Chapitre 17 : La Lune

Le lendemain matin, le réveil fut difficile pour les huit élèves. La fatigue et une forte migraine pour certains se faisaient ressentir. Le ciel était à nouveau couvert par de gros nuages gris et la pluie s'abattait sur Poudlard. Seulement deux semaines étaient passées depuis la rentrée, mais les élèves de dernière année étaient épuisés et surchargés par les professeurs. Seule Hermione était assez organisée pour avoir pris de l'avance et n'avait donc pas besoin de travailler autant que ses amis ce jour-là. Elle avait la matinée de libre pour se remettre de la soirée de la veille.

Lorsque la jeune femme sortit de sa chambre, le séjour était vide, ce qui n'était pas habituel étant donné l'heure. Habituellement, Malefoy s'y trouvait déjà. Elle se fit la réflexion qu'il devait être au petit déjeuner et descendit rejoindre la Grande Salle. Sur le chemin, elle croisa Harry, qui marchait dans sa direction.

- Hermione ! Je montais te chercher, sourit-il. Bien dormi ?

- Pas assez, ricana-t-elle. Tu voulais me dire un truc ?

- Oui ! Je pensais que... Tu sais Ginny et moi c'est sérieux, c'est la sœur de Ron et ta meilleure amie. Je me disais que peut-être nous pourrions lui dire que nous sommes jumeaux et tout le reste, non ? J'aimerai éviter qu'elle pense la même chose que Ron, ajouta-t-il en se frottant la nuque.

- Bien sûr, nous aurions dû le faire avant, d'ailleurs, ça m'était complètement sorti de la tête.

- Super, tu es la meilleure, répondit-il en lui embrassant la joue.

- Evidemment ! Tu en doutais ?

- Fais gaffe, tu passes peut-être un peu trop de temps avec Malefoy, tu reprends ses habitudes arrogantes, lui fit-il remarquer avec un clin d'œil.

- N'importe quoi, s'exclama-t-elle d'un air faussement outré. Je plaisantais !

- Je sais, je te taquine. Bon, je vais aller voir Ginny tout de suite, comme ça ce sera fait, sourit-il, à tout à l'heure.

- Bonne chance, ricana-t-elle.

Il partit directement, courant presque, en direction de la salle commune de Gryffondor, faisant sourire sa sœur. Son ventre criant famine, Hermione se hâta de rejoindre la Grande Salle.

En entrant, la jeune femme ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à la table de Serpentard. Zabini et Nott étaient assis côte à côte et Pansy en face d'eux, mais aucun signe de Malefoy, ce qui étonna Hermione qui ne l'avait jamais vu manquer un petit-déjeuner. Elle savait qu'il lui arrivait de s'isoler dehors, mais avec le temps qu'il faisait ce n'était pas envisageable. Est-ce qu'il dormait ? Elle avait aussi remarqué qu'il ne dormait jamais plus tard qu'elle.

Peut-être avait-il raison finalement, elle l'observait souvent. Trop souvent.

Elle détourna le regard et vint s'asseoir près de Neville. Luna était aussi assise à leur table, ce qui lui arrivait souvent depuis qu'elle sortait avec le brun. Ils étaient inséparables et très complémentaires. Ce qui au premier abord avait étonné la jeune femme qui ne les aurait jamais imaginés ensemble. Elle savait que Neville avait été un véritable point de repère pour la Serdaigle, après la mort de son père. En effet, Xenophilius Lovegood avait été tué quelques jours avant la Bataille de Poudlard, rendant Luna orpheline . Cette dernière avait été dévastée par son décès, et même si elle répétait souvent tout un tas de théories saugrenues sur la mort, Hermione avait bien remarqué que la jeune femme était différente depuis.

Ron était aussi attablé avec eux, assis près de Seamus et Dean. Ils étaient en pleine conversation à propos de la nouvelle feinte de l'attrapeur de l'équipe d'Angleterre. Hermione n'écoutait pas un mot des discussions qu'il y avait autour d'elle, plongée dans ses pensées et son assiette.

oOo

Après s'être rempli le ventre, la jeune femme quitta la Grande Salle pour rejoindre directement la bibliothèque. Elle voulait lire en silence, sans risquer d'être interrompue par son agaçant colocataire, ou par ses amis. Arrivée là-bas après être allée chercher de quoi lire dans les différentes étagères, elle retrouva le petit coin qu'elle aimait tant - au sol, près de la Réserve - et put enfin commencer sa lecture.

Alors qu'elle était plongée dans un ouvrage d'Arithmancie, elle fut dérangée par Théodore et Blaise qui vinrent s'installer à ses côtés. Elle ne les remarqua pas immédiatement, trop concentrée par sa lecture, et Blaise dut se racler la gorge pour qu'elle se rende enfin compte de leur présence.

- Oh, salut, je ne vous avais pas vu, s'excusa-t-elle en grimaçant légèrement.

- Nous avions remarqué, plaisanta Théodore.

- Pas trop fatigués ? demanda-t-elle.

- Tu te poses vraiment la question ? Vu nos têtes je pensais qu'il était évident que nous avions peu dormi.

- Ah bon ? s'étonna-t-elle naïvement. Pourtant, vous êtes rentrés plus tôt que les autres avec Pansy, non ? Vers une heure, je crois.

- Euh... Oui, c'est vrai, elle m'a aidé à rentrer avec Blaise, qui voulait que nous nous couchions, car nous étions très... Fatigués, bafouilla Théodore, en rosissant légèrement.

- Oh. Je vois. Je comprends mieux. J'étais fatiguée aussi, répondit-elle avec un clin d'œil.

- Sérieux ?! Raconte-nous, je veux tous les détails ! C'était qui ? Drago ? J'en étais sûr, j'ai vu les regards que vous vous lanciez pendant la soirée, c'était évident, j'en-

- Attends mais qu'est-ce que tu racontes, Zabini ?! le coupa Hermione, dont les joues avaient pris instantanément la même teinte que celles de Théodore.

- Eh bien, tu n'insinuais pas que... tu avais passé une bonne soirée ?

- Mais absolument pas ! Je faisais simplement comme si je n'avais pas compris vos sous-entendus justement, pouffa-t-elle. Je n'ose même pas penser à ce que tu as pu t'imaginer ! Avec Malefoy en plus ?! maugréa-t-elle en grimaçant. Non mais sérieusement, Zabini.

Les deux amants se jetèrent un regard amusé, mais ne dirent rien de plus. Hermione s'était replongée dans son livre, vite suivie par Théodore qui était allé s'en chercher un aussi. Le jeune homme s'était calé contre Blaise et lisait silencieusement.

oOo

Il était presque midi lorsque Drago ouvrit les yeux. Il était bien dans son lit, dans sa chambre à Poudlard. Mais quelques secondes plus tôt, il était tout autre part. Il venait d'émerger d'un rêve étrange.

Il était installé dans un cinéma moldu, regardant un film - probablement comique tant le public riait. Mais il n'était pas seul. A ses côtés, était assis un petit garçon blond. Son portrait craché, il aurait presque pu croire qu'il était avec son "lui-du-passé". Une vraie bouille d'ange.

Mais ce qui lui faisait être certain que ce n'était pas le cas, était la jeune femme de l'autre côté du petit. Ils se tenaient la main, et régulièrement elle lui chuchotait des choses, comme si elle lui expliquait certains détails du film. Eux aussi paraissaient rire aux éclats et être pleinement heureux. Drago avait du mal à apercevoir les traits de la jeune femme, à cause de l'obscurité. Mais du peu qu'il voyait, elle avait les cheveux légèrement bouclés, plutôt ondulés, un petit nez, une bouche fine et de longs cils. Ses cheveux semblaient être bruns, ou peut-être châtains, il n'en était pas certain. Au bout d'un certain temps, le petit garçon avait pris la main de Drago, il tenait donc sa main et celle de la jeune femme, comme si tout était naturel et normal pour lui.

Le jeune homme n'eut pas le temps d'en voir davantage, puisqu'il se réveilla en sursaut, sans aucune raison. Il se redressa vivement en ayant du mal à se rendre compte de l'endroit où il se trouvait. Il était plein de sueur et sa respiration était hachée, comme au réveil d'un cauchemar. Il était sérieusement perturbé par son rêve dont il se rappelait parfaitement chaque détail, chaque couleur, chaque son et chaque sensation.

Il tâta le matelas et les couvertures qui l'entouraient pour revenir complètement à la réalité. Lorsqu'il réussit enfin à émerger complètement, il put reprendre une respiration normale. Ses yeux parvenaient difficilement à s'adapter à la lumière du jour et les contours de sa chambre étaient flous. Il posa ses mains de chaque côté de son corps et laissa retomber sa tête en arrière, reprenant difficilement possession de ses moyens.

Le rêve lui avait paru tellement réel qu'il avait du mal à s'en remettre et à sortir de sa tête les images de cette étrange hallucination. Il ne parvenait pas à comprendre et avait l'impression qu'il s'agissait d'un souvenir, tant les détails étaient clairs et précis. Pourtant, cela ne pouvait pas être un souvenir, il y avait un enfant qui lui tenait la main, jamais il n'avait vécu une telle chose. Il était perdu.

Après quelques minutes supplémentaires durant lesquelles il reprit complètement ses esprits, Drago se leva et se rendit directement à la douche. Il n'avait même pas pris le temps de regarder l'heure, mais s'imaginait bien qu'il était tard.

L'appartement était silencieux et malgré la pluie, la lumière du jour était assez vive, trop vive. Après une douche revigorante qui lui fit le plus grand bien, sortant de son esprit les images de son rêve, il retourna dans sa chambre s'habiller. Il en profita pour lancer un Tempus, et comme il l'avait deviné, il était tard, trop tard. Il détestait cela. C'était déjà l'heure du déjeuner et il n'avait rien pu faire de sa matinée. Lui qui aimait tant profiter des heures matinales et du calme de l'aube, c'était raté. Le proverbe qui disait que "l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt" avait un sens très important à ses yeux. Il profitait toujours de ses matinées pour faire les choses qu'il avait prévues, les choses les plus importantes. Il était toujours plus productif au réveil.

Le seul point positif qu'il trouva à cette grasse matinée inopportune, était qu'il n'aurait pas à supporter le mal de tête dû à la quantité d'alcool qu'il avait ingurgitée la veille. Il n'avait plus aucun symptômes découlant de cette soirée. Même en se regardant dans le miroir, il ne voyait aucun signe qui pourrait trahir les nombreux verres qu'il s'était enfilés la veille.

Après s'être préparé et habillé, il quitta l'appartement pour rejoindre ses amis dans la Grande Salle. Il fut heureux de voir les têtes affreuses de ses amis. Ils avaient tous, contrairement à lui, des têtes qui prouvaient clairement qu'ils n'y étaient pas allés de main morte sur les verres de Whisky Pur-Feu.

- Alors, tu dors le matin toi maintenant ? Ce n'est pas dans tes habitudes, Blondie, railla Blaise lorsque Drago s'installa face à lui.

- Ne m'appelle pas comme ça, grogna-t-il, les dents serrées. Je me suis réveillé tard, en effet.

- Comment ça se fait ? Tu t'es couché tard ? Une nuit particulièrement active ? interrogea Blaise, un sourire en coin.

- Absolument pas, pour une fois. Je me suis couché directement après que vous soyez tous partis, figure-toi. Mais je ne sais pas, je ne me suis simplement pas réveillé. Enfin bon, je préfère ça qu'avoir une tête comme les vôtres, se moqua-t-il narquoisement.

- Il n'a pas tort, dit Pansy en voyant les regards noirs de ses deux amis. Nous sommes vraiment horribles ce matin. N'importe qui peut comprendre ce que nous avons fait hier soir.

- Je vais faire comme si je n'avais pas l'esprit mal placé et que ta phrase m'avait mis des images en tête, répondit Théodore. Mais oui, en effet, nous avons vraiment de sales gueules. Néanmoins, malgré tout, j'ai vraiment adoré cette soirée, pas vous ? demanda-t-il.

- Si, clairement, je ne pensais pas que nous pourrions un jour nous entendre avec eux. Ils sont plutôt drôles et même s'il faut l'avouer, nous étions bien bourrés, je pense que nous pourrions devenir amis.

- Tu as raison Pans', confirma Blaise. Ils ont été sympas avec nous. Je pense que nous avions tous peur que ça soit un piège, ou qu'ils pensent vraiment que nous sommes des connards. Mais non, rien de tout cela. Ils n'ont fait aucune remarque ou allusion aux années précédentes, et c'était vraiment reposant.

- J'ai personnellement remarqué quelque chose, sourit Théodore.

- Quoi ?

- Les quelques regards qui ont été lancés à travers la pièce, entre certaines personnes...

- Arrête de tourner autour du pot, exprime-toi clairement, s'impatienta Drago.

- D'accord, d'accord, ricana-t-il. Ce que je voulais dire, c'est que j'ai pu voir plusieurs fois une certaine brune aux yeux noirs, de chez Serpentard, et ayant un prénom qui commence par Pan et qui finit par Sy, jeter des coups d'œil à un certain Ronald Weasley.

- Quoi ?! Mais qu'est-ce que tu racontes ! Je regardais tout le monde hier soir et j'étais complètement bourrée surtout, s'exclama-t-elle, les sourcils froncés.

- Hum, je n'en suis pas convaincu, je t'ai vu le détailler du coin de l'œil plusieurs fois, railla-t-il avec un sourire typiquement Serpentard. Allez avoue-le nous, il te fait de l'effet ?

- Mais n'importe quoi ! Arrête tes conneries, Théo, gronda-t-elle. Ne joue pas à celui qui sait ce genre de choses, c'est mon rôle. Et en plus tu n'es pas doué.

- Parle mieux que ça, Parkinson, la sermonna Blaise.

- Ne t'en mêle pas, espèce de canard débile. Je m'adresse à ton copain comme je veux. Donc, Théodore Nott, si je te reprends encore à dire une connerie pareille, crois-moi tu vas t'en rappeler. Non mais quelle idée ! Cet idiot de Gryffondor, aux cheveux roux, la Belette. J'hallucine, s'exclama-t-elle finalement en levant les yeux au ciel d'exaspération, avant de quitter la table et la Grande Salle.

Lorsqu'elle fut partie, les trois garçons se regardèrent tour à tour, avant d'exploser de rire.

- Quel caractère de merde, pouffa Blaise. Elle traîne trop avec toi, Blondie.

Il ne reçut en réponse qu'un regard noir, de ceux qui n'annonçaient rien de bon à son destinataire, faisant déglutir le brun.

oOo

Après leur déjeuner, les garçons s'étaient séparés, Théodore voulant se rendre à la bibliothèque pour les deux heures qu'ils avaient de libres avant leurs cours de l'après-midi. Drago avait silencieusement observé la complicité particulière que ses amis ne cachaient plus et s'était rendu compte d'à quel point il avait été aveugle de ne pas le remarquer plus tôt. Souhaitant avoir une petite discussion avec son meilleur ami à ce propos, il entraîna Blaise en haut de la Tour d'Astronomie, dans l'optique qu'il réponde aux questions qu'il se posait.

Le ciel s'était légèrement dégagé, laissant voir le soleil qui brillait au sommet des montagnes écossaises qui entouraient le château. La pluie avait cessé de battre. Une légère brise vint secouer quelques-unes des mèches blondes de Drago, qui s'accouda à la rambarde de la tour, vite suivi par Blaise. Le blond fit apparaître d'un coup de baguette un paquet de cigarette et en tendit une à son ami, qui la plaça entre ses lèvres. D'un autre geste, Drago les alluma et Blaise prit une bouffée avant de diriger son regard vers le lac.

- J'étais étonné que tu ne m'aies pas pris à part dès hier soir, plaisanta-t-il, en soufflant une longue fumée blanche.

- Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, railla-t-il avec un sourire en coin.

- Je pense surtout que tu as mis du temps à l'intégrer, répondit-il plus sérieusement.

- Possible. Pansy m'en avait parlé mais je ne l'avais pas vraiment crue. Pourtant, d'après ce que j'ai compris j'ai été plus qu'aveugle, n'est-ce pas ?

- Pas particulièrement. Pansy est simplement une grosse fouineuse, surtout lorsqu'elle veut obtenir des réponses à ses questions. Nous avons été plutôt discrets, ajouta-t-il en haussant les épaules.

- Toi et Théodore Nott, hein ? le chambra-t-il avec un coup de coude.

- Qui l'aurait cru, répondit-il en souriant doucement à son tour.

- Personne, crois-moi. Jamais je n'aurais pensé voir Théo sortir avec un homme. Pour moi, nous étions les deux personnes les plus hétéros de Serpentard.

- Il faut croire que non, ricana-t-il. Crois-moi, il n'a plus rien d'hétéro.

- Je me passerai des détails, si tu le veux bien, Blaise. Mais comment est-ce possible, l'aurais-tu ensorcelé ? demanda-t-il, d'un ton moqueur, en se tournant vers lui avec un sourcil haussé.

- Jamais de la vie, riposta-t-il en fronçant les sourcils. Tu délires.

- Alors quoi ? Il n'a pas deviné tout seul, du jour au lendemain, qu'il aimait ce que tu as entre les jambes, répondit-il sur le même ton.

- Bien sûr que non, marmonna-t-il, agacé.

- Donc ? Que s'est-il passé ?

- Tu ne vas pas me lâcher, n'est-ce pas ?

- Bien vu. Tu devrais le savoir depuis le temps, répondit-il en tirant sur sa cigarette.

Blaise soupira et observa quelques secondes son ami. Il avait tourné le regard vers l'horizon et souffla une longue bouffée de fumée avant de faire disparaître son mégot. Le brun tourna la tête vers l'extérieur et souffla un grand coup avant de se résigner à lui raconter.

- Comme tu le sais, il est venu habiter chez moi cet été, après tous les procès, son père ayant été enfermé. Il ne voulait pas rester dans le manoir où son propre père avait assassiné sa mère, souffla-t-il. Au début, il était très renfermé sur lui-même, il passait tout son temps dans la bibliothèque du manoir, ne sortant que pour dormir, manger et se laver. Il ne parlait que par politesse à ma mère, mais autrement, il ne disait plus rien. Un soir, j'en ai eu assez, j'avais l'impression de vivre avec un mur et non plus avec mon ami. Alors je suis entré dans la bibliothèque et je l'ai observé jusqu'à ce qu'il se rende compte de ma présence. Quand il m'a enfin remarqué je lui ai expliqué que ce n'était plus possible, qu'il ne pouvait pas se renfermer sur lui-même de cette manière, que j'étais là pour lui changer les idées, pour parler s'il le voulait, et tout le blabla. Au départ, il s'est énervé.

- Il s'est énervé ? s'étonna Drago. Théodore Nott s'est énervé ?

- Il faut croire, répondit-il en haussant les épaules. Il a crié que je ne comprenais rien, que ce n'était pas avec un tel discours que tout allait se régler, et tout un charabia de ce genre. A vrai dire, je me concentrais plutôt sur le fait de le voir crier pour la première fois de ma vie que sur ce qu'il disait vraiment. Mais il a fini par se calmer et non avons commencé à discuter plus tranquillement. Il n'a pas tardé à s'endormir et moi aussi. Puis, au fil des jours, nous avons continué cette sorte de rituel qui s'était installé entre nous. Il m'avait confié qu'il préférait passer ses journées tranquillement, dans la bibliothèque, où il pouvait faire le vide et réfléchir. Alors tous les soirs, je venais le rejoindre là-bas et nous discutions de tout et de rien. Parfois, il me parlait de lui, de ce qui n'allait pas, parfois je parlais de moi, et parfois, nous ne discutions pas de quelque chose de particulier. Mais c'était tous les soirs. Mais au bout d'un certain temps...

- Tu t'es senti attiré par lui, de plus en plus, continua Drago.

- Exactement, souffla-t-il, pas vraiment étonné que son ami le connaisse aussi bien. Alors je me suis éloigné, je ne venais plus tous les soirs, je restais moins longtemps, et au bout d'un certain temps, j'ai arrêté de venir, sans lui donner d'explications. Il n'a rien dit pendant plusieurs jours, j'ai vraiment cru qu'il n'en avait rien à faire. Mais un soir, il est venu dans ma chambre, il s'est assis sur mon bureau et il a fait comme moi, il m'a observé pendant plusieurs minutes, en silence. Puis, il m'a dit qu'il avait compris, qu'il n'était pas aveugle, qu'il me connaissait et qu'il me trouvait complètement idiot. Il m'a dit qu'il n'y comprenait rien, mais qu'il sentait que quelque chose avait changé entre nous deux, et que ça l'effrayait. Bref, nous en avons discuté pendant un long moment, je lui ai expliqué que je ressentais la même chose, que quelque chose avait aussi changé, mais que contrairement à lui, ça ne m'effrayait pas, du moins ça ne m'effrayait plus. Nous nous sommes embrassés, et à partir de ce moment-là, nous nous sommes encore plus rapprochés. Nous nous sommes mis en couple, en préférant le garder pour nous un petit moment, dit-il dans un dernier souffle.

- Donc c'est vraiment du sérieux ? demanda Drago, après quelques secondes de silence.

- J'espère.

- Le Grand Blaise Zabini est casé alors, plaisanta-t-il. Qui l'aurait cru ?

- Pas grand monde, ricana-t-il.

oOo

La journée était passée tranquillement pour les huit élèves, malgré qu'ils aient été pour la plupart exténués. Les Serpentards avaient passé l'après-midi dans leur salle commune, alors que les quatre Gryffondors s'étaient retrouvés dans la Salle sur Demande, autour d'un feu de cheminée. Ginny était à présent au courant du secret qui liait Harry et Hermione. Elle n'en avait pas été étonnée, au contraire, elle avait été très heureuse d'apprendre qu'un tel lien les réunissait, ainsi elle ne fit pas spécialement de commentaire et serra simplement Hermione dans ses bras lorsqu'elle la croisa.

Le repas du soir se passa dans une ambiance chaleureuse, comme habituellement, mais visiblement la fatigue rattrapa les huit élèves plus rapidement qu'ils ne le souhaitaient. C'est donc en baillant pour la plupart, qu'ils quittèrent la Grande Salle, chacun de leur côté, pour rejoindre leurs lits.

Les Gryffondors ayant quitté la Grande Salle quelques minutes avant les Serpentards, Hermione arriva à l'appartement avant son colocataire. N'étant pas aussi fatiguée que ses amis, elle ne se coucha pas immédiatement et s'installa près du feu avec un livre. Quelques instants plus tard, Drago entra à son tour, silencieusement. Mais lorsqu'il aperçut la jeune femme, il stoppa net tout mouvement.

Impossible.

Il s'approcha, toujours en silence, d'elle, pour l'observer de profil.

Impossible.

Seul le feu de la cheminée éclairait la pièce. Ainsi, de là où il se tenait, elle ne pouvait pas le voir à cause du peu de luminosité, mais lui la voyait bien mieux.

Impossible.

Ces lèvres, ce nez, ces cheveux, ces cils.

Impossible.

Il n'avait jamais pris le temps de vraiment la détailler.

Impossible.

- Tu ne dors pas ?

La jeune femme sursauta, faisant tomber son livre sur ses genoux. Elle tourna la tête vers son interlocuteur et eut un léger sourire. Elle ne s'attendait pas à le voir, ne l'ayant pas croisé une seule fois de la journée.

- Non, je ne suis pas spécialement fatiguée, répondit-elle doucement.

- D'accord.

Ils se fixaient tous les deux, les yeux dans les yeux, en silence. Aucun d'eux ne voulant briser cet instant de calme, de paix. Drago n'en revenait pas, la jeune femme qui était assise devant lui, ressemblait comme deux gouttes d'eau au profil qu'il avait aperçu dans son rêve. Le même profil qui semblait tenir la main du petit garçon, lui ressemblant à l'identique. Il n'arrivait pas à se détacher de ces prunelles, elles étaient envoûtantes et il ne parvenait pas à effacer les souvenirs de son rêve. Elle lui ressemblait tellement. Tout lui était revenu en l'espace d'une seconde. Les sensations, les odeurs, les sons. Tout. Parce qu'il l'avait vue. Mais comment était-ce possible ?

- Où étais-tu ce matin ? demanda Hermione d'une voix plus douce que d'habitude, brisant le silence qui s'était installé.

Il ne répondit pas tout de suite, réfléchissant à sa question. En effet, il n'avait émergé dans les couloirs du château qu'au moment du déjeuner. Mais pourquoi ? Il avait du mal à s'en souvenir, trop perturbé par les deux iris qui l'observaient. Il s'était réveillé tard... dans son lit... d'un rêve étrange ! Oui. Voilà où il était, dans son lit, dans ses rêves. Mais ce rêve. Il le hantait. Ce visage qu'il n'avait vu que de profil. Il était certain qu'il appartenait à la jeune femme face à lui. Mais pourquoi elle ? Comment était-ce possible ?

- Malefoy ? Malefoy ?!

Il sortit enfin de sa transe et secoua la tête avant de planter ses yeux dans ceux de la jeune femme, à nouveau.

- Est-ce que ça va ?

- Oui. Qu'est-ce que tu disais ? J'étais dans mes pensées.

- J'ai vu ça, répondit-elle avec un petit rire. Je te demandais où tu étais passé ce matin ? Je ne t'ai pas vu de la matinée.

- Tu me cherchais, Granger ? demanda-t-il en haussant un sourcil, un sourire en coin planté sur ses lèvres.

- Je n'ai pas dit ça, bafouilla-t-elle. J'ai simplement dit que je ne t'avais pas vu, c'est complètement différent. Et tu n'as pas répondu à ma question, encore une fois.

- Je sais que tu me cherchais, Granger. Mais passons, soupira-t-il faussement. Là où j'étais ne te regarde aucunement.

- Dis-moi ! Je sais que tu n'étais pas dehors, vu le temps qu'il a fait aujourd'hui, et tes amis n'étaient pas avec toi non plus, puisqu'ils étaient avec moi...

- Comment ça ils étaient avec toi ?! l'interrompit-il en fronçant les sourcils, sans lui laisser le temps de développer.

- Ils m'ont rejoint à la bibliothèque. Mais peu importe, ce n'est pas le sujet. Je disais donc que je ne t'avais vu nulle part, donc où étais-tu, bon sang ?!

- Mais pourquoi ça t'intéresse autant ?! gronda-t-il. Depuis quand as-tu besoin de savoir où je suis en permanence, Granger ? J'ai bien le droit de faire ce que je veux, sans que tu ne connaisses le moindre de mes agissements, non ?!

- Je n'ai pas dit le contraire, répondit-elle d'une petite voix, qu'elle n'avait jamais utilisée avec lui. Simplement, j'étais étonnée de ne pas t'avoir vu, c'est tout. Il n'y avait rien de méchant là-dedans.

A ces mots, elle se leva et prit la direction de sa chambre, vexée qu'il se soit emporté pour si peu. Après réflexion, elle se rendit compte que ce n'était pas étonnant. Qu'espérait-elle ? Qu'il lui raconte sa matinée ? Qu'il soit aimable avec elle et qu'il s'assoit à ses côtés pour discuter de leurs vies ?

Elle se traita mentalement d'idiote et ouvrit la porte de sa chambre. Mais avant qu'elle n'ait fait un pas dans la pièce, le blond l'interpella.

- Je dormais, c'est tout. Rien de plus simple. Alors arrête de t'inquiéter dès que je ne suis pas près de toi, Granger. Je pourrais m'imaginer certaines choses, plaisanta-t-il dans l'optique de se faire pardonner pour s'être emporté.

Elle ne répondit rien et se contenta d'entrer dans sa chambre. Le blond s'insulta mentalement. Il se détestait d'avoir réagi aussi impulsivement. Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes de parler sans réfléchir, il laissait cette tâche aux Gryffondors, qui le faisaient si bien. Pourtant, devant elle, il n'avait pas pris le temps de chercher ses mots et ils avaient dépassé sa pensée.

Il dormait ? Ce n'était absolument pas dans ses habitudes de dormir aussi tard. Même si cela ne faisait que deux semaines qu'ils cohabitaient, Hermione avait bien remarqué qu'il était toujours levé à l'aube. Du moins, toujours avant elle.

Ainsi, savoir qu'il s'était levé aussi tard, l'inquiéta quelque peu, sans qu'elle n'ose se l'avouer réellement. Était-il malade ? Ou peut-être était-ce juste un résultat de l'alcool ? Dans tous les cas, ce n'était pas habituel et cela tracassa la jeune femme jusqu'à ce qu'elle s'endorme.

oOo

Drago était resté dans le salon. Il n'avait pas sommeil. Après le départ de la jeune femme, il mit quelques minutes à refaire surface. Trop perdu dans ses pensées, il n'avait pas vu le temps passer et était resté debout. Lorsqu'il fut enfin de retour, il passa dans sa chambre prendre le livre que lui avait donné la jeune femme et quitta l'appartement pour se rendre à la Tour d'Astronomie. Il avait pris cette habitude depuis quelques jours, lorsqu'il se réveillait la nuit, ou qu'il n'avait pas sommeil. Il trouvait en cet endroit un calme infini, lui permettant de se perdre dans ses pensées sans peine. Et ce soir-là, c'est ce dont il avait besoin. Réfléchir à ce qu'il venait de se passer.

Il s'était réveillé le matin même d'un rêve où il était accompagné d'une jeune femme. En voyant Granger, une heure auparavant, il était resté immobilisé face à son visage. Elle ressemblait tant à la femme de son rêve, que ça lui paraissait évident. Mais pourquoi elle ? Et pourquoi ce rêve ? Était-ce bien un rêve ? Cela paraissait pourtant si réel et précis. Il n'en savait rien et c'est ce qui le perturbait le plus. Il ne savait pas ce que c'était, ni d'où cela venait. Il ne savait rien.

Il n'avait aucune de ces réponses. Lorsqu'il arriva en haut de la tour, il s'assit sur le bord d'une grande fenêtre, à deux pas du vide, pour observer le ciel. Le regard dans le vide, perdu dans ses milliers de questions. Contrairement au reste de la journée, le ciel était dégagé, la Lune était magnifique et éclairait le lac. Une nouvelle brise vint chatouiller le blond, lui donnant des frissons. Il s'était peu vêtu, seulement d'une cape légère, mais ce vent léger ne le dérangeait pas pour autant.

Il quitta le lac des yeux et ouvrit son livre à une page au hasard - encore une fois - et tomba sur l'un des nombreux poèmes :

Avec ses caprices, la Lune

Est comme une frivole amante ;

Elle sourit et se lamente,

Et vous fuit et vous importune.

La nuit, suivez-la sur la dune,

Elle vous raille et vous tourmente ;

Avec ses caprices, la Lune

Est comme une frivole amante.

Et souvent elle se met une

Nuée en manière de mante ;

Elle est absurde, elle est charmante ;

Il faut adorer sans rancune,

Avec ses caprices, la Lune.

La Lune, Théodore de Banville.

De nouveau, le hasard faisait bien les choses. Il aurait même pu croire que ce livre était ensorcelé pour le faire tomber sur les bonnes pages. Il adorait vraiment la poésie. Et cet ouvrage qu'Hermione Granger lui avait conseillé recueillait des poèmes plus beaux les uns que les autres. Après l'avoir relu plusieurs fois, il releva les yeux vers le ciel. La Lune était vraiment magnifique ce soir-là.

Un toussotement le fit sortir de ses pensées, toutes dirigées vers la beauté du paysage. Il tourna vivement la tête vers la grande pièce et le vit. Il était là, encore une fois, planté devant lui, à le regarder à travers ces lunettes rondes.

- Potter. Tu ne te lasses plus de moi.

- Malefoy. Content de te voir aussi.

- Qu'est-ce que tu fous là à une heure pareille ?

- Je te retourne la question, même si je connais déjà la réponse, répondit-il en s'approchant d'une rambarde, pour observer le lac à son tour.

- Comment ça ?

- Je sais que tu viens souvent ici.

- Tu me suis, Potter ? Vous avez vraiment un problème avec moi, à tous me suivre et m'observer.

- Vous ?

- Granger et toi. J'ai l'impression que vous ne pouvez pas vivre si je ne suis pas dans les parages, ou que vous ne savez pas où je suis.

- Hum, je ne te suis pas. Et je ne t'observe pas non plus. Donc pour ma part ce que tu viens de dire est faux. Pour ce qui est d'Hermione, je n'en sais rien.

- Peu importe, répondit-il en balayant sa remarque d'un mouvement vague de la main. Je répète, qu'est-ce que tu fous là ?!

- A vrai dire, je te cherchais, répliqua Harry, en se frottant la nuque.

- Tu me cherchais ? répéta-t-il, étonné par la réponse du brun. Et pourquoi ça Potter ? Et comment as-tu fait pour me trouver ?!

- Comme je l'ai dit, je sais que tu viens souvent ici, notamment parce que je viens souvent aussi, même si la plupart du temps, j'arrive quand tu repars.

- Je ne t'ai jamais vu.

- Je suis toujours sous ma cape d'invisibilité, donc ce n'est pas étonnant.

- Je vois, soupira-t-il. Donc tu me cherchais ?

- Oui. C'est assez étrange de te demander ça, mais tant pis. Samedi prochain, c'est l'anniversaire d'Hermione. Et avec les autres, nous aimerions lui organiser une sorte de surprise. Mais comme il va être compliqué de la faire venir dans la Salle sur Demande, sans qu'elle ne se doute de quelque chose, nous pensions le faire dans l'appartement des Préfets. Mais nous ne pouvons pas le faire sans ton accord.

- Pourquoi je ferais ça ? demanda Drago, après quelques secondes de silence.

- Pourquoi pas ? tenta Harry.

- Hum. Combien de personnes ?

- Eh bien, je pensais proposer à Luna, Neville, Ginny, Ron, Théodore, Blaise, Pansy, toi et moi. Même si nous n'avons vraiment fait connaissance qu'hier, le courant est bien passé, alors j'ai pensé qu'elle serait contente que vous soyez là, ajouta-t-il en haussant les épaules.

- Je ne pense pas que ma présence lui fasse vraiment plaisir, mais soit. Vous pourrez utiliser l'appartement, ça ne me pose pas de problème. Après tout c'est le sien aussi, pour mon plus grand malheur. Mais pas plus de Gryffondors chez moi. Cinq, c'est largement suffisant.

- Pas de problème. Merci Malefoy, tu nous sauves la vie, je te le revaudrais.

- J'espère bien, Potter.

- Je te tiendrai au courant de ce qu'on fait et à quelle heure.

Malefoy ne répondit pas, le regard toujours fixé sur l'horizon et Harry quitta la tour après un long silence. Drago ne tarda pas à descendre lui aussi et lorsqu'il se coucha, l'appréhension de faire un rêve du même style que la nuit précédente le hanta. Il ne voulait pas revivre cela, ne pas ajouter d'autres souvenirs qui le suivraient toute la journée.

Il ne voulait pas non plus refaire de cauchemars. Chaque nuit, il appréhendait de se retrouver dans son lit et de s'endormir. Ses cauchemars, bien qu'ils ne soient pas réapparus depuis son arrivée à Poudlard, étaient toujours terribles, et il y revivait des souvenirs qu'il aurait préféré oublier à jamais. Se coucher le soir était devenu une torture.

De plus, la demande de Potter l'intriguait. Granger allait fêter son anniversaire, le samedi suivant. Pourtant, lorsque le brun en avait parlé, il avait eu l'air d'hésiter à prononcer le mot "anniversaire". Étrange. Sur cette réflexion, le blond s'endormit, la fatigue l'ayant rattrapé plus rapidement que prévu.


Voilà ! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Dites le moi dans une review ;)

Merci à Suldreen194 pour sa relecture et correction !

Writer8Hell