O.S hivernal
Lavender
« Lavender haze » - Taylor Swift
L'écran veille de mon ordinateur change de couleur tout seul et cela m'importe peu. J'ai passé la journée à avoir mal aux yeux devant l'écran. Mes doigts ont tapé sur le clavier, au rythme de la musique dans les oreilles parfois et l'attention fixée sur mon texte du jour. Au fond, je ne le regarde pas car je suis perdue dans mon sommeil. Mes yeux se sont fermés doucement, j'ai mis l'ordinateur sur le côté du lit en me disant que reposer mes yeux cinq minutes serait bénéfique. Il est minuit. Je le sais parce que mon chat vient réclamer un câlin à cette heure-ci. Il se trouve que je me suis endormie par mégarde, mon chat miaule et la lumière de mon ordinateur me fait mal aux yeux. Ses pattes ont touché le clavier et activé la luminosité de l'écran. Sa fourrure grise me fait ouvrir les yeux.
« Humm ».
Il est minuit. Comment ça minuit ?
Le radio réveil indique minuit. Je me suis endormie. Ce n'était pas une pause de cinq minutes mais une pause de quatre heures.
Le chat me regarde en penchant la tête légèrement sur le côté et en remuant la queue. Il miaule une fois. Signe sans doute qu'il veut de l'attention ou me faire comprendre qu'il veut sortir une dernière fois ? Tout est possible avec ce chat et quand il me regarde, je ne peux pas lui en vouloir. Il a été là dans pleins d'étapes de ma vie. Avant même que je n'aménage avec Jérémie dans cette maison, j'avais peur qu'il n'accepte pas le chat. Du fait sans doute d'un rejet de l'animal ou d'une potentielle allergie. En discutant; le problème a été plus facile puisqu'il songeait justement à en adopter un. Il me dit toujours qu'il manque une présence animale dans cette maison. Quand il a fait la connaissance de mon chat, il est venu naturellement vers lui, l'a caressé délicatement et le lien s'est fait. Je sors avec mon comédien depuis deux ans et la présence de mon chat est très importante pour moi. Au fur et à mesure de notre relation, on se découvre un peu plus, chaque détail prend une importance différente. Voir les choses à deux. Ne plus se contenter de sa propre vision, prendre en considération l'autre, faire des choix tous les deux, voilà le nouveau schéma de ma vie avec lui.
Je sors de la chambre les cheveux aplati sur un côté, en pyjama en coton fin alors que l'hiver est arrivé et la tête dans le brouillard. Le chat ne me calcule pas pour autant. L'animal court vers la porte d'entrée et voyant que je n'arrive pas, court vers la baie vitrée du jardin. Je regarde le jardin dans la pénombre, la lune est pleine. Voilà donc une raison de ne pas trouver le sommeil ce soir. Je suis sensible à l'énergie émise par cet astre. Je regarde notre jardin entièrement recouvert d'un manteau blanc, immaculé. J'ai envie de marcher dans ce manteau neigeux, sentir mes pieds s'enfoncer dans la neige, le bruit satisfaisant de la neige et la fraîcheur de la nuit. Cette fraîcheur m'empêche de le faire sans pull chaud ni manteau sur le dos, au risque d'attraper une maladie hivernale. Je n'ai pas le temps d'être malade, je dois rendre une première version de mon livre le mois prochain. Je travaille dure pour qu'il rencontre un succès en librairie. M'isoler, me concentrer fait partie de mon processus d'écriture et j'en suis satisfaite.
Le chat se fond dans la nuit. Lui au moins y trouve sa place. Je sais qu'il va rentrer dans quelques minutes. Et je me laisse plonger dans le silence nocturne. La nuit est particulièrement adaptée à l'imagination, à l'introspection. Ce que je privilégie. J'ai besoin de me centrer sur moi-même. Je travaille beaucoup la nuit, notamment quand je suis dans une période d'insomnie. Et je suis dans une période où mon livre m'obsède. Prendre du recul sur mon travail me permet de l'aborder comme je le souhaite, mon plan tient la route. Sans les conseils de mon comédien préféré, je ne pourrais pas me sortir de ma zone de confort. Je sors de ma zone de confort. Jérémie m'aide vraiment et je rebondis sur ses idées, je vais le remercier à la fin du livre, cela va de soit. En attendant qu'il soit terminé définitivement, je prends de l'inspiration dans d'autres livres, en profitant du moment présent aussi, j'ai besoin d'inspiration. Ce que je ne perçoit pas tout de suite, ce sont des bruits de pas assez léger et ce ne sont pas les bruits de pas du chat. Ce sont ceux de mon comédien. Apriori, je devrais sursauter mais je me laisse envelopper dans ses bras. Le regard toujours tourné vers le jardin, je ne détache pas mes yeux de celui-ci tout de suite à la recherche aussi du chat pour pouvoir me recoucher. Il daigne à rentrer. Sans doute est-il à la recherche d'une souris qui cours dans le jardin, j'en ai entendu une l'autre jour dans le grenier. Et ce chat est un chasseur. Il est plus enrobé que les autres chats du voisinage mais rien ne l'empêche de chasser à sa guise. Je suis surprise de ce félin. Il a des capacités cachées pour prouver qu'il est le chef.
« Toujours à l'affut ? ».
Je souris en guise de réponse. Je me doute que mon comédien pose la question à propos du chat. De beaux yeux bleus se posent sur moi avec bienveillance. Je présume qu'il est resté travailler dans la chambre d'ami, il apprend un texte important et comme nous sommes parfois insomniaques, travailler la nuit est un gain de temps. Je le fais aussi quand il joue tard au théâtre, il va dormir à l'hôtel à côté plutôt que de prendre des risques en conduisant. Travailler est l'une de ses priorités. Il a aussi besoin d'une pause.
Quand je me retourne face à lui, j'oublie un instant le chat. Ses lèvres se posent sur les miennes de manière délicate. Ses mains effleurent mon visage. Les miennes effleurent ses cheveux. Et je crois que je veux que ce baiser dure toute la nuit. J'hésite à enfouir mes mains sous son t-shirt, le morceau de tissu de trop entre nous deux. Son corps chaud contre le mien est un plaisir que je ne saurais nommer à cette heure-ci de la nuit. Minuit, l'heure du crime. Aucune idée du pourquoi du comment, cette heure est qualifiée ainsi même si ce soir c'est une scène sensuelle. Mes mains s'aventurent sur sa peau. Délicatement bien entendu et il se laisse faire, trop occupé à sceller ses lèvres aux miennes. Des baisers dans le cou, sur la clavicule ensuite, dans le creux de mes seins ensuite et je veux que ça dure toute la nuit. Je peine à garder un gémissement quand sa main derrière mon cou m'entraine vers lui. Ma main est prête à l'attirer plus prêt de moi. Ses mains décrivent parfaitement le schéma que je souhaite pour cette nuit. Son t-shirt vole dans la pièce et je l'incite à faire de même pour moi. Peau à peau. Il me regarde en me demandant si continuer est raisonnable. Dans le fond, je menace de prendre mon pied cette nuit. Je me suis toujours demandée comment ce serait d'aller jusqu'au bout en plein hiver, savoir si la neige serait capable de fondre autour de nous tant la température montrait. Mon fantasme va sans doute un peu loin ce soir. Un fantasme pas original et je ne vais pas non plus dresser la liste là maintenant.
Les lèvres de Jérémie se dirigent vers mon épaule gauche qui réagit tout de suite à ses baisers. Ma peau est réactive et ne demande qu'à en profiter. Ses doigts courent sur elle ensuite. Ma peau apprécie les gestes tendres, les gestes doux à son égard. Jérémie sait y faire. Il me masse le dos, m'embrasse. Ses stimulations me font du bien. Je tente de parcourir du bout des doigts la peau de ses bras que je peux atteindre. Ensuite, il me sourit de satisfaction à avoir fait de ma bouche une zone de plaisir. Il effectue un dernier baiser sur mon épaule avant de capturer ma bouche sur la sienne. Mes mains s'enroulent autour de son cou.
« Tu n'écrirais pas un livre érotique par hasard ? ».
Est-ce vraiment le moment pour faire une blague ?
« Tu veux en être le personnage principal, le héros ? ».
« Le héros ? ».
« Tu n'as pas compris ma référence » constatais-je.
C'est au moment où j'entraîne mon comédien vers moi que le chat gratte contre la baie vitrée. Ce félin choisit son moment. Il gratte encore une fois puis miaule plus fort pour se faire entendre. Il nous regarde derrière la fenêtre sans demander quoique ce soit d'autre, il n'a pas ramené de souris alors c'est un bon point. C'est dommage, ce moment doit prendre fin. Jérémie hausse des sourcils et se détache de mes lèvres une seconde.
« Ce chat sait se faire comprendre » dit-il en ouvrant la porte.
Le vent frais de la nuit s'introduit quelques secondes dans la pièce. N'en déplaise au chat. L'animal miaule de satisfaction à l'idée de retrouver une température plus élevée qu'à l'extérieur et de retrouver son panier pour dormir. Monsieur a un panier exclusif avec de vieux pulls à moi en guise de couvertures pour cet hiver. Ce chat est un roi. Mais j'aime ce chat. Ce chat m'a aidé à une période de ma vie où pas grand chose n'allait. Il m'a responsabilisé. Il m'a donné une stabilité, un emploi du temps à respecter et je suis chanceuse que mon chat s'entende avec Jérémie.
Jérémie écarte une mèche de cheveux pour la remettre derrière mon oreille. Son souffle proche du mien me donne envie de fermer les yeux et de profiter de ce geste tendre. Rare sont les fois où je me sens aussi relax. Et pourtant, j'ai eu comme du mal à me laisser aller dans une relation amoureuse avant. Croiser le regard de Jérémie dans ce théâtre a été le début d'une histoire qui dure depuis deux ans. Je n'aurais pas parié un centime. Mon amie a bien fait de me traîner dans ce théâtre après une journée morose. Je l'a remercie de l'invitation. Entendre mon cœur battre face à celui de Jérémie me rend heureuse.
« Où en étions-nous déjà ? » souriais-je en l'enlaçant.
Ses lèvres capturent les miennes une nouvelle fois. Je profite de ce doux contact. Je le laisse encadrer mes joues de ses mains douces pour accentuer cet échange délicat et incroyable entre nous.
Dans ses bras nues, je me retourne sur le côté et après un moment de silence, de plénitude, il me pose une question.
« Je n'ai jamais dis « je t'aime » avant toi ».
« Tu veux un deuxième round ? ».
« Je suis sérieux ».
« Les comédiens ont plus de succès que les écrivains » dis-je en tentant de comprendre ses propos.
« Crois-moi que non ».
Je suis étonnée de sa confession.
Je place mon bras droit sous mon bras pour le regarder penser à voix haute. Jérémie trouve toujours un moment pour dire ce qu'il pense, souvent quand on est au lit. Ses pensées doivent sortir de sa bouche. Je l'écoute en attendant qu'il dise quelque chose d'autre avant de laisser courir mes doigts sur sa peau nue. Un léger frisson me parcours le corps, ce qui ne semble pas être son cas. Trop concentré pour remarquer ce toucher, il réajuste la couverture avant de tourner la tête vers moi. Ses yeux bleus dans les miens.
« Je t'aime ».
Ce sont des mots que l'on rêve d'entendre. Je ne les ai jamais entendu de la part d'un partenaire. Sauf ce matin où je ne sais plus où me mettre. Je trouve que l'on normalise trop vite l'intimité dans une relation et non les gestes quotidiens pour maintenir la flamme. Partager des moments très simples ensemble sans aller au lit symbolise beaucoup plus à mes yeux. Plutôt mourir que de me réveiller aux côtés d'un inconnu avec le regret de ne plus me souvenir de la veille. L'amour s'entretient, il grandit tous les jours. Dire que deux ans avant, j'avais la tête dans le brouillard. Ce brouillard s'est dissipé depuis et je le lui dois. Tous les jours, il me prouve combien il tient à moi, il m'aide dans mon travail et je l'aide à réciter ses textes le soir quand il rentre. Même mon chat est impatient de se blottir contre lui. Cet animal me surprend dans le bon sens. S'il a compris l'importance de Jérémie pour moi, je suis la plus chanceuse. Je continue mes explorations, ne sachant comment refouler les larmes qui perlent mes yeux. La couverture est toujours sur ma peau nue et je n'ai qu'une envie, m'y enfouir. Ces mots là signifient beaucoup. Dans mes livres, j'aime utiliser le langage amoureux et dans le dernier je me dévoile un peu en tant que personne à travers l'un de mes personnage, dans la vraie croyez-moi je ne suis pas aussi à l'aise.
« C'était un mauvais coup ? ».
« Ne dis pas ça, c'était parfait Jérémie. Lent, sensuel, joli. Et j'espère que tu sais que c'est réciproque ».
« Joli ? Humm. N'en dis pas plus chérie ».
« Avant je n'entendais que ce mot dans les films ou en lisant des livres, pas dans la vraie vie ».
« Mais c'est la vraie vie, je t'Em, t'as compris ? ».
Sur ses belles paroles à lui, je ne me retiens pas de l'embrasser à nouveau. Les actes valent souvent autant que les paroles et ça y est, je me sens plus légère après lui avoir dit que je l'aimais. L'écrire est plus simple pour moi que de le dire mais je sais que dans ses bras, j'y arriverais et c'est le cas ce matin. Finalement, les discussions sur l'oreiller sont incroyables. Je ne le croyais pas, jusqu'à ce matin. Je me mord la lèvre en repensant aux caresses, aux mots doux, à ses attentions délicates. Il se rapproche de moi, peau à peau je ressens aussi les frissons qui nous parcours le corps. Sa présence est essentielle maintenant dans ma vie, c'est quelque chose de nouveau pour moi car mes sentiments sont forts depuis deux ans. Je me redresse pour me mettre face à lui et mettre mes doigts dans ses cheveux. Mes mains ont envie de se balader. À quoi bon se priver. Mes doigts courent sur son cou, ses épaules carrées par les heures d'entraînement, ses mains qui ont tenus des pages de texte depuis que son métier l'anime chaque soir. Nos explorations communes me rendent heureuse. Sa bouche quitte la mienne pour me regarder en souriant, un peu essoufflé aussi. Il touche ma peau avec délicatesse entre chaque baiser. Je veux me souvenir de ces sensations uniques et je veux être capable de retranscrire ça si jamais j'en ai besoin dans mes livres. Jérémie continue de laisser ses doigts magiques courir sur mon épiderme. Ma peau frissonne. Ma peau réagit avec plaisir. Je profite une dernière seconde. On se découvre, on s'explore. Je le laisse encore une deuxième seconde effleurer ma peau avant de me lever du lit, la couverture autour de moi. L'air surpris, il me regarde revenir avec des feuilles fraîchement imprimées à la main, prêtes à être corrigées. Son air surpris se change en un air satisfait. Il attendait ma prochaine production.
« Enfin, je me languissais de travail ma belle ».
Il parcourt l'ensemble des feuilles et le paquet sera j'espère à la hauteur de ses espérances.
« Considère ça comme une preuve d'amour si je te fais lire mon travail, tu es le seul ».
« Si tu es nue, c'est encore plus beau ».
« Frimeur ».
« La plus merveilleuse façon de prendre du plaisir mais j'ai du travail ».
Il se lève du lit en étant aucunement gêné, je crois que notre vie prend un nouveau tournant.
Les pages d'écriture m'attendent et les pages de théâtre l'attendent. J'attends de m'habiller pour aller travailler dans mon bureau.
« Tu as une belle vue ? ».
« Bien sûr » riais-je.
Comment me concentrer avec toutes les images de cette nuit dans la tête ? C'est un scénario très agréable. Cette nuit fut la plus belle depuis très longtemps car la routine s'est installée en deux ans. Innover ensemble est satisfaisant. Nous. L'un contre l'autre à s'embrasser sans cesse, à se raconter des choses insensées parfois et mignonnes, à prendre du plaisir. Profitons en avant d'éventuellement fonder une famille. Et je ne parle pas d'adopter un deuxième chat. Pour une fois, je me projette en dehors de mon travail d'écrivain. Je peux travailler de chez moi, en étant partout dans le monde aussi car il me faut un ordinateur qui fonctionne et d'un logiciel de traitement de texte. Point final.
Mon dernier paragraphe de la journée avance, mes doigts ne cessent de taper le clavier. Ma tasse de café est presque vide. L'inspiration s'est emparée de mon être depuis le début de l'après-midi et c'est génial. Écrire est important pour tout écrivain. Pour moi, c'est un exutoire, une extension de moi-même. Les mots ont un sens à mes yeux. Je sais que les lecteurs y trouvent une place rassurante, d'après les retours car je ne me permets pas de penser ainsi vis-à-vis de mon travail. Ce serait narcissique, non ? Oh quoique si. Écrire fait partie de ma vie, de moi et je suis heureuse que le travail porte ses fruits puisque mon dernier projet a eu un succès, un succès qui m'a donné de nouveau confiance en moi. J'écris même une suite à ce livre.
Un grincement léger de porte me sors de ma concentration et je ne pressens pas l'arrivée de Jérémie mais d'un être tout aussi mignon que lui.
Le chat me fait sursauter.
Cet animal entre dans mon bureau, monte et s'étale de tout son long sur le clavier.
Lui qui était si calme. Je me demandais où il était passé. D'habitude, il suit Jérémie dans son bureau ou il dort dans son panier dans le salon. Il se sent probablement seul dans le salon et recherche une présence.
« Comment je suis sensée travailler ? ».
Il ne me répond pas. Il se contente de s'étirer, de tourner la tête et de profiter de la chaleur du clavier. Ce chat ne manque pas de confort. Il sait très bien où le trouver. Mais j'aime ce chat. Attachant et agaçant à la fois. La vie semble belle pour lui et je suis la première à être soulagée de l'avoir encore dans ma vie. Au début, je lisais des tas d'articles disant que certains chats peuvent changer de maison et ça m'a rendu insomniaque pendant une semaine. Mon chat a été ma bouée de sauvetage à un moment de ma vie. Avant d'avoir trouvé Jérémie sur mon chemin, j'étais le genre de personne à rester travailler jusqu'à pas d'heure en ayant des nœuds d'angoisse à l'estomac par peur de ne pas rendre un premier jet de lecture à mon éditeur. Quand Jérémie m'a vu une nuit, c'était au bout de trois mois de relation, je transpirais dans le bureau, les larmes aux yeux. J'ai vite attrapé un mouchoir pour m'essuyer le visage. Son visage en disait long. J'écrivais à un rythme intense, c'était devenu un mal pour dire que j'étais malade et par conséquent, il m'était impossible de tenir les délais prévus. C'est Jérémie qui m'a appris à non seulement répartir mon travail, à me donner des échelles raisonnables et à changer d'éditeur. Désormais, je travaille de temps en temps jusqu'à pas d'heure mais sans être nouée de stress. Désormais sereine de pouvoir tenir les délais et d'avoir une épaule sur qui compter, je travaille dans de meilleures conditions, pour ma santé mentale. Et mon chat ne peut pas toujours tout écouter, Jérémie oui a su trouver les mots pour me rassurer. Sans son aide, j'aurais continué jusqu'à épuisement et qui dit épuisement dit longue pause. Qui dit longue pause dit pas de revenus. Dire mes faiblesses m'a été très difficile et sur le long terme, c'est sans regret. Ma relation à l'écriture est devenue plus saine. Plus apaisée aussi car je ne me mets plus autant de barrières. J'apprends à lâcher prise sur le sujet. Bien entendu que c'est difficile. C'est surtout bénéfique. Pour moi, pour mon travail et pour mon développement personnel car en tant qu'écrivain, je me fais confiance. Mes lecteurs me le rendent bien, les retours ont été bienveillants et sans eux, j'aurais laissé tomber. Eux aussi ont été une bouée de sauvetage. Le soutient vaut tout. Je suis reconnaissante.
« Tu ne vas pas partir d'ici ? ».
Je reporte mon attention sur ce chat.
Son miaulement me fait sortir de mes pensées. L'écran de l'ordinateur s'est mis en veille, l'écran est sombre et la luminosité soudaine me fait plisser les yeux. Je décide de baisser la luminosité, de fermer les volets de la pièce avant de revenir vers le bureau pour prendre mes affaires. Le félin est tranquille. Tu parles d'une vie difficile. Travailler plus ne serait pas productif, j'ai déjà écrit la moitié de ce qui était prévu aujourd'hui.
Lui demande à être gratté sous les oreilles, son point faible.
Ce félin recherche une présence et c'est une chance pour lui, je travaille la plupart du temps de la maison. Je peux lui consacrer du temps. Veiller sur lui aussi et m'assurer de son bien être.
Je sors du bureau en allant dans la cuisine me servir un thé glacé. C'est mon addiction quand je travaille. Je bois le litre dans la journée sans soucis. D'ailleurs, je viens de terminer la moitié de la bouteille cet après-midi, je n'ai pas vu le temps passer dans le bureau. C'est positif car je n'ai pensé qu'aux personnages du livre et non à des pensées telles que celles de cette nuit pour donner un exemple. Un très bon exemple. En attendant de laisser mon cerveau me remémorer ces souvenirs là, je dois me remémorer la suite de mon plan d'écriture. Mais j'ai besoin d'une pause en cette fin de journée. Je sens une odeur de lavande qui flotte dans l'air et je ne me souviens pas avoir acheté quelconque objet de cette senteur. La cuisine est vide, le salon est calme et le chat a encore disparu dans une autre pièce de la maison. Il miaule quand même au bout d'un couloir, il me regarde assis sur les marches de la salle de sport qui se trouve en bas. Je ne m'en préoccupe pas tout de suite, je suppose que mon comédien préféré doit travailler en bas.
Je m'installe sur le canapé, les pages de mon livre fraîchement imprimée dans les mains sans remarquer le paquet déjà installé sur la table basse et déjà corrigé. Jérémie a corrigé mes copies. Prise d'une émotion, je n'ose pas les prendre tout de suite. La curiosité prend le dessus sur la raison et je commence à lire les premières annotations. Là, je suis émue car personne n'a pris le temps de m'aider dans mon travail. Mes éditeurs, l'équipe qui m'entoure au niveau professionnel est géniale bien sûr mais aucune relation ne l'a faite. Pas comme Jérémie le fait. Et ça me rend heureuse. Émue mais heureuse. Lui prend le temps de tout lire, de souligner quand il ne comprend pas bien un passage; il indique ses propres corrections, des passages à rallonger ou à écourter et il prend aussi le temps d'écrire des mots doux dans les marges. Là, il a dessiné un cœur. Sur une autre page, il a dessiné un soleil. Des dessins très simples mais qui veulent dire beaucoup à mes yeux.
« Mais il va vraiment la demander en mariage maintenant ? Il a intérêt à bien faire sa demande sinon je l'étrangle. Dis, ce serait quoi ta demande en mariage parfaite ? Celle qui te fait rêver depuis des années ? Juste par curiosité. Perso, j'ai mon idée. Si tu es prêtes à la partager avec moi je te la confirais peut-être un jour ».
Les réactions de Jérémie me font rire. Et très bonne question de sa part. Je crois que l'on fantasme un peu trop sur le sujet d'une demande en mariage dite parfaite. Certains aiment les demandes extravagantes, celles dont on se souvient toute sa vie. Faire les choses en grand. D'autres favorisent une demande simple, dans un lieu agréable et de manière spontanée. Je pense que c'est une manière de voir les choses, c'est personnel. Les demandes devant un public, sur scène, dans un lieu très très fréquenté, dans un concert ou match de foot, perso non. Sauf si c'est la passion des deux personnes, là c'est différent et cohérent avec leur histoire. Je crois que j'aime les demandes simples. Celles où le cœur du partenaire est prêt, celle où les deux cœurs sont en harmonies, celles où tout est limpide. Une vision très romantique sans doute. Ou une demande sur la plage, lors d'un pique-nique nocturne en plein été, un verre de vin à la main.
Sa question est subtile. Je n'ai pas quatre heures pour y répondre. Dans une forêt, un jour d'automne, quand le soleil est haut, une température douce, le vent soufflant sifflant dans les arbres colorées en jaune-orange-rouge, l'esprit léger, le cœur apaisé par l'environnement et le calme. Voilà ma réponse précise. Si je continue d'imaginer ça, mes attentes seront trop hautes et je ne veux pas être celle qui attend impatiemment une telle chose. Au contraire, on a le temps. Je n'aime pas me précipiter non plus. La question doit être posée de manière naturelle et spontanée. Mais je m'égare. Je continue ma lecture de ses notes, c'est intéressant parce qu'il me suggère des lectures. Des lectures qu'il a commandé sur Internet. Il a pris cette initiative derrière mon dos. Quand ? Je réfléchis en détachant mes yeux de la feuille, aucune date ne me revient en tête. Je tourne la troisième page quand une nouvelle fois, l'odeur de lavande vient me titiller le nez. Quant au chat, pas de lui dans les parages. Sans doute doit-il dormir dans le panier à linge. Il apprécie beaucoup y dormir. Ma lecture continue et cette fois-ci, Jérémie a entouré un mot en rouge. Un second trois lignes plus tard. Des annotations sur le côté de la feuille m'informent d'une demande de développement et d'approfondissement car il trouve ça intéressant. Son appréciation me réconforte dans le fait que mon plan tient toujours la route et que je ne m'égare pas trop loin. Lui est attentif à ça. Moi étant dans le travail, je ne le réalise pas à chaque fois et j'ai tendance à suivre mon imagination. Ce qui est bien dans un sens mais dans un autre, je suis capable de me perdre un peu. Cette odeur de lavande m'intrigue quand même alors je décide de me lever du canapé et aller en bas. La maison est un peu trop calme. Même le chat a décidé de fuir et de me laisser avec mes pages d'écriture. Descendre l'escalier me fait comprendre que la fameuse odeur de lavande vient bien de la pièce du bas. Cette odeur est apaisante et inhabituelle à la maison, je n'achète pas beaucoup de parfum lavande. Jérémie continue de faire de la corde à sauter. Une bougie brûle au fond de la pièce, une sur le coté et une à l'entrée posée sur une table d'appoint. Les fameuses bougies. Lui continue ses exercices. Dès le début de notre histoire, j'aimais bien l'observer s'entraîner ici sans faire de bruit. Me dire qu'il est concentré dans ce qu'il fait, c'est un moyen de se défouler.
« Tu es là ».
« Même une souris se fait entendre ».
Il est vrai que je n'ai pas fait de bruit, selon moi mais c'est sans compter sur les marches de l'escalier en bois qui grincent. Motif de non discrétion. J'aime bien le regarder faire ses exercices physiques et croiser son regard ensuite. J'ai parfois besoin de me défouler aussi après une journée d'écriture intensive. Mais pas ce soir. On verra demain. J'ai eu envie de le voir un peu, il a passé l'après-midi à travailler ses textes et il est venu faire du sport ici. Il a eu raison.
« Oh, tu as lu mes notes ? ».
« Oui, merci j'ai adoré lire les annotations ».
« Avec plaisir ma belle ».
« Tes notes sont pertinentes, je pense terminer le livre plus tôt que prévu ».
« Génial, c'est la maison d'édition qui va être contente ».
« Mon éditrice la première. Elle attend mes pages avec impatience. J'ai reçu un nouveau mail hier matin » dis-je finalement car il sait de quoi je parle.
Il faut savoir que la pression de mon éditrice n'est pas souvent agréable à entendre et tenir les délais est difficile pour moi sauf qu'en ce moment, je n'ai jamais été aussi productive, inspirée. Depuis que j'ai travaillé dur sur ce nouveau livre, ma productivité explose les scores. Mon éditrice m'en demande toujours plus. Pas un merci elle répond de manière insensible face à la fatigue accumulée. Heureusement que j'ai une vie personnelle stable sinon je serais contrainte d'abandonner. Ou de prendre des médicaments pour suivre la cadence, à défaut de m'injecter du café dans les veines. Le soutien sans faille de mon comédien m'est indispensable. C'est lui qui m'aide à supporter cette pression. Sans lui, j'aurais laissé tomber certaines parties du contrat. Et j'ai de la chance car cette éditrice prend sa retraite dans deux mois. Soixante jours à patienter et je serais libre. Une nouvelle éditrice prendra sa place et Jérémie a insisté pour lire chaque ligne du contrat avec moi avant de signer et d'imposer des conditions. Cette perspective me rend heureuse et me soulage d'avance. Je sais qu'il veille à mon bien-être.
« Tu ne me l'a pas dit ».
« Pas besoin de t'inquiéter. Les délais sont tenus. Juste que j'ai du mal avec le fait de rendre toujours plus que je ne fais déjà et je fais tout pour être productive, c'est normal ».
« Tu as surtout besoin de vacances, tu travailles beaucoup ».
« Tout comme toi, on se complète » dis-je en serrant ma pile de feuilles contre moi.
Jérémie laisse tomber la corde à sauter et s'approche pour récupérer une gourde d'eau. J'ai bien envie de combler cette distance. Il me regarde en buvant une gorgée, en me regardant ensuite avec un sourire de doute sur les lèvres. Il s'essuie le visage sur la serviette et je sens que le silence peut durer longtemps. Il repose la serviette tout en reprenant la parole avant moi.
« Je transpire trop pour t'embrasser tout de suite ».
« On n'est plus à ça prêt ».
« Je vais prendre une douche ».
Et il ose me planter là.
Jérémie remonte à l'étage pour aller directement s'enfermer dans la salle de bain. J'entends déjà l'eau couler.
Il a raison sur un point. Je finis toujours par rendre mon travail avec de plus en plus d'exigences à la clé. Et toujours plus de pages. J'écris beaucoup. Ayant déjà vécu un premier échec littéraire, je remonte la pente à présent que le suivant a eu un succès et celui-là en cours d'écriture me plaît beaucoup. Être productive me fait du bien dans le sens où ma boîte mail est pleine, mon ordinateur chauffe toute la journée et mes doigts me font mal à la fin de la journée. Mes écrits plaisent. Comment me plaindre ? Ma cadence n'a jamais été aussi haute et je suis la première surprise même si bien entendu, ça me rend heureuse d'être productive. Les idées s'enchaînent, elles fusent dans ma tête. Jérémie est attentif à mon état physique et psychologique. Il me dit toujours que c'est normal de veiller l'un sur l'autre. Il me rassure à ce sujet, il me dit que je mérite d'être valorisée (contrairement à d'anciennes relations qui m'ont faire miroiter le contraire) et que je mérite de prendre du bon temps. Jérémie connait le sujet. Jamais il ne me juge quand je lui raconte des bribes de ces anciennes histoires. Il me regarde attentivement, compatissant, il me caresse doucement la joue et dépose un baiser sur mon front. C'est quelque chose que je chérie. Je me sens aussi chanceuse bien sûr. Je deviens guimauve. Et j'aime cette sensation de simplicité entre tout qui s'est installée depuis le début. J'avais des appréhension, bien vites dissipées grâce à sa bienveillance envers moi et son intérêt pour mon travail. Il est le premier à qui je fais confiance pour des conseils, il n'y connait peut-être rien comme il me dit mais son esprit critique à son importance. Il connait les textes, il a un regard neuf sur les choses et il apprécie m'aider de bon cœur.
« Tu lis toujours ? Viens manger, le repas sera froid ».
« J'arrive, presque terminé ma lecture, plus que deux pages pour ce soir et le reste attendra demain matin » dis-je en tournant une nouvelle page.
« J'espère que ça t'aidera, j'ai adoré les lire et quel privilège de découvrir le livre en avant première » dit-il en posant ses lèvres sur ma joue.
« Attends de lire la suite, j'ai mis du suspense ».
« Oh ma chérie, j'adore l'idée ».
Ce contact est adorable. Bien entendu que j'ai envie de le prolonger et d'en profiter. En plus, je sens une odeur très alléchante venant de la cuisine. Double raison de me lever du canapé dans lequel je suis assise depuis un moment. C'était super mais je tiens à terminer au moins mon paragraphe, plus que cinq lignes. Ensuite, j'arrête de travailler pour aujourd'hui et je me détends. Je pense à autre chose et je vais me coucher tôt. Demain je dois terminer la correction de ces pages avant de passer aux autres.
« Chérie ? ».
« On est ensemble depuis deux ans, tu es mon écrivaine chérie ».
Jérémie me répond par cette simple phrase et commence à manger son repas. Il vient de me dire la chose la plus adorable du monde. Et je ne trouve pas grand chose à dire sur l'immédiat. Je pose mes feuilles sur le canapé en me laissant aller par cette atmosphère légère, très guimauve.
« Merci » dis-je en enroulant mes bras autour de son cou.
Réaliser ma chance est très gratifiant.
Une nouvelle fois, je me sens apaisée.
Ensuite, je vais apprendre à me détacher des angoisses au-dessus de ma tête. Mon livre m'obsède et me demande beaucoup de temps, ça me fait culpabiliser. Et le fait que Jérémie comprenne tout ça est très important et me réconforte. J'essaye de verbaliser, de lui dire que sa présence est importante. Il le sait. Nos emplois du temps s'entrecroisent, la scène lui prend du temps, lui demande beaucoup d'énergie. Me faire partager son métier, ses angoisses vis-à-vis de ce métier, le regarder travailler sur son ordinateur ses lunettes sur le nez, ses yeux bleus quitter les feuilles de texte pour fixer un point de la pièce et réciter les lignes, je suis heureuse de partager ça avec lui.
Évidemment, c'est pile le moment où le chat décide de réapparaitre dans la pièce puisque sa fourrure frôle mes pieds. Ce félin est incroyable, discret quand il veut et se faire remarquer quand il veut.
« Pas besoin, embrasse-moi c'est mieux ma belle ».
Pas besoin de me le répéter deux fois, il approche son visage du mien tout doucement avant que je ne réduise cette distance pour passer un moment doux. Loin de moi les livres, je veux vivre dans cette bulle pendant longtemps, très longtemps et me laisser porter par le gré des pages.
Doux, intense et simple à la fois. Jérémie sait y faire et me laisse caresser ses cheveux. Des petits gestes tendres que j'adore. Bien sûr, je ne suis pas aussi guimauve dans mes livres, du moins je dose. Parfois j'aime me laisser aller. Après tout, j'ai le droit d'être vulnérable. La vulnérabilité fait que les émotions sont décuplées, je trouve que c'est une force tranquille qu'il faut apprendre à manier. Quand je regarde ce comédien en face de moi, qu'il montre sa vulnérabilité sur les planches devant des gens attentifs et sa sensibilité avec moi. Recueillir ses larmes parfois aussi me fait mal mais je suis heureuse de la confiance qu'il me donne dans ces moments-là. Et je l'aime pour tout ça. On apprend tous les deux, on évolue tous les deux. Je ne veux pas me passer de ça. Je veux apprendre avec lui comme il apprend avec moi sur ce métier, sur nos manières de travailler. J'adore quand il m'observe travailler.
Hey !
La Saint Valentin approche haha, c'est la semaine prochaine, on va dire que c'est un hasard du calendrier ! J'adore ce duo, il y a déjà plusieurs O.S d'écrit avec eux. Au début, c'était pour sortir de ma zone de confort et au final j'aime bien l'idée. Et écrire des O.S (traduction: one shot. Un seul chapitre) me permet d'explorer des idées, ça m'éclate ! Je m'éclate à les écrire, c'est tout ce qui compte. Reste à annoncer une planification que j'ai déjà en tête. Bref, merci d'avoir lu cet O.S, vous êtes super !
