Chapitre 23

Le lendemain matin, je pris un solide petit déjeuner. J'étais parvenue à me rendormir une trentaine de minutes avant la sonnerie de mon réveil et j'allais avoir besoin de glucides pour tenir toute la journée. J'envisageais même d'aller m'acheter quelques canettes de boisson énergétique à la supérette du coin lors de ma pause de midi. Le matin, j'avais Espagnol, matière pour laquelle je n'avais pas besoin de me concentrer pour suivre. Mais l'après-midi j'avais Physique-Chimie, une discipline qui nécessitait toute mon attention. Je ne pouvais cependant m'empêcher de penser à Evguenia et au rôle que j'allais devoir tenir dès le soir. J'avais une confiance aveugle dans les intuitions surnaturelles de Sybile et je savais que je ne risquerai rien. Les seules choses que je redoutais réellement étaient les réactions des Giovanni et ma capacité à les convaincre de relâcher mon amie.

Kevin remarqua bien mon inattention et le soir venu, je pus sentir son observation insistante pendant tout le repas, particulièrement après que je lui eus dit que je comptais me coucher tôt et que je ne travaillerai pas avec lui ce soir-là.

De fait, j'étais assez impatiente. J'avais retiré mon uniforme dès 21h et avais préparé des affaires adaptées à ma sortie. Désormais, il allait falloir que j'atteigne le rez-de-chaussée pour 22h sans me faire repérer ni par les élèves, ni par les surveillants. Vêtue d'un simple jean, basket et sweat à capuche, je me faufilai dans les couloirs un peu avant l'heure prévue, comptant sur Lucie pour esquiver tout ce qui pouvait menacer mon projet. Je dus ainsi passer quelques minutes, cachée sous les escaliers pour éviter des élèves qui remontaient de la salle d'étude puis passer par une fenêtre du rez-de-chaussée pour enfin accéder à l'extérieur. Mais ce n'était pas encore gagné. Je devais esquiver soigneusement les caméras de sécurité et attendre le long du mur du réfectoire jusqu'à ce que j'entende la voiture de William se garer dans la rue et que Lucie me confirme leur présence. J'utilisai alors les conteneurs à ordure pour escalader le mur et me laissai tomber de l'autre côté avec souplesse.

William était déjà sorti de la voiture et tenait la porte ouverte avec une légère inclinaison de bassin. Quant à Sybile, elle se tenait devant moi, et me serra dans ses bras dès que je fus à sa portée. Cela faisait plusieurs mois que je n'avais vu aucun des membres du clan Malkavien et je me rendis compte combien leur affection m'avait manqué. Je me sentais privilégiée et choyée, moi la petite humaine au milieu de vampires. Nous nous engouffrâmes dans la voiture et William nous conduisit jusqu'au refuge. À peine arrivés, Sybile me tira jusqu'à ma chambre où une tenue m'attendait déjà, posée sur le lit.

- Vous allez rencontrer ce soir un vampire du nom d'Adriano Giovanni, c'est lui qui chapote les affaires du clan dans la région et il est essentiel qu'il vous prenne au sérieux. William et moi-même resterons à vos côtés, quoi qu'il arrive. Mais c'est à vous que revient la mission de les convaincre. Les Giovanni préféreraient s'arracher la langue que de demander un service à quelqu'un. Mais ça serait bien un comble s'ils n'avaient pas un problème de fantôme dans une de leurs caves.

- J'imagine bien oui, l'un d'entre eux avait déjà manifesté son intérêt pour moi, lors de la dernière sauterie organisée par le Prince. Theodore Giovanni. Il a beau avoir le don, il n'en est pas moins incapable de comprendre les esprits. Qu'est-ce qu'Evguenia a fait au juste ?

- Elle s'est invitée à l'une de leurs fêtes de famille et s'est mise à fouiller. Les Giovanni ont sans doute plus de squelettes dans leurs placards que n'importe qui et ils les gardent jalousement tout en s'appliquant à déterrer ceux des autres. Reste à espérer que notre amie n'aura rien découvert de compromettant, sinon ils ne la laisseront jamais partir. Mais le fait qu'ils acceptent de nous rencontrer ce soir me laisse à penser le contraire.

Je pris une douche et m'habillai des vêtements laissés par Sybile. Il s'agissait de l'une des robes de ma mère, accompagné d'un corset de satin noir et de chaussures à talons. Sybile me coiffa et me maquilla de telle sorte qu'un témoin ignorant m'aurait donné au moins 5 ans de plus. J'avais l'impression de participer à une scène de théâtre improvisée et Lucie ne m'aidait pas à canaliser mon stress. Heureusement, dès que nous montâmes en voiture, Sybile me tint contre elle, allongée sur la banquette arrière, ma tête sur ses genoux, tout en caressant mes cheveux. J'eus l'impression de planer doucement tout le long du trajet mais lorsque nous arrivâmes à la demeure des Giovanni, j'étais rechargée à bloc. L'heure était au spectacle. Lorsque William ouvrit la porte de la voiture, je découvris un manoir de ville, assez ostentatoire. Nous étions dans une cour pavée, entourée de hauts murs. La façade devant moi était en pierre agrémentée de colombages en bois sombre à l'image de ces grandes maisons normandes et on pouvait apercevoir un immense jardin sur les côtés. Une goule se tenait à l'entrée et nous regarda tour à tour. Sybile avait ordonné à William de rester visible et cet état ne plaisait guère à mon garde du corps qui préférait l'effet de surprise. Cependant, en l'absence de ma mère, c'était Sybile qui commandait et William faisait comme moi confiance à son instinct surnaturel.

La goule Giovanni nous conduisit à travers plusieurs couloirs jusqu'à un immense bureau derrière lequel était assis un vampire au visage impassible. Theodore Giovanni se tenait debout à sa gauche et je m'inclinai devant les deux vampires, immédiatement imitée par mes deux accompagnateurs.

- Messieurs, je vous remercie humblement d'avoir accepté de me rencontrer. Monseigneur Adriano Giovanni, je n'ai pas encore eu l'honneur de vous rencontrer. Je suis Nathalia Conemara, future infante de la primogène Malkavienne Aïlin Conemara.

Le vampire assit leva deux doigts et Theodore Giovanni reprit la parole.

- Une vulgaire humaine telle que vous est indigne de vous adresser à notre père. Je serais votre unique interlocuteur. Estimez-vous déjà heureuse que nous ayons daigné vous accorder un entretien. L'un des vôtres s'est infiltré sur notre domaine et nous l'aurions sans doute tué sans sommation si nous n'avions reçu cette intrigante proposition. Habituellement, les membres des autres clans se soucient assez peu les uns des autres. Qu'auriez-vous à proposer qui puisse nous dédommager du préjudice reçu ?

- Et bien… La dernière fois, vous avez semblé intrigué par la présence de mon amie fantomatique et m'avez demandé quel était mon secret pour contrôler cet esprit…

- Et vous avez prétendu n'avoir aucun secret à me révéler. Affirmeriez-vous le contraire cette nuit ?

- Non. Ce n'est ni un rituel quelconque ni une sorcellerie d'aucune sorte. Disons plutôt une compétence. Et c'est justement le genre de compétence que me permet de proposer mes services comme monnaie d'échange. Si nous sommes effectivement quelques-uns à percevoir les esprits, se faire obéir et respecter d'eux sans utiliser d'art sombre n'est pas donné à tout le monde.

- Il serait tellement plus simple de la uccidere et de faire obéir son cadavere… Si seulement cela ne risquait pas de causer un incidente diplomatico ennuyeux.

Theodore venait de s'adresser en italien au vieux vampire à ses côtés et si j'avais globalement compris sa phrase, je me gardais bien de manifester quoi que ce soit.

- Nous ne pouvons pas nous permettre de la supprimer ce soir. Elle appartient à un anziano et cela pourrait compromettere certains de nos arrangements avec la Camarilla. En attendant, j'aimerais savoir si elle peut prouver ce qu'elle avance. Peut-être pourrait-on l'impiegare de manière utile en échange de cette ficcanaso que nous avons surprise la nuit dernière.

C'était le patriarche qui avait répondu et j'hésitai à leur répondre en italien pour les prendre par surprise ou à garder cet atout dans ma manche pour plus tard. Je n'eus cependant pas le temps de choisir que Theodore reprit la parole.

- L'esprit qui vous suivait la dernière fois, je reconnais qu'il était plus paisible que tous ceux que j'avais rencontré par le passé. Mais de là à prétendre qu'il vous obéit…

Je réprimai mon sourire. Les Giovannis réagissaient exactement tel que Sybile l'avait prédit. Je fis mine de regarder autour de moi avant de m'éclaircir la gorge.

- Lucie ! Apparaît de manière à ce que tous les vampires de cette pièce puissent te voir. Maintenant.

J'avais eu un certain mal à convaincre mon amie de jouer la comédie, cependant elle m'avait promis de m'obéir et elle apparut immédiatement après, juste à côté de moi. Je savais qu'elle était pétrie d'angoisse, autant par l'aura des lieux que par les deux vampires inconnus face à elle. Mais son amitié pour moi était plus forte.

- Nathalia. Ne m'oblige pas à rester ici s'il te plait, il y a une mauvaise ambiance. Ces vampires jouent avec les esprits des morts.

Mon amie fantomatique ne simulait pas, elle était véritablement terrifiée. Sans doute pouvait-elle voir des choses qui étaient invisibles à mes yeux. Je pouvais sentir son ectoplasme désincarné tout contre moi et c'était comme passer sous une cascade d'eau glacée. Je frissonnai et réprimai une grimace.

- Malheureusement Lucie, l'une de mes amies est retenue ici, nous allons donc devoir rester encore un peu, le temps que ces messieurs nous disent enfin ce qu'ils attendent de moi… Messire Theodore, vous pouvez tuer la Malkavienne et laver votre honneur dans le sang d'une Démente dont personne ne se soucie à part moi. Mais vous pouvez aussi utiliser mon talent particulier de manière utile, et dans ce cas, les deux parties y gagneront.

Mes paroles étaient osées, il fallait bien le reconnaître. Il ne devait pas y avoir beaucoup de mortels à devoir parler aussi effrontément à ce Giovanni en pleine connaissance de cause. Mais Sybile m'avait expliqué que c'était la meilleure attitude à avoir pour qu'ils me prennent au sérieux. Theodore Giovanni pinça les lèvres et je m'amusai de son expressivité si différente de Steren, qui restait imperturbable en toute situation. Il se tourna vers le Pater Familia et se remit à lui parler italien.

- Pater, nous pourrions utiliser ses compétences pour recuperare la chambre de rituale. Ce spettro doit être esorcizzato.

- Je refuse de lasciare d'autres vampiri aller plus loin dans notre dimora. Mais cela pourrait être une manière de tester cette étrangère qui afferma le controllarli.

L'italien était vraiment une langue transparente, tant soit peu qu'on s'y connaisse un minimum, et je n'avais aucune difficulté à deviner le sens de certains mots comme rituale, esorcizzato et vampiri même si je ne les avais jamais rencontrés. J'avais compris le principal, en l'occurrence que j'avais attisé la curiosité d'Adriano Giovanni.

- Très bien. Notre père accepte de vous laisser essayer. Si vous parvenez à faire partir l'esprit, alors la Malkavienne vous sera rendue. Il est cependant hors de question que vos… accompagnateurs pénètrent dans cette salle, ils devront vous attendre à l'extérieur.

- Et bien s'il n'y a rien de plus dangereux qu'un fantôme dans cette pièce, je devrais m'en sortir sans problème.

J'avais pensé à prendre avec moi la fameuse boîte donnée par Steren et qui me permettrait d'enfermer momentanément l'esprit le temps qu'ils libèrent Evguenia. Jusqu'à maintenant, tout se déroulait exactement tel que Sybile l'avait prévu. Ne me restait plus qu'à découvrir la nature de l'esprit et ce qui le raccrochait à ce lieu… Theodore Giovanni nous conduisit à travers un dédale de couloirs avant de s'arrêter devant une double porte lourdement scellée. Il ne semblait pas être à son aise en compagnie de mes deux gardiens et son visage était grimaçant lorsqu'il se tourna vers nous.

- C'est ici. Cette pièce est hermétiquement fermée et sa seule issue se trouve devant vous. Nous avons dû créer un sas de sécurité car l'esprit cherchait à attaquer tous les vampires à sa portée. Nous avons déjà essayé de le chasser mais il y a… un catene... quelque chose qui le retient ici et il se montre totalement sourd à mes tentatives pour communiquer.

- Cela ne m'étonne pas vraiment. Je vais essayer de m'en occuper. Lucie, je compte sur toi pour me protéger de ses attaques.

Mon amie fantomatique hocha la tête et le Giovanni commença à dénouer les scellés qui maintenaient la double porte close. Nous pénétrâmes dans un minuscule couloir qui donnait directement sur une porte lourdement cadenassée. Theodore Giovanni sortit une clé de sa poche et me la remit avant de s'apprêter à ressortir.

- Vous avez trois heures pour faire votre travail, jeune médium. Vous n'aurez qu'une seule occasion de sauver la Malkavienne, ne l'oubliez pas.

Je souris.

- Je vous remercie, j'espère bien ne pas avoir besoin d'autant de temps. Je vous en prie, fermez-donc la porte sans attendre, que je puisse découvrir à qui j'ai affaire.

J'avais essayé de masquer mon impatience et mon mépris pour ce nécromancien raté, mais je n'avais pas été très discrète. Il serra les poings et son visage se déforma d'une moue sévère.

- Insolente, méfiez-vous de vos paroles, humaine. Piccola merdoso, viendra une nuit où tu n'auras plus tes guardie del corpo pour te proteggerti.

J'avais parfaitement compris sa menace malgré mon vocabulaire encore lacunaire. Je haussai les épaules et insérai la clé dans la serrure, ce qui le fit immédiatement battre en retraite.

- Si tu veux mon avis, Lucie, si ce gars déteste autant les esprits, c'est qu'il en est terrifié. On ne hait que ce par quoi on se sent menacé. C'est un comble pour un nécromancien. Allons-y, découvrons ce qui ennuie autant tout une famille de vampires…

J'ouvris prudemment la porte et la première chose qui me "sauta au visage" fut l'odeur épouvantable qui y régnait : Un mélange d'alcool et de putréfaction. Je suffoquai presque mais repoussai néanmoins le battant pour observer la pièce. La salle était plongée dans la pénombre mais je parvins grâce à la lumière du couloir à apercevoir une multitude de bocaux brisés, des livres déchiquetés et même ce qui ressemblait fortement à des bouts de corps en décomposition. L'esprit avait manifestement ravagé la pièce dans sa colère. Je m'avançai prudemment et allumai la lampe torche de mon téléphone portable pour m'éclairer. Il était possible que l'esprit soit en sommeil mais j'avais besoin de quelques indices pour retrouver ce qui le rattachait dans ce lieu, d'autant plus au vu du capharnaüm qui y régnait.

- Nathalia, attention !

Je me retournai brusquement pour voir la porte se refermer derrière moi, me privant de toute retraite. Soit. Je ne devais pas montrer ma panique.

- Bonsoir. Je ne suis pas comme eux. S'il vous plait, je voudrais discuter.

Un éclat de verre fila dans ma direction et je l'esquivai de justesse. Je n'étais pas vraiment habillée pour faire de l'exercice physique. Lucie se positionna devant moi et quelques secondes plus tard, l'esprit d'un homme apparut devant nous.

- Vous prétendez être différente de ceux qui ont détruit ma vie mais un esprit vous accompagne… Qui êtes-vous, répondez !

- Je m'appelle Nathalia. Je suis medium. Les vampires ont kidnappé l'une de mes amies pour m'obliger à leur obéir. Et voici Lucie, c'est une amie. Elle reste à mes côtés par sa volonté propre.

Lucie avança d'un pas et leva la main en guise de salut.

- Je confirme. Pourriez-vous nous raconter votre histoire ?

L'homme commença à faire les cent pas, arpentant la pièce de long en large. Au moins il avait arrêté de nous attaquer.

- Vous êtes vivante… Qu'est-ce qu'ils attendent de vous ? Ce sont eux qui m'ont enfermé ici ! Je suis mort entre ces murs !

- Ils veulent récupérer cette pièce. Mais il y a quelque chose qui vous retient ici. J'imagine que vous êtes mort dans la douleur et l'ignorance, loin de vos proches, et bien évidemment ils ne se sont pas donné la peine de vous offrir une sépulture… Les vampires font ça. Je suis désolé pour vous.

- Vous semblez bien les connaître. Je vois la trace de l'un d'entre eux sur votre gorge.

- C'est vrai, je me suis fait mordre. Mais grâce à mon don, j'ai plus de valeur vivante que morte. Donc ils s'attaquent à ceux qui me sont chers pour me faire obéir. Je ne les apprécie pas plus que vous, soyez certain. J'ai une proposition à vous faire. Je peux vous libérer de cette pièce, soit pour vous offrir le repos éternel, soit pour vous offrir un autre lieu à hanter. Les vampires sont un peu trop nombreux dans cette ville et si vous ne voulez une manière constructive de dépenser votre rage, je pourrais trouver un nouveau lieu. Ça pourrait être une bonne manière de se venger pour le mal qu'ils vous ont fait.

L'esprit me jeta un regard septique.

- Vous pourriez faire ça ? Mais il ne reste plus rien de mon corps… J'aurais au moins voulu que mon épouse puisse faire son deuil… Elle a dû croire que je l'avais abandonné.

- Est-ce que vous savez depuis combien de temps vous êtes ici ? Il y a forcément quelque chose qui vous appartient en ce lieu. C'est généralement un objet mais ça peut-être aussi quelque chose comme une dent ou un os. Un fragment ne suffirait pas…

L'homme secoua la tête. Il avait l'air mortifié et je balayai la salle avec la lampe torche de mon téléphone. Il y avait au centre de la pièce une "table" en bois massif, équipée de sangles, manifestement pour y attacher une victime. Sur les côtés, plusieurs établis et étagères avaient dû contenir auparavant différents outils et récipients mais tout avait été méthodiquement détruit. Les débris jonchaient le sol, mêlant organique et synthétique en un fatras répugnant et hautement infectieux. La moindre coupure me provoquerait sans doute une septicémie et je me tenais au milieu de tout ça en robe légère et chaussures à talons. Je fermai un instant les yeux avant de me reprendre. La non-vie d'Evguenia dépendait de mon succès. Il fallait que je réfléchisse de manière méthodique. Je dirigeai ma lampe vers le fantôme pour l'observer. Le faisceau de lumière le traversait sans subir la moindre déformation et son aura luisait presque dans la pénombre. Il semblait en caleçon… Il n'avait pas de pendentif comme Lucie, ni de montre au poignet, cependant il avait une alliance à l'annulaire gauche. Comme s'il avait deviné mes pensées, il referma ses bras autour de ses épaules.

- Lorsqu'ils m'ont amené ici, ils m'ont déshabillé, comme… si j'étais devenu un animal. Ils disaient que je n'en aurais plus besoin, que ça serait plus pratique ainsi. Je veux encore leur faire payer ! Pour moi et pour tous ceux qu'ils continuent à faire souffrir… Et si ma présence ici les empêchait de faire du mal ? Peut-être que…

- Je suis désolé, mais ne vous faites pas trop d'illusion. La maison est grande, si votre présence les indisposait autant, ils auraient eu tôt fait de trouver une solution. L'état de cette pièce me laisse à penser que vous êtes ici depuis quelques années au moins… Mais j'en conclus que vous préférez rester ici-bas plutôt que d'obtenir le repos. Ça se comprend, je respecterai votre volonté. Lorsque j'aurais retrouvé ce qui vous attache en ce lieu, je le mettrai dans cette boîte. Vous allez être momentanément enfermé dans un lieu noir et vide mais lorsque je vous libérerai, nous pourrons réfléchir à ce que vous voulez faire, et pourquoi pas laisser libre court à votre fureur tout en aidant des innocents. Comment vous appelez-vous ?

- Je… Je ne sais plus.

- Dans ce cas, comment voudriez-vous que je vous appelle ?

- Et bien, je ne sais pas trop. C'est étrange comme demande. Je ne me souviens pas de grand-chose concernant ma vie, en fait. Simplement que j'étais marié et que mes dernières pensées sont allées à ma femme. Tout le reste… Ce n'est que souffrance. Je me souviens de ma terreur, du froid, de la honte. Mais surtout de la douleur. Je veux les faire souffrir comme j'ai souffert.

Je me gardai bien d'ironiser sur sa situation. L'esprit de ce fantôme était totalement brisé et il ne valait mieux pas me le mettre à dos.

- Justement concernant votre femme. Vous aviez une alliance à l'annulaire gauche. Sauriez-vous ce qu'il en est devenu ? Il est peut-être toujours ici…

J'essayai de me mettre à sa place. Le froid auquel il faisait mention avait pu contracter ses doigts et provoquer la chute de l'anneau qui avait roulé sur le sol… Des rigoles creusées dans le dallage entouraient la pièce, sans doute pour pouvoir nettoyer les lieux au jet d'eau. J'espérais simplement que l'anneau n'était pas tombé trop loin… Je réprimai une grimace : Je n'avais pas très envie de fouiller dans cet amas nauséabond à mains nues, mais il y avait de fortes chances que cette alliance soit son fameux ancrage. Je me penchai au-dessus de la gouttière, tenant les pans de ma robe d'une main et tendant mon téléphone de l'autre, dans l'espoir d'apercevoir un éclat brillant.

Le fantôme m'observait sans bouger. Il semblait constamment osciller entre l'abattement et la rage.

- Vous pensez que vous pourriez la lui remettre ? Mon alliance…

Je relevai brusquement la tête vers lui.

- Euh… pourquoi pas, si cela peut vous apporter la paix. Mais encore faut-il que vous vous souveniez de votre identité… Et qu'elle soit toujours vivante. Il faudra aussi se rendre compte qu'elle ne pourra ni vous voir, ni vous entendre et que si vous vous manifestez à travers son environnement, vous pourriez l'effrayer. Enfin, il est aussi possible qu'elle ait refait sa vie… De ce fait, je ne sais pas si c'est une si bonne idée que cela…

Cette réponse sembla plonger l'esprit dans l'apathie la plus profonde et je soupirai. Au moins il avait cru à mon histoire et n'avait plus essayé de m'attaquer. Je fouillai précautionneusement le tas d'instruments à la recherche d'un objet capable de racler le fond de la rigole et me saisis de quelque chose qui ressemblait à un petit tisonnier. Je ne voulais même pas savoir pour quel but cet objet se trouvait ici… Je fis ainsi le tour de la pièce, toujours secondée par Lucie, surveillant l'heure sur mon téléphone portable. Cela faisait déjà près d'une heure que j'étais dans cette pièce et je pensais aussi au fait que j'avais cours le lendemain. Plus tôt je sortirais et plus tôt je pourrais aller me coucher… Finalement, j'allais presque perdre espoir lorsque j'entendis un petit bruit métallique en extrayant la boue immonde de la gouttière. Je vis Lucie se précipiter dessus et sortir à l'aide d'une pince un anneau doré du tas que j'avais formé.

- Nath' ! La voilà !

- Génial ! Monsieur… euh… est-ce que c'est celle-là ?

Le fantôme de l'homme s'approcha de moi et observa l'alliance à la lueur de mon téléphone. Le bijou était maculé de boue et de sang séché et je sortis un mouchoir de mon sac pour le nettoyer un minimum, révélant une gravure à l'intérieur : Mariane - 14/09/1951.

- Oui… Ce nom… Mariane… Il m'évoque quelque chose… J'ai l'impression que c'est elle. C'est mon alliance.

- Bien. Nous allons avoir tout de suite la réponse. Je vais mettre l'anneau dans cette boîte, ce qui vous coupera du monde extérieur. Le temps va sans doute vous sembler long mais c'est le seul moyen de vous faire sortir d'ici.

- J'ai l'impression que cela fait une éternité que je suis enfermé ici. Quelle différence cela fera ?

Il haussa les épaules et je sortis la boîte de mon sac. Elle faisait une quinzaine de centimètres de long pour une dizaine de centimètres de large et je lâchai simplement l'anneau dedans avant de la refermer. D'un coup, l'esprit se volatilisa, et je poussai un soupir de soulagement.

- Mission accomplie. Nous allons pouvoir sortir de cette horrible pièce. J'ai vraiment besoin d'air frais, là…

La porte s'ouvrit sans difficulté, et je pris soin de la refermer derrière moi avant de toquer à celle du couloir. Quelques secondes après, ce fut Theodore Giovanni qui m'ouvrit, et il tenait contre lui une silhouette que je reconnus comme celle d'Evguenia, un poignard contre sa gorge. Elle avait les poignets solidement attachés entre eux et une cagoule sur la tête. Sybile et William attendaient toujours à proximité et je m'empressai de les rejoindre. Le Giovanni m'apostropha avec son amabilité habituelle.

- Alors ?!

- J'ai réussi, je vous ai débarrassés du fantôme. Vous pouvez vérifier, je vous en prie.

Il me jeta un regard mauvais et entraîna Evguenia dans la pièce en guise de bouclier. Il lâcha finalement sa prisonnière et se pencha pour soulever ce qui restait d'un livre dont toutes les pages avaient été arrachées.

- Il semblerait effectivement que ce fantôme soit bel et bien parti. Comment avez-vous fait ?

- J'ai discuté avec lui et j'ai trouvé son ancrage.

- Ce fantôme n'était pas rationnel. Nous avons déjà essayé de le soumettre.

- Je ne vous mens pas. J'ignore tout de vos pouvoirs, mais cet esprit, je ne l'ai pas soumis, je l'ai simplement convaincu. Il a essayé de m'attaquer au début, mais il a vite vu que je n'étais pas comme vous. J'imagine que vous vouliez créer ce fantôme, mais l'intensité de sa haine l'a rendu sourd à toute manipulation, même d'ordre surnaturelle. Son esprit était tellement brisé qu'il n'était même plus capable de se souvenir de son prénom...

- Vous ne savez rien de notre art ! Je n'ai certainement pas de leçon à recevoir d'une vulgaire medium telle que vous !

Je me mordis la joue pour retenir une moue moqueuse et m'inclinai légèrement. Steren m'avait vaguement parlé des Giovanni et de leur nécromancie pour laquelle il n'avait que du mépris. Et ayant moi-même "capturé" en une heure un esprit que ce vampire n'était pas parvenu à soumettre malgré sa magie, il m'était difficile de lui accorder une plus grande estime. Mais il valait mieux éviter de l'énerver davantage.

- Effectivement, je vous prie de m'excuser. Le contrat est rempli il me semble. Pourrais-je récupérer ma part du marché ?

- Allons voir mio patriarca.

Evguenia avait poussé un bref gémissement en m'entendant parler et je détournai le regard. Il était hors de question que je m'apitoie sur son sort alors qu'elle m'avait mise dans une telle situation. Nous rejoignîmes le salon où nous avions été accueillis et où Adriano Giovanni se tenait toujours. Lorsque Theodore l'informa de ma réussite, le Pater Familia se tourna vers moi.

- Je vois que les Déments savent aussi s'entourer de gens compétents. Maintenant, remettez-moi l'ancrage, jeune fille. Cet esprit nous appartient.

Je me collai à Sybile et baissai précipitamment les yeux.

- Le marché était d'évacuer l'esprit de la pièce, ce que j'ai fait. Je sais que les esprits sont une monnaie d'échange pour vous autres. Je suis désolé mais désormais celui-ci m'appartient. À moins que vous ne voudriez que je le libère dans cette pièce ?

Je vis Theodore serrer les poings et l'entendis lâcher un chapelet de jurons en italien, pourtant, à ma grande surprise, Adriano Giovanni se mit à ricaner.

- Je vois, effectivement, un marché est un marché. Je vous ai sous-estimé mademoiselle, je ne reproduirai plus cette erreur, soyez-en sûre. Soit. Theodore, libera la Malkavienne.

- Mais… Patriarca, devons-nous vraiment la laisser partir avec ce spirito ?

- Nous ne sommes pas de volgari Ravnos, Theodore. Tout cela est arrivé à cause de ta propre incompetenza, dois-je te le rappeler ? Elle a toutes les cartes en main. Nous récupérerons notre dovuto plus tard.

Je relevai les yeux, soulagée que les choses se soient passées ainsi. Theodore retira la cagoule de cuir qui entravait Evguenia, ainsi que les menottes à ses poignets avant de la pousser vers nous sans aucune délicatesse. Son visage grimaçant manifestait la nature de ses sentiments à mon égard et je me gardai bien de m'éloigner de Sybile jusqu'à ce que nous eûmes regagné la sortie. Dans la cour du manoir, Evguenia se jeta à mes pieds et je tâchai de lui transmettre toute la lassitude que je ressentais à avoir dû gérer cette affaire en plein milieu d'une semaine de cours.

- Merci, Nath' ! Merci, merci ! Tu m'as sauvée ! Si tu savais comme j'ai eu peur !

- Tais-toi Evguenia. Je ne veux pas t'entendre. Ce que tu as fait était stupide et tu as de la chance que Sybile m'ait prévenue et que je n'aie pas préférée te laisser assumer les conséquences. William, tu lui couperas la main droite, interdiction de te régénérer ni de quitter le refuge jusqu'au retour de maman. Elle décidera quelle sera ta sanction. Sybile, je te confie la boîte. Assure-toi qu'elle reste fermée, trouve un ruban par sécurité et mets là dans ma chambre. J'essayerai de voir si le primogène Evans peut m'apprendre à fabriquer un conteneur aux prochaines vacances. Maintenant, si vous voulez bien me ramener à l'internat, j'ai encore l'espoir de pouvoir prendre une douche et de dormir un peu…

Evguenia resta mutique durant tout le trajet et lorsque nous arrivâmes devant l'internat de l'institut Saint Albert, Sybile me serra dans ses bras une dernière fois avant que je ne sorte de la voiture.

- Bon courage, Princesse. Vous faites la fierté de notre clan, soyez-en certaine.

- Merci. Pour m'avoir prévenu et pour avoir tout organisé. Malgré tout, je n'ai aucune envie que cette andouille ne disparaisse. Sybile, William, j'ai beaucoup de chance de vous avoir tous deux à mes côtés. J'espère pouvoir vous revoir aux prochaines vacances.

William sortit et escalada le mur avant de me hisser à son sommet pour me déposer doucement de l'autre côté. Je souris face à sa prévenance et le saluai de la main avant de me détourner. Je repérai la fenêtre du bâtiment que j'avais refermée sans la claquer et qui de ce fait n'était pas verrouillée, et me glissai du plus silencieusement que je pus dans l'internat. Ma précaution était cependant peine perdue car dès que j'ouvris la porte pour accéder au couloir, je me retrouvai nez à nez avec une femme en costume.

- Mademoiselle Conemara, monsieur Evans désire vous voir immédiatement.

Je lâchai un soupir.

- Oui, je m'en doute… Je vous suis.

Moi qui n'aspirai qu'à prendre une douche et dormir, j'allais encore devoir attendre. Il y avait fort à parier que le primogène allait chercher à savoir ce que j'avais fait en ville, sauf que ça ne le regardait absolument pas ! Ma mère avait été claire, les affaires du clan Malkavien restent dans le clan Malkavien. Même si ce n'était qu'anecdotique, je n'avais aucune raison de lui révéler quoi que ce soit…

Je profitai du trajet pour vérifier ma tenue. Je portais toujours la voluptueuse robe de ma mère et le maquillage fait par Sybile n'avait pas bougé. Je ressemblai à une jeune femme d'une vingtaine d'années prête à se rendre à un gala mondain, bien loin de la sobriété que j'arborais habituellement. Quitte à continuer à jouer mon rôle, autant le faire avec panache ! Je me remis un peu de rouge à lèvre et resserrai mon étole autour de mes épaules. Je ne voulais pas montrer un visage vulnérable et j'espérais que ma fatigue n'était pas trop visible. La goule Tremere me conduisit à l'intérieur du bâtiment principal, puis à travers différents couloirs dans les sous-sols de la fondation. L'architecture était tentaculaire et j'avais beau être déjà descendue dans la partie "vampirique", je n'en étais pas pour autant capable de m'y repérer. Nous arrivâmes enfin jusqu'à une petite pièce qui ressemblait beaucoup trop à une salle d'interrogatoire, et je réprimai un frisson. La goule m'invita à m'asseoir sur une chaise et je me mis rapidement à somnoler dans la posture de Penseur de Rodin. J'ignorai combien de temps passa, mais le bruit d'une porte qui s'ouvre et l'appel de Lucie me firent soudain émerger, et je me levai immédiatement et m'inclinai pour saluer mon père adoptif.

- Primogène Evans.

Son regard était réfrigérant et je compris qu'il n'aurait aucune sympathie pour moi. Il se tourna vers la goule avec un air à peine plus avenant puis attendit qu'elle ait quitté la pièce avant de s'asseoir face à moi et reprendre la parole.

- Nathalia. Tu es sortie sans mon autorisation et alors qu'Aïlin t'avait confié à ma garde. Qu'as-tu à dire pour ta défense ?

- J'avais une affaire urgente à régler en rapport avec le clan Malkavien. En l'absence de ma mère, il me revient de prendre certaines décisions et cela ne pouvait malheureusement pas attendre. Comprenez que pour le bien de mes études, j'aurais préféré faire autrement.

- Une affaire qui nécessite que tu t'habilles ainsi. Je sens… une odeur d'alcool ainsi que celle très marquée de corps en putréfaction. Où es-tu allée ?

- Je suis désolée, je ne peux pas vous le dire.

- Aïlin est-elle au courant ? Je doute qu'elle cautionne que tu prennes le risque de sortir pour une affaire secondaire.

- Elle sera mise au courant dès son retour et j'étais secondée par deux membres de confiance.

- J'imagine que tu parles de l'assassin William Azel et la dénommée Sybile. Aïlin semble leur accorder une grande confiance, mais personne n'est invincible. Quoi qu'il en soit, tu ne dois plus sortir sans m'en avertir préalablement.

- Si je vous avais prévenu, vous m'auriez empêché d'y aller à moins que je ne vous en révèle la raison. Ce soir, cela ne pouvait pas attendre.

- Effectivement, ton jeune âge me fait souvent douter de ton discernement et les Malkaviens ne sont pas connus pour être particulièrement raisonnables. Mais soit, ce qui est fait est fait. Puisque nous sommes face à face, qu'as-tu accompli pour le primogène Senek ?

J'écarquillai les yeux et me mordis la lèvre. J'étais trop fatiguée pour rester parfaitement stoïque face à ses pièges. Il était parvenu à déduire je-ne-sais-comment que j'avais rendu un service au primogène Nosferatu mais je ne pouvais lui en dire plus.

- Secret professionnel, c'est un travail qu'il m'a confié et qui ne concerne que lui. J'ai bien remarqué que les relations et les services étaient importants au sein de notre société donc si mes compétences peuvent être utiles, autant prendre l'avance avant mon étreinte. Quoi qu'il en soit, je ne peux vous révéler ni ce que j'ai fait ce soir, ni la nature des tâches que je peux réaliser à la demande d'autres vampires. Serait-il possible que je puisse aller dormir à présent ? Ou au moins rejoindre mon dortoir et me changer avant que mes camarades ne se lèvent ?

- Tu es intelligente et tu en sais plus que la plupart des humains, mais fais attention, Nathalia. Tu ignores encore beaucoup de choses, et c'est aussi pour ton bien. Je ne suis pas certain que les Malkaviens qui t'accompagnent soient toujours bien conscients de ta mortelle fragilité. Et je ne parle pas que de blessure physique. Je parle de ta psyché, de ce qui fait qu'un être humain est… et bien humain justement. Je doute que beaucoup de jeunes filles de 17 ans passent leurs nuits à proximité de cadavres et retournent à l'école le lendemain comme si de rien n'était.

- Rassurez-vous, primogène. Je vois les esprits des morts depuis ma naissance, mes parents m'ont abandonné à l'âge de 10 ans, j'ai été enfermée et torturée pendant des années et j'ai vécu plusieurs expériences de mort imminente. Il en faut beaucoup pour me choquer.

- Tu te trompes, tu ne t'endurcis pas comme tu sembles le croire, tu fragilises ton esprit au contraire. L'humanité est importante, même pour nous-autres. Elle est ce qui garde la Bête à distance, ce qui empêche un vampire de devenir une créature assoiffée de sang. Plus tu es confrontée à la mort et plus tu commenceras à la trouver banale, et moins tu hésiteras avant de tuer. Je suis bien conscient que devoir vivre à nos côtés est plus un fardeau qu'un cadeau, et il est trop tard pour faire marche arrière. Garde seulement cela dans un coin de ton esprit. Crois-moi, qu'on soit vampire ou humain, perdre son humanité fait de nous des monstres et alors seule la mort peut nous apporter la paix.

Un frisson me parcourut. Il était certain que j'avais un seuil de tolérance bien plus bas que la grande majorité des êtres humains. Depuis quand ne m'émouvais-je plus face l'horreur ? Un esprit, des meurtres de sang-froid, une scène de torture ou de décapitation, la proximité d'un lycanthrope, des morceaux de corps, le facies grêlé d'un Nosferatu. J'avais perdu tout sourire en faisant mentalement le décompte de tout ce à quoi j'avais pu assister ces derniers mois. Je hochai la tête tristement.

- Je ne trouve ni la mort ni la souffrance banale, primogène. Alors certes, une jeune fille de 17 ans se serait sans doute recroquevillée dans un coin pour pleurnicher si elle avait été confrontée à la même situation que moi ce soir. Mais une telle chose n'aurait pas sauvé mon amie. Donc j'ai fait ce qui était à faire. Rassurez-vous, si c'est cela qui vous inquiète, je n'ai techniquement assisté à aucune scène de violence ni de meurtre. J'ai simplement écouté le récit d'un esprit torturé et trouvé ce qui le retenait dans ce lieu. Et non, je ne l'ai pas ramené avec moi, la présence de Lucie me suffit bien amplement. Croyez bien que je ne fais pas cela par ennui ou par choix. Je préfèrerais largement me consacrer à mes études en toute quiétude.

- Je reconnais que tu es plutôt studieuse, tes résultats sont toujours excellents. Soit, je vais te raccompagner jusqu'à ta chambre.

Je soupirai, rassurée. Le primogène Tremere avait terminé son investigation et c'était désormais Steren, mon père adoptif qui parlait. Il me laissa devant la porte de ma chambre avec un sourire indéfinissable et une légère tape sur la tête. J'aimais à penser que malgré son ancienneté, jouer les tuteurs était comme une amusante expérience à ses yeux. J'avais désormais confirmation qu'il était en relation avec Kevin et je me promis de rester attentive aux réactions à venir de mon camarade. Je pris une douche brûlante, désireuse de me débarrasser de l'odeur des catacombes Giovanni, avant de regagner mon lit pour deux malheureuses heures de sommeil. Le réveil allait être violent…


Fin du chapitre 23 !

Je connais un Giovanni qui a fait un échec critique sur son jet de Contrainte d'âme ! Les phrases en italique sont en italien, en partant du principe que Nathalia ne comprends pas tout car elle ne l'étudie que depuis 4 mois.

Et voilà une discussion importante entre Steren et Nathalia sur l'humanité. Bah oui c'est important ! Elle est déjà à 6, va-t-elle les garder jusqu'à son étreinte ? On approche doucement de la fin de sa scolarité… 😉 J'aime voir Steren divisé entre son intérêt de primogène Tremere et son affection envers Nathalia. ^^ Ce qu'il est persuadé être le mieux pour elle n'est pas toujours en adéquation avec ce que Nathalia aimerait, mais son rôle est particulièrement important, et il continuera à le montrer par la suite…