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Chapitre 11

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Peter passe la semaine suivante à rassembler toutes les preuves contre Deaton. Il engage Braeden, une détective privée particulièrement douée pour fouiller dans sa vie personnelle. Relevés bancaires, emails, tout ce qui peut le relier à des activités illicites. Peter a toujours été dévoué à son travail, Stiles l'a déjà remarqué, mais il est toujours impressionné par l'abnégation et la ferveur dont il fait preuve.

Talia semble réticente à témoigner à propos de Deaton, mais elle finit par consentir à ce que Peter enregistre son discours sur ce qui s'est passé avec Jennifer et Derek. Peter et Stiles veulent tous les deux éviter d'impliquer Derek s'ils le peuvent, ne voulant pas faire remonter d'horribles souvenirs à la surface, mais il propose volontairement une déclaration écrite sans qu'ils ne le demandent, détaillant ce qui s'est exactement passé avec l'implication de Jennifer et Deaton. C'est tellement déchirant que ça fait presque pleurer Stiles et il est presque sûr que Peter souhaite que Jennifer soit toujours en vie pour pouvoir la tuer à nouveau.

Le Conseil Américain des Druides a son siège en Oklahoma. Apparemment, il y a un grand nexus magique à Oklahoma City et ils se sont installés dessus. Ce n'est pas un état dans lequel Stiles est déjà allé. Lui et son père n'ont jamais vraiment beaucoup voyagés et quand ils le faisaient, c'était habituellement le tour de la côte ouest. Même s'il sait que ce n'est pas le plus long trajet en avion, il est toujours nerveux, faisant rebondir sa jambe tout au long du décollage. Peter pose sa main sur son genou pour calmer ses mouvements.

« Désolé. Tic nerveux. »

« Je comprends, mais ça va aller. Concentre-toi sur ta méditation si tu as besoin de faire quelque chose. »

Plus facile à dire qu'à faire dans une cabine d'avion bondée avec l'odeur d'air recyclé et le bébé qui commence à crier de temps en temps à quelques rangées. Stiles ne la blâme pas, peut-être même que ses petites oreilles ne s'adaptent pas bien à la pression, mais cela rend toujours difficile d'entrer dans un état méditatif.

Ils se rendent directement au siège du conseil depuis l'aéroport, ne prenant pas la peine de s'enregistrer dans leur hôtel d'abord. Stiles s'attendait à un grand bâtiment animé à la New Yorkaise. Honnêtement, dans sa tête, il avait imaginé le Sanctum Sanctorum du Docteur Strange chaque fois qu'il s'imaginait témoigner, mais ça n'y ressemble en rien. Ils arrivent dans un immeuble de bureaux indéfinissable de trois étages. C'est relativement moderne et couvert de baies vitrées. C'est seulement quand il y regarde de plus près qu'il voit que ce n'est pas tout à fait ce qu'il semble être.

Il y a de petites runes gravées dans les rainures des appuis de fenêtre et au-dessus de la porte d'entrée en verre tournant. Il y a une douce pulsation dans l'aura autour du bâtiment et il est presque sûr que c'est un bouclier contre quiconque se promènerait accidentellement. Peter lui a parlé de protections comme ça, des sorts qui repoussent ceux qui ne sont pas censés s'approcher. Ils traverseront la rue pour l'éviter sans savoir pourquoi, ou passeront vite sans un second regard. C'est de la magie impressionnante et ça n'aide pas ses nerfs.

Ils sont accueillis par Marin lorsqu'ils arrivent dans ce qui ressemble à un hall d'immeuble d'affaires normal, avec un vigile assis à un bureau de sécurité. Tout est pour le spectacle et ce serait convaincant si Stiles ne savait pas déjà pourquoi ils sont ici.

« Le conseil se réunit encore sur une autre question, » dit-elle. « Nous avons le temps de stocker vos bagages dans mon bureau avant de les rencontrer. »

« On te suit, » dit Peter.

Une fois que Stiles monte dans l'ascenseur, l'ambiance est complètement différente de l'ennuyeux hall beige. L'ascenseur est décoré d'un marron profond et d'or, un grand œil rempli de runes peintes sur le mur du fond. Il lève les sourcils, faisant sourire Marin.

« Ostentatoire, n'est-ce pas ? » dit-elle.

« Un peu, » dit Stiles. « Un peu plus à la hauteur de ce que je m'attendais par rapport au lobby des entreprises. »

« Certains druides aiment les choses les plus voyantes. Ils apprécient la preuve de leur puissance et de leur supériorité. »

« Mais pas toi ? »

« Les druides ne sont pas supérieurs aux autres êtres. Nous pouvons jouer un plus grand rôle que certains dans l'équilibre universel, mais nous ne sommes pas des dieux. »

Bien qu'il trouve l'attitude de Marin rafraîchissante, cela ne le fait pas se sentir mieux à propos de leur prochaine réunion. Que faire si le conseil est plein du genre de druides dont Marin a parlé ? Ils vont leur jeter un coup d'œil et les rejeter du revers de la main. Peter sent son anxiété et prend sa main, la serrant pour le rassurer.

Le bureau de Marin est moins ostentatoire que l'ascenseur doré et n'a pas l'ambiance sombre des couloirs. Il y a plus de lumière et la fenêtre est ouverte pour laisser entrer une brise douce, mais il y a encore des runes et de l'art druidique partout. Pas aussi flashy, mais toujours quelque chose que Stiles imaginerait comme un espace druidique.

« On dirait que mon frère vient d'arriver, » dit Marin en regardant son téléphone pendant qu'ils déposent leurs bagages. « Y a-t-il des questions avant que je vous emmène au conseil ? »

« Non, » dit Peter, gardant juste son sac d'ordinateur portable sur son épaule. « Finissons-en. »

Marin les ramène dans le couloir jusqu'à l'ascenseur. Elle appuie sur un bouton pour le huitième étage, ce qui fait froncer les sourcils de Stiles. Il est 100% certain que de l'extérieur, le bâtiment n'a que trois étages, mais l'ascenseur a des boutons jusqu'au douzième.

« Magique, » dit Marin, notant son regard confus. « Nous avons personnalisé le bâtiment à mesure que nos besoins grandissaient. »

« Donc le TARDIS, en gros ? » dit Stiles.

« Si ça peut t'aider. »

La salle du conseil est au bout d'un long couloir, lui aussi peu éclairé. Il ne comprend pas pourquoi ils voudraient miser sur le facteur effrayant, mais c'est juste son avis. Les grandes portes en bois s'ouvrent d'elles-mêmes quand ils s'approchent, ce qui, selon lui, est un peu trop, mais peu importe, effets dramatiques. Les boucliers de Stiles sont bien verrouillés, ce qui s'avère être une bonne chose parce que dès qu'ils entrent dans la pièce, une ruée de magie porte sur lui de tous les côtés, de multiples personnes le tapotant et le poussant. C'est putain de grossier.

Le conseil est composé d'environ une douzaine et Stiles est choqué de constater qu'ils ne sont pas tous de vieux hommes blancs, bien qu'ils constituent environ la moitié du demi-cercle surélevé qui les regarde. Une Japonaise à l'allure majestueuse est assise au centre, sa chaise plus surélevée par rapport aux autres. Elle est vêtue de la même robe de druide cérémonielle que le reste du conseil, bien qu'elle porte un grand pendentif avec le même œil suspendu qu'il a vu dans l'ascenseur. La puissance pure irradie d'elle et durant un instant, Stiles pourrait trouver cela intimidant, mais il se souvient de ce que Peter lui a dit quand il a appris à se protéger il y a des mois.

« La seule raison pour laquelle tu ressentiras un épanchement magique des utilisateurs expérimentés, c'est qu'ils essaient d'être intimidants. Ils sont comme les hommes au gymnase qui grognent inutilement lorsqu'ils font de l'haltérophilie. »

« Ils essaient de paraître plus forts qu'ils ne le sont ? »

« Pas nécessairement. Parfois, ils veulent juste frimer. Je ne dis pas qu'il ne faut pas se méfier d'eux, mais sache que leur ego est leur faiblesse. »

Cela le calme un peu et il est plus facile d'ignorer les pressions sur ses boucliers. C'est assez distrayant au début qu'il ne remarque pas Deaton assis sur une chaise du côté gauche de la pièce, regardant impassiblement vers l'avant. Marin les conduit aux chaises de droite avant de s'installer sur un siège vide le long du mur.

« Peter Hale, Stiles Stilinski, » salue la Japonaise. « Je suis Olivia Tanaka, chef de ce conseil. Nous sommes ici aujourd'hui pour entendre votre plainte officielle contre Alan Deaton. »

« C'est exact, » dit doucement Peter.

« Vous pouvez continuer, » dit Olivia.

Peter incline la tête et Stiles pense qu'il est le seul qui peut dire à quel point il a l'intention d'être moqueur avec ce geste.

« Comme seule une partie de ce conseil était présente pour l'incident impliquant la meute Hale et Alan Deaton il y a six ans, je commence par un bref récapitulatif, » dit Peter, sortant des copies de la déclaration écrite de Derek du dossier qu'il a. Il en remet une à chaque membre du conseil, afin qu'ils puissent suivre pendant qu'il lit à voix haute. C'est un récit douloureux de tout ce que Derek a traversé, cet homme a vraiment un talent pour les mots, et cela laisse beaucoup de membres du conseil mal à l'aise. Stiles se demande si c'est parce qu'ils n'étaient pas là à l'époque ou si ce sont ceux qui ont voté contre la punition de Deaton.

Peter sort ensuite son ordinateur portable et évoque sa conversation enregistrée avec Talia à propos de Deaton et de la façon dont il a essayé de se rapprocher de la meute. Vient ensuite la vidéo d'un alpha à proximité du nom de Satomi, qui soutient les affirmations de Deaton essayant de se rapprocher des meutes pour le pouvoir et essayant d'en manipuler les membres. Stiles ne savait pas qu'il lui avait parlé, ni aux trois autres loups-garous dont il montre les déclarations, mais il apprécie le sillon creusant le front de Deaton alors qu'il écoute.

« En ce qui concerne les transgressions récentes, non seulement Deaton a refusé de parler à Stiles de ses capacités magiques considérables, un acte qui aurait facilement pu mener à sa mort si nous ne nous étions pas rencontrés, mais il a ensuite traqué Stiles et essayé de lui faire révéler plus de sa magie, » déclame Peter. « Lorsque Stiles a déjoué une tentative d'assassinat contre moi-même et ma meute, Deaton a décidé qu'au lieu d'être applaudi pour son héroïsme, il était bon de le dénoncer au conseil et d'exiger qu'un représentant soit envoyé pour enquêter. Il dépasse les bornes et ignore le vœu de non-ingérence des druides. Il est passé d'être une irritation légère à un antagonisme actif et il représente un danger pour moi, mon apprenti et ma meute. »

Olivia regarde Deaton, les sourcils arqués. Il n'a pas l'air ravi, mais Deaton n'a jamais l'air particulièrement heureux de rien.

« M. Stilinski, pourriez-vous nous donner votre compte rendu des interactions dont parle M. Hale ? » demande Olivia.

Stiles lui dit ce qu'il peut, sur le sentiment rampant du pouvoir de Deaton quand il essayait de le jauger, essayant de le forcer à se montrer. Il réitère ce que Peter a dit à propos de sa première rencontre avec Deaton, comment il a examiné Basel, regardé Stiles curieusement pendant quelques instants et continué comme si rien ne s'était passé. Il leur parle de la pure confusion et de la terreur qui l'ont envahi en présence de Deaton. Il garde les yeux sur Olivia pendant qu'il parle, en quelque sorte sûr qu'elle est son meilleur pari dans tout cela. Elle n'a pas l'air content quand il a fini de parler et se tourne vers Deaton, les lèvres pincées.

« Des réfutations ? » demande-t-elle.

« Je n'ai guère suivi M. Stilinski, » dit Deaton. « Il travaille dans une bibliothèque publique, que je suis libre de visiter. Et c'est lui qui est venu me voir en premier quand il a trouvé le chat. »

« Quand il a trouvé son familier, » corrige Peter.

« Vous saviez donc qu'il avait des capacités, qu'il avait trouvé un familier et vous n'avez pas jugé bon de l'introduire à la magie ? Même sachant ce qui est arrivé à Claudia Stilinski sans entraînement ? » demande un homme blanc barbu à côté d'Olivia. Stiles se redresse subitement à la mention de sa mère, mais ne dit rien.

« Notre voie est la non-ingérence, » dit Deaton.

« A moins que ce ne soit nécessaire pour maintenir l'équilibre, » dit Olivia.

« La combustion d'un talent magique fort, un talent qui a très probablement été mis sur cette terre pour une raison, surtout compte tenu de sa mère, est un pas loin de l'équilibre, » dit une autre femme à la voix sévère.

« Je ne suis pas un mentor, » dit Deaton. « Ce n'était pas à moi d'introduire le garçon à quoi que ce soit. »

Stiles le fusille du regard. Garçon, mon cul.

« Mais vous étiez dans une position facile pour ce faire, » dit l'homme barbu. « Cela en dit long que vous ne l'ayez pas fait. »

« Les druides ne sont pas des sorciers bon à donner des conseils, » dit un homme encore plus âgé, d'une voix affaiblie par les années. « Nous ne devons rien à une étincelle. »

Cela déclenche une série de disputes entre eux, assez fortes pour que Stiles ne puisse pas suivre. Quand il observe autour de lui, il voit Marin fixer impassiblement Deaton, qui la dévisage également. C'est le plus étrange concours de regard que Stiles n'ait jamais vu et si ce n'est du fait qu'il ne sent pas de magie, il penserait qu'ils se battent en silence.

« Le point est, » déclare Olivia, fort, « que les actions et inactions d'Alan Deaton ont causé des conflits et des catastrophes à Beacon Hills et que c'est un modèle établi de comportement. »

Personne n'est en désaccord, soit parce qu'ils pensent qu'elle a raison, soit parce qu'ils ne sont pas prêts à être en désaccord direct avec le chef du conseil.

« Je vous connais, Peter Hale, et je sais que votre demande serait d'avoir sa vie, » poursuit Olivia. Stiles jette un coup d'œil à Peter, qui n'est pas en désaccord. « Mais ce n'est pas quelque chose que je suis prête à donner en ce moment. »

« Je comprends, » dit Peter, le masque agréable en place qu'il utilise lorsqu'il traite avec des gens auxquels il préfère ne pas parler.

« Alan, tu as sept jours pour quitter Beacon Hills. Je ne me soucie pas d'où tu t'installes, mais je te suggère d'aller loin de la Californie du Nord et de toutes les meutes qui ont parlé contre toi », dit Olivia. « S'ils te revoient à Beacon Hills, je ne soulèverai aucun châtiment pour les Hale qui t'auront pris la vie. »

Deaton n'a pas l'air heureux, mais il semble comprendre que leur parole est définitive et qu'avoir une semaine pour partir est plus que généreux. Il acquiesce brusquement et quitte la pièce, sans un regard vers Marin.

« Est-ce que cela éclaircit la question à votre satisfaction ? » demande Olivia.

« Oui, merci, » dit Peter. Stiles adorerait intervenir et dire, euh, non, nous avons besoin d'excuses du conseil pour ne pas avoir agi il y a des années, bien qu'il ait le sentiment que ce n'est pas quelque chose qu'ils obtiendraient jamais.

« De rien, » dit Olivia. « Je vous souhaite bonne chance pour votre entraînement, M. Stilinski. »

« Nous surveillerons vos progrès, » dit le vieil homme de tout à l'heure, ce qui est un peu hypocrite étant donné qu'il a dit qu'ils ne sont pas ici pour donner des conseils aux étincelles.

« Sentez-vous libre de surveiller, » dit Stiles. « Mais je ne suis pas un druide. Alors n'oubliez pas de rester sur votre voie. »

Le vieil homme ne semble pas sûr de ce que signifie cette phrase, mais l'esprit derrière les mots le font lancer un regard noir. Marin baisse la tête quand le coin de ses lèvres tremble.

Peter, qui pense probablement qu'il est préférable de partir pendant qu'ils sont en tête, rassemble ses papiers et son ordinateur portable et conduit Stiles hors de la salle après avoir remercié le conseil une dernière fois, suivi par Marin.

« Ça s'est mieux passé que je ne le pensais, » dit Stiles quand ils sont dans le hall.

« Olivia Tanaka n'était pas à la tête du conseil quand j'ai porté plainte contre Deaton la dernière fois, » dit Peter. « Bien qu'elle était favorable à l'époque. Cela nous a aidés. »

« Alan n'a plus beaucoup d'amis au conseil, » dit Marin. « Ils sont fatigués d'entendre des plaintes contre lui et de couvrir ses dégâts. »

« Je veux dire, c'est nul que ça ait pris autant de temps, mais au moins ils ont reconnu qu'il craint, » dit Stiles. « Tu penses qu'il va vraiment faire ses bagages et partir ? »

« Oui, » dit Marin. « Il a toujours été doué pour se préserver et peu de gens seraient assez bêtes pour rester quand quelqu'un comme Peter Hale a reçu le feu vert pour les tuer. »

« OK, génial, » dit Stiles. « On peut aller à notre hôtel maintenant, alors ? Je suis fatigué et je sens l'avion et je veux faire une sieste pour me débarrasser de ce stress, genre, maintenant. »

Peter ricane et embrasse sa tempe. « On peut. »

Ils récupèrent leurs bagages au bureau de Marin et elle les conduit jusqu'au hall. Stiles se sent beaucoup plus charitable à propos du décor ennuyeux maintenant que le poids de la réunion est passé et qu'ils sont si près de ne plus avoir à traiter avec Deaton.

Ça frappe vraiment Stiles, dans la voiture de retour à l'hôtel, qu'ils ont gagné. Ils ont gagné un procès contre un druide, devant le conseil des druides. Ses nerfs qui ont été usés toute la semaine dernière sont enfin moins effilochés et c'est comme s'il pouvait respirer à nouveau. Il regarde Peter, qui a l'air, lui aussi, d'avoir un poids en moins. Stiles l'atteint par dessus la console et lie leurs doigts. Peter lui sourit, lui jetant un regard avant de se concentrer à nouveau sur la route.

« Et maintenant ? » demande Stiles.

« Maintenant, nous allons à notre hôtel et je te baise jusqu'à l'inconscience, » dit Peter. Stiles déglutit difficilement. « Puis on rentre chez nous et on s'assure que ce gaspilleur d'oxygène a vraiment disparu. »