Chapitre 25

Quelques nuits après la mission qui avait failli coûter la vie à Daniel, la goule du primogène Senek, celui-ci m'avait directement téléphoné sur mon portable.

- Hey, Gamine. J'ai vérifié les caméras de l'autre soir. J'ai vu ce qui s'était passé. Ma goule a été punie pour sa bêtise, ce crétin apprendra à obéir à plus intelligent que lui. Cependant, je serais très curieux de savoir ce que tu as fait à ce garde pour qu'il t'obéisse aussi docilement… ?

Je réprimai un sourire derrière mon téléphone.

- Secret professionnel. Il faut bien que je garde quelques atouts dans ma botte. J'aimerais simplement éviter d'avoir à me mouiller à l'avenir. Ma mère sait que nous sommes en contact mais officiellement, je ne fais que vous rendre service depuis mon ordinateur.

Un ricanement rocailleux retentit à l'autre bout du fil.

- Très bien. Je te suis tout de même reconnaissant d'avoir sauvé sa peau. Qui sait ce qu'ils auraient pû lui faire. Je crois que je commence à t'apprécier, gamine, et comme je ne suis pas ingrat, je te propose un service, à utiliser lorsque tu en auras besoin. Je suis certain que tu sauras en faire bon usage. Je referai peut-être appel à toi à l'occasion, mais considère cela comme un échange de bon procédés. Tu peux garder l'ordinateur.

- C'est très généreux de votre part. Je risque simplement de ne pas être disponible jusqu'en août. Le primogène Ewans me tient à l'œil pour mes études.

- Quel gâchis. Je doute qu'Aïlin y soit très attaché si tu veux mon avis, mais Steren doit bien y trouver son compte. Fais attention à ne pas trop le laisser jouer au rat de laboratoire avec toi.

- Merci du conseil, mais pour l'instant ça me convient aussi. Je n'ai que 18 ans après tout. Bonne nuit primogène Senek.

Le Nosferatu raccrocha et je repensai à son étrange conseil. Je savais depuis le début que Steren ne m'avait pas "adopté" dans un but purement altruiste. Assister à mon évolution aux côtés d'Aïlin était pour lui une vaste expérience et il se satisfaisait sans doute à diriger certains aspects de mon éducation comme on modèle une statuette en argile. Quoi qu'il en soit, ses conseils étaient généralement sages et je préférais croire qu'il éprouvait tout de même un semblant d'affection pour moi, sans quoi il ne se serait pas montré aussi patient.

Du fait, le primogène Senek ne me recontacta pas du reste des vacances, et je n'eus pas grand chose à faire de tout le mois de février. L'hiver de cette année était froid et pluvieux, ne m'encourageant guère à sortir pour autre chose qu'aller à la bibliothèque. De toute façon, je n'avais personne à voir à l'extérieur, et je passais le plus clair de mes nuits à étudier ou paresser devant mon ordinateur. J'avais tout de même fait l'acquisition de quelques jeux de société modernes, jouables à deux pour m'occuper avec Lucie, mais cela avait été la seule "excentricité" de mes vacances.

Quelques nuits avant la rentrée, j'avais tout de même profité de la bibliothèque de Steren pour faire les recherches que j'avais prévues dans le domaine de l'occulte. Le primogène Tremere était assez peu présent, heureusement je trouvai un livre qui contenait toutes les informations nécessaires. Je n'avais pas oublié mon projet de créer un petit conteneur portable pour pouvoir transporter l'alliance de l'esprit que j'avais trouvé chez les Giovannis. À défaut d'avoir des pouvoirs vampiriques, avoir plusieurs fantômes bienveillants avec moi pourrait toujours me servir en cas de besoin.

Je passai ainsi plusieurs heures à créer un premier prototype, le testant à l'aide du médaillon de Lucie afin d'en comprendre le mécanisme. Il fallait une feuille de plomb que j'avais pliée et soudée de manière parfaitement hermétique, enfermée dans un coffrage à base de lamelles en bois de cèdre, le tout lié et calé avec une pâte à bois. Je n'étais certainement pas une artisane et le résultat n'était pas vraiment esthétique mais cela fonctionnait et pouvait facilement se transporter dans un sac. De toute façon, je n'avais pas vraiment envie de demander des conseils à Steren, et par là-même lui rappeler mon aventure en territoire Giovanni. Pour l'heure, l'alliance était en sûreté, enfermée dans le coffret au refuge Malkavien, et je n'aurais sans doute pas l'occasion de l'y récupérer avant la fin de ma scolarité. De toute façon, si je décidais par la suite de concrétiser mon idée, j'allais sans doute devoir fabriquer d'autres conteneurs, j'aurais donc l'occasion de m'améliorer.

La veille de la rentrée, je me tenais dans le salon, profitant une dernière fois de ma mère avant cinq longs mois. J'étais à moitié vautrée, ma tête sur ses genoux, et j'aurais pû m'endormir ainsi si Steren n'était pas arrivé avec son habituel regard réprobateur.

- Si jeune et déjà incapable de se tenir.

- Je me suis levé tôt ce matin pour être certaine de trouver facilement le sommeil une fois à l'internat. Donc je suis fatiguée.

Je me redressai néanmoins avec un soupir.

- Tu es consciente, j'espère, que les mois à venir vont être particulièrement exigeants ?

- Parfaitement. À ce propos, les professeurs nous ont avertis qu'il n'y avait généralement qu'un seul élève diplômé. Devrais-je m'incliner à un moment ou un autre pour laisser la place à votre petit prodige ?

- Quand bien même tu luttais de toutes tes forces, je pense qu'il te surpasserait aisément. Mais rassure-toi, je n'exige rien de tel. Je t'ai offert une place dans cette école pour que tu en ressortes diplômée. Je n'accepterai aucun autre résultat.

Je souris face à ce mélange d'exigence et cette manière si Tremere de m'encourager. "Fais toujours de ton mieux car il y aura forcément quelqu'un pour faire mieux que toi".

- Ave Caesar morituri te salutant. [Ave César, ceux qui vont mourir te saluent.]

Ma mère éclata de rire à cette maxime latine et se leva, m'incitant à en faire de même.

- Je crois qu'il est temps pour toi de partir. Bon courage ma chérie. Je suis fière de toi.

Elle embrassa mon front et je rejoignis mon père dans l'entrée. Une fois dans la voiture, ni moi ni Lucie ne fîmes le moindre bruit. J'étais à la fois impatiente d'entamer mes derniers mois au sein du lycée et angoissée à l'idée d'échouer. Je savais que j'allais devoir redoubler d'efforts pour parvenir jusqu'au diplôme de Saint-Albert. Pour mes camarades, le simple fait d'y avoir étudié pendant deux ans ouvrait les portes pour n'importe quelle université, même les plus prestigieuses. Mais pour moi, c'était uniquement un moyen de faire mes preuves. Pour moi-même, me prouver ce dont j'étais capable après avoir été enfermée pendant tant d'années. Pour mon père, gagner son respect et reçevoir ses compliments. Et pour ma mère, lui prouver qu'elle avait eu raison de m'adopter et lui montrer que j'étais digne de recevoir son étreinte.

Une fois arrivés, je m'empressai de rejoindre ma chambre à l'internat. Il était déjà assez tard et les autres élèves étaient déjà dans leurs chambres ou n'arrivaient que le lundi matin. J'en profitais pour déballer mes affaires en musique, sachant que les chambres voisines étaient inoccupées. Outre mes vêtements et affaires de cours, j'avais ramené un nouveau set de dessin pour Lucie, un jeu d'échecs de voyage et quelques effets personnels dont je ne me séparais plus, comme par exemple la montre à gousset que ma mère m'avait offert. Parmi ceux-ci se trouvait aussi une peluche que Sybile m'avait récemment fabriquée et que j'adorais malgré son aspect lugubre. Elle avait tout d'un lapin en peluche, mais dépourvue d'yeux et la Malkavienne avait sans doute utilisé la peau d'un vrai lapin blanc pour la fabriquer. J'avais au départ craint qu'elle se transforme en charogne putrescente mais elle avait manifestement fait les choses correctement et quelques semaines après, elle était aussi douce que devait l'être l'animal de son vivant et surtout elle ne dégageait aucune odeur de décomposition. Cela faisait bien longtemps que je n'avais plus eu de peluche et je m'y étais rapidement attaché au point de dormir avec, ce qui m'avait valu les quolibets de Lucie.

Le lendemain matin, je me réveillai au son du groupe de métal que j'avais programmé sur mon téléphone. J'avais hâte de retrouver mon ami et je m'empressai de m'habiller pour rejoindre le réfectoire. J'avais la conscience diffuse que ça allait être les cinq derniers mois où je le verrais vivant et je voulais en profiter un maximum malgré nos études. Je ne pouvais m'empêcher d'espérer qu'il reçoive l'étreinte mais aussi qu'il se souvienne de mon amitié par delà la mort. Ma mère m'avait expliqué que la plupart des vampires oubliaient rapidement leurs relations humaines, pour ne pas sombrer dans la dépression ou la folie en voyant tous leurs proches mourir peu à peu sans avoir le droit de les recontacter. J'espérais en tout cas que Steren ne le couperait pas totalement du monde une fois étreint...

Peu soucieuse de sociabiliser avec mes autres camarades, je gardai mes écouteurs sur les oreilles jusqu'à son arrivée. Nous n'étions plus très nombreux à cette période de l'année, car l'internat n'était occupé que par les élèves de troisième année et en ce début de second semestre, les effectifs de notre classe se comptaient sur les doigts d'une main. Lorsque Kevin me rejoignit, je m'empressai cependant de le saluer avec mon enthousiasme habituel. Il semblait assez fatigué, mais aussi heureux de me retrouver. Il s'assit à ma table et posa son plateau avant de communiquer dans notre langue des signes secrète.

- Bonjour, Nathalia ! Comment vas-tu ? As-tu passé de bonnes vacances ?

- Je vais bien. Vacances tranquilles et studieuses. J'en ai surtout profité pour me reposer et je suis peu sortie. C'est la dernière ligne droite. Je voulais être sûre d'être prête.

- Je ne suis pas inquiet. Je suis certain qu'à nous deux, nous allons les écraser.

Kevin avant changé de mentalité depuis la première année et je ne pus m'empêcher de me demander si cela n'était pas dû à l'embrigadement des Tremeres. Il devait sans doute passer toutes ses vacances en compagnie de goules ou dans des entreprises appartenant au clan, mais quelque part ce n'était pas plus mal. Le monde de la nuit était bien trop dangereux pour le candide jeune homme qu'il était lors de notre rencontre.

Les jours suivants me confirmèrent ce nouvel état d'esprit. Mon ami était toujours décidé à obtenir le meilleur résultat possible, mais il étendait cette exigence avec moi. Je ne m'en plaignais pas, profitant de cette dynamique pour donner le meilleur de moi-même. De leur côté, les professeurs nous astreignaient à travailler sans relâche à travers des devoirs de recherche, d'analyse et des commentaires argumentés particulièrement pointus. Je ne me couchais généralement que longtemps après la nuit tombée, mais j'étais si éreintée qu'il ne me suffisait que quelques secondes pour m'endormir.

Désormais, tous nos temps libres, week-ends compris, étaient consacrés aux études, au point que je ne parlais plus avec Lucie que le jeudi après-midi, et les rares moments où j'étais seule dans ma chambre. Heureusement, mon fantôme se montrait patiente, sachant que ces derniers mois étaient décisifs pour la fin de mes études. Elle me réveillait parfois si je m'endormais en plein travail ou au contraire me transportait jusqu'à mon lit lorsqu'il ne s'agissait que de simples révisions. Elle était comme une sœur bienveillante et attentive à mon bien être et je lui en étais extrêmement reconnaissante. Sa présence me fut d'ailleurs une nouvelle fois salvatrice près d'un mois après le début du cours, lors d'une nouvelle confrontation avec Keyes.

C'était un vendredi après-midi, alors que nous nous rendions à un cours de médecine. Nous avions étudié le système nerveux et le cerveau pendant plusieurs semaines et nous allions enfin travailler sur des cadavres pour réaliser nos premières vraies opérations. Contrairement à l'année précédente où nous étions le plus souvent des néophytes découvrant leurs premiers corps, Mme Cousteix avait cette fois mis en place un contrôle "grandeur nature" pour mettre en application nos connaissances. Nous allions devoir chacun opérer un cadavre présentant une tumeur au cerveau. Les corps nous étaient fournis par la faculté de médecine et nous avions dû réaliser des scanners et radios pour localiser la tumeur afin de préparer l'opération. Le jour J, nous avions découvert les tables, chacune comportant un cadavre prêt à être opéré. Mme Cousteix, comme nous tous, avait revêtu sa blouse de chirurgie, mais elle était secondée par un autre professeur et je n'eu aucun mal à le reconnaître sous son masque.

- Bonjour à tous, chers élèves. Aujourd'hui a lieu la simulation en condition réelle que nous avons soigneusement préparée en classe lors des cours précédents. J'ai demandé au docteur Keyes de nous accompagner. Il a une excellente connaissance du système nerveux et saura vous guider tout aussi bien que moi.

Je bénissai le masque chirurgical pour dissimuler la grimace nerveuse que je devais probablement arborer. Lucie était à mes côtés et je savais que toute son attention était focalisée sur mon bourreau.

- J'ai besoin de me concentrer pour travailler. Surveille-le pour moi, s'il te plait.

J'avais chuchoté en direction de Lucie et mon amie fantomatique hocha la tête.

- Je ne le laisserais pas t'approcher, je te le promets.

J'enfilai ma paire de gants et soulevais le tissu recouvrant mon sujet. Mon cobaye avait été entièrement rasé comme il était d'usage mais je savais qu'il s'agissait d'un homme de 47 ans, décédé d'un accident domestique. Le scanner avait dévoilé une tumeur qui appuyait sur le cervelet et avait provoqué des troubles dans l'équilibre et la coordination. Je devais extraire la masse anormale et refermer, comme si j'opérais une personne vivante. Je trouvais cela très stimulant de devoir réaliser une opération chirurgicale en conditions réelles et je songeais que je me serais peut-être orienté vers la médecine si j'avais eu une existence normale.

Bien entendu, les deux professeurs circulaient entre les quatre tables, mais j'avais pris le partit de les ignorer. Sybile et William s'étaient montrés suffisamment menaçants, tout comme Steren. De plus, Mme Cousteix et Lucie étaient présentes, je n'avais donc aucune raison d'angoisser.

Mais alors que je travaillais depuis une bonne heure sur mon opération, une exclamation de Lucie me fit me retourner. Keyes était à un mètre derrière moi, mais mon amie s'était saisie d'un scalpel et le tenait fermement pointé dans sa direction, donnant l'impression que l'outil volait pour n'importe qui d'autre que moi. Mon ancien bourreau s'était immobilisé, les yeux écarquillés et le visage livide. Je réprimai un éclat de rire et cherchai l'autre professeur des yeux, heureusement elle était occupée avec un autre camarade. Je me repenchai sur mon propre cadavre tout en murmurant du bout des lèvres.

- Lucie, j'aimerais autant que tu ne te fasses pas remarquer…

- Ce sale pervers ! Il essaye encore de te faire un mauvais coup. Dis-lui, Nathalia ! Dis-lui que s'il t'approche, je lui fais un troisième trou de balle.

Cette fois, je ne pu m'empêcher de pouffer de rire. Mon amie avait vraiment gagné en vulgarité depuis que nous étions sorties de l'asile. Cependant je n'avais vraiment pas envie que mon professeur de médecine assiste à cela et je ne pouvais pas non plus trop hausser la voix de peur que quelqu'un d'autre ne m'entende.

- Lucie, je pense qu'il a compris le message. Je ne peux pas parler fort. J'aimerais éviter que qui que ce soit n'assiste à ça.

Je devais bien reconnaître qu'une fois passé le choc, Keyes avait un sang froid stupéfiant. Il me fusilla du regard lorsque je me retournai pour parler à Lucie, et lorsque le scalpel recula enfin, il s'empressa de me dépasser pour aller voir mes camarades. Je pus ainsi terminer mon opération en toute quiétude et lorsque mon professeur de médecine vint vérifier mon travail, j'avais réalisé toutes les étapes correctement. J'étais tellement satisfaite que lorsque je quittai la salle, c'était bien la première fois que j'arborais un tel sourire en sa présence.

***/***

Les semaines suivantes amenèrent un changement radical, à savoir l'interdiction de l'entraide. Les professeurs avaient bien compris que Kevin et moi travaillions de concert. Sous prétexte de voir ce que nous valions individuellement, ils nous avaient imposé un isolement des plus pénible et nous surveillaient lors des études et dans les couloirs de l'internat.

Cette nouvelle règle augmenta ma fatigue de manière exponentielle. Je parvenais encore à talonner Kevin pour ce qui était des résultats, mais c'était au prix d'une consommation excessive de chewing-gums caféinés et boissons énergétiques pour compenser mon manque de sommeil.

Le second effet de ce changement fut l'impact sur mon moral. Nous devions désormais prendre nos repas en silence et ne parler que lorsqu'un professeur nous donnait la parole. Cette vie monacale était particulièrement pesante. Bien sûr, nous avions toujours notre langage codé pour communiquer ponctuellement, mais les journées me semblaient interminables. Je bénissai la présence de Lucie qui me permettait de converser une fois dans ma chambre, n'osant imaginer ce que vivaient mes camarades qui n'avaient pas cet exutoire.

En mai, nous n'étions plus que trois et je devais bien reconnaître que Théo, le troisième camarade qui partageait notre quotidien, était plutôt doué. Il n'avait jamais brillé par ses propos ou son comportement et je n'avais jamais cherché non plus à le connaître, mais il était bûcheur et ne semblait éprouver aucune animosité envers Kevin ou moi. Nous étions désormais les trois seuls élèves de l'internat mais puisque nos rares conversations ne laissaient le temps qu'à de plates banalités, je ne tentais même pas de me lier d'amitié.

Cependant, au milieu du mois de juin, Théo quitta à son tour le lycée, et les professeurs semblèrent se donner pour mission de nous pousser dans nos derniers retranchements. Chaque demi-journée donnait lieu à un examen, nous obligeant à travailler continuellement, avalant frénétiquement toujours plus d'informations. Je ne m'autorisai désormais que quatre heures de sommeil par nuit, refusant de laisser se creuser l'écart entre moi et Kevin. Je savais que son cerveau était supérieur au mien, mais c'était une question de fierté, je devais lutter jusqu'au bout. Si j'avais gardé des facilités pour la plupart des disciplines, j'avais de réelles difficultés pour les mathématiques et la physique chimie, de par ma lenteur en calcul mental, et les neurosciences, depuis que je ne pouvais plus compter sur les cours de Kevin. Ces trois matières faisaient dangereusement pencher ma moyenne, bien que j'y consacre un temps considérable.

Ainsi, ce qui devait arriver arriva. Un mercredi après-midi, alors que je n'avais pas dormi depuis plus de 24 heures, je m'évanouis littéralement de fatigue en plein milieu du cours de Physique-Chimie. Et lorsque je me réveillai, plusieurs heures plus tard, dans l'infirmerie de l'établissement, la première chose que je vis fut Keyes, appuyé contre la porte à quelques mètres de moi. Je me redressai un peu précipitamment, immédiatement sur la défensive.

- Avant que vous ne vous fassiez des idées, ma présence ici est totalement fortuite. Mademoiselle Ravian n'était pas au courant de votre… situation particulière. Elle voulait appeler le 15. Je lui ai dit que je vous connaissais bien et qu'un peu de repos vous suffirait, elle m'a donc demandé de vous surveiller. Mais rassurez-vous, votre… Lucie s'est bien chargée de me faire comprendre que je n'étais pas autorisée à m'approcher davantage de vous.

Il avait plissé les yeux en direction d'une chaise située à côté du lit et j'eus un regard de reconnaissance envers mon amie fantomatique. Mademoiselle Ravian était l'infirmière du lycée, mais je ne la voyais nulle part. Elle avait dû quitter son poste à la fin de sa journée, me laissant aux "bons soins" de son collègue. Je retournai la tête vers la goule pour lui offrir mon expression la plus méprisante.

- C'est bien, vous progressez, vous admettez enfin son existence. Mieux vaut tard que jamais…

Lucie se saisit d'un verre pour le remplir d'eau et me l'offrir, et Keyes écarquilla brièvement les yeux.

- Ainsi, elle serait avec vous depuis le début ?

- Ça fait 8 ans qu'elle est à mes côtés.

- Alors pourquoi n'est-elle pas intervenue plus tôt ?

Je réprimai une grimace. Comme si c'était sa faute… Je décidai tout de même de lui donner une leçon.

- Si les esprits pouvaient si facilement interagir avec le monde des vivants, leur existence serait connue de tous. Il leur faut prendre conscience de leur état, apprendre à maîtriser leur nouveau corps... La plupart n'y arrivent pas ou alors ce sont des fantômes violents, irrationnels. Moi-même j'ignorais leur fonctionnement à l'époque. Je savais simplement que je voyais et entendais des choses qui restaient invisibles et muettes aux yeux des autres. Mais mes parents adoptifs m'ont beaucoup appris et Lucie s'est entraînée à interagir avec le monde réel. Depuis vos récentes frasques, j'ai eu l'autorisation de la garder continuellement avec moi, pour me protéger. Je sais que je peux compter sur elle en toute situation.

Keyes allait répondre quelque chose, mais la porte de l'infirmerie s'ouvrit et la goule s'inclina immédiatement, me permettant de deviner l'identité du nouveau venu. Steren apparut bientôt à mes côtés et fit signe au médecin de déguerpir d'un claquement de doigt. Je souris intérieurement face à la soumission dont il devait faire preuve face au vampire.

- Nathalia. On m'a averti que tu t'étais évanouie en classe. Que s'est-il passé ? Et que faisait-il ici ?

Je perdis immédiatement toute envie de rire.

- Primogène Ewans. Il n'y est pour rien pour une fois, l'infirmière lui a simplement confié les lieux en son absence. De toute façon, Lucie était là pour le surveiller. C'est de ma faute si je suis ici. Je… Il semblerait que je sois tombée de fatigue. Je n'avais pas dormi depuis la veille. Désolé de vous avoir dérangé. Je sais que je ne dois pas négliger ma santé, je ferais plus attention à l'avenir...

Je ne voulais pas qu'il inquiète ma mère pour cela. Il ne restait tout juste qu'un mois avant la fin et il était hors de question que j'abandonne maintenant. Je savais cependant que si je ne me montrais pas suffisamment raisonnable, Aïlin n'hésiterait pas à me retirer du lycée pour m'obliger à reprendre un rythme de vie plus sain.

Steren s'approcha du lit et s'y assis avant de prendre mon poignet entre ses doigts, me laissant deviner sans mal ce qu'il comptait faire. Dans l'état cotonneux où je me trouvais, je ne fis pas un geste pour résister à son emprise malgré le frisson qu'il m'arracha. Je ne détournai même pas le regard, comme toujours fascinée à l'idée qu'il puisse boire mon sang aussi naturellement. Cependant cela ne dura que quelques secondes, et lorsqu'il relâcha mon poignet, il ne restait déjà plus aucune trace de la morsure. La quantité de sang prélevée devait être négligeable, pourtant je sentis à nouveau ma tête me tourner et Steren me prit dans ses bras pour m'empêcher de tomber.

- Ton organisme est sévèrement affaibli. Tu as tout intérêt à améliorer ton hygiène de vie. Ce soir, je vais te raccompagner jusqu'à ta chambre mais je reviendrai te voir dans une semaine. Si tu perds à nouveau connaissance où si tu ne changes pas radicalement tes habitudes, je le saurais à travers ton sang et je n'aurais d'autre choix que de t'exclure de cet établissement. De toute façon tu ne pourras pas forcer ainsi sur ton corps en gardant une concentration optimale.

Je hochai faiblement la tête et il me souleva tandis que Lucie emportait mon sac. Dans les couloirs de l'établissement plongés dans l'obscurité, je ne pus m'empêcher de sourire niaisement en imaginant de quoi nous pouvions avoir l'air. Steren me portait sans manifester la moindre difficulté, comme si je ne pesais rien, alors que mon fantôme était presque obligée de courir pour se maintenir à sa hauteur, tenant mon sac entre ses bras par peur de le laisser tomber. Nous atteignîmes cependant ma chambre sans rencontrer qui que ce soit. Je m'étais laissé porter tout le long sans faire le moindre geste. Tout comme pour ma mère, j'avais une totale confiance en lui malgré sa nature, et je n'avais aucune difficulté à me laisser aller entre ses bras. Il me déposa simplement sur mon lit, mais alors que je m'attendais à ce qu'il reparte dans la seconde, il s'appuya sur mon bureau pour en parcourir le contenu.

- Il ne reste plus que quelques semaines avant la fin de cette expérience. Je suis vos résultats avec attention, comme tu t'en doutes, et je ne pensais honnêtement pas que tu parviendrais aussi loin. Je suis aussi très satisfait de l'investissement que tu nous as proposé, cela va sans dire. Ce garçon est réellement prometteur. D'ailleurs, je te fais confiance pour ne plus chercher à le recontacter à l'issue de ta scolarité.

- Oui, je m'en doutais bien. Je pense qu'il s'épanouira sous vos ordres. Il ne vit que pour la connaissance.

Il eut un infime sourire, comme s'il se moquait de la manière dont j'idélisais la malédiction vampirique.

- Quand bien même il recevrait l'étreinte, ce n'est pas pour autant que tu le reverras. Contentes-toi de l'oublier.

Cela m'était impossible, évidemment, mais je devais faire comme si. Je hochai mollement la tête, épuisée par le mal de crâne lancinant dû à mon manque de sommeil.
Satisfait de ma réponse, le vampire posa brièvement sa main sur ma tête, comme pour me souhaiter bonne nuit, avant de quitter la pièce. Même si j'avais dormis quelques heures à cause de mon évanouissement, j'étais toujours aussi épuisée et je trouvai le sommeil en quelques secondes.

Le lendemain, je trouvai à mon réveil un petit paquet de feuilles glissées sous ma porte, et je souris en reconnaissant l'écriture de Kevin. Mon ami avait bravé l'interdit pour me faire parvenir la fin du cours de Physique-Chimie, confirmant à nouveau l'amitié qu'il éprouvait pour moi. Je n'avais cependant pas oublié les consignes de Steren et je me préparais doucement à l'abandonner.

Ce fut la dernière semaine de cours "classiques". Il semblait que Steren s'était mêlé de notre apprentissage car la semaine suivante, les cours et examens de langues vivantes, mais aussi les mathématiques et de communication avaient disparu au profit de journées entières d'étude et de recherche sous la surveillance de goules Tremeres. Le lundi était intégralement consacré à la cryptologie, aux techniques pour transmettre un message codé ou le décrypter. Le mardi, nous étudions la société humaine dans ses mécanismes : politique, économie, manipulation de masse, désinformation et mouvements sociaux. Le mercredi était dédié aux principes physiques et chimiques de notre monde, le jeudi aux fonctionnement du cerveau humain et le vendredi à la biologie et la médecine. Uniquement des matières utiles aux futurs vampires que nous étions.

Mon camarade s'était bien évidemment étonné de ces changements soudains, et j'avais dû simuler l'étonnement. Malgré tout, j'étais reconnaissante à mon père d'avoir modifié le programme. Je préférais travailler sur des choses qui pouvaient me servir tôt ou tard, et j'avais été débarrassée des mathématiques au passage. Ces nouvelles semaines de cours étaient bien plus stimulantes, de sorte que malgré la fatigue et la difficulté, je ne voyais pas le temps passer et les quatre dernières semaines filèrent à toute vitesse.

Steren était passé me voir dans ma chambre, une semaine plus tard. Il m'avait évidemment trouvé en train de travailler malgré l'heure tardive, mais je m'étais astreint à un minimum de cinq heures de sommeil par nuit et j'étais en bien meilleur état. Il s'était donc contenté d'un léger sourire et d'un encouragement à continuer mes efforts sur les trois dernières semaines. J'imaginais sans mal que pour un Tremere, faire passer l'acquisition de connaissance avant sa santé était une valeur honorable.

Au final, j'étais parvenue à maintenir ma moyenne jusqu'à la fin de l'année bien que je frôle le 10/20 en physique-chimie. Je n'aurais sans doute pas réussi à tenir ne serait-ce qu'un semestre de plus, mais j'étais satisfaite de l'ensemble de ma scolarité et je ressentais un accomplissement jusqu'alors inédit. Je m'étais battue pour obtenir ces résultats et j'avais appris plein de choses. J'avais fait la connaissance de mon premier et probablement unique ami humain, découvert le fonctionnement d'une partie de la fondation Tremere, gagné le respect de mon père adoptif et affronté mes peurs en la personne de Keyes.

Le midi du dernier jour de cours, je ne pus m'empêcher de serrer la main de Kevin avec une émotion toute particulière. Avoir connaissance de son destin et n'avoir rien le droit de dire avait quelque chose de frustrant, mais je tâchai cependant de ne rien montrer.

- Kevin ! Ce soir nous aurons terminé nos études secondaires. Ma mère me fait chercher dès la fin des cours donc je n'aurais pas le temps de repasser par l'internat. Ce fut un plaisir et un honneur de faire ta connaissance, j'espère qu'on se recroisera.

- Tu dis cela comme si c'était un adieu.

Il avait perdu tout sourire et me transperçait de son regard.

- Et bien, tu dois travailler encore quelque temps pour rembourser tes études, si j'ai bien compris. Et ils t'ont interdit d'utiliser ton téléphone à des fins personnelles. De mon côté, je ne peux pas te donner mon adresse, mais j'imagine que tu as retenu mon numéro de portable. Par contre, je vais probablement partir à l'étranger pour voir le monde donc je ne serais pas joignable pendant un moment. Pourquoi ne pas se donner rendez-vous dans deux ans ? Le 31 mai 2015. Ca tombe un samedi. Disons 21 heures devant la bibliothèque universitaire.

- C'est assez brusque. On dirait que tu as tout prévu depuis un moment.

Je haussai les épaules. Difficile de mentir devant quelqu'un d'aussi perspicace.

- Ces derniers temps n'ont pas été de tout repos. J'aurais aimé que l'on puisse fêter la fin de nos études ensemble. J'imagine qu'on recevra nos diplômes d'ici quelques semaines, mais je serais déjà loin. J'ai besoin de m'évader avant de rentrer dans le monde du travail. Ma mère a prévu de me faire intégrer son entreprise et j'ai deux ans devant moi pour m'y préparer mais aussi profiter de ma vie. Je compte bien le faire à fond. Je suis vraiment heureuse de t'avoir rencontré, Kevin. J'espère qu'on se reverra. Je serai là à la date prévue. Je t'attendrai.

- Je vois. À dans deux ans dans ce cas, je n'oublierais pas. Je ne te souhaite pas bonne chance pour le dernier examen, tu n'en as pas besoin.

Nous nous séparâmes sur ces paroles avant d'entrer dans la salle pour la dernière épreuve de ma scolarité. J'eus un peu de mal à me concentrer tant j'avais l'esprit ailleurs, mais finalement ce n'était plus très important. Je savais dores et déjà que j'avais obtenu mon diplôme et c'était tout ce qui important. Dès le lendemain, j'allais rejoindre le monde de la nuit, là où était ma place.

À l'issue des quatre heures, je ne pris même pas le temps de m'étirer et m'empressai de ramasser mon matériel. J'avais déjà vidé ma chambre et empaqueté toutes mes affaires pour ne pas avoir besoin de retourner à l'internat. À présent que nos adieux avaient été faits, je ne voulais surtout pas passer plus de temps que nécessaire auprès de Kevin de peur de craquer et me mettre à pleurer. Je le saluai d'un signe de la main accompagné d'un sourire de façade, craignant que ma voix me trahisse si je lui reparlais.

J'avais quitté le système scolaire à la fin de l'école primaire, et mes "bizarreries" ne m'avaient pas permis de me faire des amis à cette époque. Kevin était le seul être humain normal qui avait daigné m'accepter dans sa vie. Et égoïstement, je l'avais privé de son avenir uniquement pour avoir un rival et dans l'espoir de le retrouver en tant que vampire.

La veille, Steren m'avait envoyé un message m'ordonnant de l'attendre dans la salle de repos des goules jusqu'à la fin de la nuit, et je m'y précipitai à peine sortie de classe, mais dans l'ascenseur, je ne pus m'empêcher de craquer. Heureusement, il n'y avait personne d'autre que Lucie pour me voir pleurer…

Je n'éprouvai pas cette euphorie que j'avais imaginé à l'idée de terminer ma scolarité. Je reprenais du même coup conscience de mon existence en tant que paria, plus vraiment humaine mais pas encore vampire. Stephania et Evguenia ayant quitté la ville, j'allais sans doute passer les nuits à venir aux côtés de ma mère et Sybile. Quelque part, j'espérais aussi que le primogène Senek aurait une tâche à me confier, pour m'occuper.

Je passai le reste de la nuit à m'occuper tranquillement dans les sous-sols de la fondation, attendant qu'Alendro vienne me chercher. À cette période de l'année, le soleil se levait aux alentours de 6h20 du matin, je savais donc que je devrais attendre au moins jusqu'à 5 heures. Lorsque la goule de mon père arriva, j'avais séché mes larmes depuis bien longtemps et avais retrouvé mon enthousiasme habituel. Après tout, Sybile ne m'avait-elle pas dit qu'il avait "un rôle à jouer dans mon aventure" ? Ses prédictions se vérifiaient toujours, je savais donc que j'allais le revoir tôt ou tard. Comme pour mes amies Evguenia et Stephania, il suffisait d'attendre. Et j'étais promis à la vie éternelle…

Dans la voiture qui me ramenait à la maison, je dissimulai tant bien que mal mon impatience à l'idée de revoir ma mère.

- Bonsoir, Père.

- Nathalia. Félicitations pour la fin de tes études.

- Merci ! Je vais enfin retrouver un rythme de vie nocturne ! Et passer du temps avec maman et Sybile.

- Quelle impatience à abandonner le soleil… Je crois qu'Aïlin a prévu des choses pour toi. Je te donnerai sans doute aussi quelques travaux lorsque j'aurais le temps. Je ne voudrais pas que tu plonges dans l'oisiveté.

Je fis la moue. J'étais encore amère d'avoir abandonné ma seule raison de côtoyer l'astre solaire.

- Je n'ai plus aucune raison de sortir en journée et côtoyer d'autres humains ne me serait vraiment d'aucune utilité. Et puis c'est plus facile de protéger la Mascarade ainsi.

- Tu as raison bien entendu, c'est plus rationnel. Mais tu t'éloignes encore de ton humanité. Peut-être devrais-tu demander à Matheod de t'introduire auprès de quelques Toreadors. Il ne faut pas que tu te coupes totalement des vivants, sinon tu ne sauras plus comment te faire passer pour eux lorsque tu seras étreinte.

- Je vois. Pourquoi pas… Je le contacterai bientôt. Ça peut être amusant.

Je m'imaginais déjà la tête d'Emanuel Do Santos et des greluches qui le suivaient partout. De ce que j'avais compris, Matheod était un tantinet influent au sein du clan de la Rose, et il avait les faveurs du primogène Maximilien Damany. S'il m'invitait quelque part, même le prétentieux vampire n'aurait pas son mot à dire.

Jusqu'à présent, si j'avais déjà été "invitée" à une exécution publique par le Prince, je n'avais jamais cherché à fréquenter l'Elyseum ni les soirées officielles de la Cour. Je savais que Le Gardien de l'Elyseum et le Maître des Harpies étaient des vampires particulièrement puissants dans la Cité et j'étais un peu effrayée à l'idée d'y faire mon entrée comme future infante de la primogène Malkavienne. Ma mère était appréciée et avait de nombreux soutiens, mais j'allais devoir veiller à ne surtout pas ternir son image, car tout le monde ne pardonnerait pas mon humaine maladresse et encore moins ma fierté mal placée.
Steren se mêlait généralement le moins possible à ces mondanités, mais ma mère y forgeait ses alliances politiques et je savais que je devrais les fréquenter une nuit ou l'autre.

Mes pensées cheminant, nous arrivâmes à la maison, et je me précipitai hors de la voiture et récupérai mes affaires dans le coffre avant de rejoindre le grand salon. Ma mère m'y attendait, aussi belle que d'habitude, et j'abandonnais immédiatement mon gros sac sur le sol pour m'asseoir à ses côtés.

- Mam! Chuir mi crìoch air mo chuid ionnsachaidh mu dheireadh ! Tha mi saor airson ùine sam bith a tha mi ag iarraidh ri do thaobh a chaitheamh. [Maman ! J'ai enfin terminé mes études ! Maintenant je suis libre de passer tout le temps que je veux à tes côtés.]

Outre le bonheur de retrouver sa présence et son affection, je pouvais à nouveau parler l'ancien gaëlique, et c'était bien la seule personne avec qui je pouvais le faire ! Elle me serra dans ses bras avec tendresse et je soupirai de soulagement. Ma mère vampire, la seule et l'unique.

- Ma chérie. J'ai l'impression que tu as maigri. Maintenant que tu es de retour à la maison, je vais pouvoir veiller sur toi. Nous avons beaucoup de choses à faire avant ton étreinte. Je vais enfin pouvoir commencer ton initiation. Je veux que tu sois prête, que tu n'ignores rien des coutumes de notre monde. Deux ans ne seront pas de trop.

Elle caressait doucement mon visage et je n'avais aucun mal à croire que j'étais la chose la plus précieuse à ses yeux.

- Je serais attentive, je ferai attention à tout ce que tu me diras. Je veux que tu sois fière de moi et faire en sorte que la malédiction ne se répète pas.

Je ne pouvais oublier l'histoire poignante de cette enfant morte dans le ventre d'Aïlin lors de son Étreinte, et celle d'Alana, brûlée vive bien des siècles auparavant. Ma mère avait déjà perdu deux filles par le passé ; il était hors de question que je sois la troisième.

Ce matin-là, en m'endormant, je réfléchis à ma vie passée. Le choix que j'avais fait ce soir-là, lorsque j'avais accepté de les suivre. Tous les vampires que j'avais rencontrés, les alliances que j'avais déjà nouées. Les nuits à venir allaient être passionnantes, je n'en doutais pas une seule seconde…


Fin du chapitre 25

C'est la fin d'un arc narratif dans cette histoire et un tournant dans la vie de Nathalia. ^^ Les nuits suivantes vont être bien occupées...