Chapitre 9 : Besoin de réconfort
Il était enfin l'heure de descendre pour déjeuner. Hermione se hâta donc de rejoindre la Grande Salle espérant que ses amis seraient réveillés eux aussi. Elle poussa les grandes portes et ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à la table de Serpentard. Il n'y avait que très peu d'élèves, et parmi eux, elle aperçut le blond.
Elle détourna rapidement le regard vers la table qui l'intéressait réellement et fut ravie de voir que parmi les quelques élèves de Gryffondor, seul Harry était présent. Il était assis devant une assiette de toast et de bacon, un verre de jus de citrouille à la main. En s'approchant de lui, la brune remarqua qu'il paraissait atteint d'une fatigue extrême, de grands cernes arboraient ses yeux.
- Harry !
- Salut Hermione, bien dormi ?
- Parfaitement, je ne te demande pas, vu ta tête tu n'as pas dû fermer l'œil de la nuit, je me trompe ?
- Encore un de tes cauchemars ? s'inquiéta-t-elle, après qu'il eut hoché la tête d'un air grave.
- Oui. Je pensais que peut-être en revenant ici, en étant avec vous tous, j'oublierai un peu et que je pourrais enfin dormir. Mais non, j'ai peur de fermer les yeux pour m'endormir, peur de tous les revoir morts. Et je n'ose plus prendre de potion de sommeil, j'ai peur de devenir addicte.
- Je sais Harry, souffla-t-elle en posant sa main sur celle de son frère. Tu n'es pas tout seul, tu le sais ça ?
- Oui. Mais je les revois toutes les nuits, Hermione. Sans cesse. Ils me hantent, je me sens tellement coupable, dit-il d'une voix tremblante.
- Tu ne dois pas te sentir coupable, ils se sont battus vaillamment et toi aussi, tous pour la même cause. Il ne faut pas continuer de s'accabler de culpabilité, mais honorer leurs mémoires. Ils étaient conscients de ce qu'ils faisaient, ils ne le méritaient pas, mais on ne peut rien y faire Harry. C'est ce que j'essaye de me convaincre aussi, tu sais. Maintenant, il faut se relever et vivre à nouveau. C'est ce qu'ils auraient voulu qu'on fasse, tous. J'en suis certaine.
Il baissa la tête, puis regarda Hermione dans les yeux et tenta d'esquisser un sourire, qui ressemblait plus à une grimace qu'autre chose.
- Allez, ça va aller, dit-elle en passant une main dans le dos du brun pour le réconforter.
- Tu as réussi à bien dormir toi, non ? Tu me parais de très bonne humeur, dit-il avec ce qui ressemblait maintenant davantage à un sourire.
- C'est vrai, que j'ai très bien dormi. Ce qui ne m'était pas arrivé depuis vraiment longtemps, et cela m'a mise de merveilleuse humeur à vrai dire, répondit-elle en souriant elle aussi.
- Je vois ça, et d'ailleurs, tu ne m'as pas raconté, comment se passe ton nouveau rôle de Préfet-en-Chef ? Nous n'avons pas vraiment pu en parler hier soir.
- Eh bien, je pense que ça pourrait être pire, honnêtement. Nous avons un superbe appartement, j'ai ma propre chambre, et crois moi elle est gigantesque. En plus, nous avons une grande bibliothèque et un grand salon. C'est vraiment luxueux, si tu veux mon avis. Il faudrait que tu viennes, pour visiter. Tu verras, tu ne vas pas en revenir.
- Je viendrai alors, dit-il en riant de voir l'enthousiasme de la jeune fille devant lui. Et avec Malefoy ? s'enquit-il avec appréhension.
- Oh, tu sais... Il est toujours le même, je pensais sérieusement qu'il avait changé. Que maintenant qu'il n'était plus sous l'emprise de son père, il se montrerait comme il est vraiment, mais apparemment il est vraiment comme ça, répondit-elle en haussant les épaules. À vrai dire je suis un peu déçue, je pensais vraiment qu'il allait changer, mais il reste le petit con et arrogant, qui prend les autres pour des moins que rien.
- Je ne suis pas très étonné, s'il avait voulu être quelqu'un de bien, il aurait pu venir rejoindre notre camp quand il en avait la possibilité. Mais au lieu de cela, il a rejoint les Mangemorts, et ça m'étonnerait qu'il regrette, j'ai bien vu la haine dans ses yeux les années précédentes.
- Je ne pense pas qu'il ait voulu tout ça, tu sais il n'avait pas vraiment le choix et...
- On a toujours le choix, Hermione, la coupa-t-il.
- Non, Harry. Tu ne peux pas dire ça. Tu avais le choix toutes ces années ? Il était menacé et tu le sais, ça ne veut pas dire que je l'excuse de tout ce qu'il nous a fait endurer, mais il n'empêche que Voldemort vivait sous son toit et qu'il était constamment menacé de mort. Il reste l'idiot qu'il a toujours été avant que Voldemort ne revienne, mais toutes les horreurs qu'il a dû vivre ne sont pas sa faute, tu devrais le savoir, gronda-t-elle les sourcils froncés.
- Tu as raison, soupira-t-il. Je sais qu'il n'a pas pu se défendre, mais je n'arrive pas à m'imaginer qu'il n'a pas voulu tout ça, quand on était au Manoir Malefoy ou à la Tour d'Astronomie, toute sa haine paraissait si réelle.
- Je ne pense pas qu'elle l'était, rappelle-toi, il n'avait pas le choix. Enfin bon, reprit-elle, assez parler de lui.
- Qu'est-ce que tu dois faire en tant que préfète ? Quelles sont tes missions ? ajouta-t-il avec un sourire moqueur.
- Rien de bien différent de notre cinquième année, mais cette année McGo' nous as demandé d'organiser des sortes d'activités, de sorties et autres, pour changer un peu d'air, tu vois ?
- Et c'est pas mal, non ?
- Hum, je ne sais pas si on peut vraiment dire ça. J'ai bien envie d'organiser tout ça, mais j'en ai rapidement parlé à Malefoy ce matin, pour bien lui faire comprendre qu'on allait devoir s'entendre un minimum, mais il s'est énervé en disant qu'il ne ferait pas, je cite "ces trucs idiots", et il est parti en claquant la porte, soupira-t-elle.
- Eh bien, ça m'a l'air d'être bien parti !
- Te moques pas, lui dit-elle en lui donnant un léger coup à l'épaule, il va bien falloir que nous fassions quelque chose, nous n'avons pas vraiment le choix.
- Ne t'inquiètes pas, il se calmera et si ce n'est pas le cas, j'irai lui remettre les idées en place à cet idiot.
- Ne dis pas de bêtises, tu ne vas rien faire du tout, je m'en occuperai très bien toute seule, ricana-t-elle en levant les yeux au ciel.
- Mais oui, je n'en doute pas, lui répondit-il après un clin d'œil. Mais enfin bon maintenant que je sais que tu es ma sœur, j'adore jouer au grand frère protecteur, pouffa-t-il.
- J'avais remarqué, lança-elle avec un grand sourire aux lèvres, même si je t'ai toujours considéré comme tel, le savoir me rapproche encore plus de toi, comme si je ressentais encore plus le besoin de savoir que tu vas bien, de te parler, te protéger, c'est assez étrange.
- Je ne trouve pas ça étrange, au contraire, je pense que c'est normal, fit-il en haussant les épaules. Nous n'avons jamais su, que nous avions un frère ou une sœur, ni jamais ressenti véritablement un lien fraternel avec qui que ce soit, et j'ai comme l'impression qu'une sorte de magie joue là-dedans. Comme si quelque chose nous reliait définitivement maintenant.
- Peut-être, que le fait de l'avoir appris a en quelque sorte libéré quelque chose ? Tu ne crois pas ?
- Sûrement, je ne sais pas, dit-il en haussant à nouveau les épaules.
- Il faut que nous fassions des recherches alors, que nous nous renseignons, il y a peut-être quelque chose que nous ne savons pas, s'émerveilla-t-elle à l'idée de découvrir des choses.
Elle s'était redressée et regardait Harry avec des yeux pétillants d'excitation. Il sourit à cette vue. Elle n'avait pas changé sur ce point-là. Hermione Granger était toujours aussi passionnée par ses études.
- Je suis partant, mais je pense que nous en saurons déjà plus quand Rogue sera de retour, il en sait sûrement beaucoup.
Hermione posa sa tête dans sa main, l'air interloqué par ses derniers mots. Son entrain s'était vite dissipé.
- Tu sais, ça m'a vraiment fait un choc hier de savoir qu'il était en vie. J'étais déjà très étonnée lorsque j'ai appris qu'il était mon parrain, mais maintenant, je sais qu'il va pouvoir tout me dire, enfin j'espère, soupira-t-elle. Et dire que toutes ces années, il a fait comme si de rien n'était, je ne comprends pas, dit-elle en baissant la tête vers son autre main.
- C'était pour te protéger, me protéger, il ne faut pas lui en vouloir, je pense qu'il n'a fait que suivre les instructions de Lily. Moi aussi ça m'a fait un choc tu sais, il est mort dans mes bras, du moins, je le croyais. Et après tout cela, j'ai appris que tout le long de mes années à Poudlard, il m'a constamment protégé, dans l'ombre. Nous lui devons tous beaucoup, sans lui la Guerre n'aurait sûrement pas pris la même tournure, il a risqué sa vie pour nous tous. A vrai dire, j'appréhende aussi beaucoup le jour où il va revenir.
- C'est bien ce qui me fait peur, il a toujours semblé me détester, me lançait des remarques constamment, qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? "Hey, au fait tu le sais déjà mais tu es mon parrain, d'ailleurs, pourquoi me l'avoir caché, pourquoi n'avoir jamais rien dit ?", dit-elle en secouant la tête d'un air dépité.
- Mais non, ne t'inquiètes pas, nous y réfléchirons ensemble, et nous irons le voir tous les deux si tu veux. De toute manière, nous avons encore le temps, il ne revient qu'en octobre.
Elle hocha la tête et posa sa tête sur l'épaule du brun après un long soupir. Il passa une main dans son dos pour la réconforter, comme elle l'avait fait pour lui quelques minutes plus tôt. La salle s'était un peu plus remplie, mais toujours aucun signe du reste de la troupe de Gryffondor. La plupart d'entre eux avaient veillé tard la veille, fêtant leur retour à Poudlard.
- Tu viendras à l'appartement après nos cours de cet après-midi ? Je proposerais aussi aux autres, histoire qu'on se retrouve tous ensemble, le salon est grand.
- Évidemment, d'ailleurs j'ai hâte d'avoir nos emplois du temps ! Mais oui je serais là, j'ai hâte de découvrir l'endroit où tu vis, sourit-il.
- Parfait, dit-elle avec de nouveau un grand sourire aux lèvres.
Alors qu'Hermione commençait enfin à se servir de quoi manger, à l'autre bout de la salle, un jeune homme les dévisageait, de ses deux yeux gris. Il les observait. L'un contre l'autre.
