Chapitre 13

Notre voyage en Irlande pouvait commencer...

À notre arrivée, le vent frais et humide me fit frissonner. Alors que la chaleur était caniculaire en métropole, j'avais sous-estimé le contraste de température. Sybile m'entoura de son étole pour me protéger du vent pendant que ma mère et William allaient chercher une voiture. Ma mère avait prévu de rejoindre un refuge à Maam Cross avant le lever du jour pour pouvoir reprendre la route la nuit prochaine. Aidée de Sybile, elle avait soigneusement préparé notre road trip en prenant en compte mes besoins humains pour m'offrir un voyage aussi agréable que possible. Arrivés à Maam Cross, je pus profiter du restaurant de l'hôtel qui servait le petit déjeuner. Tant pis si pour moi il était plutôt l'heure du dîner, l'important était de pouvoir profiter d'un grand bol de thé chaud accompagné de tartines beurrées, d'œuf au plat et de bacon. Une fois l'estomac rempli, je rejoignis les trois vampires qui m'accompagnaient dans la chambre qui nous avait été allouée. Elle ne comportait que deux lits dont un de deux places, ainsi qu'une salle de bain. Il était prévu que je dorme avec ma mère, pour mon plus grand bonheur, tandis que Sybile occupait l'autre lit et que mon gardien se contentait de s'asseoir sur le sol. Allongée au creux de ses bras, je ne mis guère longtemps avant de trouver le sommeil. Malgré la froideur de son corps mort, sa présence m'apportait toujours une sérénité parfaite.

Comme d'habitude, je m'éveillai un peu avant la nuit tombée. Me redressant sur le lit, j'admirai ma mère inanimée à mes côtés avant de saluer Lucie d'un signe de tête. Le fantôme luisait dans la pénombre, flottant quelques centimètres au-dessus d'une chaise.
- Tu ne sais toujours pas où ta mère t'emmène ?

- Tu l'as entendu comme moi. Elle veut me montrer quelque chose. J'imagine que je le saurais bientôt. Je ne suis pas pressée, de toute façon quand je rentrerai je serai toujours privée de sortie et d'ordinateur ! En plus il va falloir que je fasse mes devoirs… Bon, allez debout !

Autant gagner du temps. Je fis ma toilette et m'habillai avec des vêtements chauds et confortables. De ce que j'avais compris, il allait falloir marcher. Pour une fois, je troquai ma robe contre un pantacourt assez ample, un t-shirt et une chemise avec une paire de tennis. Heureusement que j'avais quand même emporté ce genre de tenue au cas où. Lorsque mes vampires se réveillèrent, j'étais en pleine bataille de cartes avec Lucie. Je me levai immédiatement, rangeant les cartes pour aller saluer ma mère.

- Tu as bien dormi ma chérie ? Si tu es prête, vas donc déjeuner pour que nous puissions reprendre la route.

Je hochai la tête et quittai la pièce pour rejoindre le restaurant de l'hôtel. Il y avait quelques familles de touristes mais ce n'était pas vraiment le lieu le plus réputé d'Irlande et je pus rapidement être servie. Je ne commandai qu'une tasse de thé avec un sandwich au rosbeef froid. La gastronomie britannique ne me dérangeait pas plus que ça. J'avais l'habitude de déjeuner salé, de plus je doutais avoir l'occasion de remanger avant le lever du jour. J'achetai un paquet de biscuit et un casse-croûte à la boutique de l'hôtel avant de rejoindre notre chambre. Lorsque j'arrivai, ma mère et Sybile avaient attiré une femme de chambre et étaient en train de se nourrir d'elle, chacune assise de part et d'autre de l'humaine avachie sur le lit. William se contentait de les observer, placé derrière la porte pour prévenir toute intrusion étrangère. J'attendis qu'elles aient relâché leur proie pour reprendre la parole.

- Je suis prête. Tu ne vas pas chasser William ?

- Ne vous inquiétez pas pour moi, Princesse. Ma mission consiste à assurer votre sécurité, mes besoins passent au second plan.

Je frissonnai. Sa voix était douce et grave, veloutée comme un chuchotement dans les ténèbres. Pour une fois il était visible, et je ne pus m'empêcher d'être admirative par sa classe surnaturelle. Je pris conscience que je le fixais lorsque Lucie se mit à rire.

- Alors Nathalia, tu baves sur ton garde du corps ?

Je secouai la tête et allai ramasser mon sac de voyage. Quelques minutes plus tard nous étions à nouveau tous réunis dans la voiture, trois vampires, un fantôme et une humaine. Les paysages que nous traversions avaient l'air d'étranges cartes postales nocturnes avec leurs maisons isolées au beau milieu des étendues d'herbe. Le brouillard s'était levé et les moutons et chevaux éparpillés dans la prairie ressemblaient à des fantômes paisibles. Après une bonne heure de route, le paysage s'assombrit un peu plus à mesure que la route se trouvait bordée par les arbres. Soudain, William quitta la route principale pour s'engager sur un chemin de cailloux et je perdis bientôt tout sens de l'orientation alors qu'une épaisse forêt de conifères s'étendait à perte de vue. Lorsque nous nous arrêtâmes dans une clairière où le chemin semblait se terminer, je pensais que nous nous étions égarés, mais mon gardien coupa le moteur et ma mère m'invita à descendre. Une fois les phares de la voiture éteints, je n'y voyais plus grand-chose et me rattrapai à la main de ma mère.

- Ne t'éloigne pas Nathalia.

Lucie flottait à quelques mètres devant moi, sa lumière surnaturelle visible pour moi seule. C'était cependant insuffisant et je me résolus à sortir mon téléphone pour éclairer le chemin après avoir failli tomber une première fois. Ma mère nous guidait, semblant connaître le chemin par cœur alors que pour moi nous ne faisions que slalomer entre des sapins au moins centenaires. Nous avançâmes ainsi une bonne heure et je commençais à me demander jusqu'où nous allions marcher lorsque les arbres s'écartèrent devant nous. Une vaste clairière se trouvait au beau milieu des bois, mais le plus étonnant était sans doute le château médiéval en ruine qui s'y trouvait, son donjon unique survivant de sa majesté passée. Du mur d'enceinte, seule une partie subsistait encore, fermée par une épaisse herse en métal qui ne protégeait plus rien. Les multiples pierres qui jonchaient les environs semblaient avoir été arrachées des murs par une force surnaturelle et il était désormais aisé de pénétrer à l'intérieur de la cour. Ma mère s'était arrêtée pour me laisser observer le panorama, et lorsque je tournai à nouveau mon regard vers elle, je pris conscience qu'une larme de sang coulait sur son visage.

- Ceci Nathalia, c'était ma demeure. J'ai vécu ici des années durant. Malgré les siècles, c'est encore douloureux… Ces souvenirs. Viens…

Elle contourna l'édifice et s'agenouilla devant une grosse pierre. Elle gratta la mousse qui y avait poussé et je pris alors conscience qu'il devait s'agir d'une pierre tombale archaïque.

- Qui c'était ?

- Ma seconde fille. Alana. Morte par ma bêtise… Assieds-toi.

Je regardai autour de moi mais ne trouvant rien à portée, je m'assis sur mon sac. Je frissonnai et Sybile m'entoura d'un plaid qu'elle avait volé à l'hôtel.

- Je suis née sur ces terres. Je ne sais plus en quelle année exactement. J'étais très farouche. Je refusais les propositions de mariage, je voulais mener la vie des oiseaux… Alors que j'avais ton âge, mon père est décédé d'un accident de chasse et mes deux frères Edan et Oèn ne sont pas préoccupés de me retenir. Je pense qu'ils étaient soulagés de ne pas avoir à partager l'héritage avec moi. C'est à cette époque que j'ai fait la connaissance de mon premier amour, Ailfred. Il n'avait pas d'ascendance noble mais cela ne m'importait guère. J'ai vécu quelques années de bonheur avec lui, nous nous étions mariés dans une chapelle païenne. La vie pour les humains de l'époque était difficile et lorsqu'enfin je suis parvenue à tomber enceinte, c'est malheureusement à ce moment que j'ai fait la connaissance de celui qui est devenu mon Sire, Cammán mac Amlaíb. Lorsqu'il m'a donné l'étreinte, le don de Malkav m'a permis de voir cette petite fille rejoindre le ciel alors que je restais désespérément sur terre. J'étais tellement furieuse que j'ai refusé de lui obéir, des mois durant. Bien sûr, il ne pouvait l'accepter et a décidé de me donner une leçon. Il m'a assoiffé pour provoquer la Bête et lors de ma première frénésie, je me suis retrouvée face à Ailfred, mes frères, leurs épouses ainsi que leurs enfants… Il avait rassemblé tous ceux qui m'étaient chers pour me prouver qu'il avait tout pouvoir sur moi. Cela m'a servi de leçon et j'ai beaucoup appris auprès de lui. Malgré ses méthodes, Cammán est un sage, il avait déjà plus d'une centaine d'années d'éveil à cette époque. J'aimerais que tu le rencontres après ton étreinte. Il s'est installé en France et maîtrise le don de Malkav comme personne… Après quelques siècles, quand il m'a libéré de mon apprentissage, j'ai voulu revenir ici. La Camarilla et le Sabbat n'existaient pas encore mais un vampire plus ancien et puissant que les autres, un Lasombra du nom d'Adhamhan de Lydda, s'était approprié ce fief en tant que Seigneur, l'équivalent de nos princes actuels si tu préfères… J'étais trop fière pour m'agenouiller devant lui et j'ai décidé de l'ignorer. Je considérais que j'étais sur mes terres et que je n'avais de compte à ne rendre à personne. J'avais une cour de servants humains à l'époque et j'avais recueilli Alana que j'élevais comme ma fille. Adhamhan n'a pas toléré que je ne me soumette pas à son autorité et a décidé d'attaquer ce château en pleine journée. Il avait plusieurs chevaliers goules et une petite armée de soldats humains à son service. Il a fait massacrer ma cour et brûler vive ma fille. Lorsque je me suis éveillée à la tombée de la nuit, il ne restait plus que ces ruines encore fumantes. Il aurait pu me tuer, mais il s'est contenté de jeter le cadavre de mon enfant à mes pieds en déclarant que mon offense avait été lavée et qu'il attendait désormais de moi fidélité et obéissance.

Une seconde larme coula sur sa joue et je me relevai pour la prendre dans mes bras. Alors que les relations entre vampires auxquelles j'avais pu assister étaient toujours empreintes de courtoisie, je pris conscience que sous ces apparentes amabilités se trouvaient toujours des relations de domination. Le monde des vampires était une lutte de pouvoir perpétuelle et chacun se devait de jouer son rôle sans quoi il était sévèrement puni. Le Prince, les primogènes, le shérif… La Camarilla était comme un jeu d'échecs géant où le moindre faux-pas pouvait être fatal.

Ma mère caressa mes cheveux.

- Tu me ressembles… beaucoup trop Nathalia. Ne commets pas les mêmes erreurs que moi. Soumets-toi aux puissants et garde tes pensées dans ton cœur. Il y aura toujours des gens devant qui tu devras plier l'échine même si cela te semble injuste ou illégitime. Aujourd'hui ce sont tes professeurs. Demain ce seront tous les vampires plus âgés que toi. Mais je t'en prie, tire une leçon de mon passé. Je ne veux pas te perdre.

- Je te promets. Je te promets que ça n'arrivera plus. Je serais prudente. Je tiendrais ma langue. Je ne veux pas que tu t'inquiètes pour moi. Et je ne veux plus te faire de la peine.

J'étais vraiment sensible à sa détresse. Je comprenais à présent ce qu'elle avait voulu dire lorsqu'elle parlait de malédiction. Par deux fois elle avait perdu son enfant. Il n'était plus question que ce cycle infernal se perpétue et j'avais de sérieuses raisons de me sentir impliquée. J'ignorai si j'étais, comme Aïlin l'avait mentionné une fois, la réincarnation de cette petite fille décédée avant de naître, ou d'Alana, tuée alors qu'elle n'était qu'une enfant. Mais je ne pouvais nier notre ressemblance physique ni cette affection fusionnelle qui s'était installée entre nous en seulement quelques mois.

Elle me prit par la main, m'attirant vers le couvert des arbres. Je pensais que nous en avions terminé ici car nous marchâmes pendant quasiment un kilomètre, cependant elle ne semblait pas se diriger vers la voiture mais plutôt s'enfoncer plus profondément dans la forêt. Elle finit par s'arrêter devant un arbre qui paraissait un peu plus vieux et plus gros que les autres et se mit à le contourner, tâtant parfois le sol du pied, comme si elle cherchait quelque chose. Elle dût trouver ce qu'elle cherchait car elle s'arrêta et s'agenouilla pour gratter le sol à mains nues, bientôt aidée par Sybile. J'en compris bientôt la raison lorsqu'une trappe se dessina dans le sol, parfaitement dissimulée par la mousse qui la recouvrait. Lucie avait profité de son état pour passer à travers la trappe et commencer à explorer le souterrain tandis que mes vampires luttaient pour l'ouvrir. Depuis le temps, l'humidité devait avoir complètement corrodé les gonds et pourris le bois car ma mère arrachait à présent des mottes de terre du sol pour aménager un trou suffisamment grand pour passer. Il était d'ailleurs assez incongru de voir ces vampires si élégantes à genoux dans la terre, tachant leurs vêtements au passage.

- Lucie, tu ne veux pas essayer d'aider un peu par en-dessous ?

- Dixit la fille assise sur son sac ? Attends, je vais essayer quelque chose.

J'éclatai de rire lorsque que deux bras fantomatiques sortirent du sol comme un zombie de série B, projetant deux mottes de terre qu'Aïlin et Sybile esquivèrent d'un même mouvement. Mon amie sortit du sol avec un air blasé.

- Je ne peux rien faire de plus. Le bois s'est complètement désagrégé. C'est même étonnant que le sol ne se soit pas affaissé.

Finalement ma mère se releva, frottant ses mains dans une vaine tentative de les nettoyer.

- C'est bon nous pouvons rentrer. J'espère que le temps n'a pas fait d'autre dommage. Le reste du tunnel est en pierre, normalement il devrait être intact. Viens, Nathalia, approche. William, inutile de garder l'entrée, accompagne-nous, je t'en prie.

Je cherchai mon gardien du regard mais il s'était dissimulé dans l'obscurité dès que nous avions quitté la voiture, fidèle à son habitude. Lucie comprit mon intention et fila se placer au-dessus de lui avec un sourire, me confirmant mon hypothèse. William n'était jamais très loin. Ma mère descendit la première, disparaissant d'un bond sous la surface du sol. Lorsque je m'approchai, je découvris un trou assez profond pour s'y déplacer debout et au fond duquel on devinait un dallage de pierres. Sybile m'aida à descendre tandis que ma mère me réceptionnait. Le tunnel était large d'au moins un mètre cinquante et s'enfonçait dans le noir. Je sortis mon téléphone pour éclairer devant moi pendant que Sybile et William nous rejoignaient. Ma mère ouvrait la marche, ne semblant ressentir aucune difficulté à se déplacer malgré l'obscurité ambiante.

- Ce passage mène jusqu'à la crypte du château. C'était à la fois ma sortie de secours et le passage qui me permettait d'aller chasser sans inquiéter mes gens ou faire entrer des connaissances au physique particulier.

Le souterrain de pierre était resté étonnamment intact. Les épaisses pierres qui le composaient avaient bien résisté au temps et seules les nombreuses toiles d'araignées et la mousse verdâtre qui en recouvrait les parois, prouvaient qu'il n'avait pas été entretenu depuis des siècles. D'ailleurs, le sol était assez glissant et Sybile me rattrapa plusieurs fois alors que j'avais failli tomber. Le trajet me sembla interminable et se divisait parfois, sans doute pour décourager les intrus potentiels. Ma mère nous guidait sans hésiter, et nous arrivâmes finalement face à une porte en bois massif qui s'ouvrit cette fois sans se désagréger bien qu'avec difficulté.

Nous pénétrâmes dans une salle bien plus grande, bien qu'il fût difficile d'en estimer la taille exacte car elle ne possédait pas la moindre ouverture sur l'extérieur et sans mon téléphone, nous aurions été plongés dans le noir le plus total. Ma mère sortit un briquet pour allumer une torche accrochée au mur et je pensais que le bois serait trop humide, mais la salle devait être suffisamment isolée car elle parvint à y mettre le feu sans trop de difficulté. Aidée de Sybile, elle alluma plusieurs torches de sorte que je pus bientôt y voir comme dans une salle éclairée par l'électricité. La crypte possédait encore quelques meubles intacts, notamment une grande table en bois et deux bancs massifs. Il y avait aussi un grand coffre gravé et une armoire d'Aubazine, sans doute préservés des insectes par la profondeur où nous nous trouvions et l'absence d'ouverture vers l'extérieur. Un archéologue s'en serait pâmé de ravissement ! Je suivis ma mère, les yeux grands ouverts, vers une autre pièce qui avait dû servir de chambre par le passé. Il s'y trouvait un sarcophage de pierre et un dressoir pour y ranger des vêtements mais aussi ce qui avait dû être un tapis par le passé, mais qui lui n'avait pas aussi bien survécu aux affres du temps.

Pour ma part, j'étais fasciné par ce que je voyais. Dans une autre pièce il y avait un lit, sans doute destiné aux invités, une petite console en bois, plus loin au sol les restes d'une tapisserie. C'était un authentique musée rien que pour moi. Je jetai un œil à mon téléphone portable. Je ne captais plus le réseau mais je pouvais au moins y lire l'heure : 3h46 du matin. J'espérai que ma mère n'avait pas prévu de passer la journée ici. C'était certes émouvant, mais il y faisait froid, tout était recouvert d'une épaisse couche de poussière et surtout il n'y avait aucune commodité. Je retournai dans la pièce principale où ma mère se tenait, manifestement perdue dans ses pensées. Mais alors que je m'avançais vers elle, je m'aperçus qu'elle tenait un livre entre les mains. Le volume semblait assez épais et j'en compris bientôt la raison : les pages n'étaient pas de simples feuilles de papier mais des carrés de parchemins cousus ensembles. Elles semblaient totalement rigides et craquaient lorsque ma mère tournait les pages. Je me penchai contre son épaule pour essayer de lire, mais bien que la graphie me soit familière, la langue dans laquelle ces lignes étaient écrites m'était totalement inconnue.

- Ça raconte quoi ?

- Rien de très intéressant. Ce n'est pas vraiment un journal. Je tenais les comptes de ma demeure, qui avait été invité, combien avait été dépensé, ce dont avaient besoin mes servants. C'était plutôt un pense-bête. Gérer autant d'humains sans trahir ma nature était un métier de chaque nuit. Et ils sont tous morts par ma faute, alors qu'ils comptaient sur moi. Après l'attaque, je me suis plongée en torpeur en espérant que le temps soulagerait ma peine. Quand je me suis réveillée, près d'un siècle s'était écoulé. C'est à ce moment que j'ai pris la décision de quitter l'Irlande pour commencer une toute nouvelle existence sur le continent. Ce soir, c'est la première fois que je reviens ici. J'ai voyagé dans une bonne partie de l'Europe avant de m'installer en France. J'ai fait la connaissance de Sybile au milieu du XVIe siècle, en Italie. Et j'ai rencontré William en Autriche en 1744 si mes souvenirs sont exacts. Ce sont tous deux mes amis les plus précieux.

Elle s'était retournée en disant cela et tous deux avaient souris, Sybile en effectuant une petite courbette tandis que William répondait d'un signe de tête. Je retournai à l'observation du carnet qui me fascinait déjà, tournant les pages avec délicatesse.

- Est-ce que je pourrais… ramener ce carnet à la maison ? Si ça ne te dérange pas…

Ma mère haussa les épaules.

- Cet endroit ne m'inspire plus rien. Je suis contente d'être venue ici avec toi. Mais ces souvenirs ne m'évoquent plus que de la poussière et quelques larmes. Slán mo thír féin. Bhí dúil mhór agam daoibh agus d'fháil mé ar do shon.*

J'ouvris la bouche sous le coup de l'étonnement.

- C'est de l'irlandais ?

- Tel qu'on le parlait à l'époque. J'imagine que la langue doit avoir évolué. Et je ne connais pas les mots pour désigner tous ces objets qui n'existaient pas à l'époque...

- Mais tu te souviens encore comme le parler, n'est-ce pas ? Je veux dire… Tu pourrais me l'apprendre ?

Elle éclata de rire et caressa mes cheveux.

- Si tu veux Nathalia. Je vais y réfléchir. Pour l'instant il est temps de rentrer. Tu dois être fatiguée.

Je baillai sans pouvoir me retenir et hochai la tête. Nous avions beaucoup marché et il restait encore tout le chemin inverse à parcourir. Les coffres et armoires ne recelant plus rien d'intéressant, j'enroulai le vieux registre dans un pan de tapisserie pour le protéger de l'humidité extérieure et le calai du mieux que je pus dans mon sac. Le trajet du retour me sembla interminable. Le vent fort et l'humidité de l'air me glaçaient jusqu'aux os et je rêvais d'un chocolat chaud. Arrivés à la voiture, je tombais littéralement de fatigue, heureusement Sybile était parvenue à trouver un refuge tout proche, le Ballynahinch Castle Hotel, à un peu moins d'une heure de route. Lorsque nous arrivâmes, il restait encore une bonne heure avant le lever du soleil mais j'étais tellement épuisée que je n'avais même plus le courage d'aller manger. Ma mère me fit livrer une tasse de thé et un paquet de biscuits directement dans la chambre pour me forcer à ingurgiter quelque chose et j'eus juste assez d'énergie pour faire ma toilette avant de sombrer dans le sommeil.

Lorsque je me réveillai des heures plus tard, je me sentis extrêmement bien. Ma mère avait glissé une bouillotte pour réchauffer mes pieds sous la couette et m'avait enroulé dans un plaid pour isoler mon corps de sa propre froideur. Elle n'en demeurait pas moins à mes côtés, ses bras serrés autour de moi dans cette attitude à la fois protectrice et possessive. Je profitai encore un peu de cette sensation avant de me lever, poussée par la faim. Je m'étais couchée sans dîner la veille et j'avais hâte de soulager mon estomac gémissant. Je m'habillai rapidement, laissai un mot sur la table de nuit et quittai la pièce en demandant à Lucie de fermer la porte à clé derrière moi. L'hôtel était assez classe et je commandai un déjeuner/goûter digne d'une veillée de Noël : lait au miel et une montagne de pain perdu à la cannelle, un régal ! D'autant que, de ce que je savais, nous n'allions guère avoir le temps de faire des pauses durant la nuit à venir… Il était déjà temps de rentrer en France et ma mère avait prévu de faire le trajet d'une traite pour être de retour à la maison avant le lever du soleil. Lorsque je regagnai la chambre, le soleil était couché depuis à peine plus d'une heure.

- Lucie tu peux m'ouvrir la porte s'il te plait ?

Mon amie fantomatique traversa le panneau de bois et l'instant d'après, le cliquetis caractéristique m'informa que je pouvais entrer.

- Il y un vampire très moche que je ne connais pas qui discute avec ta mère, vous appelez ça un Nosferatu, je crois…

Effectivement, lorsque je pénétrai dans la pièce, ma mère semblait en pleine conversation avec quelqu'un, mais bien évidemment, il n'y avait nulle trace de son interlocuteur. Je supposai qu'il avait dû se rendre invisible en entendant la porte s'ouvrir. Ma mère me sourit et me fit signe d'approcher, reprenant sa conversation comme si de rien n'était en irlandais. Finalement, celui qui était bien un Nosferatu, réapparu et je le saluai en m'inclinant légèrement. Il m'accorda un regard interloqué avant de répondre quelque chose à ma mère. Elle fit la moue avant de tourner son regard vers moi.

- Nathalia, comme je m'en doutais nous allons devoir prendre le temps nécessaire pour suivre le protocole de la Camarilla. Le Prince de Connacht souhaiterait me rencontrer. Ce n'est pas bien grave, rassure toi. Son Elysium se trouve à Galway donc ça ne change pas nos plans.

Le messager disparut avant de quitter la pièce, faisant retomber quelque peu la pression. J'espérais simplement que le Prince irlandais serait moins détestable que son homologue havrais... Dans la voiture, ma mère semblait fidèle à son habitude, bien que je ne parvienne pas toujours à saisir son état d'esprit. Mais Sybile et son instinct prodigieux était en revanche un bon indicateur. Si elle disait qu'il n'y avait pas de raison de s'en faire, j'avais une foi inébranlable en ses prédictions.

Lorsque nous arrivâmes à Galway, une voiture aux vitres teintées nous attendait à l'entrée de la ville pour nous conduire jusqu'à l'Elysium. C'était une sorte de boîte de nuit, mais l'entrée arrière était destinée aux membres de la famille et le dernier étage était réservé au Prince et sa suite. Ma mère m'avait prévenu que le Prince O'Herlihy était un ancien Gangrel et, de ce fait, pouvait présenter certaines caractéristiques animales. L'homme avait tout d'un vieux guerrier celte : Des cheveux mi-longs, châtains clairs coiffés en tresses, une barbe drue, une veste et un pantalon de cuir noir. Mais le plus remarquable était sans doute les griffes brunes qui avaient remplacées ses ongles et la couleur jaune de ses iris. Il était nonchalamment assit sur une sorte de trône et nous fixait avec un air neutre. Le Nosferatu qui était venu nous voir à l'hôtel se tenait à ses côtés.

Ma mère me fit signe de l'attendre à l'entrée mais comme il fallait s'attendre, ma présence ne passa pas inaperçue. Je vis ma mère et Sybile s'incliner de concert tandis que Lucie m'avait avertie de la présence de William invisible à mes côtés. J'étais impressionnée que mon gardien ait suffisamment confiance en ses capacités d'occultation pour se permettre un tel manque de respect face à un Prince, mais ma mère le rappela à l'ordre, l'obligeant à sortir de l'ombre pour venir s'incliner à son tour. Ma mère discuta un long moment en irlandais avec le Prince avant de me faire signe d'approcher. Je m'exécutai et vins m'incliner avec le respect dû à l'homme devant moi, remerciant mentalement Steren pour ses cours sur l'étiquette de la Camarilla. Lorsque je relevai les yeux, son sourire me donna la chair de poule.

- Tu parles anglais jeune humaine ?

Je hochai la tête. Il désigna ma mère du menton.

- Alors cette vampire t'as adopté ? Les Malkaviens ne cesseront jamais de m'étonner. Mais que votre prince français ait accepté cette hérésie est encore plus étrange. Cela dit, je n'ai présentement pas de raison de statuer sur ton existence. Cette ancienne t'a bien élevé, tu connais les règles de la Mascarade et c'est tout ce que je demande.

Il se tourna de nouveau vers ma mère, reprenant en irlandais tandis que je reculais d'un pas. Finalement au bout d'un moment assez long le Prince nous donna congé.

- Il nous offre l'hospitalité dans son domaine et nous a réservé un refuge pour la journée. Il serait impoli de refuser.

Je me retins de dire tout haut ce que je pensais de ces règles de bienséances un peu absurdes et suivis ma mère jusqu'au bâtiment principal qui servait de terrain de chasse. À l'abri des regards indiscrets, une vaste pièce servait aux réunions des membres de la famille et quelques vampires y discutaient à voix basse. Bien évidemment mon arrivée ne manqua pas d'attirer quelques regards curieux mais je tâchai de les ignorer pour aller m'installer dans un coin. La nuit ne promettait pas d'être passionnante, car ma mère m'avait interdit d'aller au milieu des autres humains, par peur que je sois prise pour cible par un vampire peu regardant. Je me retrouvais donc avec Lucie et mon invisible et mutique gardien pour seule compagnie. Je retirai le large ruban qui recouvrait ma gorge, dévoilant la morsure encore parfaitement visible bien que totalement cicatrisée. Par soucis pour la Mascarade, je ne pouvais l'exhiber que parmi les vampires et j'en étais toujours un peu frustrée, même si j'en comprenais parfaitement la raison. Lucie flânait autour de moi, passant à travers les murs sans aucun scrupule, commentant à haute voix tout ce qui s'offrait à son regard. Et manifestement, certaines pièces attenantes offraient des lits aux vampires qui souhaitaient plus que le sang de leur victime…

Alors qu'elle commençait à se lasser, je sortis un jeu de cartes.

- Bataille ?

Mon fantôme de compagnie s'installa sur une chaise face à moi, attrapant les cartes entre ses doigts translucides. Les tenir cachées dans sa main lui avait demandé un certain entraînement et nous avait valu quelques fous rires, mais elle y arrivait désormais parfaitement. Bien évidemment, jouer à deux n'était pas des plus passionnants et je comptais sur la curiosité des vampires adjacents pour passer à autre chose. Mon plan fonctionna parfaitement car quelques minutes plus tard, le Nosferatu qui secondait le prince s'approcha de nous.

- Hey, miss…

- Nathalia. Shérif ?

Il sourit, dévoilant une dentition digne d'un crocodile.

- Je vois que tu connais notre organisation. Votre Prince français doit être particulièrement indulgent pour laisser quelqu'un comme toi exister.

Je fis la moue et haussai les épaules.

- Ma mère m'a appris ce que je dois savoir. Quant au Prince de notre région, c'est un Ventrue et tout le monde sait qu'ils ne donnent rien gratuitement. Ma mère fait partie du conseil des primogènes alors il a dû y voir une très bonne manière de la tenir docile. Elle sait que si elle ou moi ne suivons pas les ordres du Prince…

Je mimai une décapitation et le Nosferatu ricana.

- Au moins, tu es réaliste. Ça te dit une partie de poker ? Ton garde du corps peut participer. Ainsi nous pourrons continuer à discuter…

Il avait regardé Lucie en disant ça et pointait du pouce deux vampires assis autour d'une table derrière lui. Je ramassai les cartes avec un sourire.

- Lucie n'est pas mon garde du corps, c'est mon fantôme de compagnie.

Mon amie éclata de rire sous l'appellation et se manifesta aux yeux du vampire qui recula d'un pas, manifestement stupéfait. Je me retins d'éclater de rire à mon tour.

- Et bien si je m'attendais à ça !

- On n'a pas beaucoup l'occasion de se faire des amis quand on a 17 ans et qu'on doit respecter la Mascarade… Alors ma mère m'autorise à la garder à mes côtés. Mais rassurez-vous, un méchant Tremere l'a menacé de la bannir si elle faisait des bêtises, et il a été très convaincant.

Lucie croisa les bras avec un faux air boudeur, marmonnant une réponse que moi seule pouvais entendre.

- Pff. Comme si j'avais besoin de ça. Je sais me tenir, merci !

Le Nosferatu, dont j'ignorais toujours le nom, me présenta une chaise et j'inclinai la tête pour saluer les deux vampires face à moi.

- Bonsoir. Nathalia. Et le fantôme derrière moi c'est Lucie.

L'homme à ma droite semblait assez décontracté, veste et pantalon en jean, t-shirt noir, d'apparence la trentaine. J'aurais parié sur un représentant du clan Brujah. Il commença à distribuer les jetons.

- Morgan. Bienvenue à notre table, nous jouerons au Texas Hold'em.

Face à moi se tenait une femme en robe moulante, cheveux courts, soigneusement maquillée. Si de nombreuses femmes s'habillaient ainsi parmi les vampires pour séduire leurs victimes, j'imaginai mal une Ventrue ou une Tremere passer la moitié de la nuit à jouer au poker, donc il s'agissait plus probablement d'une Toreador ou d'une Malkavienne.

- Liv. Alors comme ça tu es avec cette ancienne Malkavienne qui traîne en ville ?

- Exact. Aïlin Conemara, ma mère adoptive. Elle voulait me montrer sa région d'origine. Nous habitons en France.

Le Nosferatu reprit la parole, commençant à distribuer les cartes.

- Tu peux m'appeler Georg. Tu parles mieux anglais que la plupart des touristes que j'ai bouffé.

- Merci. Ma mère a fait en sorte que je puisse continuer à étudier.

Je glissai face à moi la mise de départ et jetai un coup d'œil à mes deux cartes. Un neuf et un valet. C'était jouable. La partie se déroula tranquillement, mais après plusieurs jeux, je suspectai la vampire face à moi d'utiliser l'Augure pour lire mon aura car elle se couchait dès que j'avais une main intéressante. Malheureusement pour elle, j'avais une arme secrète à ma disposition en la personne de Lucie. Ma camarade avait pris l'habitude de me seconder face aux membres du clan et nous avions mis au point un système bien rodé. Elle lisait mes cartes et me disait soit de relancer, soit d'égaliser, soit de me coucher, sans m'informer de leur valeur. Je soupçonnais parfois Lucie d'aller jeter un œil aux cartes de mes adversaires mais si c'était le cas, elle ne m'en disait rien. Bien entendu, je savais faire en sorte que mon jeu reste naturel pour ne pas éveiller les soupçons. Morgan avait perdu l'intégralité de ses jetons mais continuait de commenter notre partie tandis que Liv, Georg et moi avions des tas sensiblement similaires.

- Bien, c'est l'heure de doubler les mises. Alors dis-moi gamine, ça fait longtemps que tu as abandonné le monde des humains ? Qu'est-ce que ça fait de vivre au milieu des monstres ?

- Un peu plus de deux ans. Et comme je peux voir les esprits depuis ma naissance, on va dire que je suis un peu habituée…

Je commençai à trouver l'absence de ma mère un peu longue. Je sentais bien que Georg était très curieux sur les modalités de mon adoption par Aïlin, tant mon existence lui paraissait être une hérésie pour la Mascarade, mais je n'étais spécialement désireuse de m'étendre sur ma situation. Il me posa encore quelques questions auxquelles je répondis plus ou moins vaguement. Heureusement, quelques minutes plus tard, Sybile arriva pour venir me chercher.

- Princesse. Votre mère vous réclame.

Je me levai immédiatement, poussai ma pile de jetons au milieu de la table et posai mes cartes avant de m'incliner.

- Je vous prie de m'excuser, je dois vous quitter. Je vous remercie pour votre accueil.

Les trois vampires me saluèrent tandis que Sybile m'entraînait à sa suite. J'avais hâte de pouvoir prendre un peu l'air. Plus de quatre heures s'étaient écoulées depuis notre arrivée et si le jour ne se levait pas avant plus d'une heure, j'avais envie de me détendre sans me préoccuper des apparences. Juguler les témoins les plus visibles de mon humanité me permettait de mieux m'intégrer parmi les vampires mais requerrait une concentration de chaque instant. Ces choses aussi insignifiantes que bailler, renifler ou tousser attiraient immanquablement l'attention des vampires autour de moi et c'était justement ce que je voulais éviter autant que possible. J'étais donc assez fatiguée et rejoignis la voiture avec un certain soulagement. Ma mère m'y attendait déjà.

- Je suis désolé, ma chérie. J'ai retrouvé une vieille connaissance et je n'ai pas vu le temps passer. Tu as été admirable, comme toujours.

La Prince avait donné l'adresse du refuge à ma mère et William nous y conduisit rapidement, profitant que les rues soient désertes à cette heure de la nuit. Il s'agissait d'un appartement au dernier étage d'un immeuble assez chic. Toutes ses fenêtres avaient été soigneusement colmatées pour ne laisser passer aucune lumière et le frigo contenait plusieurs poches de sang. Malheureusement pour moi, il n'y avait pas la moindre nourriture humaine. Je soupirai. Je n'avais pas vraiment le courage d'aller à la recherche d'un épicier à cette heure. Je me laissai tomber sur le canapé et ma mère m'attira jusqu'à elle.

- Ma pauvre chérie, je ne me suis pas préoccupé de toi. Tu n'as pas trop faim ? Si seulement je pouvais te donner mon sang…

Je me laissai bercer par les effluves de séduction qui émanaient de son être. Nul doute que si elle m'avait proposé d'en boire, je n'aurais pas hésité à sacrifier ma santé mentale. Son contact et son affection surnaturels me plongeaient dans un état de félicité béate. Je me sentis doucement glisser dans le sommeil et ne cherchai pas y résister. De toute façon j'étais en sécurité et je savais qu'elle resterait à mes côtés jusqu'à la tombée de la nuit prochaine.

Lorsque je me réveillai, de longues heures après, je crus d'abord n'avoir somnolé qu'une trentaine de minutes. J'étais dans les bras de quelqu'un, enroulée dans un plaid. L'instant d'après, je compris que j'avais en réalité dormi bien plus longtemps que d'habitude. J'étais dans les bras de William et ma mère était en train de discuter avec le Prince à environ un mètre devant nous. Manifestement il avait décidé de la saluer une dernière fois avant que nous montions dans l'avion. Elle se tourna vers moi et William me déposa à terre.

- Nathalia. Le Prince Adhamhan s'inquiète que tu puisses un jour t'enfuir et représenter un danger pour la Mascarade. Apparemment son shérif lui a dit que tu semblais en pleine possession de tes moyens.

Je haussai les épaules.

- Nous avons simplement joué une partie de poker en discutant. Mais je trouvais aussi qu'il était bien curieux…

Je m'approchai d'un pas et saluai le prince d'une courbette en continuant en anglais.

- Prince O'Herlihy. Je peux vous assurer que j'attends avec impatience la nuit où je serais enfin liée par le sang à ma mère. S'il peut paraître étonnant qu'une adolescente recherche la damnation vampirique en pleine connaissance de ses conséquences, sachez simplement que je n'attends déjà plus rien de l'humanité et qu'une vie au soleil parmi mes pairs et loin de me faire rêver.

- Bien. Vous semblez toutes deux sincères. J'espère qu'avec une telle détermination, tu feras une digne représentante de la Camarilla. Je vous laisse quitter mon territoire. Aïlin…

Il continua en irlandais avant de nous abandonner. Notre avion était prêt à partir et nous décollâmes immédiatement. J'aurais aimé pouvoir observer le paysage au décollage, malheureusement et bien évidemment, la cabine n'avait pas un seul hublot. Le vol fut assez rapide et nous atterrîmes sans encombre près de deux heures plus tard. Si le voyage avait été agréable et enrichissant, j'étais heureuse de retrouver le confort de ma chambre et les repas préparés par Catherina. Et même si la fin de mes vacances était toujours marquée par ma punition, j'avais suffisamment de travail pour m'occuper…


Fin du chapitre 13

* Ce qui, d'après Google trad veut dire "Au revoir mon pays. Je t'ai aimé et j'ai pleuré pour toi." ^^
Alors, que pensez-vous de l'histoire d'Aïlin ?