Ce chapitre est intégralement tiré de l'œuvre de JKR, à l'exception du nom de Snape. Il sera donc en italique.

Des voix lui parvinrent, en provenance de la pièce qui se trouvait devant eux, légèrement étouffées par une vieille caisse placée à l'extrémité du tunnel pour en interdire l'accès. Osant à peine respirer, Harry rampa jusqu'à l'entrée du passage et regarda à travers une fente minuscule, entre la caisse et le mur.

De l'autre côté, la pièce était faiblement éclairée mais il voyait Nagini onduler et s'enrouler comme un serpent d'eau, à l'abri de sa sphère ensorcelée, parsemée d'étoiles, qui flottait en l'air sans le moindre support. Il apercevait également le bord d'une table et une main blanche aux longs doigts qui jouait avec une baguette. La voix de Snape s'éleva alors et Harry sentit son cœur faire un bond : Snape se trouvait à quelques centimètres de l'endroit où il était tapi, hors de vue.

— … Maître, leur résistance s'effondre…

— … Et cela se produit sans ton aide, répliqua Voldemort de sa voix claire et aiguë. Si habile sorcier que tu sois, Severus, je ne pense pas que tu puisses changer grand-chose, maintenant. Nous sommes presque au but… presque.

— Laissez-moi retrouver ce garçon. Laissez-moi vous livrer Potter. Je sais que je peux le capturer, Maître. S'il vous plaît.

Snape passa devant l'interstice, entre la caisse et le mur, et Harry recula un peu, gardant les yeux fixés sur Nagini. Il se demandait s'il existait un sortilège qui puisse transpercer la protection qui l'entourait, mais il eut beau réfléchir, il ne trouva rien. Une tentative manquée trahirait sa présence.

Voldemort se leva. Harry le voyait à présent, il voyait ses yeux rouges, son visage aplati, reptilien, dont la pâleur luisait légèrement dans la pénombre.

— J'ai un problème, Severus, déclara Voldemort d'une voix douce.

— Maître ? dit Snape. Voldemort leva la Baguette de Sureau, la tenant avec délicatesse et précision comme un chef d'orchestre.

— Pourquoi ne fonctionne-t-elle pas avec moi, Severus ? Dans le silence qui suivit, Harry crut entendre le serpent siffler légèrement tandis qu'il enroulait et déroulait ses anneaux, ou peut-être était-ce le soupir chuintant de Voldemort qui se prolongeait dans l'air ?

— M… Maître ? reprit Snape d'une voix neutre. Je ne comprends pas. Vous… Vous avez accompli avec cette baguette de véritables prouesses magiques.

— Non, répliqua Voldemort. J'ai accompli ma magie habituelle. Il est vrai que je suis extraordinaire, mais cette baguette ne l'est… pas. Elle n'a pas produit les merveilles qu'elle promettait. Je n'ai remarqué aucune différence entre cette baguette et celle que je me suis procurée chez Ollivander il y a bien des années. Le ton de Voldemort était calme, songeur, mais la cicatrice de Harry avait commencé à palpiter, des élancements la traversaient. La douleur naissait sur son front en même temps qu'il sentait s'élever en Voldemort une fureur contrôlée.

— Aucune différence, répéta Voldemort. Snape resta silencieux. Harry ne parvenait pas à voir son visage. Il se demanda si Snape sentait le danger, s'il essayait de trouver les mots justes, de rassurer son maître. Voldemort se mit à faire les cent pas autour de la pièce. Il le perdit de vue quelques secondes pendant qu'il marchait ainsi, parlant de la même voix mesurée alors que Harry sentait la douleur et la colère monter en lui.

— J'ai réfléchi longtemps, profondément, Severus… Sais-tu pourquoi je t'ai fait rappeler en pleine bataille ? L'espace d'un instant, Harry vit le profil de Snape : ses yeux étaient rivés sur le serpent lové dans sa cage ensorcelée.

— Non, Maître, mais je vous supplie de me laisser y retourner. Laissez-moi retrouver Potter.

— On croirait entendre Lucius. Ni l'un ni l'autre vous ne comprenez Potter comme je le comprends. Il est inutile de le chercher. Potter viendra à moi. Je connais sa faiblesse, vois-tu, son plus grand défaut. Il ne supportera pas de voir les autres tomber autour de lui en sachant que c'est pour lui qu'ils meurent. Il voudra arrêter cela à tout prix. Il viendra.

— Mais, Maître, il se peut qu'il soit tué accidentellement par quelqu'un d'autre que vous…

— Les instructions que j'ai données aux Mangemorts ont été parfaitement claires. Capturez Potter. Tuez ses amis – tuez-en le plus possible – mais ne le tuez pas, lui. « C'est de toi cependant que je veux te parler, Severus, et non pas de Harry Potter. Tu m'as été précieux. Très précieux.

— Mon Maître sait que je cherche seulement à le servir. Laissez-moi partir pour retrouver ce garçon, Maître. Laissez-moi vous le livrer. Je sais que je peux…

— Je t'ai déjà dit non ! trancha Voldemort. Il se tourna à nouveau et Harry perçut l'éclat rouge de ses yeux. Le bruissement de sa cape évoquait le glissement d'un serpent sur le sol et il sentit l'impatience de Voldemort dans la brûlure de sa cicatrice.

— Ma préoccupation, en ce moment, Severus, c'est ce qui se passera quand j'affronterai enfin ce garçon !

— Maître, la question ne se pose sûrement pas…

— Mais si, la question se pose, Severus. Elle se pose. Voldemort s'arrêta et, à nouveau, Harry le vit nettement. Il glissait la Baguette de Sureau entre ses doigts blancs, le regard fixé sur Snape.

— Pourquoi les deux baguettes que j'ai utilisées ont-elles échoué lorsque je les ai dirigées contre Harry Potter ?

— Je… Je l'ignore, Maître.

— Tu l'ignores ? Son accès de rage donna à Harry l'impression qu'on lui avait planté un clou dans la tête. Il enfonça son poing dans sa bouche pour s'empêcher de crier de douleur puis ferma les yeux. Il devint alors Voldemort, qui observait le visage blafard de Snape.

— Ma baguette en bois d'if a toujours accompli ce que je lui demandais, Severus, sauf quand il s'est agi de tuer Harry Potter. Par deux fois, elle a raté. Sous la torture, Ollivander m'a parlé des deux cœurs jumeaux et il m'a conseillé de prendre une autre baguette. C'est ce que j'ai fait, mais la baguette de Lucius s'est brisée face à Potter.

— Je… Je n'ai pas d'explication, Maître.

Snape ne regardait plus Voldemort. Ses yeux sombres fixaient toujours le serpent lové dans sa sphère protectrice.

— J'ai cherché une troisième baguette, Severus. La Baguette de Sureau, la Baguette de la Destinée, le Bâton de la Mort. Je l'ai prise à son ancien maître. Je l'ai prise dans la tombe d'Albus Dumbledore.

Snape s'était maintenant tourné vers Voldemort, et son visage ressemblait à un masque mortuaire. Il était blanc comme du marbre et ses traits avaient une telle immobilité que lorsqu'il parla à nouveau, ce fut comme un choc de voir que quelqu'un vivait encore derrière ces yeux vides.

— Maître… Laissez-moi aller chercher ce garçon…

— Tout au long de cette nuit, alors que je suis au bord de la victoire, je suis resté assis dans cette pièce, reprit Voldemort, la voix guère plus haute qu'un murmure, à me demander, encore et encore, pourquoi la Baguette de Sureau refusait d'être ce qu'elle devrait être, refusait d'agir comme la légende dit qu'elle doit agir entre les mains de son possesseur légitime… Et je crois que j'ai trouvé la réponse.

Snape resta muet.

— Peut-être la connais-tu déjà ? Après tout, tu es un homme intelligent, Severus. Tu as été un bon et fidèle serviteur et je regrette ce qui doit malheureusement arriver.

— Maître…

— La Baguette de Sureau ne peut m'obéir pleinement, Severus, parce que je ne suis pas son vrai maître. Elle appartient au sorcier qui a tué son ancien propriétaire. C'est toi qui as tué Albus Dumbledore et tant que tu vivras, la Baguette de Sureau ne pourra m'appartenir véritablement.

— Maître ! protesta Snape en levant sa propre baguette magique.

— Il ne peut en être autrement, répliqua Voldemort. Je dois maîtriser cette baguette, Severus. Maîtriser la baguette pour maîtriser enfin Potter. D'un mouvement du bras, Voldemort donna un grand coup dans le vide avec la Baguette de Sureau. Ce geste n'eut aucun effet sur Snape qui, pendant une fraction de seconde, sembla penser qu'il avait été épargné. Mais l'intention du Seigneur des Ténèbres devint très vite manifeste. La cage du serpent tournoya dans les airs et avant que Snape ait pu faire autre chose que pousser un cri, elle lui avait entouré la tête et les épaules. Voldemort s'exprima alors en Fourchelang :

— Tue.

Il y eut un horrible hurlement. Harry vit le visage de Snape perdre ses dernières traces de couleur. Il blêmit, ses yeux noirs s'écarquillèrent et les crochets du serpent s'enfoncèrent dans son cou, tandis qu'il essayait vainement de se dégager de la cage ensorcelée. Bientôt, ses genoux se dérobèrent et il s'effondra sur le sol.

— Je regrette, dit froidement Voldemort. Et il se détourna. Il n'y avait aucune tristesse en lui, aucun remords. Le moment était venu de quitter la cabane et de prendre le commandement des opérations, avec une baguette qui, à présent, lui obéirait pleinement. Il la pointa vers la cage étoilée qui s'éleva et libéra le corps de Snape. Celui-ci s'affaissa sur le côté, un flot de sang se déversant des blessures de son cou. Voldemort sortit de la pièce dans un grand mouvement de cape, sans un regard en arrière, et le grand serpent le suivit, flottant derrière lui dans son immense sphère protectrice.

De retour dans le tunnel et dans sa propre tête, Harry rouvrit les yeux. Dans son effort pour ne pas crier, il avait mordu jusqu'au sang les jointures de son poing. Il regarda à nouveau à travers la fente minuscule, entre la caisse et le mur, et vit un pied chaussé d'une botte noire, qui tremblait par terre.

— Harry ! murmura Hermione derrière lui.

Mais il avait déjà pointé sa baguette sur la caisse qui lui bouchait la vue. Elle se souleva à deux centimètres du sol et s'écarta sans bruit. Le plus silencieusement possible, il se faufila à l'intérieur de la pièce. Il ne savait pas pourquoi il agissait ainsi, pourquoi il s'approchait du mourant. Il ne savait même pas très bien ce qu'il ressentait en voyant le visage livide de Snape et ses doigts qui essayaient d'étancher la plaie sanglante de son cou. Il enleva la cape d'invisibilité et baissa le regard vers l'homme qu'il haïssait. Les yeux de Snape se posèrent sur Harry. Il essaya de parler. Lorsque Harry se pencha, Snape saisit le devant de sa robe et l'attira vers lui. Un râle, un gargouillement abominable sortit de sa gorge.

— Prenez-… les… Prenez-… les…

Quelque chose d'autre que du sang ruisselait du visage de Snape. D'un bleu argenté, ni gaz, ni liquide, la substance jaillissait de sa bouche, de ses oreilles, de ses yeux. Harry savait ce que c'était, mais ne savait que faire… Hermione glissa alors dans ses mains tremblantes une flasque, surgie de nulle part. À l'aide de sa baguette, Harry y versa la substance argentée. Lorsque la flasque fut pleine et que Snape sembla ne plus avoir en lui une goutte de sang, l'étreinte de sa main sur la robe de Harry se desserra.

— Regardez-… moi, murmura-t-il.

Les yeux verts de Harry croisèrent les yeux noirs de Snape mais un instant plus tard, quelque chose sembla s'éteindre au fond du regard sombre qui devint fixe, terne, vide. La main qui tenait encore Harry retomba avec un bruit sourd et Snape ne bougea plus.