Chapitre 5 - La clé manquante

Ses journées étaient les mêmes. Elle se réveillait tôt pour travailler sur ses dossiers. A partir de dix heures, c'était entraînement jusque dix-huit heures. Puis, après le dîner, elle retournait dans sa chambre pour travailler sur ses dossiers jusqu'à pas d'heure.

C'était assez compliqué pour elle de rester calme quand c'était Draco qui se chargeait des cours de danse. En effet, même si Blaise perdait tout son humour quand il s'agissait de préparer Hermione à leur monde, ce n'était rien comparé à Draco. Il était intransigeant, il ne laissait passer aucune erreur et ne paraissait jamais satisfait. Et la brune avait du mal à rester impassible face à ses remarques alors ils se disputaient assez souvent. C'était assez éprouvant. Ce qu'elle aimait vraiment, c'est quand Blaise lui racontait tous les petits secrets des invités avec Pansy. Elle avait l'impression d'être de retour à Poudlard, quand Lavande lui racontait tous les potins dans le dortoir.

Mercredi arriva assez vite et la pression commença à monter. Même si ce dîner n'avait rien d'officieux, ce serait tout de même ce qu'il se rapproche le plus de mondanités. En effet, il ne s'agissait plus d'un simple dîner entre eux quatre, Will avait invité deux autres couples d'amis. Elle ne pouvait pas faire mauvaise impression.

- Comment je suis sensée m'habiller pour un dîner de ce genre, demanda-t-elle à Pansy et Blaise tandis qu'ils mangeaient.

- Je te conseille de mettre quelque chose qui te ressemble. Will veut dîner avec toi parce qu'il semble t'apprécier. Cela ne servirait à rien que tu te transformes pour la soirée en une nouvelle Mia. En effet, des personnes comme elle, il en voit tous les jours au travail. Sois toi-même et ça ne pourra que bien se passer.

- Il est là le problème de votre monde. On ne peut jamais réellement y être soi-même.

- Raison de plus pour profiter des rares moment où l'on peut l'être.

- Hermione, dit Pansy, tout se passera bien. Will veut simplement apprendre à mieux te connaître, crois-le ou non, mais Blaise et moi avons aussi eu le droit à ce dîner. Tu es naturellement quelqu'un de polie et d'aimable, il ne demande rien de plus.

- De plus, si ce dîner t'inquiète, il vaudrait mieux que tu sois dans des vêtements qui te sont proprement confortables.

- Mais si tu veux, je t'aiderais à choisir quelque chose.

Elle passa un bon moment de son après-midi à s'occuper de ses cheveux. Après tout, Will avait fait des merveilles, alors ce n'était que lui rendre justice que de venir avec une sublime coupe de cheveux. C'était assez nouveau pour Hermione de prendre autant soin d'elle, en soit ça ne lui déplaisait pas, mais elle trouvait tout de même que c'était une énorme perte de temps. Alors, même si elle s'occupait de ses cheveux, elle ne pouvait s'empêcher de lire son nouveau dossier en diagonale, une histoire de remise de peine. Rien d'extraordinaire.

Elle décida de se faire une queue de cheval basse et de cacher l'élastique par une torsade autour. Puis, avec le temps qu'il faisait, elle opta pour une robe à manches bouffantes bleue, avec des bijoux et des sandales.

- Granger, j'espère que tu es prête, dit Draco tout en toquant à sa porte.

- Oui j'arrive, je prends mon sac et je suis là.

Elle fut assez étonnée de voir que Will n'habitait pas dans un manoir. A ses yeux, le manoir était un peu la signature des Sangs-Pur, mais après tout, Will ne lui avait jamais fait penser à ceux qu'elle connaissait.

Will les accueillit à la porte avec sa femme. Elle était d'une beauté étrange. Qui vous attire sans savoir pourquoi. Alors qu'ils allaient dans la salle de réception après avoir été débarrassés, Draco lui murmura qu'elle était à demi-vélane. Ceci expliquait cela.

- Je viens de penser que je ne me suis pas présentée. Je suis Annie, la femme de Will. C'est un honneur de te rencontrer Hermione Granger.

- Et moi de vous rencontrer.

- Je ne sais pas si c'est un honneur de me rencontrer, après tout, je n'ai pas sauvé le monde. Mais je prends le compliment.

- Il n'y a pas besoin de ça pour être quelqu'un d'honorable. Moi non plus je n'ai pas sauvé le monde.

A voir les regards étonnés qui s'étaient propagés autour d'elle, Hermione crut qu'elle avait commis une erreur. Mais quand elle lança un regard à Draco il la rassura d'un imperceptible hochement de tête.

En effet, Hermione se débrouillait très bien. Annie n'était pas une personne qui aimait les phrases de convenance que l'on rend par politesse. Et pourtant, Hermione avait réussi à se rattraper sans même se rendre compte de sa faute.

- Par Merlin, comment pouvez-vous penser que vous n'avez pas sauvé le monde, intervint une femme.

- Je pense, qu'il serait plus juste de dire que j'ai aidé Harry à le rendre meilleur. Enfin, bien évidemment, c'est un avis subjectif. Parce que Voldemort aussi pensait rendre le monde meilleur. Et je pense que nous essayons tous chaque jour de rendre le monde meilleur à notre propre façon, alors je n'ai jamais réellement apprécié que l'on me mette sur le piédestal sur lequel j'ai été à la fin de la guerre.

- Vous êtes quelqu'un de bien sage Hermione Granger, conclu Annie.

- Allez, cesse de philosophie. Laisse-moi te présenter mes invités. Bien évidemment, toi Draco tu les connais déjà, dit Will tandis que Draco saluait les invités.

Le repas se déroula très bien. Hermione qui s'était fait du mouron toute la journée passait une bonne soirée. Les amis d'Annie et Will étaient très gentils et elle pouvait avoir des discussions franches ce qui la rassurait. Alors que les deux couples avaient dû rentrer chez eux, la soirée se prolongea dans un salon privé. Draco avait ramené une bouteille d'hydromel de sa collection personnelle.

- Devine qui est passé au salon Draco !

- Par le ton que tu emploies, je dirais que Mia est passée ?

- Et elle est ressortie avec une petite surprise.

- Je n'en reviens pas de ce qu'il a osé faire, s'esclaffa Annie.

- Qu'as-tu fait ? demanda Hermione piquée par sa curiosité.

- Disons, qu'elle a eu un petit cadeau de la maison et qu'elle n'est pas près de revenir. En effet, j'ai par inadvertance confondu certains produit, ce qui la fait ressortir avec les cheveux bleus criards. Vu les cris qu'elle a faits, je ne pense pas qu'elle ait apprécié sa coupe.

- J'espère que tout de même ça ne te fera pas perdre de clients. Tu la connais, elle va s'empresser de pleurnicher dans un magazine pour passer pour la petite sans défense.

- Je ne pense pas qu'elle ira se plaindre à quelqu'un, rassura Draco. Cela voudrait dire montrer ce que tu as fait, et la connaissant, elle n'osera jamais.

- Puis, je n'ai pas besoin de quelconque publicité pour attirer du monde dans mon magasin.

- En tout cas merci Will.

Draco et Hermione finirent par rentrer. Après tout, demain la journée serait longue.

- Il fait froid, constata Draco d'un air neutre en sortant. Tu devrais prendre ma veste Granger.

- Nous n'avons même pas à marcher quinze minutes avant de transplaner. Je ne vais pas te prendre ta veste pour si peu de temps.

- Arrête de faire ta tête d'hippogriffe, prends ma veste tu grelottes.

- Comme c'est mignon Malfoy, tu t'inquiètes de mon bien-être, nargua Hermione.

- Seulement parce que j'aimerai m'éviter de tomber sur une Gryffondor grincheuse et malade demain matin.

Et sans lui laisser le temps de rétorquer il lui mit la veste sur les épaules, la raccompagna chez Pansy et repartit.

Alors qu'elle s'apprêtait à monter, elle se rendit compte qu'il avait oublié de reprendre sa veste.

- Décidément, il m'embête pour dix minutes de marche et après il n'est même pas capable de penser à la récupérer cet idiot, s'agaça Hermione.

Elle prit de la poudre de cheminette et partit chez lui pour lui rendre sa veste. Le manoir Parkinson était le seul réseau de cheminée relié au manoir Malfoy. A peine arrivée, elle tomba sur lui. Ce qui la rassura car le manoir était immense et elle n'imaginait pas devoir le chercher dans toutes les pièces.

- J'ai oublié de te rendre ta veste alors voilà.

Il ne lui répondit pas.

- Tout de même Malfoy, tu pourrais faire l'effort de me répondre, dit-elle vexée d'être ignorée de la sorte.

Mais en analysant la situation, elle se rendit compte que Draco ne l'aurait pas ignoré alors qu'il tenait à ce que leur relation s'améliore. Quand elle le regarda attentivement, elle se rendit compte qu'il avait l'air désemparé, qu'il était livide et immobile, et surtout qu'il tenait une lettre à la main.

- Malfoy, tout va bien ? s'inquiéta-t-elle. Qu'est-ce que tu tiens dans la main ?

Il avait l'air dans un autre monde, plongé dans ses pensées. Hermione se décida à lui toucher l'épaule et dès qu'elle l'effleura il pointa sa baguette sur elle, l'air apeuré et déterminé. Il prit un certain temps avant de se rendre compte que c'était Hermione qui était en face d'elle et donc abaisser sa baguette.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il.

- Je suis venue te rendre ta veste. Pourquoi tu m'as visé avec ta baguette ?

- Peu importe. Tu devrais rentrer.

- Et la lettre que tu as reçue ?

- J'ai dit peu importe. Rentre.

Hermione comprit que la discussion était inutile. Mais elle ne put s'empêcher de reconnaître le cachet d'Azkaban. Etant donné qu'elle travaillait au département de la Justice magique, elle avait l'habitude de recevoir leurs lettres et connaissait leur cachet.

L'attitude de Draco l'inquiétait. On ne pointait pas sa baguette sur n'importe qui. Surtout pas avec le regard qu'il avait eu. Elle se doutait que cette lettre ne la concernait pas et qu'elle ne devait pas se renseigner sur ce que cela pouvait signifier, seulement c'était plus fort qu'elle. Draco lui cachait quelque chose, et quelque chose d'important à en voir son attitude.

Quand elle entendit les voix de Pansy et Blaise dans la bibliothèque, elle se rendit compte que ce n'était pas son rôle de s'immiscer dans la vie du blondinet mais le leur.

Puis qui sait ? Elle obtiendrait peut-être des réponses de leur part à eux.

Mais malheureusement, après leur avoir raconté. Ils ne lui dirent pas un mot. Si ce n'est de monter se coucher. Seulement, au regard qu'ils se lançaient, elle savait que ce qu'il se passait était grave. Ils avaient réellement l'air inquiets.

oOo

La Gryffondor avait passé le manoir au peigne fin en se réveillant, mais il n'y avait rien à faire, le manoir était vide. Cela ne voulait dire qu'une chose, l'état de Draco était vraiment grave et ils étaient tous chez lui.

Après avoir pris de la poudre de cheminette, elle trouva assez vite d'où provenait les voix. Alors qu'elle allait entrer dans la pièce, Betty s'interposa entre elle et la porte.

- Bonjour mademoiselle Hermione. Je suis désolée mais vous ne pouvez pas rentrer dans cette pièce.

- Bonjour Betty. Est-ce que tu pourrais me conduire à Pansy s'il te plaît ? Je doute qu'elle m'interdirait l'accès à une pièce.

- L'ordre vient de ma maîtresse, mademoiselle. Hermione Granger ne doit sous aucun prétexte rentrer dans cette pièce, récita-t-elle.

- C'est ridicule, dit Hermione. Pourquoi est-ce qu'on m'interdirait cela. Laisse-moi passer s'il te plaît.

- Je suis désolée mais je ne peux pas.

Hermione savait qu'elle négociait dans le vide. Betty n'aurait jamais désobéi à sa maîtresse. Mais, avant même qu'une autre idée ne lui vienne en tête, la porte s'ouvrit sur Pansy.

- Bonjour Hermione, dit Pansy avec un sourire qui ne lui ressemblait pas. Que fais-tu là ?

- Maîtresse je ne l'ai pas laissé rentrer.

- Ne t'en fais pas Betty, tu peux partir, merci.

- Je viens voir comment va Malfoy. Après le comportement qu'il a eu hier je suis légèrement inquiète.

- Ne t'en fais pas pour lui. Tu devrais rentrer au manoir et te reposer, aujourd'hui on pensait te laisser ta journée tranquille.

- Tu ne peux pas me dire ça sans me donner d'explication. Je mérite tout de même de savoir ce qu'il se trame. Surtout si ça empiète sur le marché. Nous avons passé un contrat.

- Vois le bon côté des choses, tu auras du temps pour voir tes amis. Tu ne les as pas vu une seule fois depuis une semaine. Ils aimeraient sûrement avoir de tes nouvelles. Puis ça te fera plus de temps pour ton travail.

Et avant même qu'Hermione ne réponde, elle était retournée dans la pièce. Laissant une Hermione pantoise sur le seuil de la porte.

C'était inutile de continuer à débattre, ils ne lui diraient jamais ce qu'il se passe pour le moment. Puis Pansy avait raison, ça lui donnait du temps pour voir Harry et Ginny. En espérant qu'Harry ne pose pas trop de questions sur l'édition de Sorcière Hebdo.

Ils avaient répondu présent à l'invitation que la brune leur avait envoyé pour le déjeuner. Et il n'y avait pas à dire, là, devant l'enseigne de leur restaurant habituel, le stress montait.

- Bonjour Ginny, Harry, dit-elle en les serrant chacun leur tour dans ses bras.

- Bonjour Hermione, ou devrais-je dire bonjour la Serpentard ? dit Harry avec un sourire aux lèvres. Ginny m'a formellement interdit de poser des questions maintenant alors je ne te cuisinerais pas pour aujourd'hui tu peux respirer. Mais j'espère que tu auras tout de même de bonnes explications à donner le jour venu, rajouta-t-il plus sérieux.

Hermione ne savait pas quoi dire. Un poids s'enlevait de sa poitrine. Elle se sentait tellement reconnaissante d'avoir des amis comme eux et se sentait tellement ingrate de leur mentir. Mais le moment n'était pas venu.

- Tu vas comment ? demanda Ginny inquiète quand ils passèrent à table.

- La douleur ne me quitte jamais vraiment mais je fais en sorte de ne pas avoir le temps d'y penser, ça rend les choses plus faciles.

- Tu habites vraiment chez Parkinson ? Est-ce que chez elle aussi il y a des têtes d'elfes au mur ?

- Merlin merci, non. A vrai dire, c'est assez charmant. Puis son elfe, Betty est adorable.

- Tu veux dire que tu acceptes de vivre sous le toit de quelqu'un qui esclavage un elfe ? Et la SALE ? Si j'avais que tu accepterais cela, je n'aurais jamais adhéré, dit Harry avec un ton faussement outré.

- Très drôle. Ne crois pas que je ne sais pas que vous avez adhéré seulement pour que je vous laisse tranquille. Et on dit la S.A.L.E !

A la fin du repas, elle décida de retourner travailler à son bureau. Elle avait quelques dossiers à vérifier avant de s'attaquer à celui qu'elle avait lu en diagonale hier. En rentrant le soir, elle fut étonnée de voir que Pansy n'était toujours pas rentrée.

Qu'est-ce qui pouvait être assez grave pour mettre le célèbre Draco Malfoy dans un état pareil ? Le même qui ne montrait jamais ses faiblesses en temps normal ?

Mais Hermione n'eut pas le temps d'y penser. Cela faisait bien une semaine qu'elle n'avait pas travaillé comme cela et elle était tout simplement exténuée.

Alors elle s'envola dans le pays des rêves.

oOo

Harry et Ron qui se battent à ses côtés pour la sauver du Troll des montagnes. Le premier Noël chez les Weasley. Les artifices de Fred et Georges le dernier jour des examens, puis le Terrier en feu. Le manoir Malfoy, Bellatrix. Ron qui lui liste toutes les raisons pour lesquelles Mia est mieux qu'elle.

Puis des portes, qui se referment devant elle, avec la sensation que la clé pour toutes les ouvrir est sous son nez.

Hermione se réveilla de sa nuit agitée avec la sensation désagréable qu'il lui manquait quelque chose. Mais cela ne servait à rien de s'inquiéter sur ce sentiment, le manque qu'elle ressentait venait sûrement de l'absence de Ron dans sa vie.

Alors qu'il y avait normalement sur son bureau plusieurs tas de dossiers, chacun numérotés en fonction de l'urgence, ce matin quelque chose était différent. Sa secrétaire s'était permise de ranger les dossiers sur une autre table et avait déposé un dossier simple – mais conséquent sur le milieu de son bureau.

Pour qu'Allyn se permette cela, le dossier devait réellement être important. Jamais elle ne touchait aux affaires d'Hermione, comme jamais Hermione ne touchait à ses affaires à elle.

Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait ce dossier. C'était celui qu'elle avait commencé chez Pansy alors qu'elle se préparait. De quoi ça parlait déjà ? Ah oui, c'était pour une remise de peine. La femme avait été condamné à dix ans et demandait qu'on le fasse sortir tout de suite.

- Allyn, tu peux venir s'il te plaît ? appela Hermione. Pourquoi je dois m'occuper de ce dossier en priorité, demanda-t-elle une fois sa secrétaire arrivée. Il n'a rien de spécial. Tous les jours des prisonniers demandent des remises de peine.

- C'est un ordre d'en haut. Je leur ai demandé, mais ils m'ont dit que quand tu lirais la totalité du dossier tu comprendrais.

Effectivement, Hermione finit par comprendre. La réponse à ses questions était sous ses yeux. Elle finit par comprendre ce qu'il se passait avec Draco. Ce dossier … C'était la remise de peine du tueur de Narcissa, la mère de Draco.