CHAPITRE 21

Points de vue (Partie I)

Village de Honkios, Sanctuaire

Diogo Vosta (Berger Portugais)

« Encore un matin sans toi. Un matin de trop. Je réalise à quel point ta disparition a affecté le plus profond de mon âme même des années après je ressens ce manque, cette partie de moi-même qui m'ait été arraché prématurément. Pourtant, je ne peux faillir. Je l'ai promis. Sur ta mémoire, celle de nos filles et sur ma propre raison d'exister : Aurora. Parce qu'abandonner donnerait raison aux Olympiens et que ta mort ne signifierait rien. Comment pourrais-je concevoir cela ? Maître Wilfried m'est encore apparu en rêve. Quel personnage tenace. Même mort, il continue de me harceler. Le Grand Pope m'a reçu hier. J'apprécie cet homme. La sagesse qui se dégage de lui. Nous avons échangé sur la raison de mon impatience, notre chair et notre sang, Patricia. Il n'y a pas un jour où je ne songe pas à elle. Ce bébé tout juste né, est une femme à présent. Aurora, où-es tu ? Pourquoi continuer de se battre puisque ton devoir a été rempli ? J'essaie de la visualiser. Je détiens peu d'informations sur ma fille. Le mystère qui l'entoure semble inviolable. A croire qu'ils se sont tous donné le mot, même au village. Le marchand de fleurs a été le seul bavard avec moi. Un chevalier est passé lui rendre visite le jour suivant. Depuis, il ne dit mot. Il m'a quand même révélé que le chevalier du Serpentaire est une grande amatrice de fleurs, en particulier les tulipes et le jasmin. Surtout des rouges ou des blanches. La couleur de la passion. Toi aussi tu étais comme ça, Patty. Apparemment, Aurora aime rentrer dans son temple et y trouver toutes sortes de bouquets me disait-il. Beaucoup du village se disputaient ses grâces pour lui proposer leurs compositions .. ou tenter une approche plus galante. Obtenir ses faveurs est le terme approprié. Mais le peu qui a osé fut houspillé par les chevaliers de la Coupe ou de l'Horloge, ses frères d'arme depuis l'enfance si je me souviens. Ils sont à cheval sur le protocole chevaliers/civils. On disait qu'Aurora venait au village incognito mais tout le monde la reconnaissait et se courbait à son passage. J'aimerais l'apercevoir un instant afin de m'imprégner d'elle comme je l'ai faisais avec toi, Patty.

Je sors de chez moi en prenant soin de bien fermer à clé. Il fait bon ce matin. Déjà très chaud. Même si je suis loin du plus proche village, je reste prudent. Le Pope Shion a bien insisté. Nul ne doit connaître mes liens avec le Serpentaire. Ni Demetria. D'ailleurs pourquoi son existence reste secrète ? J'ai adopté Dem' lorsqu'elle est née. Patricia, te te souviens ? Tu étais à ton premier trimestre lorsqu'un coup de foudre nous a réunis. Ce jour fatidique où moi grand séducteur jamais rassasié de jolies dames, je tombe inéluctablement sous ton charme tendre et félin. Après notre rencontre, toutes me laissaient profondément indifférent. Je n'avais que toi dans mon cœur. Lorsque Demetria vît le jour, je savais qu'elle aurait une existence incroyable. Je l'aimais déjà. Alors que devient l'aînée ? Et personne pour me répondre. Ma demande reste suspendue dans le néant. Le Seigneur Shion m'a prévenu que seule Aurora avait le droit d'évoquer sa sœur.

Je débute mon ascension vers la vallée où mon troupeau séjourne. Je n'ai jamais été un berger aisé mais je dois dire que les animaux fournis par le Sanctuaire sont productifs. Le lait que je revend me permet de vivre tranquillement. Trois bêtes m'ont été accordées afin de reconstituer mon bétail. Et depuis j'en ai racheté cinq autres : trois chèvres, une ânesse et une jument. La dernière était coûteuse. C'est néanmoins un cheval très endurant pour la route et la terre et qui me permet de circuler partout. Elle est jeune et j'aimerais qu'elle me donne un petit ou deux afin de revendre ces derniers. Un bel étalon pure race serait le bienvenu parmi mes bêtes. Au fil de mes pensées, je réalise que je ne suis pas seul. Je ne le suis jamais. Il y a toujours un chevalier à me guetter. Je met ma main devant les yeux, en contre-jour des magnifiques rayons de soleil Grecs. Il est là-haut sur son promontoire. Décidément, quels importuns ces types-là. Je commence à m'habituer à eux mais je manque d'intimité dès que je pose un pied dehors. J'ai surtout affaire aux chevaliers de Bronzes. Aujourd'hui j'ai le droit à un guerrier de la caste au dessus. En quel honneur ? Je ne le visualise pas bien. Mais je sais qu'il me dévisage. Je poursuis ma route sans prêter attention à ses agissements. Je dois aller chercher de l'eau à la rivière en contre-bas. Elle est pure et bonne. Elle me revitalise que ce soit pour m'y baigner ou la préparation de mes repas.

Lorsque je suis près du cours d'eau, je me sens mal à l'aise. Je me tourne. Le chevalier d'argent est juste derrière moi. Je le reconnais de suite. C'est le fameux Persée. La beauté de son regard perçant me fait froid dans le dos. Il est beau garçon. Il semble provenir d'une autre contrée car je décèle chez lui un semblant oriental. Il est un peu plus grand que moi, mesurant 1m86. Nos regards se soumettent à un duel silencieux. Il me met au défi. Et c'est moi qui gagne.

« Vous êtes un homme acharné. » déclare finalement le guerrier en s'avançant.

« C'est ce qui m'a permis d'être ici. » Je lui répond sans le regarder, reprenant mes activités.

Je remplie les deux cuves. Ils me feront normalement deux jours. Le chevalier d'argent poursuit : « C'est une qualité que j'apprécie. Permettez que je vous allège. » proposa-t-il d'un ton suggestif en s'emparant des récipients.

Je hoche la tête. Et le voit au plus près. Ses yeux bleutés sont réellement saisissants. Il a de quelque chose de fascinant et menaçant à la fois.

« Pourquoi êtes-vous là, Saint de Persée ? Je ne crois avoir commis la moindre erreur qui aurait indisposé votre Pope. »

Moment de flottement.

« Nullement. » affirme t'il alors en me faisant signe d'avancer, « Je souhaitais m'assurer de votre confort. »

Je hausse un sourcil. « Vous êtes le premier Saint d'Argent à vous soucier de ma personne. Même les fiers Saints d'or sont plus justes que vous. »

Ma réponse ne l'atteint nullement.

« Votre effronterie n'a point décru. » rétorque t'il en regardant droit devant lui.

« C'est ce que disent tout le temps le Seigneur Shion et Maître Wilfried. Pour rien au monde je ne changerai quoique ce soit.»

Il aborde un mince rictus.

« Vous me rappelez le chevalier du Serpentaire. » m'assure t'il comme s'il annonçait la pluie et le beau temps.

Je stoppe ma marche. Nette. Il m'a pétrifié sans même utiliser ses dons. Je ne pouvais pas y croire. E t, plus que tout, je ne voulais pas y croire. Comment ose t'il évoquer ma raison de vivre de cette façon ? Après tout ce que je dois endurer depuis des mois ! D es images défilaient devant mes yeux, impitoyables. C'était comme s'il avait lancé ma vie dans un long-métrage dramatique : depuis la naissance d'Aurora jusqu'à ce jour. Je devais faire un effort mémorable pour ne pas me laisser envahir par la colère.

« L'épreuve que vous traversez peut bien être adoucie par ces quelques mots. Cette allégation n'affectera en rien le mystère entourant votre fille. »

Je suis harponné par le regard de ce jeune-homme aux longs cheveux châtains. Il s'était tourné à moi et m'observait avec une telle intensité que mes larmes semblaient vouloir s'échapper sur mes joues. Dans les moments difficiles, penser à l'amour de Patricia m'apporte du réconfort. Je tint donc bon. Les chuchotements du vent créaient une drôle de berceuse unies avec les paroles du chevalier. Je le toise calmement. Il me fixe à son tour un moment et reprend sa marche. Je reste béat par cet élan d'empathie. Pourquoi ? A t'il un lien quelconque avec ma fille ? Si c'est le cas, je dois le cerner. Mon instinct de père prend le dessus. Ce chevalier n'est pas un rigolo. Il fait parti des meilleurs Saints d'Argent. Le moindre faux pas me sera préjudiciable.

Tout à coup, je me met à frémir. Je ne peux l'expliquer. Persée stoppe sa marche et s'exclame : « Tu ne peux pas t'en empêcher. » s'exprime t'il d'une voix monocorde teintée d'ironie.

Je fronce les sourcils. Quelques secondes plus tard, un autre chevalier apparaît. Je ne lui ai jamais parlé mais j'en sais suffisamment pour n'avoir guère envie de me frotter à ce personnage. Il lit dans les pensées. Grotesque. Je n'ai pas envie de l'écouter. Il semble déjà comprendre mes sentiments à l'évocation de son sourire suffisant.

« Je vous en prie Diogo, je ne suis pas votre ennemi. » lâche t-il en croisant les bras.

Je fixe le chevalier. Et marmonne dans ma barbe.

« Vous m'en direz tant. » en lui jetant un franc regard, « Deux chevaliers d'argent aujourd'hui. Je suis flatté. Bientôt, je vais avoir le droit aux vos camarades dorés et disparaître je ne sais où ... »

Persée et le télépathe sourient.

« Tu avais raison. Cet homme n'a pas la langue dans sa poche même face à deux Saints d'Argent. »

« Zeus lui-même ne me ferait pas peur. »

« Et bien .. » continue l'autre drapé dans son dédain apparent , « Vous ne craignez ni Dieu, ni guerriers sacrés. D'où tenez-vous une si grande arrogance ? »

Je souffle.

« Je ne suis rien de tel. On m'a enlevé femme et enfants. Je me raccroche à cela. Seuls les déités sont coupables d'arrogance. Ils le sont tous. Qu'ils me foudroie ou me laisse continuer mon chemin. »

Silence.

« Athéna n'est pas contre vous. » soutient le nouveau venu. Il a les cheveux portant vers le blond foncé, la peau matte. Plus petit en taille que son compère. Son armure d'argent scintille sous l'astre.

« Laissez-moi en paix. » Je reprend les récipients à son ami en le foudroyant du regard. « Chevaliers, Dieux .. tous les mêmes. Vous vous sentez au dessus de tout. »

Après avoir parcouru quelques mètres, je les sens tout près de mes flancs. Ils me prennent les cuves des mains et Persée m'assure : « C'est sa Sainteté qui nous envoie, Diogo. »

« Suite à l'entretien qu'il vous a accordé hier, il est revenu sur sa décision ». Devant mon froncement de sourcils, le second chevalier marqua un temps d'arrêt. « Grâce à l'insistance des chevaliers d'or. » ajoute t'il d'une voix plus mesurée .

Je m'arrête et me tourne franchement vers eux.

« Vous moquez vous de moi ? De quoi s'agit-il à présent ? »

« La principale .. résolution. » avoue le second chevalier. Il eut un signe d'assentiment .

« Cessez de jouer avec mes nerfs. » En regardant droit dans les yeux le télépathe.

« Moi, Asterion de la constellation des Chiens de Chasse, je le jure sur mon honneur de chevalier, je ne me joue pas de vous. » ajoute t'il avec fermeté.

« Quoi ? »

Je réalise enfin ses propos. Me raillent-ils encore ?

« Je vous assure que non. » répond Chien de Chasse. Diable, il sait vraiment lire en les gens.

Un long silence s'en suit. Je veux m'effondrer. J'accélère ma marche, soucieux de rentrer dans mon antre afin de ne plus retenir mes larmes. Je refuse de faillir devant ces orgueilleux guerriers.

« Voyons, Diogo. Puisqu'on vous dit qu.. »

« Partez ! » Je m'énerve, prêt à en découdre avec ces surhumains, « Partez où tuez-moi, mais cessez ces gausseries psychologiques. Ces fausses promesses. Je préfère encore mourir .. »

Mon regard baigné de larmes en disent long. Je suis moi-même devant des étrangers, le masque tombe. Je ne peux plus reculer. Je n'en peux plus. Je m'effondre : « Patricia .. ô mon amour, pardonnes ma faiblesse. »

Je me réveille plus tard dans mon couchage. La bouche pâteuse et la tête lourde, je jette un coup d'œil méfiant autour de moi. Les chevaliers sont toujours là en mon salon, en train de se concerter par cosmo, cette facilité que possède les chevaliers gradés pour communiquer sans être entendus. Je le suppose, à force de les observer. Je commence à connaître leur mode de fonctionnement.

L'un est contre un mur, l'autre la fenêtre, admirant le ciel clair. Je me lève, les jambes en coton. Combien de temps ai-je été dans les vapes ?

« Au moins deux heures. »

Persée me répond.

« Vous aussi vous vous infiltrez dans les pensées des gens ? » Je regarde froidement son compagnon qui ne sourcille pas. Un profond silence me répond, bientôt brisé par un mince ricanement étouffé en provenance de son compère.

« Il le lit dans votre regard. » rassure l'autre.

Je m'empare d'un amphore et me sert de l'eau fraîche. Je fais signe aux chevaliers s'ils désirent s'abreuver. Ils secouent poliment la tête.

« Vais-je réellement voir ma fille ? » Je demande après un moment.

Ils hochent la tête en même temps. J'en tremble, cela paraît irréel.

« Pourquoi la déesse a changé d'avis ? »

« Vous n'avez pas à le savoir. » rétorque Asterion, « Tout ce qui importe est son souhait de vous voir enfin comblé. »

« Bien. » Je consens. « Quand aura lieu la rencontre ? »

« Nous vous demandons de patienter quelques semaines. »

Je rumine au fond de moi.

« Le chevalier du Serpentaire est en mission. » ajoute Persée.

« Autant repartir. » lance-je aux chevaliers.

« Quel homme exigeant. » me claque Chien de Chasse, « Estimez-vous heureux que le Seigneur Shion ait pu convaincre la grande Athéna. Quoique vous en disiez, notre Déesse se soucie de vous. »

« Pourquoi la déesse aurait une telle préoccupation ? »

« Athéna prêche la sagesse, représente la justice et la paix sur Terre. Étant le parent d'un de ses chevaliers, il n'est pas étonnant que la princesse se concentre sur votre cas. Car elle doit préparer mentalement notre Commandante à votre rencontre. »

Je frémis une fois de plus.

« Aurora ... Ma petite-fille cheffe militaire .. » songe-je. Je les regarde un par un et demande : « Alors comme ça, elle a hérité de mon insolence ? »

Ils se concertent du regard.

« C'est une de ses forces. » répond Asterion.

« A quoi ressemble t-elle ? »

Ils hésitent. S 'entre-regardèrent.

« Tous se retourne à son passage. » continue Persée.

« Je sais tout cela ... » dis-je à mon interlocuteur de gauche, « Je vous demande simplement de la décrire. »

Quelques instants de silence, ce à quoi Persée répond : « Ne voulez-pas garder cette faveur lorsque vous la verrez ? » m'assure t'il en se dirigeant vers un coin de la pièce là où se trouve un petit buffet.

« Je veux cette précision, s'il vous plaît. »

Persée me fixe : « Allez-vous continuer cette insistance après ces révélations ? » demande t'il. Je lui fais une promesse muette en hochant la tête. Ce dernier dévie son regard vers les photos de famille, puis s'exclame : « Je peux vous garantir une chose : la lune elle-même est bien pâle face à ses cha... »

Il s'interrompt brusquement. Son collègue tourne la tête.

« Argol ? »

Pas de réponse. Le regard du Saint d'argent de Persée est fixé sur une chose : une photographie de Patricia. C'est moi qui l'avait prise alors que nous passions une journée féerique en sa ville natale. Ce jour-là elle était si lumineuse qu'elle aurait rendu jalouse la déesse Aphrodite.

« C'est ma bien-aimée, Patricia Fatima Vosta-Santos. Elle attirait tant d'hommes dans son sillage que j'en étais éperdument jaloux. Elle savait me contenir. Elle était d'une douceur sans pareil et particulièrement déterminée dans ce qu'elle accomplissait. » en me saisissant du cadre que Persée avait en main, « Elle attendait Aurora à ce moment-là, elle était enceinte de quatre ou cinq mois mais cela se voyait peu. Elle était en forme. Le bébé bougeait souvent, rendant ma femme épanouie. »

Les deux hommes m'écoutaient attentivement pendant que je continue de t'admirer, ma Patty en ce rare souvenir de toi et ce médaillon que tu m'avais offert. Je vais vers la chambre et j'entends les chevaliers se concerter à nouveau. Lorsque j'y reviens, je leur montre ce que j'ai en main :

« La bague de fiançailles de mon épouse. Je veux qu'elle soit pour Aurora. C'était le souhait de sa mère. » Dans l'autre main je détiens un bracelet en or : « Et celui-ci est pour Demetria. C'est tout ce que j'ai gardé de mon bonheur. »

Long moment de silence. Assourdissant. Les deux guerriers semblent me fixer et lire en moi comme pour anticiper quelque chose. La frustration qui m'avait saisie plus tôt s'évanouit peu à peu. Car je n'entendais ne pas les sortir de cette pièce sans obtenir l'explication désirée.

Finalement, Persée s'exclame tout en fixant la photo de Patricia : « Il semblerait qu'Aurora ait hérité de votre force de caractère ainsi que certains de vos traits .. » Je commence à ouvrir la bouche mais il ajoute : « Elle ressemble néanmoins à votre bien-aimée. »

« C'est presque son portrait craché. » continue le chevalier de la Meute, « Votre épouse était très belle. Je comprend votre attachement éternel à son égard.»

Incroyable. Je demeure assourdi. Et je m'empare d'une chaise, en me frottant la tête.

« C'est ce que m'a dit Milo ... »

Je marmonne d'une voix presque imperceptible. J'aurais pu me taire à ce moment-là, j'aurais peut-être même dû.

« Que venez-vous de dire ? » s'exprime alors Persée, une pointe légèrement indisposée dans la voix. Son ami lui, a ouvert de grands yeux.

« Le chevalier du Scorpion. » Je répond devant le regard accusateur de mon vis-à-vis , « Lors de nos premiers échanges, il avait assuré que la beauté de ma fille se remarquerait même dans le pénombre. »

Je vois la mâchoire de Persée se serrer. L a contrariété ternissait l'éclat de son regard bleuté.

« Chevalier ? » en m'adressant au fameux « Argol ».

Ce dernier se hâte vers la sortie : « Nous vous tiendrons informé. Restez discret et gardez vos enthousiasme pour votre fille. »

Et il quitte la pièce sans un regard. J'arque un sourcil. Quelle mouche l'a piqué ? J'interroge son compagnon. Il reste évasif. Mais je persiste : « Asterion, est-ce que votre confrère aurait une affinité particulière avec ma fille ? »

Ce dernier sursaute brièvement.

« Je vous en prie, moins vous en savez mieux c'est. » rétorque mon vis-à-vis d'une voix incertaine en me voyant me raidir imperceptiblement sur ma chaise.

« Écoutez, je ne suis pas fou pour un sou. J'ai de l'expérience, jeune-homme. » Je poursuis sur un ton désobligeant, « J'ai lu dans ses yeux une méprise envers le chevalier du Scorpion. » Il captue mon regard avec, au fond des yeux, une surprise comme une évidence gênée : « Sachez que j'apprécie cet homme et qu'il a fait en sorte que je ne manque de rien. » L'inspiration qu'il prend à cet instant ne débouche sur rien d'autre que son silence. « Serais t-il en proie à des sentiments envers ma fille, lui aussi ? »

Un ange passa.

Devant le mutisme affiché du Saint d'Argent, je sais que j'en ai dit de trop avec les deux derniers mots. Le sifflement d'agacement que le chevalier laisse échapper alors qu'il se redresse et me tourne le dos ne m'échappe pas. Il rajoute froidement : « Le chevalier du Scorpion a fait preuve d'importunité en mentionnant le treizième chevalier. »

Je ne suis pas convaincu. Il le discerne très bien.

« Cela explique l'attitude du chevalier de Persée .. Et puis, c'est moi-même qui ait insisté. Milo fut indécis mais correct.»

Chien de Chasse me soutient du regard une fois de plus. Ce qu'il m'agace.

« Bien. »

« Est-ce tout ce que vous avez à me dire ? »

« Continuez à vous occuper de vous-même. Restez en alerte. »

« Je veux parler au Scorpion. » Je gronde alors, « Je n'ai confiance qu'en lui et le Pope. »

Chien de Chasse se hâte vers la sortie et prévient : « Milo part en mission. J'accompagne le détachement de demain également. » U ne rigidité fugace déforme ses traits malgré les mèches claires encadrant son fin visage Nordique : « Tâchez de faire preuve de patience. » reprend le jeune-homme avec circonspection.

Il me laisse incrédule. J'ai dû remuer quelque chose, un désagrément. Et le sujet semble s'approcher de ma fille. Ils savent que je peux ressentir les émotions. Et même celles d'un chevalier d'argent. Les secrets du Sanctuaire sont bien gardés. Du moins, pour le moment. »

Quartier général des chevaliers d'Argent, au même moment

Asterion, Saint d'Argent de la Meute

« Je me hâte vers le secteur sud, sautant rapidement d'un endroit à un autre afin de rejoindre mon frère d'arme. Diable, lorsque Argol est irrité rien ne pourrait l'apaiser à moins de se décompresser face à un adversaire. Le connaissant, il s'est dirigé vers le camp des apprentis. J'accélère ma course, apercevant le sommet de notre bâtisse : celui où se retrouve les gradés de notre caste. Je sens plusieurs cosmos rassemblés, mais pas le sien. J'atterris non loin de la fontaine en marbre située sur la place centrale du QG. Il y a de l'agitation. Des soldats supervisés par Moses et Saro préparent le départ pour la mission dans le Dodécanèse. Ce dernier ne parle plus qu'il ne s'affaire, le voyant minauder avec de jeunes servantes tout juste débarquées de Rodorio. Moses semble agacé par les manières de notre camarade. Je décide d'intervenir mais Merio me devance d'un pic de glace vers son ami, le surprenant.

Le chevalier de la Coupe est souci eux. Les sentiments humains ne m'échappent guère, même en dehors du champs de bataille. Ma constellation n'accepte que des porteurs dont le sixième sens est particulièrement développé. C'était le minimum car l'armure stimule non seulement les cinq sens mais aussi le sixième afin de faire de son maître un guerrier dont l'intuition lui permet d'anticiper les mouvements de son ennemi. Sans doute la raison pour laquelle les détenteurs des Chiens de Chasse étaient considérés comme indispensable pour les missions de renseignements.

Sentant ma présence, Merio se tourne à moi et ferme ses barrières mentales. Je vais à lui. Nous ne sommes pas spécialement proches. Je respecte néanmoins le guerrier. C'est un excellent meneur lorsque nous partons en expédition.

« Un coup de main ? » Je lui demande alors qu'il envoie le chevalier du Loup chercher d'autres ravitaillements.

« Nous avons presque terminé. » me répond t'il presque détaché.

Je l'observe un instant. Les traits sont tirés, son visage méditerranéen respire soleil et force, mais son esprit semble à des années-lumières d'ici.

« J'aurai aimé te céder ma place, » J'ajoute, « Mais sa Sainteté a besoin de tes compétences en l'absence de certains Ors. »

Il hoche la tête puis croise les bras.

« Je m'interroge. » commence t'il, « Aurora est si imprévisible que je ne sais plus sur quel pied danser avec elle. »

C'était donc ça.

« J'en suis indisposé également, » dis-je après un court silence, « Je reviens de Honkios. Le berger fait des siennes. Il a cette faculté de voir les sentiments même de nous autres. » insistant bien sur les derniers mots.

Merio me fixe de ses grands yeux verts clairs. Puis soupire.

« J'ai eu vent de ses états-d'âmes. Rien n'ébranle ses convictions. Il nous déteste, si on fait abstraction du Seigneur Shion. »

« Il est accablé par le chagrin. »

« Je suis allé échanger avec lui pour temporiser les choses. Il est fort ancré dans de principes étranges. » continue t'il, « Aurora tout craché ... » finit-il par admettre.

« Oui. Cette manière d'aller contre vents et marées ressemble tout à fait au Serpentaire. »

Un apprenti nous interrompt, nous demandant si certains d'entre eux accompagneront les chevaliers d'argent en mission. Merio répond par la négative. Trop périlleux. Ces jeunes gens ne sont qu'à leur troisième année d'entraînement. Ils maîtrise juste leur énergie cosmique. Celui-ci paraît déçu et repart la tête basse. Je le reconnais, c'est un des élèves de Capella. Assez en avance sur ses camarades. Il devrait devenir chevalier d'argent dans deux ans tout au plus. Sa formation est supervisée par Mu. Une aubaine. Beaucoup d'apprentis chevaliers se tueraient pour être entraîné par des Saints d'or ou simplement les suivre en mission. Il y a quelques aspirants à leur côtés, notamment Fujiya entraîné par Maître Dohko; Tessa et le chevalier de la Vierge, cependant nos aînés ne semblent pas accaparés par leur succession. On raconte qu'Aphrodite a trouvé une jeune enfant dans le Nord de l'Europe. Elle détiendrait des dispositions de cosmo doré. Je suis curieux de voir son évolution. Si c'est bien un futur Saint de la garde d'Athéna, la nouvelle génération sera surprenante en accueillant une autre femme au sein de leur caste.

Je sens soudainement le cosmo d'Argol. Je salue la Coupe et file au camp à quelques mètres d'ici. Mon ami, qu'est-ce qu'il te rend si nerveux ces temps-ci ? Les tensions avec sa bien-aimée sont plus sérieuses que je ne le soupçonnais. Les larmes d'Aurora de l'autre jour parlaient pour elle. La maîtrise du cosmo augmente les capacités de guérison du corps, mais les plaies de l'âme c'était une autre affaire. Même pour un puissant Saint d'or comme le Serpentaire. Durant la guerre contre Arès, les dernières paroles de sa sœur ont été comme un fer rouge qui lui ont marqué l'esprit et commencèrent à la ronger. Le doute s'est immiscé peu à peu, ne faisant qu'accentuer ce mal-être. Et puis le chevalier du Scorpion veille sur elle plus qu'ordinaire alors que je ressens une profonde désespérance en lui-même. Je l'ai senti dans son cosmo lorsqu'il a consolé le Serpentaire. C'est certainement cela qui distrait Argol : cette complaisance envers Aurora. Ce rôle lui est délesté par Milo. Jamais ils ne s'entendront ces deux-là. Ils m'exaspèrent à se quereller pour la même femme. J'en parlais à Amaria l'autre jour. Elle m'a conseillé de ne pas m'en mêler. Soit. Je m'en remet au code d'honneur du Scorpion. Rien ne l'ébranle. Il semble pourtant que le Serpentaire parvienne à lire en lui. Les nombreuses séances de méditation qu'elle a passé avec Shaka ont permis d'affûter ses dons de psychokinésie. Je dois rester vigilant lorsqu'elle est à mes côtés. Elle peut sentir mes interrogations.

Voilà Persée, je t'ai trouvé ! Je reconnais une partie de sa longue chevelure cachée par un splendide maquis de lauriers en contre-bas d'une descente de terre. Ce chemin mène à un bois de conifères marquant la limite de l'espace réservé aux chevaliers de Bronze. Je m'approche. Son énergie semble étonnement plus calme à présent. L'effervescence se dégageait toujours de son être mais d'une autre manière. Attisé par un tiers. Je m'interroge. Et avance prudemment. Que se passe t'il ? Tout à coup, je reste prostré sur place, les yeux écarquillés : mon loyal compagnon d'arme s'égarait dans les bras d'une autre. Je la reconnais … c'est Iphélia, l'apprentie de Dante. Diable, qu'est-ce qu'il fiche ? J'ai repéré ses œillades sur la jeune-fille. De là à ce qu'il s'y perde. Cela ne lui ressemble guère. Il est vrai qu'en dehors des servantes, guérisseuses ou villageoises du Sanctuaire, peu de femmes ont la chance de faire parties de nos rangs. Et rare sont éclatantes comme Iphélia. Les apprentis veulent l'impressionner et d'autres de mes amis s'attardent sur elle. Elle a un côté naïf et attachant. Sans doute est-ce cela qui a sans doute pu toucher Argol. Je me dépêche de me cacher un peu plus loin. Je ne sais pas quoi dire, ni quoi faire. Je prend une profonde inspiration, m'exhortant à résister à la soudaine envie d'attraper mon camarade par le col et le secouer comme un olivier. On a déjà bien à faire avec toutes ces dissimulations, ces ennemis à débusquer en plus de tes états-d'âmes sentimentaux, cher ami ! Je sers les poings. Incapable de juger Argol. Mais il faudra bien qu'il m'entende.

Je me concentre afin de mettre en sourdine les clameurs luxurieuses de la gamine. Ils s'en donnent à cœur joie tous les deux ! Ça devient insupportable. Je trépigne d'impatience. Après quelques instants, je me rue vers eux, prévenant de mon cosmo. Je vois Argol sursauter et se retourner, relevant son pantalon. J'ai la mine froncée. A quoi t'attendais-tu, triple idiot ? L'apprentie avait les yeux ouverts de terreur. Elle ramena ses minces vêtements sur elle pour se couvrir la poitrine et bafouilla un fébrile : « S-Seigneur Asterion … » Je lève le main en signe de réticence. Je ne veux rien entendre de ta bouche. Argol se poste devant elle, possessif comme un diable afin de la cacher de ma vue.

Silence de mort.

« Retournes aux baraquements, Iphélia. » lui ordonne finalement Persée d'une voix calme sans me quitter des yeux.

Cette dernière s'enfuit sans demander son reste en se courbant légèrement. On est plus à ça près, jeune-fille ! Cesses tes manières.

« Ne dis rien, Asterion. » prévint Argol en remettant le reste de son armure en place. « Ça devait arriver. » se justifie t'il.

J' eus un reniflement dédaigneux.

« Pourquoi ? » Est la seule chose que je parviens à articuler.

Un sourire amer fut tout ce qui déforma les lèvres d'Argol en guise de réponse. Avec toute la peine du monde, il me répond : « Besoin de contact physique, de briller dans les yeux de quelqu'un. » commença t'il ironiquement en fuyant mon regard.

Les yeux de Persée ponctuèrent sa remarque d'un rapide coup d'œil jeté au temple du Serpentaire que l'on apercevait de notre position. Je laisse échapper un rire, sec et discordant. Se moque t'il de moi ?

« S'amouracher d'une élève, est-ce bien raisonnable ? »

T andis qu'il remet en place son plastron et ses épaulières en place, un mince rictus se dessine sur ses traits orientaux, il s'éclaircit la voix : « Épargne-moi ton discours moraliste. Rappelle-moi qui était Amaria avant vos ébats. » fit remarquer mon homologue.

Imbécile.

« Ce n'est pas la même chose, Jalal. » m'offensais-je, « Amaria et moi nous nous aimons. »

Il avait relevé la tête, me dévisageant de son regard bleuté orgueilleux, mais cependant pas assez assuré pour m'empêcher de deviner son inquiétude. Il remet sa cape en place. Celle-ci est blanche et pourpre et que seuls les gradés de notre ordre porte comme Misty, Merio, Saro ou Jorge. Aurora possède des capes similaires aux leurs sauf qu'elle est en soie. Marque de son attachement pour les chevaliers d'argent avec qui elle a suivit son entraînement. C'est le seul Saint d'or à en posséder une ainsi car les autres les portent bleues et blanches.

« Ne t'en mêles pas. » réitère sèchement mon ami.

J'émets un son réprobateur. Le fixe un moment puis fait volte-face.

« Ne comptes pas sur mes compétences pour te couvrir, mon frère. Si le chevalier du Serpentaire te découvre, je serai autant coupable. Je m'y refuse.» Je précise froidement.

Le cosmo de Persée augmente sensiblement. Mais il ne répond pas. Je ne veux plus m'attarder ici. S'il veut jouer au tombeur, cela le regarde.

Mais comment vais-je pouvoir regarder Aurora en face à présent ? Nous allons cohabiter quelques temps. Il va falloir que je m'y prépare mentalement. Où que je suis mort. »

Palais du Grand Pope, cinq jours plus tard

Shion, ancien Saint d'or du Bélier et Gouverneur du Sanctuaire

« La réunion avec la Déesse fut longue. J'ai émis mes doutes sur plusieurs faits, notamment Diogo Vosta. Athéna m'a assuré que nous n'avions plus à porter ce poids. Elle a décidé d'évoquer elle-même le sujet avec Aurora à son retour de mission. J'aurai préféré me charger moi-même de cette initiative. Vous êtes si pure, ô Athéna.

Dohko se tient dans l'embrasure de la porte de mon bureau. Ce que je lis sur son visage semble peu réjouissant. Devant l'absence de réponse de ma part, mon vieil ami s'était avancé de quelques pas et d'un hochement de tête, désigne les documents que je tiens entre mes doigts :

« Si ce n'est un mot doux, ça ne peut-être que le rapport des chevaliers d'or où une énième doléance du Berger Portugais. »

Apposer des mots sur ce que je redoutais était inutile. Dohko le comprit en cet instant, alors que je garde la mâchoire serrée.

« Nous devrons informer Diogo Vosta du moment propice ... » commence-je, « Athéna s'est portée garante. Elle convoquera le chevalier du Serpentaire prochainement.»

Mon ami s'avance et se laisse tomber dans le sofa près de la fenêtre. Il prit le temps de contempler le Sanctuaire en contrebas, calme à cette heure du déjeuner avant de pivoter vers moi :

« Aurora le sera t'elle ? »

Le ton était sans appel et je réalisais qu'au fond, il partage mon analyse en dépit de tous les arguments militant en faveur de cet homme.

« Nous lui devons la vérité, Dohko. »

« Ce n'est pas de ta faute. »

Je ne put réprimer un souffle d'agacement sous le regard circonspect de Dohko. C'était en définitive la volonté manifeste des Dieux envoyée par le biais du chevalier Wilfried, digne messager de ces derniers lorsque Aurora s'est vue naître. Mais je ne peux m'empêcher d'être saisi par la culpabilité.

« Tu ignorais qu'il était en vie. » maugréa mon camarade en jetant un œil au dehors, « Personne ne le savait. Cesse de te flageller. »

« Hum ... »

« Cela te turlupine plus que de raison, Shion. Tu es soucieux depuis qu'il vît là. » continua t'il, « Entre cet ennemi mystérieux et deux de nos chevaliers d'or en proie aux doutes, je trouve que tu t'en sors honorablement. »

Un autre moment de silence. Je le fixe un moment. Le cas Aurora-Milo est délicat.

J'ai pu le lire dans son cosmo il y a quelques temps. Aurora avait refusé cette communion des âmes à laquelle le Scorpion aspirait, lui fermant l'accès à une compréhension mutuelle qui avait semblé à Milo à la fois si naturelle et si nécessaire pour son équilibre. Il s'aiment comme des amis, des frères d'armes mais ne le peuvent comme deux rouages d'un même engrenage. Je compris que jamais Milo ne comblerait le vide qui se débattait en lui alors que son désir le rongeait. Ses pensées les plus inavouables. Et il avait fini par l'accepter, à contrecœur. Milo avait laissé Aurora s'éloigner. Toujours proche, mais si loin désormais.

Aurora aspirait à ce désir de s'abandonner entièrement à la cause des Dieux depuis l'enfance. Cette promesse d'un destin qu'elle avait à jouer et que je lui avais faite à notre première rencontre : une nouvelle vie l'attendait. Saisir la chance que lui offrait le destin, qu'elle aurait un rôle à jouer pour la paix dans la monde. Je l'avais très tôt soumise à des instructions consistant en des séances de méditation durant lesquelles elle devait prendre conscience de l'immensité de l'univers et de la résonance de ce dernier dans son propre corps. J'avais pu constater qu'elle avait toujours eu connaissance de cette énergie qui la reliait si étroitement à Athéna et Zeus, d'une façon tout à fait aboutie pour une enfant de sept ans. Elle saisit rapidement les tenants et les aboutissants de sa future mission de Saint d'or d'Athéna, et nous a souvent étonné Dohko et moi-même de sa vivacité de réflexion. La plupart du temps son cosmo écrasait celui des autres à l'entraînement. Aurora aurait pu devenir Saint d'or dès cet âge, comme les autres. Et Maître Wilfried n'avait plus qu'à lui apporter l'autre facette de sa formation de chevalier : offrir son cœur de guerrière. Cette foi la grandi et étancha sa soif d'absolu, de s'offrir au monde, d'aimer avec toute la passion d'un cœur passionnel et vertueux, et d'être aimé en retour avec la même intensité. Des suites de son combat contre sa sœur qu'elle a tant admiré puis la Reine Antiope, ses démons intérieurs et des désirs refoulés se révélèrent. Aurora perdit de cette intensité. Du fond de l'abîme de ténèbres dans lequel elle a été plongée, elle désirait tourner son regard vers une autre âme.

Je ne laissais jamais mes émotions faire fléchir mon jugement, qui récompensait l'ardeur et la foi autant que le talent d'un futur Saint et qui jamais n'aurait favorisé un apprenti chevalier sans qu'il ne l'ait mérité. Mais peut-être qu'envers le chevalier du Serpentaire j'ai parfois manqué de neutralité d'esprit. Lorsqu'elle s'est soumise à l'épreuve et au jugement de la treizième armure, elle était prête depuis des lunes. Elle étira sa conscience et son cœur de façon incroyable à la recherche de celle qui l'attendait depuis 500 ans. Lorsqu'elle m'apparut la première fois avec l'armure du Serpentaire, cette vibration puissante qui résonnait si harmonieusement avec les frémissements de son cosmo, je la trouva plus éblouissante que jamais. Et en fut ému intérieurement. C'est l'effet qu'Aurora détient sur son monde. Elle s'était montrée sincère, et son cœur, solide et vertueux, n'avait pas failli même au gré de fantasmes déroutants ou lorsqu'elle se mit à aimer. Elle restait à la hauteur. Malgré sa posture de guerrière, elle gardait cette gaieté naturelle. Elle avait la fraîcheur de toute créature nouvelle, fascinée par le monde qui l'entourait, sur terre, dans les cieux ou dans les océans. Cette curiosité insatiable et son aura fascinante décontenançait nombre de prétendants. Elle vagabondait parmi ces conquérants environnant son intimité; et qui furent les hommes de son cœur : le chevalier de Persée, le spectre du Garuda. Ce n'était pas la première fois.

Durant une mission d'enquête dans le passé alors jeune chevalier, elle avait été amené à succomber à la hardiesse de la passion lorsqu'elle rencontra le Saint du Sagittaire du 18ème siècle, mais surtout le Saint du Scorpion du 15ème siècle. Elle réalisa qu'aucun souhait au monde ne pourrait jamais les lier à eux. Elle fut revenue si désorientée que pour la première fois de ma vie je doutais de mon rôle. N'était-ce pas là mon devoir de la rassurer ? Elle s'en remis pourtant, m'ayant déclaré le plus solennellement au monde qu'après ''cet écart'', la volonté de devenir un bon chevalier n'avait fait que s'enhardir dans son cœur. Elle puisait dans ses émotions pour dévoiler cette facette accomplie de cheffe militaire impénétrable. Elle voulait servir sous mes ordres, au nom de notre déesse sans ne plus jamais se soucier d'états d'âmes. Elle voulait devenir celle sur qui moi le Grand Pope pouvait compter, celle qui me servirait avec une ardeur indéfectible. Elle voulait gagner mon respect et voir l'affection briller dans mon regard. Aux côtés de Dohko et moi-même, elle souhaitait devenir le meilleur chevalier d'Athéna ... me mettant face à mes manquements de figure paternelle. Je n'ai jamais voulu tout cela pour Aurora.

Nous en revenons à ce même fait aujourd'hui face à l'amour profond que lui porte le chevalier du Scorpion. Quelque-chose au fond d'elle qu'elle s'ingéniait à museler, tentait de lui crier qu'elle avait tort et qu'elle se voilait les yeux. N'ai-je pas envoyé Milo davantage dans la débâcle en lui demandant de veiller le chevalier du Serpentaire ? Il est pourtant le seul qui parvienne à la rassurer. Ce lien particulier les unissant m'a toujours interpellé et ne demandait qu'à s'épanouir. Dois-je donc intervenir et réparer mes entraves de jugements passés ? Face à ce constat troublant, je demeurais un instant silencieux et, pressentant mon trouble et mon hésitation, Dohko tenta de museler l'angoisse qui menaçait de poindre soudainement en mon cœur.

« Je l'avais remarqué aussi. A vrai dire, la plupart des chevaliers d'or. » pense bon de rajouter Dohko.

Cette fois je m'autorise à soupirer à m'en fendre l'âme. Un Scorpion alangui avait le don de peser un peu plus une ambiance qui n'était déjà plus au beau fixe et que j'avais chaque jour un peu plus de mal à gérer.

« J'ai déjà échangé avec le Scorpion à ce sujet. »

Dohko croise les bras et me fixe à nouveau.

« Je lui ai demandé de veiller sur Aurora. »

L'exercice de l'autorité pourtant légitime que j'ai sur l'ensemble de la chevalerie n'était pas une solution. Je n'avais pas à blâmer Milo pour des sentiments dont il n'a même pas la clé, le plongeant dans la confusion la plus totale . Dohko le savait aussi, en dépit de cela.

« Sauf qu'il ne t'a pas dit comment il comptait s'y prendre. » s'enquiert Dohko au bout d'un silence tout aussi songeur. « Il déborde d'amour pour le chevalier du Serpentaire. » Le reproche dans le ton de Dohko ne m'atteint pas tandis qu'il reprenait de sa voix grave, laissant sa tête partir en arrière : « Leurs liens sont plus forts qu'on ne le croyait. »

Je fronce les sourcils.

« On ? »

D'un geste souple de le main il désigne les douze maisons : « Le onzième temple, du moins. »

J'ouvre la bouche d'étonnement, puis lui demande : « Tu as discuté avec Camus ? »

« Je l'ai compris après le départ de Milo pour l'expédition. Il n'accorde pas sa bénédiction.»

« Tu mentionnais la plupart des Saints d'or, Dohko. »

Je scrute cette chère Balance d'un air intéressé.

« Je ne t'apprend rien sur les émotions liées à nos cosmos. » proteste t'il avec le ton d'une vieille impératrice chinoise. Puis il se tourna vers la bibliothèque où sont rangés précautionneusement des archives du Sanctuaire : « Saga a compris aussi. » conclu t'il platement.

Je considère mon ami quelques instants. Le chevalier des Gémeaux .. Celui-ci se laisse envelopper par les voies amoureuses avec cette jeune-femme de son unité. Sauf qu'à l'inverse du Scorpion, cela lui semble bénéfique car il a daigné de m'en dévoiler ses sentiments récemment, comme par crainte de reproduire des actes malveillants que je n'ai venu venir jadis. Saga a reçu mon approbation, lui indiquant de ne révéler à quiconque sa relation avec le chevalier de la Chevelure de Bérénice. J'ai toujours souhaité le meilleur pour lui. Ses mots sincères pour justifier un amour inattendu furent limpides et profonds :

« Le jour mes yeux s'ouvrirent enfin sur Hélénis, et presque aussitôt se refermèrent sur elle seule, pour n'en garder que ses couleurs et ses contours, je compris. Je reconnu cette aura qui l'auréolait comme celle que j'avais toujours espérée et attendue, et mon cœur vide s'en gorgeait. Cette aura dans laquelle se mêlaient la force et la douceur qui m'avait frappé la première fois. » Saga se confiait comme il ne l'avait jamais accompli, assurant avoir aimé en premier abord son énergie jeune, vive et chaleureuse, et dans laquelle il avait voulu se fondre. Et ce désir peu à peu s'était étendu à l'ensemble de sa personne, à ce corps qu'il avait fini par vouloir posséder. « Mon âme répond à la sienne dans une harmonie si parfaite que cela en est troublant. » m'assurait-il, « J'aime le chevalier de la Chevelure de Bérénice et votre Sainteté, j'en ai parfois honte. » Il évoquait cette dernière comme d'une divination qu'il n'était point digne d'aimer. Il est vrai que la jeune-femme est très estimée dans l'ordre de la chevalerie pour sa justesse et son grand sens pédagogique. Aurora disait qu'Helenis la surpassait dans tous les domaines relationnels et que ses tactiques de bataille n'avaient rien à envier aux siennes. A la suite de cette poignante confession du troisième gardien, je revis à la baisse mes craintes sur les attachements entre Saints.

Je dresse un sourcil dubitatif et Dohko hausse les épaules : « Quoiqu'il en soit, tu as bien fait de mettre Aurora à la tête de cette mission. Le chemin sacré est beaucoup plus paisible depuis... Et même si Milo l'accompagne... Là-bas. » commenta Dohko, presque pour lui-même.

Je fais mine d'ignorer la dernière allégation. Mais le soupir que j'amorce et le silence gêné qui s'installe m'indique que sa réplique m'avait atteinte.

« Ce fut son choix. » déclare-je avec neutralité.

« C'est voué à l'imprudence, Shion. » Il venait de se prendre la tête dans les mains, l'air songeur.

L'ouvrage qui se tenait sur mon bureau sur les préceptes de la déesse Aphrodite me revint à l'esprit. J'avais tenté de comprendre ce qui pouvait animer mes chevaliers ces derniers temps. A croire que les Saints du Capricorne et du Sagittaire avaient donné le mot à leurs camarades. Évoque t'il : ''Cette étincelle qui s'était insidieusement allumée ? Cette flamme qui s'était peu à peu étendue en un brasier inextinguible et dont la brûlure consumait un peu plus à chaque jour ? Celle que l'on nomme ''amour ..''

Je souffle doucement en repliant l'exemplaire sacré, me lève de mon fauteuil afin de rejoindre le balcon. « N'en dis pas plus. » répondis-je dans l'hésitation, « Ne jugeons pas. »

Dohko détourna son regard vers le ciel, comme s'il y cherchait une réponse rassurante, afin de conclure cet échange.

« J'ai foi en mes chevaliers. » opine-je en me plaçant à côté de lui.

Dohko m'approuve d'un hochement de tête. Même si je sens des relans d'incertitudes dans son cosmo, et alors que nous reprenons la contemplation du Domaine.

Dodécanèse, au même moment

Kanon, Premier Général Marina, Gardien de l'Océan Atlantique Nord

« Les parchemins des quatre coins des Royaumes et particulièrement du Sanctuaire s'accumulent sur mon bureau. Le Pope Shion est particulièrement précautionneux. Il veut un rapport pour chaque journée. Le messager que je dépêche là-bas semble dépité par la situation. C'est normalement un gradé de l'armée du Sanctuaire à qui revient cette tâche. Depuis que nous sommes ici, personne n'a touché à un seul de ces documents. Dame chevalier n'aime pas l'administratif, et me voilà donc à exécuter ce qu'elle doit accomplir. Je vais aller lui dire deux mots.

Je sens justement son cosmo se manifester, me signifiant sa venue.

« Entre. » dis-je alors.

« On s'amuse dans les paperasses... » me lança t-elle pleine d'ironie tandis que je suis plongé dans un rapport de mission.

« Parce que la Commandante ne daigne d'y toucher, préférant terroriser des soldats. »

Elle aborda un rictus malicieux.

« J'ai justement un peu de temps à t'accorder. »

Je leva le nez en sa direction.

« Je t'ai cherché toute la matinée. »

« J'étais avec les spectres à la recherche d'informations sur la forêt maléfique. »

« Quant est-il ? »

« C'est encore dangereux de s'y rendre surtout en pleine nuit. Les esprits et les créatures infiltrées maîtrisent les lieux. Nos perceptions du cosmo y sont faussées à seulement 300m de l'endroit. Il est préférable d'attendre la suggestion du Garuda. Il en informe Hadès par l'intermédiaire de ses frères. J'ai jugé cette escapade en solitaire périlleuse. »

Elle concéda : « Baian m'a déclaré la même chose. Nos subordonnés sont certains qu'on peut franchir l'endroit. Il faudrait que tu accueilles ses bestioles dans ton triangle. » affirma t'elle en s'asseyant dans le fauteuil en face.

« Tout dépend combien sont-elles et si nos cosmos ne sont pas affectés. »

« Certes. » opina Aurora, « Je vais réfléchir à une stratégie. Je reviendrai vers toi.»

« Qu'en pense le chevalier du Scorpion ? »

« Il n'aime pas me voir traîner là-bas. Mais il approuvera. »

Court silence.

« Sa vision de la situation peut être tronquée. » déclarais-je alors.

Elle me jeta un regard suspicieux.

« Et pour quelle raison ? »

« Tu le sais parfaitement. »

Elle posa ses coudes sur la table et joignit ses mains sur lesquelles elle posa son menton. Elle me fixait intensément alors que je soutenais parfaitement son regard.

« Ne tourne pas autour du pot, Général. » finit-elle par ajouter.

« Certains choix peuvent être cornéliens, Serpentaire. »

Elle eut un bref mouvement de sursaut.

« Et si tu me disais le fond de ta pensée ? »

« Je ne t'apprend rien sur les attaches entre chevaliers sacrés. »

Elle chassa mes mots de la main comme si elle repoussait un insecte.

« J'y retourne, Dragon des Mers. »

Et préférait largement éluder la question.

« Je croyais que tu devais m'aider. »

« J'ai changé d'avis.»

Je me retins de soupirer dans un geste de résignation lasse. Aurora et sa faculté à se défiler dès lors que les émotions menaçaient de battre en brèche la solide façade de guerrière. Je me replongea dans les rédactions des comptes-rendus des informateurs. Presque deux heures et de nombreux cafés plus tard à passer en revue les détails des missions, je terminais un entretien avec l'un de mes hommes.

Un garde entra et m'annonça que les thermes étaient prêtes.

« D'autres alliés seront présents. Les autres bassins sont en réhabilitation.»

Je lui demanda des précisions.

« Le Seigneur du Scorpion, votre homologue le Seigneur Cheval des Mers et le Seigneur Spectre. »

Voyant ma mine dubitative, ce dernier trembla légèrement.

« Le Juge ? »

Il hocha la tête.

« Ce dernier a décrété que le bassin était à lui. »

Les spectres et leur dédain. Je vais de toute façon devoir m'entretenir avec lui concernant le déroulement de la journée de vendredi. On a beau ne pas lier de grandes amitiés avec les guerriers des Ombres, on a besoin d'eux et inversement. Je reporta mon regard sur le compte-rendu de Vargas mon bras-droit. Ce dernier n'en menait point large, pâle comme la mort et droit comme un piquet juste au devant de mon bureau. J'hausse un sourcil sur les dernières lignes. La nouvelle se répandait comme une traînée de poudre concernant l'infiltration au sein du groupe de prêtres maléfiques. Visiblement, on se gausse de notre légion. Du moins c'est qui est reporté dans son rapport. Jusqu'à présent les détails de cet échec n'étaient pas connus puisqu'ils étaient considérés comme secrets de guerre, mais il n'était pas bien difficile d'en déduire après avoir vu l'état dans lesquels sont revenus mes Mariners. Vargas garda malgré tout son sang-froid et m'expliqua les raisons pour lesquelles il devait penser que ces sorciers pouvaient être plus dangereux que prévu et que cette affaire ne devait pas être prise à la légère. Peut-être qu'ils sont inoffensifs pour l'instant, mais son régiment, blessé et massacré par les défenses ennemies, ne montrait aucun signe de découragement dans son désir de découvrir la vérité. Vargas est un bon élément, fiable et loyal. Depuis le renouveau de l'Empire sous-marin, son parcours est un sans-faute.

« Une contre-offensive pourrait être déclenchée par l'ennemi et nous prendre en porte-à-faux. Nous devons continuer à les espionner .. » me déclara Vargas.

Je fronce les sourcils et le jauge. « Du moins je le crois, mon Général. » se reprend t-il.

« Aurais-tu échangé avec les chevaliers pour tirer ces conclusions ? »

Il se raidit et avala difficilement sa salive.

« Dame du Serpentaire. Elle m'a convoqué à mon retour afin de connaître les raisons de notre .. déconvenue. »

Je me retiens de lever les yeux au ciel. La péronnelle .. Je n'aime pas ces manières de s'entremettre dans les fonctions de mon armée. Elle n'a aucun scrupule à soumettre des choses sur lesquelles elle n'est pas d'accord, que ce soit la gestion de mes hommes et les sujets qu'elle estime délétères. Et je sais qu'elle y prend un plaisir. Car elle n'a pas le même comportement avec Saga. Et puis, que diable faisait-elle hier, adressant de telles courtoisies à Vargas ? Le Serpentaire réussi à décontenancer nos unités comme elle a pu le faire lorsqu'elle est arrivée au Sanctuaire Sous-marin à nos résurrections, cette proximité éhontée qu'elle avait entretenu avec Baian. Nous vivons au-dessus de toutes les créatures des mers, nous ne sommes pas comme les humains ordinaires, nous nous moquons de leur moralité, de leurs limites, de leur esprit étroit. Aurora ne se soucie pas de ce que elle fait ou n'ai pas fait avec qui que ce soit. C'est une maîtresse de guerre, un chevalier estimé. Même si elle a reçu cette armure, elle a choisi de poursuivre la voix de l'inconvenance, nier le respect des protocoles qui accompagnent ses privilèges de Saint d'or. J'ai toujours pensé que le Grand Pope l'avait trop materné.

« Tu peux te retirer. » dis-je alors à mon subalterne en jetant un coup d'œil en direction de l'océan.

« Bien, Seigneur Kanon. »

Je me saisis d'un amphore de vin épicé pour en verser dans un gobelet en albâtre. Une offrande du Roi pour nos bon services. J'avais discrètement approché les troupes d'Appios afin de juger leurs compétences. La plupart des conversations étaient banales ou quotidiennes pour des officiers de leur rang : des conseils pour améliorer les soldats, discipliner correctement un aspirant paresseux, gérer la formation de nouvelles troupes, à quel point ils se débrouillaient avec leurs pratiques de combat et surtout comment amadouer notre cheffe - d'où certains commentaires acerbes mal placés se faisaient entendre à son encontre.

« Commandant, comment avez-vous fait avec le Saint du Serpentaire ? Elle n'est guère domptable et peu accessible à des hommes comme nous ? » avait demandé un de ses lieutenants.

Et ce dernier de répondre avec impertinence : « Mon cher Kyra, n'importe quel créature féminine au monde ne me résiste quand même un grand chevalier au service de la Déesse. Quel gâchis il aurait été de laisser passer une telle beauté fraîche taillée uniquement pour la guerre ? Je ne pouvais m'y résoudre. »

« Mais elle aurait pu vous tailler en pièces .. » ajouta un autre.

« Et c'est cela qui fut jouissif Pétrode ! » se vanta littéralement Appios, « Risquer ma vie afin qu'elle me cède sa vertu a été la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma vie d'homme ! Plus elle me menaçait et plus je n'aspirais plus qu'à lui enseigner les plaisirs. Je l'avais vu observer une orgie avant qu'elle ne s'offre à moi et n'utilise pas ses pouvoirs pour m'émasculer. Finalement, j'ai obtenu ce que je voulais et pu goûter à la cyprine de la plus belle des femmes chevaliers ! »

Ricanement général. Je me retiens de leur envoyer une Explosion Galactique. Oser parler en ses termes d'une valeureuse guerrière et de façon tout à fait inopinée. Je ne pouvais croire en son récit. Il admit toutefois à ses curieux subordonnés :

« Bon, j'ai utilisé les pommes d'Aphrodite* afin de la faire plier. Elle ne l'a jamais su fort heureusement. Même si elle s'interrogeait sur le pourquoi de cette excitation incontrôlable ! »

« Elle vous aurait massacré, Commandant. » précisa ce Petrode.

« Sans l'ombre d'un doute ! » Un clin d'œil douteux en guise de conclusion.

On entend des râles de félicitations comme s'il parlait d'un trophée de guerre. Je n'en pouvais plus de ces allégations. Mais c'est certain, ce genre d'information pourrait fortement me servir à des fins personnels. »

Thermes des hommes

Baian, Général Marina du Pacifique Nord

« Aurora, peux-tu nous expliquer la raison de ta présence en ces lieux? »

Dragon des Mers venait de s'adresser au Serpentaire de cet air généralement détaché lorsqu'elle faisait des siennes. Le Saint d'or avait débarqué sans prévenir aux thermes. Quatre hautes colonnes montaient du centre d'un bassin, entièrement sculptée dans un style ionique. Le bassin était pourvu de formes harmonieuses, et était entièrement recouvert de mosaïques fines et dorées, représentant Zeus en majesté. Nous étions immergés tranquillement dans cette large therme d'eau douce. Le Juge occupait le lieu depuis un moment. Il avait accepté cette réunion improvisée. De ce fait nous échangions sur les maléfices dans les bois maritimes. Le Scorpion venait de nous rejoindre. Chacun apportait sa vision sur les prochaines manœuvres à adopter avant d'en référer au Serpentaire.

« Je vous cherchais. » se contenta de répondre notre ''supérieure'' pas la moindre du monde importunée par l'atmosphère.

« Tu pouvais attendre que l'on est terminé. » ajoutais-je platement.

« Bah, pourquoi ..? » demanda innocemment cette dernière.

Un ange passa. Notre groupe se considéra. Milo dévia son regard en coin.

« Chevalier du Serpentaire.. » soupira à demi le Scorpion, comme s'il venait d'être mis face à un sujet infantilisant, « C'est une partie réservé aux hommes. »

Aurora siffla nonchalamment : « Vous êtes dans la flotte .. » poursuit t-elle, « Je sais ce qu'est un homme, par Priape ! »

Le Spectre eut un rictus carnassier. Je secouais la tête exaspéré par la désinvolture apparente de leur sœur d'arme tandis que Kanon arqua un sourcil.

Quoi ? » ajouta le chevalier constatant le mine sérieuse de son camarade, « Tu veux que je sortes ? »

« On aimerait, oui .. » continua Kanon.

« .. Est-ce que je vous dis quelque chose si vous me surprenez nue? »

La remarque exaspéra l'assemblée. Milo eut le regard trouble en tentant de s'imaginer cette sensation. On se concerta du regard, et après de rapides coups d'œil Dragon des Mers rétorqua :

« … Tu es non-conventionnelle et tendancieuse. Tout le monde le sait.»

Je souriais discrètement, m'emparant du verre d'ozzo posé sur le rebord.

« Qui dit ça ? Qui remet en cause ma crédibilité ? » riposta le Serpentaire.

En un bel ensemble, nous levions tous une main. Kanon leva même l'autre. Elle partit en claquant la porte : « Je vous attend dans 1h pour réunion, petits mâles. » se renfrogna t'elle.

L'insolente. Il est vrai que cette mission périlleuse doit apporter des résultats. Tout dépendra du bon maniement de cette dernière. Nos royaumes sont impliqués. Les attaques sur les mortels ressemblent à un avertissement. Une pression repose sur les épaules du Serpentaire. Elle se retrouve à devoir gérer l'intégralité du détachement. J'ai été dubitatif quant à sa désignation pour le commandement de l'expédition. Elle revient d'un long moment d'inactivité. Il aurait été judicieux d'y inclure le chevalier de la Coupe mais il était visiblement d'astreinte au Sanctuaire. Celui-ci possède un statut spécial au sein de l'armée d'Athéna en tant qu'intendant du Sanctuaire et subordonné du Serpentaire, m'expliquait Kanon. Le chevalier du Serpentaire, chef des troupes et indéniable Commandant pour sa qualité de meneur depuis les temps reculés, jouissait d'un aide de camps depuis toujours. De plus, il était de coutume que chaque chevalier d'or choisisse, parmi tous les Saints d'argent celui ou celle qu'elle jugeait le plus à même d'accomplir une tâche importante. La personne choisie devenait le lieutenant attitré. Kanon et le Scorpion suffiront donc, en plus de nos subalternes qui possèdent un niveau similaire aux Saints d'Argents.

Un peu plus tard, nous avons rejoint le Serpentaire pour le conseil. Elle avait disposé des plans sur une large table en sapin. Absorbée par la relecture des parchemins, elle ne nous entendit pas entrer. A sa gauche en retrait, Otéros le bras-droit du Commandant Appios regardait par-dessus l'épaule du chevalier, l'œil sournois. Puis il se tourna fièrement vers ses hommes, nous laissant imaginer où leurs pensées dérivèrent : la croupe du chevalier adossée sur un bout de table. Aurora portait un juste-au corps foncé dissimulé sous un chlamyde blanc noué autour de la taille, un bustier de cuir recouvrait sa poitrine et son inséparable glaive était attaché à sa ceinture. Des protège avant-bras et des gantelets marrons complétaient sa tenue ainsi qu'un serpent enroulé sur une cuisse. Sa chevelure était attachée en tresse. Elle était splendide. Si elle se retournait et les surprenait en train de fantasmer sur son flanc, elle les l'enverrait sans aucun doute chez Hadès sans retour.

Aurora nous fit signe de s'installer et s'exprima à l'attention du groupe de légionnaires.

« Capitaine, approchez. » déclara le chevalier sur un ton neutre.

La réunion allait débuter sur des chapeaux de roues. Je sentais des contestations côté soldats. Je ne me suis pas trompé. Faire entendre son commandement ne sera pas une partie plaisante pour Aurora. Je suppose qu'elle est habituée, ayant été formée au sein du milieu exclusivement masculin et particulièrement spartiate qu'est le Sanctuaire. Dans notre Empire, il existe plus de gradés de sexe féminin même si un Général femme ne s'est pas fait connaître par le passé. Sa Majesté s'est en revanche réincarné deux fois dans le corps d'une humaine.

Je voulais donc intervenir, estimant cette situation grotesque mais Dragon des Mers a anticipé. Garuda a même fait des siennes en bon spectre qu'il est. Nous aurons fort à faire. »

Aurora, Chevalier d'or du Serpentaire

« Otéros s'avança, fier comme un paon. J'annonçais les marches à suivre. M'écoutant attentivement, son misogyne conseiller ne perdait en rien de son rictus sournois comme si mes propos était une plaisanterie. Je sentis que ce comportement agaçait le Scorpion en son for intérieur au fur et à mesure que je m'exprimais.

« Dame chevalier, j'aimerais intervenir. » me coupa Otéros, « Si j'en crois vos plans, mes régiments doivent entrer par le flanc Est et contourner la forêt. Hors des tribus maléfiques nous empêchent d'approcher. Si nous voulons les prendre à revers, nous devrions nous rendre vers l'autre rive. Ils ont une sainte horreur de l'océan et craignent les foudres de Poséidon. »

Ses suivants approuvèrent d'un franc signe de tête comme pour décrédibiliser mes propos et renforcer les convictions de leur chef. Je me redressa, fixa la carte de la région. Sans regarder mon interlocuteur, je demande à l'officier : « De combien d'hommes disposez-vous ? »

« Environ 300. »

« Vos subordonnés prendront chacune une division de 150 soldats d'artillerie et vous suivrez ces ordres. Ce n'est pas négociable.»

Chuchotement parmi les soldats.

« Il y a un problème ? » Je questionna en me tournant vers Otéros.

« Dame chevalier .. » déclara son second, « Il faut surprendre ces soldats fantômes de front, dans le bois où nous pourrons nous cacher et les attaquer par surprise. »

Il eut un blanc. J'avais croisé les bras tout en écoutant les arguments de son vis-à-vis.

« C'est exactement ce qu'ils cherchent. Ils maîtrisent chaque arbre, chaque branche et chaque feuille. Ils vous trouveront bien avant que vous vous lanciez à leur trousses. Ils sont rapides, malins et ont soif de sang. »

« On en a vus d'autres. » affirma un autre.

« Voulez-vous tant que cela finir en charpie, où peut-être craignez-vous de sortir de vos schémas habituels de bataille ? » poursuivis-je tout en rangeant les parchemins.

« Nous connaissons les lieux. » continua un sous-off'.

« Vous ne craignez donc point la mort ? » Je rétorquais.

« Aucun de mes hommes n'a peur de mourir. Nous sommes soldats. »

Ils m'exaspéraient.

« Vous avez la fougue de la jeunesse et de l'ignorance. » fis-je constater à un jeune-homme, « Faites ce que je vous dis où vous perdrez la moitié de vos troupes. »

Silence.

« La meilleure solution est d'approcher la plage. » s'exprima un autre. « Et puis, vous pouvez vous occuper des créatures pendant que nous percerons les lignes ennemies. »

Par Athéna, j'ai l'impression de brasser de l'air.

« Nullement. » Kanon pris la parole, le charisme et l'orgueil qui se dégageaient de sa personne le rendait intimidant aux yeux des soldats : « Nous sommes là en tant que soutien. Vous couvrirez largement cette zone. »

« Mais avec vos pouvoirs cela serait plus rapide ! » persifia un autre.

« Ils sont trop nombreux. Avec leur compétences d'invisibilité et de dispersion ils pourraient désorienter des guerriers de notre ordre. Nous pourrions vous agresser involontairement ou nos camarades. » expliqua le Premier Général, « L'honneur se mérite.» conclu le gardien de l'Atlantique Nord d'une voix plus dure qui n'admettait aucune réplique.

Les soldats d'Appios sursautent par le ton autoritaire du Gémeau. Puis, ils se concertent du regard.

« Ces créatures ne s'exposent pas en pleine journée. » continuais-je, « Ils ont une sainte horreur du soleil ce qui explique les attaques nocturnes. En pleine journée, si vous vous infiltrez dans cette forêt vous perdrez vos sens. Les ténèbres abritent cet endroit. Le but est de les retrancher au plus proche de l'océan sur le flanc Est et non la rive sud où ils seront vulnérables et où le soleil se couche. Au plus profond de cette forêt il y demeure des bêtes manipulées par ces puissants sorciers démoniaques. Ce sont eux qui nous intéresse si nous souhaitons purifier l'endroit des hostilités, ainsi que les malheureux possédés du village voisin, et à Athènes. Ensuite, mes compagnons interviendront. Car vous serez épuisés. »

« De quelle façon comptez-vous les affaiblir ? » demanda Otéros.

« Le chevalier du Scorpion injectera son poison soutenu par le vent empoisonné des Spectres du Basilic et la Mandragore tandis que le chevalier de la Meute lira en eux afin d'anticiper les attaques. Il faudra être très rapide, vous ne pourrez être présents à ce moment, et pourriez souffrir des techniques de mes camarades. »

« Et une fois qu'ils seront atteints, que comptez-vous en faire ? » ajouta Otéros en se frottant le menton.

« Le Général Baian les constituera prisonniers dans ses lames de fonds. Ensuite le Général Dragon des Mers les expédiera dans une autre dimension. » répondis-je, « Ces ennemis se sont enfuis de sombres fonds marins et se sont réincarnés à cause des sorciers. On suppose que les brèches de leur prison sous-marine sont devenues inefficaces au fil des siècles. Le Dieu Poséidon ne souhaite être inquiété par ces créatures. Ils feront un aller simple dans les couloirs temporels. Nous devrons par la suite localiser les prêtres. Pourquoi ils officient et surtout, pour qui.»

« Un sacré programme .. » s'exclama un autre.

« On a du pain sur la planche, en effet. » opinais-je à mon tour.

« Et ces prêtres, qu'en ferons-nous ? Ils ont provoqué les Dieux et manipulé ces diableries. » demanda un autre officier.

« Le Juge Eaque s'en chargera. Ils sont responsables des disparitions de civils de la pègre à Athènes et sont liés étroitement aux événements surnaturels de la région.»

« Est-ce du ressort d'Hadès ? » s'interrogea Otéros.

« Tout à fait. L'Empereur des Ténèbres a ressenti des noirceurs dans la région. Nul ne peut manipuler les âmes même provenant des océans. Tout ceci concerne les Enfers et leurs ressortissants.»

« Et que feront le reste de vos hommes ? » demanda Otéros en parlant des autre chevaliers .

« Ces entités ont levé une armée de bêtes pour nous ralentir et que vous n'aimeriez pas avoir devant vous- Ces bêtes liés aux opprimés d'Athènes. Ils sont dangereux pour de simples soldats. Mes camarades argentés et les subordonnés Marinas régleront leur compte afin de garder les avant-postes. » Je contournais la table et désignais mes amis : « Comme je l'ai expliqué tantôt, le chevalier Asterion est télépathe, il pourra anticiper les attaques de ces espèces de tarasques pendant que mes frères d'arme s'occupent de leur cas. »

« Comment savez-vous que de simples mortels ne conviendraient pas à cette mission ? » s'exclama un bras-droit d'Appios.

« J'ai envoyé mes éclaireurs hier. »

« Vous parlez de vos informateurs mercenaires ? » me fit Otéros.

« Affirmatif. Ils sont revenus ensanglantés, assoiffés, et leur armure en guenilles. Ils n'ont combattu que 15 minutes et vaincu seulement trois ennemis.»

Nouveau silence. Ça y est, ils commencent à réaliser leur ignorance.

« Mes mercenaires ont été entraînés au Sanctuaire dans les mêmes conditions de formation que les chevaliers et l'art de guerre Grecque ancestrale. Ils ont parfaitement assimilé les rudiments de combats. Ils sont habitués à affronter les pires crapules.»

« Quant est t' il des autres, j'entends par là, ceux qui ne réussissent pas le concours de l'armure ? » demanda curieusement Otéros.

« Ils sont placés dans l'armée du Sanctuaire ou caporal dans le régiment de gardes. »

« Et au pire ? » continua un autre.

« Ils sont accusés de désertion. » répondis-je en fronçant les sourcils.

« Les condamnez-vous dans ces cas-là ? » demanda narquoisement le type à droite d'Otéros.

« Tout à fait. Les règles militaires restent les mêmes. »

« De quelle manière ? »

L'éternel sourire fourbe n'avait pas quitté les lèvres Otéros qui croisa les bras. Je lança un regard froid à ce dernier, m'impatientant : « Seriez-vous en train de remettre en cause le bien-fondé de notre mission ? »

« Pardonnez mes soldats. » admit Otéros.

« La guerre, c'est réservé aux hommes. » trancha un autre.

Je voulais lever les yeux au ciel. Otéros ajouta : « Il n'y a aucune soldate dans nos rangs, Dame chevalier. »

Cet impudent est insupportable sur le plan moral. Il en faut plus pour m'impressionner, primate ! Vivre dans un environnement constitué essentiellement d'hommes est toute ma vie. J'ai dû m'imposer d'emblée et jouer des coudes pour éviter de me faire marcher dessus dès mon plus jeune âge. Je ne suis pas femme à rester dans l'ombre et faire silence. Gamine, je n'hésitais pas à déclencher des bagarres pour prouver ma force à ces abrutis de mâles. Si j'en suis là aujourd'hui, ce n'est pas décorer le Palais de Shion.

« Il faudra y remédier.» tranchais-je, « J'ai rencontré des tas de candidates qui veulent se battre. »

« Mais c'est un homme qui commande. » continua un sous-officier avec médisance à mon encontre.

Comment expliquer à ces imbéciles que les temps ont changé et que ce sont eux le sexe faible ?

« Avez-vous l'impression de commander ?» rétorquais-je au sous-officier. Devant mon regard vulcain, il fit un pas en arrière et se posta près des autres qui n'en rajoutèrent point.

« Appios approuve. Il ne veut pas forcément que des femmes dans sa couche. » commentais-je, faisant hausser les sourcils de mes vis-à-vis, « Apparemment ses hommes sont tellement idiots qu'il préférerait vous abandonner dans la vallées des morts. »

Moment de flottement. Ils s'entre-regardent.

« Nous devrons motiver les troupes à ce sujet. » expliqua Petrode, l'homme de main d'Appios, « Un leader féminin parmi nous est inédit. Je préfère vous prévenir. »

Tu m'en diras tant, bonhomme. Je vais lui faire ravaler ce sourire, me promis-je. Et pas plus tard que tout de suite. Dès que ce rustre fut à portée, ma main jaillit et alla s'accrocher à la gorge à découvert, juste au-dessus de son plastron en cuir. Je le vois trembloter comme un gamin devant le grand méchant loup.

« Pour votre gouverne, je dirige l'armée du Sanctuaire depuis des années. » insistais-je d'un regard assombrit de colère envers l'officier et chacun des hommes me tenant tête : « Les femmes représentent 25% de nos effectifs et les trois quart sont d'honorables Saints d'Argent. »

Comme de juste, le rictus arrogant s'effaça du visage de l'homme après l'avoir relâcher. Je m'approcha d'Otéros et des soldats en les fixant sévèrement, mon visage à quelques centimètres d'un réfractaire d'une tête de plus que moi.

Je rétorqua à voix basse : « Si vous voulez discuter statistiques sur mes unités, je vous prie de vous renseigner avant. Les femmes du Sanctuaire sont plus vaillantes que les centaines de primates qui composent votre bataillon … » Ce dernier se raidit en sentant le ton menaçant. Je me fit violence pour rester tranquille et garder une voix neutre. Je détourna les yeux d'eux et finit par déclarer : « Vous ne tiendrez guère face à elles. Je vous déconseille vivement de les mettre en colère. Et à moi de me mettre en colère tout court.»

Otéros ne se laissa pas démonter. Il se permit de rouler des yeux. Je restais quelques instants sans réaction visible, partagée entre l'envie de me débarrasser de ces trous du cul ou d'en faire des alliés solides, fixant mes interlocuteurs. Je choisi finalement le silence et fit volte-face. Après un moment, tandis que je me munissais des plans de bataille, je jette un regard en arrière. Un léger sourire en coin du Capitaine me répondit, une moue indécise aux lèvres, comme s'il se demandait quelle attitude adopter.

« Nous avons assez palabré. » s'exprima d'un ton directif le Premier Général en s'avançant vers le groupe.

« Mais ce n'est pas ça .. Général, » affirma un sergent, « Nous devons convaincre nos hommes et nos alliés sinon ils ne se ba….. »

« Silence ! » retentit soudain une voix virile que je reconnais, « Vos états d'âmes n'ont pas à empiéter sur les missions. Tout a été dit. Rompez ! »

Milo venait de s'exprimer, s'avançant vers eux et irrité par le manque de respect des soldats. Sa voix était épaisse et forte, comme s'il contenait sa colère. Ces derniers sentaient la venimeuse piqûre de l'Aiguille Écarlate se rapprocher à grands pas alors que le Scorpion les jaugeait avec menace. Le groupe de légionnaires n'en rajoutèrent point. Bon sang, qu'est-ce que je l'aime quand il est comme ça.

« Allez informer vos divisions. Et si vous préférez une mort rapide, je peux demander aux Spectres de s'occuper de vous. » Je leur fis remarquer afin de conclure la réunion. Ils devinrent blêmes voyant les sourires de prédateurs de Fyodor et Sylphide.

« Puis-je rajouter une dernière chose ? »

Otéros jouait avec mes nerfs.

« Vous vous êtes déjà permis pas mal d'entraves, Capitaine. »

« Nous voudrions savoir si vous interviendrez personnellement ? »

Je sentis mon visage s'éclaircir d'un sourire ironique. Je les fixa longtemps et pris la direction de la sortie, laissant mes interlocuteurs béats.

« D'ordinaire je n'intercède pas dans ce type de combats … Mais je me ferais un plaisir de vous faire une démonstration si cela peut motiver vos troupes. » J'ajoutais : « Ça ne vous ferait pas de mal de manger un peu de votre fierté. »

Un silence gênant s'est poursuivi dans la pièce. Je lui tourna à nouveau le dos et me rendit vers la porte. Otéros hocha finalement la tête alors que je pris congés. J'aperçus Kanon et Milo fixant en coin ce groupe d'hommes tandis qu'ils me rejoignaient. Je sentis soudain l'énergie d'Eaque se déployer légèrement. Les soldats vont passer un sale quart- d'heure, à en croire son cosmo. »

Sylphide, Spectre de l'Étoile Céleste de la Victoire.

« Le Seigneur Eaque se dirigea vers Otéros, son regard totalement hermétique et se posta devant ce capitaine de légion. De sa hauteur impérial, le Juge toisa l'homme qu'il surpassait de quelques centimètres. Sur un ton volontairement méprisant, il prévint : « Restez à la place qui vous revient, mortel. » avertit t'il, « J'ai envoyé en Enfer des fallacieux de votre genre pour bien moins que ça. »

Otéros répondit sans se départir de son sourire arrogant : « Me menacez-vous ? »

« Un seul doigt sur Dame chevalier et plus jamais vous ne respirerez. » lâcha froidement le Seigneur Eaque, « C'est à mon entendement auquel vous devrez répondre une fois mort. Essayez de ne pas oublier votre position. »

L'homme garda la mâchoire serrée, pris soudain de panique par un froid violent passer dans son dos. Le Seigneur Eaque est sans conteste d'une force nous rappelant notre éphémère condition. Il repartit sans accorder le moindre regard aux intéressés, affables.

Il nous interpella : « Mandragore, Basilic, surveillez ces séditieux. »

Un sourire aussi sinistre que les Enfers se dessinaient sur les lèvres de Fyodor.

« A vos ordres. » répondit-on en cœur.

Ce n'est pas que ça m'enchante mais j'aurai préféré rejoindre l'unité d'éclaireurs formé par le Serpentaire. Nous fîmes notre rapport au Seigneur Eaque en sa suite avant le souper, alors qu'il se faisait masser par deux servantes s'en donnant à cœur joie.

En rentrant je fis signe à la Mandragore que je prendrais le chemin du lac afin de me désaltérer. Lui avait décrété qu'il irait dans le sens du Juge. Je lui demanda d'aller au Lupanar du coin. Je ne souhaite pas assister à ses fantasmes malsains parce qu'une bonne nuit de tranquillité était nécessaire en ce qui me concerne. Il se gaussa de moi, me traitant d'intellectuel effarouché. Je lui répondis en souriant qu'une ravissante Thalia pourrait lui convenir s'il se montrait plus averti avec les dames.

« Toujours à cacher ton jeu, Basilic. »

C'est elle qui était venue à moi durant la cérémonie d'accueil. Surtout que celle-ci est plaisante à écouter.

« C'est ce que je dis, tu réfléchis trop le blond. » me sortit Fyodor en repartant.

Il est vrai que la plupart de mes camarades agissent avant de réfléchir. Le Seigneur Rhadamanthe a été clair à ce sujet concernant notre division. Pas de débordements primaires au sein des troupes. Valentine partageait également cet avis et on hésitait pas à calmer les ardeurs de Queen ou Raimi parce qu'ils ne supportent aucune réflexion même moqueuse. L'Alraune est harassant à gérer avec son caractère compliqué. Même la télépathie du Papillon n'en venait à bout. Il demeure toutefois un excellent élément et sa présence est indispensable dans nos rangs avec le Minotaure. Car le règlement des comptes entre spectres se soldait généralement par une bagarre. Bien que nous n'appartenons pas à la même unité, Fyodor et moi se connaissons bien. On supervise la cinquième et sixième prison ce qui explique pourquoi les Juges nous envoient souvent en mission. On a une certaine complémentarité. Il faut toujours qu'il fanfaronne face à l'adversaire au lieu de l'analyser. Les divisions du Seigneur Eaque sont axées sur la soumission. Il ne tolère ni rébellion ni opinion de ses hommes. Même les plus audacieux finissent par se ranger, à commencer par Stand et Pharaoh. Il n'y a que le Behemoth qui jouit d'un statut particulier puisqu'il ne lui reproche quasiment rien. Une soldate extrêmement fidèle. Je ne pourrais contredire cette loyauté mais on sait tous qu'elle en pince pour le Seigneur Eaque et qu'il aime ce mode de fonctionnement provenant d'une femme.

En repensant aux insubordinations des soldats étrangers, il n'est pas étonnant que le Serpentaire eut du mal à faire valoir ses droits et que ce trait d'esprit ait attiré le Seigneur Eaque. Rien ne peut l'atteindre autant que ce chevalier. Son pouvoir ne réside pas uniquement dans son cosmo ou ses qualités de cheffe militaire. Je me souviens, elle nous avait reproché de ne pas être suffisamment solidaires entre nous, et que c'était pour cela que les Spectres avaient perdu la Guerre Sainte. Ce commentaire avait déplu à nos Maîtres et elle ne s'était pas encombrée non plus à le déclarer à sa Majesté étonnée par cette audace. Cette hardiesse qu'a sans doute affectionné le Seigneur Eaque. Il reste fidèle à ses sentiments pour le chevalier. J'espère simplement qu'il ne va pas nous incomber tout le séjour avec cette forme d'espionnage sur les humains.

Je file directement au fameux étang de sources chaudes. La région est volcanique ce qui explique aussi les paysages variés et splendides. En quelques minutes, au détour de plusieurs roches, je croise et salue le chevalier du Scorpion qui fait de même. Il revenait sans doute d'une patrouille avec le Serpentaire un peu plus en arrière en train de relacer ses sandales.

«Bonne baignade, Syl' » sortit-elle tandis que je hochais la tête et qu'elle constatait mes effets personnels sur le dos.

J'avais ramené mon armure, restée dans sa boîte au cas où le Seigneur Eaque ferait des siennes. Ce qui peut arriver lorsque le chevalier d'or est dans les parages et que nous devons nous interposer (d'après les consignes du Seigneur Rhadamanthe). Il ne supporte aucune contrariété de cette femme qui le connaît bien mieux que tous les Enfers réunis. Et nous devons respecter le protocole nous imposant de porter notre surplis jusqu'au coucher.

La nuit était presque tombée et je me délecte de pouvoir jouir d'une telle beauté céleste que nous n'avons pas en Enfer. Je suis un spectre, et je vis dans le monde souterrain. Des étoiles, nous en voyons presque peu en notre monde. Ce soir, elles brillaient si fort dans l'obscurité. Car le ciel des Enfers était toujours d'un violet sinistre qui n'offrait pas la moindre chance au soleil où à la lune d'y pénétrer.

C'était magnifique... Au dessus de moi, je pu distinguer une fine ligne blanche déchirer le ciel. Puis une autre. J'ai rarement vu un spectacle aussi saisissant.

« On ne s'en lasse pas, n'est-ce pas ? » s'exclama la voix agréable du Serpentaire qui a constaté ma fascination pour ce ciel chargé de merveilles.

Je devais fort ressembler à un enfant devant un spectacle de marionnettes. J'opinais de la tête. Le chevalier me raconte une anecdote, que d' anciennes ethnies pensaient que les étoiles filantes étaient des âmes d'humains tentant de fuir les esprits du mal. Nous échangeons ensuite quelques banalités. Le Scorpion était en retrait, bras croisés. Il attendait sa camarade tout en analysant au dessus de lui la toile sombre scintillante d'astres. Puis je me retire, souhaitant une bonne soirée aux chevaliers.

Après une baignade apaisante, je rejoins mes quartiers n'espérant n'y trouver mon espiègle confrère en pleine pratique libertine. Je traverse la large coursive juxtaposant la salle de réunion et la terrasse nord. Je sens de légers cosmos sur ma trajectoire. Ceux-ci me révèlent leur appartenance à des chevaliers d'Athéna. Je sais les reconnaître depuis le pacte de paix entre nos Dieux. Empreint de justice et de ferveur humaine, de foi en l'amour. Cependant, j'y distingue là complaisance et ferveur. Étonné par ces élans peu communs, je poursuis mon chemin. En pénétrant dans l'aile sud du Palais, je retrouve ces énergies à quelques pas du baraquement. Des ricanements discrets, des bruits de verres qui trinquent surgissent de la salle de réception principale. Je m'approche discrètement et je tend l'oreille car maintenant je suis sûr de reconnaître ce cosmo : c'est celui appartenant à Milo du Scorpion. Son armure sur le dos, celui-ci était adossé à une colonne, une tierce personne que je ne distinguais pas l'accompagnait. Sa silhouette était dissimulée par un voilage mais je su que c'était une femme. L'ambiance était alcyonienne, chargée de convoitise. Ne désirant pas m'attarder longtemps, je fais volte-face en silence, pensant tout de même que les chevaliers d'Athéna ne sont pas si rigides qu'ils ne le laissaient paraître.

« Allez, encore un verre Scorpion ! » s'exclama alors une voix mielleuse que je reconnaîtrais entre mille.

Je reporta curieusement mon regard et aperçu le chevalier du Serpentaire tenter d'attraper l'amphore gardé par son camarade. Intraitable, le Scorpion lui répondit néanmoins d'un rictus qui en disait long sur ses intentions : « Et si je refuse, chevalier ? »

Elle portait une tunique au tissu très vaporeux. Avec cette étoffe, neuf hommes sur dix seraient dupés. Je fus touché par sa grâce. En guise de réponse, Aurora brilla d'un sourire. Un sourire si lumineux que même la lune semblait pâle à côté. Par Hadès, le Serpentaire était exquise. L'ébahissement dans l'esprit du Scorpion était palpable, une étincelle au fond de ses yeux laissant un sourire d'anticipation s'épanouir sur son visage. Son ami se sentit comme désarmé par les yeux pénétrants de cette femme. Je pourrais donner mon âme pour un tel regard qui me soit adressé. Et plaignais sincèrement le chevalier de Persée ... »

Au surlendemain

Kanon, Premier Général Dragon des Mers

« Aujourd'hui fut long et pénible. On a peu avancé. Si les soldats étrangers avaient fait preuve de meilleure volonté, nous en serions pas là et moi-même je ne serai pas à écouter les tergiversions du Serpentaire, à couteaux tirés avec les troupes d'Appios.

« Bon, tu m'écoutes ? » entendis-je alors que je n'avais pas quitté des yeux l'horizon marin à quelques lieues d'ici.

Une confusion momentanée s'empara d'elle pendant de brèves mais précieuses secondes. J'avais l'esprit ailleurs. Elle le sentit.

« Pourquoi ai-je l'impression que tu vas me jeter aux fauves, Kanon des Gémeaux ? »

Je n'avais même pas ouvert la bouche.

« Un air hautement supérieur se dégage de toi. » continua t'elle, « Ça m'énerve. »

Je lève les yeux sur le Serpentaire.

« Ce que tu fais en dehors de ton devoir ne me regarde pas. »

Aurora feint l'ignorance. Et me lança un regard incrédule. Nous nous jaugions et restions silencieux, attendant que l'autre cède et réponde. Elle décroisa les bras et les posa sur la table d'où elle s'était installée. Elle ne regardait plus rien mais réfléchissait profondément à mon commentaire. Elle resta ainsi plusieurs minutes et je n'osais l'interrompre.

« Hum .. j'étais sûre que tu étais là l'autre soir. » finit-elle par admettre.

Je relevais la tête pour la détailler et tout en reprenant mon écriture, je répondit platement : « Milo donnerait sa vie pour toi. »

Silence. Elle me regarda profondément.

« Que dois-je comprendre ? »

« Tu ne peux mettre deux hommes dans ton lit. Les jeux de pouvoir, c'est quand même risqué. »

Indignation. Elle déglutit difficilement, elle savait qu'elle marchait sur le fil du rasoir.

« J'ai entendu Astérion raconter à un homologue que depuis vos retrouvailles, tu n'as jamais dit à Persée que tu l'aimais. » continuais-je sans la quitter des yeux.

Elle sursauta par cette remarque. Un silence s'étira pendant une ou deux minutes, avant d'être interrompu par la voix hésitante d'Aurora.

« J'espérais qu'Argol viendra me le dire de lui-même. »

Je lui envoya un regard froid, pas d'humeur à plaisanter.

« Ne te ment pas à toi-même. Tu l'as repris parce qu'il t'a fait un enfant. »

L'expression du chevalier laisse à penser qu'elle vient d'avaler un citron entier. Pour se sauver la face, elle me contrebalance par un perfide : « Tu gaspilles ta salive.. »

« Cette proximité que tu partages avec un autre membre de la chevalerie est malsaine. Je te le répète, je n'ai nul besoin de t'avertir des relations entre protecteurs d'Athéna.» »

En guise de réponse, j'écope d'un : « Fous moi la paix Dragon des Mers. »

Je me redressa pour regarder le Serpentaire dont les yeux évitaient les miens. Elle s'approcha avec un regard qui aurait fait courir de terreur n'importe qui. Puis, la voilà qui débute un étrange monologue d'un ton tout à fait impudent à mon encontre :

« Le second Gémeau est renommé pour son caractère peu commode. Pourtant lorsqu'il se pavane dans ses quartiers, il n'est pas ardu de faire croire aux serviteurs qui transvasent les seaux d'eau tièdes dans la magnifique baignoire du Premier Général qu'il ne le fait plus pour observer les agréables soubrettes. En théorie, cela fait partie des attributions de certaines de distraire l'Élite de l'armée de Poséidon. Dragon des Mers ne fait pas étalage de ces conquêtes, certes. Il lui ai même arrivé d'apprécier des hommes, et donc en toute logique en tant que chef des troupes Marinas, il n'y a rien qu'il ne peut avoir en cet Empire … » Elle fit une courte pause puis se tourna à moi : « Je ne te dis rien au sujet de ces groupies à ton Pilier. Tu peux avoir toutes les femmes que tu veux, Kanon. »

Je soupira.

« Chevalier ... »

« Je te le demande une dernière fois, occupes-toi de tes affaires si tu ne veux pas finir en saumon farci. »

« C'est un non-sens. » rectifiais-je, « Et tu le sais.»

Son visage se rembrunit encore et ses yeux entrèrent en éruption. J 'avais l'impression que quelque chose avait traversé son intérieur qui brûlait comme de l'acide. Quelque chose qui se contracta dans sa poitrine et commença à bouillonner dans son cœur. Une vague d'indignation semblait lui traverser l'esprit et ses yeux foncés s'affûtèrent comme de l'acier prêt à me tuer.

« Casanova des fonds marins ! Comment oses-tu me juger ? » Sa voix se brisa : « Je te déteste .. »

Elle tourna les talons sans un regard pour moi. La porte claqua brutalement. J'eus un pincement au cœur. Je me leva rapidement de ma chaise pour rattraper le Serpentaire, les yeux baignés de larmes dans le couloir.

« Chevalier .. » lui disais-je , « Ton émotivité confirment mes incertitudes. »

Son visage se ferma davantage. Elle me foudroya du regard.

« Pourquoi es-tu si rabat-joie ? J'aime le chevalier du Scorpion ! »

Je ne su quoi riposter tant sa réaction me pris de court. Je voulais la mettre en garde, pas la blesser. Lorsqu'elle fut plus apaisée, mon ton s'était allégé.

« Je ne m'en mêlerai plus. Saches que j'apprécie Milo. »

Aurora resta silencieuse un moment. Elle réfléchit quelque secondes et elle m'admit timidement : « Je portais l'enfant d'un autre que je connaissais bien tandis que Milo s'interrogeait. »

« On fait tous des erreurs. »

« Pour ma part, j'en commet des tas avec les hommes. » consentit-elle en baissant la tête, « Je suis dépassée par cela. »

Aurora a le vague à l'âme.

« Je veux simplement être un heureux chevalier … »

Mon cœur rata un battement. Tout d'un coup, le sentiment de solitude et d'abandon qui me tenaillait jadis me prit à la gorge. La sensation d'isolement de la cité sous-marine était intense lorsque j'avais trahis le Sanctuaire. Je ne peux me résoudre à rester indolent avec Aurora. Je ne souhaite pas qu'elle souffre d'incompréhension ou d'abandon. Sentant son mal-être, je l'attira contre moi. Cette jeune-femme désinvolte j'ai eu besoin de la protéger dès les premiers instants de notre amitié. C'est différent qu'avec Merio ou Asterion pour elle. Je suis le frère qu'elle n'a pas eu. Celui qui la rappelle à l'ordre. Mon cosmo se déploya doucement afin de la rassurer. Je lui dois bien ça après tout.»

Baian, Général Marina du Pacifique Nord

Le chevalier semblait en désolation. La tristesse dans son cosmo m'interpellait. Kanon a encore exagéré me dis-je alors que je me rendais vers les quartiers du Serpentaire. Je pouvais sentir l'énergie de Dragon des Mers tout près. Tout ceci m'intriguais. Arrivé à destination, je les surprend en plein contentieux dans le couloir. Le Serpentaire était dans tous ses états. Je voyais bien que Kanon n'en menait pas large face à cette détresse. Je décide d'intervenir.

« Milo ne me causera jamais de chagrin, il a toujours été présent pour moi. »

Je prenais de court leur échange, j'ignorais où le chevalier voulait en venir. Mais il n'était pas difficile de saisir les sentiments qui la lie à son camarade. Je n'avais jamais posé la question à Aurora concernant Milo du Scorpion. Aux yeux de tous, ils sont amis. Bien que je me doutais qu'il y avait autre chose au fond de leur cœur. En constatant que le Serpentaire a les yeux perlés de larmes, cela me rappelle cette brusque élévation de cosmo d'il y a quelques jours et le comportement du Scorpion. Ils sont dorénavant parfaitement calmes et une espèce d'harmonie se dégagent d'eux. Ça méritait réflexion.

« Je suis là. » susurra doucement Kanon.

« Pour me materner ? Oh, je le sais, la photocopie. »

Il ébaucha un sourire. Aurora se colla davantage à sa large carrure et entoura la taille de Kanon de ses mains. Sentant un cosmo bienveillant l'envelopper, elle s'apaisa. C'est un puissant cosmo marin et doré. L'énergie de Dragon des Mers combinée à celle du cosmo doré surprend à chaque fois même si cela n'arrive guère souvent. Nous savons que le cosmo est le résultat, principalement, de la conscience et de la volonté. Kanon fut formé au Sanctuaire, il a toutes les dispositions d'un Saint d'or. Sur le champ de bataille, il est Mariner à part entière et ne laisse rien paraître de son énergie liée à Athéna. Il représente notre Empereur et reste inflexible dans sa fonction de Premier Général. En intimité où lorsque ses origines sont mis à l'épreuve il n'hésite pas à afficher sa nature. Comme en cet instant.

« Je t'aime, Kanon des Gémeaux. » finit t'elle par avouer.

Ce dernier passa une main délicate sur sa tête, lui signifiant que c'était réciproque. Je suis étonné par cette marque d'affection. Kanon n'exprime pas ses sentiments. Mais je n'ai pas le temps de m'interroger plus longtemps.

« Et bien mon Général, on joue les indiscrets ? »

Je m'étais figé et me tourna à demi vers l'indésirable. Surpris dans cette position dégradante par cette femme. Kanon avait estimé qu'elle pouvait rester le temps de leur mission. Mais je me méfiais grandement d'elle.

« Je te retourne la question ? » répondis-je alors que je parviens à rester impassible.

« Tu n'as pas répondu. » fit cette dernière.

« Je n'ai pas de comptes à te rendre. »

« Mais si j'étais toi, j'éviterai d'épier un de mes camarades surtout si celui-ci est le Premier Général, en train de cajoler ce pauvre chevalier d'Athéna. »

Je planta mon regard dans le sien.

« As-tu un souci quelconque avec le chevalier d'or ? »

« Hum .. » se contenta de répondre la Néréide, « Toutes les femmes de cette Terre ont un souci avec cette traînée .. »

« Je te prie de retrouver tes quartiers tu n'as rien à faire ici. » lui dis-je en lui tournant le dos, et d'ajouter : « Abstiens toi de parler d'elle en ces termes, tu pourrais le regretter. »

« Je la prend quand elle veut. » me défia Arianna.

« Ne sois pas si sûre de toi. Elle a beau être désinvolte, sa force est incontestable. »

« Je parlais de me frotter à elle d'une autre manière. » fit férocement la créature.

Je stoppa ma marche et tourna la tête sur le côté : « Tu n'es pas de taille non plus, Néréide. »

Je sentis les lèvres de cette dernière s'étirèrent davantage. Il semblerait qu'elle aime le challenge. »

Eaque, Spectre de l'Étoile Céleste de la Supériorité, Juge de l'Enfer.

« Confortablement installé dans un fauteuil, je me délectais d'un thé de ma région natale, perdu dans le fil de mes pensées. Revenir en surface est un événement particulier pour les Spectres et il a été d'autant plus rare ces derniers mois. Sa Majesté m'a dépêché personnellement et compte sur mon investissement avec les émissaires pour cette mission. Rhadamanthe et Minos manquent de discernement au sein de leurs tribunaux respectifs. Le quotidien du Royaume est envahi de légèreté depuis quelques temps et c'en est presque écœurant. Rhadamanthe est tombé en disgrâce en fréquentant cette femme malgré mes mises en garde. Quant à Minos, cette relation malsaine avec son subordonné devrait l'interpeller. A mon tour de me gausser d'eux à présent, si désobligeants lorsque selon leurs dires j'avais vendu mon âme à un chevalier d'Athéna.J'identifie une énergie troublée. Il m'est destiné.

« Garuda ! Pourquoi Basilic et Mandragore sont dans mes jupons ? »

Une furie venait d'entrer en ma suite. Je reposais doucement la tasse du breuvage que je savourais. Un petit sourire se dessina sur mon visage à la vue de la peau brune, des traits félins encadrant cette figure sur laquelle étaient incrusté deux envoûtantes orbes foncées. Le treizième chevalier est ravissant quand elle est en colère. Et en colère, elle l'est souvent. Cette colère est d'une beauté sauvage qui n'appartient qu'à elle mais destructrice. Comme l'orage. L'orage qui n'était pas encore là mais dont les remous qui s'agitaient dans les yeux trahissaient l'arrivée proche.

Je lui répond : « Saint du Serpentaire … Seule femme au monde à me tenir tête.»

Elle me fustigea du regard.

« Fais pas l'innocent ! »

« Ces gâteux t'ont manqué de respect .. » lui rétorquais-je.

« Otéros et ces hommes sont venus me présenter leurs excuses.»

« Ils ne devaient pas t'approcher. »

Aurora serra la mâchoire, et ironique elle ajouta: « Hum ! Tu joues à l'ex fiancé psychopathe ? »

Je repris une gorgée de mon breuvage.

« Comment oses-tu t'initier dans ma vie ? » continua t'elle. « Tu n'as nul besoin d'intervenir. »

« As-tu fini ? »

Si elle avait pu me tuer d'un simple regard, je serai probablement vaincu dans d'atroces souffrances. Ce que j'aime cet aspect, cette mine au delà de l'exquis quand elle affichait des yeux égayés par les flammes de la révolte. Elle représente dignement la constellation du Serpentaire.

C'est alors que de vieux sentiments remontent. De cet amour que nous avons partagé autrefois, que nous aurions du réprimer. Aujourd'hui, elle semble vouloir aspirer à cette vie simple ou le malheur et l'angoisse n'existaient plus, seulement du bonheur. Le repos éternel. Ce dont elle chérissait jadis, qu'elle ne soit cette autre si vulnérable à présent, tentant de calmer son cœur affolé et de retrouver sa lucidité.

« Cesses cette condescendance. Je t'interdit de recommencer ! » me prévenait-elle. « On est plus ensemble, met toi bien ça dans le crâne. C'est une excuse pour me dominer et faire valoir je ne sais quoi ! »

« Tu réfutes mon engagement .. ? » demandais-je sans sourciller.

« Tout à fait. Tu es fou à lié ! »

J'aborde un mince rictus. Faisant face à un silence pesant, je ne perdis pas espoir et entama la conversation comme j'aurais sans doute du la débuter plus tôt.

« Penses-tu réellement que le chevalier du Scorpion t'apportera cette stabilité ? » Elle ouvre de grands yeux et garda les dents serrées : « Jamais aucun ne te comprendra, Aurora. Comment puis-je prouver la loyauté de mes sentiments à ton égard si ce n'est de cette façon ? C'est cette destinée qui m'a conduit à toi. Acceptes-le. »

Elle me dévisageait avec mépris. J'ai touché une corde sensible.

« Tu as laissé passer ta chance, Eaque .. » souffla t'elle.

A cette évocation, je me crispais. Aurora du Serpentaire m'avait aimé. Je n'ai jamais voulu entreprendre de projets communs pour raisons étiques. Je suis Juge des Enfers. Pourtant depuis la toute première fois que je l'avais vue, je m'étais imprimé au fer rouge de son charisme, si belle et si vivante – l'effet qu'elle faisait à la plupart des hommes, et des femmes. Il était évident que quelque chose s'était passé entre nous, une reconnaissance puissante et immédiate. Comme si ce qui devait nous arriver avait déjà eu lieu, comme si tout était conclu. Si l'on avait été en hiver, il y aurait sans doute eu une étincelle d'électricité statique, un signe visible.

Le silence était bien installé depuis de longues minutes. J'observa ses réactions. Elle dardait ce regard noir sur moi.

« Si je ne peux plus t'avoir, personne ne t'auras. » lui affirmais-je.

Elle s'immobilisa, son langage corporel est tellement édifiant à mes yeux.

« Vas brûler en Enfer. » me rétorquait-elle en tentant de se contenir.

Je ressentis quelque chose me traverser, comme une force invisible agressive m'indiquant que l'atmosphère sera désormais tout sauf normale. Le cosmo d'Aurora a évolué. Il est plus protecteur, plus en garde. Et plus passionnel … Je savoura en silence. Je leva sur elle un regard lourd de sous-entendus en détaillant lentement son corps. Celle-ci fut mal à l'aise. Elle y constata les effets ravageurs de ce regard que je lui adresse. Que je lui ai toujours porté. Un ange passa. Lentement.

« Salaud. » déclarait-elle, bousculée.

Constatant mon impassibilité, elle se détourna de moi. Avant que je n'ai le temps de faire quoique ce soit, elle avait déjà franchi le seuil de la porte, furibonde. Aurora n'est pas enclin au dialogue. Aurora n'est pas enclin à me revenir. De plus ces chevaliers me font obstacle dès que je tente une approche. Je ne dispose ni de l'envie ni de temps pour m'opposer à eux.

Je songea à ma dernière entrevue avec ce vieil ami, le seul ayant au connaissance de l'affectivité que je porte pour Aurora. Je me suis rendu à mon Palais dans les montagnes Népalaises. Ceux qui m'y servent ont prévenu mes hommes de la présence d'un inconnu prétendant me connaître. D'habitude mes subordonnés renvoient les impudents. Violate a certifié que cet individu était sans l'ombre d'un doute quelqu'un de peu ordinaire car il demandait à voir « Rajiiv Acharya ». Seul Aurora connaît mon nom terrestre avec cet homme. J'ai donc indiqué à Sanjaya un endroit loin de l'agitation spectrale et humaine dans les vallées de Katmandou. Nous nous n'étions pas revus depuis des lunes. Il connaît ma vie de guerrier pour sa Majesté. Il n'en fut nullement surpris, étant un moine moksha* de la région. Nous avons échangé une partie de la nuit sur cet aspect. Il traduisait mes actes envers Aurora « d'amour inconditionnel». « Pour tenir une femme, il faut un cœur. » m'avait -il cité.

J'y ai longuement médité. Ce que je ressens c'est quelque chose que je ne peux tout simplement pas exprimer. Quand on est Spectre, on peut oublier les faits. Mais les émotions, les choses de la vie, grandes ou petites, on n'en a plus conscience. Notre existence n'est plus éphémère. Mais les guerres Saintes terminées, nous devons à présent se confronter aux sentiments humains. C'est la chose la plus signifiante que m'a apporté Aurora, voir le temps qui passe grâce à sa présence, j'ai eu l'impression de demeurer à nouveau mortel. Elle finira par me revenir. Aurora revient toujours. »

Aurora, Chevalier d'or du Serpentaire.

« Le gougeât, il sait comment s'y prendre. Je sors précipitamment de la chambre d'Eaque, partagée entre l'envie de le trucider et celle de succomber. Une impression de vide se fit soudainement. Qu'est-ce qu'il ne tourne pas rond chez moi ? Sa voix chaude était souple comme une caresse et semblait glisser sur moi, m'envelopper et m'enserrer doucement comme une écharpe de soie. Un véritable appel à la débauche… Ses baisers avaient parfois le même goût que ses coups. Un goût d'agonie, de ténèbres, de suffisance. Comment faire la différence ? Cela faisait autant de bien que de mal. Je ne trouve toujours pas cela équivalent à la lourdeur de mon cœur qui oppresse ma poitrine. Tout ceci pour quoi ? Encore un de ses adages. Que je suis fatiguée de lutter contre cet homme. Ce poison. Il m'avait rendue dingue, il m'avait rendue sienne. Je réalise que la fuite n'est plus une solution. Je sanglote encore puis je reprend mon souffle et ferme les yeux afin de me calmer. Pas question de lui donner satisfaction. Il doit comprendre une bonne fois pour toute.

Je fais demi-tour, déterminée. Le dicton de Maître Machi me revient en tête : « En voulant perdre son ennemi, souvent on se perd soi-même. » Bigre. Eaque est tout à la fois : malheur, passion, vengeance. Je luttais contre lui depuis longtemps, comme un adversaire à abattre absolument afin de passer à autre chose. Mais j'avais beau le mettre à terre, il se relevait toujours, cette persévérance dans le regard me signifiant son refus catégorique d'abandonner. J'aurai beau disséminer tout ce qui le constitue dans les méandres du temps, son âme reviendra toujours me chercher. Eaque ne lâchera jamais. Je sèche mes larmes, tentant de contenir ma colère. Elle est si évidente depuis que je suis mère. J'ai l'impression d'être un volcan constamment en éruption. Quel exemple je donne donc à mon enfant ? Est-ce là la posture qu'une femme doit adopter, est- ce dont se résume un chevalier d'or aujourd'hui ? Je me rends en direction de sa suite et ouvre brusquement la porte, y balaye la pièce et repère l'objet de mes contrariétés. Il se redresse de son fauteuil. Je m'avance vers lui en ne le quittant pas des yeux. Il ne fait pas un mouvement, me jauge de sa hauteur impérial, terminant son thé occidental dont les effluves me parviennent et initiant des vagues de nostalgie en mon être. C'est ce que savait faire le Juge Eaque du Garuda, en plus de l'odeur enivrante de musc qui émerge de lui et imprègne mes sens.

« Je t'écoute, Chevalier du Serpentaire. » me déclara t'il sur le ton le plus hautain possible. Comme s'il anticipait les mots que j'allais sortir.

À mon tour de lui renvoyer ses merdes à la figure, d'une belle claque sur sa joue typée signifiant toute ma haine. Il me renvoi tout ce que je refuse de supporter. Son dédain, sa possessivité, l'abandon et ce sentiment d'être incomplète. J'ai refusé de sombrer à cause de cet homme pour me protéger de bien des choses et aller jusqu'au bout de mes combats. Aujourd'hui ai-je suffisamment les épaules pour le supporter ? L'affronter, lui ? Parfois je songe que j'aurai du mourir contre Arès au lieu de me battre contre des tourments qui empoisonnent mon cœur et qui auront bientôt raison de moi. Je dois m'affranchir de cela. Vais-je voir le bout de mon périple ? L'obstacle me faisant fasse n'a rien d'un attardé. Il me connaît tellement que je me demande parfois s'il n'a pas hérité du don de télépathie.

Eaque n'a pas cherché à esquiver. Il n'a pas sourcillé après coup. Hermétique à ma colère, il me fixe. Il préfère se contenter de ce rictus ironique qui, il le savait, allait me faire déborder la marmite. Il me sort ces inepties sur le destin que nous avons en commun. Comment ose t-il après toutes ces années, après ce que j'ai pu lui apporter autrefois, sa passivité pour mon engagement ? Il veut avoir réponse à tout. Je lui jette un regard glacial.

« Meurs de moi, si tu y tiens tellement. »

Le silence est souvent la meilleure des réponses avec ce personnage. Mais cette réflexion a fait mouche. Je le sens pris au dépourvu. Et comme à chaque fois qu'il n'a pas le dernier mot, Eaque perd les pédales. Dans son cosmo sombre je le ressens. Et c'est tant mieux. Je fait volte-face. Dans la coursive, je m'enfuie de tout ce ramassis de sottises, de ma faiblesse palpable face à cet homme, ''l'Aigle sombre des Ténèbres venu me chercher...'' Mes yeux s'embuent de larmes, mes pensées semblent confuses. Je pars loin, loin de lui. Mais jusqu'à quand ? S'imaginer le chaos pour que finalement de bonnes choses arrivent. Est-ce possible ? Une fois laissée ainsi seule, avec tout un tas de réflexions tourbillonnantes en tête, j'eus bien du mal à retrouver une pensée clarifiée.

Milo, j'ai besoin de toi. »

Milo, Saint d'or du Scorpion.

« Le tour de reconnaissance près de la vallée démoniaque est terminé. J'étais accompagné de deux chevaliers d'argent et des officiers étrangers. Mis à part quelques soldats qui se statufient dans une sorte de garde-à-vous frigorifié à notre approche, nous n'avons croisé âme qui vive. Le Palais du Roi profile à présent le dessin de sa silhouette sous le ciel bientôt étoilé. Il régnait une certaine agitation depuis le matin de la réunion au cours duquel nous avons exposé nos plans au Commandant. L'intransigeance de ses hommes finira par se retourner contre eux. Je connais Aurora, sa patience est à bout. Elle n'a pas besoin de nous le dire, je l'ai lu dans son cosmo qu'elle a maîtrisé à la perfection. Elle ne veut pas décevoir le Grand Pope. Elle a besoin d'être chevalier à part entière même si cela doit lui coûter des moments partagés avec Enéa. Je n'ai pas eu l'occasion d'aborder le sujet depuis notre arrivée. Il est délicat d'évoquer sa fille. Elle me manque à moi aussi.

Une longue allée nous conduit devant plusieurs bâtiments composant le Palais. Il y avait là un édifice architectural central, sans doute consacré aux appartements du Roi, entouré de constructions tout aussi magistrales. Pour le commun des mortels, cet ensemble en imposait bien plus que les quartiers du Seigneur Shion. Ce peuple est riche en structure et en ressources naturelles. A l'extrémité de l'aile nord du Palais, la plus proche de l'allée centrale, se trouve une double porte réservée au peuple en quête d'audience. Ce jour-là, c'était d'ailleurs plusieurs dizaines de malheureux qui avaient attendu de la disponibilité et de la générosité de leur Souverain. La guerre et ses restrictions avaient fait beaucoup de victimes dans les populations restées en retrait. Le manque de nourriture, les soldats disparus sur le front, la sécheresse de l'année passée ... Tous avait pâti des affrontements contre l'armée d'Antiope. Notre rôle était également d'assister le gouvernement d'Ylias dans ses démarches pour le peuple.

Alors que nous atteignons les portes de l'imposant bâtiment de marbre, un chariot composé de prisonniers se dirigeait vers le hall principal. Une fois arrêté, je reconnu au loin la femme qui en descendait. Il s'agissait de la subordonnée d'Antiope. Un lieutenant d'Appios l'avait interrogé la veille. On a pu lui tirer quelques informations grâce au chevalier Chien de Chasse. L'ayant menée jusqu'au riche et imposant domaine du Roi, je vis cette dernière observer tout autour d'elle. On ne pouvait facilement échapper à une convocation officielle pour cause de trahison. Victime de son destin, cette femme aura à se justifier de son choix d'avoir guerroyé au nom des Amazones. Elle me fixa intensément lorsqu'elle passa devant notre groupe, afin d'être escortée par un garde jusqu'à la salle d'audience d'où elle sera jugée. Je ressentis animosité et haine. Elle nous crachotta dessus et nous gratifia d'un « Pauvres protecteurs d'Athéna. »

Son impétuosité poussa Jorge qui est à ma droite, à aller la réprimander.

« Cesses cette condescendance. Nous ne sommes point ici en ennemis. Contrairement à celle que tu servais. »

Methodia ricana.

« Vous êtes en terrain conquis, protecteurs d'Athéna. Quelle différence cela fait t'il ? Esclaves de Déesse ! »

Asterion serra les poings. Elle m'affronta du regard alors que Jorge poursuivit : " Je te prie de cesser ton mépris. Sachant combien le moindre outrage envers des chevaliers d'Athéna est sanctionné. »

Elle le gratifia d'un mince rictus.

« Je ne crains pas la mort, chevalier de la Croix du Sud. »

Nous nous concertons du regard. Elle en sait plus que nous le soupçonnions.

« Où as-tu été informé des armures sacrées? » demanda avec sévérité Chien de Chasse.

Elle resta muette. Je m'approcha d'elle et fais signe au garde de la relever. Cette dernière est de haute taille. Un duel silencieux s'établit. Elle osa une bravade en posant une main sur mon plastron alors que son regard émeraude accompagnait ses allégations doucereuses :

« Nous n'avons pas été présenté, guerrier d'or ? » Les chevaliers d'argent sont irrités davantage. D'un mouvement souple de la main, je leur demande ne pas intervenir, « Ç'aurait été un honneur de t'avoir dans ma cellule si froide avec cet aura chaleureuse pour me réchauffer. Pourquoi n'es-tu pas venu m'interroger toi-même, noble Saint du Scorpion ? J'aurai pu t'être d'une aide appréciable pour la capture des sorciers maléfiques .. »

C'est bien ce que je soupçonnais.

« Tu n'ignores donc pas ces informations... »

« En effet. Ma Reine m'avait prévenu de votre vivacité d'esprit si nous venions à être vaincu. »

« Pourquoi ce sordide jeu d'énigmes ? Qu'as-tu à y gagner en te comportant ainsi ? » la prévins-je.

« J'ai déjà tant perdu, chevalier d'or. »

« Bloquer tes barrières mentales ne te sera d'aucun secours, Amazone. Tu n'es pas assez forte pour tenir face à nous. » rétorqua Jorge derrière moi.

Elle se mit à fixer le ciel, et s'imprégner des rayons du soleil.

« Les Saint d'Athéna sont habitués à mépriser les armes, à se battre un contre un, à se méfier des attaques groupées, à rechigner à s'en prendre à ostensiblement plus faible que soi… Tout cela découle d'un sens de l'honneur qui leur a déjà coûté beaucoup. » déclara t'elle solennellement. « J'aurai pu devenir l'une des vôtres. Quand mon village fut entièrement brûlé et ma famille disparue sous mes yeux ... »

« Qu'est-ce qu'il t'en a empêché ? » l'interrogea Asterion en se rapprochant, « Je ressens un cosmo particulier. Tu es différente. »

« Mon père aspirait à une armure d'argent et il m'a éduqué dans cette logique .. Et parce qu'il n'a pas pu concrétiser son rêve .. Il était faible, comme tous les mâles.»

Silence.

« Quelle constellation ? » questionna Jorge. Elle eut un court rire sarcastique, avant de reposer ses yeux sur lui.

« Celle de Céphée, chevalier. Après votre stupide guerre interne, mon père avait perdu son maître, le successeur de ce Daidalos. » continua t'elle, « Il était tellement lâche après ces événements au Sanctuaire qu'il a abandonné l'idée de devenir Saint .. Et vivre par procuration son rêve inavoué au travers de moi ! »

Ses yeux s'étaient assombris de colère. Je sentis un cosmo malsain s'emparer d'elle. Cette femme était sans l'ombre d'un doute marqué par les horreurs des guerres et l'absence d'un paternel devenu aliéné. Les Amazones l'ayant recueilli n'ont fait que renforcer sa haine envers le Sanctuaire.

« Votre foi en l'humain me donne envie de rendre ! Comment pouvez-vous prêcher la bonne parole en vous entre-tuant et entraînant le monde dans vos absurdes guerres Saintes ! J'étais si heureuse que mon cher papa soit vaincu par les Amazones qui ont su reconnaître mon véritable potentiel ! »

Jorge et Asterion froncèrent les sourcils.

« Nous n'avons rien à tirer de cette femme. » s'exprima Chien de Chasse plus agacé par les manières de cette femme que ses commentaires désobligeants qui ont suivi sa déclaration.

« Allez-y ! Martyrisez-moi Saints d'argent, torturez-moi ! » ricana t'elle, « Seul les puissants chevaliers d'or sont les pièces maîtresses de votre Royaume ! » rétorqua-t-elle avec une fureur retrouvée.

J'ai tout juste le temps de stopper Asterion et Jorge hautement irrités.

« Tu es désinformée pour quelqu'un se tarant de connaître le Sanctuaire. » commençais-je avec neutralité, « Chaque ordre de chevalier a une fonction spécifique. Nous Chevaliers d'Or sommes rarement convoqués par le Grand Pope afin de ne pas négliger nos occupations même depuis la fin des Guerres Saintes que tu reproches. Alors, ceux qui exécutent la majorité des missions du Sanctuaire sont accomplies par les Chevaliers d'Argent. Les Chevaliers de Bronze sont appelés pour les assister, en plus de leur fonction de base qui est de protéger. Les Chevaliers de Bronze possèdent un attribut spécifique propre à chaque armure. Il semblerait que ce privilège leur ait été donné afin de mieux exercer leurs fonctions d'assistants auprès de Chevaliers de rangs supérieurs. Les Chevaliers d'Argent possèdent des aptitudes de combats suffisamment importantes pour ne pas nécessiter d'outil de combat supplémentaire. Le moyen de produire une attaque dépend donc essentiellement des capacités du Chevalier, le rôle de son armure étant exclusivement d'agir comme une protection. Il n'est d'ailleurs pas rare qu'un Chevalier d'Argent entraînent des candidats potentiels a une armure. »

Je vis sa mine se renfermer, piquée ne pouvoir répliquer à mon monologue.

« Tu conviendras donc que les chevaliers d'Argent accomplissent leur devoir en toute fiabilité, usant de leurs aptitudes de combats exceptionnelles. Ils sont représentatifs du concept de la foi d'Athéna. Ce qui s'est déroulé autrefois fut exceptionnel. Nous avons tous été vaincus par ce groupe d'adolescents, guidé par la Déesse que nous ignorions alors et je te l'accorde, refusions de voir tant les circonstances de cette guerre furent tragiques. »

Les cosmo d'Asterion et Croix du Sud se radoucissent. Je n'aurais souhaité que l'image des chevaliers soient ternies par une banale provocation de prisonnière.

Ma voix se faisait de plus en plus forte à chaque mot. Methodia se voûta légèrement : « Il est plus aisé de te servir d'une rancœur passée afin d'assouvir ta colère plutôt que de collaborer. Ton obstination te conduira à compromettre la patience de notre haut-gradé et je t'avise de méditer sur cet éventuel désagrément, connaissant la notoriété de notre sœur d'arme. »

Son regard s'éclaira soudainement et je l'entendis gausser à nouveau de façon tout à fait impertinente.

« Parles-tu de ce cher Saint du Serpentaire, votre humble et perdante Commandante ? » Elle m'adressa un petit sourire railleur, « Que crois-tu, Saint du Scorpion ? Je sais ce qui m'attend. Et j'espère même me confronter à cette gourgandine ! »

A t'elle décelé quelque chose qui ai suscité ce rictus révélateur ? Les Amazones lisent en le cœur des hommes et son cosmo est celui d'un protecteur d'Athéna. Mes sentiments me liant au Serpentaire ne doivent interférer ni dans mon devoir, ni dans mon cosmo même s'il est difficile de réguler la profondeur de mon amour pour elle. Tout ceci est récent. Je dois m'employer à tenir cela lorsque Aurora est directement dépeinte de cette façon.

« Quelqu'un d'aussi vert que toi ferais bien de montrer de la déférence lorsqu'il parle d'un Chevalier d'Or si estimé. », répliqua Jorge.

« Ta désinvolture et ta rage te noient dans ces réflexions badines. Mais elles ne nous atteignent pas.» ajouta Asterion.

« Tu m'en diras tant ... » finit par répondre Methodia la mâchoire contractée, gardant non sans mal son calme, « Je défierai le chevalier du Serpentaire, sur la mémoire de ma Reine ! »

La bouche ouverte de stupeur, l'officier à nos côtés ne sut quoi y répondre, indisposé par la situation. Nous reprenons notre marche sans nous attarder plus longtemps. Je demanda à Asterion de rester la surveiller tandis que nous avons pénétré dans le hall.

« Merci Milo. » s'exprima alors Jorge avant de nous séparer dans le couloir, « Asterion avait besoin de l'entendre, au nom des camarades de notre confrérie. »

J'hocha la tête. Je n'ai jamais fait de distinctions entre Saints. Nous partageons un but commun. Lorsque Saga m'avait acté de punir le groupe de Seiya, je ne pouvais me résoudre à affronter ces enfants, estimant le combat trop inégal pour y envoyer un Saint d'or et mettant en péril mon honneur de chevalier d'or. Notre ordre nous l'interdit. Chevaliers de Bronzes ou d'Argent, nous ne pouvons plus combattre nos frères.

Des servantes se courbèrent sur mon passage alors que je gagnais nos quartiers. Ma suite est éloignée de celle d'Aurora, disposant de la plus luxueuse des chambrées avec en supplément un vaste bureau, une bibliothèque et deux servantes. Je l'entendis m'appeler à nouveau. J'ai ressenti son cosmo plus tôt mais j'ai dû le mettre en sourdine devant la pression de Methodia. L'énergie du treizième chevalier est fugace. Il n'y avait vraiment qu'une seule chose – une seule personne, parmi toutes celles qui peuplaient ce Domaine, pour la mettre en cet état. Je m'élançais dans le couloir.

« T'étais où, p***** ? »

Aurora dans toute sa pédagogie. Sa voix était polaire. Coupante comme la glace. Elle s'était levée si brusquement à mon arrivée que sa chaise était tombée à la renverse et elle se tenait droite, mains serrées sur le rebord de la table. Son regard incandescent me jaugeait. Presque avec défi.

Je m'approcha. Ma main s'attarda un instant sur la sienne et son humeur s'allégea.

« Je suis là. » dis-je simplement. Elle semblait avoir le cœur lourd. À son calme revenu, je la questionna d'un regard.

« Je suis fatiguée de tout ça. »

Je ne voulais pas connaître les raisons de sa contrariété. Il était inutile de tergiverser. Le Serpentaire a beau être un être imprévisible, la générosité et la passion qui l'anime pour un tiers est sa force. Les autres chevaliers d'or et moi-même furent interdits par ces états-d'âme la première fois qu'elle a démontré sa personnalité. Cette capacité naturelle de démontrer ses émotions est respectée. J'en fus le premier à l'accepter dans son entierté avec le Lion et le Taureau. Aurora est proche d'Aiolia et Aldébaran. Ils se ressemblent sur leur facilité à exprimer leurs sentiments.

A l'instant où mes bras se refermèrent sur elle et où ma bouche glissa doucement à la base de son oreille, je sus qu'elle était mieux. Aurora est sensible à cet endroit-là. J'aime en jouer pour l'amener à rendre les armes. Profitant de l'instant, je n'avais moi-même plus souvenir de la dernière fois où j'avais pu partager de telles étreintes. Des étreintes que nous avons de plus en plus souvent. Ces courbes somptueuses pressées contre moi que j'ai désiré honteusement et dont je ne m'estimais digne avait la saveur d'une douceur dont je pensais avoir été dépossédé à jamais. Que ce soit des années plus tôt, éperdu dans les affres des combats. Ou il y a quelques mois seulement, abattu par la torture de mes tracas intérieurs... Aussi espérais-je pouvoir faire perdurer ce moment de grâce, réchauffant si étrangement mon âme que je croyais à jamais sacrifiée par la mission que je m'étais donné.

L'embrassant religieusement sur le front, je la fis doucement pivoter sur elle-même pour qu'elle assiste au majestueux coucher de soleil. Après quelques instants, je l'entendis murmurer doucement : « J'aime cette région. » Sa main cherchait la mienne tandis qu'elle se blottissait contre mon armure : « Loin de ces terres qui m'ont vu naître, j'aime la Grèce, ses beautés naturelles offertes à moi. » Elle s'était retournée sur la dernière phrase, y aventurant une autre main sur mon visage dans une tendresse immense.

« Une de ses merveilles Grecques, Milo. » ponctua t-elle de ce sourire à faire rougeoyer les anges.

Des mots si riches de sens. Pour toute réponse, mes lèvres parcoururent son cou, puis son front et sa joue avant qu'elle ne prenne d'assaut ma bouche. Mes mains la parcoururent gracieusement et s'aventurèrent. Les caresses et les baisers lui firent bientôt oublier tout le reste.

« Oh, chevalier du Scorpion, tu me rends folle... » Je l'entendais murmurer.

Un flash de cosmo plus tard, ma protection sacrée était rangée dans un coin de la pièce et je me dressais devant Aurora vêtu d'un simple pantalon d'entraînement. D'un geste rapide, elle reprit possession de mes lèvres. Un instant pris au dépourvu, j'enfouis mes mains dans les longues mèches et rendit son baiser alors que je la forçais à reculer jusqu'à pouvoir la presser entre un mur de pierre froide et son corps brûlant. Haletante, le Serpentaire plaqua sa bouche en mon cou. Avec un rictus triomphant, elle défit mon vêtement qui tomba à mes pieds alors que je l'entraînais en direction du lit. Depuis ce matin, je ressentais la même hâte, la même envie dévorante. Nos jambes et nos souffles se mêlèrent, je me pressais contre elle, mes mains vagabondaient, arrachant dans son sillage soupirs et gémissements rauques de ma partenaire. Aurora remonta les genoux et m'attira entre ses longues jambes marquées par les batailles.

Je pris son visage dans mes mains et lui souffla : « Je veux chaque jour de ma vie à tes côtés, Saint du Serpentaire. »

Un sourire carnassier me répondit.

« On a cinq ans à rattraper, bourreau des cœurs. »

J'opinais de la tête avec amusement. Déjà tant … Ma conscience de protecteur sacré avait résonné dans mon esprit chaque fois que nous nous rapprochions. Elle, si étincelante de vaillance avait irrémédiablement attiré l'attention de l'ensemble des chevaliers d'or à notre rencontre. Pas seulement pour la grâce se dégageant d'elle. Je saisis rapidement que nous n'avions pas à faire à une simple représentante d'Athéna. Elle avait beau camoufler sa cosmo-énergie, tout en elle révélait de l'insolite, de la maîtrise. Je l'ai aimé dès le premier jour. Je le sais à présent. Notre amitié s'est forgée naturellement alors que je me noyais dans les remous du déni, décidé de couper court à toutes pensées parasites. Après la bataille contre Arès, Aurora ne pouvait revenir sans séquelles de tels tourments. Et cela se traduisait déjà par des songes peuplés d'obscurs souvenirs de sa sœur, par des suppliques murmurées dans ses songes. J'ai assisté à tant de nuits agitées que je ne pouvais me résoudre à l'abandonner. Comment allait-elle rester saine d'esprit, si son subconscient était ainsi perpétuellement assailli des plus noirs cauchemars ? Pour y remédier, j'allais chaque jour la visiter afin de la rassurer de ma présence et si besoin de mes mots.

Il n'est jamais facile de lire les profonds sentiments qui assaillent un chevalier. Nous avons pour coutume d'y faire abstraction, parasitant notre champ de perception face à un adversaire. Aurora puisait dans ces émotions, la clé de sa détermination. Au lieu d'y renoncer, selon elle nous devions l'adopter, argumentant sur notre condition d'humain avant tout. Ses mots avaient su nous convaincre. J'étais frappé par sa foi. La guerre contre les Amazones ne l'avait pas émoussé. Sa défaite fut douloureuse et elle a su en tirer des leçons : celles qu'elle nous avait prodigué quelques années plus tôt afin de nous mener vers le chemin du pardon. Le pardon envers soi-même.

Ces derniers jours comble mon cœur plus qu'aucun(e) ne pourrait le faire. Cette liberté d'aimer Aurora, de pouvoir lui déclarer chaque fois que j'en ressens le besoin sans m'en cacher devant elle. Je me suis longtemps questionné sur la valeur de ses sentiments à mon égard. Quelle place avais-je dans son cœur bien que j'y ressentais autre chose que de l'amitié et malgré sa relation avec le Spectre puis Persée. Ces moments que nous partageons une fois les étendards rangés sont maintenant suffisants à mon bonheur.

« A quoi penses-tu, bel éphèbe ? »

Je croisais le regard de ma partenaire alors que demeurions immobiles, enlacés l'un contre l'autre, me confortant dans cette position bien heureuse. Je pourrais m'habituer à une telle disposition et alors qu'elle me détaillait avec grand intérêt.

« Fais-moi l'amour, chevalier du Scorpion. »

J'apposais légèrement mes lèvres impatientes à celles d'Aurora en cet instant partagé où tous les interdits semblaient possibles. Les soupires communs accompagnant cette confidence traduisit toute notre satisfaction à avoir brisé cette barrière invisible que nous nous imposions jusqu'alors. Bougeant naturellement en réponse aux caresses offertes, telle une danse connue de nous-même, Aurora n'émit aucune plainte face à ma volupté. Bien au contraire. Glissant ses doigts fins dans ma chevelure, elle m'incita à poursuivre nos échanges en une vallée qui ne nous était plus inconnue.

« Je t'aime, Aurora. » murmurais-je à son attention sans la quitter des yeux.

Elle eut un petit rire joyeux.

« Et tu m'aimes comment, chevalier ? »

J'abordais un nouveau rictus.

« Bien plus que ma vie. »

Son sourire ne me quitta pas.

« Je veux dire, beaucoup, follement, à en mourir .. ? »

Je la pris doucement par le menton et releva son visage. J'approchais mes lèvres des siennes et l'embrassa avec toute la passion que je ressentais. Il n'y avait aucun mot pour définir ce que j'éprouve pour le chevalier du Serpentaire.

Son beau visage s'illumina : « Tu es si fier, Scorpion d'or .. » conclua t-elle.

Je songeais à notre premier réel échange intime près du Cap Sounion. C'était là, en cet endroit que nous nous étions dépouillés de tout l'orgueil militaire et amical qui nous empêchait d'être heureux et nous donnions la chance de vivre un nouveau sentiment.

Et c'est un bonheur sans prix."

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*Pommes d'or contenant un puissant elixir divin de la déesse de l'amour, qui lorsqu'on y goûte, enveloppe le piégeur d'une appétence sexuelle démesurée. Pour un guerrier sacré, ses réflexes sont amoindris et son cosmo presque équivalent à celui d'un mortel.

*Moine moksha : aussi connu sous le nom de mukti, le terme est dérivé du mot sanscrit, mukt, qui signifie «libération» et «émancipation». Il fait référence à l'état d'être libéré du cycle vie-mort pour une religieux Hindouiste et aux limites d'une existence mondaine. Selon la philosophie indienne, moksha est le quatrième et dernier objectif de l'existence humaine.