Chapitre 6

L'événement qui eut lieu près d'un an plus tard me prouva jusqu'où ils étaient capables d'aller pour moi. Nous étions en plein été, cela faisait près d'un an que je vivais aux côtés de mes nouveaux parents et mon existence me paraissait jouir des meilleurs auspices.

Cette saison et ses jours rallongés me confrontaient à une certaine solitude, d'autant que mon interdiction de sortie n'avait pas été abrogée.

Père était partit en voyage en Autriche pour je ne sais quelle affaire Tremere et son absence était prévue pour durer plus d'un mois, j'allais donc pouvoir profiter de longues vacances en compagnie de ma mère.

Ce jour-là, je lisais tranquillement dans le jardin en attendant la tombée de la nuit. J'étais assise contre l'unique arbre du parc lorsque j'entendis des coups de feu. Il n'y avait nulle part où me cacher et ma seule chance de me réfugier dans un lieu sécurisé, était d'atteindre la porte d'entrée et donc de me diriger vers la source des coups de feu. Je n'avais même pas eu le temps de prendre ma décision que deux hommes apparurent à l'angle du mur à quelques mètres de moi.

En une seconde ils m'avaient rejoint et plaqué au sol, une arme pointée sur la tempe. C'étaient des goules, je le devinais sans peine à leur force et à leur rapidité surhumaine, par ailleurs ma capture semblait le but de leur venue car dès lors, tout se passa très vite. J'entendis Catherina crier alors que j'étais ligotée et bâillonnée mais elle aussi était impuissante face à mon enlèvement.

Dans le coffre de la voiture qui m'emmena, je cédai à la panique et me mis à pleurer. On m'emportait loin de ma mère, alors qu'il faisait jour. Comment allait-elle me retrouver ? Que me voulaient donc ces hommes ? Les pensées se bousculaient dans ma tête. Je me doutais que dès la nuit tombée, ma mère mettrait tout en œuvre pour me libérer, mais arriverait-elle à temps ? Quel plan mes ravisseurs avaient donc pour moi ?

Lorsque la voiture s'arrêta, il me semblait que nous n'avions guère roulé bien longtemps, mais déjà il m'était impossible de définir le temps passé dans ce coffre. Nous devions être en périphérie de la ville, peut-être sur les quais… Mais à peine le coffre ouvert, on me mit un sac sur la tête, m'empêchant d'identifier quoi que ce soit.

Je ne pouvais me fier qu'à mes oreilles et à en juger par ce que j'entendais, mes ravisseurs étaient au moins quatre.

- Enfin ! Tout ce temps passé a fini par payer ! Cette sale petite souris nous aura bien fait attendre !

- Ce soir, le patron n'aura rien à dire et nous serons récompensés…

- Bon, où est-ce qu'on doit la mettre ? Parce qu'en attendant je me la trimballe moi !

- T'as qu'à la mettre au fond, on la descendra quand les autres seront réveillés.

- Ouai… J'espère que tout ira bien. Le nouveau qui traîne toujours avec le patron me fiche la trouille. J'peux pas croiser son regard sans faire des cauchemars !

- Peut-être, mais c'est un ancien, il est puissant et je cracherais pas sur son sang. En attendant, je serais plus tranquille quand ils seront avec nous. Il nous a bien dit que la mère de la gamine allait rappliquer. Et à ce moment il vaudra mieux qu'on soit loin.

- Elle s'rait à moitié vampire ?

- Aucune idée, tout ce que je sais c'est que le patron la voulait !

Celui qui me transportait n'ajouta rien et m'emmena dans un bâtiment froid. Il y régnait une forte odeur de rouille et d'eau de mer et je frissonnai lorsqu'il me posa sur le sol humide.

Enfermée dans cette pièce, le silence environnant me calma un peu. J'étais manifestement seule et j'en profitai pour tenter de libérer mes mains. Malheureusement, le câble qui m'immobilisait était extrêmement rigide et coupait douloureusement toute tentative d'évasion. Je n'avais d'autre choix que d'attendre. La nuit ne devait plus être loin à présent…

De longues minutes plus tard, plusieurs personnes entrèrent dans la pièce et je sus bien vite qu'ils ne me voulaient guère de bien :

- Ainsi voilà donc l'infante promise d'Ailin Conemara !

- Qu'allons-nous faire d'elle, maître ?

- Rien pour l'instant, considérez-là comme une invitée de marque. Sa première utilité est d'attirer la Malkavienne dans nos filets et elle ne tardera pas, j'en suis persuadée. Lorsqu'elle ne sera plus, alors peut-être ré-envisagerons-nous son sort. Qu'a-t-elle bien pu lui trouver ? Pourquoi l'a-t-elle choisi ? Son sang me le dira sûrement… Mais l'heure n'est pas à la gourmandise. Vous allez me bloquer cette entrée, je ne veux pas qu'Ailin puisse accéder trop tôt à son jouet. Quant à vous Donovan, tenez-vous prêt à l'accueillir !

Une voix rauque résonna tout prêt de moi, me faisant sursauter. Je n'avais absolument pas sentit sa présence ni ne l'avait même entendu approcher !

- Rassurez-vous, cette ancienne Malkavienne ne me fait pas peur, je vais n'en faire qu'une bouchée.

Un doigt griffu effleura mon visage à travers le tissu qui me recouvrait toujours. Je réprimai un gémissement d'angoisse : je me sentais totalement vulnérable !

Mes ravisseurs m'abandonnèrent rapidement et j'accueillis le retour à la solitude avec un léger soulagement. Même absents, leur menace n'en demeurait pas moins tangible, et je pleurai de rage face à mon impuissance ! J'étais l'appât qui allait mettre en danger celle à qui je tenais le plus au monde !

Heureusement mon attente dura moins longtemps cette fois : Alors que je ruminais ces sombres pensées, une voix familière m'appela, comme un chuchotement à mon oreille.

Rapidement débarrassée de toutes mes entraves, je pus enfin mettre un nom sur mon sauveur :

- Matheod ! Je suis tellement soulagée… Où est maman ? Il faut la prévenir que c'est un piège, ils voulaient m'utiliser comme appât !

- Ne t'inquiète pas pour elle, c'est une ancienne, elle est puissante et elle sait se défendre ! Elle m'a demandé de te sortir de là et c'est exactement ce qu'on va faire. Elle aura l'esprit plus tranquille une fois qu'elle te saura hors de danger. Elle est furieuse qu'ils aient osé mettre la main sur toi, tu dois commencer à la connaître. Maintenant allons-y, reste bien derrière moi et ne dis plus rien avant d'être sorti.

Le vampire m'aida à me lever puis m'entraîna vers la porte. Nous sortîmes rapidement et atteignîmes la voiture sans rencontrer le moindre vampire ni la moindre goule. Matheod me ramena directement chez moi et en une quarantaine de minutes, je fus de retour. De tout le trajet je n'avais prononcé le moindre mot, encore sous le choc de ces dernières heures. Arrivés à la demeure, je rejoignis directement ma chambre. Alendro avait été blessé, peu gravement heureusement, et nous attendions tous le retour d'Ailin avec impatience.

Au lever du jour, Catherina vint m'annoncer qu'ils n'avaient toujours eu aucun signe d'elle et je compris qu'Ailin ne reparaîtrait pas si personne ne venait la sauver… Père partit à l'étranger, je me sentais seule et désemparée. C'était ma faute si elle était en danger, j'avais parfaitement joué mon rôle d'appât. La seule idée de la voir disparaître me fit fondre en larmes. Je la considérais véritablement comme ma mère, je ne voulais pas la perdre après si peu de temps passé à ses côtés. Malgré les tentatives des goules pour me rassurer, je sentais mes entrailles se tordre sous l'angoisse.

De toute la journée, je ne parvins pas à trouver le sommeil, mais c'est alors que me vint une idée : seule je n'avais aucun espoir de faire quoi que ce soit pour elle et je ne savais pas comment faire appel aux Malkaviens de la ville. Cependant je pouvais avoir un pouvoir… un pouvoir qui me permettrait de sauver ma mère seule !

Lucie, le fantôme qui me tenait compagnie à l'asile, était une sorcière de son vivant, et elle m'avait parlé de rituels permettant d'obtenir temporairement une grande puissance magique. Si j'aidais Lucie à se libérer de son ancienne prison, peut-être accepterait-elle de m'aider ? J'espérai simplement que sa rancœur à mon égard ne soit pas trop tenace.

Par ailleurs, mon seul moyen de la contacter requerrait de retourner dans mon ancien lieu de résidence : l'hôpital Sainte Jeanne, qui se trouvait à plusieurs dizaines de km de ma ville actuelle. En secret, je prévoyai mon trajet en car et dérobai l'argent nécessaire à mon voyage.

Je partis en fin de journée de manière à infiltrer le bâtiment dès la nuit tombée.

J'avais laissé un mot sur mon lit pour expliquer la raison de mon absence et Catherina pouvait toujours m'appeler sur mon téléphone portable pour obtenir davantage d'informations…

J'arrivai comme prévu en début de soirée dans le lieu qui m'avait retenu pendant plusieurs années. Il n'avait pas été compliqué de retrouver l'institut psychiatrique infantile et tout aussi simple d'y pénétrer. Les bâtiments et les habitudes de ses occupants n'avaient pas changé et j'accédai rapidement à mon ancienne chambre. La pensionnaire qui m'avait remplacée y dormait profondément tandis que l'esprit de Lucie flottait dans la pénombre, le regard dans le vague. Cependant, à peine avais-je refermé la porte que son regard s'était posé sur moi, exprimant sa surprise :

- Toi ici !

- Bonsoir Lucie…

- Qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi es-tu revenue ?

- J'ai repensé à toi, je me sentais un peu seule et tu me manquais… Et puis pour être honnête, j'ai besoin de ton aide. J'ai un marché à te proposer.

- Et bien que se passe-t-il ? Tu n'es plus avec tes chers vampires ?

- Ecoute, je suis désolée, je sais que tu m'en veux de t'avoir abandonné. Mais tu es mon seul espoir. Mon père sait comment te libérer, il m'a un peu expliqué… Il doit y avoir un objet qui te retient ici, quelque chose qui t'appartient et qui est resté dans cette pièce.

L'esprit sembla réfléchir un instant puis me montra le placard.

- Bon, je suppose que c'est ça… sous le lit, il y a une grille d'aération avec un écart… Si tu glisses ta main tu devrais y trouver un pendentif avec une chaîne. Je l'avais caché là car ils l'utilisaient pour m'étrangler.

Je réprimai mon dégoût et tâtonnai entre la poussière et les toiles d'araignées pour enfin trouver le médaillon. Je mis le collier dans ma poche et me préparais à sortir.

- Allez, maintenant je t'emmène avec moi. Je t'expliquerais ma situation dès qu'on sera dehors.

Ressortir sans me faire repérer me causa quelques frayeurs, d'autant que ma présence avait été rapidement remarquée par les habitants désincarnés de ces lieux. Enfin à l'air libre, je me dépêchai d'appeler les goules pour les rassurer.

Sur le chemin du retour, j'expliquais à Lucie la raison de ces efforts.

- Bon, je vais être directe. Un jour tu m'as parlé d'un rituel magique qui permettait d'obtenir temporairement un pouvoir magique. Si tu sais comment faire, j'ai besoin de tes connaissances de toute urgence.

- Si tu es prête à en assumer les conséquences, pourquoi pas, mais sache que ce n'est jamais gratuit. Le seul moyen d'obtenir ce dont tu parles est de marchander avec les démons. Et eux feront n'importe quoi pour avoir ton âme. Je ne suis pas une experte, loin de là et mon état en est la preuve… Mais tu peux apprendre de mes erreurs pour ne pas finir comme moi… Mais pourquoi donc es-tu si pressée ? Que t'est-il arrivé ? Tes nouveaux parents ne sont plus là pour te protéger ?

- Ne plaisante pas avec ça. Mon père est partit à l'étranger et ma mère est retenue prisonnière à cause de moi. Tout est de ma faute et si je l'abandonne, elle va disparaître.

- Décidément tu es destinée à avoir une existence mouvementée.

- Ne m'en parles pas, je n'ai pas le temps de m'ennuyer. Parfois j'aimerais bien que ma vie soit un peu plus normale. Juste pouvoir me promener avec ma mère sans crainte, avoir des amis de mon âge… Pouvoir faire ce que font les autres enfants. Mais là je ne peux pas rester simplement dans ma chambre à pleurer. Je ne supporte pas de la savoir en danger.

- Ne t'inquiètes pas ça marchera, ce n'est pas le fait de l'obtenir qui est difficile mais les clauses du contrat. En plus, au vu de ton don de médium, ils seront attirés par toi. Et puis tu es intelligente, tu penseras à tout, tu feras attention à chaque mot que tu prononceras… Il ne faut rien laisser passer. Je te dirais tout ce dont tu as besoin pour l'invocation, ce n'est pas bien compliqué…

Au lever du jour, je m'étais procurée tout le matériel nécessaire de manière à lancer le rituel dès la tombée de la nuit. Les goules ne m'avaient guère posé de questions sur mes activités et je sentais dans leur attention à ne rien changer dans leurs habitudes, toute l'inquiétude provoquée par la disparition d'Aïlin.

Pour l'instant ça m'arrangeait bien. Je me voyais mal expliquer le danger qu'allait représenter mon entreprise. Le temps m'était compté mais je ne voulais même pas imaginer la possibilité qu'il soit déjà trop tard.

Le soleil ayant à peine disparu à l'horizon, je lançai mon invocation depuis le grenier.

J'avais tracé plusieurs cercles de craie et de gros sel mêlés, le tout soigneusement collés au pistolet à colle. Une vieille coupe en argent retenait l'eau bénite récupérée à l'église du coin, de même qu'une chandelle de communion en cire vierge et trois doses d'encens au santal achetées en ville.

Je suivais les directives de Lucie avec attention, quant aux diverses inscriptions protectrices à tracer, de même qu'aux mots à prononcer et autres précautions.

La créature qui apparut devant moi semblait faite de flammes noires, comme si toutes les ténèbres de la pièce s'étaient rassemblées en un point. La chose n'avait aucun visage visible mais je sentais pourtant qu'elle me regardait. J'en avais la certitude. Une odeur de souffre ainsi qu'une chaleur lourde en émanait, comme pour rappeler son origine infernale. Malgré la sueur froide qui coulait le long de ma colonne vertébrale, la pensée de l'urgence dans laquelle se trouvait ma mère me redonna du courage.

J'avais appris mon cérémonial par cœur et tout le long de mon entrevue avec le démon, je récitai mes prières avec attention, sans me laisser déconcentrer par les bruits environnants, ni par les effrayantes images que me montraient la lumière des bougies.

Finalement je révoquai le démon après avoir reçu la certitude que le pouvoir que je demandais me serait accordé. Mon bras droit serait le réceptacle du don de télékinésie pour 48 heures. Passé ce délai, si je n'avais pas restitué le pouvoir dans le temps imparti, le démon dévorerait mon bras. J'avais stoppé l'influence de la créature sur le reste de mon corps par le biais d'un chapelet solidement enroulé autour de mon épaule.

Je ne pris pas le temps d'exercer mon nouveau pouvoir. Cela faisait déjà trop longtemps que ma mère était prisonnière et je ne pouvais tolérer son absence une seule nuit de plus. Le médaillon de Lucie autour du cou, je courais presque sans m'arrêter jusqu'à chez Mathéod.

Le vampire se montra extrêmement frileux à l'idée de retourner dans le repaire du Sabbat mais ce n'était pas cela qui allait m'arrêter.

- Tu n'y songes pas sérieusement ! Si même Aïlin s'est faite capturer, nous n'avons aucune chance ! Je suis désolé mais tu dois attendre le retour de Steren !

- Hors de question que j'attende une seule nuit de plus, je ne sais même pas quand Steren reviendra, et d'ici là il sera probablement trop tard. Je ne veux pas prendre ce risque, j'ai fait en sorte de me protéger, d'être plus forte. Je saurais nous défendre. C'est de ma faute si elle est là-bas… Je ne peux pas rester sans rien faire. Si tu ne veux pas m'accompagner, j'irais toute seule. Mais tu auras été prévenu.

- C'est du suicide, je ne risquerais pas mon existence alors qu'ils l'ont peut-être déjà éliminée.

- TAIS-TOI ! Je t'interdis de dire ça ! Fais-moi confiance, je sens qu'elle est toujours là et j'ai pris mes dispositions pour qu'il ne m'arrive rien là-bas. Je ne peux pas t'expliquer mais je peux te montrer. Regarde…

D'un geste, je faisais léviter un livre qui traînait sur une table. J'avais prévu un lot de dagues et de couteaux dans mon sac à dos, piqués dans l'armurerie de mes parents. Mes adversaires n'avaient qu'à bien se tenir.

Je pensais que mon petit tour l'aurait étonné, mais le vampire eut un mouvement de recul.

- Comment as-tu fait cela !

- Je le répète, je ne peux pas t'expliquer comment, je peux le faire, c'est tout ce que tu as besoin de savoir ! J'arrêterais les balles et les coups. Maintenant est-ce que tu me crois quand je te dis qu'on ne risque rien ? Prends de quoi te battre et je te protégerais.

Trop stupéfait pour répondre, Mathéod alla chercher une arme à feu, plusieurs chargeurs et une épée. Je m'étonnais qu'un être aussi pacifique soit aussi bien équipé.

- On ne vit pas très longtemps en tant que vampire si on ne sait pas se défendre un minimum.

- Parfait ! C'est exactement ce que j'attendais de toi. Allons-y.

J'avais utilisé un pendule pour localiser la présence de ma mère. Ces imbéciles du Sabbat n'avaient même pas changé d'endroit. Mon retour au sein de leur bâtiment se fit donc dans une atmosphère radicalement différente de la dernière fois. Ce soir, j'avais la ferme intention de détruire tout ce qui se poserait en travers de notre route. Mathéod avait bien montré quelques hésitations au moment d'entrer mais j'avais fait preuve d'une certaine autorité pour ne pas le faire fuir.

Après quelques ennemis décapités, mon pouvoir ne semblait plus lui faire peur et nous avions atteint un certain rythme de croisière. Lucie semblait beaucoup s'amuser du chaos ambiant, et pourtant son aide m'était précieuse. Elle me prévenait des ennemis dissimulés au détour des murs, derrière les portes ou sous Occultation. Ma mère avait par ailleurs déjà dû leur infliger de sévères dégâts, car notre avancée ne rencontrait que peu de difficultés.

Un vampire nous avait causé une grande frayeur mais au final nous en étions venus à bout et Mathéod semblait avoir pris confiance en lui.

Après plusieurs minutes, nous avions déjà bien avancé et nous progressions de plus en plus profondément au sein des souterrains.

De l'extérieur, on n'imaginait pas le hangar occuper une telle dimension. J'avais emporté mon pendule pour nous repérer au sein du dédale, et malgré les doutes émis par Mathéod, je gardais confiance.

Alors que nous déambulions dans un couloir désert en apparence, une voix retentit derrière moi… Une voix masculine que j'avais déjà entendue lors de ma séquestration.

L'être qui apparu sous nos yeux était un vampire au physique particulièrement étrange. Son visage décharné laissait apparaître une bouche retroussée sur ses crocs, comme s'il était dépourvu de lèvres. Il était quasiment nu, ne portant qu'un pantalon, et son torse semblait être protégé par une véritable armure de côtes.

-Tiens tiens, la petite chose est de retour ! Je n'ai pas souvent l'occasion de voir des enfants d'aussi près alors je vais un peu m'amuser avec toi… Mais qu'est-ce qui a bien pu te faire venir jusqu'ici ? Étais-tu si pressée de rejoindre cette Malkavienne ? Son sang est tellement savoureux… Et cette puissance… Mais pas assez pour lutter contre moi.

L'idée qu'il ait touché à ma mère me faisait mal et ce fut avec toute ma haine que je lançais une vague télékinésique vers notre ennemi. L'énergie dépensée m'étourdit quelques instants mais j'avais envoyé le vampire dans le mur le plus proche avec une certaine brutalité.

Mathéod s'était précipité vers lui avec son épée mais notre ennemi semblait plus coriace que prévu et parvint à le repousser sans difficulté.

En un instant j'avais récupéré l'épée de Matheod tombée au sol et par le biais de mon pouvoir, comme si le temps s'était soudainement arrêté, j'avais repoussé le vampire du Sabbat et envoyé l'épée en direction de son cœur.

Mon ennemi, que j'avais reconnu comme un Tzimisce, avait manifestement prévu ce genre d'attaque, et la lame ripa contre son torse mettant à nu cet entrelacs de côtes que j'avais deviné.

- Intéressant… Tu ne manques pas de ressources on dirait. J'ai hâte de pouvoir te disséquer… vivante…

J'étais incapable de répondre à sa provocation. Contrairement à Mathéod et à nos ennemis précédents, ce Tzimisce n'avait qu'à peine été pris au dépourvu par mon pouvoir. Mais je ne pouvais pas échouer ici, pas alors que j'étais si proche ! L'adrénaline faisait battre mon cœur à un rythme infernal, il fallait le vaincre !

Mathéod s'était relevé sans dommages, mais lui comme moi savions que son arme à feu serait inutile contre cet adversaire.

Ramenant une nouvelle fois l'épée à moi, je décidai de changer de technique.

Parallèlement mon ennemi venait de faire sortir une sorte de longue lame en os de son bras, et lui et Mathéod se battaient à présent en duel, mon allié esquivant les coups avec adresse tandis que l'autre les ignorait.

Personnellement je n'avais aucune compétence en escrime et l'onde de force qui l'avait déjà repoussé à deux reprises ne fonctionnerait pas indéfiniment. Il me fallait élaborer une tactique face à un vampire qui avait plusieurs siècles de guerre devant lui.

Plusieurs possibilités s'offraient à moi pour le stopper : parvenir à détruire la carapace d'os qui recouvrait son cœur et le transpercer, le brûler ou le décapiter.

Je maîtrisais la télékinésie et j'étais secondée par Mathéod et Lucie… Le Tzimisce était seul et ne pouvait combattre sur tous les fronts. S'il devait être attaqué par plusieurs personnes, il privilégierait sans doute la menace la plus immédiate, tout du moins je l'espérais.

- Lucie ! Fais le tour par derrière et tiens-toi prête à l'attaquer !

Mon amie désincarnée m'avait regardé un instant d'un air interrogateur avant de s'exécuter. Si elle ne pouvait avoir le moindre contact avec le vampire, et donc représenter la moindre menace pour lui, elle n'en demeurait pas moins capable d'apparaître à ses yeux et de faire du bruit.

J'espérais juste que sa présence retienne suffisamment longtemps son attention !

Mon intervention avait déjà semé le doute dans l'esprit de mon ennemi, et il devait maîtriser une compétence permettant de voir l'invisible car il se retourna immédiatement en direction de mon ami avec un cri de stupeur et de rage mêlées.

Pour ma part, c'était exactement la réaction que j'attendais.

Comme je l'avais imaginé, son dos était bien moins protégé que son torse, et cette fois l'épée traversa la chair et le cœur sans difficulté, paralysant rapidement le vampire ennemi.

Je poussais à la fois un cri de soulagement et de victoire tandis qu'il s'écroulait à nos pieds.

- Oui ! Génial, Lucie bravo, je n'y serais jamais parvenu sans toi ! Mathéod tu as combattu comme un véritable chevalier toi aussi !

Mathéod en revanche, ne semblait guère revenu de ses émotions :

- Un esprit… tu commandes aux esprits ! Et ce pouvoir diabolique… Mais tu es quoi bon sang ?!

- Je suis juste humaine Mathéod. Je suis simplement née avec cette capacité à percevoir le monde des esprits. Je ne les contrôle aucunement et Lucie est une amie, elle m'aide de sa propre volonté. Par ailleurs ce pouvoir n'a été acquis que récemment et est tout à fait temporaire. Je l'ai emprunté grâce à une forme de magie et ce n'est pas sans risque. Lucie était une sorcière de son vivant, elle m'a dit comment faire. Je l'ai fait pour sauver ma mère. Elle ne doit plus être loin maintenant, il faut la trouver.

En effet le couloir dans lequel nous étions donnait sur plusieurs salles et au fond de l'une d'elles se trouvait Aïlin. Lorsque nous parvînmes à la trouver, son aspect physique et les conditions dans lesquelles elle était retenue me firent tout d'abord m'écrouler sous le choc : Elle se trouvait suspendue dans le vide par le biais de crocs de bouchers enfoncés dans sa chair. Un pieu était de plus planté dans son cœur et ses vêtements imbibés de sang rendaient la scène plus impressionnante encore. Heureusement que Mathéod était là pour me relever.

- Reprends-toi, elle est toujours là, tout va bien. On va la détacher et dès qu'elle sera débarrassée de ce pieu elle reprendra ses esprits. Ce ne sont que des blessures superficielles pour un vampire tel qu'Aïlin.

En effet, ma mère ouvrit bientôt les yeux, et ce pour mon plus grand soulagement.

- Mais… Nathalia… Mathéod… Que faites-vous là ?

- On est venu te chercher. J'avais tellement peur que tu ne reviennes pas… Tu m'as manqué…

Ma mère bougeait difficilement, elle tendit cependant ses bras vers moi pour sécher mes larmes.

- Ma chérie… Je suis tellement désolée… Je devrais être plus forte, malgré tous mes efforts, je n'ai pas réussi à te protéger. Et à cause de moi vous avez pris tous ces risques pour venir jusqu'ici… J'aurais dû être plus prudente…

- C'est bon. Maintenant que je t'ai retrouvé, tout va bien. On peut sortir d'ici maintenant. Ensemble, cette fois.

- Je ne peux pas me lever, je suis trop faible… Je manque de sang.

- Tu peux boire le mien non ? Ça ira ?

- Nathalia… J'aimerais être en état de refuser… Mais si c'est toi qui le propose…

- Je sais que je ne crains rien avec toi. J'ai totalement confiance en toi.

Je me serrai tout contre elle, l'entourant de mes bras avant de lui présenter ma nuque. J'étais prête à faire absolument n'importe quoi pour Aïlin. J'avais tout de même fermé les yeux, un peu par appréhension, pourtant la douceur de ce baiser vampirique m'étonna. J'avais à peine senti la piqûre de ses crocs dans ma peau que déjà une agréable chaleur se propageait en moi. C'était rassurant… tellement bon. Comme rentrer dans un bain chaud, elle me débarrassait de toutes mes peurs, toutes mes peines. J'aurais voulu profiter de cette sensation encore un peu, mais la morsure prit fin, provoquant une déplaisante sensation de frustration. Je comprenais du même coup pourquoi les victimes de ma mère ne se débattaient jamais.

En rouvrant les yeux, je pus constater avec soulagement que toutes ses blessures avaient disparues.

- Ah je préfère te voir comme ça !

- Tu es adorable ma chérie. Tu te sens bien ?

- Tout ira bien dès que nous aurons quitté cet endroit.

J'étais vraiment soulagée que tout cela soit terminé, de même que Mathéod qui nous abandonna à peine arrivés à la maison. Le vampire semblait avoir eu plus que son lot d'émotions pour la nuit.

Pour ma part, je laissai bien volontiers ma mère seule tandis qu'elle se lavait et se changeait. J'avais une affaire à régler le plus rapidement possible : couper le lien démoniaque qui me fournissait mon pouvoir. Je n'en avais plus besoin à présent et j'avais hâte de me débarrasser de cet être maléfique qui me parasitait.

Tout le rituel sembla se passer comme prévu, mais au moment où je prononçais les derniers mots, une violente douleur parcourut mon bras gauche au point que j'avais l'impression que c'était toute ma peau qui s'arrachait.

Je gémis et eus besoin de tous les encouragements de Lucie et de toute ma réserve de courage et de self-control pour mener le rituel à son terme.

Une fois terminé, je redescendis dans ma chambre, les yeux embués de larmes tant la douleur me vrillait le bras. Je me fis couler un bain d'eau glacée en espérant que le froid calmerait la sensation de brûlure. J'avais réellement l'impression que mon bras se consumait de l'intérieur.

Bien entendu ma mère s'aperçut immédiatement de mon état, quant à Lucie, elle semblait souffrir littéralement avec moi.

- Tu as pris beaucoup trop de risques pour venir me chercher Nathalia, tu as été inconsciente.

- C'est bon, je suppose que ce n'est qu'un effet secondaire. La douleur était intense sur le moment mais là c'est supportable. Les brûlures cicatriseront d'ici quelques jours, le principal c'est que tu sois à mes côtés.

- Je suis parvenue à contacter Steren. Il sera de retour demain en fin de nuit. En attendant, essaye de dormir. Je vais rester à tes côtés pour la journée.

Malgré la présence de ma mère, ma nuit fut entrecoupée de cauchemars qui me firent me réveiller en sursaut à plusieurs reprises. À la tombée de la nuit, je me sentais encore plus fatiguée qu'au moment de me coucher.

- Je pense que tu as fait une grosse bêtise, chérie. Tu as fait appel à quelque chose que tu ne maîtrisais pas…

- Je n'avais pas d'autre choix, je ne pouvais pas supporter de te savoir en danger… Et puis je verrais bien, ce n'est qu'une mauvaise journée, je n'ai pas réussi à trouver le sommeil… Et j'étais très stressée en ton absence. Je vais pouvoir me reposer maintenant que tu es revenue, demain ça ira probablement mieux.

Je faisais preuve d'un optimisme forcené, refusant de croire l'évidence : Manifestement quelque chose avait échoué dans mon rituel de renvois et le démon dévorait mon bras presque littéralement. Heureusement que j'avais pensé à le cantonner à l'épaule !

Ma nuit ne fut pas beaucoup plus agréable que la journée et lorsque mon père arriva, je ne m'étais pas levée une seule fois. J'avais l'impression que le moindre mouvement ne ferait que redoubler la douleur.

Je ne m'attendais pas à ce que Steren me félicite pour mon exploit, bien au contraire, pourtant lorsqu'il vint me voir, il semblait loin de cette sévérité à laquelle j'étais accoutumée.

- Et bien on dirait que tu as touché à des choses interdites… Je t'avais pourtant prévenu.

- Je sais… je connaissais les risques… Mais je pense que c'était mon seul espoir…

- Quoi qu'il en soit, maintenant tu es en train de le payer. Aïlin m'a déjà tout expliqué. Donne-moi le pendentif qui contient l'esprit.

- Vous n'allez pas le détruire ! S'il vous plaît, Lucie pourrait rester avec moi, c'est ma seule amie…

- Une amie qui t'a poussé à faire appel à des puissances démoniaques et à mettre ta vie en danger. C'est hors de question.

- Ce n'est pas de sa faute, c'est moi qui lui avais demandé. Je savais parfaitement ce que je voulais.

- Nous verrons comment cela évoluera. En attendant, considère cela comme ta punition.

Bon gré ; mal gré, je lui remettais le pendentif qui obligerait Lucie à la suivre.

- Une punition… Comme si je n'étais pas déjà assez punie par la douleur… C'est vrai, en ce moment je m'amuse. Même en étant privée de sortie je me fais enlever, c'est probablement de ma faute.

- Je vais mettre ton manque de respect sur le compte de ton état. Je ne te souhaite pas une bonne journée par ailleurs, je sais qu'elle va être exécrable. Je tenterais de régler ton problème demain.

- Ma pauvre Nathalia… je sens à quel point tu souffres et je me sens tellement responsable. Je voudrais tant pouvoir te soulager… Steren ne peut-on vraiment rien faire tout de suite ?

- Tu n'y es pour rien Aïlin, Nathalia a fait son choix toute seule, il faut qu'elle apprenne à en assumer les conséquences. Par ailleurs je ne prendrais pas le risque de faire quoi que ce soit alors que l'aube est imminente.

- C'est bon, maman, je peux bien tenir jusqu'à demain soir… La douleur est… supportable et ma vie n'est pas en danger. Bonne journée à vous deux.

Comme l'avait prédit mon père, ma journée fut tout bonnement abominable et aurait sans problème pu figurer dans le top 3 des journées les plus horribles de mon existence. Malgré ce que j'avais dit à ma mère, je me sentis bientôt à l'article de la mort, épuisée à la fois par la faim, la fatigue, la douleur, et les tentatives du démon d'outrepasser la limite que je lui avais fixées.

Abigaël avait réussi à me faire ingérer une soupe et une compote et j'avais de l'eau à portée de main pour éviter la déshydratation, mais j'aurais été bien incapable de descendre jusque dans la cuisine.

Chaque seconde où je fermais les yeux, je voyais des figures grimaçantes et démoniaques se précipiter sur moi.

Sans doute parvins-je à m'endormir d'une certaine manière, car je repris soudainement conscience après un temps indéfinissable, alors que mon père était penché sur moi. La brusque vision de sa présence me fit d'ailleurs sursauter.

- Nathalia, tu peux te lever ?

- Je vais essayer…

- Bien, je t'attends dans le couloir.

Me redressant péniblement, je puisais dans mes dernières forces pour enfiler une jupe et un débardeur ; le strict minimum, avant d'essayer marcher jusqu'à la porte.

Cependant je ne tins guère plus d'une seconde debout, trop faible pour cela, et je m'évanouis.

Lorsque je repris conscience, je me trouvais dans une salle inconnue jusqu'alors, aux murs et sol de pierre brute. J'étais simplement allongée par terre au milieu d'un grand pentacle gravé dans la roche.

Mon père était agenouillé à mes côtés en train de consulter un livre. Pour une raison que j'ignorais, il était à présent torse nu et je ne pus que remarquer les multiples tatouages aux motifs ésotériques qui étaient habituellement dissimulés par ses vêtements.

Il croisa mon regard un instant mais je ne sus y décrypter quoi que ce soit.

- Il va falloir que tu sois courageuse.

Je ne répondis pas, reportant mon regard au plafond. Le démon était sur ses gardes, je pouvais le sentir.

C'est alors que l'exorcisme commença. Assez rapidement, la douleur et la sensation de brûlure qui emplissaient déjà mon bras, s'intensifièrent à un degré que je n'imaginais pas possible. J'avais l'impression qu'on m'avait injecté du métal en fusion dans les veines, et que mon bras se consumait de l'intérieur. Je hurlais, je pleurais, je gémissais, le suppliant d'arrêter, et pourtant il continuait. Il le fallait, cela je le savais bien, mais je ne pouvais m'empêcher de me débattre, essayant vainement de m'extraire de son emprise.

Il avait posé ses deux mains sur moi pour m'immobiliser et je bénissais sa force vampirique car il était évident que celle qui m'animait alors n'était pas la mienne.

Par son pouvoir, mon père s'adressait directement au démon, lui sommant de quitter mon corps.

Je perdis connaissance une fois, sous le coup de la douleur, mais le soulagement fut de courte durée. Le démon me réveilla pour m'épuiser, me chuchotant de lui remettre mon corps pour que ce cauchemar cesse. Je lui résistai cependant, préférant me cramponner au sol de ma main valide, arrachant mes ongles sur la pierre granuleuse. Et je criai pour couvrir le son de ses insinuations perfides…

Finalement le démon quitta mon corps. Bien que la douleur fût toujours omniprésente, je ressentis une intense sensation de soulagement. J'étais de nouveau la seule propriétaire de mon corps. Je pleurais toujours, reprenant doucement ma respiration pour regarder mon père.

Une multitude de griffures parcouraient son torse et ses bras, se refermant à vue d'œil.

- Qu'est-ce que j'ai fait ?!

- Ce n'était pas toi. Maintenant c'est fini. Ton bras va pouvoir guérir.

Steren retira un de ses propres talismans, un simple pentacle qui semblait avoir été taillé dans du bois, et me le passa autour du cou. Il arracha par ailleurs le chapelet qui était tellement serré autour de mon épaule que les perles s'en étaient incrustées dans ma peau.

… Ce pendentif te protégera, ne le retire jamais.

- Merci. Heureusement que vous êtes là.

- J'espère que tu as compris la leçon.

- Plus jamais ça…

Avec une patience et une douceur que je ne lui avais jamais vue, Steren banda l'intégralité de mon bras d'un tulle gras pour favoriser ma guérison et abréger mes souffrances. Le contact avec le bandage humide apaisa enfin la chamade de mon cœur.

Steren me porta jusqu'au lit dans leur chambre et m'y coucha. J'étais tellement épuisée que je m'y endormis presque immédiatement.

Je dormis toute la nuit durant, ainsi que le jour suivant, pour ne me réveiller que le lendemain à la nuit tombée. Lorsque j'ouvris les yeux, ma mère se trouvait assise à mes côtés, caressant mon visage.

- Nathalia ! Comment te sens-tu ?

- Bien mieux. J'ai pu enfin récupérer le sommeil qui me manquait. Et j'ai beaucoup moins mal au bras. Je suis soulagée que ce soit terminé. Tout est rentré dans l'ordre.

- Tant mieux, je me suis inquiétée pour toi. Mais maintenant nous sommes de nouveau réunis et nous ferons en sorte que ça ne se reproduise plus jamais.

Elle embrassa mon front, me serrant un moment dans ses bras. Son étreinte était mon paradis.

- Maintenant il est temps d'aller te laver et te changer. Tu iras déjeuner ensuite et ton père et moi te retrouverons dans la bibliothèque d'ici deux heures. Catherina refera tes bandages.

Me levant, je constatai avec soulagement un regain d'énergie. La différence était flagrante depuis que j'étais débarrassée de ce parasite démoniaque. Mon existence allait de nouveau pouvoir reprendre un rythme normal, tout du moins aussi normale que pouvait être la vie auprès de deux puissants vampires.

Une fois lavée, soignée et restaurée, je regagnai la bibliothèque à l'heure indiquée. Mes deux parents m'y attendaient en silence, chacun assis à un bout de la table, et mon père se leva à mon arrivée.

- Ah Nathalia te voilà. Assieds-toi, nous avons à parler. Ces derniers temps ont été plutôt mouvementés pour toi. Tu t'es trouvée souvent seule et désœuvrée à la demeure et ta vie a été mise en danger. De ce fait, je songeais à te proposer une solution à ces différentes problématiques. Comme je t'en ai déjà brièvement parlé, le clan Tremere dirige officiellement une institution pour enfants surdoués. Si tu le désires et si tu réussis le test d'entrée, tu pourras y suivre une scolarité jusqu'à tes 18 ans. Bien entendu l'enseignement a lieu de jour, mais tu y seras en sécurité et tu pourras nous voir la nuit pendant tes périodes libres.

J'écarquillai les yeux et pris quelques secondes de réflexion avant de répondre.

- J'avoue que l'idée de retourner étudier me plaît beaucoup, mais ça me fait aussi un peu peur. Ces derniers temps vous avez eu assez peu de temps à me consacrer l'un comme l'autre et je sais que vous aurez toujours beaucoup à faire pour assumer vos responsabilités. Mais toi maman, qu'est-ce que tu en penses ?

- Je serais soulagée de te savoir toujours protégée pendant la journée. Cette institution est un lieu sûr et te permettra de passer inaperçue pour nos ennemis. Tu y seras avec d'autres enfants de ton âge et ça ne peut pas te faire de mal d'avoir un minimum de normalité dans ta vie. Je sais que tu y apprendras pleins de choses et c'est une occasion à ne pas manquer… Même si ça te fait un peu peur et même si nous nous verrons moins souvent. Steren m'a dit que tu avais toujours deux jours libres par semaine et des périodes de vacances plus longues pendant lesquelles tu pourrais réadopter un mode de vie nocturne. Et puis nous ne serons jamais très loin, en cas de besoin il te suffira d'attendre la tombée de la nuit…

- C'est vrai, tu as raison. Ce qui m'effraie le plus, c'est de ne pas être à la hauteur… Au début, je vais probablement avoir l'impression d'être une parfaite étrangère. Ça fait 6 ans que je ne suis pas allée à l'école, et que je vis coupée du monde. Alors une classe d'enfants surdoués…

Steren reprit la parole.

- Ne t'inquiètes pas pour ça, la rentrée n'a lieu que début septembre, tu as donc plus d'un mois pour réapprendre à t'intégrer parmi les humains. Par ailleurs je ne vais pas t'abandonner à ton ignorance, je te remettrai à niveau pendant les semaines à venir, afin que tu passes le test d'entrée et que tu sois préparée aux matières qui te seront enseignées.

- Tant mieux, merci… J'ai vraiment de la chance de vous avoir. Ça va me faire vraiment étrange de devoir paraître parfaitement normale au milieu d'autres personnes de mon âge. C'est aussi cet aspect qui m'effraie.

- Et bien entendu, tu n'oublieras pas de respecter la Mascarade en toute circonstance. Rien ne doit transparaître dans tes faits ou tes paroles. Tu devras être particulièrement attentive à maintenir l'illusion face à des personnes d'une intelligence hors-norme.

- C'est pour moi une évidence, vous pouvez avoir confiance en moi. Rassurez-vous, j'ai tout de même une certaine expérience dans l'art de dissimuler la réalité et ne rien laisser voir de ses pensées. C'est juste… participer à des discussions normales de personnes de mon âge… C'est en dehors des cours que je ne vais pas savoir quoi dire…


Fin du chapitre 6

Nathalia ne connaît pas (encore) les disciplines vampiriques associées aux différents clans, mais elle sait que certains vampires peuvent se rendre invisibles, par exemple.

Il s'en passe des choses dans ce chapitre. Qu'en avez-vous pensé ? Ça me ferait très plaisir de lire vos commentaires. ;)