CHAPITRE 19
L'aveu
Suite à des semaines d'enquête dans la pègre d'Athènes avec Masque de Mort - et l'agitation qui règne au sein du Sanctuaire, Aurora est dépêchée par le Pope afin de mener un détachement. Secondée par Dragon des Mers et le Chevalier du Scorpion avec qui les barrières sont enfin tombées, la treizième abrite cependant un profond accablement qu'elle tente d'esquiver.
Île de Tylos, Palais royal (Domaine caché d'Athéna)
Au Royaume du Dodécanèse, le Général Appios, loyal conseiller du Roi Ylias - et Commandant des troupes armées venait d'accueillir chevaliers et alliés. Élégant et plein d'arrogance, l'homme attendait la Commandante du Sanctuaire se faisant désirer.
Appios Caios Yiorgos est de la race des grands conquérants : sans scrupule et audacieux. Cependant, son affabilité – naturelle ou calculée – fait de lui un homme apprécié. Il a aussi très plaisante allure. Son regard est à la fois doux et ardent. Il plaît beaucoup aux femmes, du haut de son mètre quatre-vingt sept, ses mèches courtes rebelles et son corps entretenu ce qui avait le don d'exacerber la jalousie de sa femme Flora, connue à travers la capitale pour son étourdissante beauté. Appios est un coureur assumé. Toutes se consumaient d'amour pour lui et rêvaient de se perdre dans ses bras. Il est surtout souvent loué pour son pragmatisme et son savoir-faire militaire, et cette notoriété peu commune lui donna le surnom de « Megalo » (« le Grand en Grec ») en référence à ses goûts luxurieux et son attractivité, mais aussi depuis les combats qu'il mena contre les partisans de divers ennemis d'Athéna dont les Berserkers d'Arès, Antiope et d'autres n'hésitant pas à sacrifier ses propres hommes pour la paix.
C'est est fils d'une riche famille d'Aristocrate qui fréquente depuis des siècles la cour royale. Il hérita d'un goût certain pour l'armée et la stratégie. Il outra ses parents fédéralistes et protocolaires lorsqu'il décida de débuter une formation militaire, convaincu par un ami du Roi qui a perçu en ce jeune-homme un avenir prometteur. Il devint rapidement excellent soldat, complet, plein d'honneur et disposant d'indéniables talents de meneur. Il pris des galons et devint à l'âge de 21 ans le plus jeune officier supérieur. L'état-major adopte même des éléments de sa tactique dans son propre arsenal stratégique. La suite est évidente. Bras-droit de l'ancien Commandant son mentor, ce dernier mourant nomma Appios digne successeur à l'aube de ses 26 ans. Peu friands des usages et des formalités, amoureux des extravagances sans limite, c'est toutefois un chef dont le dévouement pour son Roi et la déesse Athéna ne fait aucun doute, et très estimé par ses hommes.
Le Royaume d'Ylias fut oublié par le Sanctuaire entre les Guerres Saintes. La patronne d'Athènes décida d'honorer les terres servant le Domaine Sacré, créant de solides alliances afin de les remercier de leur loyauté. Le Roi fournit de quantité d'excellents chevaliers en devenir au Sanctuaire. Shion reconnu le potentiel indiscutable de l'armée d'Appios lorsqu'il débuta les premières batailles. En plus d'être talentueux, il disposait de lieutenants surnommés les « féroces » : Adrianos, Euterpe et son bras-droit Kyra, principal conseiller de guerre. Ces hommes révèlent d'ailleurs un autre élément constitutif des victoires d'Appios : l'instauration d'une méritocratie au sein de l'armée consistant à affecter des hommes à des postes de responsabilité en fonction de leurs compétences et non de leur appartenance à l'aristocratie Grecque du Royaume. Appios n'a en effet subi aucune défaites même contre les terribles amazones de la Reine Antiope.
En effet, sur Terre et précisément en Grèce, il existe plusieurs royaumes sous la juridiction d'Athéna totalement inconnu du reste du monde comme le Sanctuaire, berceau de la paix et de la justice. Beaucoup de gradés proviennent du Dodécanèse. En cette ère, Ylias a demandé à Shion de l'aide militaire depuis la guerre Amazone où malgré la victoire, son armée a perdu 35% de son effectif. Depuis quelques temps, d'importants rebellions furent constatés au sein de ses hommes et après enquête il s'est avéré que c'est le résultat d'événements surnaturels. La mission au sein de la pègre Grecque et Italienne -où sont affiliés Masque de Mort et Aurora mène donc là-bas.
Appios fut blessé après son combat contre l'officier en chef d'Antiope, Metodia une redoutable adversaire au corps à corps. Cette dernière fut kidnappée à l'âge de 10 ans dans la région d'origine d'Appios - en réalité une cousine éloignée du Commandant. Elle subit un important lavage de cerveau durant son enfance. L'homme parvient à la maîtriser et la constituer prisonnière. Depuis ce temps, elle est retenue dans les combles de la prison militaire. Elle en sait certainement sur ces guerriers fantômes cachés dans la vaste forêt, liés aux créatures. Cependant la jeune-femme ne dit mot. Les chevaliers ne sont pas de trop pour l'interroger grâce à leurs pouvoirs.
Shion voulait détaché Saga à la place d'Aurora à la tête de l'expédition. Et lui laisser encore du temps, prise par sa nouvelle vie de mère de famille. Cette dernière a protesté. Au contraire, elle n'attendait qu'une occasion de « rejouer au super chevalier » malgré le scepticisme de son maître. Après mûres réflexions, l'insistance de Doko et des arguments visant à éloigner Aurora du Domaine quelques temps – afin de calmer les ardeurs de Diogo Vosta le géniteur rebelle, et le mental des autres chevaliers mis à rude épreuve; le Jamirien céda. L'excellente forme physique du Serpentaire l'a également convaincu.
Le jour J, Aurora eut un imprévu avec Enéa. Et Argol est en mission à des kilomètres du Sanctuaire. La portugaise comprit qu'il ne serait pas aussi vain de quitter l'enfant en proie à des angoisses : car la petite sentit sa mère s'en aller.
« Nous prendrons soin d'elle, Aurora. » avait assuré Aldébaran.
Le chevalier du Bélier et du Taureau se reléguaient naturellement la garde de la future Scorpion. La présence calme et chaleureuse des deux hommes apaise le nourrisson. Le Serpentaire tente tant bien que mal de sevrer sa fille en espaçant les allaitements mais Melle est coriace. Le cœur serré, le chevalier d'or confia son bébé à ses camarades.
« C'est l'occasion de lui apprendre autre chose que votre production,» conseilla une sage-femme, « Nous avons tout ce qu'il faut pour elle. Soyez sans crainte. »
Aurora avait soufflé. Encore échaudée par les événements passionnels avec le Scorpion, elle dû prendre sur elle en quittant son temple ce matin-là. Et c'est aux portes du Palais que la valeureuse guerrière dorée était attendue. La brune se sentait des plus fière dans sa belle armure et avait remis son masque de chevalier. Car c'est dans la peau de la combattante où elle se sent irrémédiablement le mieux.
Elle apparut dans un éclat spectaculaire doré et d'un mouvement de cape élégant fit signe à ses acolytes que tout allait bien. Irradiant de prestance et de lumière, elle avança vers le chef des armées. Milo et d'autres furent subjugué par sa grâce naturelle. Autre chose brillait naturellement en elle : Aurora avait soif de victoire.
« Saint du Serpentaire... » s'inclina légèrement Appios, rictus en coin dans son impeccable ensemble d'officier de haut rang, « Toujours aussi éblouissante. » ajouta le bras-droit du Royaume qui a lui aussi constaté la forme Olympique de la Treizième.
Ce dernier lui baisa la main sans se soucier du protocole. Indignant intérieurement les autres chevaliers. Appios la mena ensuite plus loin comme si les autres n'existaient pas sous les regards inquisiteurs de ces derniers. Asterion souffla de dépit, Kanon fronça les sourcils et Milo avait son Aiguille écarlate qui le démangeait. Eaque voulait punir ce mortel imbu de sa personne. L'envoyer dans les contrées froides et profondes des Enfers où les pêcheurs de luxure sont consignés. Quant à Baian de l'Hippocampe, il secoua la tête.
Un raclement de gorge se fit entendre dans le rang des émissaires.
« Saint du Serpentaire ? »
La belle s'immobilisa un instant et fit volte-face vers le leader des Marinas chargé de diriger le groupe en son absence : « Premier Général ? »
« Qu'as-tu prévu ? » demande Kanon au Saint d'Or.
« Oui .. » Elle constata sa méprise : « Allez-vous installer dans vos quartiers. Je vais faire une synthèse de ces derniers mois avec le Commandant. Je vous rejoins après. »
« Nous serons dans le hall principal, dans la salle du trône. » précisa Appios.
«Bien.» se contente de répondre le second Gémeau.
Le groupe de guerriers fixa les jeunes gens se diriger vers le Palais et constata avec effroi la proximité de leurs échanges alors qu'ils disparaissaient au fond d'une large coursive.
« Je déteste cet homme. » lâcha alors la Croix du Sud en croisant les bras.
« Tu n'es pas le seul. » grogna Asterion.
« Nous devons l'avoir à l'œil. » assura Ptolémy. « Ce Marc-Antoine des temps modernes ... » grommela t'il, « J'en connais un qui l'aurait pétrifié .. » finit t'il sous les mines entendues de ses amis.
Le Scorpion n'en pensait pas moins. Il serra la mâchoire et se dirigea vers ses quartiers. Il envoya une onde de son cosmo à Aurora et cette dernière se tourna vers lui, un petit sourire espiègle au coin des lèvres.
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Le cliquetis métallique d'une Scale contre le sol rocailleux se fait entendre. Sans se retourner, Aurora reconnaît la cosmo énergie du serviteur du Roi des Mers.
« Général du Pacifique Nord .. »
Elle était en train de s'entraîner dans le jardin du Roi quand le Marina débarqua dans son périmètre. Il observa quelques instants la brune en tenue d'entraînement, l'allure guerrière assurée, et admira sa maîtrise des armes martiales.
« Saint du Serpentaire, toujours difficile de te duper. » s'exprima l'homme.
« Que puis-je pour toi, Baian ? » répondit le chevalier, un catana dans les mains.
« Je viens te chercher pour le conseil. Des créatures sont réapparues à des lieues d'ici comme nous le craignions. Les hommes du Roi réquisitionnent notre aide. »
« C'est sûr qu'ils ne pourront pas entreprendre grand-chose sans notre intervention. »
« Ces guerriers sont vaillants malgré leur condition de fantassins. »
« Certes. » acquécia Aurora en rangeant l'arme dans son étui, « Que penses-tu du suivant d'Appios ? » continua le chevalier d'or.
Court silence.
« Tu évoques cet arrogant qui n'a de cesse de t'interrompre ? » répondit le Canadien.
« L'autre avec les cheveux bouclés, le charmant Otéros. » dit Aurora, rictus en coin.
Comprenant l'allusion, Baian ajouta : « Il est désinvolte … » affirma le Canadien, « Il a cependant l'expérience nécessaire pour épauler leur chef. »
« Hum .. je le crois aussi. » fit Aurora en se saisissant d'un tissu pour s'essuyer le front. Elle se rapprocha du Mariner : « D'autres opinions ? »
« Nous les verrons à l'œuvre. Difficile de juger en ces conditions.»
« Certes. » dit la treizième en dépassant l'homme à la longue chevelure châtain.
Ce dernier ajouta : « L'attitude de cet homme à ton égard est un déshonneur à ton ordre. »
Sans regarder l'Hippocampe, Aurora sourit puis lâcha : « Je tâcherai de calmer ses ardeurs. »
« Laisses-moi ce plaisir. » assura son interlocuteur.
La brune se tourna vers le Général : « Ça ne sera pas le premier. C'est une manière d'essayer de me dominer. »
Baian fronça les sourcils.
« Tu ne changeras pas, Aurora. » déclara t'il presque désabusé.
« Hum .. Tu faisais partis de ces hommes, Général. » clame lentement la brune, le sourire narquois triomphant.
L'homme tiqua, les pupilles s'ouvrit subitement. « Désinvolte chevalier .. » songea t'il, la fierté mâle piétinée.
Un peu plus tard en soirée, il regagnait le grand Hall de réception pour se préparer à la fête en honneur des émissaires.
Baian avait réfléchit aux paroles du Serpentaire qui résonnaient en son esprit. C'est vrai, il a succombé … il y a combien de temps déjà ? Se laisser séduire par le Serpentaire était une erreur de parcours. Et Dieu sait qu'il a résisté. Il avait des principes. Cependant il ne peut nier qu'à chaque fois qu'il revoit ce chevalier d'or, quelque chose l'interpelle intérieurement autre que ses compétences de leader où sa personnalité ..
Où peut-être cette robe en satin qu'elle porte au banquet ? Par Poséidon, qu'est-ce qui lui prend à l'admirer ?
Le rassemblement est typique d'un symposium* de la Grèce Ancienne et fidèle au mode de vie originelle pratiqué par les institutions divines et leur protecteurs. Les invités étaient élégants : les plus riches portaient des chitons longs et élégants. Les camarades chevaliers et leurs alliés étaient admirés par l'assistance, honorée par la présence de ces surhommes. Ces derniers ont préféré porter un exomide raffiné, laissant à découvert leur agréable allure pour le plaisir des femmes de la haute société contemplant ces carrures bordées de muscles bien en vue. Aurora constata que ses frères Argentés ont un certain succès auprès des dames attroupées et s'en réjouit intérieurement. Depuis leur résurrection, les occasions de se réunir pour le simple plaisir sont rares. Même si la treizième met toujours un point d'honneur à organiser d'incontournables réunions au Palais sous l'égide de Shion, chevalerie et émissaires gardent leur distance. Leurs rôles bien définis semblent immuables.
Aurora, elle, a sorti le grand jeu. Et pas des moindres. Elle compte bien devenir le centre d'attention de la soirée. Elle n'aurait jamais pu se le permettre au Sanctuaire. Entre un chevalier de Persée possessif et un Shion paternaliste. Et en cet instant, elle était le clou du spectacle : elle arborait un chic péplos près du corps, l'étoffe était coupée jusqu'en haut d'une cuisse et le décolleté qu'elle affichait faisait ressortir la plantureuse poitrine gonflée par l'allaitement. La peau pain d'épice du chevalier était sublimée par la couleur immaculée de son habit brodé de fils dorés, ouverte dans le dos jusqu'à une chute de reins vertigineuse. Une ceinture sur le ventre sublimait les apparats ainsi que des bracelets sur les bras. Une broche relevait ses longs cheveux en chignon, laissant quelques boucles retomber sur ce ravissant visage. En somme, Aurora était parfaite.
Milo déshabille avec une parfaite indécence discrète la silhouette tendancience de sa camarade. Hommes ou femmes se retournent sur elle, et ce n'est pas seulement la prestance de son attitude ou le troublante sensualité qu'elle dégage qui les interpellent. Le Grec n'aime pas la façon dont certains la détaillent, et il foudroie d'un regard ceux qui osent abîmer le Serpentaire d'une pensée perverse. Le huitième ne peut réprimer un froncement de sourcils désapprobateur au manège de la treizième buvant d'un trait ce qu'il reste du liquide dans son verre sous l'ovation d'Appios qui la sert à nouveau généreusement, une main aventureuse sur la taille du chevalier d'or, mettant à rude épreuve les nerfs du Scorpion. Puis, comme par inadvertance, les iris foncées se posent sur le Grec. Sans quitter des yeux ce dernier, Aurora porte à ses lèvres le verre pour en boire la moitié. Son geste ne s'adresse qu'à lui. Ce soir, c'est elle la femelle dominante et elle le faisait comprendre à toutes ces congénères présentes. Les Saints d'Argent secouent la tête. Si Argol apprenait cela, il entrerait dans une fureur terrible.
« Cette femme est une vipère, telle sa constellation. » maugréait l'épouse d'Appios, qui lui hilare, avait peine à dissimuler sa fascination pour le Saint d'or.
Baian échangea un regard avec Dragon des Mers : Aurora est indisciplinée. Le Scorpion, magnifique dans son chlamyde blanc supporte de plus en plus mal les regards perfides sur le Serpentaire. La provocation feutrée de son comportement ne vise que lui. Elle a quelque chose de puérile et de parfaitement agaçante.
Cette dernière quitta les suivants d'Appios puis s'approcha des Mariners. Elle se servit un verre d'alcool et déclara avec arrogance: « Santé les carpes ! »
Les deux hommes la considèrent d'un œil inquisiteur.
« Tu as oublié de l'épaisseur, chevalier. » rétorqua finalement le Gémeau en avalant une gorgée.
« Il fait chaud. » rétorqua le Serpentaire.
« Tu es inconvenante. Je te prie de changer de tenue. »
Aurora le fustigea du regard : « T'es pas mon père. » Son voisin acquiesça et elle ajouta : « Je n'ai pas besoin de ton approbation, Poney des Mers. »
Baian se retint de souffler.
« Toujours à vouloir se donner en spectacle. » commenta le Premier Général avec un certain détachement.
« Je t'emmerde. » grogna la portugaise.
« Et impolie en plus. »
La belle grommela davantage entre ses dents, une moue exagérément perplexe et leur tourna le dos. Elle fit un rapide tour d'horizon de la salle tout en snobant Milo, ne comprenant pas cette attitude.
Le Serpentaire pris quelques instants pour regarder autour d'elle afin de louer les riches détails du plafond du Palais, les décorations et les tapisseries qui ornaient la vaste pièce, la superbe terrasse donnant sur l'océan. La région est magnifique, fidèle à l'antique temps que fut la Grèce il y a près de 3000 ans. De plus, Appios avait convié ses meilleurs hommes, les plus vaillants de son armée, les plus belles femmes de la région ainsi que les hommes les plus érudits de la ville. Tous vint baiser la main de la jeune-femme ou s'inclinèrent avec respect.
« Le dîner sera bientôt servit, Dame chevalier. » prévint poliment le symposiarque*.
Aurora hocha la tête. Elle observa ensuite les troupes du Commandant dont beaucoup la dévorait des yeux. Des courtisanes de luxe éblouissaient les hommes par leur beauté et les divertissaient par leur esprit et leur conversation raffinée. Mais elles avaient bien du mal à faire fléchir certains guerriers Athéniens dans leur posture impartial. Elle crut voir l'une d'entre elle jeter son dévolu sur Dragon des Mers qui fascinait bon nombre de prétendantes. Elle s'en amusa.
Elle aperçut les subordonnés spectraux en retrait et se rapprocha du Basilic, discutant avec son compagnon Fyodor. Ces derniers se retournent sentant le Serpentaire approcher.
« Dame chevalier. » ajouta la Mandragore en jetant un regard narquois aux formes agréables s'avançant devant eux.
« Saint du Serpentaire .. mes hommages.» fit le Belge en levant son verre.
« Toujours aussi courtois, Syl'. »
Tout en savourant son breuvage, il contempla sans se rendre compte le galbe provoquant de la poitrine sur laquelle la robe forme un décolleté aguichant. Aurora en profita pour l'égayer un peu : « Tu me trouves comment, Basilic ? »
Pris de court, le Spectre ne sut quoi répondre.
Il déglutit. "Et bien .. " Et finit néanmoins par répondre : « On remarque toujours ta grande éloquence, chevalier. »
Ricanant, elle lui envoya un baiser sur la joue qu'il ne vit venir : « Tu es si délicat et discipliné Sylphide. Je te mangerai bien tout cru ! »
Fyodor aborda un sourire perfide. Sylphide s'étrangla dans son verre. L'Étoile Céleste de la Victoire, l'un des meilleurs lieutenants de la Wyvern … se mit à rougir comme une adolescente à cause d'une pauvre réflexion d'un chevalier d'Athéna. Cela n'échappa point aux autres, et un certain Kanon qui soupira.
Garuda envoya un regard d'avertissement à son sous-fifre. Ce dernier voulait s'enterrer sous terre.
« Tu vas mettre le Seigneur Eaque en colère .. » prévint son camarade plus amusé qu'autre chose.
Sylphide grinça des dents. Qu'y peut t'il si ce chevalier minaude ? D'ailleurs, la portugaise sentit les œillades de son ancien amant et le jaugea au loin fière comme une Lionne afin de lui signifier qu'elle n'avait cure de ce qu'il pouvait bien penser ou dire.
Dans un coin de la salle, le poing du Scorpion se serra davantage. Ce dernier ravala sa colère après cette scène. Son sens du devoir lui dicte de faire abstraction de cette possessivité égoïste. La déception étreignait son cœur; tout son enthousiasme est retombé comme une pierre que l'on jette au fond d'un lac limpide. Voilà que le Serpentaire était en train de jouer. Ses mâchoires se crispent et sa respiration s'accélère. Milo se dirige vers l'indécente. Il ne peut laisser passer cela.
La brune terminait un verre. Elle tourna imperceptiblement la tête vers le Scorpion, ressentant sa présence anticipée et un cosmo agité. Elle sourit en coin. Lui ressent la feintise mal placée. Le cœur de Milo cogne si fort contre sa cage thoracique qu'il semble vouloir s'en échapper.
« Souhaites-tu goûter à cet excellent millésime, chevalier du Scorpion ? »
Le ton de sa voix était léger, comme si elle parlait de la météo et pas de la chose qui empoisonnait Milo depuis le début de cette fête.
« Ce chlamyde ta va à ravir, Milo. »
Il grimaça, et la toisa. Son beau regard inquisiteur en dit long. Avec un effort honorable, il s'empêche de contempler son corps, et reste rivé dans son regard en déclarant froidement : « Cesses ces enfantillages, chevalier du Serpentaire. » grommela son vis-à-vis.
Le ton était froid et sans appel, cette note diffuse de mépris dont elle lisait le reflet dans le regard qu'il posait sur elle. Elle dévisageait tranquillement son interlocuteur, sans se départir de ce sourire greffé sur son visage provocateur, agaçant davantage le Grec.
C'est à cet instant que bien malgré lui, le Scorpion doré fait volte-face : « A quoi joues-tu ? »
« Un bain m'attend .. » répondit le Serpentaire sans le regarder, réprimant un second sourire.
Mis en joue par ce charme mutin, il reste sans un mot. Par la déesse, la treizième est vraiment une impertinente chimère. C'est ce que se disait le Scorpion. Posséder Aurora n'a jamais été de tout repos. Il en est certain à présent.
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Au lendemain, le Serpentaire sortait d'une entrevue privée avec le roi; Elle décida d'aller se détendre près de la rivière non loin de là. Elle eut peu de temps à s'accorder entre les réunions politiques, les conseils de guerre, les entraînements, les plans de bataille à étudier. Il y a toujours à faire lorsqu'on est Commandante. Aurora a besoin de se détendre. Ses camarades avaient découvert leur chambrées deux jours plus tôt. Les Saints d'Argent logeaient dans une pièce commune tout comme les subordonnés spectraux. Kanon et Baian jouissaient chacun d'une suite ainsi qu'Eaque et Milo. Ce soir, la brune avait décrété qu'elle dormirait dehors tant la chaleur était haute. Elle avait disposé son armure dans sa chambre et sortit sans attendre les autres pour le dîner en collectivité. Elle donna ses directives au servantes afin qu'on lui apporte le repas et qu'on la laisse en paix.
Un charismatique Grec d'un mètre quatre-vingt-cinq apparu à l'entrée du bois jouxtant les lieux. Son armure du Scorpion enroulée par une magnifique cape, l'homme râblé aux cheveux foncés se dirige vers l'élue de son cœur. Le huitième gardien cherchait la sauvage. Ils n'ont pas pris le temps de dialoguer.
Milo trouva les affaires de la belle entreposées au sol sur une couverture en laine d'Alpaga. C'est un cadeau d'Aldébaran qu'elle emporte avec elle lorsqu'elle est en mission, ainsi qu'un oreiller en plumes d'oie. Une lampe à huile et un livre en anglais gisaient aux côtés de son inséparable glaive en or blanc. Il détecta le cosmo d'Aurora et se rendit vers un sous-bois bordé de toutes sortes de conifères et d'oliviers de la région. Les bruits du vent, des mouettes et de la mer se mêlaient en un chant qui s'infiltrait dans l'âme du Grec, lui rappelant ses émois au Sanctuaire lorsqu'il était enfant et qu'il allait se vider l'esprit sur la plage.
Il mit quelques secondes avant de retrouver son souffle régulier, se contentant de fixer l'objet de sa contrariété avec intensité : la portugaise discutait avec Appios, cet incorrigible Don Juan. Il n'hésitait pas à passer sa main sur la hanche du Serpentaire qui s'exprimait, un parchemin sous le nez. Elle ne semblait là rien à redire à cette proximité, rendait nerveux plus encore le chevalier du Scorpion.
Aurora tourna enfin la tête en direction du huitième gardien. Tout naturellement, elle salua le Général qui l'embrassa délicatement sur la main. Milo était bien près de perdre tout empire sur lui-même.
« Milo, que viens-tu faire ici ? » déclara le Serpentaire en le dépassant, sans tenir compte de l'état intérieur de son ami qu'elle a bien évidemment constaté.
« Pourquoi n'as-tu pas dîné avec nous ? » demande son vis-à-vis d'un ton sec.
« J'ai médité. » dit le Serpentaire.
« Tu étais en compagnie de cet homme. » grommela Milo, faussement indigné.
Elle répondit en s'avançant vers le lac : « Je voulais son opinion sur des points stratégiques à aborder. »
« Je vois. » se contente de répondre le Grec en lui emboîtant le pas, « Et qu'est-il ressortit de cet échange ? »
« Nous aviserons. Appios suivra mes recommandations. »
« Vous n'avez évoqué que cela ? » continua Milo avec une pointe d'aigreur dans ses mots qu'il pesait durement.
« Il a envie de coucher avec moi, si c'est ta question. » lâcha Aurora avec nonchalance.
Il en resta estomaqué. Il était clair que le jeune-homme était vexé davantage par cette dernière allégation. Un regard sévère se fixa sur Aurora. Ce regard dans lequel brillait pourtant la même lueur de défi que lorsque Milo s'apprêtait à affronter un adversaire alors que cette dernière se préparait tranquillement.
« Il semblerait que tu me reproches quelque chose. » intervient t'il.
« Qu'est-ce qu'il te fait dire cela ? » s'étonna la portugaise.
« Ton attitude d'hier. »
Un petit rire mesquin s'entendit. Milo serra les poings. Aurora avait amorcé un mouvement tournant dans sa direction en une approche d'apparence banale, mais qui avait tout de décidée comme pu en juger Milo du coin de l'œil en avisant sa démarche. Cette démarche. Celle qui avait l'étrange faculté d'hypnotiser n'importe qui – lui y compris – dès que la portugaise débarquait avec la volonté de se faire remarquer. Ce qui la rendait, de facto, d'autant plus fascinante. Et dangereuse, aussi.
« Je fais comme bon me semble. »
« Un chevalier d'or n'a pas à adopter ce genre de comportement. »
« Et c'est tout ce que tu avais à me dire, Scorpion ? »
Elle venait de se tourner vers le Grec qui fronça les sourcils.
Le soleil en arrière plan illuminait et redessinait la posture du brun, sublimant la ligne élégante et pure comme celles de superbes statues en lui dénotait le guerrier charismatique. Milo est un redoutable chevalier, détenteur d'un pouvoir presque cruel dans son exécution mais il ne l'était pas lui-même et ne se réjouissait jamais de faire du mal. C'est quelqu'un de foncièrement bon et généreux. On devinait à son maintien et dans son attitude fière un grand sens de l'honneur. La tête haute, la silhouette élancée, il avait des cheveux d'une épaisseur surprenante, encadrant de mèches foncées son beau visage et venaient caresser doucement les courbes d'une musculature harmonieuse, rehaussée par l'éclat lumineux d'une peau dorée.
« Pour quelle raison ? »
Court silence. Le Serpentaire lui tourna la dos et soupira doucement.
« Je suis allée chercher du lait d'ânesse au village pour Enéa avant le départ. » commença la brune avec neutralité, « Je t'ai aperçu avec cette villageoise … » Milo n'exprima aucune réaction, se contentant de fixer sa camarade, d'y déceler une quelconque émotion. « Tu semblais proche d'elle. » ajouta Aurora en plongeant son regard accusateur dans celui de son interlocuteur.
« Il n'en est rien. » Milo avait croisé les bras, dodelinant sa réprobation : « Cette jeune-femme fait partie des rescapées du peuple Amazone. Elle a été rapatriée avec des réfugiés. »
« Cela explique t'il cette proximité ? »
Milo la jaugea. Sous le regard volcanique à présent, il finit par répondre : « J'étais chargé d'amener les nécessiteux. Elle a grandi sur les Îles où j'ai suivi ma formation de chevalier. Sa dévotion m'a touché. »
Aurora garda la mâchoire serrée. Constatant l'amertume émanant de la treizième, Milo se rapprocha, un ton volontairement paternaliste : « Chevalier du Serpentaire ... »
Il se saisit d'une mèche de cheveux brun.
« Que dois-je comprendre ? » maugréa Aurora, « Tu es un des guerriers d'or les plus convoités par ta force et ton charisme. Pour beaucoup de femmes au cœur libre du domaine, c'est l'occasion rêvée de se mettre en valeur face aux chevaliers débarquant dans leurs villages.»
Milo eut un mince sourire : « Ce discours m'égaie venant de toi, opiniâtre, facétieuse et dotée d'une grande impertinence avec tous y compris le Grand Pope. »
Aurora poussa un profond soupir et se défendit, d'une voix plus assurée : « Le treizième chevalier d'or est entêté. »
Le Scorpion ébaucha un sourire moqueur, approuva en lui caressant la main tendrement alors qu'elle posa sa tête contre le plastron froid.
« Un baiser .. » souffle t'elle alors sensuellement.
« Chevalier ... » prévint Milo.
« J'ai dit ''un baiser''. » réitéra la brune en approchant ses lèvres du Grec qu'elle frôla : « On a pas eu l'occasion d'accroître le sujet. »
« Voilà une excellente façon de fuir la conversation ... » répond t'il en fermant les paupières, sentant le souffle d'Aurora et son désir grandissant alors qu'il avait passé un bras autour de la taille voluptueuse.
« Milo, embrasses-moi. » insista sa bien-aimée.
Leurs lèvres n'étaient séparées que de quelques millimètres. Il se sentit fondre. Pleins de choses se bousculaient dans son esprit dès que le chevalier du Serpentaire tentait une approche.
« … En sachant les conséquences que cela comporte ? »
Aurora sourit à son tour.
« Tu m'as déjà interrogé à ce sujet. »
Lorsqu'elle lève ses yeux en direction du Grec, celui-ci reste subjugué par sa beauté. Deux petites mèches descendent jusqu'au nez du resplendissant Serpentaire et ajoute à ce tableau une élégance, contre laquelle aucune homme ne peut résister. Ses lèvres sourient sincèrement tandis qu'elle approche davantage du Scorpion d'or. Elle lui dépose un petit baiser sur la bouche sans qu'il ne réagisse, luttant dans son cœur pour ne pas céder à cette tentation. Pourtant, l'histoire avec le Saint d'Argent de Persée est vouée à l'échec comme elle l'a elle-même concédé. Pourquoi hésitait t'il alors que les barrières entre eux avaient enfin cédées ? Il n'y avait plus rien à se cacher, plus rien à résister. Toutes ces années à lutter contre ses désirs pour Aurora étaient sans doute la raison de cette incertitude.
« Je voulais être sûr. » acheva Milo.
Ce dernier se laissa finalement convaincre. Il la ramena contre lui pour lui offrir un sensuel baiser tandis qu'avec son bras il descend dans le creux du dos avant de contourner la taille de guêpe de la treizième qui frémit de tout son corps. Cette beauté si dérangeante, presque voluptueuse, immédiatement perceptible dans le jeu des couleurs qui s'alliaient en elle, en cette peau pain d'épice magnifique, dans les traits du visage, de la bouche délicate et des yeux en amande chocolats facétieux et teinté de douceur à la fois, Milo ignore comment il a fait pour lui résister si longtemps.
« Milo… » soufflait t'elle avec passion, faisant tressaillir les nerfs du Grec, « Tu as ce feu en toi qui est sur le point d'exploser. Un volcan rugissant dont la lave brûle les entrailles. »
Bientôt la nuit sera entièrement tombée et le parfum mystérieux et fascinant des ténèbres recouvrirait entièrement la vie. Mais au bord de la rivière fraîche, élégamment éclairée d'une lune rousse naissante, Aurora défiait victorieusement le pénombre et le silence. Les amoureux se regardèrent tendrement. Milo pris le visage typé dans ses mains. Ce qui se trouvait devant lui émettait un feu intérieur violent et irrégulier, découpé en longues flammes ardentes. Un rayonnement farouche plein de défi pour faire oublier une fragilité profonde. C'est ce qu'était la femme devant lui, celle qu'il aimait désespérément.
Dans ce décor idyllique de la Grèce sauvage, cet instant de communion passionnel fut interrompu. Milo releva la tête, agacé, sentant un cosmo interpeller sa Commandante.
« Il semblerait qu'on me sollicite .. » déclara platement Aurora.
« Asterion ? » s'interroge alors le Scorpion.
La brune hocha la tête.
« Les chevaliers d'argent devaient me faire un compte rendu complet des unités d'Appios. » continua t'elle, « Difficile de se coordonner en l'absence de Merio. » acheva t'elle.
Milo caressa la joue de l'aimée. Le visage Grec aux traits ciselés, les yeux de méditerranée que la pénombre accentuait et rendait plus profonds et ce sourire d'une beauté éclatante assomma cette dernière.
« Tu me fais perdre la raison, Saint du Scorpion. » souffla sa camarade avec ironie, se saisissant d'une mèche de son vis-à-vis.
Avec un sourire tendre et d'une séduction inconsciente qui fit courir un délicieux et désagréable frisson le long de la colonne vertébrale d'Aurora, le brun passa devant elle. Ce sourire à damner un saint dans sa beauté d'été. C'était bien Milo, lumineux, souriant. Précisément. Il était redevenu lui-même. Les ténèbres l'ont enfin quitté. Aurora s'en réjouissait. Elle ne le quittait pas du regard, s'imprégnant de tout ce qui le constituait, pour le faire sien éternellement et le graver au fer rouge dans sa mémoire. Elle s'abreuvait de ses yeux clairs et de sa chevelure flamboyante. Son cœur explosait et se serrait alternativement avec une force et une douleur qui lui coupaient la respiration parfois.
Comment a t'elle pu se mentir à elle-même toutes ces années ?
« Bonne réunion, chevalier. »
Le Scorpion venait de lever ses yeux clairs sur le Serpentaire. Aurora gémit en elle-même. Elle regarda le corps souple et séduisant s'éloigner. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait ressenti pareille émotion … En riant d'un air léger, elle rejoignit ses frères argentés, espérant que leur entretien ne s'éternise et qu'elle pourra s'accorder du temps avec le charismatique huitième gardien.
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Quelque part au Palais, Aurora maugréait des choses incompréhensibles dans sa langue natale. Elle qui pensait que devenir mère allait l'assagir…
Elle avait manqué de peu faire « rôtir » les subordonnés d'Appios qui, pour la seconde fois consécutive, faisait grandement preuve d'insubordination. Sans l'intervention d'Asterion et Ptolemy, qui sait de quelle façon sa colère se serait manifestée.
« Imbéciles de primates ... » marmonnait-elle.
En effet, l'entrevue a tardé. Avec les derniers événements, la forêt maudite située aux abords de l'océan et désignée plus tôt par les alliés, était au centre de toute attention. Ces créatures qui ont sévi à Athènes après s'être emparées de l'âme de viles mortels. En ces lieux, leurs méthodes ne différaient quelque peu, si ce n'est qu'elles « volent » les enveloppes charnelles des victimes. Aurora veut comprendre ce changement. Après un rapide tour d'horizon des divisions de première ligne d'Appios, elle devait réfléchir aux tactiques ennemies et de quelle façon ces esprits sont réapparues après des siècles. Quelles sont leurs liens avec les attaques de l'autre fois ? Le Serpentaire s'était déplacée personnellement sur les lieux un peu plus tôt la veille. Elle voulait mener sa propre enquête sans influence extérieure.
Les habitants d'ici, soldats de toute caste comme cultivateurs, racontaient que les gens demeurant près des bois n'étaient qu'esclaves de prêtres maléfiques de la région. Il était impossible de les libérer. Les quelques téméraires ayant pénétré les lieux ne sont jamais revenus. Cela rappelle les méthodes des sorciers de la guerre Amazone. Mais ceux-ci se différencient de leurs semblables : ils ne pratiquent leur magie qu'au coucher du soleil et semblent s'évanouir en pleine journée. De plus, la mer s'agitait fortement entre 1 heure et 5 heures du matin. C'est ce que les lieutenants Marinas avaient rapporté de leur patrouille à Kanon et Baian. Aurora nota également qu'il n'y avait nulle présence humaine à plusieurs kilomètres à la ronde… Elle se rendit donc à ce lieu dangereux.
Installé près d'ici, un minuscule village étrange se développait et semblait se spécialiser dans la manufacture du bois. Bois provenant de la forêt aux esprits, supposée maudite. Les gens semblaient habités par un seul et même but : chercher cette ressource. Leur regard était vide et leurs gestes répétés. Aurora est sûre qu'ils sont ces possédés. Ils ne dégageaient aucun cosmo particulier. Plus de doute, ces pauvres bougres sont perdus. Aurora sentait également des énergies défiants émanées des arbres géants qu'elle pouvait distinguer de son promontoire. Le bruissement des feuilles aux vents sonnait comme un tremblement de peur de la part de ces pacifiques végétaux. La forêt est remplie d'esprits et de démons qu'il vaut mieux ne pas se mettre sur le dos.
Alors que le soleil n'était plus qu'un disque flamboyant caché par les arbres, elle avait fini par quitter les lieux lorsqu'elle repéra une entité invisible qui tentait de rentrer au contact avec son cosmo d'une façon trop agile.
« Le pouvoir de dispersion .. » songea la Treizième en repartant, « Seul les élus des Dieux et les âmes perdues peuvent en être victimes. Nous devons être vigilants. On cherche à nous éloigner.»
Ce lieu dégageait une telle atmosphère qu'il troublait sa perception du cosmo. Elle doit trouver un guide suffisamment résistant, capable de mener les spectres pour s'enfoncer dans les entrailles de la forêt et y supprimer la source. A en croire Appios, un sentier mène à ce lieu où les arbres étaient si grands et terrifiants que Cerbère lui-même aurait eu l'air d'un chiot à côté. Et les serviteurs d'Hadès seraient les seuls à pouvoir anticiper les attaques d'esprits maléfiques.
Le gargouillement de son estomac la ramena à la réalité. Elle avait évité le déjeuner mais le jeun commençait à se faire sentir. Outre l'aversion pour un grand nombre d'aliments depuis sa grossesse, elle ne savait pas trop ce qui la poussait à manquer des repas de la sorte. Par plaisir, sans doute. Au Sanctuaire, elle aimait quand Milo ou la Coupe venait la chercher rien que pour la forcer à aller manger.
Ayant averti ses frères d'arme de cette trouvaille, Aurora avait convoqué les bras forts d'Appios. Cependant, ces derniers restaient récalcitrants aux recommandations et à sa propre autorité.
La treizième pénétra dans ses quartiers, ses pas vifs résonnaient sur les dalles marbrées. Elle avait si faim que son ventre l'incommodait. Elle eut soudain une monumentale montée de lait. Son cœur se serra. La petite n'est pas là. Ce sont des moments à elles. Une larme jaillit au coin de l'œil, émue par l'absence de sa fille. Diable, que lui prend t'elle, c'est un chevalier d'or ! Elle porta la main à sa poitrine.
Elle sentit une présence familière et sombre non loin d'elle et se tourna vers l'objet de son interrogation. Aurora soupira de lassitude.
« Eaque ... »
L'homme s'avança prestement devant le chevalier. Il remarqua qu'elle avait une main sous son sein droit et semblait gênée par la situation.
« Vas donc embobiner de jolies servantes. » grogna t'elle en reprenant sa marche.
Rien n'échappe au Serpentaire.
« J'aimerai te parler. »
« Non. » rétorqua t'elle.
« J'insiste. Je ne serai pas long.»
Aurora stoppa son ascension, se tourna vers le spectre qu'elle considéra longuement, la mine dédaigneuse. Elle finit par répondre : « Je peux en nourrir quinze comme ça. » se justifia t'elle. « Viens quelques instants. » déclare-elle en se hâtant vers sa chambre.
Le Juge suivit docilement la jeune-femme. Eaque constata la splendeur des locaux du Serpentaire et admira les architectures du Palais. La brune se précipita dans les sanitaires pour revenir avec un étrange appareil en silicone et un petit récipient.
« Cet objet contemporain est t'il destiné aux femmes allaitantes ? » l'interrogea le Garuda.
« C'est exact. » répondit t'elle en déficelant son corset, libérant un sein, « Je dois le faire régulièrement. » Aurora désigna une chaise et ajouta : « Tu m'as sollicité, je t'écoute.»
Le Népalais s'exécuta et s'empara du fauteuil non loin d'eux.
« C'est à propos de ton amie. »
Court silence. Aurora leva les yeux vers le brun parfaitement impénétrable.
« Tu veux dire, ton frère Rhadamanthe … »
La jeune femme croisa le regard du spectre. Sombre et dangereux, il se planta dans le sien, tel un défi muet. Il y avait des sujets qu'il convenait de ne pas aborder.
« Entre autre. »
Elle souffla avec nonchalance.
« Roi d'Egine, je t'arrête de suite, ne te mêles pas de ça. »
« Cette femme nous met dans l'embarras. » riposta Garuda.
Aurora afficha un sourire cynique : « Parce que le grand Rhada est amoureux et s'en tire chaque cheveu ? » Son interlocuteur eut un léger sourire.
« Par Athéna ! Des femmes ont fait flanché deux Généraux des Enfers, je dois immortaliser cela dans le registre de Rune. »
Le Juge fit la mou. Il questionna aigrement son ancienne maîtresse : « Que comptes-faire cette femme ? »
« Elle s'appelle Luisa. » reprit Aurora, « Je l'ai mise en garde il y a longtemps.»
« On apprivoise pas la Wyvern. » affirma Eaque.
« Je crois en eux.» insista Aurora, « Je les ai surpris, jamais je n'ai vu ton frère si complaisant. »
« Les femmes affaiblissent l'esprit. » se contenta de répondre le Garuda.
Un petit rire se fit entendre.
« C'est vrai, tu étais comme ça, Eaque. » fit le Serpentaire.
« Ne sois pas si sûre de toi. »
« Cet orgueil démesuré ... » gromella t'elle.
« C'est une gourgandine. Une insulte envers un Juge de l'Enfer. »
« Ça à l'air de plaire à ton imbécile de frère. »
« L'amour rend aveugle. »
Hilare, Aurora déclara ironiquement : « Pas pour tout le monde, visiblement. »
Elle venait d'envoyer un regard plein de sous-entendus alors qu'elle fit appel à une servante afin de rapporter la production de lait maternel en cuisine.
« Où veux-tu en venir ? » questionna Eaque en surveillant du regard la jeune-femme apeurée par la présence d'un Juge de l'Enfer.
« Minos a beau être sadique, il sait reconnaître l'impact des sentiments sur les humains, leur justesse. S'il est siège entre vous, ce n'est pas par hasard. » Elle avala une gorgée d'eau et ajouta durement : « Tu n'as pas cette disposition, Eaque. » termine t-elle en resserrant son corset, "Tu manques à ton devoir."
Silence.
« As-tu quelque chose à confesser, chevalier ? »
La brune fit volte-face et se rendit sur la terrasse. Le Spectre la suivit sans un mot.
« Être mère m'a ouvert les yeux. Je ne sais quel genre de matriarche je deviendrais mais je suis certaine d'une chose : jamais ma fille n'aura le cœur brisé à cause d'un stupide mâle . »
Le Garuda afficha une mine sournoise puis se posta tout près d'elle, assez pour la déstabiliser.
« Tu es naïve. » se moqua t'il doucement à son tour : « Ce n'est pas la raison de cette rancune .. »
Le souffle d'Eaque caressa les tympans du chevalier, tandis que cette question demeurait en suspend entre eux.
Aurora tint bon et étouffa un rire las : « Tu n'es pas le centre du monde. »
« Je suis le centre de ton cœur. » lui murmura t'il sans ménagement à l'oreille.
Elle frémit de tout son être.
« Vas t'en. »
Garuda envoya un regard perfide.
« Ton corps démontre l'inverse. » ajouta t'il en effleurant de sa main le visage du Serpentaire.
Il la connaît tant ! Eaque n'est pas un homme ordinaire. Rien ne peut échapper à un Général de l'armée d'Hadès. Nulle ivresse, nul mensonge, nul sentiment. Pétrifiée par la surprise, la douleur, le flot des souvenirs, le maelström d'émotions qui menaçaient de la submerger, Aurora serra les poings. Elle se sentit piégée, prise dans un débordement de ressentis en tout genre : Argol le possessif, Milo le magnifique, son rôle de mère, ce Juge manipulateur : son grand amour. Elle voulu partir loin d'ici. Mais le Népalais est plus rapide à ce jeu.
Il la rattrapa par la taille et la força à le regarder dans les yeux. Elle détourna vivement son regard.
« Dis-moi que tu n'as plus ni désir, ni amour pour ton Juge. »
Elle ferma ses paupières, envahie par la mélancolie, les doutes, cette passion enfouie et déraisonnable pour le spectre. Eaque avait toujours admiré la beauté d'Aurora. Il avait toujours dévoré du regard son ancienne maîtresse à son insu, avec une intensité et une possessivité sans cesse renouvelée qui l'affaiblissait. Comme en cet instant.
« Pars. Tu es toujours aussi irrationnel... »
« Tu as regardé ailleurs. » rétorqua t'il.
Puis, ce fut le silence. Lourd. De sens, de non-dits .. Le juge constatait, éperdu, les ravages opérés sur Aurora ces dernières années et la montée en flèche d'une colère destructrice qui lui labourait le cœur. L'avait-il à ce point détruite ?
Ni l'un ni l'autre ne prononçait un son, mais ils ne se quittaient pas du regard et leurs yeux parcouraient l'autre et se l'appropriaient entièrement, retrouvant avec une facilité déconcertante une habitude contemplative inconsciente qu'ils partageaient sans le savoir. Aurora se souvient de ce bonheur qui l'avait étreinte en entendant son aveu il y a déjà longtemps, éblouie de la communion de leurs âmes, éperdue de la rencontre de leurs lèvres, du langage de leurs corps. Il ne lui cachait jamais les ombres, la jalousie dévorante et la possessivité, cette volonté qu'il savait malsaine d'écarter les autres, de la garder rien qu'à lui. Sa façon d'aimer à lui parce qu'on ne lui a jamais appris.
« Tu prétends que je suis sans cœur ni objectivité. » poursuivit calmement l'homme, « Tu as pourtant su me toucher à notre rencontre. Je déshonorerais mon ordre en me fourvoyant de cette façon. Je ressens ta peine, Serpentaire. Et parce que je siège justement à ce rang je te le demande une dernière fois : si ma présence empêche cette sérénité que tu recherches, je te laisserai. »
Un soupir amer lui répondit. Elle avait envie de pleurer. Tout cela était au-dessus de ses forces. Eaque savait lire en elle comme dans un grand livre ouvert.
Eaque .. Cette odeur enivrante de musc, vibrante, passionnante qui l'a rendait sénile. Cette peau caramel, ce regard typé envoûtant qui pouvait la faire succomber. Ces mains puissantes, cette force spectrale redoutable. Eaque, la souffrance, vive, aiguë et brûlante comme le fer qui marque la chair. La rage qui fait se jeter contre tout ce qui passe à portée, pour détruire et déchirer.
Eaque.. "l'Aigle sombre venu des ténèbres" pour la capturer et ne jamais la rendre. Oui. Cette passion, celle qui consume. Combien de temps va t'elle durer ? Qui à part Eaque pourrait lui apporter ? Elle frissonna jusqu'aux fondements d'elle-même.
« Je t'ai tout donné, Eaque. »
Elle s'était retournée en le jaugeant gravement; Le Juge eut une soudaine raideur. La sincérité dans ces mots simples parlaient d'eux-même. Ces mots, la fracture qui tourmentait Aurora l'avait atteint plus que n'importe lequel de ses coups. Il était ému devant l'ampleur de la souffrance qu'il décelait chez le Serpentaire, devant l'étendue du désastre qu'il avait provoqué sans le vouloir, sans le savoir.
Il eut un moment de flottement.
Le Népalais dévisagea le chevalier d'or longtemps avant de lui répondre avec mépris - sa meilleure défense : « Pourquoi t'attirer tous ces mérites, Aurora .. ? Parce que tu vis sur Terre, tu penses comprendre les sentiments ? Athéna n'a t'elle donc aucune pitié envers ses protecteurs ? Uutopistes chevaliers.»
A l'instant où les mots franchirent ses lèvres, Eaque sut qu'il venait de transgresser la ligne invisible qui sépare le dicible de l'indicible. Il savait que c'était faux et qu'elle connaît mieux que personne les émotions. Elle l'avait aimé éperdument, à hurler, à se battre, à se détruire… Elle avait transmis toute cette révolte pour les batailles : celle de son cœur, de son âme et miser son honneur de chevalier pour vaincre l'ennemi puissant.
Instinctivement, le cosmo du Serpentaire se déploya. Eaque ne broncha pas et la regarda dans les yeux sans sourciller. Cette haute émotivité, cette fragilité désarmante et la brusque énergie qui émanait d'elle... il n'en fit davantage.
Finalement, il resta silencieux un instant avant de murmurer : « Tu es une merveilleuse mère, Aurora. Sois sûre de ceci. »
Aurora voulait fondre en larmes. Elle serra les poings. Par Athéna qu'elle avait peur. Cette peur qui vous tétanise, vous tord les entrailles et fait battre votre cœur si vite que vous avez l'impression qu'il va éclater. Cette douleur qu'elle a vécu avec le Garuda l'a poursuivait depuis des lunes. Que faire pour s'en défaire ? Et surtout, elle ne pouvait nier les sensations contradictoires que cet homme savait si bien faire naître en elle. Aujourd'hui cette angoisse entre son devoir de mère et de femme la tenaille. Où son cœur doit-il se diriger ?
Une larme coula sur sa joue. Eaque lui essuya d'un doigt l'humidité.
"Je sais être juste quand il faut. » admit-il à quelques centimètres des lèvres tentantes.
Soudain, une porte s'ouvrit brusquement, faisant retourner les protagonistes. Au seuil le Scorpion, son ongle écarlate tendu, en veille. Seul cet homme pouvait encore atteindre Aurora et la ramener de ce monde d'où elle s'échappait inexorablement.
Milo avait ressenti l'appel de détresse de la portugaise et la vit bouleversée. Il la fixe avec une expression indéfinissable. Il cherche à croiser le regard du Serpentaire mais il sent que celle-ci refuse ce contact, confuse. Le Grec reporte alors sur Eaque des yeux assombris de colère. Ils trahissent une vérité qu'il avait finalement bien devinée il y a longtemps mais qu'il a lui-même voulu ignorer. Cet homme pourchassera celle qu'il aime encore et encore.
Bon sang, qu'il aime de toutes les fibres de son être, cette femme ! Il devait l'aider, pour de bon cette fois. L'air contrarié, il jeta son regard le plus meurtrier au Juge.
Le spectre émis un rictus. Ce chevalier, toujours à vouloir sauver le Serpentaire. Il embrassa tendrement Aurora sur le front, hérissant davantage son rival avant de se diriger plein de fierté vers la sortie.
A hauteur du huitième gardien, il lui déclara avec tout la condescendance dont lui seul est capable : « Tu n'es qu'un imbécile, chevalier du Scorpion. »
Ce dernier durcit durement la mâchoire, au bord de l'implosion. Mais par respect pour son aimée, il ne répondit pas à la provocation du Spectre. Le Juge sortit en jetant un dernier regard sévère à son rival et disparu dans les coursives du Palais.
Milo se dirigea vers Aurora et la força à le regarder : « Voir ton cœur briser m'est insupportable.» confesse t'il en tentant de rassurer le Serpentaire dans tous ses états, « Parles-moi. »
Pour toute réponse, elle secoua la tête. Puis, elle se téléporta.
"Aurora !" clama Milo à son départ.
Poursuivre le Serpentaire est périlleux. C'est la plus rapide des chevaliers. Mais l'homme n'est pas du genre à abandonner et il voulait régler ce contentieux, incapable d'admettre de lui-même son erreur. A peine eut-il franchi la porte qu'il percuta le Général Baian, interloqué d'avoir été bousculé.
« Chevalier .. » déclare t'il l'œil suspicieux en se frottant le bras.
« Pardonne cet égarement. » répondit son vis-à-vis en reprenant sa course vers la cosmo lointain d'Aurora.
Le Canadien jeta un œil dans les appartements du Serpentaire. Aucune présence particulière. Il referma la porte, la mine froncée.
« Qu'est-ce que ça signifie ? »
La voix de Dragon des Mers résonnait. Kanon avançait prestement vers la chambrée d'Aurora à son tour.
« Où est t'elle ? »
« Je l'ignore,. Je viens d'arriver, Kanon. »
« Tu as ressenti son cosmo .. »
« Son énergie était sombre et triste. »
Il repéra au loin le Juge adossé aux balustrades du Palais, un verre dans les mains, cet air naturel et supérieur sur le visage. Ils saisirent immédiatement la situation.
« Je vais la retrouver. » prévint le second Gémeau.
« Elle avait l'air bousculée. » ajouta Baian.
« Aurait t'elle bataillé avec quelqu'un? » s'interroge Kanon sur un ton irrité.
Baian ne mis pas longtemps à comprendre et répondit laconiquement : « Visiblement. » désignant le Juge derrière d'un vif mouvement de menton.
Le Premier Général saisit. Il s'approcha du Spectre et le jaugea froidement.
« Tu n'abandonnes jamais. » rétorqua sèchement le Marina après un moment de silence.
Eaque ne répond pas de suite, et fixe son vis-à-vis sans se départir de sa mine arrogante.
« Quelle est la raison de cette agression verbale, Marina ? » déclara t'il finalement.
Encore cette voix pleine de suffisance. Kanon et Baian se concertent du regard.
« Laisses-là en paix. Elle pourrait alerter Zeus. »
Eaque avala une gorgée de son breuvage en souriant.
« Tu ne fais rien pour modérer les choses avec le chevalier. » continua durement Cheval des Mers, « Tu ne l'a jamais fait. »
Pour toute réponse, un léger rictus déforma les lèvres narquoises d'Eaque.
"'Serait-ce des ressentiments que j'intercepte, Hippocampe ? » rétorqua le Népalais à l'attention du Canadien. Il se redressa et renchérit avec prétention, le visage à quelques centimètres du Marina : « Tu n'as jamais accepté que le Serpentaire ait préféré ma couche à la tienne. »
Cela eut pour conséquence de surprendre ses deux interlocuteurs. Le silence à nouveau.
Baian serra les dents face à ce commentaire désobligeant et à l'intonation hautaine d'Eaque. Il se tendit, ouvrit la bouche, la referma, les yeux durs. Il avait cru pouvoir donner le change mais c'était sans compter sur le sens de l'observation de son vis-à-vis. Il considéra un moment le regard vainqueur du spectre. Garuda soutint les yeux d'un vert profond qui semblait vouloir l'avaler tout entier, le déchirer et l'attirer dans les abysses les plus noires et glaciales de l'âme orageuse qui lui faisait face.
L'Hippocampe employa alors la meilleure défense qu'il connaissait : le silence. Le contact fut rompu et Cheval des Mers se détourna de lui dans un mouvement de cape méprisant.
La réaction de son acolyte étonna Kanon. Le sujet était t'il donc tabou ? Qu'à cela ne tienne. L'ambiguïté pouvait parfois se retourner contre vous, de même que la franchise. Lequel était le mieux ? Probablement aucun.
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Un peu plus tard assis sur son lit, Baian du Cheval des Mers venait de retirer son heaume qu'il posa sur ses genoux. Son regard se perdit dans l'immensité de l'univers. Cette nuit avancée de pleine lune était calme sans aucun vent, claire et amplement étoilée dans le ciel grec d'encre où la Grande Ourse étincelait dans toute sa splendeur. Une étoile filante passa sous ses yeux.
D'un geste souple de la main, sa Scale se désolidarisa de son corps et vint se placer en totem. Torse nu, il ne portait plus qu'un fin pantalon bleu foncé. Baian aime être à l'aise sous son armure et contrairement à ses camarades, il n'apprécie guère le frottement des vêtements contre ses Écailles. Les rayons de la lune se perdaient sur sa morphologie saillante et ferme. L'Hippocampe comme tout guerrier doit ce corps entretenu dû à de lourdes séances de préparation depuis l'enfance.
Il s'allongea sur le lit aux draps de soie. Il ferma les yeux et revisita ces derniers jours : la transmission des ordres à son Pilier, l'arrivée dans la région, les insubordinations des hommes d'Appios, l'entraînement à la plage, les patrouilles près de l'océan, le dîner en compagnie d'un Kanon particulièrement de mauvaise humeur … le Serpentaire et son accablement, l'interaction face à ce Spectre à la haute opinion de lui-même. Il repensait alors à la réflexion du Juge. Pourquoi cela l'avait t'il mis en colère ?
Baian fouina dans sa mémoire. Cela fait longtemps qu'il ne s'était plus posé la question. Lorsque le chevalier du Serpentaire lui ait apparu la première fois, elle l'avait mis dans son collimateur alors qu'ils s'étaient à peine parlés. L'audace de cette dernière était une chose dérangeante et palpitante à la fois. Quelque chose de nouveau dans sa vie rustre de guerrier fraîchement revenu à la vie. Cette démarche féline et cette désinvolture, son goût prononcé pour l'art de la guerre, cette assurance naturelle, cette manière de tracer sa route contre vents et marées sans tenir compte de rien ni personne, c'était complètement à l'encontre de ce que le Marina connaissait. Et c'était d'une efficacité redoutable.
Et tellement… séduisant.
A l'origine, tout combattant sacré doit renoncer à entretenir une vie personnelle. Pour la première fois depuis l'aube des temps, les déités ont accordé le droit de vivre "plus normalement" à leurs protecteurs. Et si certains avaient l'air ravis, d'autres comme le Général du Cheval des Mers voyait cela d'un drôle d'œil. Baian venait du Canada et avait eut une sœur. Il avait été élevé avec ses frères d'armes sous la baguette de Kanon durant l'âge d'or du Domaine sous-marin. Le sort des humains ne l'avait jamais intéressé. Seul la victoire comptait. Il avait tiré un trait sur cette ancienne vie depuis longtemps.
Le jeune-homme se redressa brusquement. Son radar personnel lui indiquait qu'il n'était pas seul.
Tournant la tête vers l'objet de son interrogation, une étrange et belle jeune-femme lui faisait face. Un sourire malicieux sur les lèvres, elle était assise sur le rebord de la terrasse, une jambe croisée sur l'autre, la posture volontairement séductrice. Elle arborait une toge bleutée et fendue jusqu'en au haut des cuisses. Elle avait un corset de la même couleur que sa tunique, des épaulettes argentée ainsi que des cnémides aux jambes. Ses cheveux blonds descendait le long de son dos en nattes épaisses et sa peau dorée était sublimée par les reflets de la lune. Une femme auréolée d'un charme vénéneux et d'une sensualité à fleur de peau qui ne laisserait personne indifférent.
Au vue de ses atours, Baian devina sa provenance puis replongea son regard détaché sur le plafond, : « Que veux-tu, Néréide ? »
« Je cherchais Dragon des Mers .. Peux-tu m'indiquer où le trouver ? »
« Quel est l'objet de ta visite ? »
« J'ai été envoyé afin de prévenir la garde personnelle du grand Poséidon. »
« Nous avons déjà été éclairé par notre Empereur. Tu n'étais nul obligé de te déplacer. »
« Et sur quel sujet as-tu été mis dans la confidence, Seigneur Hippocampe ? » demande t-elle maintenant proche de la couche du Marina.
Ce dernier se redressa, la fixant de son regard vert. Cette dernière n'a pas perdu son sourire.
« Quel est ton nom ? »
« Général du Pacifique Nord .. » ironisa la jeune-femme, « Est-ce ainsi que les gradés du Seigneur Poséidon accueille leur homologues ? »
« Nous n'avons que l'océan en commun. » rétorqua le Canadien, « Nous savons que sa Dame Amphitrite est sur le point de se réincarner et le Royaume de l'Atlantide bientôt rebâtit. » admit t'il, « Tu es une de ses sujettes .. »
« La meilleure qu'il soit. » continua t'elle, « Je suis Arianna. Nos âmes s'étant enfin éveillées. »
Court silence.
« Qu'en est-il des Tritons ? » continua Baian.
« Au complet. Une armée qui renforcera celle de notre Déesse et celle du Seigneur Poséidon. »
« Sa Majesté n'a pas senti le réveil de sa bien-aimée. Son âme peine à trouver un réceptacle. » lui indiqua Baian.
« Je suis là pour t'annoncer que ma Maîtresse va renaître. L'humaine avec qui je me suis rapprochée aura pleine possession des pouvoirs de notre Reine bientôt. »
« J'en informerai mon camarade. » prévint le brun en se rasseyant sur son lit, « Tu peux te retirer. »
Cette dernière ne se démonta pas et se rapprocha doucement, laissa un doigt frôler les bras saillants du Marina : « Je t'ai dit que je m'appelais Arianna. » ajoute t'elle d'une voix mélodieuse.
Baian se sentit soudain emporter dans un étrange tourbillon de bien-être. Son regard foudroya le fier Général. L'effet de ces créatures irrésistibles n'est pas que légende. Même si les Néréides ne se battent qu'au travers de leur chant, elle peuvent être un danger pour n'importe quel homme laissant présager les pièges envoûtants que réserve ce dangereux mélange de beauté féminine et de cruauté animale. Cependant en face d'elle ne se trouve pas un homme ordinaire.
L'Hippocampe se libère aussitôt de l'étreinte de la séductrice et lui tint fermement les poignets.
« Crois-tu que tes pouvoirs ont quelconque effet sur moi ? »
« Je me doutais qu'il est difficile de berner un homme de ton ordre .. » ajouta t'elle. Elle se rapprocha de son vis-à-vis : « Montres-moi que votre réputation n'est pas usurpée. »
Son regard langoureux planté dans celui du Cheval des Mers en disait long sur les intentions que Baian avait déchiffrées. Le fort désir émanait d'elle. Ces femmes spontanées à l'esthétisme vertueux sont des manipulatrices. Un genre qu'il n'aime guère.
Celle-ci ne représente pas un réel danger. Il détailla le visage, la finesse et l'élégance de ses traits, ses lèvres pleines, ses yeux, si clairs, si expressifs, posés sur lui. Elle se redressa et bougea lascivement ses formes sous le nez d'un Cheval des Mers saisi par la danse de la belle sirène qui se livrait totalement dans l'indécence de ses positions. A la façon dont elle s'exhibait, roulant des hanches et exposant sa croupe, il n'était plus un seul point de son anatomie qui eut pu échapper aux regard de Baian parfaitement silencieux mais intérieurement très émoustillé.
Après un moment de retenue, il la ramena vivement contre lui. Sans un mot, Baian la vit débuter une séance de baisers sur sa mâchoire. Savourant la volupté de cette tendresse, le jeune-homme ne répondit pas.
Un sourire se fit aux commissures des lèvres de la jeune-femme, sourire qui précéda ses mots : « Laisses-moi te satisfaire, Gardien du Pacifique Nord. »
Elle ôta ses atours et demeura dans son plus simple appareil devant le visage impénétrable de Baian. Le Canadien toisa en silence la silhouette parfaite. Son audace, il l'avait finalement apprécié. Il l'attira jusqu'à lui, la plaquant contre son corps et passa sa main libre sur le dos nu de la téméraire. Cette dernière sourit férocement. La belle mit ses bras autour du cou du Canadien afin de l'enlacer. Elle voulait Dragon des Mers dans sa prise car on lui avait raconté qu'il était difficile à séduire. Cet Hippocampe est un plat appétissant qu'elle va déguster sans se priver.
Baian n'est pourtant pas vraiment du genre à se laisser dominer. Même si comme tout être vivant, il a de besoins primaires à combler. Il admira ce corps sublime, cette chevelure aux reflets dorés, ce visage d'une finesse inégalable... Elle, pensait qu'elle pourrait l'amadouer. Prendre du plaisir à être soumise lui ait parfois arrivé. Certains étaient doués et elle se résignait à être disposée sans user de son influence pour envoûter totalement l'homme du jour. La compétition lui plaisait avec le Général. Elle ignorait comment l'avoir en son pouvoir. La plupart des mâles qu'elle atteint ne sont guère de ce genre.
Caressant la joue de son vis-à-vis, elle tenta à nouveau de le conquérir. Ses mains avaient descendu vers l'objet de son désir avec délicatesse, et elle chantonnait à l'oreille de l'orgueilleux guerrier de Poséidon.
« Tu as sans doute rencontré une femelle des plus vile pour être autant sur tes gardes, Général. »
A ces mots, la tension monta d'un coup dans l'esprit de Baian. Comment a t'elle deviné ?
Eaque du Garuda avait gâché sa seule chance de saisir l'amour d'Aurora qu'elle a fini par offrir à ce Spectre. Certes, il avait succombé à ses charmes après la rupture avec le Juge et il s'était laissé emporter par ce désir ardent de la posséder comme beaucoup, constatant qu'en réalité il éprouvait bien plus qu'il ne le croyait. Lorsqu'elle s'est sacrifiée au combat et qu'elle est revenue de sa convalescence, Baian mis un terme à ces émotions et s'est juré de plus se laisser enjôler par une femme. Que plus aucune ne viendra troubler son cœur.
Sans un mot et soudainement, il saisit Arianna et la jeta sur le lit, buste en avant... Il l'avait regardé durement. D'un regard si noir que le sourire confiant de la blonde l'avait quitté. Il l'attrapa par les hanches et l'attira vivement à lui. Sans qu'elle ne réalise quoique ce soit, il dégagea le membre dur de son pantalon et entra en elle d'un coup sec. La belle créature était prise au dépourvue et gémit de surprise. Il se mit ensuite à la chevaucher avec force, tel que le caractérise la créature mystique Cheval des Mers et admira ce corps aux courbes harmonieuses gigoter sous ses assauts.
« A présent, tu te tais .. » avait ordonné Baian à cette dernière qui jubilait intérieurement.
En poussant des soupirs appréciateurs, Arianna songea qu'elle avait envie d'être bousculée par le fier Marina. Elle n'est pas déçue du voyage. Le Canadien la prenait avec une ardeur des plus farouche. Elle sentait aller et venir tout son corps soumis à l'initiative du Général qui était en elle et la possédait de façon puissante.
Elle l'a cherché, elle l'a trouvé …
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La fissure dimensionnelle s'ouvrit sur le ciel noir d'encre étincelant d'une nuit d'été. La lune, bien que flamboyante n'égalait pas la splendeur de la jeune-femme qui venait d'apparaître sur une plaine à quelques kilomètres du Palais qu'elle avait quitté précipitamment. Sur les pentes herbues des pâturages, elle prit une profonde inspiration. La douceur de l'air était pour elle la plus précieuse des bénédictions, un luxe auquel elle lui était si rarement permis de goûter ces derniers temps. Les feux du dépit et de la colère avaient brûlé son cœur sur le moment, à présent c'étaient le soulagement et un intense sentiment de liberté qui menaçaient de l'enivrer. Elle se mit à dévaler le champs fleuri, l'herbe haute giflant ses mollets tandis que la brise glissait ses doigts évanescents dans sa chevelure foncée. Et elle courrait, elle courrait aussi vite qu'elle le pouvait, comme pour déverser tous les ressentis contradictoires qui assaillent son cœur.
Progressivement dépouillée de ses doutes, l'inconnue arrêta sa course et expira fortement. Ici, elle pouvait tout faire, tout être. Personne ne la jugerait. Parce qu'Aurora ne veut plus être jugée. Cela ne s'était pas produit du jour au lendemain. Non, tout s'était enchaîné par touches, en douceur, des petits engrenages brisés qui, graduellement, s'étaient élevés vers les hautes sphères de cette mécanique qu'est l'esprit humain.
Elle est un chevalier d'Athéna. Un Saint d'or. L'un des élus. Des demi-dieux, les défenseurs des plus faibles. Un ordre qu'on avait idéalisé : on enrôlait des orphelins, on les arrachait au monde pour les enfermer dans des masures en pierre froides, à les torturer et les meurtrir jusqu'à faire jaillir d'eux une étincelle de cosmo. Ce n'était pas naturel. Depuis sa naissance, Aurora subissait. En silence pour accomplir cette doctrine. Parce qu'on ne lui a pas laissé le choix : c'était sa destinée. Privée des personnes qu'elle devait aimer : sa mère, son père, ses grands-parents, cette enfance perdue afin d'être la meilleure.
Et l'humanité dans tout cela ? Les sentiments ? Aussi indépendant, orgueilleux et misanthrope que soit un guerrier sacré, il y avait toujours un moment où on avait besoin de contact humain. Chaque jour, cette pensée l'accablait. C'était une forme de déni, mais aussi quelque chose de beaucoup plus malsain : de la curiosité. Shion avait mis en garde son maître, le chevalier Wilfried; la gamine a un certain sens de la réflexion.
Son maître l'avait prévenu : « Aurora, nous sommes serviteurs des Dieux, nous n'avons pas à s'entraver d'attaches et de sentiments, ou si peu. »
C'en avait été trop pour elle, et par conséquent elle avait quitté discrètement les abords du Sanctuaire. Ces raisons ont poussé la jeune portugaise à délaisser des formations pour s'oublier un instant dans les villages voisins et n'avaient que peu de rapport avec sa future fonction. En ces occasions, elle explore, découvre, se gave de sensations et de connaissances. En secret, toujours. Il ne faut pas que son mentor sache ce qu'elle fait. Parfois, elle trompait son incertitude dans les vices offerts par des murs plus accueillants que la froide enceinte du Domaine sacré : la société moderne mais aussi l'alcool et autres drogues vénéneuses.
Wilfried fut mis au parfum. Il l'avait durement sermonné à son retour. Le trouble était, cette fois-ci, plus profond, plus insidieux, la renvoyant à ses peurs secrètes et à la frustration qu'elle tentait depuis longtemps, bon an mal an de conserver tapie au fond d'elle. Rester concentrée, toujours, sur cette tâche qui l'incombera dans quelques temps : protéger le Sanctuaire d'Athéna.
« Il n'y a pas de places pour des incertitudes futiles », clama froidement son maître.
La jeune-fille n'était pas convaincue. Enfin, la lumière se fit, son cœur guidé par la passion et la soif de vivre. Elle ne voulait plus retenir ces émotions, elle était enfin en accord avec elle-même. Un point c'est tout. Puisque les chevaliers sacrés doivent mourir jeunes, quel intérêt de s'accommoder d'une vie si primitive ? Ce nouvel état l'avait rendu clairvoyante.
« Jamais je ne vivrai comme vous, Maître Wilfried. »
Elle avait mis tellement de venin dans ce dernier mot qu'elle aurait tout aussi bien pu cracher de l'acide au visage du dix-septième Serpentaire. Jamais son armure ne lui avait semblé aussi lourde qu'en ce jour.
Cette remarque avait percé un trou au cœur des dernières certitudes du chevalier du Serpentaire du 15ème siècle, prudent et raisonné. Il compris en cet instant que rien ni personne n'ébranlera les convictions profondes de son élève qui le fixa sans sourciller. Les espoirs de Wilfried s'avérèrent illusoires. Aurora allait prendre son envol. Peu parvenait à égaler la jeune-fille dans les disciplines. L'apprentie était meilleure stratège, avait l'esprit plus vif et la plupart du temps son cosmo écrasait celui de son adversaire à l'entraînement ou sur le champs de bataille. Que pouvait-il bien faire à présent ? Qui pouvait arrêter cette machine de guerre qui l'a lui-même formé ? L'élève allait dépasser le maître.
L'esprit confus entre tous ces enseignements, ces préceptes et cette discipline archaïque bouillonnait d'un trouble intérieur intense en Aurora. Ses pensées vagabondaient, les questionnements fusaient. Elle s'y refusait. Pas avec tout ce qu'elle avait accompli pour en arriver là. Elle doit être la meilleure ? Elle fera donc comme elle l'entend.
« Seigneur Shion, les tourments de son cœur, cette sensibilité engendreront sa perte.» déclara son maître au chef des chevaliers, la veille de la remise d'armure du Serpentaire, « Je compte sur votre sagesse pour l'en préserver. Vous êtes son unique figure paternelle. »
Après un long moment de réflexion, le bi-centenaire répondit avec philosophie au mentor : « C'est un don de ressentir des émotions et de l'empathie, Maître Wilfried .. » assura l'ancien Bélier, « Un don qui l'avantagerait dans un combat contre le mal. Laissez-la apprendre. Elle n 'en sera que redoutable. »
Shion aurait pu regretter ses paroles. Une fois Saint d'or, combien de fois a t'il remarqué que la jeune fille se mettait à rêvasser, laissant entrevoir cette innocence dont elle parlait assurément à Doko : « Je suis aussi un être humain. Quel sort réserve les Dieux si je m'évade ? Une minuscule entrave afin de conserver une joie de vivre .. Comment pourrais-je percer à jour les autres si je ne fais pas mes propres expériences.»
Décidément, elle avait réponse à tout. La Balance voyait parfaitement où elle voulait en venir. Le futur Saint du Serpentaire s'était affranchi de ses doutes. Puis, à l'aube de ses quinze ans, le regard d'Aurora s'était souvent perdu. Autre chose la turlupinait. Et inquiéta aussi Shion et Doko. Ce qu'ils redoutaient le plus était arrivé ...
Des cuisses fermes et des épaules rondes. Des dos puissants. Des bras forts et des torses ciselés. La Chevalerie d'Athéna est un vrai vivier, un fabuleux rassemblement de corps taillés pour la guerre. Elle ne se lassait jamais de ce spectacle, de ces statues vivantes au réalisme exacerbé.
Wilfried crut défaillir lui aussi.
"Aussi forte que ce soit un futur chevalier comme Aurora, on ne peut empêcher l'innocence d'une jeune-fille de découvrir la fougue de la jeunesse."
Shion voulait rassurer le grand maître sur ce point sensible. Wilfried rétorqua d'envoyer Aurora lire les ouvrages éducatifs d'Eros. La notion d'intimité est secondaire lorsqu'on est guerrier sacré. Le devoir, toujours. La dimension sexuelle doit rester occasionnelle.
« Je ne comprends pas ce besoin de promiscuité corporelle, autre que dans le cadre de la reproduction … » avait rétorqué une femme chevalier à Aurora revenant d'une mission dans le Dodécanèse - là même où elle offrit sa pureté à l'incorrigible Appios.
« Le romantisme d'un ouvrage de biologie… »
Le Serpentaire coupa la protectrice sacrée d'Athéna en la fixant de ses yeux sombres.
« Si tu veux vivre ainsi je ne peux te retenir, mais saches que ni toi ni personne ne devra me dicter ma conduite hors de mes attributions de chevalier. »
C'est ainsi qu'elle veut vivre, pas pour le respect des convenances mais pour le pur plaisir de la passion. La passion de combattre, de la justice, la passion de l'amour et de la chair. Elle incarnait l'insolence absolue, la liberté, l'hédonisme, le scandale, une féminité indomptée gouvernée par ses propres désirs.
Shion et Doko abandonnèrent l'idée de « dompter » la jeune-fille. Ils savaient qu'elle s'était battue durement contre des préjugés vieux de plusieurs siècles pour imposer sa présence au sein d'un Sanctuaire encore misogyne. Ils savaient également qu'elle avait raison : le Domaine doit évoluer. Athéna a donné son aval. Les guerres précédentes n'étaient t'elles pas dû à un manque de connaissance en la haine, le manque d'empathie, la passion refoulée et la soif de pouvoir ? La plupart des chevaliers de l'époque - avant la guerre interne, se taisaient, n'osaient aller à l'encontre du protocole.
D'autres en revanche après les guerres Saintes n'hésitaient pas à exprimer ouvertement leur scepticisme comme Aurora et Merio de la Coupe. Le jeune-homme avait toujours beaucoup plu aux autres. Son charme était si puissant dès l'enfance qu'il passait avec grâce toutes les punitions, et s'était considérablement développé. Il lui suffisait d'apparaître et de sourire et tous les regards se tournaient vers lui, glissant comme des limaces sur une rose magnifique, et le suivaient avec envie jusqu'à ce qu'il disparaisse.
C'était donc peine perdue pour les aînés du Sanctuaire. Ils ne pouvaient tenir tête à de jeunes gens éclatants de force, de liberté et de charisme. Et Aurora devait comprendre par elle-même pour se construire. Ils étaient persuadés qu'elle reviendrait sur le droit chemin ... Hélas, jamais leur souhait n'a été entendu.
En cette chaude soirée d'été, Aurora elle-même le savait mieux que personne, prise dans ces remous de jeunesse. Une profonde inspiration gonfla sa poitrine. Le parfum des myrtes, des bruyères et des nerpruns qui poussaient en contrebas ravivèrent son désir d'évasion. Plus discrets, les effluves salés de la Méditerranée laissaient deviner les paisibles flots bleus miroitant sous le soleil couchant. Elle ferma les yeux, s'imprégna du silence des lieux.
« Puissiez-vous me pardonner ces insubordinations, Maître Wilfried. Peut-être aviez-vous raison .. » murmura doucement la portugaise dans un ultime soupir.
Une chape de tristesse s'abattit sur les épaules de l'égarée, confrontée à elle-même pour la première fois. La solitude, qui s'était quelque peu atténuée, pesait comme des chaînes sur son cœur. La compréhension est un bien lourd fardeau pour qui n'est pas prêt à l'accepter ...
Aurora sentit son cœur se glacer alors que les rayons du soleil venaient frapper la mer, nimbant tout le paysage du ton orangé céleste. Les paroles du Juge lui revenaient en tête en même temps que les enseignements de ses maîtres. Elle baissa alors la tête et se souvint… des mêmes couchers de soleil sur la mer qu'elle avait vécu… avec lui… Ils avaient ignoré ce qu'ils faisaient, où cela les conduirait… Ils se laissaient bercer par l'instinct, oubliant leur devoir par l'onde de chaleur qui les avait baigné. Qu'elle le regrettait à présent !
Elle pleura. Sur quoi, elle n'aurait su le dire exactement. Et à vrai dire, elle s'en moquait. Elle pouvait pleurer sur sa stupidité, son rôle en tant que leader où en tant que femme. Sur des remords qui continuaient de la hanter, cet amour déchirant pour un homme qui ne cessera jamais de la poursuivre, où qu'elle soit. Pourquoi a t'il fallu qu'elle tombe amoureuse de lui ? Et cette facilité qu'il à lire en elle, perturbante, confirme ses doutes. Comment sortir de cette torpeur générale qu'elle s'est elle-même créée ?
Le Serpentaire devrait pourtant être la mieux placée pour savoir que lorsqu'on jouait avec le feu, on finissait toujours par se brûler.
« Aurora .. »
Le voix virile du Scorpion mis un terme à ces lourds instants de remise en question. Il se rangea à ses côtés et laissa son regard se perdre sur l'horizon. Presque naturellement, la tête de la portugaise vient se poser sur son épaule et la main du huitième gardien se noya dans la chevelure foncée. Ils restèrent ainsi de longues minutes sans parler, savourant chacun d'eux cette proximité retrouvée. Les yeux bleus-azur croisèrent un regard où se lisaient les souffrances qu'elle avait dû endurer. Le chevalier du Scorpion réalisa l'ampleur des dégâts en cet instant. Comment avait t'il pu manquer cela à ce point-là ? Était t-il trop obsédé par son envie profonde d'oublier son propre chagrin ? Il n'y avait plus longue et horrible agonie que celle d'espérer sans avoir la moindre chance d'être exaucé.
« La femme que je suis est perdue, Milo ..»
Sa voix se brisa sur le dernier mot. Il fut frappé par cette confession débordante d'émotions. Son poing droit se serra, songeant au Juge. Il n'y avait pas de place au doute en pareille situation. Aurora avait besoin de lui.
Un silence fragile s'installa entre les jeunes gens. Le Serpentaire sentait le regard de Milo posé sur elle, insistant. Il la jaugeait, l'estimait. Aucune lueur d'incertitude ne flottait dans le cosmo du Scorpion.
« Je suis là … »
La phrase demeura en suspens. Aurora releva le menton.
« Tu as toujours été là pour moi. »
Les yeux du Scorpion étaient fixés sur un point au loin, forme découpée se détachant du ciel obscurci. N'avait-il pas le devoir de faire tout ce qui était en son pouvoir pour apaiser celle qu'il a toujours aimé même si cela se pouvait se traduire en moult risque ou une éventuelle humiliation ?
« Pas autant que je ne l'aurai souhaité. » » admit le Grec.
Aurora sentit le sol se dérober sous ses pieds. Cet homme qu'elle admire peut-il lui apporter cette nouvelle forme d'amour ? Sera t'il suffisamment fort pour contrer ce malheureux spectre ? Toutes ces années, c'est lui qui l'a soutenu. Déstabilisée par cet aspect, elle se redressa subitement, la mâchoire serrée. Puis, bascula en arrière. Milo s'était levé à son tour pour la rattraper. Ses bras et ses mains étaient chaudes lorsqu'ils se refermèrent sur ses épaules et naturellement, elle se laissa aller contre lui.
« Nous avons tant à rattraper, chevalier du Scorpion. » confia Aurora, levant un regard plein d'espérance vers son vis-à-vis.
Puis, elle enfouit son visage dans le cou de l'autre chevalier et prit une profonde respiration pour s'imprégner de son odeur.
« Il n'y a que toi et moi. »
Ce murmure brisé… Cela déchira le cœur au Scorpion. Il compris. Tout. Cette écorchée-vive se débattait dans les remous profonds de l'amour et d'appréhensions qu'avait crée cet homme, celui qu'il haïssait le plus, ce parasite de Juge. Il ne pouvait empêcher son côté rancunier de prendre le dessus et en tirer satisfaction. Il compta jusqu'à trois pour ne pas se fâcher et serra davantage son amie dans ses bras. Le Sanctuaire était ces derniers mois en ébullition, et une seule petite étincelle pouvait faire sauter la fragile tranquillité qui avait mis tant de temps à s'installer. Cette étincelle qui pouvait être enclenchée par l'imprévisible chevalier du Serpentaire. Milo s'y refusait.
« Aurora, je ne laisserai plus quelqu'un blesser ton âme. Je le jure sur mon honneur de chevalier. »
A ces mots si sincères, quelque chose dans la cage thoracique d'Aurora se fissura. Longtemps, elle n'avait pas réussi à définir la posture qu'elle devait prendre avec Milo. Des semblant de papillons lui parcouraient le ventre. Elle avait connu bien pire. Pourtant, elle en avait conscience, elle était totalement déphasée. Bouleversée. Si perdue qu'elle avait laissé Eaque molester son cœur, la manipuler. À la pensée de ce nom, des multitudes d'aiguilles se plantèrent dans son cœur. Cette rupture avec lui fut aussi douloureuse que la perte d'êtres aimés : elle avait sangloté des nuits durant après la disparition de sa sœur, pour la retrouver à la guerre Berserkers. Elle se remémorait la brûlure du liquide écarlate entre ses doigts, les flammes puissantes de sa constellation les consumer. Était-ce là la réponse des Dieux ? Elle avait hurlé de désespoir après la mort de Demetria et n'en avait parlé à quiconque. Ses années de sa vie rustre entre sa famille et son devoir, son amour pour le spectre, sa victoire contre Arès défilèrent clairement dans sa tête. Durant de longs instants, le temps sembla suspendu. Même embrouillée dans ses facultés mentales, ses émotions diverses, elle faisait aussi partie de l'élite de la garde d'Athéna. Elle n'avait jamais pu mettre tout cela derrière elle, même si elle affirmait quotidiennement le contraire à ses frères. Elle se souvenait marcher sur la corde raide à chaque instant, prêt à vaciller. Elle devait se reprendre.
Pendant un instant, elle n'entendit que le vent et le battement régulier de son cœur. Ce cœur maltraité battant la chamade à un rythme effréné. L'espoir nous anime jusqu'à ses derniers moments, nous ronge jusqu'à sa perte. Nous maintient-il en vie ou nous tue-t-il ? N'est-il pas qu'une autre forme du déni ?
Enfin, elle l'acceptait. Elle acceptait vraiment son sort. Elle sentit les dernières larmes de la vérité s'échouer sur son visage. Le chemin de la résilience se dessinait enfin dans son esprit. Cette dernière rouvrit les yeux. Elle vit Milo ronger son frein, empli d'énergie nerveuse. Elle observa longuement le charismatique visage Grec lui faisant face. De son regard magnétique, il ne dit mot et attendait la suite. Le silence qui résonnait était assourdissant. Puis, Aurora eut un sourire tendre.
« Ce code d'honneur t'a toujours été propre, Milo. De tous les chevaliers d'Athéna .. » Elle sécha ses larmes puis ajouta : « Je dois ouvrir les yeux sur tant de blessures. Et c'est à l'homme auquel je m'adresse, non au défenseur de la paix. » finit-elle de déclarer solennellement.
Elle avait posé ses mains de chaque côté de la tête de Milo puis approché son visage à quelques centimètres du sien, son regard planté comme un poignard dans celui du brun.
« Je te l'ai dit, malgré ces différends il n'y a rien en ce monde qui ne m'empêchera de m'unir à toi. »
Le Scorpion demeura interdit. Un battement de cils. Un pincement de lèvres. Et puis, il sentit la bouche de sa bien-aimée contre la commissure de ses lèvres. Il n'y avait pas un grain de sa peau qui n'eut pas frissonné.
« Milo… Tes yeux .. Ces océans de tendresse, des cieux de douceur, des torrents de chaleur. La seule chaleur que je n'ai jamais supportée… dans lesquels j'aimerais me perdre pour oublier qui je suis. Des yeux dans lesquels je voudrais m'abandonner. »
Les yeux du brun … qui auraient pu être la seule chose susceptible de l'écarter de son devoir et de la mission qu'elle s'était donnée. Aurora le sait à présent, le chevalier du Scorpion est forcément cet élu, celui qu'elle aurait dû aimer avant les autres.
Un murmure, un souffle, une caresse, une délicieuse caresse. Puis une vague qui le submerge. Un torrent d'ivresse qui parcourt son échine. Un bonheur inouï, auquel il était certain de ne plus avoir droit. Milo a chaud. Beaucoup trop chaud. En cet instant, par ces mots emprunt de désirs puissants, il a envie de sentir cette chaleur sur sa peau. Il a envie de la sentir pénétrer son âme et adoucir sa peine. La même chaleur que les lèvres d'Aurora… La même chaleur que la peau sucrée d'Aurora… Son désir est trop grand et son corps lui fait comprendre, surtout maintenant, là. Parce qu'il l'aime comme un fou. Depuis le premier jour. Et ce désir le consume de l'intérieur depuis cinq ans, il ne le supporte plus.
Le Grec tend sa main vers le visage de la portugaise et caresse ses lèvres du bout des doigts. Aurora ferme les yeux, et un sourire, un sourire lumineux, étire chacun de ses traits. La belle resserra son étreinte, se rapprocha davantage du chevalier afin de sceller ses lèvres. L'instant d'après, un corps s'écrasa contre elle. Sans lui laisser un instant de répit, Milo étreignit Aurora et fondit sur cette bouche avec une rapidité fracassante en essayant de lui transmettre toutes les émotions qu'il ressentait en cet instant. La brune sentit une langue déterminée venir à l'assaut de la sienne. Un passage forcé, une sensation électrique. Ils ne pensaient plus qu'à l'autre. Ils ne pensaient plus qu'au plaisir prochain. Durant de longs instants, ils s'embrassèrent, s'abandonnant totalement l'un à l'autre. Plus rien d'autre n'avait d'importance. Il voulait tout savourer, tout découvrir d'elle.
La mine sérieuse, Milo se retire de l'étreinte en bloquant les bras d'Aurora. Pour une fois, elle ne pouvait pas l'emporter. La tentatrice qu'elle est voulait être assiégée et conquise. Le silence du Scorpion en disait long. Son regard déterminé, fort, incroyablement ensorceleur la laissa muette. Aurora était abasourdie de la volonté de cet homme. Alors il l'aimait donc à ce point ?
Un instant, elle fut angoissée. elle eut peur de ne pas être à la hauteur de ces sentiments dont elle percevait la violence. Mais c'est ainsi qu'était Milo. Excessif. Un vrai Scorpion. Quand il avait dit qu'il ne donnerait son cœur qu'une fois, maintenant Aurora en était intimement convaincue, cela s'adressait à elle. Aimer si pleinement, ça n'arrive qu'une fois. Milo a vécu tant de choses à sa première existence et en cette seconde qui lui a été accordée, il compris qu'il aurait beau se comporter comme un guerrier, il ne pourrait ignorer plus longtemps ses émotions pour le Serpentaire. Et elle est juste là en face de lui, tentante. Il avait faim d'elle. Et il comptait bien se nourrir. Lui avoir déclaré son amour n'a fait que renforcer sa volonté, ses désirs enfouis lorsqu'ils se côtoient. Tout ceci était trop difficile à gérer.
Milo colla à nouveau ses lèvres à celles d'Aurora et tirait sur les cheveux de sa bien-aimée pour l'embrasser plus profondément. La langue passionnée glissait contre la sienne, parcourait sa bouche. Le corps du Serpentaire semblait être secoué de tremblements incontrôlés.
Le Scorpion prit quelques secondes pour rassembler ses esprits : son rêve le plus fou était en train de se réaliser. Pendant plusieurs minutes dans un silence religieux, Aurora se soumit à ce regard qui la détaillait sans vergogne, mêlé d'une lueur espiègle mais non moins inquiétante. Elle était complètement à la merci de Milo. Il a gagné le droit de la réconforter, et il est bien décidé à en user et à en abuser. A la façon dont il sent maintenant son cosmo vibrer avec le sien, il sait que l'amour qu'ils se portent suppléera toujours à leurs états chagrins et contradictoires. En tout cas il veut le croire. Seraient-ils capables tous les deux d'assumer ça ? L'amour est un chemin pavé d'embûches qu'il faut déjouer.
Aurora adressa un sourire amoureux et espiègle. Elle s'adossa contre un arbre en arrangeant ses boucles foncées, et, féline, elle dirigea les mains du jeune homme sur son corps. Elle invita Milo à la saisir, ôta sa tunique et dévoila ses formes parfaites aux yeux du brun. Ce dernier détailla la brune, nue, offerte, laissant le désir monter davantage dans son corps si tant est que se fut encore possible. Milo était ému par cette vision de rêves. Aurora est magnifique. Cette dernière appuya sa tête contre l'arbre et leva ses bras. Elle se déhancha doucement et observa le Scorpion avec un regard brûlant.
« Sais-tu à quoi tu t'exposes en me provoquant ainsi ? » prévint Milo à la téméraire créature.
Pour toute réponse, Milo eut le droit à un rictus lascif.
Et il fondit sur elle comme un fauve sur sa proie. Emprisonnant ses poignets d'une main, il se servit de l'autre pour parcourir cette peau douce et brûlante d'excitation. Le Serpentaire sursautait à la moindre caresse. Milo reproduisit les gestes qu'il avait si souvent exécutés en songes. Il parcourut des mains la courbe sensuelle des reins, les flancs, le dos, les seins splendides qui se creusait à chacun de ses retours. Combien de fois n'avait-il pas imaginé ces instants ? Le Serpentaire gémissait sous ses assauts. Lorsqu'il ferma ses lèvres sur un mamelon, Aurora cria, l'encourageant à poursuivre. Ses doigts s'emparèrent de l'autre pour le martyriser et les cris reprirent de plus belle. De sa main libre, Milo cajola le flanc et sur une fesse qu'il se mit à pétrir durement. Il avait enfin la femme de sa vie pour lui. Son désir était si violent qu'il avait renoncé à le contrôler. Tant pis pour la tendresse. Là, dans l'immédiat, il voulait donner du plaisir.
Il porta la main à son armure qu'il ôta avec grâce. Puis, il caressa lentement le corps d'Aurora avec une passion qui le surprenait lui-même. Le Serpentaire soupirait. Il finit par libérer les mains de la treizième et la bloqua contre cet arbre bicentenaire qui aurait pu rougir sous l'étreinte des jeunes gens. Immédiatement, elle enlaça sa taille pour l'attirer entre ses magnifiques jambes. Aurora souriait, attendant son châtiment. Il se redressa, son regard planté comme une dague dans les yeux d'Aurora et ce corps offert. Elle lui ôta son maillot sans manche, dévoilant ce torse parfait et ciselé. En cet instant, le Scorpion semblait encore plus beau. Puis, un à un, avec une lenteur insupportable, Milo défie les boutons de son pantalon et passa ses mains autour de ses hanches pour faire glisser le vêtement. Il dénuda ses fesses, puis, retira chaque jambe avant de revenir vers Aurora.
Les Saints d'Or sont reconnus pour être des guerriers émérites, pour leur grandeur. Milo se conforme aux standards de virilité masculine avancés de la quasi-totalité des chevaliers d'Athéna ou des guerriers se battant pour les Dieux. Le huitième a un corps à donner des frissons : grand, fort, vigoureux. Celle-ci fut donc subjuguée par cette vision, ce corps d'éphèbe. Tel un chef d'œuvre, une statue Grecque. Elle avait oublié à quel point le Scorpion était viril. Elle bavait allégrement sur la silhouette musclée sublimée par une peau hâlée qui semblait assez douce pour qu'elle la caresse à longueur de journée.. Et ce membre dressé lui faisant honneur. Milo est hypnotisant.
Sa respiration s'accéléra, et d'un geste impatient, elle tendit les bras, invitant par-là Milo à s'y lover. Au contact de leurs corps nus, les deux amants gémirent de concert. Les bras de Aurora serraient le Gre comme un étau pour le sentir encore plus près d'elle. Le brun laissa à nouveau leurs deux langues jouer entre elles, avec plus de ferveur jusqu'à ce qu'ils manquent d'oxygène. Leurs respirations erratiques balayaient leur peau, comme le vent du désert sur les dunes de sable. Puis, il commença une descente au paradis. Chaque centimètre de la peau de la poitrine, du ventre, des flancs, des cuisses de son Serpentaire eut droit à un baiser, une morsure ou un coup de langue. Aurora ne s'appartenait plus. Sa raison l'avait abandonnée pour de lointaines contrées et ne lui reviendrait qu'une fois son désir assouvi. Milo déposa des baisers sur ses cuisses tremblantes, et petit à petit il s'approchait de son foyer ardent. Un coup de langue la fit crier et elle referma ses cuisses autour de la tête de Milo qui s'était accroupi et les maintint ouvertes sans ménagement, le gratifiant au passage d'un regard sauvage alors qu'il dardait la pointe de sa langue sur ce bouton à vif. Le corps de la portugaise se tendit comme un arc, un râle de plaisir franchit ses lèvres. Ses mains se perdirent dans la chevelure du Grec et ses hanches entamèrent un lent mouvement de va-et-vient. La portugaise se cambra, sa main accrochée à une branche afin de ne pas s'évanouir tant elle était aux anges. Elle poussa un petit cri qui résonnait délicieusement aux oreilles de Milo. Ce dernier fouillait de partout, titillant le fruit de la porte de son plaisir. Encouragé, son amant redoublait d'ardeur, alternant baisers et coups de langues à un rythme soutenu au fur et à mesure qu'elle lui serrait les cheveux avec force. Elle releva la tête et se crispa sous la sensation de l'intrusion dans son antre, sentant une chaleur humide l'envelopper.
Il la regarda de nouveau. La flamme du désir était devenue un véritable incendie. Des ondes de plaisir se propageaient à travers la jeune femme, portant sa chair à une température proche de la combustion. En un même mouvement, ils glissèrent sur le tapis herbeux, enlacés comme s'ils avaient été amants toute leur vie, voire celle d'avant. Elle poussa la huitième gardien avec un sourire féroce, laissa ses doigts parcourir le corps sculptural de Milo, s'emmêler dans ses longues mèches, retracer chaque muscle, chaque contour puis descendre lentement jusqu'à l'objet de son désir. Combien de fois avait t'elle imaginer cet instant ? A vrai dire, elle s'interdisait même d'y penser. Mais, lorsqu'elle se mit à frôler sa virilité, les mains du chevalier d'or saisirent les siennes et les immobilisèrent. Milo observa Aurora, qui semblait dire « Patience .. » Elle le supplia d'un regard puis, prit l'initiative d'un baiser long et appuyé, et à nouveau ses mains glissèrent doucement et reprirent le chemin du bas ventre. Lorsqu'elle se saisit de la verge plein de vigueur, Milo soupira de contentement par ce plaisir.
Aurora se baissa doucement et embrassa avec passion le membre pulsant, provoquant un soupir qui la fit sourire. Ce ne furent d'abord que frôlements aguicheurs, humides baisers qui peu à peu se firent plus pressants, plus insistants. Elle commença à lécher la colonne de chair sur toute la longueur, s'attardant sur les régions sensibles. Enfin elle le prit en bouche, et ce fut comme si le monde avait cessé de tourner pour Milo. Sans le quitter des yeux, Aurora fit de lents mouvements de va-et-vient. La brune faisait glisser le membre hors de sa bouche pour déposer des baisers. C'est comme si Milo avait reçu un coup de fouet au creux des reins. Par la Déesse, comment peut-elle le soumettre à un tel supplice ? Le Serpentaire le sentit et le reprit dans sa bouche. Elle accéléra ses mouvements, Milo haletait. Instinctivement ses hanches avaient entamé un mouvement lascif, sa main caressait la tête de sa bien-aimée. Il s'enfonçait de plus en plus dans le chaud et humide fourreau. Les va-et-vient devinrent frénétiques. Le brun se sent devenir sénile. Depuis le début de leur étreinte, il prenait lentement conscience de l'immensité de ses sentiments. C'était au-delà de tout ce qu'il avait imaginé. Son esprit se refusait à le concevoir. Il pouvait mourir pour Athéna, il pourrait tout autant mourir pour Aurora. Il était prêt à lui offrir sa vie s'il le fallait.
Alors il se dressa, se saisit du menton de sa belle. Il l'embrassa profondément, jusqu'à ce que l'air lui manque. Puis, Milo plaqua Aurora sur le dos et la regarda plein d'amour. Et tout en se délectant à nouveau de ses lèvres, en caressant ces seins délicieux, il entra profondément en elle. Aurora gémit de surprise. Elle ne s'était pas préparée à une telle fougue. Le Scorpion est tellement passionné. Milo soupira d'aise. Le corps d'Aurora était brûlant, une véritable fournaise : ses parois douces le comprimaient, s'écartaient devant lui, la chair s'ouvrant pour le laisser passer. Ses muscles se contractaient et l'enserraient, lui faisant perdre la raison. Durant un instant, l'existence du Scorpion se para d'une indicible saveur d'éternité. Comment a-t-il pu attendre autant de temps ? Les barrières s'effondraient d'elles-mêmes, les remords, les regrets, la noire culpabilité s'effaçaient pour laisser la place aux vagues blanches du plaisir. Il donna un premier coup de reins, sa partenaire cria en sentant le membre forcer un peu plus sa voie étroite alors qu'il se glissait une seconde fois sans répit dans ce corps accueillant. Milo sentait que c'était là sa place, enfoncé au plus profond d'Aurora, il aimerait que jamais ça ne s'arrête …
Elle s'arqua contre lui et fixa son amant. Milo l'obligea à rester totalement immobile, son regard planté dans celui de la treizième, retardant par jeu le tourbillon de sensations qui allait s'abattre sur eux. Mais elle ne l'entendait pas de cette oreille et, avec un petit sourire canaille, elle bougea imperceptiblement les hanches. Le Scorpion étouffa un gémissement et obéit de bonne grâce à cet ordre silencieux. Il adopta un rythme lent et ample, qu'il accéléra progressivement à mesure que cette chaleur au creux de ses reins s'étendait à tout son corps; les soupirs et gémissements d'Aurora sonnaient à son oreille comme une musique divine, lui ôtant le peu de raison qu'il lui restait. Petit à petit, la cadence monta. Milo prit un rythme plus régulier mais son désir était tellement fort qu'il accéléra davantage le mouvement. Ses coups de reins sentent l'urgence, la passion et un désir sans cesse grandissant. Elle mit les mains sur les fesses de son amant et le poussa à accentuer de plus bel. Il crocheta ses doigts dans les hanches pour donner plus de vigueur à ses coups. Les plaintes lascives charmaient son ouïe. Il ne s'en laissait pas. Elle écarta encore ses genoux, s'offrant encore plus à son bien-aimé. Milo avait une main contre la tête de sa compagne et son front contre le sien, l'autre caressant ses cuisses. Elle se mit à profiter pleinement du membre viril avec force, tentant d'enserrer son amant ce qui augmentait grandement le plaisir du Grec. Les vas et viens s'enchaînaient pour ne laisser aucun répit, la pilonnant avec vitesse avant de rester en elle pour explorer son antre. Elle murmurait à son oreille des indécences en portugais, renforçant l'excitation du Scorpion. Aurora poussait des gémissements qui enflammaient Milo. Après un moment, il ralentit la cadence juste pour lui le temps de se redresser pour être au-dessus d'elle, puis repris son rythme de croisière avec amour.
Le ciel était surchargé d'éclats, d'étoiles brillantes, belles comme des anges. Pendant ce qui sembla être une éternité, Milo fit l'amour à Aurora. Il lui faisait si bien l'amour que son excitation décuplait à chaque coup de rein. Elle perdait la raison, là par terre sur l'herbe fraîche de cette nuit caniculaire, éclairée par le clair de lune. Un feu grandissait dans son bas ventre la faisait trembler. Le Grec se sent devenir fou. Jamais il ne ressentait de plaisir si intense. Le jeune homme était proche de l'orgasme. Aurora aussi était à l'agonie : le plaisir qui parcourait son corps en vagues toujours plus intenses semblait bientôt atteindre son paroxysme. Elle avait ressenti quelque chose de similaire avec un seul homme. Et elle est heureuse d'avoir retrouvé cette sensation avec le chevalier de son cœur. L'unique, celui qu'elle aurait dû choisir.
« Milo … mon amour .. » lui souffle t'elle.
Le Scorpion rata un battement. Avait t'il bien entendu ? Pour toute réponse, elle eut le droit à un baiser alors qu'il l'a pénétra plus fort. Elle gémit de bonheur. Aurora lui prit alors la main et guida le Scorpion en ne se quittant pas des yeux. Il caressa l'endroit sensible pour amener sa partenaire à l'extase. De courts instants plus tard, les yeux fermés, le Serpentaire laissa un long cri s'échapper de sa gorge, hurlant le prénom de son chevalier tandis que l'esprit de Milo vola en éclats, sentant son amante se contracter et ne laissant de lui qu'une explosion de jouissance pure. Pantelant et couvert de sueur, il s'effondra aux côtés de sa partenaire qui tentait elle aussi de reprendre son souffle.
Le vent salin gonflait l'herbe et apportait à la face de Milo des fragrances provenant des arbres fruitiers plantés non loin d'ici. Encore sous le coup de l'émotion, son regard se perdit dans les profondeurs de l'univers qui s'étendait devant lui. Il avait succombé à Aurora. Est-ce que ses projets d'amour avec le Saint de Serpentaire vont se concrétiser ? Milo n'en a cure pour le moment. Seul ce corps pressé et chaud contre le sien compte. Il tourne la tête vers sa bien-aimée et constate qu'elle s'est déjà assoupie. Son visage était détendu et calme. La belle frissonna. Milo se dressa et sa saisit de la cape qu'il avait jeté nonchalamment. Il la rabattit sur la peau douce de la portugaise et lui donna un baiser sur l'épaule. Il la ramena contre lui et l'admira. Longtemps, il la contempla dormir dans ses bras. Parfois il lui caressait le visage et humait le parfum de ses cheveux. Aurora lui appartenait. Enfin. Et finalement, le sommeil le gagna à son tour.
Il n'avait pas remarqué la présence de Dragon des Mers dans les parages. Ce dernier avait finalement retrouvé Aurora et avait stoppé sa marche en constatant les cosmos particuliers qui étreignaient les deux chevaliers. Des énergies d'un amour profond. Il en fut touché. Ne voulant s'immiscer dans la vie de sa sœur de cœur et d'un vieil ami du Sanctuaire qui un jour, lui avait pardonné ses péchés et rendu son honneur de chevalier, Kanon détourna les talons.
« J'espère que tu sais ce que tu fais, Milo .. » avait songé le Premier Général, « Nul homme ne dompte le Serpentaire. Ceux qui y essayé en sont morts .. Où le cœur en miettes. »
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Très tôt ce matin-là, allongé derrière son amante, Milo tenait Aurora contre lui avec force douceur. Cette dernière s'éveillait tranquillement. L'amure du Scorpion, posée en totem à quelques mètres scintillait noblement devant ses yeux. On dirait qu'elle veillait sur elle. Avait -elle rêvé ? S'est t'elle donnée au Scorpion ? Un baiser dans le creux de son cou répondit à son interrogation.
Milo était bien là, totalement nu et subjuguant.
« Bonjour chevalier. » murmura le Grec avec sensualité.
Elle tourna son visage vers le sien, évitant de trouver le regard captivant de son vis-à-vis, se sentant soudainement fébrile et lui donna un baiser tendre sur la joue : « Scorpion … »
« As-tu bien dormi ? » demande le Grec en caressant le visage gracieux.
« J'ai oublié où j'étais. »
Il lui sourit tendrement.
« Je .. Milo .. »
Timidement, Aurora évita de croiser les yeux clairs et captivants du huitième gardien qui remarqua son malaise.
« Tout va bien. »
« Par tous les Dieux .. Qu'est-ce qu'on a fait .. » gloussa doucement la brune.
« Ce que nous aurions dû faire depuis des lunes.. »
Elle sourit de soulagement.
« Tu es envoûtant. »
En guise de réponse, il passa ses longs doigts sur le visage gracieux d'Aurora, la gratifiant d'un regard gorgé d'amour. Les baisers brûlants dont il couvrait ensuite les épaules et la nuque d'Aurora faisaient délicieusement gémir celle-ci. Il laissa sa main vagabonder sur cette poitrine généreuse où il taquina les tétons. Elle le sentit frétillant. Le Serpentaire soupira de plaisir et colla davantage ses fesses contre la virilité Grecque.
« Milo… Je te veux encore… » souffla-t-elle avec une irrésistible sensualité dans la voix. La brune tourna la tête et trouva les lèvres qui la rendait dingue.
« Alors, je suis à toi… autant que je veux … » lui répondit le Grec d'un petit rictus.
Milo étreignit plus fort le corps contre le sien tout en s'emparant de l'un des seins en sa bouche. Elle sentit l'autre main du Scorpion se faufiler entre ses jambes pour atteindre son intimité. Passé la surprise de l'intrusion, Aurora donna des hanches, au bord de la folie douce. Elle ouvrit les yeux et planta ses orbes chaleureux dans celles enflammées du séduisant guerrier. Le Scorpion la renversa sur le dos et l'embrassa avec fougue alors qu'il s'engouffrait en elle. Cette passion déraisonnable, elle ne pensait pas le revivre. Impatiente, elle le bascula vivement et chevaucha son amant. Elle ondula sur lui comme une liane souple tout en dévorant sa bouche. Leurs respirations saccadées et les petits gémissements qui les ponctuaient, alimentaient leur excitation. Aurora passa une main derrière elle et plaça le membre désiré dans son intimité. Milo arrêta de respirer puis laissa échapper un long râle rauque à mesure qu'il se sentait happé par le corps chaud et moite qu'il aimait tant. Le Serpentaire cria plus fort, laissant place à un plaisir foudroyant qui remonta le long de son échine. Le couple reste un moment immobile, savourant jusqu'à l'extrême cet instant de communion unique. A chaque fois renouvelée, à chaque fois exceptionnellement intense.
Aurora se redressa, les mains en appui sur le torse au teint parfait. Elle bougea légèrement les hanches et sentit son amant glisser au plus profond d'elle. Elle rejeta la tête en arrière, un soupir d'extase s'échappant de ses lèvres. Milo caressa les seins tendu d'une main et de l'autre, il se repaissait de la douceur de la peau fraîche des cuisses fermes, du ventre plat dont les muscles se contractaient à chaque inspiration de plaisir. Un sentiment d'abandon le saisit lorsqu'elle sortit du corps brûlant, puis un cri jaillit de sa gorge quand elle y replongea. De longs instants d'extase les étreignit. Ils oublièrent tout et s'abandonnèrent complètement l'un à l'autre. Milo sentit sa respiration erratique et son cœur battant plus vite que la normale. La chaleur et le plaisir avaient de nouveau pris possession de lui. Il réussit à faire hurler Aurora de plaisir lorsqu'il trouva le point sensible de sa paroi duveteuse en quelques coups de reins profonds. Il se déversa en elle avec exaltation, le cœur saccadé. Aurora le regardait avec une lueur d'adoration dans les yeux. C'était lui avec son corps, son cœur et son âme qui provoquait ces grimaces de jouissance et c'était seulement dans ses instants là qu'elle lui semblait toucher la perfection. Les deux amants s'étreignirent passionnément. Il restèrent ainsi à se regarder, lui caressant la peau douce de sa dulcinée pendant qu'elle l'embrassait un peu partout sur le visage, qu'elle sentait sa chevelure. Ils s'assoupirent paisiblement, oubliant même tout ce qui les entoure, le temps avait cessé de tourner.
Un peu plus tard, un garde du Palais court à en perdre haleine. Il revenait de la forêt maléfique située à quelques lieues d'ici. Il est tellement préoccupé qu'il passe à proximité de Milo et Aurora, étendus nus, endormis l'un contre l'autre sans même les remarquer. Sa course extirpe le Saint du Scorpion de son sommeil. Aurora ouvrit les yeux péniblement, détestant être brusquée de si bon matin. La réalité du devoir avait repris le dessus sur tout le reste. Avec regret, le Serpentaire se leva en soupirant doucement.
« Il semble avoir de l'agitation. » commenta Milo en s'emparant de ses habits, « Hâtons-nous. »
Elle haussa les épaules puis, s'habilla nonchalamment, pestant comme un marin d'avoir été réveillée, et en si bonne compagnie. Ça y est, le masque de chevalier avait été remis en place. Cette facilité que Milo et ses camarades avaient de masquer leurs émotions … Elle secoua la tête, et se saisit de ses sandales en soufflant. Par Athéna, pourquoi ne lui a t'on pas accordé une heure de plus, juste une avec le huitième gardien ?
Milo était prêt, armure sur le dos et remettait son opulente chevelure en place. Elle l'admira un instant. Et se pinça les lèvres. A présent elle sait à quoi ressemble ce corps musclé dissimulé sous ce tas de protections en or.
« Allons voir ce qu'il se passe. » s'exclama le huitième gardien en prenant le chemin du Palais.
Après quelques mètres, il réalisa que le Serpentaire était restée en arrière. Il fit vote-face et aperçu Aurora qui le jaugeait d'une moue mauvaise, sa cape dans les mains, le pas lourd. Elle le dépassa en lui jetant un regard noir. Milo compris sa méprise et rapidement, il rattrapa la promise par la main. Il la regarda intensément.
« Je refuse de me confronter à toi de si beau matin, chevalier. »
Il lui donna un baiser. Elle s'enflamma mais tint bon.
« Tu ne t'en sortiras pas ainsi. »
Il aborda un sourire malicieux.
« Je vais prendre un bain et te retrouverai avec les autres. » prévient-elle alors qu'elle remettait en place la cape de son amant.
« Aurora … » s'exclame Milo alors qu'elle repartait, sans vraiment prêter attention à ses propos.
« Quoi ? » fit t'elle mauvaise.
« J'ai passé une nuit enchanteresse. »
Elle s'immobilisa.
« Moi aussi chevalier, j'ai oublié où j'étais. » finit t'elle pour lui répondre.
Elle reprit sa marche, et ensuite se tourna d'un quart pour lui annoncer : « Je t'aime, Milo du Scorpion. »
Il resta là. Tétanisé par la subite déclaration du Serpentaire qu'il n'attendait pas.
Milo demeura où il était, son regard dans la vague, perdu par ces petits mots qu'il avait toujours espéré alors que la Commandante du Sanctuaire abordait un mince sourire de triomphe ... et de soulagement.
A suivre
