pas sur le sujet. » riposta calmement le Belge.

###

Dans un coin reculé de la pièce, Luisa soupira lourdement

« Oh ... pas toi .. » marmonna cette dernière, « Après le serpent venimeux voilà le psychopathe de service du Sanctuaire. »

Face à elle, l'impressionnant Masque de Mort l'observait sans sourciller, bras croisés. Il portait un pantalon gris foncé et une chemise en soie noire, renforçant sa peau basanée et son allure athlétique. Cela lui donnant une classe évidente. Ses mèches noires étaient coiffées vers l'arrière, du gel maintenant sa courte chevelure en place. Il ressemblait à un véritable citoyen de la profonde Italie. Queen et Myu étaient étonnés par cette élégance inhabituelle chez le Cancer.

Beaucoup de femmes le regardaient alors qu'il entendait Luisa rétorquer : « Le Serpentaire m'a déjà fait la morale ! » grinça cette dernière, « Ne te donnes pas cette peine. »

« Pourquoi es-tu là, Luisa ? »

« Je sors. »

« T'es amie avec des spectres maintenant ? » attirant les regards noirs de ces derniers.

« Je t'en pose des questions ? »

Elle attrapa une nouvelle fois sa chope et la finit d'une traite.

« A force de partager les mêmes draps que la Wyvern, tu deviens sénile. » lâcha Angelo.

« Fou moi la paix sale rital. »

Il sourit narquoisement.

« Je suis sicilien. »

« C'est pareil. » maugréa Luisa, « Et dis-moi le mafieux, t'as pas autres choses en tête ? Va donc vérifier si t'as eu ton quota de tueries de la semaine ! »

Queen et Myu se pincent les lèvres.

La quatrième gardien nullement perturbé, lui répondit : « Si tu étais serviteur des Dieux, je ne te verrai pas ailleurs qu'au Mekkai en compagnie de ces hommes, tant tu es écervelée. »

« Tu nous insultes ? » s'insurgea Queen.

« Ouais. » se contente de répondre Masque de Mort, « Le seul Dieu qui aurait pitié d'elle serait le vôtre ! »

« N'importe quoi. » grogna Luisa.

Angelo se retint de ne pas esquisser un sourire amusé en voyant la mine déconfite de la portugaise.

« Hum ! Si j'étais spectre, je te coupera la langue, la queue et les mains pour que tu fermes ta grande gueule de chevalier attardé ! » lança-t-elle en se levant.

Angelo ajouta :« Et c'est moi que tu traites de déséquilibré ? »

« Pfft … »

« Je te devrais peut-être t'envoyer eu Mekkaimoi-même. »

« Te gênes pas, comme ça, je verrai Rhada. »

« Et bien ! Tu es bien accroché au mono-sourcil ! » se moqua le Cancer alors que Queen voulait protester.

« Il sait se taire. »

« On dirait qu'il a échoué avec toi. »

« Ta gueule, toi aussi. »

Elle fit signe un serveur de lui apporter un autre verre. Masque de Mort secoua la tête. La jeune femme ne prêta pas attention à ce que le chevalier d'or avait baragouiné.

Angelo fit un tour d'horizon et repéra Aurora discutant avec le spectre du Basilic. Il fronça les sourcils et déclara : « Il accroche toujours autant à ma collègue, votre ami ! » constatant la proximité avec ce dernier.

« T'as vu ça toi aussi ! » s'amusa alors la brune.

Myu souffla :« Ils ne font que discuter. »

« Pas du tout. » ajouta Queen, faisant mine de ne pas comprendre.

«S'il le pouvait, ton pote aurait déjà plaqué Aurora contre un mur ! » lança Luisa dans toute sa splendeur.

Queen et Myu ouvrirent de grands yeux.

« Il est mignon ce Basilic, mais Rhada me le ferait payer. »

Les spectres s'interrogent du regard.

« N'est t'elle pas avec le chevalier de Persée ? »

Flottement.

« Ils arrêtent pas de s'engueuler.. » finit par répondre Luisa en voyant les regard inquisiteurs pointés sur elle.

« T'en mêles pas, Luisa. » prévint Angelo.

« Argol a des vues sur la petite, là, qui se fait entraîner par Da…. »

« Cesses tes spéculations. » coupa le Sicilien.

« Ils sont en crise ! » murmura-t-elle le plus sérieusement du monde, « C'est normal qu'Aurora ait envie de séduire. »

« Elle n'en a nul besoin. » répliqua Queen.

« Elle peut avoir tous les hommes qu'elle souhaite. » continua Myu.

« Comme le Basilic ! »

« Le Seigneur Eaque serait très mécontent .. » assura le Papillon.

Luisa chassa ses mots d'un geste de la main.

« Il veut la sauter, c'est clair non ? » répéta-t-elle en articulant bien chaque syllabe.

« On ne te permet pas… » commença Myu, passablement choqué.

« Eh bien, je me permets quand même », asséna-t-elle une nouvelle fois en appuyant un index accusateur sur son torse, « Si c'est pas lui ça serait Milo ! »

Consternement général.

Queen : « Le chevalier du Scorpion ? » lança le spectre après plusieurs secondes de silence.

Un léger et étrange sourire vint se former sur le coin des lèvres de Luisa.

« Oups .. »

Angelo poussa un soupir excédé,« Ne penses plus. Tu divagues. » intervient le brun,« Tu ne sais vraiment pas te taire … »

Quelques heures plus tard, Sanctuaire.

« Ça y est, tu daignes enfin de te présenter ! Goujat ! »

Face à elle, le fier Rhadamanthe de la Wyvern la fixait de ses yeux clairs. Il avait débarqué, alerté par ses hommes que « Dame Luisa s'apprêtait à rejoindre « un établissement de débauche. »

En effet, la brune n'avait pas trouvé mieux que de se rendre … dans un club libertin. Aurora était repartie en mission spéciale précisant qu'elle enverrait des Saints d'Argent la récupérer. En attendant, le Papillon et l'Alraune ne la lâchaient pas. Masque de Mort avait osé un « Arrête de reluquer ma camarade ! » au Basilic qui l'avait fort mauvaise.

Luisa était persuadée que les spectres n'oseraient la suivre en cet endroit. C'est méconnaître les hommes composant la division de la Wyvern. Discipline et droiture, quoiqu'il arrive. Masque de Mort avait laissé faire, voulant connaître le fin mot de l'histoire sans se départir de son sourire pleine de sarcasme.

Elle n'y resta pas bien longtemps. Rhadamanthe fut tout juste débarqué au Sanctuaire pour la fin de semaine. Il l'avait fait récupérer sans demander son avis et la ramena dans une maisonnette réservée au haut gradé d'Hadès au sein du Domaine d'Athéna.

Il fallait qu'ils aient une petite explication.

« Ne me regarde pas comme ça chéri, ça ne prend pas. » renchérit Luisa, « Réfléchis bien à ta réponse. »

Un sourcil blond clair s'arqua en signe d'interrogation. Il se rapprocha en silence. Un très long silence pour l'excessive portugaise.

« Pourquoi tu m'as amené ici ? Tu m'as pris pour ta catin ? »

Et elle prit la direction de la sortie. L'Anglais lui attrapa le bras.

« Quoi ? »

Il posa sa main sur le visage de la brune, et caressa avec une douceur étonnante la peau hâlée de la jeune-femme qui se raidit d'un seul coup par cette affection soudaine.

« Rhada .. N'utilise pas le cul pour me faire taire. » trancha t'elle, implacable.

Il retint un reniflement ironique.

« Ton inconvenance m'avait manqué. »

Elle eut un hoquet de surprise. Sa voix résonna dans l'air comme dans sa tête. Elle soutenait le regard de son amant.

Il se rapprocha et admira le gracieux visage. Rhadamanthe était plutôt fervent des blondes, et de tout ce qui est Nordique. La beauté sauvage de Luisa, son passé troublant autant que sa personnalité l'avait touchés. Quelque chose chez elle l'avait toujours interpellé.

Quand il est dans la même pièce qu'elle, un apaisement étrange s'emparait de lui et que la Wyvern ne comprenait pas bien. Lorsque Luisa accrocha de ses yeux noisettes les étincelles claires, la sensation qui n'avait de cesse de croître en lui s'enflamma de nouveau. Une émotion mal définie, impossible à déterminer puisque jamais ressentie ainsi.

« Ta colère te rend éclatante. »

Elle lança un regard mauvais au juge.

« Tu te fous de moi ? »

Il ne répondit pas et passa sa main dans la chevelure brune,jaugeant ses réactions.

Luisa se sent défaillir. Cet homme la rend faiblarde, bon sang, quel est son pouvoir, son secret ? Elle ne sait presque rien de lui et lui sait tout d'elle. Son odeur, ses caresses, tout lui manque.

« Que faisais-tu en cet endroit ? » fit la voix forte du Juge.

Elle se rapprocha, tout près, jusqu'à sa haute taille. D'un œil presque fou, elle lui répondait, les mots hachés : « Tu n'es pas ton Tribunal, et je ne suis pas un de tes larbins ! Ne me prends pas de haut ! »

Rhadamanthe haussa un sourcil avec un petit sourire en coin : « C'était une question, pas une agression. » spécifia t'il avec calme.

« Repars d'où tu viens. » ajouta t'elle en lui tournant le dos.

« Tu as réclamé ma présence. » l'informa le blond,« Crois-tu pouvoir t'en tirer ainsi ? »

« Oh…. Et monsieur se déplace personnellement ? J'en suis fort aise ! » s'insurgea Luisa, « Aucune nouvelles de toi !Pour qui tu te prends ? »

Après un court silence, ce dernier répondit sans sourciller :

« Pour un Juge de l'Enfer, Général des armées de sa Majesté. »

Sur le coup, Luisa se tut. Bien-sûr….

« Dégages. »

« Luisa … » souffla doucement l'Anglais.

Puis il prit les lèvres d'une femme aux valeurs antithétiques aux siennes. Il y avait toujours quelque chose de paradoxalement possessif dans ce baiser. Toujours aussi agréable. Rhadamanthe passa alors une main derrière sa nuque, accrochant ses doigts puissants aux mèches foncées, approfondissant davantage cet échange qu'aucun d'eux n'aurait cru si passionnel.

Repoussant brusquement la bouche contre la sienne, Luisa souffla dans le silence.

« Je ne comprendrai jamais comment tu peux faire ça, et être Spectre … »

L'Anglais réfléchit un instant à cette allégation.

Ce n'était ni déraisonné, ni incompréhensible. De la part de Luisa, c'était même le comportement le plus logique auquel elle aurait pu s'attendre. Les symptômes, Rhadamanthe ne les avaient pas perçus immédiatement. Les choses avaient évoluées. Leur histoire également, sans vraiment le réaliser. Mais elle, elle avait vu. La tendresse dans ce regard fier, ces membres tremblants qui tentaient désespérément de masquer l'évidence durant leurs ébats, la regard tendre lorsqu'elle passait des heures à caresser la peau claire et marquée de l'orgueilleux Roi guerrier.

Luisa est excessive, Rhadamanthe rigide. Les retrouvailles étaient aussi passionnées que les séparations étaient houleuses. Les jeunes gens avaient bien conscience de la précarité de ce qu'ils construisaient. Mais l'Anglais ne pouvait nier l'évidence, ni de se départir de cette douce sensation qui s'insinuait dans les racines de son être à chaque fois qu'elle s'offrait à lui.

« Je suis néanmoins ravi de te revoir. »

Sa réponse était factuelle, et totalement sincère.

La main du Juge se renforça sur la nuque de son amante, avant que ses lèvres ne suivissent une route à présent bien connue. Le baiser, comme chaque fois, profond, retournant les sens et les envies du Spectre, glissant ensuite de son menton à son cou, mordant la peau fine pain d'épice qui s'y trouvait, s'attirant un gémissement sourd et une fausse plainte en retour. Rhadamanthe revint à hauteur de ses yeux, plantant son regard dans le sien.

Quelques secondes, qui devinrent des minutes, où leurs souffles seuls résonnaient dans la chambre, Luisa la sauvageonne bascula sur le large lit, vaincue, et s'abandonna dans les ailes du Dragon.

Temple du Scorpion, au lendemain

C'était plus fort que lui.

Milo avait encore fait des songes sur sa meilleure amie. Plus le temps passait, plus ces rêves l'épuisait moralement. Car ils étaient de plus en plus déroutants. Le Saint du Scorpion rêvait de sa sœur d'arme avec une telle ardeur, une telle passion qu'il était révulsé de lui-même.

Tout ça à cause d'hier ..

Il s'était entraîné avec ses compagnons une bonne partie de la journée et durant des pauses qu'il s'était octroyé, il admirait les compétences du Serpentaire, se « bagarrant » contre d'autres chevaliers au corps à corps sans cosmo énergie, comme elle l'a toujours aimé le faire.

Aurora ne s'entraînait pas souvent au Colisée devant des spectateurs, préférant la quiétude dans un endroit au bord de mer. Beaucoup aimait l'observer, surtout les apprentis émerveillés tant il y avait à apprendre dans chacun de ses coups, tant elle excellait, tant elle était la plus agile, homme ou femme, peu l'atteignait. Aurora disait que le seul qui savait lui résister était les Gémeaux, Saga et Kanon.

« Tous les autres sont des incapables. » raillait t'elle.

Milo s'en souvenait et avait souri intérieurement. Même lui qui est le plus rapide des Saints d'or, elle lui donnait du fil à retordre.

Ce jour-là pourtant, l'Arène n'était comme pas comme d'habitude.

Aurora tournait souvent la tête dans sa direction, le cherchait de ses yeux. Il finissait toujours par remarquer son regard sur sa personne. Elle lui souriait et reprenait sa session. Et personne à part le Scorpion ne réalisait qu'il soulignait chaque courbe du corps gracieux de ses yeux, imaginait ce qu'il le ferait avec ses mains, ses lèvres, sur cette peau sucrée. Milo bavait devant ce flanc parfait, et, dans son rêve, il aimait la serrer fort, il s'aventurait sur elle alors qu'elle le chevauchait sauvagement. Il se gifla mentalement. En son for intérieur, essayant de calmer les battements agités de son cœur, Milo trouvait vraiment charmant ce dangereux serpent à crocs venimeux.

Depuis son plus jeune âge, le Grec plaisait. Son charisme et cette étincelle de mystère qu'il portait semblaient suffisamment stimulants pour beaucoup de femmes du Domaine. Et les relations intimes n'avaient pas à compromettre sa vie de Saint d'or. Cette chose temporaire et de pur plaisir charnel ne l'empêchait de traiter avec respect et galanterie les éventuelles partenaires. Parce que tout était clair : ne pas chercher quelque chose au-delà de la satisfaction sexuelle. Les regards maladroits, les questions indésirables et les conversations qui devraient dû être tabou entre un homme et une femme … tout cela se termine assez rapidement. Tel est la vie d'un chevalier d'Athéna, un chevalier d'or. Une attirance qui n'irait pas au-delà de celle du goût physique et intime.

Mais plaire à une Amazone n'était pas la même chose qu'avoir une paysanne ou une prostituée : il fallait plus de force; Surtout quand l'amazone en question est Aurora. Il craignait plus que tout le poids de la punition que deux Saints d'or recevraient sûrement à cause d'une relation cachée. La réalité en était une autre. Il n'a pas envie de ça.

« Milo du Scorpion ? »

La voix du Bélier le sort de ses pensées extravagantes. Le Grec connaissait bien ce regard. Celui qui se doute de quelque chose.

« Mû du Bélier ? » sourit le Grec.

Les yeux du Grec ne délivraient pas le même message. Bien qu'il essayait de rester impassible, ceux-ci avaient l'air ennuyés.

« Milo, est-ce que ça va ? »

«Oui. »

« J'étais en train de te parler, tu semblais absent. »

Il n'avait même pas fait attention … Par Athéna, il allait devenir fou.

« Cela arrive. » se contente de répondre le huitième gardien.

« Cela t'arrive souvent. » répondit l'Atlante sur un ton amical, « Quelle en est la raison ? »

Qu'avaient t'ils tous donc à s'inquiéter pour lui ? Milo hésitait. Cependant, le Jamirien est sage, philosophe et ne juge pas. Il se lança.

« Mu, j'aimerais te poser une question d'ordre personnelle. »

Le blond eut un petit sourire bienveillant, signifiant son approbation. Il sentait le Scorpion réceptif au dialogue.

« As-tu déjà rencontré quelqu'un qui t'a touché ? » commença le Grec.

Le Bélier fut surpris. Mais répondit néanmoins : « De quoi parles-tu Milo ? »

« Des femmes. » continua t'il sans détour, « As-tu déjà été attiré par l'une d'elles au cours de ta vie ? »

En fin de compte, Milo était prêt à courir à la vitesse de la lumière par cette interrogation inconfortable si Mu lui disait non.

« Bien sûr que oui, » répondit ce dernier au grand soulagement du Scorpion, « Mais nos obligations de chevalier passent avant tout plaisir éphémère. »

Le brun ne savait pas comment interpréter cela.

« N'as-tu pas ressenti autre chose ? »

Mu l'observa un moment. Le Scorpion ne sourcillait pas, attendant une réponse claire et concise.

« Un jour j'ai rencontré une jeune-femme dont l'humanité m'a ému. Ces sensations que nous autre serviteurs des Dieux devont omettre afin de rester concentré. »

« Qu'est t'il advenu ? » demande curieusement Milo.

« Tu veux savoir si j'ai revu cette personne ? »

Il hocha la tête.

« C'est arrivé. Malgré toute la tendresse et l'affection que j'éprouvais, je me devais d'y mettre un terme. »

« Était-ce une civile ? »

« C'est exact. »

« Et si cette personne avait été présente au Sanctuaire, quelle aurait été ta démarche ? »

Mu réfléchit un instant.

« Nous aurions sûrement été amené à nous fréquenter. Mais il est difficile de savoir. »

« L'as-tu recontacté ? »

Mu secoua la tête.

« Je suis trop occupé ici ou Jamir. Elle ne comprendrait pas ma position. Lorsque nous partons en mission, le hasard nous fait rencontrer parfois des personnes aptes à nous influencer. »

« Certes. » concéda Milo, « Je comprends ton ressenti. »

« Que dis-tu aux civiles que tu rencontres ? » l'interrogea Mu.

« Notre occupation doit rester confidentielle. En général, je m'arrête à militaire en mission, comme nous conseille le Seigneur Shion. »

« Tu as rencontré quelqu'un ? »

« C'est arrivé. » répondit Milo, « Cela attisait la curiosité. Je préférais me retirer même si j'apprécie de temps à autre être en dehors de l'île. »

Il n'en dira pas plus.

Mu était content que le Scorpion ait partagé cette discussion avec lui. Il pourra peut-être en savoir plus et le conseiller au fil du temps. Même le ton de sa voix était différent. Plus soulagé, plus posé qu'il y a deux minutes, contrairement aux autres jours où il avait l'air terne et sérieux.

Est-ce que le chevalier du Serpentaire lui aurait parlé ? Où alors, il commence à se faire une raison ?

Quartier sud, au même moment

Aucun chevalier mâle n'était censé entrer dans les domaines des femmes. C'est interdit et si son Illustre le Seigneur Shion apprenait l'ingérence, même son statut de Saint d'or ne le sauverait certainement pas. Il obtiendrait une pénalité exemplaire qui lui ferait du mal pendant des semaines et ferait pression sur les autres afin qu'ils l'imitent pas.

Pourtant le Masque de Mort osait.

Il avait repéré cette gentillette, la nouvelle au cosmo éveillé dont tous les apprentis parlent. Angelo devait le voir de ses propres yeux ? surtout depuis que Luisa avait évoqué son nom l'autre soir. Comment était t'elle au courant que Persée faisait partie de ses hommes sacrés qui enfreignaient leur posture de chevalier ? Il voulait en avoir le cœur net. Mais le camp des femmes était désert. Il rebroussa chemin et ne trouva personne, heureusement pour lui.

Ça tombe bien car l'entraînement des apprentis se finissait sous un soleil encore chaud mais bien plus tolérable qu'il y a quelques heures. Les Argents en charge de la formation des élèves d'aujourd'hui avaient décidé d'y terminer les sessions ici plutôt qu'à l'arène. Un décor verdâtre, pas encore desséché entre l'ombre et soleil, près d'un bois de conifères. On pouvait même y entendre les premières vagues cogner contre la falaise bordant l'île.

Angelo guetta une dernière fois, et toute de suite il comprit.

Un homme assis en haut d'une étendue rocheuse plissa les yeux, accoudé sur son genou, observant plus loin une fine silhouette vêtue d'un juste au corps et une simple écharpe nouée autour de la hanche. Un corset en métal couvrait sa poitrine et des jambières en cuir la protégeait. La plupart des apprenties chevaliers sont vêtues ainsi. Et forcément, leur vêtements proche du corps attirent l'œil. Surtout si ces dernières sont voluptueuses. Il existe peu de femmes au corps harmonisée. Souvent elles sont petites et musclées.

Mais ce n'est le cas d'Iphélia.

Elle est non seulement douée dans sa formation pour l'armure de la Chevelure de Bérénice, elle détient aussi un physique révélateur de grâce, à tel point que les regards se retournent sur elle : aussi belle et brillante que le jour, une haute taille élancée, des yeux verts étincelants et tendres, de longs cils de biche, des cheveux mi- longs blonds avec de belles boucles retombant sur les épaules. Elle avait une poitrine avantageuse et des hanches parfaitement sculptées, terminant sur un fessier rond. Iphélia est devenue en quelque sorte, la nouvelle coqueluche dans le coin fermé du Sanctuaire.

L'élève de Dante de Cerbère, qui veillait à ce qu'elle ne soit pas sollicitée et reste concentrée sur son entraînement venait de Bulgarie, là on avait débuté ses premiers émois de cosmo. Et tout comme Amaria, elle s'est éveillée sur le tard. Avant, elle avait une vie, des amis et lorsque ses parents ont été emporté dans un accident de montagne, ceci scella son destin. Elle est arrivée il y a six mois et avait déjà beaucoup progressé.

Ce qui est surprenant, ce que la jeune-fille de 17 ans était loin d'imaginer la tentation qu'elle représente et que quelqu'un l'observe du coin de l'œil assez régulièrement, du haut de son promontoire.

« Et bien, tu es bien le dernier à qui je penserais te rincer sur l'œil sur la petite ! »

Le commentaire inattendu lui fit cligner les yeux de confusion. Etait-il si transparent ? Argol de Persée resta muet quelques instants, avant de finalement ouvrir la bouche.

« Tu te méprends. »

Dante eut un petit sourire en coin.

Persée est un chevalier loyal, cartésien. Il est le plus envié, en ayant fait un enfant au chevalier du Serpentaire. Même avec tout cela, il y avait un détail auquel personne ne s'attendait : le Saoudien s'égarait sur cette jeune-fille.

« Je sais bien que les colères du Serpentaire donnent envie de se camoufler à l'autre bout du Sanctuaire, mais tout de même ! »

Argol roula des yeux : « J'observe l'évolution de cette aspirante. »

L'Italien acquiesça plusieurs fois, croisant ses yeux.

« Tu n'es pas le seul à la regarder. » Persée secoua la tête. « Que se passe t'il avec Aurora ? »

La question le fit souffler.

« Rien qui ne te devrait attiser ta curiosité. » marmonna-t-il d'un ton plus profond que celui qu'il utilisait normalement.

« ? »

Le Saoudien détourna les yeux.

« Jalal El Issa, je suis ton ami. »

Ce dernier hésitait. Et puis quand son principal confident en dehors d'Asterion commençait à l'interpeller par son nom civil, c'est qu'il allait devenir insistant.

« Dante ''Sallegrino'', cesses tes allusions. » répondit Persée sur le même ton narquois que son ami.

« Tu ne m'as pas répondu. » »

« J'ai connu mieux. » marmonna-t-il.

« Mais encore ? »

« Je n'ai guère envie d'en discuter. » continua-t-il, soutenant la fermeté dans sa voix.

« Je ne vois nul sujet infantilisant comme tu sembles le prétendre. »

Persée durcit son regard sur son ami.

« Dis-moi quel est ton problème. »

Le Saoudien soupira et se lança tout en regardant l'horizon.

« C'est complexe … lorsque Aurora et moi sommes seuls .. » commence t'il, « Que je veux aller plus loin, elle se bloque. Elle m'assure que cela vient d'elle. »

Dante haussa un sourcil.

« Elle se refuse à toi ? »

Il hocha la tête.

« Ça fait combien de temps que cela dure ? »

« Des semaines. »

« Que lui arrive t'il ? »

« C'est une situation incongrue sachant que nous sommes électrisés à ce moment et que je la veux du plus profond de mon être. Mais elle me repousse. Elle dit que c'est à cause du bébé ..» soupira t'il.

« Et cela justifie tes œillades sur la gamine ? »

Silence.

« Je reste un homme, Dante. » murmura-t-il finalement d'un air morose.

L'Italien le regarda d'un air désapprobateur.

Car ce que Argol n'a pas prédit, c'est qu'il passerait lentement de la curiosité au désir.

+chapitre deux