Chapitre XXII : Eté 1995

L'été commença comme les précédents et Théodore faisait tout son possible pour essayer d'occuper ses journées. Il n'avait pas encore osé poser de questions à son père, mais il était certain que celui-ci était au courant de quelque chose. Il avait un comportement étrange, encore plus que d'habitude. Il semblait inquiet et nerveux et ne cessait de se toucher le bras gauche.

Un soir, assez tard, alors que le jeune garçon ne parvenait pas à dormir, il entendit de l'agitation dans le salon. Théodore tenta d'en faire abstraction, mais sa curiosité fut la plus forte et il descendit discrètement les escaliers. Tapi dans un coin du salon, complètement dissimulé dans l'obscurité, il observa son père sortir du manoir.

Un soir alors qu'une scène semblable se déroulait, le jeune Nott, que l'ignorance rendait malade, ne pu s'empêcher de demander :

-Où est-ce que tu vas ?

Surpris, son père se retourna brusquement en pointant sa baguette à l'aveugle vers le coin où il l'observait. Sortant lentement de l'ombre, Théodore le regarda abaisser sa baguette et attendit patiemment une réponse.

-Ca ne te regarde pas… Tu devrais aller te coucher…

-Il est revenu, n'est-ce pas ? questionna-t-il ne se laissant pas démonter par la réponse de son père.

Un long silence suivit la question du jeune garçon, quand enfin son géniteur fini par murmurer en guise de réponse :

-Nous en parlerons plus tard…File maintenant !

Satisfait, Théodore obéit et passa une partie de la nuit à réfléchir à des hypothèses sur ce que son père pourrait lui apprendre.

Ce n'est que deux jours plus tard, au dîner, que l'unique parent du jeune Nott aborda de nouveau le sujet :

-Ton intuition était bonne mon garçon, mais je ne peux pas t'en dire plus…Sache seulement qu'il te faudra rester à l'affut à l'école…Les regards risquent de changer à ton égard…Le seul conseil que j'ai à te donner est de rester discret comme tu l'as toujours fait et de faire attention à tes fréquentations…

-Je n'en ai pas beaucoup de toute manière…marmonna-t-il, un peu déçu de ne rien apprendre davantage.

-Il n'y en a nul besoin…Je veux simplement que tu sois en bon termes avec les enfants des familles de Sang-Pur, même si tu ne les aimes pas ! Je me fiche de ce que tu penses d'eux, nous les avons de notre côté pour l'instant, et c'est primordial pour la réputation et la postérité de notre famille.

Théodore poussa un petit soupir et acquiesça en silence. Il se contenterais de les ignorer et de ne surtout pas révéler ce qu'il pensait de leurs enfantillages stupides à propos des « sang de bourbe » comme ils aimaient appeler les élèves né moldus.

Son père recevait de nombreuses visites et Théodore était pratiquement sûr qu'il s'agissait de Mangemort tout comme lui. Bien évidemment, dès qu'un de ses hommes débarquaient dans le salon, il avait l'ordre de monter dans sa chambre. Ne perdant pas sa mauvaise habitude, il s'arrêtait en haut des escaliers et tentait d'écouter les conversations, en vain…

Il avait écrit de nombreuses lettres à son ami mais ne recevait pas toujours de réponse, ce qui ne l'inquiéta pas vraiment. Il devait probablement profiter d'une des maisons secondaires, de son riche beau-père actuel et passer quelques semaines dans un pays étranger…

Un après-midi, alors que l'adolescent était installé à la table du salon, occupé à rédiger une lettre à son ami, quelqu'un frappa durement à la porte du manoir, instinctivement Théodore s'apprêta à rassembler ses affaires et à monter à l'étage, quand son père lui dit en grognant :

-Reste…Tu es chez toi aussi après tout…

Théodore qui s'était levé de sa chaise, se rassit, attentif à ce qui allait se passer. Il entendit son père ouvrir l'imposante porte du manoir et saluer d'une voix froide un dénommé Dolohov. Le nez sur son parchemin, Théodore aperçu une haute silhouette pénétrer à l'intérieur du salon. Tendant l'oreille, il perçut quelques bribes de la conversation qu'entretenait les deux mangemorts :

-Tu laisses ton fils écouter tes conversations privées, maintenant ? Demanda narquoisement Dolohov en faisant un geste distrait de la main en direction de Théodore.

-Il est chez lui aussi ! rétorqua Richard Nott sèchement.

-Soit, il deviendra bientôt l'un de nôtre de toute façon…

Théodore se crispa en entendant les dernières paroles de Dolohov.

-Pourquoi es-tu ici ? Certainement pas pour me parler de mon fils…

-Je voulais simplement savoir si tu avais des informations, après tout tu étais l'un de ses plus fidèles et anciens serviteurs…

-Je le suis toujours…

-Pourquoi n'as-tu pas essayé de le retrouver alors ?

La tournure que la discussion prenait ne plaisait absolument pas au jeune homme qui craignait que cela ne tourne mal.

-Je n'ai pas à me justifier auprès de toi…Entendit-il son père grincer entre ses dents.

-De toute façon, ce n'est qu'une question de temps avant que tu perdes ta valeur aux yeux du maître, tu deviens trop vieux, Nott…Je suis sûr que tu n'as plus d'aussi bon réflexes qu'avant…

Sans comprendre ce qu'il se passait, Théodore perçut soudainement de l'agitation et eu simplement le temps de voir Dolohov sa baguette brandit en direction de son père, avant que le sortilège ne ricoche et s'abatte sur lui, le propulsant violemment contre l'armoire qui se trouvait derrière.

Théodore se réceptionna durement sur son épaule gauche et entendit un léger craquement qui lui donna un haut le cœur, avant de sentir une douleur lancinante à l'épaule.

-Comment oses-tu t'en prendre à moi et à mon fils dans ma propre maison ? Sors d'ici immédiatement !

Théodore parvint à percevoir les dernières paroles de son père ainsi qu'un bruit de porte qui claque. La tête lui tournait et il craignait de s'évanouir. S'obligeant à rester allongé au sol, il respira lentement en luttant pour garder les yeux ouverts. Ce n'est qu'au bout d'une bonne dizaine de minutes qu'il entendit son unique parent marmonner :

-Théodore, qu'est-ce que tu fais ? Lève-toi et arrête de te traîner sur le sol comme un vulgaire moldu…

L'adolescent, tout tremblant parvient à se mettre debout en soutenant instinctivement son bras gauche de son bras droit.

-Tu es blessé ? Le questionna son père tandis qu'il s'approchait doucement du fauteuil sur lequel il était assis.

-Mon épaule a fait un drôle de bruit…geignit-il, livide.

Son paternel le fit asseoir sur le canapé et vint s'installer près de lui, avant de lui retirer sa chemise pour examiner l'épaule blessé.

L'adolescent se retint d'hurler tandis que son père manipulait son épaule gauche.

-Je crois qu'elle est cassée…murmura Théodore, à deux doigts de tomber dans les pommes.

-Non, elle est simplement démise…

-Il faut qu'on aille à Sainte-Mangouste…pleurnicha le jeune homme.

-Non, ce n'est pas la peine, je peux te la remettre en place moi-même. Je n'ai pas envie d'attendre des heures à l'hôpital…

-Tu sais comment on fait ? Questionna Théodore qui craignait la manipulation.

-Oui, ton grand-père me l'a enseigné. C'est un peu douloureux, mais tu vas prendre sur toi et ne pas faire de comédie, n'est-ce pas ?

De mauvaise grâce, Théodore avala un liquide clair que son père avait attiré à lui et attendit quelques minutes que la potion fasse effet. Se détendant légèrement, il ne protesta pas quand son géniteur pris sa main gauche dans la sienne et plaça son autre main au niveau du coude. Il fit effectuer au bras et à l'épaule une sorte de rotation extrêmement douloureuse mais qui eut pour effet de remettre correctement l'épaule en place. Incapable de se retenir, l'adolescent avait hurlé de douleur puis avait fondu en larme.

-Cesse donc, c'est terminé et je t'avais dit que cela allait être douloureux…Plus tu grandis et plus tu deviens douillet…Lui fit remarquer son père d'un ton désagréable.

Sa main droite agrippée à son épaule gauche, Théodore reniflait et hoquetait bruyamment. Lorsqu'il vit son père revenir avec un linge propre qu'il avait plié, le jeune homme écarquilla ses yeux bleus remplis de larmes et se mis à couiner de panique.

-C'est simplement pour l'immobiliser. Tu la garderas quelques jours et ça ira, inutile d'en faire tout un plat…marmonna Richard Nott, en immobilisant l'épaule blessé avec le linge qu'il avait utilisé pour fabriquer une sorte d'écharpe.

Théodore mit un long moment avant de se calmer et de reprendre ses esprits. A l'heure du dîner, il se força à se mettre à table, mais n'avait absolument pas faim. Il apprécia cependant l'effort que son père avait fait en lui coupant sa viande en petit morceau étant donné qu'il ne pouvait pas se servir de son couteau.

La douleur fut très vives les trois premiers jours puis s'atténua petit à petit.

Assis sous l'un des imposant saule pleureur qui bordait l'immense bâtisse, Théodore lisait et relisait inlassablement ses livres de cours de la première jusqu'à la quatrième année. L'année qui arrivait était l'année des BUSE et rien que d'y penser le jeune garçon en avait la nausée ou peut-être était-ce à cause de son épaule toujours un peu douloureuse…

Alors qu'il était plongé dans un chapitre de son livre de Sortilège concernant le sortilège d'attraction, la voix de son père le fit sursauter :

-Viens avec moi…lui ordonna-t-il, de son habituelle voix sèche.

-Où ? demanda-t-il en relevant la tête de son livre.

-Tu verras bien…

Pinçant discrètement ses lèvres, Théodore se leva son livre à la main et suivit son père dans la forêt qui se trouvait à la lisière du manoir. Ce n'était pas dans les habitudes de son père que de passer du temps avec lui simplement pour le plaisir…

Ils marchèrent dans la forêt une bonne dizaine de minutes et quand il aperçut au loin l'immense propriété des Malefoy, le jeune garçon poussa un long soupir.

-Souviens-toi de ce que je t'ai dit au dîner l'autre jour…Puis j'ai pensé que sortir le nez de tes livres te ferait du bien…

-Je révisais pour les BUSE…grogna-t-il, peu enthousiasme à l'idée de passer du temps chez les Malefoy.

Son père ne répondit pas et après avoir passé le grand portail de fer finement ouvragé, se dirigea vers la porte d'entrée du manoir. Après avoir très poliment salué ses hôtes, Théodore se vit entraîner par son compagnon de chambrée et camarade de classe à l'extérieur.

-Je ne te laisse pas le choix cette fois-ci, hors de question que tu ailles te réfugier dans notre bibliothèque ! Qu'est-ce que tu t'es fait ? Questionna-t-il en désignant le bras que Théodore portait toujours en écharpe.

-Rien…J'ai glissé dans les escaliers…mentit-il en guise de réponse, contraint de le suivre dans le jardin.

Il observa discrètement le jeune Malefoy et constata que celui-ci avait pris quelques centimètres depuis le début de l'été tout comme lui. Plongeant soudain son regard gris dans ses prunelles bleues, Drago Malefoy lui demanda :

-Tu es au courant j'imagine ?

Sachant parfaitement à quoi il faisait allusion, Théodore répondit avec sarcasme :

-Il serait difficile de ne pas l'être ! Je ne peux même plus être tranquille dans mon propre salon, ils y sont sans arrêt !

Drago émit un ricanement et répondit :

-C'est la même chose au manoir mais je n'ai pas le droit d'assister aux réunions. Tout ce que mon père a bien voulu me dire, c'est qu'il y aura du changement à Poudlard cette année.

-Comment ça ?

-Apparemment Fudge est dans le déni le plus complet en ce qui concerne le retour du Seigneur des Ténèbres, et il compte s'en servir pour se débarrasser de Dumbledore…

Sceptique, Théodore répondit :

-Je vois mal comment il pourrait se servir de Fudge pour ça…

Son compagnon haussa les épaules et remarquant le livre que le jeune Nott tenait toujours à la main, le taquina :

-Les cours te manquent ou tu veux simplement rivaliser avec Granger ?

Théodore savait que s'il la défendait il s'aventurait dans des paroles compromettantes en ce qui concernait son camp politique, il décida donc de répondre calmement :

-Les BUSE sont pour cette année et je compte bien rester le meilleur…

Les paroles qu'il venait de prononcer sonnait extrêmement prétentieuses à ses oreilles, ce qui ne lui ressemblait pas. Malefoy le remarqua et le railla :

-Tu sembles bien prétentieux, Nott…Après libre à toi de travailler comme un acharné même si tu n'en retireras aucune gratification hormis celle de voir les Professeurs s'extasier devant tes capacités hors du commun !

Ne voulant pas envenimer la situation, Théodore coupa sèchement court à la conversation :

-Chacun ses priorités…

Ils marchèrent ensuite en silence dans le jardin qui entourait la propriété. Cependant, même s'il faisait tout son possible pour ne rien montrer, Théodore ruminait les paroles de son hôte, qui s'en aperçu et qui prit un malin plaisir à lui lancer des regards narquois.

La traversée de la forêt pour rentrer au manoir s'était faite dans le silence le plus total. L'on entendait seulement quelques feuilles craquer sous les pas des deux seuls représentants de la famille Nott. De retour dans la vieille bâtisse, Théodore décréta qu'il avait passé assez de temps dehors et monta dans sa chambre, se plongeant avec encore plus d'acharnement dans son livre de Sortilège.

Comme tous les étés, lorsqu'il eut enfin reçu la nouvelle liste des fournitures scolaires, il harcela son père pour s'y rendre le plus tôt possible. Habitué, le vieil homme ne prenait même pas la peine de lui répondre. Ce n'est qu'à la fin du mois d'aout, que Richard Nott consentit à le faire transplaner sur le chemin de Traverse.

-Tu es assez grand pour faire tes achats tout seul…Rejoins-moi devant chez Barjow et Beurk en fin d'après-midi…Sois vigilant, les rues ne sont plus aussi sûres qu'auparavant surtout pour des gens comme nous…

Théodore n'eut même pas le temps de répondre que son père avait déjà disparu. Le jeune garçon fit ses achats habituels, puis passa le reste de l'après-midi chez Fleury and Bott, à flâner entre les étagères et à dépenser son argent dans des livres supplémentaires. Vers 18h, il emprunta l'Allée des Embrumes, étroites et sombres, tout en gardant une main sur sa baguette et en jetant des regards inquiets autour de lui. Quand il arriva devant la devanture du magasin, son père l'attendait déjà. Il ne fit aucun commentaire en voyant les deux énormes sacs remplis de livres et ils transplanèrent ensemble.

Ce n'est que la veille de la rentrée, qu'il se décida à retirer son écharpe. Son épaule était guérit depuis un moment, mais très prudent et craignant la douleur, Théodore avait jugé nécessaire de garder son épaule le plus immobiles possibles, malgré les remontrances de son père qui commençait à en avoir assez de lui couper sa nourriture.

Le premier septembre fini par arriver et comme il en avait l'habitude les au revoir furent très brefs :

-Je t'ai déjà fait mes recommandations et je sais que tu les suivras à la lettre…Je compte sur toi pour réussir brillamment tes BUSE…

Jetant un coup d'œil à l'horloge qui se trouvait sur le mur en face de lui, le jeune Nott marmonna :

-Je dois y aller…