Chapitre 4

Ma première immersion dans le monde anti-vampire eut lieu quelques mois plus tard. Malgré les quelques mises en garde de mes parents au sujet du Monde de la Nuit, je pensais vivre une existence dorée, protégée de tous les dangers qui guettent habituellement les humains. J'étais loin de me douter que c'était le jour qui était devenu pour moi le plus risqué.

Bien entendu je ne pouvais voir en mes parents les prédateurs ultimes de l'humanité. J'étais la petite fille adorée d'une ancienne vampire, Steren était puissant et respecté, et malgré mon intelligence, il ne m'était pas vraiment venu à l'esprit qu'il puisse y avoir des humains représentant une réelle menace pour eux. Comme je m'en étais déjà aperçu, je n'éprouvais pas vraiment de pitié ni même de compassion pour ceux que mes parents appelaient « le bétail ».

Tout commença un soir assez banal où mon père devait se rendre en ville pour assister à une exécution organisée par le Prince. Ma mère avait décidé qu'elle n'y assisterait pas, quant à moi je n'étais pas encore en âge d'y aller et de toute façon je n'en avais aucune envie. Au rythme où ce genre de « cérémonies » avait lieu, j'aurais bien mille fois l'occasion d'en voir une fois transformée !

Avant de partir, Père nous avait fait ses éternelles recommandations sur notre interdiction commune de sortir et sur le fait que ma mère se devait de représenter son clan et ferait mieux de venir. Je n'avais pu me retenir d'éclater de rire face à sa réponse :

- Très cher, vous transmettrez au Prince de ma part que l'ère du Colisée et des jeux à la romaine est dépassée et que les décapitations publiques ne représentent pas un divertissement suffisant pour me donner envie de sortir. Il n'a qu'à trouver quelque chose un peu plus au goût de notre époque comme la télé réalité tant plébiscité par les humains ! De plus, je n'ai aucune envie de laisser Nathalia à nouveau seule pour une chose d'une telle trivialité. Cela fait déjà la troisième fois depuis cette année et nous ne sommes qu'en mai… c'est d'un ennui !

Mon père eut un soupir muet, me jetant un regard tout en enfilant son manteau.

- Aïlin, tu sais parfaitement le but de tout cela. En refusant de t'y rendre, on pourrait croire que tu désapprouves les actes du Prince et qui sait comment ceux de ton clan pourraient interpréter cela. Enfin tu es responsable de tes choix. Tâches cependant de ne pas inculquer de telles âneries à Nathalia.

- Rassurez-vous Père, j'ai parfaitement retenu ce que vous m'avez appris sur le fonctionnement de la justice au sein de notre communauté. De plus si je ne me trompe, cela concerne ce soir un jeune Toreador qui a donné l'Étreinte sans avoir demandé l'autorisation. Cela ne retient pas maman directement et de plus elle s'est déjà rendue à la précédente, ce qui évite toute interprétation déviée, d'autant plus si vous inventez une excuse plausible à son absence.

Je souriais de toutes mes dents, désireuse de convaincre mon père afin d'améliorer son humeur.

- Soit. Aïlin, Nathalia, à toute à l'heure. Je ne tarderais pas.

- Tu es toujours aussi élégant, Steren. À toute à l'heure.

Mon père se retourna une dernière fois, nous adressant cette esquisse de sourire qui n'était réservée qu'à nous seuls.

Et en effet, mon père revint à peine deux heures plus tard, accompagné de deux Tremeres à l'allure un peu moins revêche que ceux que j'avais pu rencontrer jusque là. D'ailleurs il était extrêmement rare que Steren convie des membres de son clan à notre demeure, et lorsque c'était le cas ils restaient toujours entre eux. Cette fois n'est pas coutume, Père nous invita même à les rejoindre au salon autour d'un verre de sang, ce qui d'après ma mère était exceptionnel.

La discussion portait sur des choses tout à fait générales concernant la politique vampirique et je m'y ennuyais rapidement, je savais cependant que mon père souhaitait que je reste pour mon « élévation intellectuelle ». Nos deux invités ne sourirent pas une seule fois mais ils étaient aimables avec ma mère et moi-même. Je me gardais cependant bien de poser la moindre question sur ce dont ils étaient en train de parler. Puis la conversation se porta sur le sort du jeune Toreador qui s'était fait condamner le soir même et j'en éprouvais un regain d'intérêt. Apparemment, le primogène Toreador Maximilien Damany avait clairement réprouvé la sentence du Prince et avait envoyé son infant le représenter et transmettre son message. Cela avait fait grand bruit dans l'assistance et tous les Toreadors avaient quitté la salle.

- Et lorsque le Prince s'est aperçu de ton absence Aïlin, il était d'autant plus furieux ! Je suppose qu'il te contactera d'ici peu, j'ai dit que je n'étais certainement pas ton messager.

Ma mère leva les yeux au ciel, répondant cependant sérieusement.

- Il a dû penser que je soutenais Maximilien et en sachant cela je suis bien contente de ne pas y être allée. Vois-tu Nathalia, le primogène Toreador de notre ville a toujours conduit son clan avec beaucoup de sagesse et j'entretiens d'excellentes relations avec lui. Il est un des rares à ne pas mépriser une aide de la part du clan Malkavien et bien que certains Toreadors le désapprouvent pour cela, il maintient une forte autorité sur les siens et sa légitimité n'a jamais été remise en cause par qui que ce soit. S'il a pris la décision de désapprouver publiquement le Prince, c'est très probablement qu'il a une bonne raison. Je lui en demanderais plus sur cette affaire avant de me prononcer.

- Cela ne devrait pas te regarder Aïlin, protège ton clan avant tout en suivant le conseil de Nathalia. Une simple excuse à ton absence règlerait cette affaire sans heurter la fierté de notre Prince.

L'un des Tremeres prit la parole.

- Heureusement que le clan se garde bien de prendre toute position vis-à-vis de ce genre d'événements. Cela nous mettrait tous dans une situation délicate. Vous êtes un sage régisseur primogène Ewans.

- Je ne me permettrais pas de prendre position sur quoi que ce soit sans une directive claire de la part de nos supérieurs, c'est évident. Mais assez parlé de cet événement, comme toujours Aïlin tu feras comme tu l'entendras, après tout, tu as montré à plusieurs reprises que tu méritais ta place au conseil des anciens, le reste ne concerne que toi.

Ma mère hocha la tête. Pour ma part, je profitais de cette interruption pour tenter de m'éclipser.

- Primogène Ewans, puis-je rejoindre ma chambre ? J'aimerais pouvoir m'exercer au violon avant le lever du jour.

Concrètement, je n'en pouvais plus de cette discussion qui s'éternisait et je n'avais pas trouvé meilleur argument. D'ailleurs ma mère vint me prêter main forte.

- Je vais l'accompagner, vous pourrez ainsi rester entre vous.

- Je vois. Messieurs, veuillez m'excuser un instant.

Mon père se leva, nous accompagnant jusqu'aux escaliers après que nous eûmes salué les deux Tremeres.

- Nathalia je suppose que tu as écouté avec attention tout ce dont nous avons parlé.

Je baissais les yeux. Mon père n'était pas dupe.

- Vaguement je l'avoue… C'était un peu abstrait pour moi.

- N'est-elle pas un peu jeune pour cela Steren ? Elle connaît déjà les bases…

- J'en doute. Nathalia tu aurais dû être plus attentive. Nous en reparlerons demain soir, je prendrais le temps de t'expliquer tout cela, il est important que tu le saches.

- Bien père.

J'avais hâte de pouvoir m'évader de ce sujet pesant au plus vite. La politique était pour moi inintéressante au possible. Je m'émerveillais pourtant pour toutes les connaissances et les savoirs dont mon père pouvait me faire don mais l'idée même de revenir là-dessus m'ennuyait par avance.

Prenant la main de ma mère, je la tirais vers le haut de l'escalier. Je n'avais pas vraiment l'intention de jouer du violon mais je savais que ma Malkavienne de mère parviendrait efficacement à me changer les idées.

- Ma pauvre chérie, j'ai bien vu que tu ne tenais plus.

- Je trouve cela vraiment soporifique ! Je suppose que la plupart des adolescents font d'autres choses bien plus futiles à mon âge… à vrai dire j'adore apprendre avec Steren mais parfois j'aimerais bien avoir plus de temps pour juste… m'amuser ou flâner.

- Je pense que c'est dû à la haute opinion qu'il a de toi. Il a été impressionné par ta soif de connaissances et il a peur que tu te lasses de ces enseignements. Tu sembles avoir tant de facilités pour tout retenir. Ton éducation lui tient beaucoup à cœur, tu sais.

Nous nous installâmes dans ma chambre, confortablement posées sur le lit.

- Moi j'ai peur de le décevoir. Il semble attendre tellement de moi ! Et puis c'est tout le contraire. J'ai l'impression d'avoir tellement de choses à découvrir et quand je vois toutes ses connaissances… Je sais bien que je ne pourrais pas avoir de meilleur professeur.

- Rassure-toi, il souhaite surtout que tu deviennes un digne membre de notre communauté. C'est très difficile pour lui d'incarner le rôle de père.

- Je veux bien le comprendre. Vous deux m'avez accepté si vite malgré mon passif. Je suppose que ma présence a changé tes habitudes à toi aussi.

- En effet, mais ta venue était ce que je désirais du plus profond de mon cœur. Ta présence me remplit de bonheur chaque nuit et tu es ce que j'ai de plus précieux avec l'affection de Steren. Tu es la tendre enfant que j'ai si longtemps attendu.

- Et vous les parents que j'ai toujours souhaités. Vous m'avez déjà tellement offert.

- C'est normal, c'est ce que ferait n'importe quel parent.

- Ce n'est pourtant pas ce qu'on fait mes géniteurs… enfin, après tout ils n'ont jamais été mes parents. Vous êtes les seuls véritables parents que j'ai jamais eu et que j'aurais jamais. Dis maman… quand je serais étreinte… est-ce que je pourrais toujours considérer Steren comme mon père… je veux dire, du fait que je serais Malkavienne ?

La vampire prit un moment pour réfléchir.

- Et bien… aux yeux de notre société, il n'a jamais été et ne sera jamais ton père. Mais officieusement son affection pour toi ne changera en rien et entre nous à ses yeux tu seras toujours sa fille.

- Tant mieux. Je crois que j'aurais vraiment eu du mal…

Je me tus, profitant de la simple présence d'Aïlin. Son affection était tellement rassurante et son étreinte maternelle me libérait toujours de toute pensée négative.

… Il ne pourra jamais rien vous arriver n'est-ce pas ?

- Personne ne pourra nous séparer de toi ma chérie. Nous resterons toujours à tes côtés quoi qu'il puisse arriver.

Ses paroles étaient apaisantes. Je sentais que rien ne pourrait m'atteindre au creux de ses bras. Steren nous rejoignit quelques minutes plus tard, ses deux invités ayant rejoint leur sanctuaire. J'avais déjà enfilé ma longue chemise de nuit et ma mère était en train de coiffer mes longs cheveux.

- Nathalia. Je compte sur toi pour être disposée à étudier dès le coucher du soleil.

- Bien sûr père… J'espère simplement que vous excuserez mon manque d'enthousiasme face aux subtilités de la politique… Je préfère cent fois plus la biologie ou même des traductions latines.

- C'est d'autant plus parce que c'est complexe que tu te dois de le comprendre. N'es-tu pas curieuse face à la difficulté ?

- Mais ce n'est pas une science exacte. Les hommes sont capricieux et la logique de leurs décisions m'échappe souvent. J'espère cependant que nous pourrons passer rapidement à autre chose car je suis surtout curieuse de découvrir des savoirs disons plus pratiques…

- Ne sois pas comme le personnage dans cette fable de Goethe. Faust était un génie et il voulait connaître tous les savoirs de ce monde. Pour cela il a conclu un pacte avec le Diable qui lui a volé son âme. Tu n'as pas à être trop pressée, tu as la chance d'avoir l'éternité devant toi et chaque chose a son temps.

Je fis une petite moue pour la forme mais je reconnaissais son autorité et la vérité dans ses paroles.

- Vous avez bien raison Père et par ailleurs il est actuellement temps de dormir. Je vous souhaite une bonne journée.

Mes parents me saluèrent tous deux avant de disparaître pour rejoindre leur sous-sol.

Je les aimais tous deux tellement… et c'est précisément pour cette raison que je commis durant la journée mon premier meurtre.

***/+/***

On devait être en début d'après-midi, mais ce n'est qu'une estimation car dans la précipitation des choses, je n'avais vraiment pas pris le temps de regarder l'heure.

Je dormais paisiblement lorsque Caterina vint me réveiller. Elle avait l'air paniquée et son message eut le même effet qu'un seau d'eau froide en pleine figure.

- Nathalia ! Nathalia ! La maison est attaquée, il faut que tu ailles te cacher en bas ! Va les rejoindre, tu y seras plus en sécurité, vite !

- Mais… et toi ?

- Passe par le passage, ne discute pas ! Ne t'inquiètes pas pour moi, je saurais me mettre à l'abri. Il ne faut surtout pas qu'ils te trouvent. Dépêche-toi !

Il y avait du bruit dans le couloir. Manifestement le danger était imminent. Il ne fallait pas tarder.

Je me précipitai vers le petit escalier dissimulé qui menait vers les sous-sols. Le panneau coulissa sans bruit, me révélant des marches taillées dans la pierre, sans la moindre lumière. Tâtonnant dans le noir, je finis par arriver aux caves.

Mais lorsque j'entrouvris la parois escamotable, ce que je vis me serra les entrailles. Il y avait un homme juste devant, dos à moi. Il ne m'avait pas encore entendu, mais si je sortais, il me remarquerait sans aucun doute.

C'est alors que j'eus une idée. J'avais cassé, il y à peu, la corde de SOL de mon violon, et par amusement je l'avais enroulée autour de ma lampe de chevet. De la manière dont se trouvait la personne, je pourrais essayer de l'étrangler sans prendre trop de risque…

Remontant rapidement pour la récupérer, je priais pour que ça marche. Dans ma chambre il n'y avait plus trace de Caterina mais un bruit de feu retentit dans le couloir, me faisant sursauter. Il fallait faire le plus vite que je pouvais.

A pas de loup, je m'approchai de l'homme pour effectuer ma sinistre tâche : de toute façon c'était une question de survie. Personne ne me séparerait de mes parents !

Pris par surprise, je pus aisément passer la corde devant son cou avant de commencer à serrer. Malheureusement je manquais de force et la personne pouvait encore crier pour appeler ses complices, ce qu'il fit immédiatement. Pour ma part je commençais à paniquer, la corde ayant douloureusement entaillée ma main sous la pression. Puis la chance me sourit. Essayant de se débarrasser de moi, l'homme porta ses deux bras derrière lui, me tendant presque son arme.

Je n'hésitai pas une seconde de plus, la lui arrachant pour la pointer sur sa tempe. Le coup partit, faisant un boucan abominable et mon adversaire s'écroula. J'étais encore trop sous le coup de l'adrénaline pour avoir véritablement conscience de ce que je venais de faire.

Le cœur battant, je me précipitais vers le bout du couloir, le seul endroit où je serais véritablement en sécurité : le sanctuaire de mes parents. La dernière porte était encore intacte, preuve qu'ils n'étaient pas encore parvenus jusque là. Le système mécanique dissimulé qui protégeait l'entrée était toujours aussi complexe mais heureusement je m'en souvenais parfaitement.

A peine la lourde porte s'était-elle entrouverte que je m'étais précipitée avant de m'y appuyer de tout mon poids pour la refermer le plus vite possible.

Je me laissais tomber dos à la porte, essayant de récupérer un rythme cardiaque normal, me permettant pour la première fois d'observer l'intérieur de la pièce.

Il y avait un grand lit, deux grandes armoires de chaque côté de la pièce avec un paravent décoré pour chacune d'elle, une salle de bain attenante et bien sûr deux grands cercueils à l'allure particulièrement massive. N'osant pas les ouvrir, je m'allongeai simplement sur le lit. J'avais hâte que la nuit tombe, hâte que ma mère me serre dans ses bras pour me réconforter, hâte que mon père extermine tous les intrus qui avaient osé pénétrer notre demeure…

Ma chemise et mes mains étaient pleines de sang mais j'étais trop fatiguée pour envisager de me relever et je me rendormis bien vite, épuisée autant par mes émotions que par mon brusque réveil.

Je fus alertée de la tombée de la nuit par le cri de ma mère. Elle s'était précipitée sur moi après avoir sentit le sang dont j'étais tâchée.

- Nathalia ! Que s'est-il passé !

Secouant la tête, je tentai de reprendre mes esprits.

- Ce n'est pas le mien… Je me suis juste un peu entaillée les mains, je n'ai rien… Catherina m'a réveillé pendant la journée, elle a dit que des gens étaient entrés… elle avait l'air paniqué…

J'entendis mon père jurer alors qu'il s'habillait tandis que ma mère m'avait prise dans ses bras, me berçant doucement tout en me couvrant de baisers.

Pour ma part, j'aurais voulu raconter le reste à ma mère mais je n'arrivais pas à trouver les mots. Je revoyais en image la cervelle explosée de l'homme dans le couloir. Inconsciemment, mes larmes s'étaient mises à couler et mes mains à trembler.

- Bon, toi tu vas te laver pour enlever tout ce sang et après tu iras t'habiller proprement. Et tu me raconteras tout ça après avoir pris un bon déjeuner.

Tout était si simple pour elle… ma mère se tourna vers mon père qui s'apprêtait à sortir.

… Tu t'en occupes seul ?

- C'est bon, reste avec Nathalia. Je vais chercher les goules et régler cette affaire.

- Bon, évite de salir tes vêtements, mon élégant compagnon…

Elle alla embrasser mon père avant de m'emmener dans le cabinet de toilette. En vérité il était plus vaste qu'il ne le laissait croire et comportait une large baignoire dont ma mère alluma les robinets.

… Tu vas prendre un bon bain, ça va te détendre et te laver et pendant ce temps là je vais aller te chercher tes vêtements propres. Je ferais vite c'est promis !

Je n'avais pas vraiment envie de rester seule mais je fis ce qu'elle disait.

Je devais bien reconnaître que c'était un soulagement de ne plus avoir ce sang sur moi. Mais je redoutais par avance la discussion que j'aurais avec mes parents, car ils ne manqueraient pas de remarquer le corps dans le couloir, et il leur serait aisé de comprendre que j'en étais la cause.

D'ailleurs lorsque ma mère revint avec mes habits, je sentais bien que quelque chose la tracassait. Il est vrai que je n'avais qu'à peine ouvert la bouche depuis mon réveil et même si j'avais arrêté de pleurer, il ne fallait pas être un fin psychologue pour comprendre que quelque chose n'allait pas.

… Voilà de quoi te changer… Tu ne veux plus me parler ?

- Ce n'est pas ça…

- Est-ce que tu veux… oublier ?

Je fis non de la tête ; pour plusieurs raisons. D'une parce qu'on avait déjà assez manipulé mon cerveau à l'asile, et que d'une manière ou d'une autre je ne voulais pas que ça se reproduise. De deux parce qu'il fallait que je dépasse cela. Etrangement j'avais la conviction que ce ne serait pas le dernier meurtre que je commettrais en tant qu'humaine, et ensuite parce que je voulais pouvoir affronter cela.

- Ça ira… C'est juste que je n'ai pas très envie d'en parler pour l'instant. Mais je veux rester avec toi.

Ma mère ne rajouta rien. Elle était cependant d'une extrême tendresse et m'aida à m'habiller et à me coiffer. Je la remerciai par un timide sourire.

- On va retrouver Steren ?

Hochant la tête, la vampire me prit par la main. Elle aussi en avait profité pour se changer et je la trouvais magnifique. C'est ainsi que je retraversai le couloir de mon crime. Mais ce n'était plus pareil. Le corps n'était plus là mais son sang coagulé tâchait encore le sol.

Finalement nous arrivâmes dans le salon et c'est là qu'un véritable carnage s'offrait à nous. Six assaillants avaient été alignés sur le sol, morts, une expression douloureuse gravée à tout jamais sur le visage. Le 7e était solidement attaché à une chaise, manifestement très affaibli.

Steren buvait du sang dans un grand verre tout en discutant avec Catherina et je pus constater avec soulagement que la petite famille était au complet. Malgré mon inquiétude, les goules avaient déjà eu à gérer ce genre d'incident et avaient pour consigne de se cacher si l'ennemi était en surnombre.

Mon père se tourna alors vers nous.

- Sven a été tué. Il va falloir se trouver au moins un nouveau garde et vite… Quant à eux, ils nous ont gentiment été envoyés par un commanditaire anonyme. Peut-être des membres du Sabbat ou des opposants... Quelle perte de temps ! Nathalia, comment vas-tu ?

Comme d'habitude, Steren n'y allait jamais par quatre chemins. Je recomposai un sourire de circonstance.

- C'est bon, je vais bien.

- Aïlin tu en as parlé avec elle ?

- Je n'ai pas vraiment envie qu'on en parle, tout du moins cette nuit, père.

- Bien. Dans ce cas, tu n'as qu'à aller déjeuner. Aïlin, tu avais des choses à faire cette nuit, il me semble.

Ma mère se tourna vers moi avec un regard contrit.

- C'est vrai mais… Je voudrais rester avec Nathalia exceptionnellement… je pense que ça peut attendre.

- C'est bon maman, ne déroge pas à tes devoirs pour moi, de toute façon je préfère faire comme si de rien n'était.

- Bien, je tâcherais de ne pas rentrer trop tard alors. Tu es adorable Nathalia. Steren très cher, à tout à l'heure.

La vampire m'embrassa sur le front avant de se diriger vers l'entrée avec un hochement de tête. Mon père reprit alors la parole, se tournant cette fois vers les goules.

- Alendro, je vous laisse le soin de nous débarrasser des corps ? Je vais enfermer le dernier dans mon bureau.

Voyant que tout le monde retournait vaquer à ses occupations habituelles, je me dirigeai vers la cuisine. Catherina regardait la télé et avait déjà mis la table tandis que sa fille ronchonnait pour tout le désordre qu'il lui faudrait ranger et nettoyer tout en apprêtant son nécessaire.

Une fois mon repas terminé, j'allais me diriger vers la bibliothèque lorsque quelqu'un frappa à la porte. Curieuse, j'attendis pour voir de qui il s'agissait mais Catherina revint seule, une simple petite lettre cachetée en main. Voyant que j'étais restée dans le salon, elle m'appela.

- Nathalia, peux-tu remettre cette lettre à monsieur Ewans s'il te plait ? J'ai encore beaucoup de choses à faire ici.

- Bien sûr.

Au moins cela me faisait un peu d'occupation. Je rejoignis ainsi le sous-sol jusqu'à ce que mon père appelait son bureau, à savoir une sorte de laboratoire ultra-secret au sein duquel même ma mère n'avait pas le droit de pénétrer. C'est en me retrouvant face à la porte de pierre que je me rendis compte que prévenir mon père allait peut-être s'avérer plus difficile que prévu.

Je doutais fortement des capacités de résonance d'un bloc de granite. Me restait à l'appeler en espérant qu'il entendrait…

- PÈRE !

Quelques minutes à peine après mon appel, la porte s'entrebâilla, laissant passer la tête de mon père.

- Qu'y a-t'il Nathalia ?

- Une lettre vient d'arriver pour vous. Caterina m'a demandé de vous l'apporter tout de suite.

Je lui tendis la missive qu'il décacheta d'un ongle avant de la parcourir des yeux.

- Je dois partir tout de suite, je serais revenu d'ici la fin de la nuit. C'est une affaire urgente à régler.

- Je vois… je vais donc travailler seule.

Je dissimulais ma déception, sachant bien que je ne pouvais de toute façon pas l'accompagner. Finalement je regrettais d'avoir laissé partir ma mère, car en vérité je n'avais aucune envie de me retrouver seule avec ma conscience. Décidée à faire comme si de rien n'était, je remontais dans la bibliothèque, mais à peine avais-je entendu la porte de la maison se refermer que je m'écroulais contre une étagère, incapable de retenir mes larmes. Il restait bien encore Catherina et sa fille qui s'affairaient en bas mais je n'avais aucune envie de les rejoindre. C'était une étrange impression qui tourbillonnait en moi. Je ne me sentais aucunement coupable mais c'était la scène en elle-même qui m'avait choqué : j'avais tout bonnement explosé la tête de cet homme. Il faudrait bien que je devienne moins impressionnable : J'en verrais probablement d'autres. Respirant un grand coup, je séchais mes larmes. Il était temps de se secouer et de me remettre à étudier.

Mais alors que je me relevais, un mouvement à mes côtés me fit sursauter : c'était Steren qui se tenait devant la porte les bras croisés. Je ne l'avais absolument pas entendu ni vu rentrer.

- Tu es sûre que tu ne veux pas discuter ?

- C'est bon, je vais mieux père. Ne deviez-vous pas partir urgemment ?

- Je ne suis peut-être pas concerné par tes sentiments, mais je sais tout de même voir quand tu ne vas pas bien.

- Désolé de vous avoir inquiété. Je suis une grande fille… Je peux affronter ça.

- C'est vrai, tu n'as pas eu d'enfance et ce n'est pas non plus moi qui te laisse aller à l'insouciance à laquelle tu devrais avoir droit à ton âge. Mais ne t'enferme pas dans ton rôle, malgré ton intelligence tu n'as que 15 ans et tu es déjà très courageuse.

- Merci Père.

- Va te rafraîchir et hâte-toi de me rejoindre en bas.

J'écarquillai les yeux, n'osant cependant remettre son ordre en question. Il était rare qu'il me parle de cette manière et quasiment impensable qu'il me propose de l'accompagner. Je me dépêchais de rejoindre ma chambre pour me débarbouiller et dissimuler mes larmes. Je me changeais aussi rapidement pour une tenue plus sobre, chemise noire à col droit et jupe longue en velours noir. Je ne savais pas vraiment s'il m'autoriserait ou non à pénétrer dans son sanctuaire Tremere mais je le connaissais assez pour savoir qu'il ne voulait pas que je me fasse remarquer.

Lorsque je redescendis, il était à la porte et je savais qu'il s'impatientait déjà, bien qu'aucun sentiment ne transparaisse jamais sur son visage.

Sans un mot il me conduisit à la voiture et ce ne fut qu'une fois à l'intérieur qu'il m'exposa la raison de ma présence à ses côtés.

- Tu vas m'accompagner à la Chantrie exceptionnellement, je n'en aurais pas pour longtemps et tu m'attendras dans l'entrée

Pour le coup je me félicitais d'avoir toujours un livre dans mon sac. Les vampires ont une perception du temps totalement différente des humains et j'avais déjà appris à mes dépends ce que « pas longtemps » signifiait pour eux.

Dès notre arrivée cependant, mon esprit fut emporté bien loin de toute considération littéraire : Le monde que je découvrais était pour moi parfaitement nouveau et je ne voulais pas en perdre le moindre détail !

La Chantrie Tremere ressemblait de l'extérieur à une entrée de parking souterrain surmontée d'un bâtiment parfaitement normal. La sécurité y était effectuée par des humains en costume et des caméras de sécurité et comme je pouvais m'en douter, par une foultitude de protections magiques invisibles qui faisaient de ce sanctuaire un lieu impénétrable.

L'endroit était en apparence une très respectable école privée pour surdoués et toutes les véritables fondations Tremeres se trouvaient en sous-sol. Ici, l'environnement y était beaucoup moins moderne, les murs souvent nus et gris. L'édifice souterrain formait une étrange fourmilière. Jusqu'à présent mon père ne m'avait fait traverser qu'un dédale de couloirs et malgré mes facilités de mémorisation, j'aurais été bien en peine de retrouver la sortie seule. Finalement il m'arrêta dans une pièce assez vaste, meublée par de longues tables en bois accompagnées de bancs. Une tenture d'apparence très ancienne occupait un mur et formait la seule décoration de la pièce et de massifs chandeliers en fer forgé dispensaient l'éclairage.

… Tu peux t'asseoir dans un coin et m'attendre là. Si l'on te demande ce que tu fais ici, tu n'auras qu'à dire que tu attends le primogène Tremere. On ne t'en demandera pas plus.

Je m'exécutai, un peu déçue de n'avoir pu en observer d'avantage. La magie de mon père me fascinait et déjà toute petite je m'étais intéressée à la magie des contes de fée, persuadée qu'il y avait un fond de vérité sous ces mythes. Ses précieux livres d'ésotérisme restaient pour moi interdits d'accès et je me gardais bien de lui désobéir. La curiosité me rongeait cependant et j'avais dévoré avec assiduité tous les livres qui parlaient des religions païennes qui existaient dans le monde, en particulier le druidisme ou Wicca. Lucie, le fantôme qui hantait ma chambre à l'asile m'en avait un peu parlé, elle-même ayant été sorcière de son vivant. Certains arts assimilés à la divination avaient aussi remporté mon intérêt, malgré que mon père les considéra avec beaucoup de mépris, ce dernier me répétant régulièrement que j'avais mieux à lire. C'était précisément un de ces livres que j'avais emporté : « Dogme et Rituel de la Haute Magie par M. Eliphas Levi. » Le livre était relié de cuir et en bon état malgré son âge apparent, car il semblait évident qu'il n'avait guère été manipulé plus d'une fois.

Dépitée de n'avoir finalement rien d'autre à faire, je m'installai un peu plus confortablement, ouvrant mon livre là où j'en étais.

Cela devait déjà faire près d'une heure que j'étais assise sans rien faire d'autre et je commençai à trouver le temps long. Sortant une feuille de papier et un crayon, je m'attelai donc à reproduire de mémoire une partition que j'avais essayé de jouer au violon quelques jours plus tôt, lorsqu'un petit groupe de Tremeres pénétra dans la salle.

Comme je m'y attendais, tous tournèrent leur regard vers moi à peine eurent-ils sentit ma présence, et je ne pus m'empêcher de sourire face à ces 5 paires d'yeux qui s'étaient soudainement fixés sur ma personne.

Essayant de les ignorer, je retournais à mes dessins, mais c'était sans compter les chuchotements peu discrets de ces novices :

- Mais que peut bien faire une humaine ici ?

- Et comment a-t'elle pu entrer ? Elle est bien trop jeune pour une goule…

- C'est forcément un vampire qui l'a amené ici.

Leur ignorance me faisait rire intérieurement, car ils avaient beau être curieux, la discipline Tremere était telle qu'ils n'osaient même pas me demander directement, de peur d'outrepasser leur droits.

Finalement, l'un d'entre eux s'avança vers moi pour me poser la question qui les démangeait tant.

- Pardonnez-moi mais, que faites-vous ici ?

J'eus le plus grand mal à garder mon sérieux en répétant la consigne de mon père.

- J'attends le primogène Tremere.

Celui qui m'avait adressé la parole ouvrit de grands yeux, se tournant vers ses confrères.

- Le primogène est ici !

Pour le coup, la nouvelle leur fit un tel effet qu'ils disparurent tous en un instant, me privant de la distraction qu'ils m'occasionnaient.

Heureusement quelques minutes plus tard, mon père me rejoint, accompagné d'un autre vampire. Je me levai immédiatement à leur arrivée.

- Antonis je te présente Nathalia, la fille adoptive d'Aïlin. Je t'en avais déjà parlé, il me semble. Nathalia ! Antonis est le gestionnaire de cette fondation en mon absence.

Le vampire en question devait être assez ancien au vu du peu que j'en savais sur son rôle. Je le saluais d'une brève courbure de tête.

- Alors voici donc cette prodige ! Quel dommage que tu ne puisses devenir Tremere ! Steren m'a rapidement parlé de ton intelligence exceptionnelle.

J'eus un regard de reconnaissance envers mon père. Ses compliments étaient rares.

- Tu sais que cela ne dépend pas de moi, Antonis. Bien Nathalia, il est temps de partir. Antonis, je m'attends à ce que mes directives soient observées à la lettre. Maintenez la plus grande prudence : Mundus vult decipi, ergo decepiatur.

Après cette phrase en latin, nous ré-empruntâmes le labyrinthe en sens inverse, retrouvant enfin l'air du dehors.

J'étais soulagée d'être sortie, car le bâtiment avait cet on-ne-sait-quoi de pesant, comme si une chape de plomb en recouvrait l'ensemble.

Steren ne reprit la parole qu'au bout de plusieurs minutes de trajet :

- Tu vas bien ?

- Il n'y a aucun problème, Père. Aurons-nous le temps de me consacrer à mes études cette nuit où préférez-vous que j'étudie seule ?

- Aïlin sera probablement rentrée de son rendez-vous. Je pense que ça te ferait du bien de prendre l'air plutôt que de rester enfermée mais je n'ai pas de temps à vous consacrer. Exceptionnellement tu pourras accompagner ta mère pendant sa chasse. Si elle n'est pas là, tu n'auras qu'à faire ce que tu veux tant que tu restes dans la demeure.

- Bien Père, merci.

Comme l'avait prédit Steren, ma mère nous attendait dans l'entrée. A peine étais-je rentrée que je m'étais précipitée dans ses bras. J'adorais son étreinte.

… Maman ! Père a dit que je pouvais t'accompagner dehors ce soir.

- Je sais, j'avais moi aussi hâte de te retrouver ma chère enfant. Vas donc t'habiller plus chaudement.

Lorsque je redescendis, les deux vampires étaient assis l'un en face de l'autre dans la salle et je sentis combien ce simple regard était porteur de sens pour eux, qui se connaissaient depuis des siècles.

J'avais simplement enfilé un gilet et des collants plus chauds, pour pouvoir me promener dehors confortablement.

- Je suis prête !

Aïlin me tendit la main avec un large sourire alors que Steren nous faisait ses dernières recommandations :

- Evite de la laisser seule et ne rentrez pas trop tard. Et méfies-toi du Sabbat qui rôde en ville !

- Steren, très cher, je ne suis plus une enfant. Ne t'inquiète donc pas autant, je serais prudente.

Nous partîmes ainsi, main dans la main, à travers la nuit.

Je me sentais bien, heureuse. L'angoisse que j'avais ressenti pendant la journée et au début de la nuit avait disparu et plus rien ne pouvait m'atteindre.

Ma mère avait trouvé une jeune femme assise sur un banc dans le parc et elle était en train de se nourrir d'elle. Moi je me tenais juste à côté d'elle, comme si de rien n'était. J'étais curieuse de cette expérience, du goût du sang sur mes papilles et cela me rendait encore plus impatiente d'avoir 21 ans. Je ne ressentais absolument aucune pitié pour cette humaine et admirais les différentes techniques d'approche que ma mère pouvait déployer.

Une fois terminé de boire, Aïlin se redressa, passant son bras derrière moi.

- Le ciel est magnifique tu ne trouves pas ? C'est une belle soirée pour se promener.

- Je suis d'accord. J'ai toujours trouvé la nuit bien plus belle que le jour. Le soleil brûle la peau et les rétines lorsqu'on le regarde alors que la lune est toujours agréable.

- La nuit est aussi pleine de mystères… Il te reste encore tant à découvrir !

Soudain elle leva la tête, comme à l'entente d'un appel.

… Un de mes enfants est dans les environs. Il a aussi ressenti ma présence.

- Tu veux dire, c'est toi qui l'as étreint ?

- Non, je parle des Malkaviens de cette ville comme mes enfants, car je veille sur eux et je les protège comme une mère. C'est mon rôle de Primogène. Mais cela n'a rien à voir avec ce que je ressens pour toi, Nathalia. Tu me rends si heureuse depuis ton arrivée !

- Je vois… Vous aussi, vous me rendez heureuse. J'ai l'impression de vivre un rêve et grâce à vous ce rêve ne s'arrêtera jamais. Je resterais éternellement ta petite fille, maman. Je ne supporterais pas d'être séparée de vous.

- Tu ne le seras jamais. Nous serons toujours à tes côtés pour t'aimer et te protéger. Le temps et la maladie ne peuvent rien contre nous…

Je me serai dans ses bras avec passion. Ce bonheur semblait tellement parfait, tellement magique ! Lorsque je rouvrais les yeux, un vampire se trouvait devant nous. Il portait une tenue brune tout en daim, pantalon, veste, gants et bottes, lui donnait un air un peu vieillot.

Il fit une élégante révérence face à ma mère, prenant sa main pour la baiser.

- Mesdames.

- Nathalia, je te présente David Reniev, un membre arrivé il y à peu au sein de notre famille. David voici ma fille et futur infante Nathalia.

Le vampire me fit un sourire, me faisant un baisemain à moi aussi.

- Demoiselle Nathalia, c'est un plaisir de vous rencontrer en cette nuit. Je me trouvais comme vous à la recherche de mon dîner lorsque la réalité de votre proximité s'est faite sentir. Me permettez-vous de vous accompagner un moment, ô charmantes créatures ?

Ma mère se leva, m'invitant à faire de même.

- Quelle bonne idée ! Qu'en penses-tu Nathalia, si nous allions nous promener un peu ?

- Avec plaisir, je me sens en pleine forme et je n'ai pas vraiment envie de rentrer maintenant…

Alors que les deux vampires discutaient de choses et d'autres (j'avais vaguement essayé de suivre leur conversation mais je m'étais rapidement rendue à l'évidence qu'elle n'avait de sens que pour eux), je gambadais autour d'eux, observant tout ce qui m'entourait. Le printemps approchait et l'air s'était radouci, ce qui rendait la promenade d'autant plus agréable. Le parc avait beau être immense, nous arrivâmes finalement à son extrémité. Ma mère me rappela alors à ses côtés.

- Nathalia, reste près de moi, tu sais ce que Steren a dit, il ne faut pas trop que tu t'éloigne. Je suis désolé, il va déjà être temps de rentrer. Il n'y a pas tellement de choses à faire en ville, quand on doit rester sage. J'aurais voulu t'en montrer plus sur notre société mais tu es encore jeune et… disons que le clan Malkavien est rarement invité aux réceptions mondaines.

Je ris à ce rappel, revenant prendre la main glacée d'Aïlin, tout en secouant la tête face à ses craintes.

- Ce n'est pas très grave, je suppose que j'aurais tout le temps de découvrir cela plus tard. Quant à la réaction des autres vampires, je me doute que tu n'y peux rien… Je connais la réaction des gens face à ce qu'ils croient être de la folie. Ils ont peur ou n'éprouvent que du mépris… Je sais ce que ça fait.

- Peut-être aurais-tu préféré avoir une mère normale, et non pas quelqu'un que les gens montrent du doigt…

- Non. Tu m'as dit que ce sont les voix qui t'ont amené à moi, qui t'ont poussé à aller au-delà des apparences et à venir me chercher là où je me trouvais. Je suis fière que tu sois ma mère et je suis fière d'être destinée à devenir Malkavienne.

David, qui nous accompagnait toujours, reprit la parole.

- Vous êtes une enfant admirable, Nathalia. Vous ferez la fierté de notre clan, à n'en pas douter.

Ma mère me serra dans ses bras.

- Et tu fais déjà la fierté de ta mère, ma tendre Nathalia ! David nous devons t'abandonner ici, notre promenade touche à sa fin.

- Très bien, dans ce cas je vous souhaite le bonsoir à vous deux.

Nous retrouvâmes rapidement le chemin de la demeure et terminâmes la nuit en jouant toutes les deux aux échecs puis aux cartes.

Cette nuit avait été excellente, et lorsque ma mère me borda, j'étais déçue qu'elle soit déjà terminée. Je n'avais aucune envie de dormir et une fois seule dans la pénombre de ma chambre, ma bonne humeur disparut totalement. Je savais que le jour se levait, lentement, et je pouvais presque voir de minces rayons de soleil filtrer entre les interstices de mes volets…


Fin du chapitre 4

Nathalia est encore assez "jeune" dans sa manière de parler et de se comporter. Mais elle a passé 5 ans dans un asile psychiatrique sans aucun adolescent de son âge à qui se conformer ni même d'adulte pour la pousser à grandir. Je vous rassure, elle va progresser dans les chapitres suivants. 😉

Entre le fait de laisser mourir ses géniteurs et tuer un bandit (certes en condition de survie, mais tout de même), Nathalia a déjà un score d'humanité à 6. Ce n'est pas évident de garder des principes moraux élevés quand on est élevé par des anciens. 😅