Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le cinquante-septième chapitre de SAMLP !
.
Zackos : J'espère que tu aimeras tout autant le chapitre que son titre XD Mais oui, Remus devrait savoir qu'avoir des vacances calmes relève de l'impossible XD Le travail en binôme rapproche parfois un peu trop les personnes, mais Ron aime trop Pansy pour la tromper :) Alors pour le prénom de la mère de Blaise, tu dois faire allusion à la fic «Le refuge» de luxcie, je pense XD Il se trouve qu'on est régulièrement en contact, elle, ma sœur (AliceCullen0027), et moi, et quand luxcie a su que dans SAMLP, la mère de Blaise s'appellerait Ornella, ce prénom lui a beaucoup plu et on a décidé de donner le même prénom à notre personnage XD C'est le cas aussi pour le père de Théo, sauf que là c'est luxcie qui a eu l'idée du prénom Edward XD Donc c'est normal s'il y a les mêmes prénoms dans SAMLP et dans Le Refuge :) Le pauvre pantalon XD J'imagine trop la scène, maintenant x) C'est vrai qu'on ne fait jamais attention aux sentiments que peuvent avoir les vêtements qu'on jette n'importe où comme ça … XD Contente que la première fois de Sirius et Remus t'ait plu ! L'image que tu te fais de cette scène est très proche de la réalité ! Désolée pour l'absence de support visuel, c'est quelque chose que je ne peux malheureusement pas faire XD Oui, je sais, j'ai déjà énormément de persos et d'intrigues à gérer, mais … je n'y peux rien, c'est plus fort que moi XD Et ça a son importance pour la suite XD Les choses vont se décanter, oui, et plus vite que tu ne le penses XD Mais je n'ai jamais dit que Susan allait faire un ménage à trois avec Ron et Pansy XD Un petit dérapage contrôlé, ça peut arriver à tout le monde … non ? XD Je promets qu'à la fin du tome, tous les persos seront heureux XD *-* Merci et re bonne année à toi aussi ! Et merci d'être toujours au rendez-vous =)
Mel : Merciiiii, bonne année à toi aussi ! *-* Oui, c'est compliqué pour Harry de faire face à cette réaction matinale après le traumatisme qu'il a subi :/ Et ça doit être pareil pour bon nombre de personnes :/ Mais c'est nécessaire de passer par-là ! S'il n'avait pas Severus et de bons tuteurs à ses côtés, il aurait bien plus de mal à gérer la situation, mais il est bien entouré et ça l'aide beaucoup *-* Contente que le couple Sirius/Remus te plaise toujours =) Sirius est un grand stressé permanent XD Il n'a pas été là durant les quatorze premières années de Harry, alors il veut se rattraper et être le meilleur parrain qui soit XD *-* Oh le petit tacle à Justin XD Ah mais t'inquiète, tu n'es pas la seule à t'attacher aux persos, si ça peut te rassurer XD En vrai, pour Ron et Pansy, j'avais prévu quelque chose pour leur couple, c'était décidé depuis un long, très long moment et récemment, en écrivant sur eux, je me suis dit «Non, tu ne peux pas faire ça, oublie, ils sont trop mignons ensemble» et du coup j'ai dû tout revoir XD Et j'ai trouvé autre chose pour rebondir XD Donc le couple Ron/Pansy a encore de beaux jours devant lui *-* Ça me fait drôlement plaisir que tu aimes la relation entre Harry et Ron, elle est peu exploitée dans SAMLP parce qu'il y a trop de persos à faire intervenir mais c'est effectivement un Ron davantage mature et réfléchi que j'ai voulu mettre en avant =) Tout en conservant des caractéristiques qui lui sont propres, comme un certain désintérêt pour les cours XD Le concept de travail en binôme a eu beaucoup d'effets positifs sur lui, c'est pour ça qu'il est différent du Ron des livres et des films :) Justin ne veut surtout pas inquiéter Théo qui, comme tu l'as fait remarquer, n'est pas au top de sa forme XD Il sort quand-même d'un séjour à l'infirmerie après être resté un bon moment dans un état de choc XD Ouh là, vous êtes déjà deux à ne pas le sentir, ce Poufsouffle XD Il y a tellement de choses que je voudrais dire, mais il faut garder le suspense XD Aaaaah la théorie de la mère de Théo impliquée dans les trois allèles de Harry est très intéressante ! Quand toute la vérité éclatera au grand jour, je ferai un combo de toutes les théories que j'ai imaginées et dont quelques-unes se sont retrouvées dans les reviews XD Merci à toi pour ta review =) Il fallait absolument inclure Molly dans le titre, même si la scène où elle apparaît ne fait que deux ou trois pages sur les vingt-neuf que comporte le chapitre XD J'espère que le chapitre te plaira =)
mimibou : Ouah alors là, je te tire mon chapeau, rattraper 6 chapitres en 4 jours, faut le faire ! XD Surtout que, comme tu dis, ils sont longs XD Oui, j'ai lu toutes les fics de luxcie sur Harry Potter, si SAMLP existe, c'est d'ailleurs en grande partie grâce à elle, et grâce à ma sœur qui elle-même a retrouvé le goût à l'écriture grâce à luxcie :) Elle a un don pour redonner le sourire aux gens, tu l'as peut-être expérimenté en lisant Le Refuge =) Et, oui, je me souviens de Cornfoot, ça m'avait bien fait rire, l'histoire autour de lui XD luxcie l'a beaucoup plus exploité que moi, là il n'a fait une apparition que parce qu'il fait partie de la classe de Harry XD Je publie tous les dimanches entre midi et treize heures, parfois un peu plus tard si je prends du retard lors de la relecture XD Merci pour ta review ! *-*
.
Merci à vous trois pour vos retours, ça fait toujours hyper plaisir ! =) Et merci à tous ceux qui continuent à suivre l'histoire, même si je n'ai pas pu avoir les vues sur le dernier chapitre publié puisqu'il y a eu un joli bug XD Les vues ont été actualisées depuis, mais elles apparaissent au compte-goutte, et à reculons XD FF et ses bugs, une grande histoire d'amour XD
Je vous laisse avec ce nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture ! =)
.
.
57 – Molly, généticomage et Square
.
.
(vendredi 29/03) POV Remus
.
- Sirius, tu as vu le pull marron que je portais cette semaine ?
- Euh... non, pas à ma connaissance...
- Rah mais où est-ce que je l'ai mis ?!
Remus sortit de la salle de bain et se rendit dans la chambre qu'il avait déjà fouillée trois fois. Sirius vint le rejoindre, ses chaussons à la main.
- Qu'est-ce que tu as à être stressé comme ça ?
- Il y a qu'on part demain et que presque rien n'est prêt ! Et ce n'est pas aujourd'hui qu'on va avoir le temps de faire quoi que ce soit ! Surtout moi ! Entre mon rendez-vous avec les Weasley ce matin et le rendez-vous chez le généticomage cet après-midi, ça va être très compliqué de faire les valises !
- Tu peux rester là pendant qu'on sera chez le généticomage, tu n'es pas o...
- Je tiens à être là, coupa Remus. Je ne vais penser qu'à ça si je ne viens pas avec vous et je ne serai donc pas très productif.
- Je comprends, dit doucement Sirius. Mais arrête de stresser, on ne part qu'en début d'après-midi, on a encore demain matin pour boucler les valises.
- Mais je n'aime pas faire ça à la dernière minute, je préfère que tout soit fait à l'avance...
- Tu ne pouvais pas prévoir que tu serais autant occupé aujourd'hui... D'ailleurs, tu ferais mieux de te dépêcher, tu as rendez-vous dans dix minutes...
- Et c'est toi qui me dit de ne pas stresser ?!
- Je veux juste éviter que tu sois en retard, protesta Sirius.
Remus soupira.
- Pardon, je suis un peu sur les nerfs.
- C'est normal, tu es dans la semaine qui précède la pleine lune, mais malgré le fait que tu sois dans la période et que tu te retrouves avec plein de choses à gérer, tu me sembles plutôt calme. Tu devrais être un peu plus énervé que ça. La porte aurait déjà dû claquer, en fait.
- Oui, j'ai remarqué aussi que l'approche de cette pleine lune était plus sereine qu'à l'accoutumée. Je ne m'en plains pas, loin de là, mais c'est assez déroutant. D'habitude, le loup est agité du matin au soir. Là, il se fait à peine sentir.
- Ah, que veux-tu, rien de tel que tirer un coup avec un être de ton espèce pour que le loup se calme avant la semaine de la pleine lune ! C'était Padfoot, qu'il te fallait.
- Pfff, t'es bête… Et très romantique, ironisa Remus.
- Je plaisantais, apaisa Sirius. Pour moi, on n'a pas tiré un coup, on a fait l'amour. Car on s'aime. Ça ne m'était arrivé qu'avec une seule personne pendant ma jeunesse, alors je sais faire la différence, tu peux me croire. Mais pour en revenir à tes nerfs en pelote, il faut dire que tu n'as pas été épargné. Tu es dans la période difficile du mois et tu as plein de trucs qui n'étaient pas prévus qui te tombent d'un coup dessus... Enfin, le rendez-vous chez le généticomage était déjà prévu mais on a eu la date hyper tard...
- Oui, et Molly ne m'a laissé que vingt-quatre heures pour organiser un rendez-vous puisque je n'ai reçu sa lettre qu'hier et qu'on s'en va demain... J'espère qu'elle recevra la mienne à temps. Je n'ai pas envie d'avoir couru dans tout Poudlard hier pour rien...
La journée de la veille avait été effectivement très compliquée pour Remus. Alors qu'il aurait voulu être aux petits soins pour Sirius au lendemain de leur première fois, il avait dû cavaler partout dans le château à la recherche des deux derniers enfants Weasley après avoir reçu une lettre de leur mère qui exigeait un rendez-vous le plus vite possible. Sachant qu'elle souhaitait avoir une discussion au sujet du départ des jumeaux et ne pouvant se soustraire à son devoir de directeur de maison, Remus n'avait pas eu d'autre choix que de passer la journée à essayer d'organiser rapidement une entrevue. Après avoir débusqué Ron et Ginny, il leur avait fait part de la lettre de leur mère et leur avait donné rendez-vous le lendemain à dix heures dans son bureau. Cela les avait évidemment inquiétés, même s'ils avaient voulu le cacher, mais Remus l'avait bien vu et avait tenté de les rassurer du mieux qu'il pouvait. Ils avaient l'air un peu plus apaisés quand il les avait quittés mais ils restaient quand-même très tendus. Remus avait alors compris qu'il y avait un problème chez les Weasley. Cela expliquait pourquoi les enfants avaient passé Noël à Poudlard et pourquoi ils y restaient pendant ces vacances. Cela leur était déjà arrivé mais lorsque Remus était allé les voir un soir dans la salle commune des Gryffondor afin de savoir s'ils rentraient chez eux ou non pour les vacances de Noël, ils avaient de suite répondu qu'ils restaient à Poudlard jusqu'à la fin de l'année scolaire. Remus ne s'était pas posé de questions mais là, il avait bien vu que quelque chose clochait chez les Weasley. Il redoutait donc un peu cette rencontre. Mais Sirius avait raison : mieux valait qu'il ne soit pas en retard.
- Bon, je vais y aller. Je serai de retour vers onze heures, je pense. À part si je dois parler avec Ron et Ginny une fois leur mère partie.
- Disons plutôt midi, alors. On mange toujours ici, comme convenu ?
- Oui, on n'aura pas le temps de déjeuner dans la Grande Salle. Allez, à tout à l'heure.
Remus prit sa mallette, quitta les appartements et se rendit à son bureau. À peine eut-il le temps de poser sa mallette que quelqu'un frappa à la porte. Il alla ouvrir et tomba sur Molly. Il la salua et la fit entrer en laissant la porte ouverte. Quelques minutes plus tard, Ron et Ginny arrivèrent.
- Bonjour, Ron, bonjour, Ginny, entrez, les invita Remus.
Les deux Gryffondor pénétrèrent dans le bureau. Molly les prit dans ses bras mais Remus vit bien que les enfants étaient crispés.
- Asseyez-vous, je vous prie, leur dit-il.
Les trois Weasley prirent place en face de lui.
- Bien, Molly, vous avez demandé à ce que nous nous voyions au plus vite. J'imagine que cela a un rapport avec Fred et George ?
- Tout à fait. Puis-je savoir ce qui s'est passé ? Puis-je savoir comment ils ont pu quitter l'école sans que personne ne les en ait empêchés ?
- Ils ont pris tout le monde au dépourvu, expliqua calmement Remus.
- Ils ont quand-même provoqué un marécage dans un couloir et fait exploser un feu d'artifice avant de s'en aller, d'après ce qu'Arthur a entendu dire au Ministère, lâcha Molly. Ça n'a pas dû se faire en deux minutes. Vous aviez largement le temps d'intervenir.
- Le marécage a été découvert assez tard et ils étaient sur leurs balais lors du feu d'artifice. Nous ne pouvions rien faire.
- Mais ils n'auraient jamais pu faire tout ça à l'insu des professeurs dans une école parfaitement bien sécurisée ! Est-ce que cela signifie que n'importe quel élève peut quitter Poudlard sans que personne ne s'en aperçoive ?!
- Molly, vous connaissez mieux vos fils que moi, vous savez qu'ils ont bien plus de ressources que n'importe lequel de leurs camarades...
- Mais cela n'excuse rien, Remus ! Aucun élève ne devrait pouvoir partir comme ça sous le nez des professeurs ! C'est une question de sécurité ! Et s'il prenait l'envie à des élèves plus jeunes de faire la même chose ? Vous y avez pensé ? L'école aurait de gros ennuis puisqu'il s'agirait d'un mineur ! Vous croyez que c'est rassurant pour les parents de se dire que leurs enfants peuvent s'enfuir de leur école aussi facilement ? Et si encore il n'y avait que ça... Vous savez, nous, les parents, sommes vite au courant de tout sans forcément avoir régulièrement des nouvelles de nos enfants. Au Terrier, c'est Arthur qui rapporte des informations qu'il tient de ses collègues du Ministère qui ont des enfants un peu plus bavards. Je sais tout ce qui s'est passé depuis le début de l'année scolaire. J'ai été dévastée d'apprendre qu'une fois de plus, Harry n'a pas été épargné. Pourquoi faut-il toujours que cet enfant souffre alors qu'il devrait être tranquille maintenant qu'il n'a plus Vous-Savez-Qui à ses trousses ? Si ce n'est pas un mage noir qui cherche à le tuer, c'est son petit-ami qui lui fait du mal ou sa magie qui s'emballe ! Comment personne n'a pas pu s'apercevoir qu'il se faisait maltraiter par son petit-ami ? Comment personne n'a pu s'apercevoir qu'il prenait des potions de sommeil sans rêves ? Comment une explosion a-t-elle pu se produire en plein cours de sortilèges ? Et en-dehors de Harry, comment une agression homophobe a-t-elle pu avoir lieu ? Comment une capitaine de Quidditch a-t-elle pu envoyer cinq de ses joueurs à l'infirmerie ? Franchement, je me demande comment cette école fait pour rester ouverte avec tout ce qui s'y passe !
Remus laissa Molly parler sans l'interrompre une seule fois. Il ne pouvait pas lui en vouloir pour ses reproches. Ils étaient justifiés. Il y avait eu de gros manquements dans la gestion de l'école et c'était effectivement une chance qu'il n'y ait pas encore eu d'enquête interne pour évaluer ses capacités à rester ouverte. Mais ils avaient appris de leurs erreurs et ils faisaient tout pour ne pas les répéter.
- Je comprends votre colère, Molly. Mais je vous assure que tout est fait pour ne pas reproduire les erreurs qui ont été faites. Et, croyez-moi, nous avons fait notre maximum pour aider Harry, j'ai fait ce que j'ai pu pour calmer la capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, et il aurait fallu que Sirius ait des dons en divination pour prédire cette explosion, car personne n'aurait pu savoir qu'elle arriverait. Mais parfois, tout ce que nous sommes en mesure de faire n'est pas suffisant. Et nous le regrettons. C'est pourquoi nous essayons petit à petit de changer les choses. Severus a plein d'idées, il faut juste que le directeur donne son assentiment et que ces idées puissent être appliquées. Nous travaillons tous main dans la main, désormais. Mais pour en revenir à Fred et George, ils savaient ce qu'ils faisaient et c'est pour cette raison que personne n'a pu faire quoi que ce soit. Mais j'avais bien remarqué que George n'allait pas très bien et que ses notes avaient baissé. Je vous en avais d'ailleurs informée par lettre. Cela ne vous avait pas plus étonnée que cela, vous m'aviez dit que vous alliez écrire à George et vous m'aviez demandé de le convoquer et de le raisonner, ce que j'avais fait. Ses notes avaient par la suite un peu remonté et étaient revenues à un niveau acceptable. Mais je soupçonne George d'avoir seulement fait le nécessaire pour ne plus avoir personne sur le dos. Car si ses notes ont remonté, ça n'a pas été le cas de son moral. Je l'avais de nouveau convoqué et, depuis, je pense qu'il avait fait en sorte de ne pas paraître déprimé en cours. À partir du moment où tout semblait réglé en apparence, je ne pouvais rien faire de plus. C'est pour cela qu'on accuse souvent les professeurs de ne rien voir, de ne rien faire, mais c'est faux. Nous agissons mais nous ne pouvons pas faire plus que ce qu'il nous est possible de faire. Quand un élève a décidé de cacher son mal-être, cela devient très difficile de l'aider.
- Je vois, concéda Molly.
Elle se tourna vers ses deux enfants.
- Vous n'avez rien remarqué, vous ? Ils ne vous avaient rien dit ?
- Non, tu sais bien que quand ils préparent quelque chose, ils n'en parlent jamais, répondit Ginny. Ils auraient sûrement eu peur qu'on les dénonce auprès de notre directeur de maison ou qu'on te le dise par lettre. Ils sont du genre à assurer leurs arrières.
Molly sembla sceptique.
- Je crois plutôt qu'ils ont agi sur un coup de tête, comme d'habitude. Ils ne réfléchissent jamais à ce qu'ils font, ni à la portée de leurs actes.
- Depuis le temps qu'ils avaient envie de monter leur boutique, ils avaient dû commencer à faire les démarches, opposa Ginny. Ce qu'ils veulent, c'est se faire de l'argent avec leurs inventions. C'est en faire un commerce. Et c'est ce qu'ils faisaient déjà à Poudlard en vendant leurs produits en douce. Je pense que je ne t'apprends rien en te disant ça. Ils ont donc dû faire le nécessaire pour installer leur boutique au plus vite, même en étant à Poudlard. Après, ce ne sont que des suppositions. Je n'étais au courant de rien, tout comme Ron. Nous ne voyions Fred et George que lors des entraînements et de temps en temps dans notre salle commune. On n'avait donc pas vraiment le temps de parler. Ron et moi étions très occupés avec nos séances de travail en binôme. C'est peut-être pour ça que nous n'avons rien vu... Moi qui suis pourtant observatrice, je n'avais rien remarqué. Et Ron était encore plus occupé que moi, avec ses obligations de préfet...
- Oui, c'est à peine si j'ai le temps de voir Harry et Hermione, renchérit Ron. Entre les entraînements de Quidditch, les séances de travail en binôme, les devoirs individuels et les rondes, je n'ai pas une minute à moi...
- En effet, vous pouviez difficilement vous apercevoir de quelque chose, admit Molly. Et ils en ont profité. Mais il n'y a aucun moyen de les obliger à revenir à Poudlard ?
- Ils sont majeurs, ils n'ont plus la Trace sur eux, indiqua Remus. Personne n'est contraint ou forcé de faire sa septième année. Du moment où un élève est majeur, il a le droit d'arrêter ses études s'il le veut.
- Mais que vont-ils faire sans ASPIC ? se lamenta Molly. C'est la base de tout ! C'est le diplôme que tout sorcier doit avoir ! Sans cela, ils ne pourront rien faire ! Aucun métier ne leur sera accessible ! De nombreuses portes leur seront fermées !
- Ils doivent savoir tout cela, Molly. S'ils ont décidé de ne pas passer leurs ASPIC, c'est qu'ils ont dû juger qu'ils ne leurs seront pas utiles. Et s'ils réalisent par la suite qu'ils en ont besoin contrairement à ce qu'ils croyaient, ils pourront toujours les passer en candidats libres. Faites-leur confiance, Molly. Et donnez-leur une chance de faire leurs preuves.
Molly resta silencieuse pendant quelques secondes avant de soupirer.
- Très bien, on verra bien ce qui se passera. J'espère juste qu'ils reviendront à la raison. Même si je n'y crois pas trop. Merci pour le temps que vous m'avez accordé, Remus. Ron, Ginny, prenez bien soin de vous. Je comprends que vous n'ayez pas voulu rentrer avec tout ce que vous avez à faire et je suis ravie de voir que vous prenez autant vos études au sérieux. Mais pensez aussi à vous reposer un peu. Je suis contente de vous avoir vus, en tout cas, même si j'aurais aimé que ça se fasse dans d'autres conditions. Écrivez-moi dès que vous avez le temps et restez sages.
Molly se leva, embrassa ses enfants, salua Remus et partit en refermant la porte derrière elle. Remus posa son regard sur ses deux élèves.
- Je suis étonné d'apprendre que vous avez manifestement beaucoup de travail. Mes chers collègues auraient-ils commis une erreur en vous donnant des devoirs en binôme à rendre pour la semaine de la rentrée alors que vous êtes censés ne pas avoir de séances de travail pendant les vacances ?
Ron baissa les yeux tandis que Ginny soutint le regard de Remus.
- Nous n'avons jamais dit que c'étaient des devoirs en binôme qui nous retenaient, nuança-t-elle. Et il se peut que nous ayons peut-être un peu exagéré. Mais Ron a ses BUSE en fin d'année et moi, je souhaite m'améliorer dans les matières où j'ai de moins bons résultats. Les vacances sont l'occasion idéale pour ça et nous n'aurions pas pu en profiter au Terrier.
Remus ne put s'empêcher d'admirer Ginny pour sa capacité à contourner la vérité sans mentir et en disant tout de même des choses vraies. Elle était très rusée mais elle n'aurait pourtant pas pu aller à Serpentard. Elle était beaucoup trop honnête pour ça. La preuve, elle aurait très bien pu mentir pour se sortir de la situation gênante dans laquelle elle était avec Ron et elle ne l'avait pas fait. Mais cela ne rassurait pas Remus pour autant. Si les deux jeunes Weasley avaient dû ruser pour ne pas rentrer chez eux pour les vacances, c'était qu'il y avait un vrai problème au Terrier. De plus, il était certain qu'en dépit de son honnêteté, Ginny avait tout de même menti au sujet des jumeaux. Pour lui, il ne faisait aucun doute que Ron et elle savaient qu'ils avaient l'intention de partir. Mais si Ginny avait menti, c'était parce qu'elle n'avait pas pu faire autrement. Elle devait être consciente de ce que Ron et elle encourraient si elle avouait qu'ils étaient au courant. Cela aurait provoqué une dispute et des tensions qu'il valait mieux éviter. Elle avait simplement voulu préserver le peu de paix qu'il restait dans sa famille et Remus aurait fait la même chose à sa place. Parfois, le mensonge était préférable à la vérité. Mais il voulait quand-même que Ginny et Ron soient francs avec lui.
- Je conçois que vous aviez besoin de calme et je trouve que vous avez eu raison de préférer passer les vacances ici pour avoir plus de tranquillité. Mais je pense qu'il y a autre chose qui vous a incités à rester à Poudlard. Vous n'êtes pas obligés d'entrer dans les détails mais est-ce qu'il y a des tensions chez vous ?
- Oui, mais nous ne pouvons rien dire, en effet, confirma Ron.
- Bien, je n'insisterai pas là-dessus. Mais sachez que vous pouvez venir m'en parler si vous en avez besoin. C'est mon rôle de vous écouter si quelque chose ne va pas. Je voudrais cependant que vous soyez francs sur un point. Je ne dirai rien à votre mère, je vous le promets. Saviez-vous que Fred et George souhaitaient partir ? Vous en avaient-ils parlé ?
Ni Ron ni Ginny ne répondirent.
- Je vous assure que je garderai cette information pour moi, répéta Remus.
- Oui, nous savions, avoua Ginny. Ils m'ont mise dans la confidence assez tôt car c'est moi qui ai vu en premier que George voulait quitter Poudlard.
- Et ils m'en ont parlé peu avant leur départ, confia Ron.
- Mais si nous l'avions dit à notre mère, ça aurait provoqué un esclandre et c'était tout ce que nous voulions éviter. Nous n'avions pas envie de passer un été aussi tendu que le précédent. Même si ça n'aurait pas été tout à fait pour les mêmes raisons.
- Je comprends, je ne vous juge absolument pas, affirma Remus. Je pense même que vous avez bien fait. Je ne cautionne pas le mensonge en temps normal, mais il y a des situations où c'est nécessaire. Je vous remercie pour votre franchise. Pendant que vous êtes là, est-ce que vous souhaitez me parler de quelque chose ?
Remus vit les deux Weasley hésiter.
- Vous voulez peut-être que nous discutions seul à seul ? suggéra-t-il.
- Non, ça ira, dit Ginny.
- Vous êtes sûre ?
- Oui.
- Bien. Et vous, Ron ?
- Je n'ai rien à dire non plus. Et, oui, j'en suis sûr.
Remus sourit.
- Vous pouvez y aller, alors.
Ron et Ginny ne se firent pas prier et se levèrent. Ils s'en allèrent après avoir salué Remus. Celui-ci soupira. Il allait devoir garder le frère et la sœur à l'oeil. Ils voulaient visiblement lui parler mais ils n'avaient pas osé. Il allait donc les observer après ses vacances au Square et s'il voyait qu'ils avaient l'air préoccupé, il les convoquerait séparément. Ce fut sur cette pensée qu'il quitta à son tour son bureau et qu'il rentra à ses appartements. Il retrouva Sirius dans la cuisine en train de faire à manger. C'était de plus en plus courant et ce n'était pas pour déplaire à Remus. Il adorait voir Sirius aux fourneaux. Le fait qu'il était sexy avec un tablier n'y était pour rien. Sirius avait juste l'âme d'un chef. Bon, là, il avait surtout l'âme de quelqu'un qui serait bien mieux allongé dans son lit sans bouger que debout à faire la cuisine. Il n'était pas encore vraiment remis de leur premier rapport mais Sirius étant Sirius, il était impossible de le forcer à rester sans rien faire. Alors il faisait tout comme d'habitude, comme si de rien n'était, sauf qu'il se déplaçait à la vitesse d'un escargot. Mais fier comme il était, il refusait d'admettre qu'il avait mal et refusait de boire les potions que lui avaient préparées Severus. Il avait en horreur les potions de type anti-douleurs et Remus savait très bien pourquoi. Quand il était petit, les parents de Sirius lui répétaient sans cesse qu'il n'y avait que les faibles qui buvaient ces potions. Sirius avait pour coutume de ne jamais être d'accord avec ses parents et ce point-là ne dérogeait pas à la règle. Sirius avait donc cherché à se procurer des potions anti-douleurs pour en avoir sur lui le jour où il en aurait vraiment besoin. Et il avait réussi. Seulement, ses parents s'en étaient aperçus et ne lui avaient rien dit. Lorsqu'il avait voulu boire une de ces potions, celle-ci était tellement infecte qu'il l'avait recrachée aussitôt et qu'il avait vomi son repas. Ses parents avaient en réalité changé le contenu de la potion. Sirius était tout jeune et déjà insouciant à l'époque et ne s'était pas douté de la supercherie. Cela l'avait traumatisé et il n'avait plus jamais voulu prendre une potion de ce genre. Du moins, jusqu'à ce qu'il entre à Poudlard. Mais même là, il fallait qu'il ait vraiment mal quelque part pour qu'il se résigne à boire cette potion. Aujourd'hui encore, il n'en consommait que s'il avait une gueule de bois ou s'il avait très mal et que cela l'empêchait d'aller travailler. Ce n'était pas le cas actuellement puisqu'il était en vacances, donc Sirius ne voyait pas l'intérêt de prendre cette potion. Remus préférait quand-même garder celles que leur avait données Severus, au cas où. Il avait espoir que Sirius finisse par se raisonner. Tout ce que Remus avait pu faire, c'était soulager un tant soit peu son compagnon avec un baume que leur avait également fabriqué Severus. Ça avait fait assez effet pour que Sirius puisse se lever et marcher.
Remus pénétra dans la cuisine et vint se placer derrière Sirius qu'il enlaça. Celui-ci l'avait entendu et se laissa aller contre son torse.
- Tu nous prépares quoi ? demanda Remus.
- Du poisson avec un pavé aux légumes. C'est la première fois que je m'essaie à ça donc ce ne sera peut-être pas très bon...
- Ça m'a l'air réussi, jusque-là, approuva Remus. Et ça sent merveilleusement bon. Je suis sûr que ça va être délicieux.
- Tu es adorable. Bon, comment ça s'est passé avec Molly et ses enfants ? Présents comme absents ?
Remus fit le récit à Sirius de son entrevue avec les Weasley.
- Rien de tout cela ne m'étonne. Je reconnais bien la Molly que j'ai côtoyée lors du premier Ordre du Phénix. Mais je plains Ron et Ginny. Ça a dû être dur pour eux de faire comme s'ils n'avaient rien su des projets de Fred et George... Et je te plains toi aussi. Tu t'es pris tous les reproches qui auraient dû être adressés à tous les professeurs. Ainsi qu'à Dumbledore.
- Elle n'a pas tort, en soi. Mais comme je le lui ai dit, on fait notre maximum et on ne peut pas faire plus, même avec toute notre bonne volonté. Sinon, il ne se serait pas passé tout ce qui s'est produit depuis le début de l'année...
- Ça, c'est sûr. On aurait su bien avant ce qu'avait Harry. Combien de fois on a voulu le faire parler... Mais ça ne dépendait pas de nous. Il ne pouvait rien nous dire, même s'il le voulait. Il n'y avait qu'à un bon psychomage qu'il pouvait se confier. Et c'est sûrement le cas de bien d'autres élèves.
- J'aurais peut-être dû envoyer George voir Severus, regretta Remus. Mais il semblait aller mieux en cours. Je ne m'attendais vraiment pas à ce que Fred et lui quittent Poudlard...
- Tu n'as aucun reproche à te faire, déclara fermement Sirius. Personne n'a vu quoi que ce soit. Tu es leur directeur de maison, certes, mais ça ne fait pas de toi quelqu'un qui est capable de tout repérer. Et puis ce n'est pas comme s'ils étaient en danger. D'après les propos de Ginny que tu m'as relatés, ils se sont réfugiés dans leur boutique. Ils ont un toit et ils doivent avoir de quoi se payer à manger. Ils se faisaient de l'argent en vendant leurs produits dans l'école et ils ont dû faire des économies en prévision de leur départ. Il n'y a donc pas à s'en faire. Molly ne savait pas tout ça mais Ginny a dû la rassurer. Ce qui la crispe le plus, à mon avis, c'est que Fred et George soient partis sans passer leurs ASPIC.
- Oui, elle n'a pas accepté du tout. Mais elle se calmera quand elle verra le succès des jumeaux.
- Je pense aussi. Tout ce que j'espère, c'est que l'ambiance ne va pas être trop tendue cet été chez les Weasley. Ron et Ginny méritent de passer de bonnes vacances.
- Raison de plus pour les inviter au Square, alors, estima Sirius. Il faut en parler à Harry, d'ailleurs.
- On le fera quand on sera au Square, justement, décréta Remus.
- J'ai hâte d'y être, avoua Sirius.
- Moi aussi, renchérit Remus. Plus que vingt-quatre heures et on y sera. Bon, je vais mettre la table et ensuite, je continuerai à faire ma valise. Je te laisse faire la popote tranquille.
Remus embrassa Sirius et quitta la cuisine pour aller au salon. Alors qu'il essuyait la table, il pensa au rendez-vous chez le généticomage et pria pour que ça se passe bien. Sirius, Harry et lui partaient le lendemain et il voulait que les vacances au Square commencent le plus sereinement possible.
.
.
POV Severus
.
Severus était en train de ranger dans son sac tous les parchemins qui concernaient le trouble génétique de Harry quand il entendit quelqu'un frapper à la porte. Il alla ouvrir et tomba sur Ernest, son collègue d'histoire de la magie. Ils avaient sympathisé depuis que Severus avait repris les cours et il appréciait plutôt bien l'ancien Serdaigle. C'était quelqu'un de très calme qui ne comptait pas ses heures et ils se ressemblaient beaucoup en cela.
- Bonjour, Severus, excuse-moi de te déranger mais je devais te parler.
- Tu as de la chance, j'ai encore un peu de temps avant d'aller à Sainte-Mangouste.
Severus fit entrer son collègue et l'emmena au salon où ils s'installèrent.
- De quoi voulais-tu me parler ?
- D'un de tes élèves.
Severus fronça les sourcils.
- Tu étais de ronde, hier soir ?
- Oui, avec Aurora, mais ça n'a aucun rapport.
- Explique-moi, alors, je ne saisis pas.
- Ce matin, je me suis mis à la correction des copies des BUSE blancs, expliqua Ernest.
- J'ai des ânes parmi mes élèves dans cette matière, ne m'en veux pas pour ça, prévint Severus.
- Non, au contraire, la copie qui a retenu mon attention était excellente.
Severus se crispa à l'entente de ces mots. Chez les élèves de sa maison, il ne connaissait qu'un élève qui rendait d'excellents devoirs en histoire de la magie. Car Ernest avait bien dit un et non pas une élève. Et cet élève, c'était Théo. Qu'est-ce qu'il avait bien pu faire ENCORE pour qu'Ernest vienne lui parler de lui en pleines vacances ?!
- Un de mes élèves t'a rendu un très bon devoir et c'est pour ça que tu viens me voir ? demanda-t-il, sceptique.
- Non, ce n'est pas le contenu du devoir qui pose problème. Enfin, si, mais... je vais te montrer, tu vas tout de suite comprendre.
Ernest sortit un parchemin de son sac qu'il tendit à Severus. Celui-ci le prit, regarda machinalement le nom de Théo... et se figea. Car là où devait figurer le nom et le prénom de l'élève, il y avait juste le prénom complet de Théo. Le malaise envahit Severus. Qu'est-ce que cela signifiait ?
- J'ai été assez surpris et je n'ai pas compris pourquoi il n'avait mis que son prénom. C'était peut-être involontaire, après tout, un oubli, ça peut arriver à tout le monde...
- J'aimerais beaucoup que ce soit ça, soupira Severus. Mais le connaissant, je suis presque sûr que ce n'était pas un oubli. Ce n'est pas son genre. Il est trop attentif pour ça. Ou alors si, il a pu oublier, mais de façon inconsciente.
- Comment ça ?
- Son inconscient a peut-être agi à sa place au moment où il a écrit son prénom et lui a fait omettre volontairement de noter son nom de famille. Mais il y a aussi une autre hypothèse.
- Laquelle ?
- M. Nott a très bien pu ne pas vouloir mettre son nom de famille. Ça peut être un choix de sa part.
- À cause de ce qui s'est passé lors du procès de son prétendu père ?
- Oui. Que ce soit un acte volontaire ou son inconscient qui a parlé, ça a forcément un lien avec le procès.
- Que vas-tu faire ?
- Je vais d'abord m'entretenir avec Sirius, Remus, Filius et Pomona afin de savoir si M. Nott a écrit son nom de famille sur le parchemin de l'examen de leur matière. Ça ne permettra pas de savoir si c'est une des deux pistes que je viens de mentionner mais s'ils me disent qu'il n'a pas noté son nom de famille, ça écartera celle de l'erreur d'inattention. Car une fois, ça passe, mais au bout de six fois, ce n'est plus un oubli.
- J'espère quand-même que nos collègues n'ont pas eu la même surprise que moi. Et que c'était donc un oubli. Ce sera plus rassurant.
- Mais ils seraient venus m'en parler s'ils avaient constaté la même chose que toi...
- Ils n'ont peut-être pas encore commencé à corriger les copies des BUSE. Toi-même, est-ce que tu t'y es mis ?
- Non, avoua Severus.
- Tu ne dois pas être le seul. Beaucoup préfèrent profiter de leur première semaine de vacances. Et puis, quand M. Nott leur a rendu sa copie, ils n'ont pas forcément vérifié s'il y avait son prénom et son nom de famille...
- C'est vrai. Il vaut mieux que j'aille chez eux plutôt que je leur envoie un Patronus pour les inviter à une réunion, alors. À moins que je leur demande d'emporter les copies des BUSE avec eux... Non, j'irai les voir séparément, ce sera plus simple ainsi. Merci de m'avoir averti, en tout cas.
- C'est normal. Allez, je vais te laisser. Mes copies m'attendent.
Severus acquiesça, se leva et raccompagna son collègue jusqu'à la porte. Puis il retourna au salon et termina de préparer son sac pour le rendez-vous chez le généticomage. C'était un miracle si Harry avait pu avoir un rendez-vous ce jour-là. Lorsque Severus était allé à Sainte-Mangouste pour voir le généticomage qu'il connaissait, il lui avait demandé s'il pouvait le rediriger vers le spécialiste le plus chevronné de Sainte-Mangouste. Mais celui-ci avait déjà son agenda complet pour les vacances. Il avait cependant dit à Severus qu'il le contacterait si une place se libérait. Et c'était ce qui était arrivé deux jours plus tôt. Severus en avait aussitôt informé Sirius et Remus. Heureusement, il n'avait pas débarqué chez eux au moment où ils avaient décidé de consommer leur lien. Il savait qu'ils avaient prévu de le faire au début des vacances mais dans la précipitation, il l'avait oublié. Il leur avait donc donné le jour et l'heure et ils lui avaient dit qu'ils mettraient Harry au courant.
Une heure plus tard, Severus se rendit aux appartements de Sirius et de Remus. Ce fut ce dernier qui l'accueillit et qui le fit entrer. Severus découvrit dans le salon Sirius qui tentait de coiffer Harry.
- Sirius, ça ne sert à rien, protestait celui-ci. Ils sont indomptables, tu le sais bien.
- Je veux quand-même essayer d'en faire quelque chose de correct. Ce n'est pas n'importe qui qu'on va voir, Harry. C'est un grand généticomage.
- Depuis quand tu parles comme un aristo Sang-Pur ? s'étonna Severus en pénétrant dans le salon. Je croyais que tu avais horreur de ce genre de manières.
- Il y en a que j'ai apprises et que j'ai gardées, répliqua Sirius. Merlin merci, il n'y avait pas que des manières stupides et inutiles chez mes parents.
- Mais tu sais, le généticomage s'en fichera complètement de la façon dont sera coiffé Harry, signala Severus. Il a beau être le plus grand spécialiste de la génétique, il reste un homme simple. On peut se montrer tout à fait naturel face à lui. Alors laisse les cheveux de ton filleul tranquilles. Il a raison, de toute façon. On ne peut rien contre eux. On se demande bien de qui il tient ça...
- Ça m'aurait étonné que tu n'en profites pas pour critiquer James...
- Bah quoi ? Harry tient ses cheveux de Lily, peut-être ?
Remus éclata de rire alors que Sirius lançait un regard noir à Severus. Harry, lui, se mordait la lèvre, visiblement partagé entre son envie de rire et sa loyauté envers son parrain.
- Bon, on ferait mieux d'y aller, décréta Remus. Je préfère que tout le monde arrive entier et vivant à Sainte-Mangouste. Qui y va en premier ?
- Moi, dit Severus. Harry suivra et vous déciderez ensuite pour vous deux.
- Remus ira juste après Harry, décréta Sirius.
Severus acquiesça puis il se dirigea vers la cheminée. Il prit une pincée de poudre de Cheminette et la jeta dans l'âtre après avoir prononcé sa destination. Au bout d'une dizaine de secondes, il atterrit à Sainte-Mangouste. Il sortit de la cheminée et attendit que Harry y apparaisse, ce qui se produisit deux minutes plus tard. Il tangua dangereusement mais ne tomba pas, faisant sourire Severus malgré lui. Harry n'était pas adepte de ce moyen de transport. Severus le savait bien pour l'avoir souvent vu débarquer dans sa cheminée. Harry vint se placer près de lui et ils guettèrent l'arrivée de Remus et de Sirius qui défilèrent dans la cheminée l'un après l'autre. Ils furent ainsi au complet et allèrent tous voir la réceptionniste. Severus lui expliqua avoir pris rendez-vous pour Harry avec le généticomage Anderson et la jeune femme leur indiqua où ils devaient aller. Ils montèrent donc au deuxième étage et traversèrent plusieurs couloirs avant de trouver le service de généticomagie. Ils s'assirent dans la salle d'attente et patientèrent cinq minutes avant que le généticomage ne vienne les chercher. C'était un homme d'une cinquantaine d'années au visage très avenant. Severus l'avait trouvé sympathique dès qu'il l'avait vu quelques jours plus tôt. Il eut l'air assez surpris d'avoir quatre personnes en face de lui avant de se souvenir de ce que lui avait dit Severus.
- Bonjour, messieurs. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, il doit y avoir ici M. Potter, mon patient, M. Black, son parrain, M. Lupin, son directeur de maison et M. Snape, son médicomage ?
- Oui, confirma Sirius. Mais Remus Lupin est également mon compagnon et nous nous occupons à part égale de Harry. C'est pourquoi il a tenu à être là.
- Bien, je ne m'y oppose pas, tant que tout le monde reste calme. Venez avec moi, je vous prie.
Severus, Sirius, Remus et Harry suivirent le généticomage jusqu'à son cabinet. Une fois tous assis, il prit la parole :
- Avant toute chose, je me présente, je suis le généticomage Anderson. J'exerce ici depuis cinq ans mais j'ai été formé en Allemagne où j'ai travaillé vingt ans avant de revenir dans mon pays d'origine où j'ai fait ma scolarité. C'est assez compliqué, tout comme la raison pour laquelle vous êtes ici. M. Snape m'a brièvement raconté ce qui s'est passé mais reprenons tout depuis le début, si vous voulez bien. M. Snape, je vous écoute.
- Il y a un mois et demi, j'ai examiné M. Potter qui se trouvait à l'infirmerie après avoir été victime d'une explosion. Il s'est entaillé le doigt en coupant une pomme et alors que je venais de le soigner, il a fait une remarque qui nous a conduits à vouloir connaître son groupe sanguin. J'ai fait le test qui s'imposait, nous avons pu savoir le groupe sanguin de M. Potter mais au lieu d'afficher deux allèles, le sort en a révélé trois sur le parchemin. Pensant avoir commis une erreur, j'ai de nouveau procédé au test en prélevant une goutte de sang à partir d'un doigt de l'autre main de M. Potter mais le sort a donné le même résultat. M. Potter aurait donc trois allèles dans sa génétique, ce qui signifierait qu'il aurait trois parents, ce qui est pratiquement impossible. J'en ai parlé à M. Potter qui a été tout aussi intrigué que moi et qui a souhaité élucider ce mystère. Pour cela, je devais en informer son parrain mais il s'est passé énormément de choses et je n'ai pu le mettre au courant que très récemment. Il a aussitôt donné son accord pour que je prenne rendez-vous avec un généticomage et vu que le cas de M. Potter était assez compliqué, j'ai préféré m'adresser à quelqu'un qui avait beaucoup d'expérience. J'ai des bases solides en généticomagie mais je ne m'y connais pas suffisamment pour comprendre la présence de ce troisième allèle. Je ne lance pas souvent le sort que j'ai utilisé, j'ai peut-être perdu la main et mal prononcé la formule... Ou alors je n'ai pas fait ce qu'il fallait lorsque j'ai recueilli la goutte de sang. Mais j'ai aussi pensé au fait qu'à ce moment-là, la magie de M. Potter était instable. J'ignore si ça a pu avoir une incidence…
- C'est une piste à ne pas négliger, même s'il n'a jamais été prouvé qu'un trouble de la magie puisse affecter la génétique d'un sorcier. En revanche, je ne pense pas que ce résultat improbable vienne de vous. Même si vous vous y preniez mal, ce sort ne pourrait pas faire apparaître un troisième allèle. Du moins, en théorie. C'est peut-être possible, en réalité. Mais si c'est le cas, personne ne le savait jusque-là. Afin de comprendre au mieux ce qui a pu se passer, j'aimerais que vous refassiez le test avec M. Potter. Je pourrais vous dire si vous faites les choses correctement. Je le ferai ensuite moi-même et nous comparerons les résultats. M. Potter, êtes-vous d'accord pour subir deux fois le test ?
- Oui, ce n'est qu'une goutte de sang, je suis habitué à en perdre plus que ça.
Harry avait dit cela comme si c'était normal, et au vu de l'air quelque peu dépassé du généticomage, Severus pensa qu'il aurait dû dire à Harry que risquer sa vie tous les ans depuis ses onze ans n'était pas une chose normale pour tout le monde. Il se promit de faire un point là-dessus avec son patient lors d'une de leurs séances. Ayant l'accord de Harry, il fit le test qu'il avait déjà effectué un mois et demi plus tôt. Il piqua le doigt de Harry, préleva un peu de sang qu'il récolta dans une fiole et lança les sorts adéquats avant de pointer sa baguette sur un bout de parchemin vierge. Il obtint les mêmes résultats que six semaines auparavant. Il les montra au généticomage qui les lut avec attention.
- En effet, c'est très étrange. Pourtant, vous avez fait exactement ce qu'il fallait. Je ne vois pas quelle erreur vous auriez pu commettre. M. Potter, vous souhaitez toujours faire le test une deuxième fois ?
Harry hocha la tête. Le généticomage procéda à son tour au test sous le regard admiratif de Severus. Anderson faisait absolument la même chose que lui mais là, c'était un spécialiste qui réalisait le test. Ses gestes étaient beaucoup plus experts, ils avaient l'air simples et naturels. Il n'avait pas besoin de se concentrer autant que Severus. Mais il était néanmoins entièrement focalisé sur ce qu'il faisait et il sembla profondément perplexe quelques minutes plus tard en lisant ce qui s'était affiché sur son parchemin.
- M. Potter, vous n'aviez jamais fait un bilan sanguin avant ?
- Non. Je ne suis jamais allé dans un laboratoire et les seuls soins médicaux que j'ai eus durant mon enfance, c'étaient des vaccins. Et je n'ai jamais eu de bilan sanguin ou de prise de sang à Poudlard.
- Je vois. Vous n'aviez donc aucun moyen d'avoir accès à vos informations génétiques.
- Avez-vous une idée d'où peut venir ce troisième allèle ? interrogea Severus.
- J'ai des hypothèses, oui. Deux, pour être précis. Mais j'ai des questions à vous poser avant de vous en faire part. Est-ce que M. Potter pourrait avoir un autre père que celui qui l'a reconnu ?
- Pardon ? s'offusqua Sirius. Vous êtes en train de nous demander si la mère de Harry aurait pu avoir deux hommes en même temps ?!
- Je dois vérifier toutes les possibilités, M. Black.
- Eh bien vous pouvez écarter celle-ci. Harry ne peut être que le fils de James et de Lily. Il suffit de le regarder. C'est quasiment le portrait craché de son père, sauf qu'il a les yeux de sa mère.
- Cela n'exclue pas l'éventualité d'un troisième parent, nuança le généticomage.
- Mais c'est impossible, lâcha Sirius. Personne ne peut avoir trois parents.
- Dans le cas d'un couple où la femme attend un enfant d'un autre homme, il existe un procédé qui permet au compagnon de donner un peu de son ADN à l'enfant à naître. C'est quelque chose qui est à la fois très peu connu et très peu courant car les couples de Sang-Pur ont longtemps été les seuls à avoir recours à cette technique. Une grossesse issue d'un adultère au sein de ce genre de couple était considérée comme une ignominie. Personne ne devait être au courant. C'est un généticomage assez peu scrupuleux et très apparenté au monde des Sang-Pur qui a eu l'idée de créer une technique pour prélever l'ADN d'un homme et la transmettre à l'enfant de sa compagne dont il n'est pas le père. Les couples de Sang-Pur concernés par une grossesse clandestine se sont rués sur cette technique. Mais beaucoup ont été déçus car le taux de réussite est très bas. Ce procédé a beau avoir été inventé il y a une vingtaine d'années, il n'a été que très peu amélioré. Le fait que ce ne soit ni légal, ni illégal y est pour beaucoup. Très peu de généticomages osent s'y risquer. Il y a aussi un côté éthique qui crispe une grande majorité d'entre eux. Est-ce moral d'insuffler à un fœtus l'ADN d'un homme alors qu'il a déjà un père ? La question divise. Et il n'y a aucune législation à ce sujet. Cette technique reste donc assez secrète. C'est pour ça que peu de personnes sont au courant. Seuls les couples de Sang-Pur y sont plutôt familiers.
- Sauf que la mère de Harry était une née-moldue, signala Sirius.
- D'autres couples pouvaient être informés de cette technique. Mais comme elle était principalement utilisée par des couples qui voulaient cacher une infidélité, ceux qui souhaitaient y avoir recours pour une autre raison n'avaient pas très envie d'y être associés. Elle avait mauvaise réputation.
- Car il y a d'autres cas qu'une tromperie où ce procédé peut être utilisé ? s'étonna Sirius.
- Oui, dans le cadre d'une grossesse issue d'un rapport non consenti, par exemple. Si la femme est en couple, elle peut décider avec son conjoint d'avoir recours à ce procédé. Mais il faut qu'ils en aient connaissance. Et il faut aussi que la grossesse soit découverte assez tôt. Car il n'y a que pendant les huit premières semaines que la transmission d'ADN peut être effectuée. Il y a plein de contraintes qui font que cette solution est très peu utilisée.
- Donc si je comprends bien, il se peut que j'aie été issu d'un viol ? intervint Harry, l'air amer.
- Ce n'est qu'une possibilité parmi tant d'autres, relativisa le généticomage. Nous ne savons même pas si vous avez bénéficié d'un don d'ADN. Il faudrait faire des examens plus poussés. Lorsque M. Snape a recueilli votre sang, c'était pour connaître votre groupe sanguin. Le test permet également de définir les allèles mais il faut plus qu'une goutte de sang pour avoir accès à toute votre génétique. Une prise de sang est nécessaire. Heureusement, c'est quelque chose que nous savons faire dans le monde sorcier. Il serait aussi intéressant de prélever un peu de votre salive afin d'avoir un maximum de données. À partir de là, nous pourrons essayer de déterminer si la présence de ce troisième allèle provient d'un don d'ADN. Je vous préviens tout de suite : il s'agit d'un travail long et fastidieux. Les résultats mettront du temps à arriver. Ils ne seront pas disponibles avant cet été.
- Mais ce ne serait pas plus simple de s'adresser au médicomage qui a suivi la mère de Harry durant sa grossesse ? demanda Remus.
- Il doit être soumis au secret médical s'il sait que sa patiente a fait appel à un généticomage. Mais je vais quand-même le contacter. M. Potter a le droit d'avoir des réponses à ses questions, après tout. Je vais également essayer de chercher les généticomages qui étaient en activité à Sainte-Mangouste lors de la grossesse de Mme Potter. Nous sommes beaucoup à changer plus ou moins régulièrement de pays. Si un généticomage s'est occupé de Mme Potter, il n'est peut-être plus en poste ici à l'heure qu'il est. Rares sont ceux qui restent plus de quinze ans au même endroit. Mais avant d'entreprendre quoi que ce soit, souhaitez-vous vous engager là-dedans ? C'est vous qui décidez, M. Potter. Si vous êtes d'accord, il me faudra évidemment l'autorisation de votre tuteur.
Severus posa son regard sur Harry et vit que celui-ci hésitait. Tout cela semblait l'effrayer un peu. Il avait appris beaucoup de choses durant ce rendez-vous, avait entendu toutes sortes d'hypothèses et il ne devait plus savoir quoi en penser. Severus décela pourtant une profonde envie d'être fixé dans les yeux émeraudes du jeune homme. Mais il y avait aussi la peur de découvrir la vérité sur cet allèle supplémentaire. Il avait été choqué par la possibilité d'avoir été issu d'un viol et c'était bien normal. Severus lui-même préférait ne pas y songer. Il ne voulait pas croire que la femme qu'il avait aimée ait pu être victime d'un acte aussi ignoble. Mais au fond de lui, il sentait que ce n'était pas ça. S'il y avait eu don d'ADN par James Potter, c'était pour une toute autre raison. Mais s'il avait donné son ADN, cela signifierait qu'il n'était pas le vrai père de Harry. Avec qui Lily l'aurait-elle conçu, alors? Et pourquoi ne l'aurait-elle pas fait avec James Potter ? Severus était sûr et certain que Lily n'aurait jamais été infidèle. Ce n'était pas un de ces sombres secrets de famille qu'on pouvait trouver dans un roman de gare. Le coup de la femme qui semblait innocente et bien sous tout rapport et qui, en fait, trompait son mari avec tous les hommes qui passaient dans la rue, c'était affreusement cliché et ça ne correspondait pas du tout à Lily. Il y avait forcément une autre explication qu'un adultère. Mais Severus ne voyait pas laquelle. Tout cela était bien trop confus. Il n'osait même pas imaginer ce que ça devait être pour Harry. Mais celui-ci finit par prendre sa décision :
- Je veux que le mystère de cet allèle soit résolu. Je suis prêt à passer tous les tests nécessaires pour cela. Et je suis d'accord pour que vous essayiez de savoir qui a suivi ma mère pendant sa grossesse. Que ce soit son médicomage ou son potentiel généticomage.
- Bien. M. Black, me donnez-vous l'autorisation de mener ces recherches et de faire passer à votre filleul les examens adéquats ?
- Si Harry veut savoir, alors oui, je donne mon autorisation. Dois-je l'écrire ?
- Ce serait mieux, oui.
Severus ouvrit aussitôt sa mallette qu'il avait emportée avec lui et y prit du parchemin et une plume qu'il tendit à Sirius. Ce dernier les prit, le remercia et écrivit son assentiment qu'il donna ensuite au généticomage.
- Merci beaucoup. Nous allons maintenant procéder aux examens. M. Potter, vous n'avez jamais eu de prise de sang, si j'ai bien retenu ce que vous m'avez dit ?
- Non, j'ai juste été piqué dans le bras mais j'étais inconscient à ce moment-là. Le professeur Snape peut en attester, c'est lui qui m'a perfusé.
Severus acquiesça.
- D'accord, dans ce cas, n'ayez pas peur, M. Potter, ce n'est pas très douloureux et ça ne dure pas très longtemps. Soyez détendu et tout se passera bien.
Harry hocha la tête et suivit attentivement chaque geste que fit le généticomage alors qu'il préparait le matériel. Afin d'occuper l'esprit de Harry pendant la prise de sang, Sirius lui raconta une histoire sans queue ni tête à laquelle Severus ne comprit pas grand-chose. Au vu de l'expression de Harry, il était tout aussi perdu mais, au moins, il ne pensa guère à ce que faisait le généticomage. Severus ne sut même pas si Harry sentit l'aiguille. Après la prise de sang, Anderson recueillit un peu de salive de Harry. Ce fut rapide et Sirius n'eut pas besoin de détourner l'attention de Harry puisque c'était parfaitement indolore.
- Bien, tout est bon, déclara le généticomage. J'essaierai de mettre un maximum de collègues sur le coup afin que nous puissions examiner tout cela assez vite. Avez-vous des questions avant que je ne vous libère ?
Sirius, Remus et Harry répondirent par la négative.
- Je vais vous laisser y aller, alors. Je vous contacte dès qu'une piste se dégage grâce aux résultats. Ou dès que j'ai réussi à trouver le médicomage qui a suivi la mère de M. Potter durant sa grossesse. Ou même son généticomage si elle en a bien consulté un avec son mari.
Cette fois, tous acquiescèrent, y compris Severus, puis ils remercièrent le généticomage, le saluèrent et quittèrent son cabinet. Ils redescendirent au hall d'entrée et reprirent la cheminée un par un pour rentrer aux appartements de Sirius et de Remus. Ils s'installèrent à table où ils prirent un thé tout en discutant du rendez-vous. Harry s'en alla très vite, prétextant devoir terminer de préparer ses valises. Mais Sirius n'était pas dupe et s'inquiéta :
- Qu'est-ce qu'il a ?
- Il a besoin d'être seul, répondit Severus. Ce rendez-vous a été très éprouvant pour lui. Il a assimilé beaucoup de choses et il doit digérer tout ça. Il y a tellement d'hypothèses qu'il ne sait plus où il en est, le pauvre.
- Il y a de quoi... Mais il y a une possibilité que le généticomage n'a pas évoquée, et qui me semble pourtant être la plus logique. Pour moi, c'est James le géniteur et c'est quelqu'un d'autre qui a donné un peu de son ADN au fœtus qu'était Harry. Le généticomage a bien dit que cette technique n'était pas au point et qu'elle avait un faible taux d'efficacité. Harry n'aurait donc pas pu ressembler autant à James si c'était lui qui avait fait don de son ADN avec ce procédé.
- Ça se tient, commenta Remus. Mais pourquoi James et Lily auraient-ils voulu que Harry ait l'ADN d'une troisième personne ?
- Peut-être parce qu'ils savaient que Voldemort allait les tuer un jour ou l'autre, supposa Sirius. Cette personne était sûrement censée recueillir Harry s'il leur arrivait quelque chose... Elle devait prouver qu'elle avait un lien du sang avec Harry et réussir à obtenir sa garde... Ils ne voulaient peut-être pas qu'il se retrouve chez les Dursley...
- Pas bête du tout, murmura Severus. Ce plan aurait été tout de même risqué, et il l'a été puisque la personne n'a pas pu avoir la garde de Harry...
- Il aurait dû avoir une marraine, regretta Sirius. James et Lily y avaient pensé mais ils n'avaient pas de femme dans leur entourage dont ils étaient suffisamment proches pour lui confier ce rôle. Et ils ne voulaient pas nommer n'importe qui. S'ils avaient dû choisir une marraine, il aurait fallu qu'elle soit de confiance. S'ils m'ont pris comme parrain, c'était parce que j'étais le meilleur ami de James et que Lily et lui avaient toute confiance en moi. Ils voulaient que ce soit moi qui récupère Harry, au cas où. Sauf que les choses ne se sont pas passées comme prévu.
- Mais si James et Lily avaient fait en sorte que Harry ait l'ADN d'une troisième personne, ils nous en auraient sûrement parlé, s'interrogea Remus. Surtout à toi, Sirius… Il aurait été plus prudent de mettre au moins une personne dans la confidence… Or, là, personne ne semblait au courant de cette histoire…
Sirius soupira.
- C'est à n'y rien comprendre. Je suis complètement paumé.
- Mieux vaut ne pas trop y penser pour le moment, conseilla Severus. Ça ne nous donnera pas plus de réponses et ça nous embrouillera au contraire plus qu'autre chose.
- Tu as raison, approuva Remus. Nous avons une semaine de vacances au Square à préparer. On doit se concentrer là-dessus.
- Tout à fait. Mais avant de vous laisser, j'ai quelque chose à vous demander, annonça Severus.
- On t'écoute, dit Remus.
- Une heure avant d'aller chez vous, j'ai reçu la visite d'Ernest. Il voulait me parler de Théo.
- Qu'est-ce qu'il a fait, encore ? s'étonna Sirius.
- Pour le coup, c'est plutôt quelque chose qu'il n'a pas fait. Ernest a remarqué qu'il n'avait pas mis son nom de famille sur sa copie d'examen. Il a juste marqué son prénom complet. Ernest a trouvé ça étrange et a jugé nécessaire de m'en avertir. Je n'ai pas encore vérifié pour ma part si Théo avait oublié de mettre son nom sur sa copie d'examen de potions mais je voulais savoir s'il l'avait mis sur vos copies à vous.
- Je n'ai pas encore commencé à corriger les devoirs des BUSE blancs, mais je vais te dire ça tout de suite, déclara Sirius.
Il prit sa mallette qui était près de sa chaise et en sortit un tas de parchemins. Il les passa en revue et extirpa de la pile une copie qui était sûrement celle de Théo. Severus vit Sirius regarder là où devait se trouver le nom et le prénom et grimacer.
- Il a juste écrit «Théodore», indiqua-t-il. Il n'avait jamais fait ça avant.
- Je vais vérifier aussi, mais si ça fait deux matières où il a juste mis son prénom, je doute qu'il ait mis son nom de famille dans les autres…
Remus attrapa à son tour sa mallette et fouilla dedans avant de trouver le devoir de Théo.
- Il y a uniquement son prénom, déclara-t-il.
- Je vais quand-même demander aux autres collègues mais j'ai peu d'espoirs.
- Mais pourquoi Théo aurait-il soudain décidé de ne mettre que son prénom ? s'intrigua Sirius.
- À cause de ce qui s'est passé au procès, répondit Severus. Il n'a peut-être plus envie de porter le nom qu'il a depuis sa naissance puisqu'il a appris qu'il n'était pas le fils de Nott. Avec tout ce qu'il lui a fait subir, en plus… Mais je crois que c'est plus inconscient qu'autre chose. Il n'a pas choisi de son plein gré d'écrire juste son prénom. Il ne l'a pas fait sciemment. C'est son inconscient qui a agi à sa place. Il sait qu'administrativement parlant, il est toujours Théodore Nott et qu'il est obligé de s'identifier ainsi sur ses copies d'examens. Il n'aurait pas fait passer ses convictions personnelles avant le règlement. Il l'a toujours respecté, en toutes circonstances, il ne l'aurait jamais transgressé volontairement. Il n'a même pas dû se rendre compte qu'il n'avait pas écrit son nom de famille.
- Qu'est-ce que tu vas faire, du coup ?
- Je vais d'abord parler avec Filius, Pomona et Brian afin de savoir si Théo leur a fait le même coup, mais peu importe ce qu'ils me diront, je convoquerai Théo pour essayer de comprendre pourquoi il refuse involontairement de marquer son nom de famille.
- Mais tu ne lui as pas proposé de suivre des séances avec toi ? s'enquit Remus.
- Si, et il avait accepté, mais il est vite revenu sur sa décision en me disant qu'il souhaitait profiter de ses vacances et qu'il préférait donc commencer les séances un peu plus tard. Idem pour Draco. Lui aussi avait bien voulu avoir des séances avec moi, mais il a changé d'avis presque en même temps que Théo. Il voulait également attendre la rentrée pour effectuer les quelques séances qu'on devait avoir ensemble.
- Tu crois qu'ils se sont concertés pour annuler leur décision ? supposa Remus.
- Je pense qu'ils en ont parlé tous les deux, oui, mais de là à ce qu'ils aient comploté… À mon avis, ils se sont juste dits qu'ils ne pourraient pas profiter pleinement de leurs vacances avec ces séances et ils se sont mutuellement conseillés de les reporter à plus tard. Mais je vais obliger Théo à les faire tout de suite, il est hors de question d'attendre la rentrée. Je n'aurais pas dû céder. Encore, Draco, ça va, ce n'est pas trop urgent, mais Théo… Je comprends qu'il ait envie d'oublier tout ça pendant ses dix jours de vacances mais ce n'était pas un bon calcul. Je vais m'en occuper dès que j'aurai parlé avec Filius, Pomona et Brian. Je vais y aller, d'ailleurs. J'espère que Harry se souvient qu'on a une séance demain matin, vu que vous partez au Square demain après-midi…
- Oui, il n'est pas du genre à oublier. Bon, ça l'embêtera peut-être de venir à huit heures alors que d'habitude, vous avez rendez-vous à treize heures, mais il viendra quand-même, assura Sirius.
- Il vaudrait mieux qu'il ait terminé de faire ses valises aujourd'hui, alors, songea Severus. Ce n'est pas demain qu'il aura le temps de les boucler…
- C'est pour ça qu'il est vite parti tout à l'heure. Il ne mentait pas vraiment, tout compte fait. Mais ça l'arrangeait de devoir s'en aller. Comme tu l'as dit, il avait envie d'être seul.
Severus vit l'inquiétude dans le regard de Sirius.
- Ne t'inquiète pas, ça va lui passer, l'apaisa Severus. Il a juste besoin d'y réfléchir au calme.
- Mais ça l'a choqué, tout ce qui a été dit durant ce rendez-vous…
- Oui, et c'est normal. Mais ton filleul est quelqu'un de raisonnable. Il sait qu'on ne peut privilégier aucune piste pour le moment, il ne va donc pas s'attarder sur l'une de celles qui ont été évoquées. Après, je ne nie pas qu'il puisse être perturbé par tout ça. Mais je l'inciterai à en parler lors de nos séances si je vois qu'il a l'air tourmenté. Je serai très vigilant. N'hésitez pas à essayer d'en discuter avec lui, mais sans insister s'il ne veut pas en parler. Montrez-lui juste que vous êtes là s'il ressent le besoin de se confier là-dessus. Vous pouvez aussi lui demander s'il souhaite avancer la prochaine séance au cas où il préférerait en parler avec moi. Il se sentira entouré et soutenu et ça le mettra en confiance. On ne le laissera pas garder pour lui ce qui le taraude. On ne le laissera pas déprimer. On ne le laissera pas s'enfoncer dans son mal-être. C'est terminé, tout ça. Si quelque chose ne va pas, on le verra et on saura l'aider. Pour l'instant, c'est trop tôt pour s'inquiéter du fait qu'il a voulu être seul. Attendons de voir comment il réagit dans les jours qui suivent.
Sirius acquiesça, l'air rassuré. Severus avait bien compris qu'il craignait de ne pas pouvoir aider son filleul comme lorsqu'il prenait ses potions de sommeil sans rêves. Mais ce n'était plus du tout pareil, à présent. Harry était sûrement l'adolescent le plus entouré qu'il soit, entre Sirius, Remus, ses amis, son petit-ami, son psychomage… Il était conscient qu'il n'était pas tout seul et il ne se laisserait pas aller. Il se battrait lui-même s'il sentait qu'il commençait à déprimer. Il savait désormais que parler était le meilleur moyen pour s'en sortir.
- Bon, j'y vais. Passez une bonne semaine au Square et s'il y a le moindre problème, contactez-moi, je me tiendrai prêt à rappliquer à tout moment. Mais tout devrait bien se passer, normalement. Alors profitez bien de vos vacances.
Severus se leva sur ces mots, souhaita une bonne fin de journée à Sirius et Remus et s'en alla. Il se rendit à ses propres appartements où il entreprit de corriger les copies des BUSE blancs. Chercher celle de Théo trois heures auparavant l'avait motivé. Il passa ainsi le reste de sa journée à noter les devoirs des cinquième année et fut largement satisfait en lisant celui de Harry…
.
.
(samedi 30/03) POV Harry
.
Harry grogna lorsque son réveil sonna ce matin-là. Il le fit taire et se couvrit la tête avec son oreiller. Il avait encore sommeil. Il n'était que sept heures et il était en vacances. Il était beaucoup trop tôt pour se lever. Mais il se souvint qu'il avait une séance de thérapie à huit heures et gémit. Il n'avait pas du tout envie d'y aller. Mais il était obligé. Alors il se leva et s'habilla. Il était en train de mettre son pull lorsque ses rideaux latéraux s'ouvrirent sur le visage ensommeillé de Ron.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il.
- Je vais prendre mon petit-déjeuner. La séance de thérapie que j'ai habituellement à treize heures le samedi a été avancée à huit heures aujourd'hui puisque je pars au Square en début d'après-midi. Je vous l'ai dit hier soir.
- Ah oui, j'ai oublié… Il est tôt, en même temps…
- Je n'avais pas remarqué, ironisa gentiment Harry. Je ne sais pas si on se verra avant que je m'en aille, alors passe une bonne fin de vacances.
- Merci, bonne semaine à toi aussi, et profite-en, surtout.
Harry acquiesça, prit sa baguette et sortit du dortoir. Il ne fut pas surpris de ne voir personne dans la salle commune, devant être le seul Gryffondor levé à cette heure-là. Il quitta la Tour et descendit les sept étages. Il se rendit ensuite à la Grande Salle qui était presque déserte. Il y avait cinq Serdaigle et trois Serpentard qui avaient l'air un peu plus réveillés que lui. Ils avaient peut-être l'habitude de se lever aussi tôt, même en vacances… Harry avait bien prévu de se coucher tôt pour avoir assez de temps de sommeil mais il avait discuté jusque tard avec Ron et Hermione la veille au soir.
Après avoir pris congé de Sirius, Remus et du professeur Snape, il s'était réfugié dans son dortoir et il y était resté jusqu'au dîner. Il avait longuement réfléchi à tout ce qui avait été dit lors du rendez-vous avec le généticomage et il avait été tellement perdu qu'il avait estimé préférable de ne plus y penser et d'attendre les résultats de sa prise de sang et de son test salivaire. Il avait ensuite mangé en même temps que Ron et Hermione et ils étaient remontés ensemble à la salle commune après avoir dîné. Harry leur avait tout raconté de sa rencontre avec le généticomage et leur avait fait part de tout ce qui avait été dit et supposé. Ses amis avaient été un peu déroutés mais cela lui avait fait du bien de leur en parler. Il les avait rassurés sur le fait qu'il avait plutôt bien pris tout ça et qu'il était juste un peu las de devoir de nouveau faire face à une histoire qui sortait de l'ordinaire, lui qui souhaitait tant être tranquille… C'était en leur disant cela qu'il avait réalisé qu'il ferait mieux d'en parler avec le professeur Snape lors de la séance du lendemain. Et c'était ce qu'il avait l'intention de faire. Puis il avait demandé à Ron et Hermione ce qu'ils avaient prévu de faire pendant la deuxième semaine de vacances. Un sujet en entraînant un autre, ils avaient parlé jusqu'à ce que Hermione s'aperçoive qu'il était plus de minuit. Ils avaient alors décidé d'aller se coucher. À peine Harry s'était-il glissé dans son lit qu'il s'était endormi comme une masse.
Après une assez courte nuit, Harry était donc un peu fatigué. Mais son petit-déjeuner le requinqua, si bien qu'il était plutôt en forme lorsqu'il arriva aux appartements du professeur Snape. Celui-ci lui ouvrit et le précéda jusqu'au salon. Ils s'installèrent et le professeur Snape prit la parole :
- Alors, je vous écoute. Lors de la dernière séance, nous parlions de votre ressenti face aux insultes que proféraient votre famille à votre égard. Souhaitez-vous ajouter quelque chose à ce sujet ?
- Non, je crois avoir tout dit.
- Bien, je vais vous poser une question, alors. Dites-moi si je me trompe mais j'ai cru remarquer que vous aviez plus de rancœur envers votre oncle et votre tante qu'envers votre cousin. Pourtant, il ne vous a pas épargné. Y a-t-il une raison à cela ?
- Oui, et c'est quelque chose que j'ai compris de moi-même. En fait, je n'en veux pas à mon cousin. Il s'est moqué de moi, il m'a insulté, il m'a harcelé, il m'a frappé, mais il a juste fait ce qu'il croyait bon de faire. Il ne faisait que suivre l'exemple de ses parents et croire ce qu'ils disaient. Il a grandi avec l'idée que j'étais un monstre puisque c'était ce que n'arrêtaient pas de répéter ses parents. Il a donc cru que c'était la vérité, que je n'avais rien à faire là et qu'il avait le droit de me traiter comme il le voulait. Du moins, jusqu'à ce qu'il soit en âge de réfléchir par lui-même. Il n'est pas aussi bête que ce qu'il voulait faire croire. Ça lui arrivait de se poser les bonnes questions. Mais uniquement quand il n'y avait ni sa mère, ni son père à la maison et que nous étions seuls, ce qui arrivait assez rarement. Un jour, il s'est demandé pourquoi j'étais un monstre. J'étais déjà entré à Poudlard, à ce moment-là. Ce n'est que lorsque j'ai reçu ma lettre qu'il a su que j'étais un sorcier. Ses parents lui avaient alors fait comprendre que c'était pour ça que j'étais un monstre. Mais ils ne lui ont jamais expliqué en quoi c'était monstrueux d'être un sorcier. Ça l'a donc questionné. Et je n'ai pas su quoi lui répondre. Je lui ai juste dit que nos grands-parents maternels s'extasiaient sur ma mère car elle était une sorcière et que ça ne plaisait pas à la sienne, qu'elle avait détesté la mienne pour ça et que c'était pour cette raison qu'elle me haïssait aussi. Il avait l'air surpris que ce soit juste à cause d'une histoire de jalousie que sa mère ne m'aimait pas et c'est là que j'ai compris qu'il n'avait peut-être pas un esprit aussi étriqué que celui de ses parents, à la base. Mais que le sien avait juste été façonné par leurs idées lorsqu'il n'était pas en mesure de penser par lui-même. À partir de là, il se montrait beaucoup plus humain avec moi quand nous étions seuls. Mais c'était vraiment très rare et devant ses parents, il était le même qu'avant. Idem quand il était avec ses amis et qu'on se croisait dehors pendant les vacances d'été. Il ne s'est jamais excusé lors des rares moments où il n'y avait que nous à la maison, car il ne savait pas faire ça. Il se contentait juste d'être… normal. De faire comme s'il n'était pas odieux avec moi la plupart du temps. On n'a jamais pu avoir une discussion à propos du comportement qu'il avait envers moi. Mais le simple fait que je sache qu'il n'était pas foncièrement mauvais, ça me suffisait. Voilà donc pourquoi j'en veux à mon oncle et à ma tante mais pas à mon cousin.
Le professeur Snape hocha la tête.
- Je vois. Vous avez déjà fait votre propre thérapie à ce sujet, en fait.
- Oui, ce n'est pas un sujet qui me fait souffrir, je suis juste triste parce que Dudley et moi aurions pu bien nous entendre. J'aurais pu me sentir moins seul. Avoir un allié à la maison, quelqu'un à qui parler. Mais bon, on ne peut pas changer le passé. Peut-être que, plus tard, on se reverra et on pourra construire la relation qu'on aurait pu avoir, même avec vingt ans de retard… Ce sera une revanche sur le passé.
- C'est une très belle façon de voir les choses, approuva le professeur Snape. Et j'espère que votre souhait se réalisera. Étant donné que je n'ai pas d'autres questions, pouvons-nous clore le sujet des insultes proférées à votre égard ?
- Oui.
- Bien. Il nous reste plein d'autres aspects de votre enfance chez les Dursley à traiter. Y en a-t-il un que vous souhaiteriez aborder maintenant ?
- Pour cette séance, non. Pour être honnête, je voudrais attendre la prochaine séance pour aborder un autre aspect. Car j'aimerais parler d'un sujet spécifique de mon enfance qui n'est pas vraiment un aspect et j'aimerais aussi me confier à propos du rendez-vous d'hier.
- Oh. Vous avez raison, alors, nous allons attendre la séance suivante pour commencer à traiter un nouvel aspect. Quel est ce sujet dont vous souhaitez parler ?
Cette question fit battre plus vite le cœur de Harry. Il avait redouté ce moment mais il avait promis à Théo qu'il en parlerait entre deux sujets. C'était l'occasion idéale, il ne pouvait pas passer à côté. Il préféra donc se hâter de répondre avant de changer d'avis :
- Mon doudou.
Ces mots lui parurent terriblement enfantins mais il n'avait vraiment pas réfléchi et avait prononcé les premiers mots qui lui étaient venus à l'esprit. Le professeur Snape sembla un peu surpris, s'étant visiblement attendu à tout sauf ça. Mais il reprit vite un air neutre et rebondit :
- Très bien, parlez-moi-en. Quel était ce doudou ?
Harry fut intérieurement soulagé que le professeur Snape ait pris en main la discussion.
- C'était un cerf avec de grands bois. Ils étaient amovibles, évidemment. Il ne fallait pas que ce soit dur. C'était d'ailleurs un doudou très doux. Et très imposant. Mais ça me rassurait. Bien sûr, comme ça venait de mes parents, les Dursley n'ont pas voulu que je le garde quand j'ai atterri chez eux. Je ne me rappelle pas mes trois premières années à Privet Drive, j'étais trop petit, mais j'ai le souvenir d'une scène qui m'a beaucoup troublé. J'avais quatre ans à ce moment-là. J'ai vu ma tante en train d'essayer de brûler mon doudou dans la cheminée. Sauf qu'il ne voulait pas brûler. Il restait intact. Je le voyais au milieu des flammes mais elles n'avaient aucun effet sur lui. Il avait sûrement reçu un sort qui l'empêchait de se détériorer, dans n'importe quelles circonstances, mais moi je n'en savais rien. Évidemment, ça rendait ma tante folle de rage. Elle a alors voulu s'en débarrasser en le mettant dans la poubelle dehors. J'étais détruit parce qu'on m'arrachait la seule chose que j'avais. On n'a pas le droit de priver un enfant de son doudou de façon aussi brutale. Certes, j'avais l'âge de m'en passer, ou presque, mais pas aussi brusquement… J'étais vraiment triste. Mais quelques heures plus tard, on l'a bizarrement retrouvé dans la maison. J'étais super content mais ma tante, elle, était hors d'elle. Elle a essayé plusieurs moyens de faire disparaître mon doudou mais il s'entêtait à revenir. Ma tante a fini par abandonner et j'ai pu garder mon doudou. Il était très important pour moi car il était mon seul ami et mon seul réconfort dans cette famille qui me détestait tant. Mais c'est pourtant moi qui m'en suis séparé. Un matin, au réveil, j'ai découvert mon cerf complètement défiguré. Il lui manquait une oreille, il était lacéré de partout et il avait une entaille au niveau de la tête. Il donnait l'impression d'avoir été torturé pour de vrai. Ça m'a énormément traumatisé. Je l'ai moi-même jeté dans la cheminée et, cette fois, il a brûlé. Depuis, je ne m'imagine plus dormir avec un doudou. J'ai été trop traumatisé pour ça. Si j'en avais eu un nouveau, je n'aurais pas pu dormir avec. J'en aurais fait des cauchemars dans lesquels j'aurais retrouvé mon doudou dans le même état que mon cerf. Je sais que c'est mon cousin qui a fait le coup, mais j'ignore comment il s'y est pris. En tout cas, ça a été efficace. Voilà pour l'histoire du doudou. Je ne pense pas que ça changera quoi que ce soit d'en avoir parlé, mais vu que c'est un épisode qui a été très traumatisant, il valait peut-être mieux que je l'extériorise…
- En effet, même si ça ne réparera pas le mal qui a été fait, c'est une bonne chose de vous être confié à ce sujet. Vous êtes encore trop jeune pour y penser, mais ça aurait pu être un problème quand vous auriez eu votre premier enfant. Le fait de devoir lui acheter un doudou, de le voir dormir avec aurait pu faire remonter de mauvais souvenirs en vous. Mais il ne faut pas que vous considériez un doudou comme un ennemi. Vous avez eu une mauvaise expérience mais ce n'est pas le doudou en lui-même qui en est à l'origine. C'est votre cousin.
Harry acquiesça. Il le savait, au fond de lui, mais il avait besoin d'entendre ces mots. Il avait besoin qu'on le rassure. Même dix ans après les faits.
- Êtes-vous au point sur ce sujet ? demanda doucement le professeur Snape.
- Oui, je crois que c'est bon.
- Bien. Venons-en au rendez-vous d'hier, alors. Je ne pensais pas que vous souhaiteriez en parler dès aujourd'hui mais j'en suis agréablement surpris. Je vous écoute.
- Je ne sais pas trop par quoi commencer, en fait, avoua Harry. C'est le flou total dans mon esprit. Mais lorsque j'en parlais avec mes amis, je me suis rendu compte que ça me rendait triste. Car cette histoire de troisième allèle, c'est un nouvel obstacle qui m'empêche d'être tranquille alors que je ne demande que ça. Quand je crois que je vais enfin pouvoir profiter de mon année, eh bah non, il faut toujours que quelque chose me tombe dessus… En plus, là, ça concerne carrément mes origines… Un troisième allèle, non mais sérieux… Pourquoi est-ce que ce genre de choses m'arrive toujours à moi ? Pourquoi je ne peux jamais être normal ? Pourquoi c'est moi qui devrais avoir une génétique bizarre ? Y en a marre, quoi…
Harry réalisa ce qu'il venait de dire et rougit.
- Désolé, je n'aurais pas dû parler ainsi…
- Ne vous excusez pas, vous avez le droit de vous lâcher un peu tant que cela reste correct. Et c'était le cas à l'instant. Vous exprimez votre ressenti et c'est exactement ce que vous devez faire. Et c'est tout à fait normal que vous soyez excédé. Mais il faut que vous gardiez le contrôle de la situation.
- Je l'ai, affirma Harry. Lorsque je suis parti des appartements de Sirius et de Remus en revenant du rendez-vous, je suis allé dans mon dortoir, j'y suis resté jusqu'au dîner, puis j'ai mangé avec Ron et Hermione et j'ai ensuite passé toute la soirée avec eux. On s'est couchés assez tard car on parlait et on n'a pas vu l'heure passer. Ça m'a fait beaucoup de bien de discuter avec eux. Comme je vous l'ai dit, je leur ai raconté le rendez-vous mais on a parlé de plein d'autres choses. Et c'est tout ce dont j'avais besoin. Je savais qu'en étant avec eux, je me changerais les idées et c'est pour ça que je suis resté avec eux après le dîner au lieu d'aller me réfugier de nouveau dans mon dortoir. Je gère donc plutôt bien la situation. Je sais ce qui est bon pour moi et je fais tout pour éviter de sombrer.
- C'est ce que je vois, et je suis fier de vous. Le fait que vous ayez décidé de vous-même de parler du rendez-vous pendant cette séance prouve que vous avez déjà bien la situation en main. Mais là, nous avons juste parlé du fait que cette histoire d'allèle était un obstacle à votre tranquillité. Entrons davantage dans le vif du sujet, si vous le voulez bien. Que ressentez-vous par rapport à tout ce qui a été dit ? Par rapport à toutes les hypothèses qui ont été avancées ?
- Je me sens perdu et désorienté. Je ne sais pas quoi en penser. Il y a trop d'hypothèses, justement. Et ça se trouve, ce n'est aucune d'entre elles. On n'est sûrs de rien. Et j'ignore si j'ai vraiment envie de savoir.
- Parce que vous avez peur de ce que vous pourriez apprendre ?
- Il y a un peu de ça, oui. Mais je disais ça aussi de façon plus globale, dans le sens «Est-ce que ça m'intéresse vraiment ?». Bon, je pense que la réponse est oui, mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que, si j'ai bien un troisième parent qui m'a fait don de son ADN, ça ne nous avancera pas à grand-chose de le savoir puisqu'on ne saura pas qui est cette personne. En gros, est-ce utile de faire toutes ces recherches ? Après tout, je n'ai pas besoin d'un troisième parent. J'ai Sirius et Remus et je suis très bien avec eux. Ce sont eux, ma famille. Ils sont comme des parents, pour moi. Ce sont eux qui s'occupent de moi depuis l'été dernier, même si ce n'était pas vraiment le rôle de Remus, à la base. Je n'ai jamais été aussi heureux que depuis que je suis avec eux. J'ai trouvé l'équilibre dont j'avais besoin. Et je ne veux pas que ce troisième parent vienne bouleverser cet équilibre. Alors s'il y en a vraiment un, je veux bien le savoir, mais je ne veux pas connaître son identité.
- Il y a peu de chances pour qu'on sache qui c'est. Mais il suffit que vous disiez que vous n'avez pas envie de savoir et votre souhait sera respecté.
Harry hocha la tête. Il était déjà un peu plus rassuré.
- Avez-vous autre chose à dire sur ce rendez-vous ? Y a-t-il autre chose qui vous turlupine ?
- Non, je crois qu'on a fait le tour.
- Bien, ce sera tout pour aujourd'hui, alors. Vous pouvez y aller. Je viendrai vous chercher mercredi peu avant treize heures et nous nous rendrons ici en passant par la cheminée de ma maison. Sauf si vous préférez que nous transplanions depuis le Square, que nous atterrissions devant les grilles de Poudlard et que nous fassions le chemin à pied jusqu'au château. C'est vous qui voyez.
- Euh… je ne sais pas ce que je choisirai le moment venu, ça dépendra de beaucoup de choses, mais si c'était là, tout de suite, maintenant, j'opterais plutôt pour le transplanage.
- D'accord, nous verrons cela en temps voulu, dans ce cas. Je sais que vous n'aimez pas les voyages en cheminée, c'est pour cela que je vous propose le transplanage, même si ce n'est pas un moyen de transport très agréable lorsqu'on n'a pas l'habitude.
- Je l'ai déjà utilisé avec Sirius. Ça s'était plutôt bien passé, mais j'avais trouvé cela désagréable et à l'époque, j'avais préféré la poudre de Cheminette. J'ai changé d'avis au fil du temps. Bon, je vais boucler mes valises.
- Vous ne l'avez pas fait hier ?
- Si, mais j'ai des choses de dernière minute à mettre dedans.
- Ah oui, je comprends mieux. Bien, je vous souhaite alors de bonnes vacances au Square, profitez-en, amusez-vous bien et revenez en pleine forme.
Harry acquiesça, remercia son professeur, lui souhaita une bonne journée et quitta ses appartements.
.
À peine Harry fut-il sorti qu'il croisa Dean et Seamus au détour d'un couloir. Ils discutèrent un peu mais se séparèrent rapidement, les deux Gryffondor devant aller déjeuner. Harry, lui, n'était pas trop pressé. Il devait terminer de faire ses valises mais il avait peu de choses à mettre dedans, ça pouvait donc attendre. Mais il n'avait que ça à faire pour le moment. Une fois ses camarades partis, il se dirigea vers les escaliers afin de se rendre à la Tour Gryffondor. Mais ses plans furent perturbés au rez-de-chaussée lorsqu'il aperçut Draco et Théo qui venaient en sens inverse. Ils discutaient et ne regardaient pas devant eux. Ils ne virent donc pas Harry qui, lui, les observa en souriant. Il adorait les voir ensemble. Il y avait Draco, son petit-ami qu'il aimait de tout son être, et il y avait Théo, qui était devenu indispensable dans sa vie sans qu'il n'ait compris pourquoi. Ces deux personnes étaient donc très importantes pour lui. Il s'arrêta et attendit que les deux Serpentard arrivent à sa hauteur. Théo leva la tête quelques secondes plus tard et son visage s'illumina en voyant Harry. Il donna un coup de coude à Draco qui redressa à son tour la tête. Harry vit un mélange de joie, d'amour et de tendresse dans les yeux de son blond adoré lorsque leurs regards se croisèrent. Nul doute que s'ils avaient déjà officialisé leur relation, Draco se serait jeté sur Harry pour l'embrasser. Harry en était intimement persuadé. Au lieu de ça, Draco s'approcha tranquillement avec Théo.
- Vous étiez tellement plongés dans votre conversation que vous seriez presque passés à côté de moi sans me voir, s'amusa Harry.
- Nous parlions Quidditch, déclara Draco. Mais on ne pensait pas te voir aujourd'hui, en fait. Tu es censé partir en début d'après-midi, tu avais ta séance avec Severus ce matin et tu dois avoir plein de choses à faire…
- Eh bien, pas tant que ça. J'ai juste des trucs de dernière minute à mettre dans ma valise et je dois aussi manger. Sinon, je suis libre. Je peux même boucler ma valise après manger. Ça nous permettra de passer le reste de la matinée ensemble, si vous voulez bien… Ça nous rappellera nos après-midi lors de ma convalescence… Ça me manque, parfois.
- C'est vrai que c'était cool, renchérit Draco, rêveur. C'étaient les seules occasions qu'on avait de n'être que tous les trois. Et encore, les professeurs Black et Lupin n'étaient jamais très loin… Mais tu ne préfères pas profiter de tes meilleurs amis avant de quitter Poudlard ?
- J'ai dîné avec eux hier soir et on est restés ensemble jusqu'à minuit, avoua Harry. On a beaucoup parlé. Du coup, comme j'ai passé pas mal de temps avec eux, j'estime pouvoir en passer avec vous aussi. Chacun son tour ! Mes amis de Gryffondor hier soir, mes amis de Serpentard ce matin.
- Tu me considères comme un ami ? s'indigna Draco.
Plusieurs élèves qui arrivaient près d'eux tournèrent la tête vers eux. Harry fit les gros yeux à Draco qui rougit.
- Pardon, j'avais oublié qu'il y avait du monde autour de nous…
- Allons à la Salle sur Demande, on y sera mieux, suggéra Harry.
Draco et Théo acquiescèrent et tous trois se dirigèrent vers les escaliers. Ils les montèrent jusqu'au septième étage et se rendirent à la salle sur demande que Harry fit apparaître en pensant à un endroit cosy. Il ne fut pas déçu du résultat. Ils entrèrent et s'assirent sur des coussins près de la cheminée.
- Je suis vraiment désolé pour tout à l'heure, reprit Draco. J'aurais dû être plus discret…
- Ce sera beaucoup plus simple quand on aura officialisé, soupira Harry. On était censé le faire tous les trois après le procès, mais nos plans ont été légèrement bousculés… Et je t'interdis de t'excuser, ajouta Harry en voyant Théo ouvrir la bouche. Tu n'y es pour rien. Tu n'as jamais demandé à ce que ta magie se bloque et te mette dans un état léthargique…
- D'accord, je ne dis rien, céda Théo en souriant. Et il va falloir qu'on attende encore au moins une semaine avant de s'afficher… On aurait pu le faire quand je suis sorti de l'infirmerie mais je devais rattraper les examens… Et là, Harry va s'en aller. Si on officialisait maintenant, il faudrait déjà que je sois avec Justin, et Draco se retrouverait à devoir gérer tout seul les réactions des autres… Vous auriez dû le faire avant nous, en fait.
- Non, on tenait à le faire en même temps, dit fermement Harry. On ne voulait pas vous laisser seuls dans cette situation. Draco et moi n'avons pas vraiment peur, mais nous savons que ce n'est pas le cas de Justin et toi. Surtout Justin, quoi… Il va faire par la même occasion son coming-out, ce n'est pas rien… Et vu que tu sembles être une cible facile pour certains idiots… C'est pour ça que Draco et moi voulions vous soutenir et être solidaires en affichant notre couple quand Justin et toi le ferez. On peut faire ça à mon retour, si vous voulez. Je reviens samedi après-midi, ça laissera une journée et demie à tout le monde de jouer les commères dans le château avant la reprise des cours.
Draco et Théo se regardèrent.
- Ça me va, déclara Draco.
- Il faut que j'en parle à Justin mais il sera sûrement d'accord, affirma Théo. Et je suis partant aussi. Il reste juste à prier Merlin pour que rien n'arrive d'ici ton retour.
- Ou pendant que tu seras au Square, renchérit Draco.
Harry se rembrunit. Il venait de réaliser qu'il allait partir en laissant Draco derrière lui. Celui-ci dut deviner ses pensées car il l'attira tout contre lui.
- Ça va passer vite, ne t'inquiète pas, l'apaisa-t-il. Évite de penser à moi et profite de ta semaine de vacances avec ton parrain et son compagnon. C'est important que vous passiez ces congés rien que tous les trois loin de Poudlard. Votre situation a changé. Vous êtes une vraie famille, maintenant. Et il faut que vous vous y habituiez.
Harry acquiesça. Il savait que Draco avait raison et qu'il devait lutter contre sa propre tristesse pour le raisonner.
- Je suis content de passer cette semaine avec eux, j'ai même hâte, d'un sens, mais ça me fait quand-même de la peine de laisser tant de monde derrière moi… Mais ça va aller. Ça va juste être dur les deux premiers jours, et ensuite, ça ira. Par contre, Théo, je compte sur toi pour occuper Draco et lui changer les idées s'il se met à déprimer.
- Hé, je n'ai pas besoin qu'on me surveille, protesta Draco.
- Je préfère m'assurer que tout ira bien pour toi, répliqua Harry. Si tu veux que je passe une bonne semaine, je dois être rassuré à ton sujet.
- Non mais le chantage ! s'écria Draco. Je suis choqué.
- Ce n'est pas du chantage, rétorqua Harry. Je voulais juste dire par-là que mon bonheur dépend du tien.
- Oh, c'est mignon, s'attendrit Draco. Je n'avais pas vu ça comme ça. Mais c'est super romantique, vu sous cet angle. Tu es un amour.
Draco embrassa Harry qui lui rendit tendrement son baiser. Lorsqu'ils séparèrent leurs lèvres, Harry vit Théo sourire d'un air mi-moqueur, mi-amusé. Draco le remarqua aussi et demanda :
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Non, rien, c'est juste que j'ai l'impression que Harry te mène par le bout du nez. Il obtient ce qu'il veut de toi. Tu devrais faire attention à lui.
- Ne t'en fais pas, je suis un vrai Serpentard, moi, se vanta Draco. Je peux très bien aussi faire de lui ce que je veux. Mais sans aller trop loin, bien sûr. C'est toujours bon enfant. Il n'y a aucun rapport de force entre nous.
- Je sais, ça se voit que votre relation est tout ce qu'il y a de plus sain. Vous êtes vraiment faits pour être ensemble, dit affectueusement Théo.
- Quand j'entends ça, ça me fait penser à un lien qu'il pourrait y avoir entre Draco et moi alors que pas du tout, pouffa Harry. Je suis trop influencé par l'histoire de Sirius et de Remus.
- Tu n'angoisses pas trop, d'ailleurs ? demanda Théo. Car cette semaine loin de Poudlard est censée vous aider à vous habituer à votre nouvelle situation familiale, mais ça pourrait être une source de stress pour toi…
Harry fut surpris par la lucidité de Théo. Car il avait visé juste.
- Il y a bien quelque chose qui me chiffonne, oui, avoua Harry. J'avais prévu d'en parler avec Ron et Hermione, j'aurais dû le faire hier soir mais j'ai complètement oublié…
- C'est peut-être mieux ainsi. Si vous en aviez parlé, vous vous seriez couchés à une heure du matin, plaisanta Draco. Mais Théo et moi pouvons t'écouter.
Harry acquiesça et se lança :
- En fait, jusque-là, Sirius et Remus ne se comportent pas vraiment comme un couple quand je suis avec eux. Je me suis dit qu'ils attendaient sûrement d'être au Square pour le faire car on sera dans un cadre plus familial. Mais ça me fait un peu peur. Je ne les ai pas encore vus s'embrasser et quand ça arrivera, je ne sais pas comment je réagirai. Ça va forcément me faire bizarre, ça, c'est sûr. Car ils ont toujours été deux vieux amis à mes yeux depuis que je les connais, alors ça ne va peut-être pas me paraître naturel de les voir s'embrasser du jour au lendemain… Et puis, il y a également le fait qu'ils font office de parents pour moi, maintenant. Or, je ne me souviens pas avoir vu mes vrais parents s'embrasser. Et je n'ai jamais considéré mon oncle et ma tante comme étant mes parents. Ça va donc être nouveau pour moi et j'ignore ce qu'il faut faire quand des parents s'embrassent devant leur enfant… Enfin, voilà, c'est assez confus. Je voulais en parler avec Ron et Hermione car eux ont l'habitude… Mais je ne sais pas pour vous. Est-ce que… est-ce que vous avez déjà vu vos parents échanger un baiser ?
Draco et Théo se regardèrent. Ils semblaient un peu dépassés par cette question, mais ce fut avec toute la douceur du monde que Théo répondit :
- Oui, et c'est tout à fait naturel et normal. Bon, il y a des Sang-Pur qui préfèrent ne pas s'embrasser devant qui que ce soit, parce que ça ne se fait pas en public et que ce n'est pas digne de leur rang, tout ça, tout ça, mais la grande majorité des parents le font devant leurs enfants. Il n'y a pas de gêne à avoir. C'est quelque chose d'anodin et qu'ils font sans réfléchir. Après, tout comme Draco, Ron et Hermione, j'ai toujours connu ça, du temps où ma mère était encore là, c'est donc logique que ça ne me choque pas, mais pour toi, ce sera nouveau, alors c'est normal que tu te poses des questions et que tu aies des craintes. Mais je t'assure qu'il ne faut pas être gêné. Ton parrain et son compagnon sont des personnes comme les autres. Ils sont en couple, ils s'aiment et ils se le montrent en s'embrassant, comme n'importe quel couple de Poudlard le fait dans les couloirs, dans les salles communes, dans le parc, dans la Grande Salle… Il n'y a vraiment rien de plus normal que ça.
Harry hocha distraitement la tête. Les mots de Théo l'avaient bien rassuré. Le fait que ce soit lui qui lui dise tout ça y était pour beaucoup. Car en temps normal, Théo était hyper pudique et était mal à l'aise dès qu'il était question de relations intimes ou amoureuses. Alors s'il disait qu'il n'y avait rien de gênant à voir des parents partager un baiser, Harry pouvait le croire sans hésiter. Il se tourna vers Draco qui leva les deux mains.
- Je n'ai rien à ajouter. Théo a tout dit.
Harry sourit.
- Merci, Théo. Ça m'a beaucoup rassuré, ce que tu viens de dire. Il va juste falloir que je m'y fasse, en fait.
- Exactement, approuva Draco. Ça va venir avec le temps, et avec l'habitude. Tu dois donc éviter de t'en aller ou de détourner le regard dès qu'ils s'embrasseront. Ça peut paraître bête, comme conseil, mais…
- Non, au contraire, c'est nécessaire. Ça devait être dit, même si ça coule de source. Merci à tous les deux, vous êtes super.
Harry embrassa Draco et fit un câlin à Théo avant de retourner dans les bras de Draco. Un soupir de bien-être faillit lui échapper. Il se sentait serein comme il l'avait rarement été. Il avait l'impression de vivre un moment hors du temps avec Draco et Théo, dans cet endroit spécialement fait pour eux. Tout était tellement simple entre eux... Ils avaient une relation particulière qui était aussi inattendue que profonde. Harry fut donc triste lorsqu'il dut quitter Draco et Théo. Il était conscient de prendre ce risque en passant un moment avec eux à quelques heures de son départ. Il savait que c'était une chose à ne pas faire. Mais il n'avait pas pu laisser filer cette occasion. Ça avait été trop tentant. Il se réconforta en se disant qu'il allait garder un bon souvenir de ces deux heures passées avec Draco et Théo. Il sortit en premier de la salle sur demande, préférant rompre au plus vite ce moment. Il était un peu plus de midi mais étant tout près de sa salle commune, il décida de rejoindre son dortoir afin de boucler ses valises avant d'aller manger.
.
Une heure plus tard, Harry se rendit encombré aux appartements de Sirius et de Remus. Il avait finalement réussi à tout caser dans une valise et heureusement, car il avait également la cage de Hedwige à porter. Il avait eu du mal à l'y faire entrer. Elle n'avait pas été très coopérative et elle lui avait donné plusieurs coups de bec. Elle ne devait pas comprendre pourquoi ils ne s'en allaient que maintenant alors qu'il ne restait qu'une semaine de vacances… Mais après avoir eu la promesse de la part de Harry qu'elle pourrait aller chasser la nuit si elle le souhaitait, elle avait consenti à entrer dans sa cage. Harry avait donc les bras pris lorsqu'il frappa à la porte. Ce fut Remus qui lui ouvrit.
- Ouh là, donne-moi ta valise, ça va déjà te soulager un peu… Tu aurais dû faire deux allers-retours en déposant d'abord ta valise ici…
- Je n'y ai pensé qu'à la volière. On se demande où est passé mon sens de l'organisation…
- Il doit être parti en vacances, lui aussi, se moqua gentiment Remus. Allez, viens.
Harry pénétra dans les appartements et suivit Remus jusqu'au salon où se trouvait Sirius.
- Ah, nous voilà au complet ! s'exclama celui-ci. On va pouvoir y aller. Tu as tout ce qu'il te faut, Harry ? Tu n'as rien oublié ?
- Non, j'ai vérifié plusieurs fois et je n'ai laissé que ce dont je n'aurai pas besoin.
- Tu es sûr ? Tu as pris assez d'affaires ? Tu as pris tes cours ? Tu as pris ta baguette ?
- Oui, oui et oui. Ce n'est pas la première fois que je fais ma valise pour quitter Poudlard, Sirius. J'ai l'habitude.
- Oui mais c'est la première fois que je t'arrache justement de Poudlard pour t'emmener au Square. Mais je te fais confiance. Si tout le monde est prêt, allons-y ! Remus va passer en premier. Ensuite ce sera toi, puis moi.
Harry acquiesça tandis que Remus se dirigeait vers la cheminée. Dix secondes plus tard, il disparut. Harry attendit deux minutes avant d'y aller à son tour. Il prit une pincée de poudre de Cheminette, prononça l'adresse du Square et jeta la poudre dans l'âtre. Il fut transporté dans un tourbillon et vit défiler tout un tas de cheminées avant d'atterrir dans celle du Square. Il en sortit pour ne pas se faire bousculer par Sirius qui arriva quelques minutes après lui.
- De retour à la maison ! Ouah, ça change de Poudlard…
- C'est sûr que le salon du Square n'a rien à voir avec celui de nos appartements, renchérit Remus. Il est beaucoup plus grand. Et la déco n'est pas la même.
- J'aime bien celle qu'on a à Poudlard, commenta Sirius. Surtout les murs beiges…
Remus et Harry se regardèrent puis s'écrièrent :
- N'y pense même pas !
- Quoi ? Elle ne vous plaît pas, la couleur des murs de nos appartements ?
- Si, mais celle des murs du Square est très bien aussi, répliqua Remus.
- Oui mais je la trouve un peu fade, maintenant. Ce serait mieux si…
- NON ! hurlèrent Remus et Harry.
Sirius éclata de rire.
- Je plaisantais ! Je vous faisais marcher et vous avez couru.
- Oui bah désolé mais on se méfie, avec le coup que tu nous as fait pendant l'été…
- Non, je vous rassure, je n'ai vraiment pas l'intention de repeindre une nouvelle fois les murs. Cette couleur me va très bien et puis je sais que si je voulais la changer, je devrais le faire seul comme cet été. Et je n'ai pas très envie de retenter l'expérience.
- Tu as pourtant réussi à tout repeindre tout seul, rappela Remus.
- Oui, mais j'étais persuadé de parvenir à te convaincre de m'aider… Mais tu n'as jamais flanché.
- Je m'étonne moi-même de t'avoir tenu tête malgré ton insistance…
- Ce serait une autre histoire aujourd'hui.
- Comment ça ?
- Bah, j'ai des moyens de pression que je n'avais pas cet été…
Remus rougit brusquement. Harry n'avait pas compris ce qu'avait voulu dire Sirius mais en voyant la réaction de Remus, il se dit que c'était peut-être mieux ainsi.
- Bon, je vais aller m'installer dans ma chambre, déclara-t-il.
- Tu veux que je t'aide à porter quelque chose ? demanda Sirius.
- Non, ça ira, merci, dit Harry en souriant.
Il reprit sa valise et la cage de Hedwige et se dirigea vers les escaliers. Il monta au premier étage et se rendit à sa chambre où il posa sa valise sur son lit ainsi que la cage de Hedwige sur son bureau. Il l'ouvrit et laissa sortir sa chouette qui lui mordit affectueusement le doigt avant de s'envoler par la fenêtre. Harry la regarda disparaître à l'horizon puis il s'attaqua à sa valise. Il la défit et rangea ses affaires. Une fois tout à sa place, il mit sa valise sous son lit et s'assit sur celui-ci. Il se retrouva au milieu de sa chambre et l'observa. Elle n'avait pas changé depuis l'été précédent. Et ce fut bien cela qui le troubla. Il ne put s'empêcher de repenser aux grandes vacances qu'il avait passées au Square. Elles avaient fait partie de ses meilleures vacances alors qu'il n'était pas bien du tout. Mais il n'en avait pas vraiment conscience à ce moment-là. Du moins, pas à ce point. Ce qui avait rendu cet été meilleur que les autres, c'était qu'il était avec Sirius et Remus et non chez les Dursley. Ça avait été un grand soulagement pour lui et ça avait suffi à son bonheur, même s'il n'était pas aussi heureux qu'il le pensait. Il souffrait même énormément psychologiquement parlant mais il ne pouvait pas en parler. Il s'était enfoncé dans son mal-être, allant jusqu'à prendre des potions de sommeil sans rêves qu'il se préparait lui-même en cachette. Il avait arrêté de faire des cauchemars et il s'était persuadé qu'il allait bien. Il avait continué à fabriquer et consommer ces potions à Poudlard, à l'insu de tout le monde, même lorsqu'elles ne faisaient plus vraiment effet et qu'elles le fatiguaient plus qu'autre chose. Il s'était également enfermé dans sa relation avec Adrian qu'il croyait lui faire du bien alors qu'elle était malsaine. Sans s'en apercevoir, il s'était progressivement coupé de son entourage qui s'inquiétait pour lui et qui avait tenté de l'aider à de nombreuses reprises sans y parvenir. Puis il y avait eu le viol, qui en était un même s'il n'avait pas complètement abouti. Il avait été secouru par Draco et Théo, puis par le professeur Snape et tout avait alors changé à partir du jour où il s'était réveillé dans les appartements de ce professeur qu'il avait tant honni. Il l'avait remis sur pied à tous les niveaux et il lui avait apporté toute l'aide dont il avait besoin. Il l'avait écouté, soutenu, relevé, encouragé, conseillé, rassuré, réconforté… Il lui avait consacré tout son temps, il l'avait aidé et il l'avait sauvé. Et Harry lui serait éternellement reconnaissant pour cela. Il avait aussi eu le soutien de ses proches qui avaient été plus qu'essentiels durant sa convalescence. Sirius, Remus, Draco, Théo, Ron, Hermione, Ginny… Il avait été entouré d'amour et d'affection et cela l'avait beaucoup aidé. Il avait eu la meilleure des convalescences avec une incroyable organisation pour qu'il soit toujours dans les conditions les plus idéales qu'il soit. Durant deux mois, il avait partagé son temps entre les appartements du professeur Snape et ceux de Sirius et Remus et ça avait été juste parfait. Malgré le fait qu'il soit convalescent, il avait vite commencé à rattraper les cours et cela ne l'avait absolument pas dérangé, bien au contraire. Cela lui avait permis de s'occuper et de reprendre peu à peu une vie normale. Il s'était préparé à retourner en cours par le biais de sorties dans le château et de séances de travail avec Draco et Théo. Il avait été acclimaté en douceur et de façon très efficace. Puis il y avait eu la reprise des cours qu'il avait autant attendue que redoutée. Elle s'était relativement bien passée, même si ça avait été évidemment un peu compliqué, n'ayant pas pu échapper à certaines choses qu'ils avaient craintes. Il avait retrouvé ses camarades, ses amis, ses professeurs… Tout était petit à petit redevenu normal. Il avait découvert que ses meilleurs amis étaient en couple, l'une avec son binôme de travail et préfet collègue, l'autre avec sa préfète collègue, et il s'était lui-même mis avec Draco peu après avoir repris les cours. Avec les petits-amis des uns et des autres, une bande s'était formée et une solide amitié était apparue entre eux au fil du temps. Sans avoir vu les choses venir, Harry s'était alors fait plein d'amis par alliance, et s'était notamment rapproché de Justin et Pansy. Puis, alors que tout allait bien de son côté, Sirius avait commencé à aller mal et Harry s'était beaucoup inquiété pour lui. Après avoir effectué un transfert involontaire avec Théo, il avait appris le lien qui unissait Sirius et Remus et avait découvert toute la vérité sur le mal qui avait rongé son parrain. Il avait été surpris mais surtout rassuré de savoir que tout allait pour le mieux pour Sirius. Tel était le bilan de tout ce qui s'était produit depuis son été au Square. C'était huit mois plus tôt, ce n'était pas si vieux que ça mais Harry avait l'impression que cela remontait à une éternité tellement il s'était passé de choses depuis. Il en avait presque le vertige en y pensant. Il était au même endroit que huit mois auparavant, avec les mêmes personnes, mais tout était pourtant différent. C'était assez troublant. L'été précédent, il allait mal, il se sentait seul, il gardait plein de choses en lui et Sirius et Remus étaient de vieux amis qui essayaient de s'occuper de lui. Aujourd'hui, il allait bien mieux, il était heureux, il avait l'esprit et le cœur beaucoup plus légers, il était énormément entouré, il avait plein d'amis, il avait un petit-ami et il formait une vraie famille avec Sirius et Remus qui n'étaient plus seulement amis mais amoureux et qui étaient en couple. Tout avait changé et c'était beaucoup mieux ainsi. Harry devait maintenant s'habituer à cette nouvelle situation familiale et la semaine de vacances qu'il allait passer au Square avec Sirius et Remus était faite pour l'y aider. Et il comptait bien en profiter.
Cette rétrospective avait plongé Harry dans une profonde réflexion. Lorsqu'il en sortit, il décida de faire le tour de la maison afin de se promener un peu. Il avait besoin de bouger et de se réapproprier le Square pour se sentir pleinement chez lui. Il quitta donc sa chambre et commença à arpenter les couloirs du Square. Il s'était beaucoup promené durant l'été, aussi connaissait-il presque par cœur les lieux. Il monta jusqu'au dernier étage et visita quasiment toutes les pièces. En redescendant au rez-de-chaussée, il voulut aller voir la tapisserie des Black. Il se rendit à la pièce où elle se trouvait et la contempla. Il n'aimait pas la famille Black pour ses idées sur la pureté du sang mais il aimait le côté historique et généalogique de la tapisserie. Elle avait un certain charme et une certaine beauté dus à son ancienneté. Elle aurait été plus belle encore sans les trous noirs qui cachaient le nom de plusieurs membres de la famille – dont Sirius – mais cela démontrait le courage qu'ils avaient eu en allant à l'encontre de l'idéologie de leur famille. Ce qui retenait aussi l'attention de Harry, c'était de voir que toutes les familles de Sang-Pur étaient plus ou moins liées entre elles. Cela le rendait assez perplexe. Il savait que c'était chose courante, chez les Sang-Pur, de se marier entre cousins, mais il ne pouvait s'empêcher de songer à la consanguinité. C'était quand-même plutôt risqué d'avoir des enfants avec quelqu'un d'aussi proche génétiquement parlant... Enfin, c'était le cas chez les moldus. Mais peut-être était-ce différent chez les sorciers… Il en parlerait avec Sirius plus tard. Il promena son regard sur la tapisserie et ressentit un petit pincement au cœur en voyant le nom de Draco. Une semaine sans lui… Non, il ne devait pas penser à ça. Il réalisa néanmoins à ce moment-là qu'il était vraiment coupé de son petit-ami. Lorsqu'il était à Poudlard, il savait que Draco était dans le coin, qu'il y avait au maximum sept étages d'écart entre eux et qu'ils pouvaient se croiser en se baladant dans le château. Là, il aurait beau faire trente-six mille fois le tour du Square, il ne tomberait pas sur Draco. Il n'y avait que Sirius, Remus et lui-même dans cette maison. Mais ils avaient besoin de ces vacances en famille. Il eut alors envie de rejoindre Sirius et Remus. Il se dit qu'ils étaient sûrement dans le salon et, en effet, il les y trouva en train de corriger des copies.
- Non mais vous êtes sérieux ?! s'exclama-t-il. Ça fait deux heures qu'on est là et vous êtes déjà au travail !
- Nous profitions juste que tu sois occupé ailleurs. Nous avons encore pas mal de devoirs à corriger et nous préférons nous en débarrasser au plus vite pour pouvoir ensuite nous reposer jusqu'à la fin des vacances, expliqua Remus.
- Oh, je comprends mieux… Mais vous me promettez de lever le pied quand vous en aurez fini avec ces copies ? Parce que ce sont censées être des vacances pour vous aussi, rappela Harry.
- Mais oui, ne t'en fais pas, on compte bien se reposer, le rassura Sirius. Tu sais que c'est à nous de faire ce genre de remarques, normalement ?
- Peut-être, mais vous n'aurez pas à m'en faire puisque moi, j'ai déjà fait presque tous mes devoirs. Donc je prends le relais ! Vous avez tant fait pour moi, je peux bien vous rendre la pareille…
- Arrête, j'ai l'impression d'avoir quatre-vingt-dix ans quand tu dis ça ! s'horrifia Sirius. Comme si tu venais voir tes vieux parents chez eux pour leur faire leurs courses…
- Qui sait, ça arrivera peut-être, rigola Harry.
- Tu auras intérêt à venir avec les enfants et les petits-enfants, alors, imposa Sirius. J'en veux plein, des petits-enfants et des arrière-petits-enfants.
- Tu en auras si j'arrive à adopter, opposa Harry. J'en veux aussi, des enfants, aussi bizarre que cela puisse paraître à mon âge, mais dans mon cas, ça risque d'être un peu compliqué… Enfin, peut-être est-ce plus facile dans le monde sorcier… Je n'en sais rien, je n'en ai jamais entendu parler. Mais ce matin, le professeur Snape a évoqué mon éventuel premier enfant comme si c'était acté que j'allais en avoir. Comme si le fait que je sois un homme n'allait pas être un obstacle. Comme si, avec mon compagnon, on n'aurait pas moins de difficultés qu'un couple hétéro à avoir des enfants, alors que nous, on sera obligés d'adopter, ce qui n'est pas forcément le cas de tous les hétéros… Alors je me dis que c'est peut-être plus simple chez les sorciers d'adopter…
Sirius et Remus se regardèrent. Ils avaient l'air gênés.
- Tu as encore plein de choses à apprendre sur le monde sorcier, en effet, affirma Remus. Mais tu as le temps d'y penser. Ce n'est pas comme si tu voulais avoir un enfant avec Draco dans la foulée…
- Évidemment, je vais d'abord terminer mes études, mais je trouvais juste ça bizarre.
- C'est un sujet assez délicat qui, une fois abordé, entraîne beaucoup de questions et d'explications.
- D'accord, j'aurai sûrement mes réponses en temps voulu, alors. Bon, est-ce que vous avez corrigé mon devoir ?
- Non, nous n'avons pas encore attaqué les copies des BUSE blancs, avoua Remus. Et même si nous avions corrigé la tienne, nous ne serions pas autorisés à te dévoiler ta note.
- Je voulais juste savoir si j'avais réussi, protesta Harry, déçu.
- Oh, je pense que tu dois le sentir, quand-même, supposa Sirius. De toute façon, maintenant que tu es là, nous allons arrêter de travailler. Nous avons bien mieux à faire. Remus et moi avons pensé à tout ce qu'on pourrait faire durant cette semaine de vacances. Et on aimerait avoir ton avis.
- Je vous écoute, dit Harry, vivement intéressé.
Sirius et Remus se lancèrent ainsi dans la liste des idées qu'ils avaient eues. Elles plurent toutes à Harry qui les agrémenta en apportant des suggestions. Ils se retrouvèrent ainsi à faire le planning de leurs vacances et y passèrent le reste de l'après-midi. Harry fut tellement absorbé par la discussion qu'il ne vit pas l'heure tourner. S'il avait eu peur de trop penser à Draco lorsqu'il serait au Square, il était désormais rassuré. Son petit-ami allait lui manquer, oui, mais avec tout ce qui était prévu pour cette semaine de vacances, il allait largement avoir de quoi occuper son esprit !
.
.
(dimanche 31/03) POV Tonks
.
- Tu es sûre que ça va aller, Tonks ?
- Mais oui, ce n'est pas la première fois que je me prends un coup de pied lors d'une opération… Le principal, c'est qu'on ait réussi à le coincer.
- Oui mais bon, il n'y est pas allé doucement…
- Je te dis que ça va, Bart. Ça ne va pas m'empêcher d'écrire le rapport, en tout cas.
- Tu aurais peut-être préféré faire l'interrogatoire ?
- Non, je préfère faire le compte rendu, pour une fois. Tu devrais y aller, d'ailleurs, King t'attend.
Bart acquiesça et alla rejoindre Kingsley qui patientait un peu plus loin. Tous deux devaient faire avouer l'homme qu'ils venaient d'interpeller avec Tonks et quatre de leurs collègues. L'opération n'avait pas été de tout repos. L'homme, qui était en fuite après avoir commis de graves délits et qui était recherché dans tout le pays, leur avait donné du fil à retordre. Alors qu'ils étaient à sept contre lui, il avait réussi à leur échapper de nombreuses fois, en provoquant notamment des explosions qui, heureusement, n'avaient blessé personne mais qui avaient empêché les sept Aurors d'avancer et qui leur avaient fait perdre la trace de l'homme. Ils avaient pourtant continué à le traquer sans relâche et l'avaient retrouvé à chaque fois. À un moment, après l'avoir perdu de vue pendant une vingtaine de minutes, ils l'avaient aperçu mais il était trop loin pour qu'ils puissent faire quoi que ce soit. Leurs sorts n'auraient eu aucun effet. Ils auraient pu transplaner pour se rapprocher de lui mais le malfrat était rôdé et lançait fréquemment des sorts anti-transplanage derrière lui en informulé. Les Aurors avaient tout de même réussi à le rattraper mais comme il était en hauteur sur un mur, ils n'avaient pas pu lui lancer un sort de stupéfixion ou un maléfice du saucisson qui l'auraient fait tomber. Selon la gravité de la chute, il aurait pu être sérieusement blessé et les Aurors avaient besoin de le capturer vivant et en pleine possession de ses moyens. Roy Harper lui avait alors jeté un maléfice d'entrave qui l'avait ralenti et qui avait permis à l'équipe de le rejoindre rapidement. Harper l'avait libéré du sort une fois à terre mais il en avait profité pour se débattre et ruer dans les brancards. Il avait donné un violent coup de pied à Tonks qui le tenait et qui ne l'avait pas lâché malgré la douleur qui avait envahi son genou. Ses collègues avaient mis l'homme sous Incarcerem et l'avaient ramené ainsi au Ministère. Ils venaient tout juste de rentrer et Kingsley et Bart s'apprêtaient à interroger le malfrat. C'était Tonks, habituellement, qui était désignée pour faire passer les prévenus aux aveux mais elle avait préféré rédiger le rapport de l'intervention. Celle-ci avait été relativement éprouvante et même si Tonks assurait que ça allait, elle ne se sentait pas d'attaque pour un interrogatoire. Alors que Bart et Kingsley partaient s'en occuper, elle se rendit à son bureau où l'attendait une pile de dossiers. Un soupir lui échappa. Elle allait encore devoir travailler jusque tard dans la soirée… C'était dimanche mais elle avait été réquisitionnée pour être de garde. Cela ne la dérangeait pas : elle n'avait rien de prévu. Elle pouvait être de garde tous les dimanches s'il le fallait. Bon, peut-être pas tous. Cela lui arrivait parfois d'avoir des choses à faire. Comme dîner chez ses parents, par exemple. Elle avait aussi des amis mais ils avaient tous eu la merveilleuse idée de se mettre en couple et d'avoir des enfants dans la foulée. Alors les sorties entre amis de la nuit de samedi à dimanche jusqu'au petit matin, c'était assez compliqué… Et puis bon, elle aimait son métier. Elle l'adorait, même. Ce n'était donc pas un problème pour elle de passer ses dimanches à travailler.
Elle se traîna jusqu'à sa chaise et s'attaqua au compte rendu de l'intervention. Il y avait beaucoup de choses à dire. Il ne fallait rien oublier, chaque détail ayant son importance, et ce fut pourquoi elle focalisa toute son attention sur son rapport. Elle écrivit sans relâche, notant tout ce qui s'était passé, jusqu'à ce qu'elle soit interrompue par des coups frappés à la porte.
- Entrez, dit-elle sans lever la tête de son parchemin.
La porte s'ouvrit.
- Excusez-moi, j'en ai pour une minute et ensuite je suis à vous, promit-elle tout en écrivant.
- J'espère que tu ne dis pas ça à tous les hommes qui entrent dans ton bureau.
Tonks redressa vivement la tête en reconnaissant la voix de Severus. Son cœur fit un salto dans sa poitrine lorsqu'elle croisa le regard amusé et légèrement moqueur de son compagnon. Elle se leva et ignora son genou douloureux pour aller se jeter dans les bras de l'homme qu'elle aimait. Elle posa derechef ses lèvres sur celles de Severus qui répondit aussitôt à son baiser en la serrant fort contre lui. Ils s'embrassèrent un long moment et se séparèrent lorsqu'ils durent reprendre leur respiration.
- Je ne m'attendais pas à te voir, souffla Tonks. Tu me prends toujours par surprise.
- Avoue que ça te plaît, s'amusa Severus.
- Je ne dis pas le contraire, admit Tonks. Mais je ne t'accueille pas comme il se le doit, du coup. Car je ne sais pas qui entre dans mon bureau.
- Ça, c'est parce que tu as constamment la tête plongée dans tes parchemins. Ça fait plaisir de voir que tu es toujours autant à fond dans ton travail, mais j'espère que tu penses à lever un peu le pied, parfois… Mais vu que tu es ici un dimanche, j'en doute sérieusement.
- Tu devais quand-même penser que j'étais là vu que tu es venu, fit remarquer Tonks, mutine.
- Je commence juste à te connaître, répondit Severus sur le même ton.
Tonks sourit et déposa un léger baiser sur les lèvres de Severus.
- Je te rassure, je me suis un peu calmée sur le travail. Je n'accepte plus systématiquement de faire le boulot de mes collègues. Mais je ne peux pas dire non quand on me demande d'être de garde, que je n'ai que ça à faire et que j'ai envie de travailler…
- Tant que ça ne nuit pas à ta santé, je suis d'accord. Et tant que tu ne dis pas à tous les hommes qui entrent dans ton bureau que tu es à eux.
Tonks éclata de rire.
- C'est une façon de parler ! Bien sûr que je ne suis pas à eux. Mais il faut vraiment que j'apprenne à lever la tête quand quelqu'un vient me voir, ça m'évitera de parler à mon compagnon comme s'il s'agissait de n'importe quel autre homme… En tout cas, je suis trop contente de te voir. Tu égayes ma journée. J'avais totalement oublié que c'étaient les vacances à Poudlard. Tu as réussi à te libérer un peu, du coup ?
- Oui, et ce n'était pas gagné, pourtant.
- Trop de copies à corriger, trop de potions à préparer, trop de patients à soigner… ?
- Les copies et les potions, ça, c'est habituel, plaisanta Severus. C'est mon quotidien depuis que je travaille à Poudlard. Mais j'ai beaucoup de patients à soigner, en effet.
- Physiquement ou psychologiquement ?
- Psychologiquement. Et encore, il y en a deux que j'aurais dû voir pendant les vacances mais qui ont décidé d'attendre la rentrée pour commencer la thérapie… Mais je vais devoir obliger l'un des deux à la commencer dès maintenant. Il faut juste que je demande quelque chose à trois collègues avant de convoquer cet élève.
Tonks regarda Severus avec perplexité.
- Ça m'a l'air encore bien compliqué, cette histoire…
- Comme à chaque fois que ça concerne cet élève, oui.
- Ouh là, ça réduit considérablement les possibilités… Allez, au pif… Harry ?
- Et non ! Raté, c'est l'autre. Mais j'ai eu mon lot de problèmes avec Harry aussi. Théo et lui ne me laissent aucun répit, en fait. Quand ce n'est pas l'un, c'est l'autre. Ils alternent. Parfois, c'est même les deux en même temps. Et comme si ça ne suffisait pas, j'ai également dû m'occuper du parrain et du directeur de maison de Harry. Ils vont tous me rendre fou ! Quand j'ai assuré le rétablissement de Harry, je ne pensais pas que j'allais devenir le médicomage de toute la famille…
- Tu ne regrettes rien, j'espère ?
- Non, bien sûr que non, je ne pourrai jamais regretter d'avoir sauvé un adolescent qui était au bord du gouffre… C'est juste que ça m'a beaucoup rapproché de Sirius et de Remus et que je n'ai pas pu m'empêcher de les aider quand ils en avaient besoin.
- Et c'est tout à ton honneur. Je suis fière de toi, moi. Tu as changé et c'était ce qui pouvait t'arriver de mieux.
Severus sourit et embrassa tendrement Tonks qui lui rendit son baiser avec la même douceur.
- Et toi, alors ? Comment ça se passe, ton travail ? demanda Severus. Tu m'en parles dans tes lettres mais je suppose qu'il y a plein de choses que tu omets délibérément de me dire pour éviter que ta lettre ne fasse dix mètres de parchemin…
- Effectivement, je sélectionne et je te fais de très brefs résumés, avoua Tonks. Mais j'y suis obligée car il y a un certain nombre d'affaires dont je n'ai pas le droit de parler. Bon, ce que je peux te dire, déjà, c'est qu'on vient d'arrêter le type qui était recherché dans tout le pays. King et Bart sont en train de l'interroger et je rédigeais le rapport quand tu es entré.
- Oh, c'est pendant cette intervention que tu t'es blessée ?
Tonks haussa les sourcils.
- Comment tu sais ça ?
- Tu boitais quand tu es venue m'embrasser.
- Oh… J'ai juste un peu mal au genou.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Le type m'a donné un violent coup de pied alors qu'on essayait de le maîtriser.
- Tu veux bien que je regarde ça de plus près ?
- En temps normal, j'aurais dit non, car il n'y a rien de grave, mais je serais cruelle de t'enlever une occasion d'exercer ton métier, s'amusa Tonks.
- En effet, tu me briserais le cœur, renchérit Severus. Allez, montre-moi ça. Assis-toi, ce sera plus pratique.
Tonks acquiesça et s'assit sur sa chaise. Comme elle portait une jupe qui lui arrivait juste au-dessus des genoux, elle n'eut qu'à remonter sa robe de sorcier afin que Severus puisse examiner celui qui lui faisait mal. Il l'observa, le tâta et fit faire quelques mouvements à Tonks.
- Bon, rien d'inquiétant. Il faut que tu protèges un maximum ton genou et que tu évites de faire trop d'efforts. Je vais te faire parvenir un baume que tu devras appliquer deux fois par jour. Tu devrais le recevoir d'ici après-demain. En attendant, tu peux soulager la douleur avec une poche de glace.
- D'accord, je dois avoir ça à la maison. Merci pour tous ces conseils.
Tonks se releva et embrassa Severus. Cette fois, le baiser fut beaucoup plus long et beaucoup plus approfondi. Les mains de Severus étaient posées dans le bas du dos de Tonks qui, elle, fourrageait dans les cheveux de son compagnon. Ils avaient presque oublié où ils étaient lorsque des coups se firent entendre à la porte avant qu'elle ne s'ouvre. Ils se séparèrent aussitôt mais les deux hommes qui venaient d'entrer eurent quand-même le temps de les voir.
- Oups, désolé, nous repasserons plus tard, dit l'un d'entre eux.
Ils s'en allèrent comme ils étaient venus. Tonks soupira.
- Je vais me faire pourrir. Ils ne vont pas me lâcher avec ça.
- Tu risques quelque chose ? s'inquiéta Severus.
- Non, pas vraiment. Bart va juste me faire la morale et me rappeler le règlement. Et King et lui vont se faire un malin plaisir de me taquiner sur notre relation… Ça va y aller, les sous-entendus…
- Je suis désolé, je n'aurais pas dû te rendre visite sur ton lieu de travail…
- Cet après-midi était sûrement le seul moment où tu pouvais te libérer… Sinon, tu aurais attendu ce soir pour venir me voir chez moi. Et j'imagine que tu dois être de retour à Poudlard d'ici la fin de la journée…
- On ne peut rien te cacher, reconnut Severus. Je ne voulais pas débarquer chez toi à dix-huit heures et partir à vingt-et-une heures… Si je viens, c'est pour passer la soirée avec toi, dîner avec toi, mais aussi dormir avec toi et avoir la joie de t'avoir dans mes bras au réveil.
Les mots de Severus émurent Tonks. Ils étaient doux et romantiques et cela la touchait beaucoup.
- Je suis totalement d'accord. Ce serait bien qu'on réussisse à se trouver un week-end pour ça.
- Il faudrait que tu ne travailles pas trop tard le samedi, que tu ne sois pas de garde le dimanche et que, de mon côté, je sois entièrement libre. Les prochaines semaines, ça va être compliqué, car je vais avoir les entretiens avec mes élèves de cinquième année pour voir avec eux les matières qu'ils vont garder l'année suivante et voir aussi le métier qu'ils souhaitent exercer plus tard. Ayant dix élèves à recevoir comme chaque directeur de maison, je pense faire ça sur deux ou trois jours, étant donné qu'un entretien dure trois quarts d'heure en moyenne. J'ai également des préfets à choisir, et donc des tests et des entretiens à faire passer aux candidats, ainsi que des réunions à avoir avec les autres professeurs. Normalement, on aurait dû sélectionner les nouveaux préfets l'année prochaine mais le directeur en a décidé autrement.
- Oh là là, déjà que tu es débordé, alors avec les conseils d'orientation et la sélection des préfets qui viennent s'ajouter à tout ce que tu as déjà à faire, tu vas finir par faire un burn-out…
- Ne t'inquiète pas, je saurai gérer mon temps. D'ici mi-mai, ça devrait aller mieux. Mais si j'arrive à me libérer un week-end, je viendrai le passer avec toi, promis.
Tonks acquiesça.
- Il faudra juste que ça ne tombe pas sur un week-end où je dois dîner chez mes parents. D'ailleurs, à ce propos… Je leur ai dit que j'étais avec quelqu'un mais sans leur dire qui c'était. Ça les intrigue et je me demandais si… si tu serais d'accord pour…
- Pour que tu leur dises que tu es avec moi ? compléta Severus.
- C'est ça.
- À vrai dire, je voulais aussi en parler à Draco. Les grandes vacances approchent, mine de rien, il va être avec moi et ce serait bien qu'on en profite pour organiser un dîner pendant lequel on pourrait faire les présentations officielles. Et si tu pouvais venir passer quelques jours à la maison, ce serait encore mieux.
- J'accepterais avec grand plaisir, approuva Tonks. Dans ce cas, tu peux informer Draco et moi, je peux informer mes parents. Ce sont les vacances, en plus, c'est le moment idéal pour avoir ce genre de discussion. Mais tu n'as pas trop peur de la réaction de Draco ? Je veux dire, il ne s'attend peut-être pas à ce que tu lui annonces que tu es en couple… Il t'a sûrement toujours connu célibataire…
- Il ne m'a jamais vu avec une femme, c'est vrai, admit Severus. Mais l'été dernier, il n'arrêtait pas de me pousser à trouver quelqu'un… Il voulait à tout prix me caser. Je ne pense pas que le fait que je sois en couple le dérangera, au contraire. Après, pour être tout à fait honnête, j'ignore comment il va réagir quand je vais lui dire que je sors avec toi. Tu lui avais semblé un peu trop extravagante. Il a été élevé dans une famille aristo bourgeoise, avec toutes les bonnes manières qui vont avec, alors tes cheveux roses et ton excès d'énergie, ça l'avait un peu perturbé. Il n'est pas habitué à ça. Moi, ça m'avait au contraire charmé. Même si je n'ai pas voulu l'admettre sur le moment.
- Ok, donc ce n'est pas gagné pour qu'il m'accepte, grimaça Tonks.
- Sa mentalité a changé, depuis. Il est beaucoup plus tolérant et ouvert d'esprit. De toute façon, il va bien falloir que je le lui dise. Il faut qu'il sache. Peu importe sa réaction. Et toi, celle de tes parents ne t'inquiète pas trop ?
- Je ne sais pas, je n'ai aucune idée de la manière dont ils vont réagir. Ils vont être surpris, ça, c'est sûr, mais la question, c'est de savoir s'ils vont accepter notre relation… Je pense que oui, mais sans l'approuver pour autant. Ce qui va les rebuter, c'est ton passé de Mangemort. Mon père est un né-moldu et ma mère n'a jamais partagé l'idéologie de sa famille sur la pureté du sang. Ça va donc être très dur pour eux de donner une seconde chance à un ex Mangemort. Mais mon père sera sûrement plus facile à convaincre que ma mère.
- Ce n'est pas tout de suite que je vais assister aux dîners de famille, alors, plaisanta Severus.
- Oui, ça attendra un peu, renchérit Tonks. Mais c'est ton truc, les dîners de famille ?
- Pas trop, confia Severus. Je n'ai jamais dîné avec les parents d'une ex, parce que je n'ai eu qu'une seule vraie relation, mais c'est le genre de soirée qui me met mal à l'aise. Mais il faudra bien que je fasse des efforts si ta famille finit par m'accepter…
Tonks s'apprêta à répondre mais elle en fut empêchée par un bout de parchemin qui voleta jusqu'à elle. Elle s'en saisit, le déplia, le lut et soupira.
- C'est mon supérieur. Il veut me voir.
- C'est l'un des deux hommes qui sont entrés tout à l'heure ?
- Oui, le grand chauve avec un anneau d'or à l'oreille, c'est Kingsley, un très grand Auror, et l'autre aux yeux bleus et aux cheveux blonds châtains, c'est Bart, mon supérieur.
- Oui, je connaissais déjà Kingsley Shacklebolt mais pas ton supérieur. Je vais te laisser, du coup. Je te tiendrai au courant quand j'aurai parlé avec Draco.
- Pareil de mon côté avec mes parents, affirma Tonks.
Severus acquiesça, embrassa tendrement Tonks et s'en alla sans briser le contact visuel jusqu'à ce que la porte se referme derrière lui. Tonks réarrangea un peu ses cheveux, prit sa baguette et quitta à son tour son bureau. Elle se rendit à celui de Bart, frappa et entra après avoir eu l'autorisation.
- Assis-toi, lui intima Bart.
Tonks obéit et s'installa en face de lui.
- Je suis désolée pour ce qui s'est passé, il ne viendra plus me voir ici, c'est promis.
- Parce que ce n'est pas la première fois ?
- Bah… Il n'y a qu'ici qu'on peut se voir, car quand j'ai terminé le travail ou quand je suis libre, lui est à Poudlard et quand lui est libre, je travaille…
- C'est ça de sortir avec un professeur et directeur de maison de Poudlard.
- Tu n'as pas le droit de m'attaquer là-dessus, répliqua Tonks.
- Quand vos emplois du temps incompatibles perturbent ton travail, si, j'ai le droit, rétorqua Bart.
- Tu as parfaitement compris à l'instant que Severus était déjà venu me voir ici plusieurs fois et tu n'as jamais eu à te plaindre de mon efficacité, alors désolée mais tu ne peux pas dire que les visites de Severus perturbent mon travail, se défendit Tonks.
- Mais le temps que tu passes à roucouler avec lui, c'est du temps que tu ne passes pas à travailler et avec la tonne de boulot qu'on a en ce moment, chaque minute compte ! En vingt minutes, tu peux rédiger tout un rapport !
- Eh bien je resterai une demie-heure de plus ce soir, vu que c'est le temps qu'il a passé ici, s'agaça Tonks. Ce ne sera pas vraiment une sanction puisque je n'ai que ça à faire… Un blâme serait bien plus efficace.
Bart soupira.
- Ce n'est pas moi qui vais te coller un blâme pour quelque chose d'aussi dérisoire. Mais si c'était le Chef des Aurors qui t'avait surprise avec ton mec, il ne t'aurait pas fait de cadeaux. Tu sais que tu as le droit de demander des congés sans raison précise ? Tu as un droit au repos, comme tout le monde. Alors prends quelques jours de congés, et profite-en pour passer du temps avec ton chéri.
- Le truc, c'est que lui ne peut pas prévoir à l'avance quand il sera libre… Il peut très bien me dire que tel week-end, il sera dispo, et la veille dudit week-end, m'annoncer qu'en fait, il doit s'occuper d'un élève ou préparer tout un tas de potions pour Sainte-Mangouste… Et même quand on arrive à se retrouver, il peut être appelé à tout moment pour une urgence… C'est pour ça qu'il vient ici dès qu'il a un peu de temps libre. Enfin, qu'il venait. Parce qu'il ne viendra plus, je te l'ai promis.
Bart sembla embarrassé.
- Je ne savais pas tout ça… Je ne veux pas m'immiscer dans ta vie privée en te demandant de cesser de le voir ici mais je ne veux pas non plus que tu te fasses choper par le Chef des Aurors…
- C'est pour ça qu'il ne me rendra plus visite ici. On trouvera des occasions de se voir ailleurs.
- Tu es sûre que cette relation te convient ? Tu ne voudrais pas un mec que tu pourrais voir un peu plus souvent ?
- Pour l'instant, on se satisfait de ce qu'on a. On correspond par lettres régulièrement et ça nous va très bien comme ça. Ce sera mieux cet été puisque Severus sera en vacances.
- Mais vous allez tenir longtemps ainsi ? Ça ne va pas vous lasser, au bout de plusieurs années, de vous voir uniquement pendant les vacances d'été ?
- Je ne pense pas que Severus enseignera encore longtemps à Poudlard. Il arrêtera quand son filleul aura fini ses études. À ce moment-là, on pourra peut-être avancer dans notre relation et emménager ensemble…
- Ah ouais, donc c'est vraiment sérieux entre vous ?
- Je vais annoncer à mes parents que je suis avec Severus et lui va annoncer à son filleul qu'il est en couple avec moi. Je crois que ça répond à ta question.
- En effet.
Tonks regarda attentivement Bart.
- Ça ne te dérange pas ?
- De quoi ?
- Que je sorte avec Severus.
- Tu fais ce que tu veux de ta vie amoureuse.
- Non mais je veux dire, je suis une Auror et lui un ex Mangemort…
- Il s'est repenti et il s'est avéré qu'il jouait en réalité le rôle d'espion au service de Dumbledore. Et il est en train de révolutionner Poudlard, d'après ce que j'entends dire par-ci par-là. J'estime donc qu'on peut lui donner une deuxième chance.
Les mots de Bart soulagèrent grandement Tonks.
- J'espère que mes parents auront la même vision des choses que toi.
- Je pense que tu défendras ton chéri avec assez d'ardeur pour réussir à les convaincre. En tout cas, si ça se passe mal, n'hésite pas à venir m'en parler à la fin de notre service. Je ne suis pas seulement ton supérieur, je suis aussi ton ami. Et tu seras bien plus efficace au boulot en ayant l'esprit léger.
Tonks acquiesça.
- J'y penserai.
- Bien. Je t'ai assez retenue, tu peux y aller.
Tonks se leva, remercia Bart et s'en alla. Elle retourna à son bureau et se remit aussitôt au travail. Mais en dépit de toute sa bonne volonté, ses pensées se tournèrent vers Severus et l'annonce qu'elle allait faire à ses parents. Elle comptait le leur dire la prochaine fois qu'elle mangerait chez eux. Elle redoutait un peu ce moment mais il fallait passer par-là et, au fond d'elle, elle savait que ses parents accepteraient sa relation avec Severus. Ils allaient juste devoir apprendre à lui faire confiance. Elle n'était donc pas très inquiète. Tout ce qu'elle espérait, c'était que ça se passerait tout aussi bien avec Draco…
.
.
Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! =) On se retrouve dimanche prochain pour le cinquante-huitième chapitre intitulé «Fugue». Je vous souhaite une bonne semaine, prenez bien soin de vous et bisous tout le monde !
