Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le cinquante-quatrième chapitre de SAMLP !

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Zackos : Mais nooooon, tu as raté la publication du chapitre à une minute près XD Oui, je suis sûre que James et Lily regardent ce qui se passe en bas et se réjouissent de voir les deux Maraudeurs en couple, mais c'est clair que James serait choqué XD Et Lily qui devine toujours tout … x) Je m'attends à devoir aller moisir dans un coin pour le chapitre que je suis en train d'écrire XD Pour celui-là, il ne devrait pas y avoir de raisons x) Harry a survécu à plein de choses, c'est incroyable XD «Sa maman le saucisson», mais où est-ce que tu es allé chercher ça XD Désolée pour l'attente XD Ça fait plaisir de savoir que tu es autant au taquet pour la publication du nouveau chapitre *-* J'essaie de poster entre midi et treize heures, parfois je poste davantage vers treize heures, voire un peu plus tard (comme aujourd'hui XD) soit parce que la relecture du chapitre est longue, soit parce que la NA est longue, soit parce que j'ai été interrompue … XD J'ignore moi-même d'où me viennent toutes ces idées XD Merci pour cet engouement et pour tes reviews *-* Alors je n'ai pas eu d'examens avant les vacances, tout sera après la rentrée, et je ne sais pas si c'est mieux comme ça XD J'espère que tout va bien pour toi aussi !

Mel : Le couple Sirius/Remus est juste trop mignon, il y en a souvent dans les fics et il y en a où c'est très bien mené *-* Mieux que dans la mienne car bon sang que c'est compliqué XD Mais ravie que tu aimes toujours autant ce couple *-* Et encore plus ravie que tu aimes tous les couples XD La mère de Pansy et le bébé vont bien, c'était juste un problème qui survient assez fréquemment, mais tout va pour le mieux :) Alors je ne peux pas dire pour le moment si ta théorie est exacte, ne voulant pas spoiler ceux et celles qui aimeraient garder le suspense, mais elle est très intéressante et je pense ne spoiler personne en disant que, de toute façon, il y a clairement quelque chose entre Harry et Théo XD Tout s'éclaircira au début du deuxième tome :) Mais je peux d'ores et déjà promettre une chose : il n'y a pas d'histoire d'âme sœur ou de compagnon entre eux :) Je n'ai pas mis Harry et Draco en couple pour les séparer, je les aime trop pour ça XD Merci d'avoir fait partager ta théorie, en tout cas *-* C'est hyper dur de ne rien dire et de garder le secret mais il faut tenir jusqu'au deuxième tome XD Après, peut-être que d'ici là, certains d'entre vous auront tout deviné *-* Severus part de tellement loin niveau comportement avec Harry qu'il y a toujours matière à s'améliorer XD Oui, les transferts sont bien pratiques mais ils créent une belle pagaille entre les personnages XD Merci à toi pour cette review, en espérant que ce chapitre te plaise *-*

manue27.90 : Bienvenue à toi =D Merci pour ta gentille review, heureuse de te compter parmi les lecteurs assidus de SAMLP *-* Ooooh mais tu piques ma curiosité en disant avoir compris le lien entre Harry et Théo XD Il y a plusieurs théories (theory… pardon XD) possibles, et même si on devine le lien, ça va plus loin que ça car il y a autre chose à deviner … XD J'espère que la suite te plaira et que tu prendras toujours autant de plaisir à lire cette histoire =)

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Merci pour ces reviews, ça a égayé mes journées de les découvrir et de les lire ! Et merci à tous ceux qui continuent à lire cette fic ! Je vous laisse avec ce chapitre qui est très long puisqu'il fait plus de 27 000 mots XD N'hésitez pas à prendre un thé, un café, un chocolat chaud, un jus de fruits, un jus de citrouille ou tout simplement un verre d'eau pour accompagner ce chapitre XD Bon, j'arrête de blablater et je vous souhaite une agréable lecture !

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54 – Stress et début d'examens blancs

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(samedi 16/03) POV Sirius

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Il était un peu plus de minuit lorsque Sirius arriva aux appartements de Severus. Il frappa et la porte s'ouvrit vite sur Severus. Comme l'avait prédit Sirius, il ne sembla pas étonné de le voir. Il ne tarda d'ailleurs pas à le lui confirmer :

- Je savais que Remus ou toi viendriez me voir. Vous avez eu une discussion avec Harry ?

- Oui.

- Bien, entre.

Sirius pénétra dans les appartements et suivit Severus jusqu'au salon.

- Que veux-tu boire ?

- Tu as quelque chose de fort ?

- Je dois avoir ça dans mes placards, oui. Je reviens.

Severus s'en alla et revint quelques minutes plus tard avec une bouteille. Il en servit deux verres.

- Ça ne me ressemble pas de boire un verre comme ça à minuit mais... là j'en ai besoin. La soirée a été riche en émotions. Raconter tout ce qui s'est passé, se replonger dans les souvenirs, ça a été dur. Remus et moi ne nous attendions pas à avoir cette discussion ce soir. Harry nous a pris de court.

- C'est de ma faute, admit Severus.

- Je sais, Harry nous a expliqués. Ça aussi, ça a été un choc. Je n'arrive pas à croire qu'il ait pu faire un transfert avec Théo. Surtout sans le vouloir, quoi... Ça aurait tellement pu mal se passer... J'aurais pu perdre mon filleul...

- Le principal, c'est qu'il s'en soit sorti, rappela Severus. Tu as beaucoup de choses à me raconter, je crois. Commence par le début, si tu veux bien.

- Harry est arrivé peu après vingt-et-une heures, il était furax et il s'est aussitôt mis à nous faire des reproches, à Remus et à moi. Il avait tout compris de travers, le pauvre. Il croyait qu'on avait pris ce transfert comme une expérience et que c'était ça qui m'avait rendu mal en point.

- J'aurais peut-être dû lui expliquer un minimum de choses à ce sujet, grimaça Severus. Mais j'étais trop en colère pour ça. Et pour rien, en plus. Mais vas-y, continue.

- Nous étions très surpris, Remus et moi. Mais Remus a vite pris les choses en main. Il a dévoilé à Harry le concept de compagnon attitré. Il a fait le parallèle avec sa propre histoire et il lui a expliqué pourquoi il avait dû attendre trente-six ans pour découvrir qu'il avait un compagnon. Il a parlé de la façon dont je l'ai invité à venir habiter au Square et des légers troubles qui sont apparus durant l'été. Remus avait déjà fait comprendre à Harry que j'étais son compagnon en lui apprenant qu'il avait dû attendre treize ans après l'emprisonnement de son compagnon pour le revoir. Harry s'est intrigué et a demandé comment c'était possible alors que j'étais censé aimer les femmes. Remus lui a répondu et lui a raconté ce qui s'est passé depuis la rentrée à Poudlard. Il lui a notamment fait part de notre déni, du fait qu'on a accepté notre attirance mais pas nos sentiments, du fait que son loup agissait à sa place en ma présence, et ça l'a amené à lui révéler la discussion qu'il a eue avec toi. Il a terminé la deuxième partie de son récit en avouant que j'avais refusé le lien quand il m'en a parlé. J'ai alors pris le relais et j'ai raconté à Harry comment j'avais vécu cette histoire. Je n'ai pas hésité à lui avouer que j'avais trompé Remus et que c'était dû au fait que des infidélités pouvaient survenir après une forte dispute. Il me semblait important qu'il soit au courant de cet aspect de notre relation si ça venait à se reproduire. Je ne sais pas si j'ai eu raison et c'est en partie pour ça que je voulais venir te voir.

- Tu as bien fait, assura Severus. Ça aurait été trop compliqué à gérer par la suite si vous continuiez à lui cacher ça. Et puis ton filleul est grand, il peut entendre et comprendre ce genre de choses.

- C'est ce que je me suis dit. Je lui ai ensuite parlé de l'état dans lequel m'a mis mon refus du lien. Il n'avait eu que la version incomplète de Remus qui ne pouvait pas lui dire grand-chose à ce moment-là. Là, il a eu toute la vérité. Remus a repris la parole et lui a raconté le transfert. Harry était un peu sous le choc de tout ce qu'il venait d'apprendre mais il n'était pas choqué dans le sens où il trouvait ça monstrueux. Au contraire, il a affirmé que ça ne le dérangeait pas du tout et qu'il allait juste avoir besoin de temps pour s'y faire. Il n'y a donc pas eu de malaise et il a vite rebondi en nous posant des questions. Il voulait savoir si tout cela signifiait que Remus et moi étions en couple, il s'inquiétait de ce qui pourrait se passer si Dumbledore découvrait notre relation et il m'a interrogé sur les raisons qui m'ont poussé à refuser le lien. Nous avons répondu à toutes ses questions et c'est moi, après, qui lui en ai posé une. Je lui ai demandé comment il avait su pour le transfert. Il nous a tout expliqué.

Sirius vit Severus se crisper.

- Il ne t'en veut pas, le tranquillisa Sirius. Sinon je ne serais pas aussi calme. Et tu te serais sûrement pris un coup de poing dans la figure dès que tu aurais ouvert la porte.

- Je ne me serais pas défendu, avoua Severus. J'aurais parfaitement compris ta colère.

- Sauf que je ne suis pas en colère, appuya Sirius. Harry et Remus non plus. La seule personne qui t'en veut, c'est toi. C'est normal mais il faut que tu te dises que tu étais épuisé, que tu étais à bout et que tu n'as pas voulu faire de la peine à Harry. Et puis tu as su te rattraper, d'après ce que Harry nous a dit. Il paraît même que ça a été bénéfique.

- C'est vrai. Mais je m'en veux quand-même de m'être conduit ainsi envers lui. J'avais sa confiance et en l'espace d'un instant, j'ai cru avoir tout gâché. Mais j'étais tellement en colère... J'ai pensé à tout ce qui aurait pu se passer et... j'ai pété les plombs. En fait, je n'aurais pas supporté de perdre à la fois Harry et Théo. Ce sont mes deux patients, je connais presque tout d'eux et...

- Tu t'es attaché à eux, compléta Sirius.

- C'est ça. Avant même le procès, Théo n'avait plus personne pour s'occuper de lui. En tant que son médicomage et son directeur de maison, je me sens entièrement responsable de lui. Et Harry... c'est différent. C'est durant sa convalescence qui a vu nos rapports s'améliorer considérablement que j'ai compris que la haine n'apportait rien de bon et qu'elle rendait plus malheureux qu'autre chose. Je ne veux donc pas que ça redevienne comme avant entre Harry et moi. Je ne veux pas revivre les quatre année de haine qu'il y a eues entre nous. Je veux que notre relation reste comme elle est, c'est-à-dire basée sur le respect et la confiance. C'est pour ça que je stresse dès qu'il y a des tensions entre nous. J'ai trop peur des conséquences que ça pourrait avoir.

- Je comprends. Tu devrais dire tout ça à Harry. Je suis sûr qu'il a les mêmes craintes que toi. Ça lui ferait autant de bien qu'à toi d'avoir cette petite discussion. Mais c'est toi qui vois. Tu sais mieux que moi ce que tu dois faire. Après tout, c'est toi le psychomage. En tout cas, je ne te blâme pas d'avoir pété les plombs, comme tu le dis si bien. À ta place, j'aurais sûrement réagi de la même façon. J'ai été tellement surpris d'apprendre que Harry avait fait un transfert magique avec Théo... C'est de ça, entre autres, dont je voulais parler avec toi. Qu'est-ce qui s'est passé précisément ?

- C'est la question qu'on se pose tous. Harry m'a dit qu'il avait juste mis sa tête sur le torse de Théo et qu'il avait entouré son poignet de ses doigts, sans aucune autre intention que celle d'avoir un peu de contact avec Théo. Le transfert a eu lieu sans qu'il le veuille. Il n'a rien senti. Il n'était pas du tout conscient de ce qui se produisait. Le transfert avait déjà commencé quand je suis arrivé. J'ai très vite compris ce dont il était question. Il y avait une forte présence magique et j'ai aussitôt vu les doigts de Harry autour du poignet de Théo. Il y avait peu de place au doute. Mais je ne pouvais rien faire. Ça aurait été trop dangereux de rompre le transfert en tant que personne extérieure. J'ai néanmoins demandé à Harry de s'éloigner de Théo dès que la tension magique a disparu. Je pouvais au moins essayer de protéger Harry si Théo rejetait sa magie. Heureusement, ce n'est pas arrivé.

- Mais ça aurait dû, murmura Sirius. Harry n'avait jamais appris à faire un transfert. Il aurait pu mal s'y prendre et... je ne sais pas quelles conséquences ça aurait pu avoir, mais tout le monde sait qu'il ne faut pas jouer avec la magie... Je ne veux pas penser au cas où ça se serait mal passé mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que j'ai failli perdre Harry...

- Ça, on n'en est pas sûr.

Sirius fronça les sourcils.

- Comment ça ?

- Tu vas peut-être me trouver fou de penser ça mais... ça se trouve, ce transfert était sans risques. Je n'arrive pas à croire que cela soit seulement de la chance s'il n'y a pas eu de catastrophe. Quand on sait à quel point la magie de Théo peut être instable, ça paraît impossible qu'un transfert réalisé dans de telles conditions puisse bien se dérouler. Harry a émis l'hypothèse d'un transfert instinctif, j'y ai réfléchi et pour moi, ça se tient. Sans en avoir conscience, Harry savait quoi faire pour sauver Théo, et ça s'est fait sans qu'il ne l'ait décidé. Ça expliquerait pourquoi il a pu faire ça sans avoir appris les bases. C'est une hypothèse plus que convaincante. Le problème, c'est qu'il n'y a jamais eu ce genre de cas avant. Et on ignore s'il y en aura d'autres. Donc on ne peut rien vérifier pour le moment. Tu es venu pour espérer avoir des réponses mais je n'en ai malheureusement aucune à te fournir. Je suis moi-même dans le flou.

- Tu as quand-même une piste, grâce à Harry, et vu qu'on n'a pas d'autres explications, je vais m'en contenter. Ce sera toujours mieux que rien. Et puis, ça m'a un peu rassuré malgré tout. J'espère juste qu'il ne va rien se passer d'autre de bizarre ou de dangereux entre Harry et Théo. Si jamais ça arrive, tu crois que ce serait une bonne idée de les séparer ?

- Les séparer ? répéta Severus, perplexe.

- Oui, faire en sorte qu'ils soient assez éloignés l'un de l'autre.

- J'avoue que ce serait efficace comme solution, mais peut-être un peu trop radical. Je ne pense pas qu'ils supporteraient cette distance entre eux. Tu as toi aussi remarqué qu'ils étaient très proches l'un de l'autre. Tout ce que tu vas gagner, c'est un filleul dépressif.

- On oublie, alors, grimaça Sirius. Enfin, sauf si c'est la seule solution... On devrait la garder sous le coude, au cas où. Je suis sûr que ça ne poserait pas de problèmes de gérer une déprime de Harry. Tu n'es pas psychomage pour rien, tu sauras forcément quoi faire.

Severus regarda attentivement Sirius.

- Tu serais prêt à séparer ton filleul d'une personne qui lui est chère sans savoir s'il y a vraiment un risque que quelque chose de grave se produise entre eux ?

- Je suis surtout prêt à tout pour assurer la sécurité de mon filleul, lâcha Sirius. Je n'ai pas su le faire à maintes reprises et il est hors de question que je refasse les mêmes erreurs. Mais je n'en arriverai là que s'il se passe autre chose. En espérant qu'il ne sera pas trop tard pour réagir.

- Nous verrons cela en temps voulu, trancha Severus. Puisqu'on en est à traiter de choses bizarres à propos de Harry, je voudrais discuter avec toi de quelque chose le concernant. Je voulais t'en parler plus tôt mais je sentais que ça allait être compliqué. Et ça l'a été, effectivement. Et puis c'était assez confus, je ne savais pas trop quoi en penser, alors j'ai préféré attendre d'avoir fait d'autres examens pour y voir plus clair avant de t'en informer. Je n'en ai pas eu le temps mais je veux quand-même t'en informer maintenant.

- Ouh là, tu me fais peur, s'inquiéta Sirius. Qu'est-ce qui se passe ? Il y a un problème avec la santé de Harry ?

- Je n'appellerais pas vraiment ça un problème. Mais plutôt une anomalie. Et plus précisément une anomalie génétique. Lors d'une des fois où j'ai examiné Harry après qu'il se soit réveillé de son choc dû à l'explosion, j'ai vu qu'il s'était coupé à un doigt, je l'ai soigné et il a fait une remarque comme quoi il n'y avait pas eu besoin de transfusion. Je lui ai dit que, pour ça, il aurait déjà fallu savoir son groupe sanguin et il m'a avoué qu'il ne le connaissait pas. J'ai alors fait le test nécessaire et ce qu'il a révélé m'a beaucoup surpris. Au lieu d'avoir deux allèles comme tout le monde, Harry en avait trois. J'ai refait le test, pensant à une erreur de manipulation de ma part mais ça a donné le même résultat. Dans les faits, cela signifierait que Harry a trois parents.

- C'est impossible, protesta Sirius.

- Je me suis dit la même chose. Mais c'est ce qu'indique le test. Et il est complètement fiable.

- Ça voudrait dire que Harry aurait un allèle de deux hommes et d'une femme ou de deux femmes et d'un homme ?

- Je pencherais plutôt pour la deuxième solution.

- Mais comment ça aurait pu se produire ?

- Je n'en ai aucune idée. J'ai des bases solides en génétique mais je ne suis pas un fin connaisseur. Je suis spécialisé dans les troubles rares de n'importe quelle nature en médicomagie, je maîtrise donc tous les domaines, dont la génétique, mais je ne m'y connais pas aussi bien qu'un généticomage.

- Je vois. Il faudrait donc s'adresser à un spécialiste ?

- Avec ton accord, oui. Vu que Harry est mineur, pour ce genre de démarches, il faut l'autorisation des parents ou du tuteur légal.

- Eh bien, tu as la mienne.

- En es-tu sûr ? Ce que révélera le généticomage risquera de changer pas mal de choses.

- Je préfère savoir plutôt qu'être dans l'ignorance. Mais c'est surtout à Harry de choisir. Si lui ne veut pas savoir, alors on oublie le généticomage.

- Lorsqu'on en a parlé, il était déterminé à comprendre d'où venait cette anomalie. Je lui demanderai s'il a changé d'avis mais ça m'étonnerait. On peut voir ça durant les vacances de Pâques, si tu veux. Ou lors des vacances d'été.

- Il faudra voir ça avec Harry. Personnellement, pour les vacances de Pâques, ça me va très bien.

- Vous comptez rentrer au Square ?

- J'aimerais bien. Au moins une semaine, quoi. Mais je n'en ai pas encore parlé avec Harry. Ça a été un peu compliqué, ces derniers temps, avec tout ce qui s'est passé.

- Je comprends. Vois ça vite avec lui, alors. Parce que c'est vendredi prochain, les vacances.

- Je sais, je lui en parlerai demain matin. Car il dort chez Remus et moi, cette nuit, précisa Sirius. Il était plus de vingt-et-une heures quand il est arrivé et il était presque minuit quand on s'est dit tout ce qu'on avait à se dire. Remus et moi avons estimé qu'il était préférable qu'il passe la nuit dans nos appartements.

- Et vous n'avez pas du tout sauté sur l'occasion, ironisa Severus. Vous avez pris cette décision juste parce que c'était mieux ainsi.

Sirius se mit à rougir.

- C'est normal d'avoir envie de garder son filleul avec soi, non ? se défendit-il.

- Mais oui, répondit Severus en levant les yeux au ciel. Je te taquinais, c'est tout. Tant que c'est une fois de temps en temps, il n'y a aucun problème à ce que Harry dorme chez vous. S'il est d'accord et vous aussi, alors c'est le principal.

- On lui a bien demandé son avis, assura Sirius. Et il était plus que partant. Est-ce que tu crois qu'il voudra bien passer une partie des vacances au Square ?

Severus haussa un sourcil.

- Comment veux-tu que je le sache ? C'est ton filleul, pas le mien.

- Tu es son psychomage, tu dois davantage connaître son état d'esprit que moi, protesta Sirius.

- Je peux seulement te dire ce que je pense, je ne peux rien t'affirmer. Mais il m'en parlera sûrement une fois que tu lui auras posé la question. Je doute qu'il te réponde tout de suite. Mais à mon avis, il sera partagé. D'un côté, il aura envie de s'éloigner de Poudlard et de passer une semaine au Square rien qu'avec vous, et d'un autre côté il n'aura pas envie d'être séparé de Draco et de ses amis durant aussi longtemps. Mais ça lui permettrait de se préparer à passer un mois et demi sans son petit-ami. Et ce sera pareil pour Draco. À vrai dire, j'aimerais bien rentrer également une semaine à la maison avec lui. Mais j'ai quatre patients qui sont sous ma responsabilité. Je ne peux pas les abandonner et priver Harry, Miss Chang et Miss Johnson de séances de thérapie. Sans compter Théo qui vient tout juste de se réveiller. Il est sûrement celui qui a le plus besoin de moi. Et puis, j'ai aussi les potions à préparer et les copies à corriger.

- C'est sûr que prendre une semaine de vacances n'est pas très indiqué dans ton cas, grimaça Sirius. Mais tu pourras te rattraper pendant les vacances d'été. Tu t'offriras une semaine durant laquelle tu te consacreras rien qu'à toi et à Draco. Tu resteras disponible uniquement au cas où Harry ou Théo auraient besoin de toi. C'est tout. Tu oublies tes potions. Sainte-Mangouste peut bien se passer de toi le temps d'une semaine et se rabattre sur un autre potionniste...

- Ce n'est pas faux, concéda Severus.

- Donc tu t'offriras une semaine de repos complet avec Draco pendant l'été, conclut Sirius. Et tu as intérêt à le faire sinon je t'y force.

- J'aimerais bien voir ça, se moqua Severus. Mais tu n'en auras pas besoin. Je compte bien prendre un vrai repos.

- Bien, je compte sur toi. Bon, je vais y aller. Je t'ai déjà assez dérangé comme ça.

- Oui, c'est sûr que j'avais l'air très irrité par ta présence.

- Tu ne vas jamais t'arrêter de te moquer de moi, en fait ?

- Tant de lucidité me surprend.

- Je t'em... Non, je vais rester poli. Ça te ferait trop plaisir.

- Tu me le diras, un jour.

- C'est toujours beau d'espérer. Bon, blague à part, merci de m'avoir rassuré, même si je n'ai pas eu les réponses espérées. Et merci de m'avoir dit pour l'anomalie génétique de Harry. Il était temps que je sache. Ça ne fait qu'ajouter un problème de plus mais, au moins, nous en sommes conscients et nous allons pouvoir chercher des explications.

- Pour ce qui est du transfert mystère, je crains qu'il faille se résoudre à ne jamais savoir ce qui s'est passé. Pour ce qui est de l'anomalie génétique de Harry, on attend d'en discuter avec lui pour qu'il nous dise s'il préfère qu'on voit ça lors des vacances de Pâques ou d'été et on s'en occupera.

- D'accord. Je lui demanderai aussi où il souhaite passer les vacances. Je lui parlerai du Square et je verrai bien. Je vais le harceler de questions, le pauvre. Allez, je te laisse. Bonne nuit.

Severus souhaita de même à Sirius puis celui-ci s'en alla. Alors qu'il n'était qu'à quelques couloirs de ses appartements, il tomba sur Miss Teigne qui le regarda avec son air éternellement méfiant.

- Je suis professeur, j'ai le droit de me promener où je veux et quand je veux, asséna Sirius. Tu ferais mieux de vite rejoindre ton maître si tu ne veux pas te faire pourchasser par un grand méchant chien noir...

Miss Teigne plissa les yeux. Sirius décida de s'amuser un peu et se transforma en Padfoot. La chatte de Rusard recula immédiatement en faisant le gros dos, les poils hérissés. Sirius s'avança vers elle d'un air menaçant, la faisant marcher en arrière jusqu'à ce qu'elle se retourne et s'enfuie en courant. Padfoot s'élança aussitôt à sa poursuite, la suivant aisément et ne se faisant nullement distancer par la vitesse du félin. Il la coursa ainsi à travers tout le château pendant un long moment et ne la laissa tranquille que lorsqu'il se lassa de ce petit jeu. Satisfait, il reprit forme humaine et se dirigea vers les escaliers, étant au troisième étage. Persuadé d'être le seul à se balader à une heure du matin, il hurla lorsqu'il vit quelqu'un en face de lui. Il sortit sa baguette et s'éclaira avec. Il reconnut Brian. La gêne l'envahit d'un coup. Ils ne s'étaient plus parlés depuis qu'ils avaient couché ensemble, c'est-à-dire un mois plus tôt. Ils s'évitaient et détournaient le regard dès qu'ils se voyaient. Alors maintenant qu'ils se retrouvaient face à face, ils ne savaient pas quoi se dire. Brian finit cependant par s'excuser :

- Pardon, je ne voulais pas te faire peur.

- Je ne m'attendais pas à croiser quelqu'un. Qu'est-ce que tu fais dans les couloirs en pleine nuit ?

- Je pourrais te retourner la question, rétorqua Brian.

- Je reviens des appartements d'un collègue avec qui je discutais de mon filleul, de mon filleul et de mon filleul.

- Oh... Il va bien ?

Sirius fut touché par l'inquiétude sincère qui s'entendait dans la voix de Brian.

- Oui, c'est juste que Harry ne peut pas passer une semaine sans s'attirer des problèmes et il n'en est même pas responsable. J'ai l'impression de rattraper les quatorze ans pendant lesquels je n'ai pas pu m'occuper de lui. Enfin bref, et toi, que fais-tu là ?

- Je n'arrivais pas à dormir, alors j'ai voulu faire un tour. Ça m'aide souvent à me détendre.

- Tu es insomniaque ?

- Oui, depuis un bon moment maintenant. Mais je préfère encore dormir trois ou quatre heures par nuit plutôt que m'endormir comme une masse après avoir trop bu.

La gêne monta d'un cran chez Sirius. Il estima qu'il était temps de s'excuser.

- Je suis désolé pour mon comportement de l'autre nuit... J'ai fait n'importe quoi et je le regrette.

Brian haussa les épaules.

- C'est une bonne chose que tu sois parti pendant que je dormais. Il y aurait eu un trop gros malaise le lendemain au réveil.

- Mais ce n'est pas très classe, ce que j'ai fait. Je t'ai sauté dessus alors que tu n'étais pas totalement maître de tes moyens et je me suis enfui comme un voleur juste après l'acte...

- Si mes souvenirs sont bons, c'est moi qui t'ai attiré vers moi alors que tu t'apprêtais à partir. Je suis autant coupable que toi. Nous étions tous deux bourrés et consentants, alors il n'y a pas de raison de s'excuser. Je me rappellerai juste ne plus jamais coucher avec un homme novice et bourré, même si je l'ai déjà fait. C'est très désagréable le lendemain. Mais ce n'est pas de ta faute, et c'est moi qui t'ait dit quoi faire.

Sirius fronça les sourcils.

- Ça t'arrive souvent de coucher avec un inconnu qui n'a aucune expérience et qui a un verre de trop dans le nez ?

- C'est ma vie privée, ça.

- Désolé. C'est juste que ça ne ressemble pas à la personne que tu es, alors ça m'intrigue...

- Dis-toi juste que quand je me suis retrouvé dehors, à seize ans, avec personne pour subvenir à mes besoins, j'ai choisi la facilité durant l'été lors de mes deux dernières années d'études, puis de façon plus prolongée après Poudlard. Je n'avais pas vraiment d'autre choix. Maintenant, si tu veux bien, on peut oublier ce qui s'est passé il y a un mois et reprendre notre relation telle qu'elle était avant. Parce qu'on s'entendait bien et ça me ferait plaisir de passer d'autres soirées avec toi. Mais en tant qu'amis.

Cette suggestion plut beaucoup à Sirius. Il était plus que soulagé. Brian ne s'était pas fait d'illusions sur leur relation, il ne lui en voulait pas et il souhaitait qu'ils restent amis. Alors qu'avant, ils étaient seulement des collègues entre lesquels le courant passait bien. Sirius avait donc gagné un ami avec toute cette histoire. C'était plutôt cool

- Ça me convient parfaitement, affirma Sirius. Bon, j'y vais, j'ai un colocataire qui va se demander si j'ai décidé de passer la nuit chez notre collègue.

- Tu passeras le bonjour de ma part à Remus, dit Brian en souriant.

Sirius acquiesça en s'efforçant de ne pas paraître trop troublé, ils se souhaitèrent une bonne nuit puis ils se séparèrent en prenant chacun un chemin différent. Sirius rentra à ses appartement et retrouva Remus dans le salon.

- Toujours pas couché ?

- Non, je t'attendais. Tu as refait le monde avec Severus ? demanda Remus, légèrement moqueur.

- On a beaucoup parlé, oui, admit Sirius. Mais c'était nécessaire. Il était un peu plus d'une heure du matin quand je suis parti de chez lui. En arrivant tout près d'ici, j'ai croisé Miss Teigne et je n'ai pas pu m'empêcher de l'embêter. Puis je suis tombé sur Brian en voulant redescendre les escaliers et on a un peu discuté. Il te passe le bonjour. Enfin, le bonsoir. Donc voilà, j'ai eu des obstacles sur mon chemin et c'est pour ça que je rentre si tard. Ça s'est bien passé avec Harry ?

- Oui, il s'est régalé avec le repas de ce soir. Lorsqu'il a fini de manger, on a parlé et il s'est endormi en pleine anecdote. J'ai donc dû aller le coucher. Je ne voulais pas le réveiller, le pauvre...

- C'est adorable, s'attendrit Sirius. Tu as dû adorer le mettre au lit. Je suis sûr qu tu as toujours rêvé de faire ça.

Remus se mit à rougir.

- Tu sais bien que j'ai toujours aimé les enfants. Ce n'était donc pas si compliqué à deviner.

- Alors pourquoi tu es tout gêné ? Il n'y a aucune honte à vouloir des enfants.

- Oui, sauf que si j'en veux, ce sera forcément avec toi.

- Et ?

- Bah... Il faut que tu le veuilles, toi aussi.

- Alors ça tombe bien car tu es la seule personne avec qui je veux en avoir.

Remus regarda Sirius, visiblement surpris.

- Vraiment ? Mais... ça ne fait que deux semaines que tu as accepté le lien...

- Eh bien c'est suffisant pour que je sache déjà que c'est avec toi que je veux fonder une famille. Pas tout de suite, évidemment, c'est beaucoup trop tôt, mais pourquoi pas dans quelques années, quand on aura une situation plus stable ?

- Je dis mille fois oui, approuva Remus, l'air ému. Mais... est-ce que tu sais dans quoi tu t'engages ? Je veux dire, je ne peux pas porter le bébé à cause de ma nature de loup-garou, alors c'est toi qui...

- J'en suis conscient, et ça ne me dérange pas du tout, assura Sirius. J'ai du temps pour m'y faire, de toute façon. Ce n'est pas pour tout de suite.

- Ça, c'est sûr. Bon, on va se coucher ? Je tombe de fatigue.

- Moi aussi. Mais... euh... on dort ensemble ou... ?

Remus fronça légèrement les sourcils avant qu'une lueur de compréhension ne traverse son regard.

- Oh, tu penses à Harry ? devina-t-il.

- Oui, ça pourrait le choquer de nous voir arriver en même temps dans le salon demain matin s'il est levé avant nous...

- On fera attention. L'un de nous se lèvera dix minutes avant l'autre. Mais Harry n'est pas idiot et il n'est plus un enfant. Il doit bien se douter qu'on dort ensemble.

Sirius se laissa convaincre par cet argument.

- D'accord, on fera comme tu as dit. Je veux vraiment le ménager pour l'instant.

- Pas de problèmes. Je me lèverai en premier, comme ça tu pourras profiter du lit plus longtemps.

- Tu es adorable.

Sirius embrassa Remus, puis tous deux se rendirent à leur chambre. Ils se mirent au lit, se blottirent l'un contre l'autre et s'endormirent vite, épuisés par cette soirée riche en émotions.

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POV Ron

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- Aujourd'hui, nous allons faire deux sortes d'entraînements. Il y aura un match d'une heure, puis des exercices propres à chaque poste pendant une heure aussi. Voire un peu plus. Notre prochain match étant contre les Serdaigle, nous allons devoir travailler sur la défense. Les Serdaigle ne sont pas très forts en terme de possession mais quand ils ont le souafle, ils marquent. Il faut donc les empêcher de se rapprocher des buts. Fred, George, vous m'écoutez ?

Ron tourna la tête vers ses frères qui étaient en train de discuter entre eux. Ils levèrent les yeux vers Alicia qui les regardait avec un air de léger reproche.

- Bien sûr que nous t'écoutons, répondit George. Nous savons faire deux choses à la fois, tu sais.

- Ah oui ? Et qu'est-ce que je disais ?

- Que les Serdaigle étaient nuls en terme de possession mais qu'ils marquaient dès qu'ils avaient le souafle. Il va donc falloir miser sur la défense.

Alicia haussa les sourcils, l'air surprise.

- Tu t'en sors bien. Mais soyez plus attentifs, s'il vous plaît. Bon, qu'est-ce que je disais ?

- Alicia, excuse-moi mais je crois que Fred et George n'ont pas bien compris. Le fait qu'ils peuvent parler et écouter en même temps ne les dispense pas de te respecter. Ils n'ont pas à discuter pendant que tu parles.

- Tu n'es plus capitaine, Angelina, signala Fred. Tu n'as pas à dire à Alicia comment elle doit gérer ses joueurs.

- Je la conseille, c'est tout, répliqua Angelina. Et crois-moi, elle en a besoin pour gérer deux joueurs comme vous !

- Olivier ne s'est jamais plaint, rétorqua Fred.

- Peut-être parce que vous faisiez moins les malins face à un capitaine masculin, lâcha Angelina.

- Ben voyons, comme si c'était notre genre de jouer les misogynes… Pardon, Alicia, tu peux continuer, George et moi allons nous taire.

Ron fut étonné par la réaction de Fred. En temps normal, il aurait tenu tête à Angelina. Là, il avait coupé court à la discussion et s'était même excusé auprès d'Alicia. Alors que celle-ci revenait sur ce qu'elle venait de dire, Ron vit Fred adresser un sourire à Angelina qui le lui rendit. Ils se couvèrent d'un regard tendre que Ron n'avait jamais vu entre eux. Surtout, il n'avait jamais vu Fred avoir un tel regard envers une de ses ex petites-amies. Se pourrait-il que la relation entre Fred et Angelina soit devenue davantage amoureuse que passionnelle ? Serait-ce donc pour cela que Fred avait vite cédé face à Angelina ? Pour ne pas se disputer avec elle ? Tout cela était bien curieux. Mais Ron décida de ne pas s'attarder dessus. Après tout, c'était la vie privée de Fred. Il reporta donc son attention sur ce que disait Alicia.

- Les poursuiveurs vont devoir occuper un maximum de surface dans le camp adverse. Il faut à tout prix les éloigner des buts. N'hésitez pas à vous mettre sur leur chemin. Même si vous n'arrivez pas à vous emparer du souafle, ce n'est pas grave, empêchez-les juste d'avancer avec. Les batteurs, vous devrez vous concentrer sur les poursuiveurs adverses. Protégez aussi vos coéquipiers, bien sûr, mais visez en priorité les poursuiveurs de l'autre équipe. Les gardiens, comme d'habitude, votre devoir est de protéger vos buts. Votre rôle est très important face aux Serdaigle. Ce n'est pas la meilleure des équipes, loin de là, mais ils savent marquer. Ils sont très doués pour cela. C'est leur point fort. Mais ils ont plein de points faibles et c'est pour ça qu'ils gagnent peu de matchs. Il ne faut cependant pas les prendre à la légère. Ils sont capables de tromper n'importe quel gardien et ça peut les rendre très dangereux s'ils sont dans un bon jour et qu'ils dominent en terme de possession. Tout peut arriver. Il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers. Pour ce qui est des attrapeurs, vous devrez faire attention au score. Si nous sommes menés quand le vif d'or apparaîtra, essayez de l'attraper au plus vite. Si le score est à égalité, attendez de voir comment les choses évoluent. Il faut que nous marquions le plus possible pour être sûrs de gagner la coupe. Nous sommes premiers pour l'instant mais nous sommes talonnés de près par Serpentard. Nous avons gagné deux matchs et eux un seul et ils n'ont pourtant que quarante points de moins que nous ! Avec une seule victoire sur leurs deux matchs, ils en sont presque au même score que nous ! Ils sont vraiment très, très, très dangereux cette année. Ils ont des monstres comme poursuiveurs. Ils ont les meilleurs joueurs à ce poste, ça ne sert à rien de le nier. Et c'est bien ça qui pourrait leur faire gagner la coupe. Heureusement, notre dernier match sera après le leur. Nous pourrons savoir combien de points nous devrons marquer. Il va donc falloir énormément marquer. Alors il n'est pas question d'être menés. Mais si nous le sommes, il faudra au moins assurer la deuxième place et c'est pour ça que je souhaite que notre attrapeur se saisisse vite du vif d'or. Ce que vous devez retenir, c'est que rien n'est gagné. Nous devrons tout donner lors de ce match. Bon, je vais vous expliquer comment va se dérouler l'entraînement. Nous allons d'abord faire le match, ce sera la même chose que d'habitude, sauf que ça durera moins longtemps. Ensuite, il y aura des tirs au but pour que les poursuiveurs et les gardiens puissent se perfectionner. Puis il y aura un exercice pour les batteurs, mais aussi pour les poursuiveurs et les gardiens, bien que ce soit surtout pour les batteurs. Les poursuiveurs devront voler d'un bout du terrain à l'autre dans l'optique de marquer et les batteurs devront trouver le bon moment pour briser leur trajectoire avec les cognards. C'est une question d'attention et de précision. Si les batteurs ratent leurs cibles, celles-ci pourront en profiter pour essayer de marquer et les gardiens devront essayer de les en empêcher. Nous alternerons pour faire jouer à la fois les titulaires et les remplaçants à tous les postes. Est-ce que tout est clair ? Oui ? Des questions ? Non ? Bien, on se rejoint sur le terrain dans cinq minutes !

Tout le monde se précipita pour aller se changer. Alors que Ron quittait les vestiaires avec Harry, il remarqua que son meilleur ami avait l'air ailleurs.

- Tu ferais mieux d'arrêter de penser à Draco, se moqua gentiment Ron.

Harry sortit de sa rêverie et rougit.

- Ce n'est pas à lui que je pensais, se défendit-il. Il n'occupe pas mon esprit à chaque seconde de la journée. Ce qui est un peu normal puisque je passe le plus clair de mon temps avec lui. Je n'ai donc pas besoin de penser à lui puisque je suis avec lui.

- Ça, c'est sûr. Entre les cours, les séances de binôme et les moments passés en amoureux, vous êtes presque toujours fourrés ensemble.

- Presque, oui. Car il y a les rondes de Draco et nos entraînements de Quidditch.

- C'est vrai. En fait, vous passez moins de temps ensemble que Terry et Hermione. Ni l'un, ni l'autre ne font du Quidditch et ils ont parfois des rondes ensemble. Mais à quoi pensais-tu alors ?

- Je ne peux pas en parler maintenant. Ce n'est pas le moment.

Ron fronça les sourcils. Il venait de voir que son ami avait les traits tirés.

- Tu as l'air fatigué. Il s'est passé quelque chose hier soir qui t'a empêché de dormir cette nuit ? J'ai constaté que tu n'étais pas rentré au dortoir...

- C'est justement de ça dont je dois vous parler, à Hermione et à toi, mais pas tout de suite.

- D'accord, on verra ça quand on sera avec Hermione.

Harry acquiesça et ils arrivèrent quelques minutes plus tard sur le terrain de Quidditch. Le signal fut vite donné et les quatorze joueurs s'envolèrent dans les airs. La première partie de l'entraînement fut assez tranquille pour Ron. Les poursuiveurs titulaires et remplaçants ayant pour mission d'empêcher leurs adversaires de marquer, le souafle changea très souvent de camp et atteignit rarement les buts, le possesseur n'ayant pas le temps de faire la moitié du terrain sans se faire prendre le souafle. Ron n'eut donc qu'une petite dizaine de tirs à parer et réussit à en intercepter huit, ce qui constituait une belle performance. L'exercice suivant fut bien plus intense. Tous les poursuiveurs durent essayer de marquer dix fois chacun. Ron dut donc faire face à trente tirs au but. Il parvint à en parer dix-sept, ce qui était plutôt honorable pour des penalties. Il fut soulagé lorsque ce fut au tour des titulaires de tenter de marquer dans le camp des remplaçants. Il allait pouvoir souffler un peu. Angelina, Katie et Alicia se débrouillèrent très bien et marquèrent respectivement sept, six et huit buts contre Sam, le gardien remplaçant. Il n'avait pas beaucoup d'expérience, n'ayant joué aucun match, ce qui justifiait le fait qu'il ne réussit à empêcher que neuf buts sur les trente essais. Puis vint l'exercice des batteurs. Même si c'était ce poste qui était principalement concerné, Ron dut se montrer très attentif car les poursuiveurs remplaçants pouvaient très bien échapper aux cognards des jumeaux et aller tout droit jusqu'aux buts. Mais Fred et George étaient d'excellents batteurs et visèrent pile au bon moment les poursuiveurs adverses qui n'eurent donc pas beaucoup l'occasion d'essayer de tirer. Angelina, Katie et Alicia atteignirent plus souvent les buts qu'eux mais ne marquèrent que très peu, déstabilisées par les cognards quand elles parvenaient à les éviter. L'entraînement se termina après le dernier essai de Katie. Ron regagna la terre ferme, tout comme ses coéquipiers. Certains plus fourbus que d'autres, ils rejoignirent les vestiaires où Alicia fit un bilan très satisfaisant de la séance. Elle dressa les points positifs et les points négatifs, donna des conseils à tous les joueurs et les laissa aller se laver. Ron se rendit aussitôt aux douches et savoura l'eau chaude qui détendit un peu ses muscles. Lorsqu'il sortit dehors, il vit les jumeaux discuter avec Angelina. Celle-ci s'en alla au même moment où Ron arriva à la hauteur de ses frères. Curieux, il demanda à Fred :

- Pourquoi tu ne lui as pas tenu tête lors du briefing ?

- Je voulais éviter que les tensions reviennent dans l'équipe.

Ron haussa les sourcils.

- Depuis quand tu te soucies de l'ambiance au sein de l'équipe au détriment de ta fierté ?

- Ça n'a rien à voir, répliqua Fred, piqué au vif. Ma fierté se porte très bien, je te remercie. Au cas où tu ne l'aurais pas vu, tout va bien entre Angelina et moi.

- Évidemment, tu as cédé face à elle. Ça a dû lui faire drôlement plaisir.

- Mais en quoi ça te regarde ? Si j'ai envie de m'écraser face à Angelina, je le fais, point barre !

- Fred... Je crois qu'on peut lui dire. Il est comme Ginny, il ne dira rien.

- Ah parce que Ginny est au courant de quelque chose que j'ignore ? s'indigna Ron.

- Elle a su avant Fred ce que je cachais à tout le monde, relativisa George. C'est elle qui l'a poussé à venir me parler. Car Fred voyait bien que je n'allais pas bien, j'ai essayé de lui faire comprendre ce qui me tracassait mais sans succès. Fred et Ginny en ont discuté ensemble et Ginny lui a dit ce que je n'avais pas réussi à lui avouer. On lui a demandé de ne rien dire quand on lui a révélé notre projet qu'elle avait déjà deviné mais qui n'était pas officialisé puisque c'était justement ça que je n'arrivais pas à dire à Fred.

Ron observa longuement ses deux frères.

- Je ne comprends rien, lâcha-t-il.

Les jumeaux échangèrent un regard.

- On en a parlé et tu as dit que tu étais d'accord, rappela George à Fred. On s'est même dit que c'était mieux pour qu'il puisse se préparer à avoir maman sur le dos.

Ron pâlit.

- Ouh là, qu'est-ce que vous mijotez ? s'inquiéta-t-il.

Fred et George regardèrent autour d'eux puis Fred déclara :

- George et moi allons quitter Poudlard.

Cette annonce interloqua Ron.

- Ben oui, je sais, vous passez vos ASPIC à la fin de l'année...

- Non, on s'en ira avant ça. George ne peut plus tenir sans Olivier. Ceci ajouté au fait que les cours ne nous servent à rien et nous ennuient prodigieusement, l'a plongé dans une profonde déprime. On perd notre temps à Poudlard. Passer nos ASPIC ne nous sera d'aucune utilité. On va donc s'en aller juste avant les vacances et on montera notre boutique de farces et attrapes. On a déjà le local, on a de quoi le payer, on a de quoi loger en haut, on a suffisamment d'inventions... On a pensé à tout. On n'a laissé aucun détail au hasard. Tout est sous contrôle. Nous savons ce que nous faisons et rien ne nous fera changer d'avis.

Ron resta un moment silencieux. Il ne s'attendait pas à ça. Mais cela ne le surprenait pas vraiment. S'il y avait bien deux personnes qui étaient capables de quitter Poudlard avant les ASPIC sans tenir compte de l'avis de qui que ce soit, c'étaient bien Fred et George. Et Ron était totalement d'accord avec eux. Ils n'étaient pas faits pour les études. Ils n'avaient rien à faire à Poudlard à part suivre des cours qui ne leur serviraient pas. Ils y fabriquaient leurs inventions alors qu'ils pourraient très bien le faire dans leur boutique. Leur projet était prêt, tous les détails étaient réglés, il ne leur restait plus qu'à emménager et monter leur boutique dans le local qu'ils étaient en mesure de pouvoir payer. Ils n'avaient aucune raison d'attendre plus longtemps. Sauf peut-être...

- Vous n'avez pas peur de la réaction de maman ? s'enquit Ron.

- Nous, non. Mais c'est pour ça qu'on avait décidé de t'en parler avant qu'on ne s'en aille. On voulait que Ginny et toi soyez prêts à recevoir une lettre de maman. Même si ce seront les vacances, elle va vite apprendre que nous ne sommes plus à Poudlard. Elle va sûrement vous demander si vous saviez qu'on allait partir, s'il y a moyen qu'on revienne, si vous avez l'impression que ce n'est qu'une lubie ou si c'est plus sérieux... Préparez-vous à un interrogatoire en règle, en somme. Et si vraiment elle vous écrit, dites-lui juste que vous n'étiez au courant de rien mais que ça faisait quelques mois qu'on était bizarres. Ça suffira peut-être à lui faire comprendre que notre décision était mûrement réfléchie. Restez vagues, pour qu'elle voit bien que vous n'étiez pas dans la confidence.

- D'accord. Mais elle risque d'être très en colère contre vous...

- On laissera le temps passer. Lorsqu'elle verra que nos affaires se portent bien, elle comprendra que notre boutique de farces et attrapes n'est pas qu'une lubie passagère, que c'est du sérieux et que c'est grâce à ça qu'on se nourrira, qu'on s'habillera, qu'on se paiera tout ce dont on aura besoin... Ce sera peut-être un peu long mais on attendra le temps qu'il faudra.

- J'espère qu'elle acceptera vite votre activité.

- Et nous on espère que l'ambiance ne sera pas trop pourrie cet été à cause de nous. Si maman est en rogne, ça va être dur pour Ginny et toi.

- Oh, on a l'habitude... Mais avec de la chance, elle ne sera plus en colère contre vous d'ici là. Elle va avoir trois mois pour s'y faire.

- C'est une des raisons qui nous a motivés à installer notre boutique plus tôt. Mais, avant tout, c'était pour que George puisse voir Olivier plus souvent.

- Il est au courant ?

- Oui, George a tenu à lui en parler avant qu'on ne donne notre décision au propriétaire du local. Si Olivier n'avait pas voulu que George quitte Poudlard juste pour pouvoir le voir, George serait peut-être revenu sur sa décision. Mais Olivier a très bien compris et nous soutient totalement dans notre projet.

- Oh, c'est cool de sa part.

- Il aime George, tout simplement.

- Et toi, avec Angelina ? Ça semble être moins tendu entre vous, depuis quelques temps...

- Depuis qu'elle a su qu'elle allait être virée de l'équipe, oui. On s'entend mieux, on peut passer des heures à discuter, on apprend à mieux se connaître...

- Vous êtes amoureux ?

- Bien sûr que non, répondit Fred en levant les yeux au ciel. Notre relation a changé mais pas à ce point. Nous sommes trop indépendants pour entretenir une relation amoureuse.

- Donc ça ne te fait rien de partir et de laisser Angelina ?

- Disons que je ne vais pas passer mes soirées à pleurer parce qu'elle me manque. J'aurai bien mieux à faire, de toute façon. La boutique est ma priorité. Je ne suis pas prêt à vivre une histoire d'amour avec qui que ce soit. Je n'en ai pas envie. Ça ne m'intéresse pas pour le moment.

- Tant mieux. Tu ne laisseras donc rien derrière toi. Mais il va falloir vous remplacer dans l'équipe, du coup...

- Alicia est déjà au courant. Elle a commencé à chercher deux personnes pour remplacer Andrew et Jack, vu qu'ils prendront nos places de batteurs titulaires, expliqua George.

- La pauvre, elle doit gérer des recrutements non prévus en pleine année alors qu'elle vient tout juste d'être nommée capitaine...

- Elle était un peu dépassée mais Angelina lui a promis de l'aider dans ses recherches, affirma Fred. Nous comptons annoncer notre départ à toute l'équipe juste avant le prochain entraînement.

- Ça va faire bizarre, sans vous. Vous êtes sans conteste deux des meilleurs batteurs de l'histoire de Poudlard...

- Oh, tu nous sur-estimes peut-être un peu trop. Mais Andrew et Jack sont bons. Ils sauront protéger l'équipe lors du match contre les Serdaigle. Oh, pendant qu'on t'a sous la main...

Fred venait visiblement de se souvenir de quelque chose.

- Vous voulez me faire tester une de vos inventions ? tenta Ron.

- Non, ça n'a rien à voir, pour une fois. Pourquoi ? Ça te plaît d'être notre cobaye ?

- C'était plutôt marrant, cet été. Et j'adore découvrir vos nouvelles inventions.

- Ça, on l'a bien vu il y a trois ou quatre mois quand tu nous as donné ton avis sur toutes celles qui n'étaient pas encore au point. Tu nous avais été très utile, songea Fred.

- Je pourrai peut-être passer deux ou trois fois à votre boutique pendant les vacances, espéra Ron.

- Ça peut se faire. Il faut juste que tu trouves une bonne excuse pour que maman te laisse aller sur le Chemin de Traverse. Ça m'étonnerait qu'elle accepte si tu lui dis que c'est pour venir nous voir...

- Je verrai bien. Bon, qu'est-ce que vous me vouliez ?

- On a quelque chose à te donner. Mais c'est dans notre dortoir, alors on doit rentrer au château.

Ron acquiesça et rejoignit le château avec les jumeaux. Ils montèrent les escaliers jusqu'au septième étage, se rendirent à la Tour Gryffondor, puis à leur salle commune, puis au dortoir des garçons de septième année. Fred alla chercher un livre qu'il donna à Ron. Intrigué, celui-ci lut le titre et se mit à rougir. «Tout savoir sur les relations de toutes sortes avec les filles».

- Pourquoi vous m'offrez ça ? demanda Ron, gêné.

- Parce qu'on s'est dit que ça te sera sûrement utile. On ne pense pas se tromper en disant que tu n'as personne pour parler de ce genre de choses ? Eh bien ce livre répondra à toutes les questions que tu peux te poser. Considère ça comme un cadeau d'anniversaire en retard.

- Ce n'est pas un livre qu'on t'offre comme ça pour rigoler, précisa George. C'est vraiment sérieux. Il te permet d'apprendre plein de choses importantes qu'il faut savoir. Il t'aide à mieux comprendre les filles sans nécessairement les faire passer pour des idiotes qui ne savent pas ce qu'elles veulent, pour qui il faut vider notre compte en banque pour les combler, qui sont toutes dans la mièvrerie et dans le romantisme absolu, qui peuvent toutes devenir de vraies tigresses au lit... Tu ne trouveras pas tout ça dans ce livre. Il te dit ce que c'est d'être une fille et il te donne des conseils tous plus utiles les uns que les autres. Aussi bien côté amoureux que côté intime.

- Oh, je vois... Il a l'air vraiment intéressant. Merci beaucoup, je dois avouer que je n'y connais pas grand-chose là-dedans...

- Ça ne t'a pas empêché de séduire ta jolie Serpentard, fit remarquer malicieusement Fred. Ça a l'air de super bien fonctionner entre vous. Et c'est bien pour ça qu'on te donne ce livre maintenant. Nous avons peut-être l'habitude de prendre tout à la légère et de nous moquer de toi, mais à une semaine de notre départ, nous tenions à faire notre devoir de grands frères. Tu nous soutiens à fond dans nos inventions, alors on peut bien te soutenir à fond dans ton histoire d'amour. Même si c'est par le biais d'un livre.

- C'est déjà beaucoup, assura Ron, touché. C'est vrai que je n'ai personne à qui en parler. Harry est gay et Hermione, c'est ma meilleure amie... Je ne me vois pas avoir une discussion de ce genre avec elle... Déjà que j'étais gêné quand je lui ai parlé du baiser que j'avais échangé avec Pansy... Ce livre va beaucoup m'aider, en tout cas.

- N'hésite pas à le lire et à le relire, conseilla Fred. Il y a des choses qui peuvent nous échapper à la première lecture. Bon, on va te laisser, on a justement des inventions à tester.

- D'accord, bon courage et merci encore pour le livre.

Ron quitta le dortoir de ses frères et se rendit au sien afin de déposer ses affaires de Quidditch ainsi que son livre. Puis il descendit à la salle commune où il vit Harry et Hermione en train de discuter. Il se dirigea vers eux et s'assit à côté de Hermione et en face de Harry.

- Ah, te voilà, on se demandait où tu étais passé, signala Hermione.

- J'ai eu une discussion avec Fred et George. Est-ce que tu souhaites toujours nous parler, Harry ?

- Oui, confirma celui-ci, l'air anxieux.

- On t'écoute. Ce n'est pas grave, au moins ? s'inquiéta Hermione.

- Non, non, c'est juste important. C'est à propos de Sirius et de Remus. Il faut que vous gardiez ça pour vous.

- Promis, dirent Ron et Hermione en même temps.

Harry sembla hésiter un peu avant de se lancer :

- Sirius et Remus sont en couple.

Ron écarquilla les yeux.

- Quoi ? Tu es sérieux ?! Mais... tu ne nous as pas dit que Sirius était sorti avec plein de filles ? Qu'il avait été un vrai coureur de jupons ?

- Oui, et c'était la vérité. Mais son couple avec Remus n'a rien à voir avec toutes les relations qu'il a pu avoir par le passé. Ce n'est pas une histoire ordinaire.

Ron échangea un regard avec Hermione qui avait l'air tout aussi perdue que lui. Ils écoutèrent alors Harry leur expliquer le lien qui unissait leurs deux professeurs. Il leur fit un résumé assez bref mais suffisant pour que Ron et Hermione puissent comprendre le principal. Ils furent autant surpris l'un que l'autre. Ce n'était pas quelque chose que l'on entendait tous les jours.

- Mais ça doit vachement les déstabiliser, souffla Ron. Ils étaient meilleurs amis et ils apprennent du jour au lendemain qu'ils sont unis par un lien... Comment sont-ils censés oublier leur amitié vieille de vingt-cinq ans pour se mettre en couple parce qu'un lien l'exige ?

- Ils entretenaient déjà une relation qui allait bien au-delà de l'amitié avant d'avoir connaissance de ce lien. Mais c'est sûr que ça doit être perturbant. Ils sont amis depuis si longtemps...

- Leur amitié n'était déjà pas très banale, nota Hermione. Sirius est devenu un Animagus pour aider et soutenir le professeur Lupin lors des soirées de pleine lune, ils se sont tous deux engagés dans la guerre contre Voldemort après leurs années Poudlard, ils se sont progressivement éloignés car ils se soupçonnaient l'un l'autre d'être le traître de la bande et ils ont été séparés pendant douze ans quand Sirius a été envoyé à Azkaban. Puis ils se sont revus lorsque Sirius n'était encore qu'un fugitif et ils ont renoué le contact. Ils ont vite retrouvé leur amitié d'antan, jusqu'à habiter ensemble au Square. Je doute que deux amis puissent se targuer d'avoir eu la même histoire.

- C'est vrai. Avec une amitié pareille, ce n'est pas étonnant qu'ils soient concernés par un lien aussi rare...

- Et après on s'étonne qu'il t'arrive toujours des trucs dingues même depuis que tu vis avec Sirius et le professeur Lupin, se moqua Ron. Tu prends un peu trop exemple sur eux.

- Oh, Harry n'a pas besoin de ça, renchérit Hermione. Mais est-ce qu'ils t'ont donné l'autorisation de nous parler de ça ?

- Oui, on a établi une liste des personnes que je pouvais mettre au courant. Elle inclut Draco, Théo, Ginny et vous. C'est moi qui leur ai demandé à qui j'avais le droit d'en parler. Ils m'ont répondu «à ceux dont je suis le plus proche». Il valait mieux que vous soyez tous deux au courant, du coup. Je n'en ai pas encore discuté avec Sirius et Remus, mais si vous venez passer quelques jours au Square cet été, ce serait bête qu'ils doivent se cacher...

- En effet, approuva Hermione.

- Donc ça ne vous dérange pas ?

- Ben... Ça fait un peu bizarre de se dire qu'ils sont ensemble mais je ne vois pas pourquoi ça nous dérangerait, répondit Ron. D'après ce que tu nous as dit, ils ne peuvent être pleinement heureux que l'un avec l'autre. Ils se sont trouvés, ils se sont acceptés, tout va donc pour le mieux. Ils ont bien le droit à un peu de bonheur, les pauvres... Leur vie n'a pas été très facile.

- Ça, c'est sûr. Mais ça ne risque pas de poser de problèmes avec le règlement ? demanda Hermione.

- Je leur ai posé la question et ils m'ont dit que Dumbledore ne pouvait rien faire contre eux si c'est un lien qui les pousse à être ensemble. Il ne peut pas les forcer à faire un choix entre leur couple et leur poste. Ils ne démissionneront jamais tant que je serai encore à Poudlard. Et ça, Dumbledore le sait très bien. Et comme ils ne peuvent pas rompre à cause du lien, eh bien ils sont obligés de rester à Poudlard tout en gardant leur relation et Dumbledore n'a pas son mot à dire.

- Ouf, tant mieux, dit Hermione, soulagée. Mais et toi, alors ? Comment as-tu pris la nouvelle ? Ça a dû te faire un choc ?

- Oh oui, soupira Harry. Je ne m'y attendais pas du tout. Pour moi, Sirius était mon parrain et Remus était le meilleur ami de mon parrain. Et ils étaient tous deux mes professeurs. Ils étaient aussi deux amis d'enfance qui s'occupaient de moi à part égale. Et c'était très bien comme ça. Jamais je n'aurais pensé qu'ils entretenaient une relation plus qu'amicale... C'est un choc d'apprendre que les personnes qui sont responsables de moi et qui semblaient être des amis sont en réalité en couple... Ils m'ont dit que ça ne changeait rien pour moi mais je ne suis pas vraiment d'accord. Savoir que Sirius est avec Remus et qu'ils resteront ensemble toute leur vie, ça me rassure beaucoup. Je n'y avais pas encore songé mais si Remus était venu à quitter le Square parce que Sirius ou lui avaient trouvé quelqu'un, je me serais senti abandonné. Être sûr qu'ils resteront tous deux à jamais avec moi, ça me donne un sentiment de stabilité dont j'ai cruellement besoin. Je les aime trop pour voir l'un d'entre eux quitter la famille qu'on a formée et qui compte énormément pour moi. Ça briserait l'équilibre que j'ai réussi à trouver. J'ai deux adultes qui m'aiment comme leur propre enfant, un médicomage et psychomage qui est prêt à voler à mon secours dès que j'ai besoin d'aide, deux meilleurs amis qui ont toujours été là pour moi, une confidente qui connaît tout de moi, un petit-ami qui est tout pour moi, un ami qui m'est indispensable alors qu'on se connaît très peu... Sans compter tous les amis que je me suis fait par le biais des uns et des autres... J'ai vraiment tout ce qu'il faut pour être heureux et je veux que ça reste ainsi.

- Il n'y a pas de raison pour que ça change, dit Hermione. Mais c'est vrai que nous sommes tous plus entourés qu'avant depuis que tout le monde est en couple... Et c'est très agréable. Il est loin le temps où je vous parlais de Théo comme de mon camarade de runes et d'arithmancie ! Je revois encore vos têtes avec l'air de ceux qui savaient à peine de qui je parlais...

Ron et Harry éclatèrent de rire.

- Mais on ne voyait pas du tout qui c'était ! s'exclama Ron. On était juste vaguement conscient qu'il faisait partie de notre classe, le reste...

- Et aujourd'hui, Harry est hyper proche de lui. Je n'ai rien vu venir, franchement. Je vous harcelais pour que vous arrêtiez cette guerre stupide avec les Serpentard, j'avais bon espoir que vous finissiez par m'écouter mais je ne pensais pas que vous iriez jusqu'à sortir avec quelqu'un de cette maison et que Harry se mettrait tous les Serpentard dans la poche...

- Tu exagères, bougonna Harry.

- Ah oui ? Tes deux derniers petits-amis en date, dont l'actuel, sont quand-même des Serpentard, tu as développé une relation très forte avec Théo qui est aussi un Serpentard, trois joueurs de l'équipe de Serpentard t'adorent, tu t'entends bien avec Pansy et Blaise qui sont des Serpentard...

- Oui, bon, ok, j'avoue que je sympathise facilement avec les élèves de cette maison, céda Harry. Et vu qu'on parle entre autres de Théo, j'ai quelque chose à vous dire.

- Ouh là, tu as l'air bien sérieux, tout à coup, s'inquiéta Hermione. C'est grave ?

- Non, mais ça aurait pu l'être. Ou pas. C'est difficile à savoir. Bon, je ne vais pas tourner autour du pot : j'ai involontairement réveillé Théo de son état de choc.

Ron écarquilla de nouveau les yeux.

- Comment ça ? Qu'est-ce que tu as fait ?

- Je vais vous expliquer.

Harry raconta alors ce qui s'était passé la veille au soir avec Théo, puis sa discussion mouvementée avec le professeur Snape. Ron et Hermione l'écoutèrent, aussi attentifs qu'ébahis. Lorsqu'il termina son récit, Hermione soupira.

- Tu as trois mois et demi d'avance, Harry.

- Hein ? fit celui-ci en fronçant les sourcils.

- Ben oui, d'habitude c'est toujours en fin d'année scolaire que tu sauves quelqu'un...

Ron se mit à rire alors que Harry envoyait un coussin à Hermione qui l'esquiva en riant.

- Je vous déteste, bouda Harry.

- Nous aussi on t'adore, s'amusa Hermione. Non mais sérieusement, comment as-tu pu te retrouver à sauver Théo ? Comment ce transfert a-t-il pu se produire ? Pourquoi est-ce avec toi que cette chose est arrivée ?

- Je n'en sais rien, et le professeur Snape n'en a pas la moindre idée non plus, grimaça Harry. Il y a juste une hypothèse qui tiendrait la route, à savoir celle d'un transfert instinctif. C'est moi qui ai eu l'idée et le professeur Snape pense que ça pourrait être possible. Mais comme c'est la première fois qu'un tel transfert se produit, il n'y a aucun moyen de valider ou non cette hypothèse. Je préfère me dire que c'est ça, personnellement. Cela expliquerait pourquoi j'ai pu effectuer ce transfert alors que je n'en avais jamais entendu parler auparavant.

- C'est une piste très intéressante, jugea Hermione. Mais même si c'était ça, ce genre de transfert ne pourrait pas se produire entre n'importe qui... Il doit forcément y avoir quelque chose entre Théo et toi. Ne me demande pas quoi car je n'en ai strictement aucune idée.

- C'est voué à rester un mystère, conclut tristement Harry. Mais ce n'est pas plus mal comme ça. Je ne cherche pas à tout prix à avoir des explications à tout. Ce qui n'est pas du tout le cas de Théo. Je suis sûr que ça va beaucoup le travailler. Il va vouloir savoir ce qui s'est passé précisément. J'essaierai de le raisonner. Draco m'aidera sûrement.

- Il sait que Théo est sorti de son état de choc ?

- Non, je n'ai pas encore pu le voir. On a rendez-vous ce soir. Mais il sera peut-être déjà au courant s'il est allé à l'infirmerie dans la journée...

- Tu sais quand Théo pourra sortir ?

- Non, mais je pense qu'il restera à l'infirmerie au moins jusqu'au début des vacances. Le pauvre, il va rater les examens blancs, ça va le déprimer...

- Il les rattrapera probablement pendant les vacances, suggéra Hermione. Ça ne va pas le déranger, le connaissant. Il serait prêt à sacrifier ses nuits pour pouvoir passer tous les examens qu'il a ratés.

- Même s'il a cours le lendemain, renchérit Harry. Il n'a aucune limite quand il s'agit des cours et des examens.

- Vous êtes durs avec lui, protesta Ron.

- Non, on le connaît, c'est tout, s'amusa Hermione. C'est un vrai Serdaigle mais il a dû être réparti à Serpentard car il avait plus de chances de s'y plaire. En parlant de Serdaigle, je vais devoir y aller. Je dois rejoindre Terry. On se voit au dîner.

Hermione se leva et s'en alla. Un silence s'installa mais il fut vite rompu par Ron :

- Tu comptes quand-même faire quelque chose de grandiose en fin d'année ? demanda-t-il d'un ton gentiment moqueur. Vu que tu as déjà sauvé quelqu'un...

- Théo aurait sûrement pu se réveiller sans mon intervention. Ça aurait juste pris plus de temps.

- Je n'en suis pas si sûr. Ça se trouve, tu étais le seul à pouvoir le sortir de son état... Snape l'aurait su s'il suffisait d'un transfert magique pour le réveiller. Celui que tu as effectué sans le vouloir doit être vraiment spécial. À mon avis, Hermione a raison quand elle dit qu'il y a quelque chose entre lui et toi.

- Je ne sais pas. Je sens bien que notre relation est particulière mais je n'ai pas envie qu'une énième bizarrerie vienne s'ajouter à mon palmarès... J'aimerais être un tant soit peu normal.

- Je comprends. Tu ne veux pas savoir, en fait ?

- Je crois que c'est ça, oui, avoua Harry. Mais tu sais, aussi étrange soit-elle, mon amitié avec Théo ne change rien à celle que j'ai avec toi. Il ne prendra pas ta place. Il en a une bien précise dans mon coeur et elle ne menace en rien la tienne. Tu es mon meilleur ami et tu le resteras pour toujours. On a vécu plein de choses ensemble et à part ce petit écart lors de notre quatrième année, tu as toujours été là pour me soutenir et pour me défendre. Et puis c'est avec toi que j'ai découvert ce qu'était une famille. Je n'oublie pas tout ce que la tienne et toi avez fait pour moi. Je n'oublie pas que tu es venu me chercher avec Fred et George au volant de la Ford Anglia pour me libérer car j'étais emprisonné derrière les barreaux de ma fenêtre. Je n'oublie pas qu'avant ça, on a entre autres combattu un Troll et que tu t'es sacrifié sur le plateau d'échiquier pour que je puisse récupérer la pierre philosophale et empêcher Quirrel de la voler, même si on pensait que c'était Snape. Je n'oublie pas non plus tout ce qu'on a traversé durant notre troisième et quatrième année. Certes, tu m'as lâché en refusant de me croire à un moment donné mais tu avais des circonstances atténuantes et ensuite, tu t'es montré d'un soutien sans faille et tu m'as aidé du mieux que tu as pu pour les tâches suivantes. Et cette année, tu m'as de nouveau prouvé ton amitié en essayant de me sortir de la situation dans laquelle je m'étais empêtré avec Adrian. Même si les autres et toi n'avez pas réussi, l'intention était là. Et tu es venu me voir plusieurs fois durant ma convalescence. De façon plus générale, tu as rapidement accepté mon homosexualité et tu as également accepté mon couple avec Adrian, puis avec Draco, ainsi que mon amitié avec Théo. Tout ça pour dire que tu es mon meilleur ami et que tu me l'as prouvé à bien des égards. Je sais que je n'avais pas besoin de faire tout ce speech mais je voulais que les choses soient claires, compte tenu de mon amitié avec Théo...

Ron mit quelques secondes à réagir, touché par les paroles de Harry.

- En effet, ce n'était pas nécessaire que tu me dises tout cela mais ça fait du bien. Je n'ai cependant jamais été jaloux de la relation que tu as avec Théo. Je ne l'ai jamais considéré comme un rival. J'ai juste eu peur qu'il t'ait fait du mal quand je l'ai découvert près de toi alors que tu étais inconscient... Mais je sais aujourd'hui qu'il ne te fera jamais de mal et je sais qu'il ne prendra pas ma place. Votre relation est totalement différente de celle qu'on a, toi et moi. Ce n'est pas comparable.

- Tout à fait, confirma Harry. Ça n'a rien à voir. Bon, je vais monter au dortoir pour réviser un peu. J'ai encore quelques cours à relire en métamorphose.

- Ah oui, il faut que je m'y mette aussi... Je verrai ça après le dîner. Révise bien.

Harry remercia Ron et s'en alla. Ron resta un long moment assis sur son fauteuil en pensant à tout ce qu'il avait appris ce jour-là. Les jumeaux qui avaient décidé de quitter Poudlard avant les ASPIC, Sirius et le professeur Lupin qui étaient ensemble, le transfert magique involontaire entre Harry et Théo... Sans compter le cadeau des jumeaux et la déclaration d'amitié de Harry... Cela faisait un peu trop en une seule journée. Ron n'avait pas l'habitude. Mais cela lui avait permis de se rendre compte à quel point il était bien entouré. Il était un peu triste que ses frères veuillent s'en aller mais il savait que leur place était dans leur boutique de farces et attrapes. Il n'allait pas avoir vraiment le temps de penser à eux, de toute façon. Les examens blancs commençaient le surlendemain avec la théorie et se poursuivraient juste après les vacances avec la pratique. Les cours étaient malgré tout maintenus mais les élèves allaient pourtant avoir un emploi du temps un peu plus léger. Après les examens, les cours reprendraient leur rythme normal, tout comme les devoirs individuels, les devoirs en binôme et les devoirs sur table. Les prochaines semaines allaient être intenses mais Ron savait qu'il pourrait compter sur toute la bande pour se changer les idées...

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(dimanche 17/03) POV Harry

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Après avoir passé la soirée avec Draco, Harry était rentré chez Sirius et Remus. Il n'avait pas eu envie de retourner à son dortoir, préférant profiter de ceux qui étaient désormais sa famille à part entière. Sirius et Remus ne se comportaient pas comme un couple en sa présence, et il ne savait pas s'il en était satisfait ou non. D'un côté, il n'était peut-être pas prêt à les voir s'embrasser et d'un autre côté, il aimerait pouvoir s'y habituer. Comme il était indécis, il avait décidé de laisser faire les deux adultes comme bon leur semblait.

Il était actuellement seul à table en train de prendre son petit-déjeuner. Remus avait choisi ce repas de la journée pour surveiller les Gryffondor et Sirius prenait sa douche. Harry laissait donc divaguer ses pensées. Il avait une journée assez mouvementée en perspective. Il avait l'autorisation de rendre visite à Théo durant la matinée, il avait une longue séance de travail avec Draco de treize heures à dix-huit heures, ils avaient convenu de passer deux heures ensemble en amoureux après le dîner et Harry avait prévu de réviser ses cours de métamorphose jusqu'à minuit. Comme bon nombre de ses camarades, il accusait depuis quelques semaines une baisse de ses notes dans cette matière. Il était passé de seize à quatorze, ce qui restait relativement raisonnable. Il obtenait toujours la même note, à savoir Effort Exceptionnel, mais il était à la limite de l'Acceptable. Cela ne devait cependant pas inquiéter Remus puisqu'il ne l'avait pas convoqué pour parler de ses derniers résultats. Harry aurait dû en être soulagé mais ce n'était pas le cas. Il était déçu. Il s'était promis d'avoir au moins un Effort Exceptionnel à son examen des BUSE en métamorphose et il craignait de ne pas réussir à tenir sa promesse. Il voulait pourtant continuer à suivre le cours de métamorphose en sixième année mais il savait que ce serait impossible avec un Acceptable. C'était une matière qui demandait beaucoup trop de rigueur et d'attention pour un élève de niveau Acceptable aux BUSE. Remus n'aimait pas le fait de requérir une note minimum mais il ne pouvait pas accepter dans sa classe des élèves qui seraient largués au bout d'un mois de cours. Harry était parfaitement d'accord avec cela. Il était conscient de tout ça et c'était bien pour cette raison qu'il souhaitait réviser le plus possible pour l'examen blanc de métamorphose du lendemain. Ayant une heure et demie devant lui avant d'aller voir Théo, il alla chercher son sac dans sa chambre pour se remettre à relire ses cours. Il s'apprêtait à transgresser une autre promesse qu'il s'était faite : celle de ne pas bâcler ses repas pour pouvoir réviser au plus vite. Mais c'était plus fort que lui. Les BUSE, même blancs, l'angoissaient énormément et il avait besoin de s'assurer d'avoir tout fait pour obtenir la meilleure note possible. Il revint vite au salon, prit ses cours de métamorphose et se plongea dedans. Il était tellement concentré qu'il n'entendit pas Remus rentrer une dizaine de minutes plus tard et le rejoindre.

- Tu es déjà au travail ? s'étonna-t-il.

Harry sursauta et leva la tête.

- Oui, je révise pour l'examen de demain.

Harry vit Remus lorgner vers les deux petits pains qu'il n'avait pas mangés et qu'il avait oubliés de ranger.

- Dis donc, tu ne te serais pas arrêté en plein p'tit dèj pour retourner à tes parchemins, par hasard ? demanda Remus d'un ton soupçonneux.

Harry se sentit rougir.

- Je n'avais plus faim, se justifia-t-il.

- Mmmh, moi je pense plutôt que c'est ton envie de travailler qui t'a coupé l'appétit. Ce n'est pas un bon calcul, Harry. Je suis sûr que tu as déjà relu au moins deux fois tous tes cours et que tu veux les passer en revue encore une fois car tu as l'impression de ne pas avoir suffisamment révisé.

Harry regarda Remus avec surprise.

- Comment tu le sais ? s'intrigua-t-il.

- J'étais comme toi, tout simplement. Depuis ma première année jusqu'aux ASPIC. Je n'arrêtais pas de travailler. Je ne faisais que ça, quand je n'étais pas occupé à essayer de raisonner James et Sirius ou au contraire à les suivre dans une farce avec Peter. Je sais aujourd'hui que j'aurais eu exactement les mêmes notes si je n'avais pas passé autant de temps sur mes cours. J'aurais peut-être un peu plus profité de ma scolarité. Mais j'étais obsédé par mes études et je voulais être absolument sûr d'avoir un Optimal à chacun de mes devoirs. J'écrivais plus que nécessaire mais le résultat était là. Sauf que je n'étais pas obligé d'y consacrer autant d'heures pour obtenir la meilleure note qui soit. C'est pareil pour toi. Tu as déjà assez révisé comme ça. Je ne pense pas que tu sois habitué à relire trois fois tes cours pour un devoir sur table. Je me trompe ?

- Non, avoua Harry.

- C'est pourtant ni plus ni moins un devoir sur table que tu vas faire demain. C'est ce que tu dois te dire. En plus, comme tu ne révises jamais autant en temps normal, ça pourrait être contre-productif. Ce n'est pas ta façon habituelle de travailler.

- C'est peut-être parce que je ne révise pas assez que mes notes ont baissé, répliqua Harry.

- Pas forcément, opposa calmement Remus. La difficulté des devoirs augmente, c'est donc normal que tes notes baissent un peu. Et tu n'es pas le seul. Presque tous tes camarades sont aussi concernés par des résultats un peu moins bons qu'avant. Mais ça va remonter. Vous avez été pris de court par les énoncés qui vous paraissaient beaucoup trop précis pour pouvoir me rendre soixante centimètres de parchemin. Mais vous savez maintenant ce que j'attends de vous. J'ai noté pourquoi vos devoirs étaient trop faibles et vous en tiendrez compte pour les prochains. Vous avez juste besoin d'un temps d'adaptation. Est-ce que tout est clair ?

- Oui, répondit sincèrement Harry. J'étais juste déçu d'avoir vu mes notes baisser en métamorphose et de m'être retrouvé à la limite de l'Acceptable. J'avais peur de ne pas avoir une note suffisante aux BUSE pour pouvoir poursuivre cette matière l'année prochaine...

- Si tu travailles bien jusqu'à la fin de l'année sans pour autant être dans l'excès, il n'y a pas de raison pour que tu ne puisses pas avoir un Effort Exceptionnel. Je ne te dis pas ça juste pour te rassurer. Je connais ton niveau en métamorphose mais je sais aussi quel est ton comportement face aux études. Je suis ton directeur de maison, j'ai accès à toutes tes notes, quelle que soit la matière, je te connais aussi personnellement, donc je suis sûr de ce que j'avance. D'accord ? conclut Remus sur un ton à la fois doux et sérieux.

Harry hocha la tête.

- Bien, alors fais-moi plaisir et oublie la métamorphose jusqu'à ce soir. Si vraiment tu en as besoin, tu pourras relire tes cours une dernière fois quand tu seras dans ton dortoir. Mais uniquement si c'est réellement nécessaire. Sinon ça ne servira à rien et ça t'embrouillera plus l'esprit qu'autre chose.

- Je verrai, déclara Harry. Merci, Remus. Tu as raison, je vais laisser de côté la métamorphose pour aujourd'hui.

- Je te déconseille fortement de te mettre à une autre matière.

- Je n'y comptais pas, assura Harry. Je vais lire, ça va m'occuper l'esprit.

- Ça, je t'y autorise.

- Merci, c'est trop gentil de ta part, ironisa gentiment Harry.

Il se leva, prit son sac et quitta le salon en croisant au passage Sirius qui était enfin sorti de la salle de bain. Harry se rendit à sa chambre, déposa son sac, s'installa sur son lit, attrapa un livre et se mit à lire. Il surveilla néanmoins l'heure et lorsque son réveil indiqua dix heures quinze, il retourna au salon.

- Je vais voir Théo. Vous mangez là, ce midi ?

- Oui, et on dînera ce soir dans la Grande Salle.

- D'accord, je rapatrierai mes affaires de cours dans mon dortoir en début d'après-midi, juste avant ma séance de travail avec Draco. À tout à l'heure !

Harry quitta les appartements et prit le chemin de l'infirmerie. Il y arriva dix minutes plus tard et fut vite accueilli par Mme Pomfrey.

- Bonjour, M. Potter. Vous venez voir M. Nott, je présume ?

- Oui, il est libre ?

- À l'instant. Vous pouvez y aller.

Harry remercia l'infirmière et s'avança vers les paravents de Théo. Il les ouvrit doucement et fut ravi et soulagé de voir le regard de son ami se diriger vers lui. Il parut d'abord très surpris de découvrir l'identité de son visiteur avant que la joie ne se dessine sur son visage. Harry referma les paravents derrière lui et vint s'asseoir sur le bord du lit de Théo. Ils s'observèrent un instant, autant émus l'un que l'autre, puis, n'y tenant plus, Harry se jeta presque sur Théo pour le serrer dans ses bras. Celui-ci se mit à rire tout en lui rendant chaleureusement son étreinte.

- Tu sais, mon but c'est de sortir le plus vite possible d'ici, alors si tu m'étouffes dès que tu viens me voir...

Harry pouffa dans le cou de Théo et se redressa, rompant délicatement l'étreinte.

- Désolé, mais je suis trop content de te voir éveillé et pleinement conscient.

- Et moi je suis heureux de pouvoir te voir tout court. Et plus longtemps que deux ou trois minutes comme avant-hier.

- On n'a même pas eu le temps de se dire quoi que ce soit, renchérit Harry.

- Le professeur Snape semblait furieux. Tu n'avais pourtant rien fait de mal...

- Il y a eu un gros malentendu, on s'est bien pris la tête, j'ai failli tout plaquer tellement j'étais déçu et en colère mais on a réussi in extremis à calmer la situation. On s'est expliqués, on s'est excusés et tout est redevenu normal entre nous. Tout va bien. Je dirais même que ça va encore mieux qu'avant.

- Oh, tant mieux, alors. Mais c'est surprenant d'entendre ça, moi qui ai vu à quel point il était furieux contre toi...

- Je sais, mais je te promets que tout va pour le mieux. On a essayé de chercher une explication à ce qui s'est passé mais mis à part une hypothèse, on n'a pas grand-chose. D'ailleurs...

Harry s'interrompit, gêné.

- Je suis désolé pour le transfert, finit-il par dire. C'était totalement involontaire mais je n'aurais pas dû te prendre le poignet comme ça.

- Tu ne pouvais pas deviner ce qui allait se passer, rétorqua Théo. Le professeur Snape m'a expliqué ce qui s'est produit entre nous. Personnellement, j'avais déjà entendu parler de transferts magiques mais je n'avais aucune idée de la façon dont ça s'effectuait. Toi, j'imagine que tu ne connaissais pas du tout l'existence de ce genre de transferts ?

- Non, avoua Harry. Le professeur Snape était persuadé que si et c'est pour ça qu'il était autant en colère. Il pensait que j'avais fait ça en toute connaissance de cause. Il croyait que j'avais conscience des risques que je prenais et que je m'en fichais. Mais il était sous le coup du choc et de la colère. Et il était à bout physiquement et psychologiquement parlant. Il parlait donc sans réfléchir. Mais même si j'ai procédé à ce transfert sans le vouloir, je m'en serais voulu toute ma vie si ça s'était mal passé. Je n'aurais pas supporté de t'avoir mis en danger, de t'avoir fait du mal, de t'avoir...

Harry se tut de nouveau, ne préférant pas imaginer le pire des scénari. Théo en profita pour prendre la parole :

- Le principal, c'est que tu m'aies au contraire sauvé. Je comprends que tu t'en veuilles mais tu n'y es pour rien. Tu ne pouvais pas savoir qu'en touchant innocemment mon poignet, ça allait déclencher un transfert magique... D'autant plus que, d'après ce que m'a dit le professeur Snape, tu ne t'es rendu compte de rien...

- Non, je n'ai absolument rien senti.

- Alors que moi, j'ai bien senti ta magie atteindre la mienne. Elle était bloquée en moi et c'était pour ça que je restais dans cet état léthargique. Elle avait besoin qu'on l'aide à circuler de nouveau dans mes veines. Je pensais qu'il n'existait aucun moyen pour cela, ou alors qu'il faudrait attendre qu'un sort ou une potion soient créés à cet effet... Alors qu'en fait, il suffisait juste que tu injectes un peu de ta magie dans la mienne. Mais ce que je ne comprends pas, c'est comment ça a pu arriver. Tu ne savais pas que ce genre de transferts existaient...

- C'est ce qui échappe à tout le monde, soupira Harry. Le professeur Snape est calé dans le domaine des cas rares de n'importe quelle nature, y compris en ce qui concerne le fluide magique, mais il n'a pourtant jamais entendu parler d'un transfert pareil...

- Oui, c'est un vrai mystère. Mais j'aimerais bien comprendre ce qui s'est passé. Je déteste quand il y a quelque chose qui reste sans explications.

- Je sais, on en avait déjà parlé la nuit où tu as dormi près de moi chez le professeur Snape. On avait fait la liste de tous nos points communs et on avait constaté avec soulagement qu'il y avait tout de même des différences entre nous puisque tu aimais quand tout s'expliquait alors que moi, j'aimais le fait que certaines choses restaient des mystères.

- Eh bien ça n'a pas changé, s'amusa Théo. Et c'est très bien comme ça. Mais je me suis résigné pour le transfert. On ne saura jamais ce qui s'est passé. Et c'est peut-être mieux ainsi. Je me dis que si on n'a pas d'explications, c'est qu'il y a une raison. On en aura une quand on sera prêts à l'entendre.

- Oh, c'est une vision des choses très sage, admira Harry. Et je suis d'accord avec toi.

- Ça m'aurait étonné, plaisanta Théo. En tout cas, même si ce n'était pas intentionnel, merci d'avoir insufflé ta magie dans mes veines. Ça m'a sauvé. C'était frustrant d'écouter et de comprendre ce que vous disiez sans pouvoir vous répondre... Et c'était horrible quand je vous entendais vous demander si ça servait à quelque chose de me parler sans pouvoir vous rassurer... J'étais vraiment conscient de tout. Mais tout ça est derrière nous, désormais. Il faut maintenant se concentrer sur le présent.

Harry acquiesça.

- Tu as raison. Mais ça n'a pas été trop dur, le retour à la réalité ? Tu te souviens de tout ? Je ne veux pas te déprimer, c'est juste pour savoir s'il y a des choses dont il faut éviter de parler...

- Mes souvenirs sont intacts, affirma Théo. Je les revois dans les cauchemars que je fais depuis que je suis sorti de mon état de choc.

- Le professeur Snape ne t'a pas mis sous potions de sommeil sans rêves ? s'étonna Harry.

- Non, il valait mieux attendre que les souvenirs ressurgissent, justement. Ça n'aurait pas été bon de les empêcher de venir hanter mes nuits. Il fallait que ça sorte.

- Oui, c'est vrai... C'est dur mais c'est nécessaire.

- Exactement. Maintenant qu'ils ont refait surface, je vais pouvoir prendre des potions de sommeil sans rêves. Ce traitement sera accompagné de séances avec le professeur Snape durant lesquelles je vais devoir parler de la façon dont j'ai vécu le procès. Quand on aura suffisamment traité le sujet, je pourrai arrêter de prendre les potions de sommeil sans rêves et je reprendrai mes potions relaxantes.

- Tu vas avoir une thérapie alors, toi aussi ?

- Oui, ça nous fera un point commun en plus, pouffa Théo.

- Toi qui disais à l'instant que c'était bien qu'on soit différents... Si tu ne fais aucun effort, aussi...

Harry et Théo se mirent à rire.

- Bon, sinon, comment ça va ? reprit joyeusement Harry. Tu n'es pas trop décalqué ? Tu fais quoi de tes journées ? Tu as pu te lever ?

- Ouh là, doucement, laisse-moi le temps de répondre, tempéra Théo en riant. Alors je vais bien, je ne suis pas trop décalqué, j'ai passé ma journée d'hier à dormir, subir des examens, manger, prendre des potions, faire des exercices de kiné... Je n'ai pas encore pu me lever mais je vais bientôt pouvoir le faire. Les séances de kiné m'aident justement à détendre et raffermir mes muscles car ils sont trop faibles et trop raides. Je n'ai donc pas le temps de m'ennuyer.

- Je vois ça. Je comprends mieux pourquoi je suis le seul à pouvoir te rendre visite aujourd'hui. Tu dois te reposer et quand tu n'es pas occupé à dormir, tu as trente-six milles choses à faire.

- Oui, et je préfère ça plutôt que passer mes journées à dormir. Mais je ne m'attendais pas à ce que tu viennes ! Le professeur Snape ne m'avait rien dit...

- C'est normal, il voulait en quelque sorte que je te fasse la surprise. Sinon tu aurais passé ton temps à vérifier l'heure toutes les cinq minutes, se moqua gentiment Harry.

Théo rougit.

- Il a bien fait de ne rien me dire, alors. Mais j'ai hâte de voir Justin, Draco, Blaise, Pansy...

- Sûrement dès demain, estima Harry. Tu vas te reposer cet après-midi, manger ce soir et prendre tes potions, et demain, tu pourras recevoir d'autres visites.

- Je l'espère. Mais c'est déjà cool que toi, tu puisses venir me voir. Bon, comment vas-tu, toi ?

- Ça va. Je stresse beaucoup pour les examens blancs mais j'ai eu une discussion ce matin avec mon directeur de maison qui m'a rassuré. D'ailleurs, j'ai quelque chose à te dire...

Harry raconta à Théo ce qu'il avait appris au sujet de Sirius et de Remus. Théo sembla aussi surpris que l'avaient été Ron et Hermione mais il ne parut pas choqué. Ils en discutèrent un moment avant de dévier la conversation vers les cours, les examens blancs, le Quidditch, les amis, les petits-amis, les ragots de l'école... Ils ne virent absolument pas le temps passer, si bien que Harry était toujours là lorsque Mme Pomfrey vint apporter le repas à Théo sur les coups de treize heures.

- M. Potter, vous êtes encore là ? s'exclama-t-elle. Vous devriez être dans la Grande Salle en train de déjeuner !

Harry paniqua en se souvenant qu'il devait manger avec Sirius et Remus.

- Pardon, nous étions trop plongés dans notre discussion pour vérifier l'heure, s'excusa-t-il. J'y vais, j'essaierai de revenir te voir rapidement, ajouta-t-il à l'adresse de Théo. Repose-toi bien.

Harry s'en alla et quitta l'infirmerie. Il courut vers les appartements de Sirius et de Remus et y entra presque en trombe. Il se rendit aussitôt au salon où il trouva Sirius à table.

- Désolé pour le retard, j'étais avec Théo, on discutait et on n'a pas vu le temps passer...

- Je m'en doute bien. C'est pour ça que Remus et moi ne nous sommes pas trop inquiétés. Tu as de la chance, nous ne t'avions pas donné d'heure précise à laquelle tu devais rentrer. Mais tu serais prié de faire plus attention à l'heure à l'avenir. Ce serait bien que tu sois rentré pour midi quinze au plus tard.

- D'accord. Je vous promets que ça n'arrivera plus. Je suis vraiment désolé...

- C'est bon, ça arrive à tout le monde, dit Sirius en souriant. Allez, installe-toi, on va manger. Remus était parti réchauffer le plat quand tu es rentré. Il a dû t'entendre et va sûrement arriver avec le plat.

Effectivement, Remus revint quelques minutes plus tard avec le repas du midi. Il ne tint pas rigueur à Harry de son retard et le menaça faussement de lui interdire d'aller rendre visite à qui que ce soit à l'infirmerie s'il recommençait. Harry se promit de ne plus jamais manquer de ponctualité. Le repas se passa dans la joie et la bonne humeur mais Harry dut vite s'en aller, ne souhaitant pas être plus en retard à sa séance de travail qu'il ne l'était déjà. Draco allait sûrement râler mais Harry le connaissait et savait quoi faire pour le dérider...

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Comme l'avait prédit Harry, Draco l'admonesta pour son retard mais il oublia ses reproches en apprenant ce qui avait retardé Harry. Ils se mirent au travail et terminèrent leur devoir d'histoire de la magie et de Défense Contre les Forces du Mal. Ils entamèrent ensuite le devoir de potions qui était à rendre pour la semaine de la rentrée. Comme il n'y avait pas de séances de travail durant les vacances, il valait donc mieux s'avancer. Même s'ils avaient les examens blancs la semaine suivante, ils étaient placés de sorte à ce que les élèves puissent continuer à avoir cours. Chaque jour, il y avait juste une matière qui était sacrifiée pour que l'examen puisse durer deux heures. Le lendemain, par exemple, l'examen de métamorphose avait lieu sur l'heure de métamorphose et la première heure de runes. Ce cours-là était entièrement annulé. Le mardi, l'examen d'histoire de la magie avait lieu sur la deuxième heure du cours de divination et sur l'heure du cours d'histoire de la magie. Le cours de divination était annulé. L'examen de Défense Contre les Forces du Mal avait lieu l'après-midi sur la deuxième heure du cours de créatures et sur l'heure de Défense Contre les Forces du Mal. Le cours de créatures était annulé. Le mercredi, l'examen de botanique avait lieu sur la seconde heure de duel et sur l'heure de botanique. Le cours de duel était annulé. Le jeudi, l'examen de sortilèges avait lieu sur l'heure du cours de sortilèges et sur l'heure du cours de métamorphose. Celui-ci était annulé. Le vendredi, pour terminer, l'examen de potions avait tout simplement lieu sur les deux heures de cours de potions. La semaine était donc un peu allégée pour les élèves. Ce n'était pas de refus lorsqu'il y avait un à deux examens par jour sur la dernière semaine avant les vacances. Les cours étaient donc maintenus et les devoirs aussi.

- Il est long, ce devoir, soupira Draco au bout d'un moment.

- Ça ne fait qu'une heure qu'on est dessus, signala Harry.

- Oui, mais je le trouve déjà long.

Harry regarda attentivement son petit-ami.

- Ce n'est pas plutôt la séance de travail qui te semble longue ? On est là depuis trois heures...

Draco grimaça.

- Peut-être, concéda-t-il. Je crois que j'ai besoin d'une pause, en fait.

- On se repose jusqu'à dix-huit heures, on va dîner et ensuite on s'y remet ?

- Ce programme me va très bien, approuva Draco.

- Allons-y, alors.

Harry et Draco se levèrent, rangèrent leurs affaires et quittèrent la salle des binômes. Ils prirent les escaliers et montèrent au septième étage. Ils longèrent les couloirs jusqu'à celui de la tapisserie de Barnabas le Follet. Harry passa trois fois devant et fit apparaître la salle sur demande. Ils entrèrent, se délestèrent de leurs robes de sorciers, posèrent leurs sacs par terre et s'installèrent sur leur canapé habituel. Harry se lova contre le torse de Draco qui l'entoura de ses bras. Harry soupira de bien-être. Il avait vraiment l'impression que sa place était dans les bras de Draco. Il s'y sentait tellement bien... Il ne comprenait toujours pas comment il avait pu tomber amoureux de son ancien ennemi juré mais il s'en fichait. Il était heureux avec lui et c'était tout ce qui comptait. Il pencha la tête en arrière pour regarder Draco qui baissa les yeux vers lui en souriant.

- Je t'aime, dit Harry.

Le sourire de Draco se fit encore plus tendre.

- Moi aussi je t'aime, murmura-t-il.

Harry se redressa et se mit à califourchon sur les jambes de Draco avant de poser ses lèvres sur les siennes. Draco répondit à son baiser et l'attira tout contre lui. Harry s'efforça de faire abstraction de la position quelque peu gênante dans laquelle ils étaient et profita du baiser tendre et amoureux qu'il partageait avec son petit-ami. Les mains de Harry étaient derrière le cou de Draco dont les doigts se trouvaient sur les hanches de Harry. Tandis que le baiser s'intensifiait, les mains de Draco glissèrent vers le dos de Harry. Elles montèrent et descendirent lentement, déclenchant des milliers de frissons dans le corps de Harry qui appréciait ces douces caresses. Ses doigts quittèrent le cou de Draco pour se poser dans ses cheveux blonds et gominés avec lesquels ils jouèrent. Le baiser s'approfondit de plus en plus, faisant légèrement monter la température entre eux. Harry demeurait concentré sur le baiser mais son attention fut détournée par les mains de Draco qui s'infiltrèrent sous son pull. Harry se crispa et rompit le baiser tout en attrapant les poignets de Draco. Celui-ci le regarda, surpris.

- J'ai fait quelque chose qui ne fallait pas ?

Harry baissa les yeux.

- Non, c'est moi, je... je ne suis pas prêt pour ce genre de contact. Ce n'est pas grand-chose, je sais, mais...

Harry s'interrompit, incapable de formuler correctement ses pensées. Il lâcha les poignets de Draco qui lui prit doucement les mains.

- Harry.

Harry leva les yeux vers Draco et fut bouleversé par tout l'amour et toute la tendresse qu'il lut dans son regard.

- Je suis désolé, dit tristement Draco. Je ne voulais pas te brusquer. Tu as bien fait de m'arrêter. C'est exactement ce que tu dois faire quand tu n'as pas envie de quelque chose.

- Ce n'est pas que je n'en ai pas envie, murmura Harry. Au contraire, je regrette un peu maintenant de t'avoir repoussé car j'aurais bien aimé sentir tes doigts sur ma peau, mais sur le moment, ça m'a fait remonter de mauvais souvenirs.

Les doigts de Draco se crispèrent un instant autour de ceux de Harry. Celui-ci sut que son petit-ami avait deviné qu'il faisait allusion à ce fameux matin. Il ne lui avait encore rien raconté mais il savait que Draco avait compris ce qui s'était passé.

- Je ne veux pas que tu te sentes obligé de m'en parler, prévint Draco d'une voix infiniment douce. Mais si tu en as envie ou besoin, je suis là pour t'écouter.

Harry acquiesça.

- Je crois que c'est important que tu saches. Ça t'aiderait à comprendre, voire anticiper des réactions que je pourrais avoir dans certaines situations.

Harry prit une grande inspiration et se lança :

- Lorsque Théo et toi m'avez découvert inconscient dans mon dortoir à huit heures du matin, j'avais passé une partie de la nuit à enchaîner les relations intimes avec Adrian. Il était insatiable et j'avais eu du mal à suivre le rythme. Si bien que je me suis endormi au bout de cinq heures alors que lui en avait encore envie. Il me l'a bien fait comprendre quand il m'a réveillé le lendemain matin en usant de baisers et de caresses sur tout mon corps. Sauf que moi, je n'avais pas terminé ma nuit, je voulais dormir encore un peu. Je le lui ai dit mais il n'a pas voulu m'écouter. Il continuait à m'embrasser et à me caresser. Je lui ai répété que j'étais épuisé, que je n'en avais pas envie mais il faisait toujours la sourde oreille. Je ressens encore ses mains et ses lèvres partout sur mon corps qui m'avaient procuré tant de plaisir auparavant et qui, là, me dégoûtaient plus que tout au monde. C'était horrible. J'aurais donné n'importe quoi pour qu'il arrête de me toucher. Mais ce n'était rien comparé à ce qui a suivi. C'est donc pour ça que je t'ai repoussé à l'instant. Parce que la dernière fois qu'on m'a touché comme ça, c'était pour subir un viol de la part de mon petit-ami. Je sais que tu ne me feras jamais ça, que tu m'aimes et que tu attendras que je sois prêt pour toutes les étapes qu'on franchira ensemble, mais ça n'empêche pas le fait que je ressente ce genre de toucher comme une agression. Du moins, lors de la première tentative. Je pense que c'est comme tout. Il fallait passer par-là pour effacer le blocage. Et je crois que c'est fait, là.

Un court silence suivit les paroles de Harry. Draco semblait remué par ce qu'il venait d'entendre. Il avait gardé les mains de Harry dans les siennes et en avait caressé le dos avec ses pouces durant tout le récit.

- Je comprends mieux ta réaction, finit-il par murmurer. Si j'avais su, je n'aurais pas tenté de passer mes mains sous ton pull...

- On ne va pas en rester éternellement aux bisous, répliqua gentiment Harry. Je n'ai pas fait voeu de chasteté à cause de ce qui m'est arrivé. Et c'est normal que tu aies voulu prendre des initiatives. Tu ne m'as pas traumatisé, si c'est ça qui te fait peur. J'ai juste eu un blocage. Mais comme je te l'ai dit, je crois qu'il est passé.

- Tant mieux, dit Draco en souriant. Merci de me faire assez confiance pour me confier tout ça. Tu avais raison, c'était nécessaire que je sache. J'ai compris ce qui s'est passé en général mais je ne sais rien dans le détail. Et si on veut éviter les déconvenues dans l'intimité, il vaut mieux que je sache ce qui pourrait te crisper. Je veux que tout se passe bien entre nous. Je veux que tu prennes du plaisir dans tout ce qu'on fera ensemble. Je veux que tu sois consentant et que tu me dises tout ce dont tu as envie. Je veux te rendre heureux et remplacer les mauvais souvenirs par de bons souvenirs.

Les larmes envahirent les yeux de Harry à l'entente de ces mots. Incapable de dire quoi que ce soit, il se jeta sur les lèvres de Draco et l'embrassa avec tout l'amour qu'il ressentait pour lui. Il voulait lui faire comprendre à quel point il l'aimait. Le message dut bien passer car Draco répondit à son baiser avec tout autant d'amour et de tendresse. Ses mains caressèrent le dos de Harry sans trop descendre, mais ce dernier en avait décidé autrement. Il prit les mains de son petit-ami et les posa sur sa chute de reins. Il voulait retenter l'expérience, désirant vraiment sentir les doigts de Draco sur sa peau et étant sûr cette fois de ne pas le repousser. Draco comprit ce qu'il désirait et eut la présence d'esprit de ne pas rompre le baiser pour lui demander un «Tu es sûr ?» parfaitement inutile. Harry lui avait bien fait comprendre qu'il en avait envie, que c'était sa propre initiative, et il lui avait dit deux fois que le blocage était passé. Il pouvait difficilement faire mieux pour le rassurer. Mais c'était suffisant pour Draco qui passa ses mains sous le pull de Harry, puis sous sa chemise. Harry sentit les doigts fins de Draco sur son dos et en frissonna tellement c'était bon. Il décida d'en faire autant et glissa ses propres doigts sous la chemise de Draco qui se décolla légèrement du canapé pour lui donner l'accès à son dos. Harry découvrit alors une peau douce qu'il regretta de ne pas pouvoir voir. Draco devait vraiment être magnifique, torse nu, aussi bien de devant que de derrière... Harry rougit en réalisant ce qu'il venait de penser. Mais qu'est-ce qui lui prenait de se dire des choses pareilles ? Il savait que c'était normal de souhaiter voir son petit-ami à demi-nu mais il était troublé à l'idée de devenir aussi intime avec Draco. Ils partaient de tellement loin, tous les deux... Mais ce n'était pas le moment de se plonger dans une rétrospection. Ils vivaient leurs premiers contacts intimes, aussi infimes soient-ils, et Harry voulait en profiter le plus possible. Il caressa donc le dos de Draco qui faisait de même et il approfondit un peu le baiser. Il se rapprocha davantage de Draco et fit voyager ses mains avec de plus en plus d'assurance. Ils commençaient à manquer un peu de souffle mais ils n'arrêtèrent pas le baiser pour autant. Ils diminuèrent simplement l'ardeur qu'ils y mettaient. Mais Harry était loin de se préoccuper de sa respiration. Il était emporté par les sensations que lui procuraient les caresses de Draco, si bien qu'il avait l'impression de planer. Il avait la tête qui tournait et il aimait ça. Mais tout ça n'était rien comparé à ce qu'il ressentit lorsque Draco effleura du bout des doigts son dos. Cette caresse aérienne lui plut tellement qu'il gémit dans le baiser. Les doigts de Draco s'immobilisèrent soudain, en même temps que ses lèvres cessèrent de se mouvoir contre celles de Harry. Tout prit fin, aussi bien les caresses que le baiser, faisant gémir Harry, mais cette fois-ci de frustration. Il rouvrit les yeux qu'il avait fermés pour profiter pleinement du moment et regarda Draco qui semblait gêné.

- Pourquoi tu as tout arrêté ? geignit Harry.

- Parce que c'était plus raisonnable ainsi. Je ne m'attendais pas à ce que tu apprécies mes caresses au point d'en gémir...

- Ça fait longtemps que je n'ai pas été touché comme ça, c'est normal que je sois plus sensible que toi, protesta Harry.

- Je sais bien, et c'est justement parce que tu es plus sensible que tu pourrais réagir d'une autre façon sans le vouloir. Et je pense que ça nous gênerait autant l'un que l'autre.

Harry se sentit rougir en saisissant ce que voulait dire Draco. Il n'était pas sûr qu'il aurait pu réagir de cette manière, car ce n'était pas ce plaisir-là qu'il avait ressenti mais il ne pouvait pas en être tout à fait certain. Ce genre de réaction était parfois imprévisible. Surtout dans son cas. Il avait honte de l'avouer mais depuis son viol, il n'avait pas eu la moindre érection, même matinale. Alors qu'avant, cela lui arrivait plusieurs fois par mois de se réveiller avec une gêne dans le pantalon. Enfin, durant l'été, il n'avait pas le souvenir que ça se soit produit mais cela s'expliquait sûrement par le fait qu'il n'allait pas bien psychologiquement parlant. Or, là, il allait beaucoup mieux, il s'était remis de son viol et il était en couple avec un garçon qui l'aimait, qui le respectait et qui le rendait heureux. Mais peut-être avait-il besoin de temps pour que sa sexualité se réveille... Bon, ce n'était pas comme s'il était pressé. Il trouvait juste cela étrange. Il chassa ces pensées et sourit à Draco.

- Tu as raison, mieux vaut ne pas prendre de risques. On verra cela un peu plus tard.

Draco eut l'air troublé par ces mots.

- Tu es vraiment décidé à ce qu'on devienne de plus en plus intimes ? Ça ne te fait pas peur ? Je dis ça car ça fait seulement un mois qu'on sort ensemble...

- Je n'ai pas dit que j'étais prêt à faire quoi que ce soit dans les jours qui viennent. Je sais juste que je ne serai pas opposé à ce qu'on se découvre progressivement quand je serai prêt. Je te fais confiance, je t'aime, je te désire déjà, même si c'est très discret pour l'instant et je veux tout connaître avec toi. Mais petit à petit et en douceur.

- Ça me va très bien, approuva Draco en souriant. Je t'aime aussi, Harry. Je n'ai jamais autant aimé quelqu'un que toi et ça me surprend tellement c'est fort. J'ai toujours envie de t'avoir contre moi, de te faire des bisous, des câlins, d'entendre ta voix, ton rire, de te voir sourire, de sentir ton odeur... Je suis complètement accro à toi et je ne veux aucun traitement pour soigner cette addiction car tu m'es indispensable.

Touché par les mots de Draco, Harry posa de nouveau ses lèvres sur les siennes. Mais le baiser fut cette fois plus chaste, plus doux et plus court que le précédent. Harry se blottit ensuite contre Draco et ils restèrent un long moment ainsi à parler de tout et de rien. Ce fut à regret qu'ils se séparèrent et quittèrent la salle sur demande pour aller manger peu avant dix-neuf heures. Une demie-heure plus tard, ils se rendirent à la salle des binômes pour travailler sur leur devoir de potions. Ils planchèrent dessus pendant une heure et demie et avancèrent plutôt bien. Estimant avoir suffisamment étudié, ils retournèrent à la salle sur demande et y passèrent la fin de la soirée. Ce n'était pas du tout ce qu'ils avaient prévu mais c'était très bien comme ça. Ils avaient terminé leur devoir d'histoire de la magie et leur devoir de Défense Contre les Forces du Mal et ils avaient fait presque la moitié du devoir de potions. Ils ne pensaient pas aller aussi vite et c'était bien pour cela qu'ils s'autorisaient ces deux heures en amoureux jusqu'au couvre-feu. Ils étaient en avance sur leurs devoirs, alors ils pouvaient bien se permettre un bon moment de détente avant d'aller se coucher...

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(lundi 18/03) POV Justin

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- Il vous reste quinze minutes.

Justin grimaça. Qu'il reste un quart d'heure ou une heure, cela n'allait rien changer pour lui. Il avait raté son examen blanc de métamorphose. Il ignorait s'il avait trop ou pas assez révisé mais tout était confus dans son esprit. Il n'avait donc pas pu répondre à la moitié des questions de cours et il n'avait pas été inspiré par le sujet de la partie rédaction. La métamorphose n'avait jamais été sa matière de prédilection, ayant été abonné aux Acceptable de sa première à sa quatrième année, mais grâce à son travail avec Théo, il parvenait à obtenir péniblement des Effort Exceptionnel à ses devoirs sur table et à ses devoirs individuels. Sauf que là, c'était un examen blanc et ça l'avait déstabilisé malgré lui. Il allait devoir apprendre à gérer son stress pour les vrais BUSE. Il comptait continuer à suivre ce cours l'année suivante et, pour cela, un Effort Exceptionnel était requis. Il fallait qu'il soit aussi bon à l'examen qu'il l'avait été durant toute l'année.

Lorsque le professeur Lupin les libéra, Justin fut l'un des premiers à rendre sa copie et à sortir de la salle de classe. Il fut vite rejoint par Ron, Blaise et Pansy.

- Vous n'avez pas brillé non plus ? devina Justin.

- Si j'ai un Acceptable, ce sera un miracle, ironisa Pansy. Mais bon, je ne suis pas inquiète pour les BUSE. Là, si j'ai raté, c'est parce que je traverse une période assez compliquée. Mais ça ira mieux d'ici les BUSE. Je serai dans de meilleures dispositions.

- C'est vrai que tu n'as pas l'air très en forme, en ce moment, fit remarquer Justin. Ce n'est pas trop grave, j'espère ?

- Non, c'est juste que j'ai eu un problème familial en même temps que ce qui est arrivé à Théo, ça m'a totalement chamboulée, ça n'a pas arrangé mes notes qui avaient déjà commencé à baisser, mes entraînements de Quidditch s'en sont ressentis aussi et tout ça m'a plongée dans une petite déprime. Mais c'est passager. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Et puis, je ne suis pas la seule pour qui ça ne va pas fort.

Justin rougit en comprenant que Pansy faisait allusion à lui. Elle n'avait pas tort. Entre l'état de choc de Théo, sa brouille qui durait avec Ernie et l'agression que lui avait fait subir Josh, il n'était pas au top de sa forme. Surtout qu'il se sentait en permanence en danger, même s'il ne lui était rien arrivé depuis l'agression. Il avait également l'impression d'être suivi mais il n'était pas sûr que ce soit Josh. Il pensait que c'étaient plutôt ses amis qui le pistaient pour savoir s'il se faisait harceler par Josh. Il avait d'abord été agacé mais il s'était vite dit que c'était peut-être grâce à ce chaperonnage que Josh le laissait tranquille... Il voyait sûrement les gens de la bande être sans cesse dans les environs et ça devait le dissuader de s'en prendre à lui. Justin n'avait donc pas rouspété auprès de ses amis, chose qu'il n'aurait pas faite à la base puisqu'il n'avait aucune preuve qu'ils le pistaient. Ils étaient vraiment discrets mais Justin sentait quand-même leur présence.

- Tout ira mieux quand certaines personnes reviendront à leur place, se contenta-t-il de dire.

«À savoir, Théo et Ernie près de moi et Josh loin de moi» ajouta-t-il en son for intérieur.

- Patience pour Théo, plus que cinq ou six jours et il sera de retour dans le château, rappela Pansy en souriant. Tu dois aller le voir, d'ailleurs, je crois ?

- Oui, et j'y vais tout de suite. Vous lui rendrez visite quand, vous, déjà ? S'il me pose la question, je pourrai lui répondre...

- Mercredi pour moi, annonça Pansy.

- Et jeudi pour moi, déclara Blaise. Demain, c'est Draco et vendredi, c'est Hermione. C'est nul qu'il ne puisse recevoir qu'une visite par jour...

- Il doit se reposer, subir des examens et des soins et rattraper ses cours. Ça laisse peu de place aux visites, résuma Pansy. On pourra tous le voir une fois, je pense.

- Tout à fait. Bon, je vous laisse, je passerai le bonjour de votre part à Théo.

Justin prit congé de Blaise et Pansy et se rendit à l'infirmerie. Mme Pomfrey vint vite à sa rencontre et lui indiqua que Théo était libre. Justin se dirigea donc vers son lit, ouvrit les paravents et sourit en voyant son petit-ami plongé dans la lecture d'un parchemin.

- Tu ne perds pas de temps, dit-il gentiment.

Théo sursauta et leva la tête. Son visage s'éclaira aussitôt.

- Justin, souffla-t-il, ému.

Justin s'approcha et s'assit à côté de Théo.

- Comment vas-tu ? demanda-t-il sérieusement.

- Bien, encore un peu fatigué mais je récupère vite. Je suis suffisamment en forme pour commencer à rattraper les cours, en tout cas.

- C'est ce que je vois. Tu t'en sors ?

- Oui, j'entendais et je comprenais tout ce que me disaient Draco et Hermione quand ils venaient me voir. Ils me parlaient surtout des cours. Tu me connais, je retiens facilement, je n'ai donc pas grand-chose à apprendre quand je lis les parchemins. Sauf en divination. Hermione ne suit plus ce cours et Draco déteste cette matière, alors il ne m'en parlait pas du tout. Mais j'ai quand-même son cours.

- Il est complet ?

- Non, il est assez court, mais j'irai l'approfondir à la bibliothèque quand je sortirai d'ici. Bon, et toi, comment vas-tu ? L'examen de métamorphose s'est bien passé ?

- Non, je l'ai complètement raté. Mais je n'ai pas été dans les bonnes conditions pour réviser. J'avais trop de soucis qui m'accaparaient l'esprit. Mais il y en a un de moins depuis que je sais que tu es de retour parmi nous. Tu étais la première de mes préoccupations. J'étais hyper inquiet pour toi et tu me manquais. Je n'étais plus que l'ombre de moi-même sans toi. C'était dur de me lever le matin en sachant que tu ne serais pas assis à côté de moi en cours, que je ne verrai pas ton sourire, que je ne verrai pas ton joli regard se poser sur moi, que je n'entendrai pas le magnifique son de ta voix, que je n'entendrai pas ton merveilleux rire... Tout ça m'est indispensable. Sans toi, je m'écroule. Sans toi, je ne peux pas être heureux. Je t'aime, Théo. Je t'aime et je ne veux plus devoir me passer de toi.

L'émotion se lut dans le regard de Théo. À tel point qu'il sembla incapable de répondre. Il posa alors sa main derrière la nuque de Justin et attira doucement son visage vers le sien. Comprenant ce que voulait son petit-ami, Justin ne se fit pas prier et unit doucement leurs lèvres. Un même soupir leur échappa. Ils en avaient visiblement autant besoin l'un que l'autre. Le baiser fut d'abord chaste avant que Justin ne quémande l'accès à la bouche de Théo qui le lui offrit volontiers. Leurs langues purent ainsi se trouver, se taquiner et s'enrouler l'une autour de l'autre tandis que Justin fourrageait dans les cheveux de Théo qui, lui, passait ses mains dans le dos de son petit-ami. Justin rompit à contrecoeur le baiser quand l'envie lui prit de se presser tout contre Théo. Ils étaient à l'infirmerie, il ne pouvait pas se permettre de se coucher sur Théo pour l'avoir au plus près de lui. Ils devaient rester décents. Sans compter que cette position serait trop gênante pour Théo qui n'était pas prêt pour ça. Il serait trop mal à l'aise. Mais même sans ça, l'infirmerie n'était pas faite pour des moments intimes, que ce soient de simples caresses ou plus que ça. Justin préféra donc se montrer sage. Ce baiser l'avait déjà bien détendu et il remarqua que c'était le cas aussi pour Théo.

- Vivement que tu sortes, murmura Justin.

- Pas avant samedi, regretta Théo. Si ça ne tenait qu'à moi, j'aurais déjà quitté l'infirmerie mais je ne suis pas du tout en état pour le moment.

- Je me doute bien. Ça ne fait que deux jours et demi que tu t'es réveillé. Mieux vaut attendre que tu sois totalement prêt pour rejoindre ton dortoir. Ce serait bête que tu doives retourner à l'infirmerie car tu seras sorti trop tôt...

- Oui, et je n'ai aucune envie de revenir ici une fois que je serai parti. Je ne veux plus jamais y faire le moindre séjour. J'en ai ma claque. J'ai déjà l'impression d'y passer ma vie depuis l'explosion, alors j'aimerais bien m'éloigner le plus longtemps possible de cet endroit...

Théo prit un air contrit.

- Désolé de râler comme ça, ce n'est pas dans mes habitudes mais je n'en peux plus de passer mon temps ici...

- Je comprends, dit doucement Justin. Et ne t'excuse pas, ça fait plaisir de t'entendre dire ce que tu penses. Mais dis-toi que tu n'as pas le temps de t'ennuyer. Tu te reposes, tu fais des séances de kiné, tu rattrapes les cours, tu reçois de la visite...

- C'est vrai, je n'ai pas à me plaindre, admit Théo. J'ai déjà vu Harry et là, je te vois toi.

- Et demain tu verras Draco. Mercredi, tu verras Pansy, jeudi, tu verras Blaise et vendredi, tu verras Hermione. Ils se sont déjà organisés pour faire un roulement, comme ils l'ont fait quand tu étais en état de choc. On venait te voir les uns après les autres. Il ne se passait pas une journée sans que tu ne reçoives la visite de quelqu'un.

- Je sais, je vous entendais, murmura Théo. Harry et toi étiez ceux qui venaient le plus souvent. Je crois que vous êtes venus trois fois. Suivis de près par Draco, Blaise et Pansy qui m'ont rendu visite deux fois.

- Harry et moi étions davantage libres. Draco et Pansy avaient leurs entraînements de Quidditch et leurs rondes de préfets et Blaise a eu beaucoup de séances de travail avec son binôme. Ils étaient un peu en retard sur leurs devoirs. Moi, je n'avais ni Quidditch, ni d'obligations de préfet. Et même si Harry avait ses entraînements de Quidditch, il sait très bien s'organiser. Tous ceux de la bande sont venus au moins une fois, en tout cas.

- Oui, et ça me faisait vraiment plaisir d'avoir votre compagnie. Luna est venue, elle aussi. Sa visite a sûrement été la plus distrayante. Elle était complètement différente des autres. Elle me parlait des Sombrals et des licornes, mais également des créatures auxquelles elle croit, comme les Nargoles et les Joncheruines, et elle me remémorait aussi tout plein de souvenirs qu'on avait en commun. C'était très émouvant. Ça m'a replongé un à quatre ans en arrière. Mais j'ai adoré toutes les visites que j'ai reçues. Vous êtes vraiment adorables de vous être relayés comme ça. J'ai réalisé à quel point j'étais entouré et... ça m'a fait un choc. Il faudra que je vous remercie tous.

- Fais-le vite fait, alors. Parce que, pour nous, c'est normal.

- D'accord, dit Théo en souriant. Bon, d'après ce que j'ai compris, demain, c'est une grosse journée ?

- En terme de cours, non, au contraire. Celui de divination et celui de créatures sont annulés. Mais on a un examen d'histoire de la magie et un examen de Défense Contre les Forces du Mal. Ce n'est pas avec ça que je vais avoir de bonnes notes...

- Pour l'histoire de la magie, ce n'est pas bien grave, on doit la poursuivre jusqu'aux ASPIC mais je doute que tu aies besoin d'un Acceptable minimum pour ta future formation. Même si je ne sais pas laquelle tu envisages de faire. Aux dernières nouvelles, tu n'étais pas fixé...

- Et je ne le suis toujours pas, soupira Justin. Je n'ai rien qui m'intéresse pour le moment. Mais peu importe la formation que j'intégrerai, c'est sûr que je n'aurai pas besoin d'un ASPIC en histoire de la magie. Par contre, pour la Défense Contre les Forces du Mal...

- Si tu ne comptes pas faire un métier directement en lien avec ça, la formation que tu choisiras va requérir tout au plus un Acceptable. C'est largement faisable. Tu oscilles entre Acceptable et Effort Exceptionnel à tes devoirs individuels et sur table. Si tu continues à bien travailler jusqu'à la fin de ta septième année, tu pourras facilement avoir ton ASPIC dans cette matière. Et puis, comme tu l'as dit, tu n'es pas dans des conditions idéales pour passer tes examens blancs. Mais tout sera réglé d'ici les vraies BUSE. Tu pourras mieux te concentrer.

Justin acquiesça.

- J'espère qu'il n'y aura plus aucun problème à ce moment-là. Mais même si je sais que j'ai raté mon examen de métamorphose, je vais faire de mon mieux pour réussir les autres. Ce qui est bien, c'est qu'on n'a pas d'examens blancs pour les options.

- Oui, c'est plutôt une bonne chose. Ce seront quatre épreuves de moins à rattraper pour moi durant les vacances, plaisanta Théo.

- Oh oui, c'est vrai, tu vas passer tes vacances dans les salles de classe... Ça ne t'ennuie pas trop ?

- Non, pas du tout. Ce n'est pas comme si j'avais le choix, de toute façon. J'aimerais juste demander aux professeurs de faire en sorte que leurs examens ne soient pas trop faciles. Sinon, là, je risque de m'ennuyer. Sauf si j'ai le droit de sortir dès que j'aurai fini. Je ne pense pas que ça vous soit autorisé, mais vu que je serai tout seul dans la salle et que les professeurs seront eux aussi en vacances, je ne sais pas si je serai logé à la même enseigne...

- Non, tu auras sûrement le droit de partir dès que tu auras terminé. Les professeurs auront envie de rentrer au plus vite à leurs appartements, ils ne vont donc pas s'amuser à te garder inutilement... En revanche, tu n'auras pas ton mot à dire sur la difficulté de tes examens.

- Je sais, répondit Théo, amusé. Je disais ça pour rire.

Justin regarda attentivement Théo.

- Tu es habitué à t'ennuyer, n'est-ce pas ? Que ce soit en cours ou lors des examens.

Théo fit une moue éloquente.

- Oui, c'est vrai. J'ai souvent fini au bout d'une heure mais sans avoir bâclé mon travail pour autant. C'est juste que tout me vient facilement. Tout est dans ma tête, je n'ai pas besoin de réfléchir.

- Je vois. Moi je pense que tu aurais dû sauter une classe. Ou intégrer Poudlard un an plus tôt. Ça se fait, chez les moldus, d'avoir une année d'avance. Voire plus.

- Ça aurait peut-être été une bonne idée. Mais dans ce cas, j'aurais dû entrer à Poudlard à genre huit ans pour être vraiment à l'aise. Et ça n'aurait pas été faisable. Si on doit absolument avoir onze ans pour accéder à Poudlard, c'est qu'il y a une raison. Je pense qu'il faut être majeur en septième année à cause du programme dans certaines matières. Je ne vois que cette explication. Mais c'est sûr que les cours auraient été davantage à ma portée si j'avais eu trois ans d'avance. Il y en a qui disent que j'ai de la chance d'avoir autant de facilités. Je comprends leur façon de penser, et ce n'est pas faux, en soi, mais quand on vit la situation, ce n'est pas comme ça qu'on voit les choses. C'est frustrant de ne jamais devoir faire d'efforts pour comprendre ce qu'on nous enseigne en cours, de réussir à lancer les nouveaux sortilèges dès le premier coup, d'être abonné aux Optimal sans avoir besoin de passer quatre heures sur un devoir... Parfois, j'aimerais juste être un élève comme les autres. Mais bon, je ne peux rien y faire, alors je ne perds pas mon temps à me morfondre là-dessus. Et je me dis qu'il y a quand-même de bons côtés.

- Sage et raisonnable, comme toujours, constata tendrement Justin. Il faut se dire aussi que nous ne serions pas ensemble à l'heure qu'il est si tu avais sauté des classes. Tu aurais été séparé de tes amis, tu ne te serais jamais rapproché de Harry et tu n'aurais peut-être pas eu une aussi bonne camarade que Hermione en runes et en arithmancie.

- Tout à fait, approuva Théo. Je suis bien dans ma classe. En-dehors de l'aspect scolaire, je ne pense pas que j'aurais été heureux dans une autre promotion. Mais assez parlé de moi. Est-ce que tu restes ici pour les vacances ?

- Oui, la question ne s'est pas vraiment posée. J'ai juste eu à prévenir mes parents et voilà. Je n'avais pas envie de rentrer chez moi. Je préférais rester là avec toi. Même si tu seras occupé à rattraper tes examens.

- Il n'y en a que six, ce qui fait douze heures d'examens. Ce sera sûrement réparti sur trois ou quatre jours sur la première semaine de vacances. Ça me laissera une semaine et demie de repos. Ce sera largement suffisant. On aura donc au moins dix jours pour se voir.

- Vu comme ça, tu seras beaucoup plus libre que ce que je pensais. J'ai vraiment bien fait de décider de passer les vacances ici. On consacrera évidemment du temps à nos amis mais on pourra rester de longues heures ensemble sans se sentir coupable de sacrifier une potentielle séance de travail... Bon, il faudra réviser, cela va de soi, mais on pourra le faire quand l'un ou l'autre sera occupé.

- Ainsi que le soir dans notre lit, renchérit Théo.

- Exactement. Ces vacances vont être super.

«À condition que Josh te laisse tranquille» souffla une voix à Justin. Il l'ignora. Hors de question de penser à lui alors qu'il était avec Théo. De plus, il ne voulait pas stresser pendant toutes les vacances et être sur le qui-vive en s'attendant à chaque détour d'un couloir à une attaque de Josh. Il souhaitait profiter le plus possible de ses deux semaines de repos avec Théo et ses amis, que ce soient Hannah ou Susan ou ceux de la bande. C'était le programme qu'il avait prévu et il comptait bien s'y tenir. Il préféra changer de sujet et rebondit sur un autre en repensant à ce que lui avait dit Théo un peu plus tôt :

- Est-ce que tu veux que je demande à quelqu'un de te passer un cours de divination plus complet ? Ça t'évitera de devoir aller à la bibliothèque dès que tu sortiras d'ici...

Théo sourit d'un air gentiment moqueur.

- Dis plutôt que tu n'as pas envie que j'y aille parce que ça fera moins de temps à passer ensemble, dit-il, taquin.

- Tu crois que je suis jaloux de quelques malheureux livres ? s'offusqua faussement Justin.

- Je pense surtout que tu préférerais être à leur place, s'amusa Théo. Que ce soit à toi que j'accorde de l'attention.

- C'est vexant de se faire percer à jour aussi facilement, soupira Justin.

Théo se mit à rire.

- Je commence à te connaître, c'est tout. Si tu y tiens tant, je veux bien que tu demandes à Terry s'il accepterait de me prêter son cours.

- D'accord, j'irai le voir dès que possible.

- J'irai quand-même à la bibliothèque mais j'aurai moins de recherches à faire.

- C'est déjà ça, affirma Justin. Je serai moins longtemps éloigné de toi...

Théo sourit de nouveau, mais beaucoup plus tendrement cette fois. Il se pencha vers Justin et posa ses lèvres sur les siennes. Justin répondit aussitôt au baiser et attira Théo tout contre lui. Il poussa un soupir tremblotant en sentant le torse de Théo contre le sien. Merlin c'était si bon... Il déplaça ses mains vers les hanches fines qu'il aimait tant et dut se retenir pour ne pas les glisser sous le haut de pyjama qui serait pourtant mieux ailleurs que sur Théo. Il laissa donc ses mains où elles étaient et approfondit du mieux qu'il put le baiser. Ils s'embrassèrent un long moment ainsi, puis ils parlèrent de tout et de rien jusqu'à ce que Justin doive s'en aller. N'ayant rien de spécial à faire, il se rendit à sa salle commune dans l'optique de monter à son dortoir. Mais il changea d'avis en voyant Hannah et Susan assises dans un coin en train de discuter. Il les rejoignit et s'installa en face d'elles.

- Toi, tu viens d'aller voir Théo, devina Hannah.

- Comment tu sais ? s'étonna Justin.

- Tu as l'air de celui qui a passé un moment en amoureux. Et tu as les lèvres un peu rouges.

Justin se sentit rougir.

- Ne t'inquiète pas, ça ne se voit pas de loin, le rassura Susan.

- Ouf, tant mieux. Je n'ai pas envie qu'Emily voie les traces de mes moments passés avec Théo.

- Elle sait pourtant que tu es avec lui, objecta Hannah.

- Oui, mais ce n'est pas une raison pour lui balancer mon bonheur à la figure...

- Ce n'est pas faux, admit Hannah. C'est gentil de ta part. Et c'est vrai qu'elle n'a pas besoin de ça en ce moment.

- Pourquoi dis-tu ça ? demanda Justin en fronçant les sourcils.

- Je trouve qu'elle a maigri. Et on ne la voit pas souvent à la table des Poufsouffle.

- Tu crois qu'elle déprime au point de faire une grève de la faim ? murmura Justin.

- Je ne pense pas que ce soit une grève de la faim mais elle déprime, oui, ça, c'est sûr. Mais ne t'en veux pas pour ça, ajouta fermement Hannah. Tu as bien fait de rompre. Ça ne pouvait pas continuer comme ça. Tu poursuivais ta relation avec elle alors que tu sortais avec quelqu'un d'autre. Ce n'est pas digne d'un Poufsouffle. Mais je sais que tu étais dans une situation très délicate. Tu n'avais pas vraiment d'autre choix que de rester avec Emily avec cette histoire de grossesse qui s'est avérée ne pas en être une... Mais ce n'était bon ni pour elle, ni pour toi de rester dans cette situation. Ce n'était pas sain.

- Je sais. Mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir responsable de son état.

- Ça va lui passer. Il faut juste laisser faire le temps. Bon, comment va Théo ?

- Bien. Il est en forme, il est de bonne humeur, il a de l'humour... Mais il doit reprendre des forces et se reposer encore un peu. Il devrait sortir samedi, si tout va bien. Mais ça devrait aller.

- Tant mieux, alors, dit Susan. Il ne s'ennuie pas trop ?

- Non, il est très occupé. Il dort, il fait des séances de kiné, il reçoit des visites, il rattrape les cours, il mange, il prend ses potions, il subit des examens...

- Ah ouais, il ne se repose pas tant que ça, en fait, commenta Hannah. Mais c'est bien, il ne voit pas le temps passer, comme ça.

Justin s'apprêta à répondre mais il en fut empêché par un raclement de gorge de Hannah qui lui fit signe de regarder à côté de lui. Justin tourna la tête et vit un élève de première année qui avait l'air de vouloir lui parler. Justin lui sourit.

- Oui, tu veux me dire quelque chose ? s'enquit-il gentiment.

- Euh... oui, mais... je...

Le jeune Poufsouffle s'interrompit, visiblement gêné.

- Bon, on va vous laisser, déclara soudainement Hannah. Susan et moi devons réviser pour l'examen d'histoire de la magie. À plus tard, Justin.

Hannah et Susan se levèrent et se dirigèrent vers les escaliers qui menaient aux dortoirs des filles.

- Assis-toi, proposa Justin à l'élève de première année. Quel est ton prénom, déjà ?

- Alex. Alex Powell.

- Ah oui, merci. Bien, que puis-je pour toi ?

- Je... j'ai besoin d'aide. Je dois m'améliorer en sortilèges et il faut que quelqu'un m'aide pour ça.

Justin haussa les sourcils, surpris.

- C'est pour ça que tu viens me voir ? Mais... je ne suis pas le mieux placé pour t'aider...

- J'ai déjà demandé à plusieurs personnes mais elles ont toutes refusé car elles n'avaient pas assez de temps. Un des Poufsouffle que je suis allé voir m'a conseillé de m'adresser à toi car tu es assez libre en ce moment. De plus, il m'a dit que tu étais en binôme avec quelqu'un de très doué dans toutes les matières. Il pense donc que tu as dû faire beaucoup de progrès.

- C'est toujours aussi agréable d'avoir une vie privée dans ce château, dit Justin en levant les yeux au ciel.

Il voulut demander à Alex qui lui avait préparé son discours car ça sentait le récité par coeur à plein nez mais il se retint. Il n'était pas dupe : un garçon de onze ans ne parlait pas comme ça. Mais Justin était attendri par tous les efforts que déployait le jeune Poufsouffle pour avoir de l'aide. Il était très déterminé et prenait ses études très au sérieux. En bon Poufsouffle qu'il était, Justin n'eut donc pas le coeur à l'envoyer voir quelqu'un d'autre. Alex avait raison, après tout : il était relativement libre puisqu'il n'avait pas de séances de travail avec Théo. Et il aurait toujours du temps le soir dans son lit pour réviser ses cours pour les examens blancs. Il n'hésita donc pas longtemps :

- D'accord, je veux bien t'aider. C'est en pratique que tu as du mal ?

- Oui, je ne suis pas à l'aise avec certains sorts. Mais les examens de fin d'année c'est dans trois mois et je vais les rater si je continue comme ça... Les sortilèges c'est hyper important, y en a jusqu'aux APICS...

- ASPICS, corrigea Justin en souriant. Mais ne t'inquiète pas, je vais t'aider et tu ne vas pas les rater, tes examens. Il faut juste que je réquisitionne une salle pour qu'on puisse s'y retrouver.

- Que tu quoi ?

- Que je réquisitionne une salle, répéta plus distinctement Justin. C'est un synonyme de «réserver». Je vais demander au professeur Black si nous pouvons emprunter la salle de sortilèges. Il est sympa, il devrait facilement accepter. Je te tiendrai au courant. On commencera les séances dès le début des vacances, si ça te va.

- C'est parfait, assura Alex. Merci, c'est vraiment gentil de bien vouloir m'aider.

- Il n'y a pas de quoi. Comme tu l'as dit, je suis libre, et puis ça va m'occuper pendant les vacances.

Alex acquiesça, remercia de nouveau Justin et s'en alla. Hannah et Susan n'étant plus là, Justin n'eut cette fois vraiment rien d'autre à faire que monter à son dortoir. Et ce fut ce qu'il fit. Il devait réviser l'histoire de la magie. Il ne plaçait pas beaucoup d'espoirs dans cette matière mais il voulait quand-même essayer de viser un Acceptable. C'était une sorte de petit défi et il comptait bien le relever.

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(mardi 19/03) POV Draco

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- Draco, mange un peu, sinon tu vas faire un malaise pendant l'examen d'histoire de la magie.

- Je n'ai pas faim. Et je ne peux rien avaler, de toute façon.

Draco reposa sous le regard de Pansy le petit pain qu'il avait pris.

- Si tu as un problème de stress, tu ferais mieux d'aller voir ton parrain, conseilla Pansy.

Draco retint un soupir. Il savait que son amie avait raison mais cela l'ennuyait de se rendre chez son parrain à trente minutes d'un examen. Il fallait toujours que ça arrive au moment le plus inapproprié. Mais s'il ne faisait rien, c'était la crise assurée. Et Draco n'avait pas du tout envie de s'y risquer. Il se résolut donc à aller voir Severus. Celui-ci n'était pas dans la Grande Salle, ce qui signifiait qu'il était sûrement dans ses appartements. C'était une chance pour Draco. Il préférait aller chercher Severus chez lui plutôt qu'à la table des professeurs.

Ce problème lié au stress remontait à sa première année et survenait systématiquement à l'approche des examens. À la fin de sa première année, son père lui avait mis une telle pression pour qu'il ait un Optimal en sortilèges, métamorphose, potions, botanique et Défense Contre les Forces du Mal que Draco avait fini par faire une crise d'angoisse en pleine séance de révisions avec ses amis dans leur salle commune. Si Blaise et Théo étaient restés calmes, Pansy, elle, avait aussitôt paniqué. Afin d'éviter d'attirer l'attention sur Draco, Blaise l'avait faite sortir tandis que Théo avait emmené Draco chez Severus. Celui-ci l'avait gardé et avait su quoi faire. Une discussion et une potion avaient fait l'affaire. Il avait fait parler Draco qui lui avait expliqué d'où venait ce stress. Severus l'avait rassuré et lui avait dit qu'il essaierait de raisonner son père au sujet de ses notes. Cette conversation avait eu lieu et Draco savait qu'ils s'étaient disputés. Son père avait reproché à Severus d'être trop laxiste et de vouloir gérer Draco tout seul, ce à quoi Severus lui avait répondu qu'il prenait les études de son filleul très au sérieux et qu'il lui faisait confiance pour faire de même, contrairement à d'autres. Le ton était monté et le père de Draco était parti sans avoir rien voulu entendre. Il avait cependant cessé d'envoyer des lettres à Draco pour le sommer d'avoir telle note à telle matière mais le même manège avait recommencé l'année suivante. Son père avait été un peu moins insistant mais la pression avait quand-même été là. Draco avait de nouveau angoissé et Severus s'était de nouveau occupé de lui, à coup de paroles apaisantes et de potions relaxantes. C'était devenu une habitude lors de la période des examens, le père de Draco ne lâchant pas l'affaire. Même s'il était responsable de son stress, Draco ne lui en voulait pas. Il savait que son père souhaitait uniquement ce qu'il y avait de mieux pour lui. Et cela passait par de bons résultats. S'il y avait une chose dont Draco était sûr, c'était que son père l'aimait. Il le lui avait toujours montré. Et Draco l'aimait au moins autant. Peu importe ce qu'il avait pu faire. Il restait son père et il lui manquait énormément. Même s'il n'avait pas reçu de lettres qui le sommaient de réussir ses examens blancs, le stress était revenu de lui-même. Draco était marqué par les quatre années de pression qu'il avait subies et il savait qu'il en serait affecté jusqu'à ses ASPIC. C'était assez handicapant lorsque la crise lui tombait dessus mais, heureusement, avec les bons soins de Severus, ça se calmait très vite.

Une fois arrivé aux appartements de son parrain, Draco frappa à la porte qui s'ouvrit rapidement. Il ne fallut qu'une seconde à Severus pour comprendre ce qui se passait. Il le fit entrer et l'emmena au salon.

- Je suis désolé de te déranger à... à vingt minutes de ton premier cours, mais...

- Ne t'excuse pas, le coupa doucement Severus. Tu sais bien que ça a le don de survenir pile quand il ne faut pas. Par contre, je suis surpris que ça n'arrive qu'aujourd'hui.

- Ça a commencé hier mais c'était assez léger. Mais j'étais fatigué, ça a dû jouer...

- C'est possible, oui. Mais même là, ça semble moins violent que d'habitude.

- Peut-être parce que je n'ai pas eu de lettre. Je n'ai pas la pression que j'avais avant. Tu vas trouver ça bizarre mais...

Draco s'interrompit, honteux à l'idée de terminer sa phrase.

- Ça te manque ? compléta Severus d'une voix douce.

Draco hocha la tête.

- Ça prouvait qu'il était là, qu'il se souciait de moi. Je sais que c'est toujours le cas mais... il ne peut plus me le montrer... Du coup, maintenant c'est moi qui veux réussir mes examens, autant pour moi que pour lui... Je me mets la pression tout seul et... je ne m'en sortirai jamais, en fait...

- Non, ne dis pas ça, tu en parles et c'est déjà une bonne chose. Ce n'est que passager, ça ira mieux ensuite. Tu vas prendre une potion et ça va passer doucement. Tu seras déjà bien détendu quand tu arriveras à ton examen d'histoire de la magie. Tu vas rester là dix minutes, on va discuter et ça va se calmer petit à petit. Je vais aller chercher ta potion.

Severus se leva et s'éclipsa. Il revint quelques minutes plus tard avec une fiole qu'il tendit à Draco. Celui-ci la prit, la but et, effet placebo ou pas, sentit ses muscles se détendre légèrement. Il parla de tout et de rien avec Severus jusqu'à ce qu'ils doivent tous deux s'en aller. Draco allait déjà mieux. Il était beaucoup plus calme.

- Ce serait peut-être nécessaire que nous reprenions quelques séances, estima Severus. On verra cela pendant les vacances, si tu veux bien.

Draco fut pris dans un dilemme. Il devait bien avouer que cela lui ferait du bien de refaire plusieurs séances de thérapie mais il avait compté sur les vacances pour voir au maximum Harry...

- J'aimerais bien, mais... j'avais des choses de prévues, répondit Draco, gêné. Je voulais profiter des vacances pour passer un max de temps avec Harry...

- Il ne sera peut-être pas aussi disponible que tu le croies, dit Severus.

- Comment ça ? demanda Draco en fronçant les sourcils.

- Son parrain et son directeur de maison voudront peut-être passer une partie des vacances avec lui. Ils ont besoin de se retrouver un peu.

- Ils ne vont pas non plus séquestrer Harry chez eux... Il aura bien le droit de sortir se promener un peu dans le château...

Severus regarda Draco d'un air désespéré. Il semblait vouloir lui dire quelque chose sans y arriver. Il se ravisa et enjoignit Draco à se lever :

- Allons-y ou nous allons être en retard.

Draco acquiesça et quitta les appartements de Severus avec son parrain. Ils se séparèrent très vite, Severus ayant cours aux cachots tandis que Draco devait se rendre au premier étage. Il prit donc les escaliers et arriva rapidement devant la salle d'histoire de la magie. Tous ses camarades étaient déjà entrés mais il n'était pas en retard. De toute façon, il avait un mot de Severus. Il s'assit juste devant Harry à qui il sourit avant de se retourner. Il sortit ses affaires et attendit que le professeur Manley distribue les sujets. Une fois ceci fait, il en prit connaissance et fut quelque peu soulagé. C'était une partie du cours qu'il maîtrisait bien, à savoir l'évolution de la relation entre les elfes et les sorciers. Il était sûr d'avoir au moins un Acceptable, mais il fit de son mieux pour avoir plus que ça. Il écrivit d'abord toutes ses idées sur un brouillon qui se retrouva bien vite rempli. Puis il les tria afin d'avoir une structure en trois parties. Il passa ensuite à la rédaction au propre de son devoir en commençant par l'introduction. Il suivit les conseils qu'avait donnés le professeur Manley en début d'année en y mettant les éléments nécessaires. Il ne fallait pas que ce soit trop long, aussi alla-t-il au principal en étant clair et concis. Puis il rédigea ses trois parties qui furent évidemment bien plus longues que sur le brouillon. Il les détailla et les agrémenta d'exemples qu'il mit en relation avec ce qu'il avait noté juste avant. Il termina par la conclusion en rappelant la problématique et en y répondant après avoir fait une synthèse des arguments qu'il avait apportés dans le développement. Il posa sa plume, relut sa copie et fut satisfait de son travail. Il avait toujours été bon en dissertation mais ce qui lui faisait souvent défaut en histoire de la magie, c'était le manque de connaissances. Or, là, il avait dit plein de choses. Si bien que lorsqu'il finit de relire son devoir, le professeur Manley annonça que les deux heure étaient écoulées. Une bonne moitié des élèves s'empressèrent de rendre leurs copies et de s'en aller. Draco n'eut aucun mal à deviner qu'ils n'avaient pratiquement rien écrit et qu'ils poireautaient sur leur chaise depuis une heure et demie. Il déposa à son tour sa copie sur le bureau du professeur Manley et quitta la salle de classe en même temps que Blaise et Justin. Ils attendirent le reste de la bande et montèrent ensemble au troisième étage pour aller à leur cours de sortilèges. Draco trouvait ça cool d'avoir cette matière juste après l'examen d'histoire de la magie. C'était exactement ce qu'il leur fallait. Cela allait les détendre et les mettre dans de bonnes conditions pour l'examen de l'après-midi.

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Si Draco avait été enchanté par son travail fourni lors de l'examen du matin, ce ne fut pas le cas pour celui de Défense Contre les Forces du Mal. Il ne l'avait pas raté, loin de là, mais comme il visait une note au-dessus de son niveau habituel dans chaque matière, il avait espéré décrocher un Optimal à l'examen du professeur Gordon. Mais le contenu de son devoir ne vaudrait pas plus qu'un Effort Exceptionnel. C'était déjà très bien en soi mais pas assez à son goût. Il relativisa cependant en se disant qu'il ferait mieux lors des vrais examens des BUSE. Il se rendait actuellement à son cours de potions qui était le dernier de la journée. Elle avait été plutôt courte puisqu'il n'avait eu que deux heures de cours et quatre heures d'examens. Et terminer par potions était toujours agréable pour lui. Il fut l'un des premiers avec Harry à entrer dans le cachot. Ils s'installèrent à leur table habituelle et sortirent manuel, parchemin, plume et encrier. Alors que Draco prenait son livre de potions, Harry l'appela :

- Draco ?

- Mmmh ?

- Tu es bien censé aller voir Théo juste après le cours ?

- Oui, pourquoi ?

- Tu n'as pas un entraînement de Quidditch, le mardi à dix-sept heures, normalement ?

- Si, mais il a été annulé. Graham sait que c'est la semaine des examens blancs des BUSE et comme nous sommes en ce moment quatre élèves de cinquième année dans l'équipe, il a préféré que nous nous concentrions sur nos examens plutôt que sur le Quidditch.

- Oh... C'est gentil de sa part. Il est hyper attentionné comme capitaine. Je me demande pourquoi ça n'a pas marché entre vous.

- Je me suis mis avec lui pour de mauvaises raisons, je n'étais pas amoureux de lui et c'est au cours de notre relation que j'ai commencé à penser un peu trop à toi. Mais je n'allais pas bien du tout à ce moment-là, je ne me suis donc pas rendu compte vers qui étaient tournés mes sentiments. En fait, en y réfléchissant bien, je suis tombé amoureux assez tôt de toi. Sauf que c'était discret au début, alors j'ai mis du temps à m'en apercevoir. Mais ce n'est ni l'endroit, ni le moment pour en parler, rappela Draco en souriant.

- Ah oui, oups, pardon, dit Harry, mi-confus, mi-amusé. Mais ton parrain n'est pas encore là, on peut donc parler encore un peu. En tout cas, c'est cool que tu n'aies pas d'entraînement. Sinon ça aurait été galère pour toi d'aller voir Théo.

- Ça, c'est sûr. Ah, voilà Severus.

À l'instar de Draco et de Harry, tout le monde se tut en voyant leur professeur de potions entrer. Le mardi, c'était le professeur Slughorn qui assurait le cours qui précédait celui des cinquième année. N'ayant pas cours de midi à seize heures, Severus profitait de ses quatre heures de répit pour aider Mme Pomfrey à l'infirmerie. Il arrivait souvent au cours de Draco avec quelques minutes de retard, devant terminer de s'occuper de son dernier patient. Aussi commençait-il vite le cours, comme il le fit ce jour-là. Alors qu'il parlait d'un des ingrédients qui serait indispensable dans la potion que les élèves apprendraient à préparer le vendredi de la rentrée, Draco glissa sa main vers celle de Harry qui était posée sur son genou et entrelaça leurs doigts. Harry serra aussitôt les siens autour de ceux de Draco qui sentit une douce chaleur l'envahir. Ils faisaient souvent ça en cours, à l'abri des regards indiscrets puisque ça se passait sous la table. Personne ne s'en était aperçu jusque-là à part les trois professeurs qui étaient au courant de leur relation. Ils n'étaient pas dupes en voyant qu'ils n'avaient tous deux qu'une main sur la table. Mais ils ne disaient rien, estimant qu'ils ne faisaient rien de mal, après tout.

Comme d'habitude, le cours passa très vite aux yeux de Draco. Lorsqu'il prit fin, il rangea vite ses affaires.

- On se voit après le dîner ? demanda-t-il à Harry en fourrant son parchemin dans son sac.

- Oui, le premier qui sort attend l'autre près de l'entrée de la Grande Salle.

- Ça marche !

Draco sourit à Harry en se retenant de l'embrasser et quitta le cachot. Il se rendit à l'infirmerie et dut attendre quelques minutes avant que Mme Pomfrey ne vienne vers lui. Elle lui dit qu'il pouvait aller voir Théo et il ne lui en fallut pas plus pour se diriger vers les paravents de son meilleur ami. Il les ouvrit, les referma derrière lui et s'avança vers le lit de Théo qui lisait des parchemins. Il leva la tête en entendant Draco et lui sourit.

- Comment vas-tu ? s'enquit Draco en s'asseyant à côté de Théo.

- Bien, j'ai juste hâte de sortir. Et toi ? Comment ça va depuis la dernière fois que tu es venu ?

- Plutôt bien. Les examens me stressent, comme d'hab, mais je gère assez bien. Et j'ai aussi hâte que tu sortes d'ici. Ça commence à devenir long, ces journées sans toi.

- Je sors samedi si tout va bien, assura Théo. Et pour l'instant, tous les signaux sont positifs.

- Tu as pu te lever ?

- Oui, en début d'après-midi.

- Et... comment ça s'est passé ?

Théo se mordit la lèvre.

- Mes jambes m'ont complètement lâché. Heureusement que le professeur Snape me tenait sinon je me serais retrouvé par terre plus vite que je ne l'aurais cru. Mais c'est normal, c'était la première fois depuis deux semaines que j'essayais de me lever. Même avec les exercices de kiné, mes jambes ne sont plus habituées à supporter mon poids. J'ai réessayé juste après et là, en m'aidant de ton parrain, j'ai pu tenir sur mes pieds. Toujours en m'appuyant sur lui, j'ai fait quelques pas et ça s'est très bien passé. On a marché un peu partout dans l'infirmerie et mes jambes m'ont de plus en plus soutenu. Le kiné a été très efficace. Quand je sortirai, je serai apte à monter les escaliers menant au dortoir.

- Tu auras besoin de quelqu'un pour t'accompagner ?

- Ce serait bien, oui, répondit Théo en souriant. J'imagine que je peux compter sur toi ?

- Évidemment ! Je serai ton fidèle serviteur.

Théo secoua la tête, amusé.

- Bon, tu t'en es sorti avec les examens d'aujourd'hui ?

- Oui, j'ai étonnamment bien géré l'histoire de la magie et j'aurai une bonne note en Défense Contre les Forces du Mal.

- Eh bien c'est parfait ! Et hier, en métamorphose ?

- Ça a été aussi. C'est l'une des matières où je me débrouille le mieux, après les potions. Et le sujet était facile si on avait bien travaillé depuis le début de l'année.

- Bon, tant mieux. Tu commences bien les examens blancs.

- Oui, et la botanique, les sortilèges et les potions ne devraient pas poser de problèmes. En fait, je ne devrais pas avoir en-dessous d'Effort Exceptionnel. Mais ça, c'est parce qu'il n'y a pas l'astronomie et les options.

- Ah oui, c'est vrai. Et puis la pratique n'est pas encore passée. Même si je pense que tu t'en sortiras très bien.

- Oh, t'es mignon...

Quelque chose revint soudain dans la mémoire de Draco.

- D'ailleurs, en parlant d'options... Il paraît que mon cours de divination ne te plaît pas ? Justin m'a rendu celui que je t'avais donné par le biais de Severus.

Théo se mit à rougir.

- Ce n'est pas ça, c'est juste que si je veux avoir un Optimal aux BUSE, j'ai besoin d'un cours un peu plus complet... Mais il ne faut pas que tu le prennes mal, je sais que tu n'aimes pas cette matière et que tu ne chercheras pas vraiment à la réussir lors des BUSE... Je comprends donc que tu n'écrives pas beaucoup en cours...

Théo semblait tellement inquiet à l'idée d'avoir froissé Draco que celui-ci ne put le laisser dans cet état plus longtemps.

- Je te taquinais, je ne t'en veux pas du tout, le rassura-t-il gentiment. Il fallait me le dire plus tôt que mes cours n'étaient pas suffisants.

- Je les avais complétés en faisant des recherches à la bibliothèque quand je suis sorti de l'infirmerie après l'explosion et mon choc anaphylactique et je comptais faire de même cette fois-ci aussi. Mais je vais avoir le cours de Terry, j'aurai donc moins de recherches à faire.

- Ah bah oui, face à un Serdaigle, je ne fais pas le poids, s'amusa Draco.

- C'est juste pour la divination, je te reste fidèle pour les potions, la métamorphose et la botanique, tempéra Théo sur le même ton. Et je garde les cours de Hermione pour les autres matières.

- On a essayé de se répartir les cours de façon équitable mais ce n'était pas possible, regretta Draco. Elle prend bien plus de notes que moi en sortilèges, astronomie, Défense Contre les Forces du Mal, histoire de la magie et créatures et comme je ne suis pas le cours de runes et d'arithmancie...

- Ne t'inquiète pas, ça ne dérange pas Hermione de me prêter plus de la moitié des cours.

Draco acquiesça. Un silence s'installa pendant lequel Théo et lui se regardèrent. Draco réalisa à quel point Théo lui avait manqué. Pouvoir communiquer avec lui, croiser son regard et entendre le son de sa voix était un vrai bonheur. Il s'était senti tellement démuni et inutile de ne rien pouvoir faire pour l'aider... Il avait tant de fois protégé ce garçon qu'il avait mal pris le fait d'être impuissant cette fois-ci. Cela avait été dur à accepter pour lui. Il avait d'ailleurs failli craquer lors des deux fois où il était venu voir Théo. Et il n'était pas sûr de pouvoir résister un troisième fois alors que Théo était là, devant lui, éveillé, en pleine forme... Le soulagement était tel que ses barrières cédèrent malgré lui. Les larmes lui vinrent aux yeux, ce que vit Théo.

- Et voilà, encore une personne que je fais pleurer, soupira-t-il. Je ne fais rien pour ça, pourtant...

Draco ne put s'empêcher de sourire.

- C'est justement parce que tu ne faisais rien que certaines personnes pleuraient lorsqu'elles étaient près de toi, fit-il remarquer. Tu ne peux pas imaginer combien c'était dur de te voir allongé sur ce lit, sans réagir à tout ce qui t'entourait... On avait l'impression de t'avoir perdu, comme si tu n'étais déjà plus avec nous.

- Oui, mais maintenant je suis là et je vais bien, affirma Théo.

- Tu es sûr ? Je veux dire... moralement, ce n'est pas trop difficile ?

- Non, franchement, ça va. C'est surtout lors des premières nuits où ça a été compliqué. Je revoyais le procès dans les cauchemars que je faisais. Mais c'était nécessaire, il fallait que ça sorte pour que ça ne reste pas enfoui dans mon inconscient. Une fois que je serai sorti, je vais avoir des séances de thérapie avec ton parrain pour en parler. Enfin, je pense que ce sera surtout après avoir rattrapé tous les examens.

- Tu ne vas plus avoir une seconde à toi, protesta Draco. Encore, pendant les vacances, ça ira, mais quand on reprendra les cours...

- Ce seront deux séances d'une heure et demie par semaine, ça devrait aller. Je saurai m'organiser. Je passerai juste un peu moins de temps avec Justin. Ça m'ennuie mais je me dis que c'est provisoire. Ce qui m'inquiète, moi, surtout, c'est que ça va faire quatre patients en thérapie pour ton parrain... Il n'en avait que trois jusque-là, avec moi ça fait quatre et il est toujours tout seul pour s'occuper des élèves qui ont besoin d'une thérapie…

- Il y a moi, aussi, grimaça Draco. Ça ne devrait pas durer longtemps mais c'est toujours ça de plus dans son emploi du temps...

- Il ne va plus pouvoir s'en sortir, à un moment donné, s'inquiéta Théo.

- Il doit savoir ce qu'il fait, supposa Draco sans grande conviction.

Le regard que lui adressa Théo lui fit comprendre qu'il n'y croyait pas plus que lui.

- Je pense surtout qu'il ne sait plus s'arrêter, songea Théo. Tant qu'il sera tout seul, il prendra tous les élèves qui ont besoin d'aide sans jamais dire stop. Mais ça commence à faire un peu trop, là.

- Je vais lui dire que je n'ai pas besoin d'une nouvelle thérapie, décida Draco.

- J'avais pensé à faire la même chose, avoua Théo.

- Non, toi tu en as besoin, c'est important. Tu ne peux pas t'en passer.

- Ça peut attendre, insista Théo. Fais-moi confiance, Draco. Je ne dis pas que je ne vais jamais faire cette thérapie, je dis juste que je la ferai quand ton parrain sera un peu plus libre. Pour ça, il lui faut une collègue.

- Dumbledore est sur le coup mais il ne réussit pas à trouver, apparemment.

- Il va bien finir par dénicher quelqu'un...

- Oui, tu as raison, il faut être optimiste. Y a bien une psychomage qui va accepter de venir travailler à Poudlard pour s'occuper de pauvres adolescents en détresse mentale... Mais tu me promets de faire la thérapie dès que Severus aura moins de travail ?

- Oui, c'est promis, jura Théo. Je la ferai même avec lui, si possible, si ça peut te rassurer.

- Super. Je ne pense pas qu'il voudra te confier à sa collègue. Tu es son patient, il te connaît, il saura mieux diriger la thérapie qu'elle.

- Oui, et je préfère que ce soit lui. Je me sentirais davantage en confiance. Mais toi aussi, tu feras ta thérapie quand ton parrain aura un emploi du temps plus léger.

- Oui, j'y compte bien, assura Draco.

- Bien. Maintenant que tout ça est réglé, raconte-moi ce qui se passe dans Poudlard en ce moment.

Draco ne se fit pas prier et fit part à Théo de tous les derniers ragots dont il avait connaissance. Ils discutèrent jusqu'à ce que Draco doive aller dîner. Il promit à Théo de venir le chercher à sa sortie, puis il quitta l'infirmerie. Ne voulant pas s'encombrer de son sac dans la Grande Salle, il se rendit à sa salle commune afin de le déposer dans son dortoir. Une fois arrivé dans l'antre des Serpentard, il se dirigea vers les escaliers mais son attention fut attirée par Graham, Cassius et Miles qui parlaient dans un coin. Ou, plutôt, qui parlementaient. Car d'après ce qu'il voyait, Cassius et Miles tentaient de raisonner Graham qui, visiblement, ne voulait rien entendre. Ses deux amis abandonnèrent assez vite et sortirent de la salle commune. Intrigué, Draco rejoignit Graham.

- Coucou, dit-il en arrivant près de son capitaine. Loin de moi l'idée d'être indiscret mais est-ce que tout va bien avec Miles et Cassius ?

Graham soupira.

- Oui, ils ont juste essayé de me faire changer d'avis à propos de quelque chose mais ça ne servait à rien. Ils perdaient leur temps.

- Oh. Ça concerne l'équipe ?

- Non, pas du tout. Je rentre chez moi pour les vacances, en fait.

Draco haussa les sourcils.

- C'est ça qu'ils contestent ?

- Non, pas vraiment. C'est surtout la raison pour laquelle je rentre. Normalement, j'aurais dû rester ici comme je le fais d'habitude. Mais là, j'aimerais profiter des vacances pour rendre visite à Adrian à Sainte-Mangouste.

- Oh... Tu es sûr que c'est une bonne idée ?

- Oui, il peut recevoir des visites depuis un moment déjà.

- Il est sevré ?

- Pas totalement mais il est en bonne voie. Je n'ai pas beaucoup d'informations, juste celles que ton parrain a bien voulu me donner.

- Il se tient au courant de son état ? s'étonna Draco.

- Bien sûr. Même si Adrian ne reviendra pas à Poudlard avant la fin de l'année, il reste un élève de la maison de Serpentard. Ton parrain n'est pas du genre à oublier un élève parce qu'il ne remettra pas les pieds à Poudlard avant un bon moment.

- Oui, c'est vrai... Mais ça ne te fait pas peur d'aller le voir ? Tu ne crois pas qu'il risque d'y avoir des tensions ? Vous n'allez pas pouvoir vous parler comme si de rien n'était...

- Je ne lui ferai pas la morale et il n'y aura aucune animosité de ma part envers lui.

Draco se rembrunit.

- Tu lui as pardonné, devina-t-il, la mine sombre.

- Je ne veux pas entrer sur ce terrain-là avec toi, Draco. Tu es de parti pris, moi aussi. Toi parce que tu sors avec Harry, moi parce que je suis le meilleur ami d'Adrian. Mais je veux juste que tu te dises qu'Adrian n'était pas lui-même. Il...

- Non, je t'arrête tout de suite. N'essaie pas de prendre sa défense face à moi. S'il était drogué, c'était de sa faute. Personne ne l'y a forcé. Il s'est plongé lui-même là-dedans. Il n'a eu besoin de personne pour ça. Tout ce que je vois, moi, c'est qu'il a fait du mal au garçon que j'aime. Il l'a traumatisé. Il l'a violenté aussi bien verbalement que physiquement alors que Harry était déjà fragile à la base. Et ça impacte énormément ma relation avec lui. Je dois faire attention à tout, tout le temps. Et non, ça ne me dérange pas. Je l'aime et je suis prêt à attendre le temps qu'il faudra pour avoir une relation à peu près normale avec lui. Il est en sécurité avec moi, je ne lui ferai jamais de mal, je le défendrai et le protégerai envers et contre tout et il aura tout l'amour, toute la douceur, toute la tendresse dont il a besoin. Mais pour le moment, c'est compliqué, et tout ça aurait pu être évité si un abruti ne l'avait pas pris pour une marionnette qu'il pouvait manipuler et brutaliser comme bon lui semblait. Je ne peux pas lui pardonner ça. C'est une bonne chose pour lui qu'il ne revienne pas à Poudlard car je ne suis pas sûr que j'aurais pu supporter sa présence entre ces murs.

Draco termina sa tirade sur ces mots. Graham resta un moment silencieux avant de répondre :

- Je comprends ton point de vue. Je réagirais sûrement comme toi à ta place. Je ne cautionne pas ce qu'il a pu faire à Harry, loin de là. Au contraire, je pense que je ne pourrai jamais vraiment oublier. Mais Adrian est mon meilleur ami et je ne peux pas lui tourner le dos. Je le connais et s'il est tombé dans la drogue, c'est qu'il y a forcément une raison. Il ne s'est pas jeté là-dedans pour le plaisir. Pour moi, il a eu besoin d'aide à un moment donné et personne n'a su le voir. Si son entourage avait été plus attentif, rien de tout cela ne serait arrivé. J'ai ma part de responsabilité et c'est sûrement ce qui me pousse à ne pas lui en vouloir. J'y ai beaucoup réfléchi et je pense qu'il a eu des problèmes qu'il a gardés pour lui car il en avait honte. Il a dû essayer la drogue pour oublier, ça lui a fait du bien et il n'a jamais arrêté depuis car il n'a pas su s'en défaire. Je ne cherche pas à tout prix à minimiser sa faute mais je veux juste t'empêcher de le juger sans tenir compte du contexte. Je n'ai pas envie qu'on se dispute à cause de ça, je ne supporterais pas d'être en froid avec toi, alors je te propose qu'on n'en parle plus à l'avenir.

Draco sourit.

- D'accord, on fait comme ça. Je ne tiens pas non plus à ce qu'on se fâche. Mais je dois avouer que je n'avais pas réfléchi à tout ce que tu viens de me dire. Je comprends mieux maintenant pourquoi tu veux renouer le contact avec lui. En fait, j'essaie de m'imaginer à ta place, de faire comme si c'était Blaise qui était à Sainte-Mangouste, et je pense que je ferais comme toi. Mais je ne suis pas prêt à pardonner à Pucey. C'est vraiment au-dessus de mes forces pour l'instant. En tout cas, il a beaucoup de chance d'avoir un ami comme toi. Il a intérêt à faire ce qu'il faut pour garder ton amitié.

- Nous sommes amis depuis six ans et demi, nous passions littéralement tout notre temps ensemble. Que ce soit de jour ou de nuit. Nous partagions les mêmes cours, la même salle commune, le même dortoir, la même équipe de Quidditch... J'ai été le premier à savoir pour son homosexualité et idem de son côté pour la mienne. Nous avions ce point commun aussi. Nous étions déjà inséparables mais ça nous a encore plus rapprochés. Je ne peux pas l'oublier avec tout ça. C'est juste impossible pour moi.

- Et pour Cassius et Miles ?

- Ils attendent de voir ce qui se passera quand Adrian sera sorti de Sainte-Mangouste. Ils ne lui ont pas tourné le dos non plus, il est toujours leur ami. Mais ils préfèrent qu'Adrian soit redevenu stable pour le revoir. C'est précisément à cause de ça qu'on se disputait. Ils me trouvent imprudent d'aller lui rendre visite pendant les vacances. Je comprends leurs arguments et ils ont peut-être raison mais j'ai besoin de voir Adrian.

Draco regarda attentivement Graham. Un doute venait d'envahir son esprit. Mais il n'en laissa rien paraître.

- Fais ce qui te semble être le mieux, dit-il simplement. Si tu décides d'écouter ton coeur, assure-toi d'être en mesure de gérer la situation. À tous les niveaux.

- Ne t'en fais pas, j'ai déjà pensé à tout. Bon, je vais aller manger. Merci pour cette discussion. Tu es le seul qui me comprenne vraiment et qui accepte ma décision, même si c'est dur pour toi. Ça fait du bien de se sentir soutenu et compris.

- Tu as toujours été adorable avec moi, tu as toujours été là pour m'aider et me conseiller, alors je te dois bien ça... Je suis vraiment content qu'on ait su garder notre complicité malgré ce qui s'est passé. Tu vas me manquer quand tu ne seras plus à Poudlard. En attendant, tu es encore là et si je peux te témoigner mon amitié, je le fais.

Graham eut l'air touché.

- Merci, Draco. C'est réciproque, tu sais. Allez, j'y vais. Bon courage pour les examens qu'il te reste à passer.

Graham s'en alla après avoir donné une tape amicale sur l'épaule de Draco. Celui-ci demeura plongé un instant dans ses pensées. Il venait de réaliser pleinement que Graham allait quitter Poudlard. Tout comme Cassius et Miles. Cela ferait deux joueurs à remplacer, puisque Cassius ne faisait déjà plus partie de l'équipe. Et c'était sûrement lui, Draco, qui allait devoir s'occuper du recrutement. Il allait certainement être nommé capitaine et il ne savait pas s'il était prêt pour ça. Cela ajouterait des responsabilités en plus de ses fonctions de préfet. Il devrait non seulement participer aux matchs et entraînements, mais aussi les organiser, adopter la meilleure stratégie possible, surveiller chacun des joueurs, noter leurs faiblesses, leurs points forts, garder un oeil sur les autres équipes... Tout ça allait lui prendre un temps fou. Il aurait aussi ses rondes, ses séances de travail en binôme, ses cours, ses devoirs, ses amis, son couple... Cela faisait beaucoup de choses à gérer. Il ignorait comment il allait faire pour se débrouiller avec tout ça mais une chose était sûre : sa sixième année promettait d'être très mouvementée...

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu =) Il était assez cool, par rapport à ce qu'on a pu connaître XD Je vous dis à dimanche prochain pour le cinquante-cinquième chapitre qui s'intitulera «Fin d'examens blancs». Passez une bonne semaine ainsi qu'un bon Noël, prenez soin de vous et bisous tout le monde !