A/N : Devinez qui revient toute contente de son weekend pour être accueillie par des températures à presque quarante degrés ? :D
Résumé du chapitre précédent :
Harry se prépare à partir pour le Terrier, et manque de prononcer le mot "ami" devant Draco. Remus transplane avec Harry jusque chez les Weasley, où ils restent pour diner. Molly est assez agressive sur le sujet de Sirius, le reste de la famille (sans Charlie toujours avec ses dragons) est plus ou moins perplexe mais content pour Sirius. Remus repart, Neville et Hermione arrivent le lendemain, et tout le monde retourne se coucher après avoir discuté Quidditch à n'en plus finir.
Harry rêvait.
Du moins, il était presque certain d'être en train de rêver.
Le manoir délabré qui se découpait sur le ciel nocturne lui était inconnue. À côté de lui se trouvait un vieil homme, probablement un jardinier ou un homme à tout faire d'après sa tenue, qui se dirigeait vers la demeure en pestant. Une lueur vacillante brillait à une des fenêtres, indiquant la présence d'un feu dans la pièce. Intrigué, le Griffondor se mit à marcher à côté du vieil homme, et essaya de prêter davantage attention à ce qu'il marmonnait. Les bribes que Harry parvint à comprendre suffirent à lui fournir quelques informations.
- Ces jeunes qui ne respectent... foi de Franck Bryce... pauvres maîtres... Jedusor en mourrait une deuxième fois...
Le nom figea Harry sur le côté du chemin. Jedusor ? Le manoir devant lui appartenait à la famille paternelle de Tom ?
Son regard se porta de nouveau vers la bâtisse, qui avait l'air d'avoir été abandonnée au moins trois ou quatre décennies plus tôt. Toute la volonté d'un homme seul n'avait pu entraver le cours du temps, et il était évident que le manoir tombait progressivement en ruines. L'histoire collait trop bien pour qu'il s'agisse d'une coïncidence. Harry s'immobilisa un instant, en proie au doute. Tous les enseignements de Tom sur l'Occlumancie lui recommandaient de faire demi-tour, se réveiller, n'importe quoi pour sortir de cette situation, mais la curiosité du Griffondor prit le dessus.
Par conséquent, et à l'encontre tous ses instincts et tout ce qu'il avait appris concernant la prudence à exercer dans ce genre de situation, Harry reprit sa marche pour se rapprocher du vieil homme, et l'accompagna jusqu'au manoir. Ils remontèrent une allée de fleurs en piteux état, et le Golden Boy eut à ce moment-là la confirmation du métier de Franck grâce à ses remarques sur l'état des plantes et le vandalisme dont faisaient preuve les jeunes délinquants de Little Hangleton.
Une fois arrivés au niveau du bâtiment de pierres érodées par le temps, le vieux jardinier sortit une clé de sa poche et déverrouilla une porte discrète sur le côté de la demeure. Celle-ci s'ouvrit sans bruit, et Harry en conclut que Franck devait en huiler les gonds régulièrement.
Sans un mot, le Griffondor accompagna le vieil homme dans un corridor poussiéreux, puis le long d'un escalier qui avait dû être le summum de l'élégance un demi-siècle plus tôt.
Le jardinier ralentit en arrivant en vue de la pièce d'où la lumière vacillante provenait, jusqu'à s'arrêter complètement en entendant des voix. La porte était entrebâillée, et donnait sur le dos d'un fauteuil, un bout de la cheminée, et un tapis décrépi entre les deux.
- ... pourrait-il se faire sans le garçon ? proposait une voix suppliante qu'Harry identifia immédiatement comme celle de Pettigrew.
- Non !
La réponse réussissait l'exploit d'être à la fois chuchotée dans un râle et déborder d'une autorité indiscutable, le tout en étant d'une froideur à glacer le sang. Harry dut réprimer un frisson, et vit le jardinier trembler à côté de lui. L'être qui venait de parler était dans le fauteuil et dissimulé aux yeux des deux visiteurs, mais une aura malveillante émanait de lui.
- Il faut que ce soit le garçon ! reprit la voix essoufflée. Le rituel ne pourra se faire sans lui !
Le mot intrigua Harry, plus encore que la voix elle-même, alors que celle-ci se rapprochait dangereusement d'une partie de sa mémoire qu'il se refusait à explorer. Avant que le Griffondor puisse céder à la panique, un homme entra d'un coup dans son champ de vision et s'accroupit devant le fauteuil dans une position déférente. Lorsqu'il parla, ce fut une troisième voix, celle-ci complètement inconnue d'Harry, qui résonna jusqu'à eux.
- Il en sera fait selon vos désirs, Maître. Je m'assurerai moi-même de l'exécution de votre plan.
Harry ne parvint pas à discerner son visage dans la faible lumière des flammes, mais la détermination de l'homme aux cheveux bruns vibra dans chacune de ses paroles. L'être dans le fauteuil en parut satisfait, et émit un chuintement étrange qui ressemblait presque à un rire sadique des plus dérangeant.
- Je ne doute pas de ta réussite, mon fidèle serviteur...
Un souvenir se fraya finalement un chemin dans l'esprit du Golden Boy, en même temps que Franck sursauta en voyant un énorme serpent glisser entre ses pieds. Le vieil homme était encore plus terrorisé que le jeune sorcier par la scène à laquelle il assistait. Cependant, avant que les deux puisse réagir d'une quelconque manière, la voix acheva sa phrase.
- Livre-moi Harry Potter, et lorsque le garçon sera mort pour assurer le retour de Lord Voldemort, je ferai de toi mon bras droit à la place de Lucius !
À ces mots, l'homme sur le tapis se redressa, toute sa silhouette exprimant la fierté et la détermination.
Harry vit le vieux jardinier pâlir en comprenant que les trois intrus prévoyaient de sang-froid le meurtre d'un jeune homme.
De son côté, le Griffondor eut la confirmation de ce qu'il se refusait à envisager depuis le premier mot que l'être dans le fauteuil avait prononcé.
L'âme principale du Seigneur des Ténèbres était toujours en vie, malgré la mort de Quirell deux ans plus tôt.
Alors qu'il tentait de juguler sa panique, Harry entendit les sifflements caractéristiques du fourchelangue, une fraction de seconde avant qu'il remarque que le serpent qui s'était glissé dans l'escalier s'enroulait désormais autour du fauteuil. Le sang déserta son visage en comprenant ce que le reptile transmettait comme message et le sort qui attendait le vieil homme.
Mais dans ce rêve, il n'avait pas plus de substance qu'un souvenir.
- Nagini me dit, siffla la voix, que le vieux jardinier moldu nous écoute derrière la porte...
L'homme brun se tourna aussitôt vers l'interstice, pendant que Franck écarquillait les yeux de terreur mais demeurait figé sur place. La porte s'ouvrit en grand, et le visage de Pettigrew apparut en gros plan avant que la voix ne reprenne.
- Écarte-toi, Queudver... que j'accueille notre invité comme il le mérite.
Harry voulut hurler au vieil homme de s'enfuir.
Le fauteuil fut très légèrement tourné par le troisième homme.
- Avada Kedavra !
Un éclair vert fusa dans la direction des deux intrus.
Harry rouvrit les yeux de façon si brutale qu'il en perdit l'équilibre un instant. Heureusement pour lui, il était allongé sur le dos et fut simplement prit d'un vertige. Il constata que sa respiration était sifflante et hachée, et porta une main à son coeur pour s'assurer qu'il battait toujours.
Sa première pensée fut qu'il ne pouvait pas s'agir d'un simple rêve.
Sa seconde pensée fut que les ronflements de Ron étaient toujours aussi désagréables.
Pendant que sa respiration se calmait, Harry passa une main sur son visage pour essayer d'en chasser le sommeil, la transpiration et le contrecoup du choc qu'il venait d'avoir. Peu importait la façon dont il pouvait qualifier ce qu'il venait de vivre, ce n'était à coup sûr pas normal et il fallait absolument qu'il en parle le plus vite possible à Tom. Ou à Lucius. Ou à Sirius. Ou à n'importe qui en mesure de lui donner des conseils et de l'aider à comprendre comment une telle chose avait pu se produire.
D'après son mentor, l'Occlumancie était censée le protéger des intrusions dans son esprit, y compris pendant la nuit. Alors comment était-il possible pour Harry d'avoir une telle vision alors qu'il s'entrainait presque tous les jours depuis deux ans ? À défaut d'avoir une réponse immédiate, le Griffondor se leva pour se diriger vers la salle de bain la plus proche et essayer de faire partir cette expérience terrifiante avec une douche.
En descendant les escaliers, il croisa Neville et Bill, qui se dirigeaient tous les deux vers le bas de la maison. Ceux-ci le saluèrent en souriant, mais le premier nota immédiatement que quelque chose allait de travers chez son ami.
- Harry ? Tout va bien ?
- Juste un cauchemar, répondit le Golden Boy en forçant un sourire.
- Je crois que ma mère a une tisane anti-mauvais rêves quelque part, proposa Bill. On en prendra un ou deux sachets avant de partir. Ça va aller pour aujourd'hui ?
Harry hocha la tête, peu soucieux de partager ses théories sur l'apparition d'une telle vision, mais reconnaissant pour l'intention et la préoccupation sincère de l'ainé de la fratrie Weasley.
Il fallut presque trois heures pour que tous les sorciers concernés par le départ se lèvent, prennent leur douche, leur petit-déjeuner, rassemblent leurs affaires pour le match et soient enfin prêts à quitter le Terrier.
Au final, ce ne fut qu'à onze heure qu'Arthur, Bill, Fred, George, Ron, Ginny, Hermione, Neville et Harry parvinrent à partir. Molly avait volontiers laissé sa place à un de ses enfants, n'étant pas elle-même une grande amatrice de Quidditch, et Percy avait reniflé dédaigneusement à l'idée d'assister à la finale avec sa famille.
La petite dizaine de sorciers et sorcières se mit en marche vers une destination connue du seul patriarche, et Harry en profita pour discuter avec les jumeaux et leur demander où ils en étaient de leur projet de magasin de farces et attrapes. La marche à pied ne le dérangeait pas outre mesure, contrairement à d'autres membres de leur groupe, et il était heureux d'apprendre que ses amis étaient en bonne voie pour commercialiser certains de leurs prototypes dans des enseignes réputées du monde magique.
Ils firent une pause pour déjeuner vers une heure de l'après-midi, durant laquelle ils profitèrent des sandwichs préparés par Molly. Celle-ci en avait préparé assez pour nourrir l'ensemble des élèves de Poudlard, et probablement un ou deux départements du Ministère avec, mais ils parvinrent à en finir assez pour faire de la place dans leurs sacs respectifs. Une fois plus que rassasiés, le groupe se remit en route jusqu'à arriver à un croisement auprès duquel se dressait un arbre.
Sous l'arbre en question se tenait un homme souriant, qui portait un certain embonpoint avec une fierté évidente. Son sourire s'élargit un peu plus en les voyant arriver, et il se dirigea droit vers le plus âgé de la petite troupe.
- Arthur ! On ne vous attendait plus !
- Amos ! Certains ont eu du mal à sortir du lit, répondit-il en riant.
Les deux amis se donnèrent une accolade énergique, puis se tournèrent vers le reste pour les présentations.
- Les enfants, déclara Arthur, voici Amos Diggory. Il travaille au ministère, au département de contrôle et régulation des créatures magiques.
Avant que qui que ce soit puisse dire un mot, un mouvement leur fit lever la tête à tous, et un jeune homme se laissa tomber depuis les branches pour atterrir devant l'arbre. Il avait le même sourire engageant que l'homme aux côtés du père de Ron, et Harry reconnut l'Attrapeur de Poufsouffle en même temps qu'il se douta instinctivement du lien de parenté entre les deux.
- Et je suppose que ce grand gaillard doit être Cédric, fit Arthur.
Il tendit la main au jeune sorcier, qui la serra en répondant, son sourire toujours en place.
- Oui monsieur, enchanté.
- Allons, ne perdons pas de temps ! intervint Amos. Avec tout ce retard, il s'agirait de ne pas manquer le portoloin !
- Très juste, Amos !
Le groupe se remit donc en route vers leur destination. Harry fronça les sourcils d'un air confus, mais avant qu'il puisse poser sa question, Hermione capta son regard et lui donna l'explication voulue.
- Un portoloin est un objet enchanté pour se rendre d'un endroit à un autre en emportant toutes les personnes qui le touchent. Dans certains cas, il est associés à un horaire pour faciliter son utilisation.
- Et à quoi ça ressemble ? demanda le Golden Boy avec curiosité.
- À tout et n'importe quoi, intervint Cédric.
Le Griffondor tourna la tête, surpris par l'arrivée impromptue de l'Attrapeur dans la conversation. Cependant, l'air sympathique et détendu du plus âgé le calma presque aussitôt. Harry pencha la tête sur le côté et haussa les sourcils, l'enjoignant à continuer de façon silencieuse.
- La plupart du temps, poursuivit Cédric, on choisit un objet qui a l'air bon pour la décharge, histoire d'éviter que les moldus essaient de s'en servir. Je crois que celui qu'on va prendre aujourd'hui est une vieille botte.
- Une vieille botte ? releva Harry.
Son ton véhicula suffisamment d'incrédulité pour provoquer un rire autour de lui, mais avant qu'aucun des jeunes sorciers ne puisse reprendre la parole, Amos Diggory s'approcha d'eux. Il donna une bonne tape amicale dans le dos d'Harry pour le saluer, sans remarquer la façon dont le Griffondor se raidit au contact.
- Par la barbe de Merlin, enfin je rencontre le fameux Harry Potter !
- Enchanté, monsieur Diggory.
Le sourire qui accompagna la réponse d'Harry fut un peu forcé, mais il fit de son mieux pour dissimuler son malaise. Le père de Cédric était visiblement du genre démonstratif, et ne semblait pas s'apercevoir que l'intrusion dans la sphère personnelle du Golden Boy était malvenue. À la place, le sorcier lui serra la main sans se préoccuper de sa réaction, et enchaina immédiatement.
- Tout le plaisir est pour moi ! s'esclaffa-t-il. Entre Arthur et Cédric, j'ai l'impression d'avoir assez entendu parler de toi pour pouvoir écrire la moitié des articles de la Gazette, hahaha !
- Il exagère toujours, le coupa Cédric. Je lui parle juste des matchs de Quidditch de l'école.
Harry nota avec une pointe de compassion que le Poufsouffle avait l'air au moins aussi mal à l'aise que lui en entendant les remarques de son père.
- Ah, le Quidditch, reprit Amos. J'ai entendu parler des exploits du plus jeune Attrapeur de Poudlard sur un balai, et ça me rend d'autant plus fier que mon fils soit le seul à t'avoir battu ! C'est quelque chose dont toute la famille se vante et que tu pourras raconter à tes enfants, Cédric !
- Papa, arrête, grinça le concerné.
Cédric avait l'air mortifié, et le Golden Boy se sentit embarrassé pour lui pendant un moment. L'expérience fut miraculeusement interrompue par Bill, qui s'approcha d'eux pour interpeller le collègue de son père.
- Dites-moi Amos, j'ai entendu dire que les équipes avaient réussi à obtenir des dérogations pour faire venir certaines des créatures qui servent de mascottes aux équipes, c'est vrai ?
- Ah ça ! Oui et non, répondit Amos en embrayant sur le sujet. Il faut dire que certaines sont sans danger, donc ça n'a pas posé de problème, mais pour certains pays, il a fallu...
Le sorcier partit dans une longue explication technique sur la façon dont la Coupe du Monde avait été gérée par le département de régulation des créatures, et s'éloigna sans s'en rendre compte pour rester à côté de Bill. Celui-ci profita d'une pause pour raconter une blague à propos d'une sirène et d'une licorne, et fit un clin d'oeil discret aux deux Attrapeurs quand son interlocuteur explosa de rire.
Cédric et Harry lui adressèrent chacun un regard de franche gratitude. Le Poufsouffle fit une grimace d'excuse au plus jeune.
- Ne fait pas attention à mon père. J'ai eu beau lui dire que ce match n'avait pas été gagné à la loyale, il s'est-
- Ne t'en fait pas pour ça, le coupa Harry avec un sourire. J'ai l'impression que c'est encore plus gênant pour toi que pour moi.
Cédric sourit, mais ne contredit pas l'affirmation. À la place, les deux sorciers continuèrent à marcher en silence, Hermione et Neville juste derrière eux.
Ce ne fut qu'en fin d'après-midi que le groupe arriva près d'une colline, au sommet de laquelle les attendait une botte en si mauvais état qu'Harry était presque surpris de la voir tenir en un seul morceau. Le marron boueux était délavé et sale, elle comportait plusieurs trous à divers endroits et il manquait un lacet sur les deux.
Arthur sortit une montre de sa poche, et poussa une exclamation en lisant l'heure.
- Bon sang, on va être juste dans les temps ! Vite, tout le monde se dépêche de toucher le portoloin !
Un peu surpris, Harry et Hermione échangèrent un regard en voyant tous les autres s'allonger dans l'herbe pour former un cercle autour de la chaussure, et s'assurer qu'ils touchaient tous l'objet. Après un regard perplexe et une brève hésitation, ils firent de même en s'étonnant une fois de plus des modes de locomotion magiques.
Une poignée de minutes passa dans un silence total. Harry allait demander ce qui était censé se produire, lorsqu'il eut d'un coup l'étrange impression d'être attrapé par un crochet derrière le nombril et tiré en avant. Le monde autour de lui se mit à tournoyer furieusement et il entendit les autres crier et rire autour de lui, comme s'ils étaient dans un manège de parc d'attraction.
- Et maintenant, lâchez-la ! cria Arthur au bout de quelques secondes.
- Quoi !?
- Lâchez-la !
Tous les sorciers s'efforcèrent de rompre le contact avec la botte, et celle-ci les laissa faire après avoir rempli son devoir. Harry eut la désagréable sensation de tomber à toute vitesse vers le sol en tournant sur lui-même, mais atterrit sur l'herbe sans la douleur qu'une trop longue chute aurait provoqué.
Autour de lui, tout le monde était dans un état similaire, tête dans l'herbe et grimace sur le visage. Quatre rires résonnèrent au-dessus d'eux, et ils levèrent les yeux juste à temps pour voir Arthur, Bill, Amos et Cédric descendre vers eux en marchant dans l'air comme s'il y avait un escalier invisible sous leurs pieds.
- Ça vous remet la cervelle en place ! fit Amos en riant.
Cédric secoua la tête sans cesser de sourire, et tendit une main au Golden Boy pour l'aider à se relever.
- Ça va Harry ?
- Rien de cassé, ironisa le Griffondor.
Il saisit la main tendue après une infime hésitation, et laissa le Poufsouffle le relever. Celui-ci lui fit un clin d'oeil amusé avant d'aller aider Ginny et Hermione à se redresser, et ils purent rapidement se remettre en marche.
Ils n'eurent pas vingt mètres à faire avant d'arriver en vue d'un immense stade de Quidditch, et d'un non moins immense campement grouillant de vie situé tout autour. Des jets de feu visaient le ciel dans les allées, des explosions colorées jaillissaient à intervalles réguliers d'un peu partout, et un mélange de bruits et d'odeurs variés semblait émaner de l'endroit.
En ayant passé les dernières semaines au calme, Harry se sentit un peu dépassé par la foule et la sursollicitation soudaine de ses sens. Il fallut que la main de Neville se pose brièvement sur son épaule pour qu'il revienne sur terre, et il regarda son ami avant d'hocher la tête pour indiquer que tout allait bien. L'échange fut assez discret et rapide pour que personne ne le remarque, et la petite troupe se mit en route vers le labyrinthe de tentes.
Au bout d'une dizaine de minutes à marcher dans les différentes allées, ils arrivèrent à un croisement, qui ressemblait peu ou prou à tous les autres croisements qu'ils avaient vus jusque-là. Toutefois, Amos se tourna vers son collègue et lui fit une accolade.
- C'est ici que nos chemins se séparent, mon ami. On se verra au match !
- Si on se retrouve dans la foule, plaisanta Arthur.
Après quelques blagues du même genre, les deux Poufsouffles finirent par dire au revoir aux Griffondors, et s'éloignèrent de leur côté. Harry se retrouva à marcher entre Ron et Bill, juste derrière Arthur, et en profita pour poser la question qui lui était venue.
- Comment font ton père et le père de Cédric pour savoir où ils vont ? demanda-t-il à Ron.
Le plus jeune le regarda d'un air surpris.
- Ils suivent leur réservation, pourquoi ?
- Ron, les moldus n'ont pas de traçage magique pour ce genre de chose, intervint Arthur en se tournant de moitié. Ils utilisent des cartes en papier, c'est ça Harry ?
Le brun hocha la tête, et le patriarche lui fit signe de s'approcher de lui, avant de lui montrer un bout de parchemin qu'il tenait dans sa paume. Celui-ci semblait vouloir se diriger vers le bout de sa main. La feuille était à peine plus grande qu'une carte de visite, mais semblait bien plus résistante. Quelques mots et chiffres étaient inscrits dessus en lettres minuscules, et Harry n'essaya même pas de les lire.
- Tu vois, lui indiqua-t-il, le parchemin se déplace dans la direction de notre tente. Tout ce qu'on a à faire, c'est de le suivre jusqu'à ce qu'il nous conduise au bon emplacement.
- C'est comme ça que monsieur Diggory savait qu'il devait prendre un autre chemin, comprit Harry.
- Tout à fait ! D'ailleurs, je pense qu'on est bientôt arrivés.
Comme pour lui donner raison, le parchemin se déplaça vers la droite, juste devant une tente qui avait à peine l'air assez grande pour deux personnes. Le Golden Boy haussa les sourcils, un peu étonné. Certes, toutes les tentes qu'ils avaient croisées jusqu'à présent étaient de dimensions modestes, mais il doutait que celle-ci soit en mesure d'accueillir neuf personnes.
- Voici notre palace, déclara fièrement Arthur.
Le patriarche Weasley saisit une tenture et fit signe aux adolescents d'entrer. Harry eut un regard perplexe, mais entra néanmoins et se figea une demi-seconde. Puis un petit rire lui échappa et une expression amusée s'installa sur son visage.
Contrairement à ce que l'extérieur laissait penser, l'intérieur de la tente était immense. De là où il était, Harry pouvait distinguer au moins six lits répartis dans des espèces d'alcôves en tissus, un espace central dans lequel se tenait une énorme table et une douzaine de chaises, et il pouvait même apercevoir une sorte de cuisine au fond de la tente, ainsi que quelques autres espaces couverts qui devaient cacher d'autres lits. De grands tapis colorés étaient disposés sur tout le sol, et des bulles luminescentes flottaient dans l'air pour apporter une lumière qui n'était ni trop tamisée, ni trop agressive.
- J'adore la magie, murmura-t-il en souriant.
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La répartition des lits et des affaires prit un peu plus de temps que prévu, mais ils parvinrent tout de même à trouver un arrangement juste à temps pour se préparer à ressortir pour le match. Ginny et les jumeaux insistèrent pour maquiller presque tout le monde et leur faire mettre à chacun au moins un accessoire d'une des équipes, ce qui les mit légèrement en retard.
Cependant, Harry ne regretta pas le contretemps en voyant le magnifique dilemne auquel Ron dut faire face. Le sorcier roux ne savait vraisemblablement pas quoi choisir entre l'Irlande, qui restait le plus proche d'un soutien national mais arborait le vert de Serpentard, et la Bulgarie, qui faisait office de pays étranger mais portait un rouge sombre plus proche de Griffondor. Finalement, la présence de Viktor Krum dans l'équipe bulgare lui fit choisir ces derniers, après une bonne demi-heure d'hésitation.
La nuit commençait à tomber lorsque la petite dizaine de sorciers se mit en route vers le stade, et ils durent se dépêcher parmi la foule. Arthur leur avait expliqué qu'ils mettraient du temps à atteindre leurs places et que mieux valait ne pas trainer.
Et en effet, une fois à l'intérieur du stade, ils eurent à monter ce qui leur parut être quelques dizaines de millions de marches. Ils évoluaient directement à l'intérieur du stade, sous les gradins, et pouvaient sentir la foule trépigner d'impatience à chaque minute qui passait.
Le groupe fit une pause pour reprendre leur souffle à un moment, lorsqu'une plate-forme leur laissa la place de s'installer sans gêner la circulation. Neville, Hermione et Ginny s'appuyèrent sur la rambarde la plus proche pendant quelques instants. Ron posa ses mains sur ses genoux, attendit une bonne dizaine de secondes que sa respiration redescende à un rythme humainement acceptable, et s'adressa à son père.
- Papa, jusqu'où on va monter encore comme ça ?
Arthur amorça un sourire, mais avant qu'il puisse ouvrir la bouche, une voix s'éleva à quelques mètres d'eux.
- Disons pour te répondre, déclara le nouveau venu, que si jamais il pleut, tu seras le premier à le savoir.
Tous les regards se tournèrent vers la source de l'intervention, pour se poser sur Lucius et Draco Malfoy, qui affichaient tous deux un petit sourire moqueur. Harry sentit son sourire s'élargir par réflexe en les voyant, et se retint d'extrême justesse de répliquer sur un ton joueur. Une seconde lui suffit pour se reprendre et afficher un air vaguement agacé à la place, et il jeta un rapide coup d'oeil autour de lui pour s'assurer que sa première expression était passée inaperçue. D'autant qu'il put en juger, c'était le cas pour les Weasley, Neville et Hermione.
Cependant, si aucun des Griffondors ne remarqua son étrange attitude, la façon dont le regard de Draco se posa sur lui ne lui laissa aucun doute quant au fait que les deux Serpentards avaient noté sa réaction.
- Lucius, salua Arthur avec un air pincé.
Lord Malfoy portait des robes de sorcier noires très élégantes et probablement hors de prix, mais Harry eut l'étrange impression qu'un détail le gênait. Comme si quelque chose dans sa tenue n'était pas exactement à sa place. Il observa plus attentivement l'aristocrate, jusqu'à ce que son regard tombe sur sa canne, et il comprit ce qui le gênait.
À la place de l'accessoire habituel que Lucius utilisait en société, il en utilisait un nettement plus ouvragé. Harry ne parvenait pas à distinguer le motif du pommeau, caché par un gant noir, mais les formes qui s'enroulaient jusqu'à celui-ci étaient facilement identifiables et le Griffondor reconnut les serpents en un instant. Le Golden Boy n'eut toutefois pas le temps de s'appesantir davantage sur ce détail, car son attention fut accaparée par la prise de parole de Ron.
- Et vous, vous allez où ?
- Père et moi allons assister au match depuis la loge du Ministre, répondit Draco d'un ton arrogant. Sur invitation personnelle de Cornelius Fudge.
En entendant son rival accentuer son attitude orgueilleuse à un tel point, Harry dut se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas exploser de rire. Après presque deux mois à côtoyer quotidiennement le Prince de Glace de Serpentard, le voir jouer son rôle en public était nettement plus drôle qu'il ne l'aurait cru.
Harry en vint même à se demander comment il avait pu ne pas remarquer plus tôt à quel point Draco exagérait son attitude à Poudlard. Heureusement pour le self-control du Golden Boy, Lucius interrompit son fils avant qu'il puisse continuer sa tirade, sa canne posée sur la poitrine du plus jeune dans un geste symbolique.
- Ne te vante pas, Draco.
Lord Malfoy lança un dernier regard sur le groupe bariolé, et s'arrêta un tout petit peu plus que nécessaire sur Harry avant de reprendre. L'émotion dans ses yeux changea durant une infime seconde avant que ceux-ci reprennent leur éclat hautain habituel, et il acheva sa phrase.
- Avec ces gens, ce n'est pas la peine.
Sur cette dernière réplique, les deux blonds disparurent dans les ombres des gradins. Un silence pesant tomba sur la petite troupe, mais Arthur fit de son mieux pour le dissiper.
- Allez, tout le monde a récupéré, on continue à monter !
L'ambiance joyeuse finit par revenir tant bien que mal, malgré les remarques furibondes de Ron sur les Malfoy, et l'air songeur d'Harry.
Neville et Hermione remarquèrent très vite que leur ami avait été chamboulé par l'apparition des Serpentards, et s'était plongé dans ses pensées. Ils échangèrent un regard, suivi d'un hochement de tête, puis s'arrangèrent pour l'entourer afin qu'il puisse achever ses réflexions en paix. Les deux Griffondors savaient par expérience que lorsque le héros de leur maison réfléchissait à un problème, il valait mieux le laisser tranquille jusqu'à ce qu'il leur en parle de lui-même. Le fait que le problème actuel soit lié aux Malfoy ne faisait rien pour diminuer leur inquiétude.
Neville, de son côté, s'était d'ailleurs fait la remarque qu'Harry avait l'air trop en forme et épanoui pour qu'une simple correspondance avec son parrain et de nouveaux vêtements en soient la seule raison. Mais aborder le sujet au milieu de la famille Weasley n'était probablement pas une bonne idée, et il avait tenu sa langue en espérant avoir une occasion d'être seul avec son meilleur ami.
Hermione, pour sa part, fronça les sourcils presque en continu sur toute la montée des escaliers restants. Elle aussi avait remarqué le changement d'allure d'Harry, mais toutes ses questions s'étaient soldées par un détournement de conversation sur un autre sujet. Par ailleurs, malgré sa nette impression que Neville en savait plus qu'elle, il n'avait rien pu ou voulu lui dire de plus. À présent, l'attitude d'Harry vis-à-vis des Malfoy frustrait son intellect.
La sorcière aurait compris si son ami avait l'air exaspéré, ou même curieux de la raison de leur intervention. Cependant, Harry ne semblait éprouver ni exaspération ni curiosité en cet instant, elle le connaissait assez pour en être pratiquement certaine. En fait, Harry avait l'air d'être face à une énigme difficile à résoudre. Et Hermione ne s'expliquait pas plus ce comportement que son changement d'allure au cours de l'été.
