O.S hivernal

Snowman

« Snowman » - Sia

La neige s'abat sur la ville depuis des heures. Elle n'a pas cessé de tomber. Cette nuit, il est tombé deux mètres de neige. Ce matin, un de plus. Trois mètres. Si ça ne cesse pas, on sera définitivement coincé. Non que ça ne me porte préjudice. Travailler de chez moi me convient bien. Ça m'angoisse quand la neige refuse de fondre ou qu'il n'y ait pas de néneigeuse en vue depuis ma fenêtre. Je regarde le spectacle tomber de ma fenêtre du salon, une tasse de thé brûlante à la main.

Mon chat est allongé de tout son long sur le canapé. Ce chat mène une vie merveilleuse. Parfois, j'aimerais devenir un chat, pour ne pas se soucier de quoique soit, de manger, de dormir quand je veux. La belle vie. Mais je ne suis pas un chat. Loin de là. Dommage. Le chat s'étire. Sa fourrure rousse frotte contre le coussin et monsieur décide que c'est le bon moment de se faire les griffes dessus. Évidemment. La bonne idée du jour. Je ne vais pas me mettre à crier. Je lui lance un premier regard noir. Monsieur en a rien à faire. Triste vie. Pour moi, je m'en mords les doigts car ce canapé n'a qu'un an et lui s'en fiche, il le vit très bien. Je bois une nouvelle gorgée de ma tasse de thé et la pose. Un nouveau regard noir en direction du chat et il comprend enfin que son action est mauvaise. Ce canapé est quasiment neuf et ce chat en a décidé autrement. Il n'écoute pas beaucoup. Hausser le ton avec lui est une nécessité pour ne pas que la maison ne soit en ruine. Ou en flamme dans le pire des cas. Les yeux du chat se posent sur moi et bizarrement il cesse ses conneries. Il daigne à lever la tête une seconde avant de se rendormir comme si de rien n'était. Digne de ce chat. À croire qu'il me rit au nez sans problème. Je crois que c'est le cas.

Je reporte mon attention sur l'écran de mon ordinateur. Je travaille sur les prochaines activités avec les enfants. Hors la sortie mercredi. Je me dis que des activités calmes peuvent être bien, on a eu des boîtes de Lego non ouvertes. Avec un peu de chance, ça va leur plaire. Thème dinosaures. Ils adorent. Pour le retour des enfants après les fêtes, ce sera sympa.

La neige continue de tomber visiblement, pas de pause de prévue. Jamais je ne vais pouvoir sortir mettre le nez dehors et le soleil ne va pas se montrer avant demain si ça continue. S'il neige et qu'il ne gèle pas par dessus, je vais faire une grande balade au soleil. J'ai besoin d'air. Depuis la fin des fêtes, avec le travail, je n'ai pas mis le nez dehors pour marcher dans la neige. Si j'avais un chien, je le ferais davantage avec plaisir. Un chien serait heureux dans ces forêts enneigées. Je n'ai pas de chiens. Je ne sais pas si mon chat va accepter. Ma grand-mère a un chien. Quand je vais chez elle, il vient se coller et au retour, mon chat me regarde mal. Il penche légèrement la tête sur le côté, plonge ses yeux dans les miens pour mieux me juger. Me dire aussi qu'une nouvelle odeur se trouve sur mon pull et que je n'ai pas enlevé les poils avant de rentrer. Ça me freine dans mon élan de bonne volonté d'adopter une nouvelle boule de poils.

Par je ne sais quel miracle, la neige a cessé de tomber vers vingt heure. Plus un seul flocon. Rien. Toute la journée, j'ai vu des animaux marcher dans la neige. Mon chat lui n'a pas daigné à se lever du canapé. J'aurais dû l'appeler Garfield.

- « Tu en penses quoi ? » je demande à Anna au téléphone.

« C'est une idée géniale, je vais envoyer un mail aux parents d'élèves. C'est une activité en extérieur et il fera beau mercredi. Suffit que les enfants soient habillés chaudement ».

- « Génial ».

- « Tu n'as pas l'air dans ton assiette Harry, ça va ? ».

- « Juste un peu nostalgique de Noël. Ma grand-mère me manque déjà mais ça va, je réfléchis à l'organisation ».

- « Oh on verra bien, ce n'est pas loin de l'école en plus, on peut y aller à pied ou alors rendez-vous là-bas ? ».

- « Entendu ».

Ok, mercredi activité bonhomme de neige avec les enfants. Les autres jours, je ne sais pas vraiment. Peut-être des activités calmes, des ateliers musiques. Il faut que je trouve quelqu'un qui sait jouer d'un instrument. À noter sur un post-it.

Je dois réviser un peu comment faire un bonhomme de neige. Demain je vais me motiver à faire une balade dehors, au grand air ça me fera du bien. Les bonhommes de neige que je faisais enfant ne ressemblaient pas à grand chose pour être honnête. Ils avaient tout de même le mérite d'exister. Ils étaient les pauvres, disproportionnés et il me manquait une carotte car je la mangeait toujours sur le chemin. Je laissais une vieille paire de gants troués au bout des bâtons en guise de bras. Et ils n'avaient pas de prénoms. Aucun d'eux en avaient un. Avec du recul, je n'ai pas fourni le dernier effort. Mais celui du jour s'appellera comme dans mon jeu vidéo favoris.

Par je ne sais quel miracle, pas un centimètre supplémentaire de neige n'est tombé. Il y a toujours les trois mètres et ça ne m'empêche pas de quitter ma maison pour une balade. Je marche dans la neige et la sensation est géniale. Identique à celle que je ressentais étant enfant, encore dans un monde rempli d'insouciance et c'était génial. Marcher dans la neige sous les températures en dessous de zéro me fait du bien. D'habitude, je contourne l'entrée de la maison et le tas de neige pour prendre le bus et aller au travail. Je ne profite plus. La neige apaise tout pourtant. Elle absorbe les bruits. Rien ne perturbe la neige. Ne pas se soucier du temps qui passe. Sourire. Courir, marcher dans la neige poudreuse. Garder cette insouciance relève du miracle. Depuis que grand-père n'est plus là, j'ai dû mal à y retrouver un intérêt. Même si avec grand-mère, on s'est soutenu. Je l'ai appelée dès que possible après mon travail à l'école. Elle préférait me poser des questions sur mon travail, savoir comment allait les enfants et elle sait que je parle d'elle à l'école. Les interactions entre ces bouts de chou et elle sont adorables. Je ne m'en lasse pas. Les enfants avaient pris l'initiative de faire des dessins pour elle. Devant eux, je n'ai pas pu retenir mes larmes. Une ou deux je ne sais plus a dévalé ma joue et j'ai souris ensuite. Leur visage, leurs mots réconfortants je ne peux pas les oublier.

Il fait très beau aujourd'hui. Pas de nuage nuisible. Un ciel bleu. Un beau ciel d'hiver. J'apprécie les froids secs hivernaux. Ceux où on peut profiter du soleil dans craindre l'humidité. Même si l'humidité est nécessaire pour la formation de la neige.

Je repère un tas de neige intéressant. Je vais pouvoir faire un bonhomme de neige.

La boule de neige roule facilement donc le travail va être productif, intéressant. La boule doit être assez solide pour supporter le haut du corps, il est en deux parties. Si je peux ajouter une tête proportionnelle, ça fera un beau bonhomme de neige. Je pense l'appeler Yétiti. Oui. Comme dans Animal Crossing. Le meilleur jeu du monde. J'adore ce jeu. Il doit ressembler à un Yétiti. Je me souviens que si Yétiti ne se trouvait pas parfait, il pouvait être triste et dépressif. Ce qui me culpabilisait. Je ne devais pas avoir fait assez d'efforts pour lui donner vie. Il est un peu narcissique. Créer un bonhomme de neige « parfait » n'existe pas. Il vaut calculer la proportion et à vue d'œil, ce n'était pas toujours facile. Je voulais obtenir sa collection de meubles dédiée alors je faisais des efforts. Parfois, je ne comprenais pas la réaction disproportionnée de ce bonhomme de neige crée de mes mains. Petit joueur. Ma boule de neige ressemble vraiment à quelque chose. Ce qui est positif. Je crois. Je m'éloigne un peu pour avoir une vue d'ensemble de mon œuvre. Pas mal. Pas mal. Il manque la tête et le travail sera clôt. Je prends une quantité de neige suffisante pour créer une tête proportionnelle au corps du bonhomme de neige. Yétiti. Le tas de neige prend forme. Oh, pardon je ne dois pas insulter Yétiti, il va mal le prendre le pauvre. Il est très susceptible. Ceci-dit, l'œuvre rend bien. Honnêtement, il est bien. Tout est proportionnel. Yétiti est en vie. Il manque les gants au bout des deux bâtons qui lui servent de bras. Et la carotte pour le nez. Je ne vais pas sacrifier un bonnet. Une paire de gant usée jusqu'à la corde ok mais pas le bonnet. Je le replace sur mes cheveux. Je dois avoir les joues roses par le froid, le nez qui coule un peu et les mèches ébouriffées qui sortent du bonnet. Il va rester là une semaine peut-être. Davantage s'il neige encore ou s'il gèle par dessus. Il sera congelé. Un beau glaçon.

Une fois mon travail effectué, il est l'heure de rentrer à la maison. Sur le chemin du retour, j'apprécie de me retrouver avec moi-même. Me remettre les pensées en ordre. Faire le point. Et surtout penser à ce que je vais faire plus tard, des projets qui me font envie et d'autres auxquels je dois réfléchir. D'ailleurs, je vais profiter de la fonte des neiges à la fin de l'hiver pour m'occuper du jardin. Il est temps. C'était surtout le passe temps favoris de mon grand-père. J'ai toujours vu mon grand-père les mains dans la terre. Il a toujours pris le temps de cultiver les légumes qu'il cuisinait aussitôt. Il épluchait ses légumes avec soin, les cuisinaient comme personne. Ça me rend nostalgique.

La chaleur de ma maison est un bonheur.

Je retire vite fait mes bottes, mon manteau, mon écharpe, mon bonnet. Je vais prendre une douche pour me réchauffer. C'est la meilleur sensation du monde. Se réchauffer. Après, j'ai envie de téléphoner à ma grand-mère pour lui raconter ma journée, on ne s'est pas appelé hier soir. Passer les fêtes ensemble fut la meilleure idée de l'année. On a cuisiné ensemble toute la matinée, j'ai adoré. Des souvenirs se sont imposés avec elle comme avant, avec grand-père que je regardais cuisiner étant bien plus jeune. Il aurait pu en faire son métier mais il n'appréciait pas mélanger ça avec la vie professionnelle car il estimait que la cuisine était son moyen de se détendre. Sa bulle. Son moment solitaire. Et la cuisine est aussi significative du partage. Les repas de famille rassemblent, quand on a quelque chose à fêter on se réuni autour d'une table, quand on est triste aussi. La table a une signification particulière pour mon grand-père et ma grand-mère aussi y a adhéré. On partage beaucoup de choses à table. J'essaye de passer le plus de temps avec elle étant donné qu'il n'est plus là.

À moi de me débrouiller tout seul dans ma cuisine. Mon chat ne me donne pas d'idées non plus. Si ce n'est un miaulement pour me donner une réponse. Dans mes placards, il y a des denrées qui se conservent, à savoir des féculents. Les idées ne sont pas présentes ce soir.

- « Tu as une idée ? Une suggestion à faire ? Je t'écoute ».

- « Miaou ».

- « Wha merci, ça c'est une suggestion ».

- « Miaou ».

Très bien. Ce chat a les meilleures réponses. Digne de lui. Bon, je vais me préparer quelque chose de simple avec les restes du frigo. Et après je vais aller me coucher. Cette balade dans la neige, sous le soleil m'a fait du bien et m'a fatigué. Je reprends le travail demain et j'imagine que les enfants seront en forme. Les jours de repos passent bien trop vite à mon goût. Je le dis à chaque fois.

Je m'assois sur le canapé et allume ma console, mon jeu favoris apparait directement sur l'écran d'accueil. Je lance le jeu. Dès que mon personnage est sur l'écran, j'appréhende un peu de prendre des nouvelles de mes habitants. Vont-ils me faire la tête ou être heureux de me revoir un mois plus tard sans avoir pris le temps de jouer ? Mon île est encore en travaux en plus. Mais ce soir, j'ai envie de la nettoyer, de discuter avec les habitants, de regarder les nouveautés dans les boutiques. Pêcher, attraper des insectes, déterrer les fossiles, arroser les plantes. Marcher sur le sable autour de l'île. ASMR. J'aime bien le son des pas sur le sable, sur la neige, la pluie qui tombe. Pas le reste de l'ASMR. C'est satisfaisant. Les habitants vont biens. J'ai dû rendre un objet trouvé à un chat qui habite sur l'île, j'ai discuté avec un écureuil, j'ai dû aider un mouton à choisir un nouveau look. Le quotidien. Ce jeu me détend. Mais après avoir joué pendant deux heures, mes yeux me disent qu'il est l'heure de dormir. Demain, le réveil sonne tôt et ensuite je pourrais reprendre ma partie en rentrant. J'espère que les enfants vont être contents de passer l'après-midi dans la neige. Avec Anna, on a décidé que les familles se retrouvaient directement sur le lieu du concours de bonhomme de neige, en ville et on prendra un temps pour goûter ensemble.

Quand les enfants sont arrivés à l'école, ils avaient le sourire. Ce n'est pas toujours le cas. Ces vacances leur ont fait du bien, leur ont permis de se reposer et de passer du temps avec leur famille. J'ai eu droit à un dessin de Léo et à pleins de sourires des autres enfants, adorables. Autant dire que la journée s'annonce bien et je suis heureux de voir que les enfants m'apprécient. Ils peuvent avoir confiance en moi et Anna. Ils le savent. J'espère que oui. Ils sont sages et attentifs, on a préféré avec Anna se mettre d'accord sur des activités calmes pour bien débuter leur rentrée des classes.

La fin de la journée passe bien plus vite que je ne le pensais puisque je suis rentré à la maison plus tôt. On a allumé la radio exceptionnellement dans le bureau à notre pause déjeuner et une tombée de neige était annoncée. On a préféré appeler les parents pour que les enfants ne viennent que le lendemain, ainsi ils avaient l'après-midi de libre sachant que les parents ont pris congés à cause de la neige aussi. Une chance. Résultat, je suis à la maison. Anna m'a dit que nous irions ensemble faire le concours de bonhomme de neige. Apparemment la neige cessera de tomber cette nuit et demain, on pourra circuler. S'il y a trop de neige, je peux aller à l'école en ski. C'est possible mais je n'ai aucune motivation à réaliser cette distance sans m'écrouler sur la neige à l'arrivée.

Je prépare mes affaires pour demain, à savoir des gants, un bonnet sec, des bottes avec semelles antidérapentes pour éviter une chute mémorable sur le gel. J'ai investi en m'installant ici. Mais je ne regrette pas mon choix, le cadre de vie est trop beau. Beaucoup de personnes rêvent d'un tel environnement digne d'une carte postale. D'accord, on est loin des paysages canadiens où je n'ai jamais mis les pieds mais d'après les documentaires si. Voir ça de mes propres yeux est un rêve. Si je peux y aller avec ma grand-mère ce serait magique. Ça signifie beaucoup à ses yeux. Elle a vécu un peu partout dans le monde durant sa jeunesse. Les voyages ont fait partie de sa vie jusqu'à ma naissance.

Sur le lieu de l'évènement, il y a plus de gens que je ne le pensais. Le marché de Noël se termine cet après-midi vu l'engouement suscité et la tempête de neige qui est venue dire bonjour. Les enfants sont heureux, ils ont froids mais ils sont heureux. Je souffle pour tenter de réchauffer mes mains malgré mes gants.

- « Allez les enfants, on va commencer l'activité » ditAnna en se frottant les mains. « Je suis congelée Harry » me dit-elle discrètement.

- « Dans deux heures on s'en va, promis ».

La pauvre est en train de geler sur place. Les enfants sont ravis. Deux poids deux mesures. J'ai envie de rire mais elle ne sera pas très contente. Il fait beau. Le soleil devrait la réchauffer un peu. En plus, l'activité va commencer dans deux minutes et contrairement à ce que je pensais, il y a du monde. Beaucoup de familles. Deux autres groupes d'écoles voisines ont eu la même idée que nous. Au bon moment. Il y a de l'ambiance. Chacun a un champs d'exploitation définit et les œuvres doivent être alignées dans cette parcelle. Les juges vont passer et analyser le travail avant de désigner un gagnant. Je rappelle encore une fois aux enfants que c'est un jeu. Il faut s'amuser et être fier du résultat final. Les enfants comprennent. Pas d'enjeux spécifiques. L'idée est de s'amuser en ce mercredi et de passer du temps dehors. C'est plus agréable que d'être à l'intérieur avec les activités habituelles, non ? En tout cas c'est ce que je pense.

Nous avons une heure pour réaliser un bonhomme de neige. De préférence le plus parfait possible. Un Yétiti. Ce bonhomme de neige me poursuit ! Il faut que j'aide les enfants au mieux. On a divisé le petit groupe d'enfants en deux et Anna est déterminée. Elle a déjà repéré le stand de chocolat chaud pour se réchauffer. Remarque, elle a bien raison, je commence moi aussi à me transformer en bonhomme de neige. Pas le moment. Il fait beau pourtant et les rayons du soleil devraient nous réchauffer. On se met en place et on décide qui fait quoi. Avec de la chance et de l'organisation, le bonhomme de neige sera réalisé dans le temps imparti. Et le temps défile. Je ne le vois pas passer tout au long de l'épreuve. Un coup de sifflet nous indique la moitié de l'épreuve. Mon cœur a eu peur. J'ai cru que c'était la fin. Entre les enfants qui mangent la neige, d'autres qui jettent une boule de neige sur leur camarade ou sur nous, on n'avance pas beaucoup. Quelques minutes suffisent à ce que le petit groupe se remette dans le rythme. Il ne reste qu'une demi d'heure pour terminer Yétiti. Je n'ai jamais vécu une demi heure aussi intense. On ne se laisse pas abattre pour autant. Je jette un œil aux autres concurrents et les enfants du groupe voisin ne veulent pas coopérer. Eux par contre ne termineront pas sur le podium. On a encore des chances d'avoir une place correcte. Je ne me souviens plus du premier prix. Je crois que c'est un abonnement en chocolats pendant six mois. C'est ça ? Ah oui, la meilleure chocolaterie du secteur alors autant dire que je suis motivé.

Le décompte commence à prendre fin. 10. 9. 8. 7. 6. 5. 4. 3. 2. 1. 0. Le résultat final est vraiment bon. Honnêtement. Les enfants sont dans l'euphorie du moment. L'attente est palpable parmi nous. Pas de regrets, de l'excitation dans l'attente du nom des gagnants. On attend. Les enfants sont attentifs.

- « Le nom des gagnants va être annoncé. Ça n'a pas été facile. Beaucoup de beaux bonhommes de neige. Haut niveau. Mais on a choisit le groupe Rouge, félicitation à vous, vous remportez le premier prix. L'important c'est de participer ».

Des éclats de joie de la part des Rouge. Quatre chances. Nous étions les Orange. Loupé. Eux célèbrent la victoire. Les enfants sont déçus mais aucun ne pleurent, ce qui est vraiment bien. Leurs visages déçus le disent, ils étaient motivés.

- « L'important c'est de participer, tu parles » râle Anna. « On avait nos chances ».

- « Désolé Harry ».

- « Non ne t'excuse pas Léo, on s'est tous amusés, c'est le plus important. Mais je propose que l'on aille se réchauffer avec un chocolat chaud ».

Les yeux de Léo brillent. Je le comprends. Les températures sont froides malgré la présence du soleil. On est couvert de la tête aux pieds, on a fait des efforts mais dès qu'on s'arrête aujourd'hui, on est sur le point de devenir un bonhomme de neige. On a besoin de réconfort après les efforts fournis. Les enfants rejoignent leur parents, certains restent avec nous et d'autres décident de rentrer chez eux. On se retrouve Anna et moi avec trois autres enfants et leur parents qui profitent. Anna me regarde avec bienveillance et remet son écharpe en place.

- « Merveilleux » souffle Anna la tasse de chocolat brûlante entre les mains.

- « Je le savais » riais-je.

- « Malgré le froid, j'ai adoré cet après-midi, super idée Harry merci pour l'idée ».

- « Je t'en prie ».

On est que tous les deux maintenant puisque les derniers enfants ont décidé de rentrer chez eux. Je les comprends vu la température extérieure.

- « On va se transformer en bonhomme de neige » dis-je en plaisantant.

- « C'est le cas de le dire Harry, je suis désolée je vais devoir rentrer à la maison aussi dans quelques minutes ».

- « Moi aussi alors, je ne vais pas rester tout seul ici à me geler les fesses ».

- « Je ne veux pas être intrusive mais un garçon blond te fixe depuis tout à l'heure, tu le connais ? ».

- « Comment ça ? » dis-je en tournant la tête.

Le garçon du train.

Je menace de m'étouffer avec mon chocolat chaud entre les mains.

Il est là. Physiquement là.

Je l'ai reconnu tout de suite. Ses fossettes. Cette allure cool. Sa guitare sur le dos. Sa guitare ? Attendez, j'ai loupé un épisode ? Il sait jouer de la guitare. Moi qui cherche un musicien pour un atelier musique avec les enfants. Je ne vais pas lui demander, si ? Non, ça ne se fait pas. On ne s'est rencontré que dans une gare au moment des fêtes et on a discuté dans le train ok mais est-ce suffisant pour lui demander ce service ? D'ici la semaine prochaine en plus, les dates sont trop courtes et je risque de trouver personne.

Ça y est je panique intérieurement, les dates se bousculent dans ma tête et c'est ridicule.

Comment il s'appelle déjà ? Trou de mémoire, ça y est, je deviens amnésique.

- « Harry ? ».

J'entends le rire d'Anna. Elle a deviné. Évidemment, elle devine tout. Je ne panique jamais d'habitude.

- « Niall ? ».

J'ai eu du mal à prononcer son prénom sans manquer de bégayer ou de renverser mon chocolat sur moi ou sur le sol.

Niall.

Il me sourit poliment.

- « Tu te souviens de mon prénom ».

Sourire de satisfaction. Ma mémoire ne me joue pas des tours. Je suis rassuré. Il est habillé d'une simple doudoune quand moi je suis équipé de la tête aux pieds. Bottes, pantalon chaud, doudoune, écharpe et bonnet en laine indispensable sinon je gèle sur place. Assez de bonhommes de neige pour la journée. J'ai eu ma dose. Je ne rêve que de rentrer au chaud chez moi, de me blottir dans une couverture, un thé brûlant entre les mains devant la télé. Avec mon chat à proximité. Le rêve. Je suis pour l'instant dans le froid mais je ne vais pas me plaindre. Mon voisin de train est là. Incroyable. Comme quoi le hasard fait bien les choses. Je n'y croyais pas beaucoup plus jeune, sauf que depuis le temps si et le hasard le montre bien.

- « Tu es ici depuis quand ? ».

- « Mon neveu vit ici, je suis venu lui rendre visite. Et toi ? ».

Attends une seconde, comment ça son neveu ? J'ai loupé un épisode et je me mets à repenser à notre conversation dans le train. Il a oublié de m'expliquer cette étape. Ou alors j'ai oublié. Probable. Ma mémoire me joue des tours. Si jeune et déjà amnésique. J'espère que ça ne remarque pas à ma tête. J'ai du mal à « cacher » mes émotions, en général tout est écrit sur mon visage. Les enfants adorent. Ils savent à quoi je pense avant d'ouvrir la bouche pour dire quelque chose. Ils comprennent tout. Pas de chance pour moi.

- « Je travaille ici, j'habite ici ».

- « Tu participais au concours ? L'équipe Orange ? Vous vous êtes bien battus, mon neveu était chez les Jaune ».

- « Ton neveu ? ».

Bah oui, il faut bien que je brouille un peu les pistes devant lui. Il va se douter de quelque chose. Une bouille blonde apparait près de lui avec un sourire jusqu'aux oreilles. Il ne cache pas sa joie c'est adorable. Il est adorable. Effectivement, ils sont de la même famille. Je ne l'ai jamais vu à l'école, il doit être dans l'autre. Il y a deux écoles. Parfois, on crée des projets ensemble mais jamais avec les mêmes classes, je travaille avec des petits. Son neveu doit être dans la classe supérieure aux miens. Je suppose. En tout cas, ils se ressemblent beaucoup.

- « C'est qui ? ».

Voilà qui commence bien, merci. Son neveu le regarde fièrement. C'est adorable. Le regard d'Anna croise le mien une seconde et elle se retient de rire. Anna. Je retiens ça. C'est évident que ce n'est pas courant de croiser à nouveau son voisin de train par le plus grand des hasards dans un concours de bonhomme de neige, dans une petite ville située en pleine montagne. Non. Pas du tout. J'hésite à lui poser des questions banales. Mais je ne vais pas me plaindre de le revoir, ça me donne une raison supplémentaire de continuer la discussion. En meilleure forme que la première fois en plus. Il avait les yeux tristes à l'idée d'être en retard pour Noël. Je me surprends un peu à le regarder un peu plus. Effectivement, blond, yeux bleus, beaux yeux bleus voilà c'est dit.

Je me re concentre au sujet principal. Le bonhomme de neige. La guitare.

- « Je suis Harry ».

- « On s'est rencontré dans le train lors des vacances de Noël ».

- « Quand tu as failli arriver en retard ? ».

- « Oui mais je suis quand même arrivé à l'heure, un peu tard mais à l'heure ».

L'heure de régler les comptes.

Les yeux bleus de Niall se lèvent vers le ciel. Non pas qu'il soit exaspéré, son neveu s'éloigne de lui pour aller s'acheter un chocolat chaud et de quoi manger.

On est tous les deux devant les yeux très attentifs d'Anna, qui je parie va m'appeler ce soir pour me demander des informations.

Anna arrive vers moi et sourit à mon voisin de train. On discute même tous les trois sans se soucier du temps qui passe et ma chère collègue intervient sur le sujet qui lui traverse l'esprit, à savoir l'atelier musique. Je me sens un peu honteux à ne pas avoir trouvé une personne du conservatoire de musique de la ville voisine ou au moins une ville proche. Quelqu'un de susceptible de se déplacer jusqu'à l'école sans être surpris par la neige. En ce moment, une tempête de neige approche. Je surveille la météo. J'aimerais préparer l'atelier avant et les enfants me posent régulièrement la question.

- « Tu joues de la guitare ? ».

- « Oui, j'essaye de l'apprendre à mon neveu en ce moment ».

- « Merveilleuse nouvelle » lance Anna.

Comment annoncer le sujet sans l'annoncer directement.

Au fils de la conversation et je suis le premier surpris, Niall a accepté de me donner des conseils. S'il a des disponibilités pour venir un après-midi, il le fera. Je ne m'y attendais absolument pas. Il est vraiment gentil. Il n'a pas l'obligation de le faire. Les enfants vont être ravis. L'atelier sera une initiation à la musique, à la guitare notamment car ils adorent ça. On va essayer d'introduire des contes musicaux une fois par semaine pour commencer, pourquoi pas deux. Enfant, la maîtresse le proposait. Ses proposition étaient super. On avait le droit d'écouter un conte musical en début d'après-midi, on appréciait la musique classique. Je me dis que les proposer à la classe pouvait être intéressant. Anna a adoré l'idée et elle m'a dit que ses souvenirs étaient positifs, grâce à ça, elle a enrichit sa culture musicale classique.

Reste bien sûr à retrouver ces histoires musicales dans mes placards. Je pense en avoir chez ma grand-mère car c'est elle qui me les offrait et ils étaient chez elle afin que je puisse les écouter pendant mes visites ou lors des vacances. J'ai dû les garder maintenant, reste à savoir où ils sont rangés. Bonne question.

De retour à la maison, cette journée a été riche et je me suis bien amusé. Au final, on n'a pas gagné le concours de bonhomme de neige mais j'ai pu revoir mon voisin de train et cette fois-ci j'ai ses coordonnées. Je vais lui écrire bientôt mais d'abord, je dois préparer cet atelier. J'ai quelques jours pour le faire.

Mon chat a décidé que c'était à son tour d'avoir mon attention alors je quitte les yeux de l'écran de mon ordinateur. Il vient s'installer directement sur le clavier. La bonne place. Quelle bonne idée. Ce chat a raison, je dois arrêter de travailler pour ce soir. J'éteins l'ordinateur et abaisse l'écran. Ce soir, je pense à autre chose que le travail. Mon chat daigne à se lever et à ronronner quand je caresse sa douce fourrure. Le pauvre est viré du clavier sans doute chaud à force d'avoir été utilisé depuis deux heures.

Dehors, la neige tombe à nouveau. Si demain ça s'intensifie, on va laisser la matinée aux enfants et on verra quoi faire l'après-midi. En attendant, je passe la soirée à manger devant la télé, à lire un livre et ensuite direction le sommeil. Demain sera encore une longue journée. J'aime ce que je fais dans la vie alors, c'est le plus important. Morphée m'accueille dans le pays des rêves. Tant mieux mais j'aspire à rêver à autre chose que d'un bonhomme de neige qui me poursuit sur une île.


Hey !

Dernier one shot d'une série que j'ai adoré écrire pour Noël, pour l'hiver en règle générale la dernière fois que j'ai posté ici. J'ai tardé à le poster, sorry... Quelques péripéties ont fait que je n'ai pas écrit pendant six mois, j'ai recommencé à écrire pour moi ensuite. Maintenant tout est ok, je reprends mes écrits. Aussi, il y aura d'autres one shot plus tard, j'ai adoré l'expérience et ça m'a permis de développer des idées courtes. Ça m'a motivé aussi. Dès que j'ai une panne de motivation, une baisse de productivité ou autre, je me consacrerais aux one shot. C'est génial.