Le portrait d'Albus Dumbledore suivait du regard sans broncher les mouvements inhabituellement désordonnés de l'homme qui fulminait dans le salon.
Ce portrait était une des dernières volontés du vieillard. Avant sa mort, il avait fait un sorte qu'à sa disparition, chacun des membres de l'Ordre du Phénix hérite d'un portrait, ceci afin de pouvoir veiller les uns sur les autres et, accessoirement de faire passer au plus vite les informations vitales.
À cet instant précis, le vieil homme au regard pétillant assistait à une des dernières colères d'un homme qu'il ne connaissait que trop bien et se retenait à grand peine de sourire pour ne pas attiser plus sa mauvaise humeur.
- Par Merlin et tous les diables ! Sur les centaines, les milliers de personnes sur lesquelles je pourrais tomber, il faut que ce soit ELLE ! Et avec la fameuse chance dont j'ai toujours bénéficié, elle aura forcément un doute !
-De qui donc parlez-vous cher ami ? Quelque chose qui ne va pas ?
-TOUT VA PARFAITEMENT BIEN ALBUS, MERCI !
-Oh... J'aurais cru que quelque chose vous tracassait...
Le vieillard s'enfonça dans son fauteuil et fit mine de s'assoupir, sachant pertinemment que son interlocuteur ne serait pas dupe.
Severus Snape tournait en rond dans le salon, fustigeant le caractère Gryffondorien qui allait lui pourrir la vie alors même qu'il était mort.
-Si cela peut vous rassurer... Je ne pense pas qu'elle soit le genre de femme à parler au premier venu...
Snape se retourna d'un bloc vers le portrait et le fusilla du regard.
-Oh, bien sûr. J'oubliais que la Miss Je-sais-tout ne pouvait qu'être parfaite ! Permettez-moi de mette un bémol à vos appréciations plus que douteuses quant aux membres de votre Maison, Albus.
-Je ne nie pas avoir parfois fait preuve de partialité, mon cher, mais Hermione Granger sort du lot et vous le savez comme moi.
-PARFOIS ?
-Souvent...?
-TOUJOURS, ALBUS ! TOUJOURS ! VOUS N'AVEZ JAMAIS ÉTÉ IMPARTIAL !
Le portrait de l'ancien Directeur se contenta de regarder l'homme en colère face à lui. Il ne pouvait décemment denier ce dernier point mais il voulait revenir à leur conversation précédente.
Un silence de mort régna dans la pièce durant un instant avant que Dumbledore ne reprenne la parole.
-Qu'est ce qui vous fait croire qu'elle vous a reconnu ? Après tout vous aviez du Polynectar...
-Merci de me prendre pour imbécile, entre autres choses. Je vous rappelle que grâce à vous j'ai passé plus de la moitié de ma vie à jouer le espions, ce qui inclus de savoir très rapidement quand on est démasqué sous peine de mort, de préférence lentement et cruellement.
-Admettons. Mais il est fort peu probable qu'elle en parle à qui que ce soit.
-En dehors de Saint Potter et de l'abominable rouquin qui s'empressera de le répéter à toute sa famille de lapins ?
-Non Severus. Elle vit seule depuis un moment déjà.
-Comment...? Ah, oui, vos portraits. Elle en possède un, c'est cela ?
-Comme tout membre de l'Ordre, oui.
-Pourquoi Albus...? Une Miss Je-sais-tout brillante comme elle l'était devrait avoir toute une foule d'admirateurs baveux et boutonneux. J'avoue ne pas comprendre.
-Ce secret ne m'appartient pas, Severus.
Un haussement de sourcil ironique lui répondit.
-Depuis quand jugez-vous bon de préserver les secrets des autres ?
Sans attendre de réponse, Snape se leva du fauteuil dans lequel il s'était laissé tomber et se dirigea vers le placard pour en sortir une bouteille de Whisky Purfeu. Il s'en servit une large portion et se plongea à nouveau dans ses pensées.
Respectant son silence, le vieillard s'éclipsa hors du cadre.
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Severus ne s'expliquerait jamais pourquoi il termina cette commande avec 10 jours d'avance sur le délai, ni pourquoi il se retrouva beaucoup plus tôt que prévu devant l'herboristerie à qui il devait la livrer. Il avait particulièrement bien choisi son Polynectar cette fois-ci et c'aurait été le diable si cette insolente bonne femme parvenait une fois encore à percer son apparence.
Le tintement de la clochette annonça son entrée et le Docteur Actus surgit de son pas sautillant.
-Bonjour Monseigneur. Que me vaut l'honneur de votre visite ?
-Je viens livrer une commande que vous attendez semble-t-il.
-Voyons voir. Posez-cela ici, voulez-vous ? Dit le petit bonhomme en désignant le comptoir.
Snape ne se fit pas prier et déposa avec précaution une lourde caisse de Potions en tous genres.
-Parfait ! Parfait ! Vous transmettrez mes félicitations à votre fournisseur ! Par ailleurs, savez-vous s'il a de quoi me prendre une autre commande ?
-Oui. Dites-moi ce que vous voulez et je lui enverrai le message.
Dix minutes plus tard, Snape transplanait chez lui avec un curieux sentiment d'échec. Il ôta sa cape et fronça les sourcils devant le minuscule morceau de parchemin qui s'échappa alors de la poche. Le saisissant avec précaution, il le déroula et frémit. Ce ne pouvait être qu'elle.
Une main féminine y avait tracé ces simples mots : Merci d'avoir protégé Harry de Quirell durant sa première année.
Il déposa le bout de papier sur le manteau de la cheminée et dissuada d'un regard noir le portrait qui l'observait de faire le moindre commentaire.
Le petit manège dura près de deux mois. Il ne s'expliquait pas comment, mais chaque fois qu'il passait livrer ses commandes, toujours sous une apparence différente, un morceau de parchemin atterrissait dans sa poche. Le dernier en date le remerciait d'avoir brassé la potion Tue-loup pour Lupin jusqu'à la mort de celui-ci.
Lorsqu'il reparut chez lui cette fois, il plongea la main dans la poche de sa cape, et se surprit à avoir hâte de savoir ce qu'elle avait bien pu lui écrire. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque sa main ramena non pas un simple morceau de parchemin, mais une sorte de cloche de verre magiquement rétrécie à qui il rendit sa taille normale. Une lettre y était jointe qu'il ouvrit et lut avec avidité (non, rapidité...).
Professeur Snape,
Je tenais à vous remettre ceci. Ils vous reviennent de droit. Je les ai récupérés après la bataille et l'exploit de Neville.
De par mon métier, je peux aisément imaginer la valeur qu'ils peuvent avoir pour un Maître des Potions tel que vous. Je ne sais que vous dire de plus.
Je ne vous ferai pas l'insulte de vous dire comment me joindre. Ce sera une simple formalité pour vous si vous le souhaitez.
Portez-vous bien, Professeur.
PS: ai-je vraiment besoin de signer ?
Le parchemin tomba de sa main sans qu'il n'y prête attention. Son regard s'était posé sur la cloche de verre sous laquelle reposait une aumônière en peau de dragon. De sa baguette il testa les charmes et dût faire appel à son self-control pour ne pas paraître surpris. La personne qui avait protégé cet artefact savait indubitablement ce qu'elle faisait. Outre les habituels charmes de protection contre le temps, on pouvait également détecter des charmes de protection contre la magie noire, le vol et... Un charme de personnalité ?
À ce moment, il ne put empêcher un sourcil de se relever d'étonnement. Poussant plus avant sa découverte il déposa un moment plus tard sa baguette, bouche bée pour la première fois depuis des années. Le charme de personnalité posée sur la cloche de verre empêchait quiconque qui ne fut pas lui de s'emparer de l'aumôniere.
Troublé bien plus qu'il n'aurait bien voulu le reconnaître, il souleva délicatement le dôme protégeant l'objet. Celui-ci également avait été rétréci et c'est avec un serrement au cœur qu'il lui rendit sa taille normale. Il n'avait pas besoin de l'ouvrir pour savoir ce qu'il contenait. Machinalement, sa main se porta sur son cou dévasté par les crocs qui reposaient à présent devant lui. Elle avait raison. Comme toujours, lui souffla une petite voix. Un Maître des Potions avisé et talentueux saurait aisément que faire de cet ingrédient.
D'un coup de baguette, il rendit sa taille initiale à l'aumôniere et la remit sous la cloche de verre avant d'agiter négligemment la main. Un verre de whisky Purfeu vola jusqu'à lui qu'il avala d'un trait.
Il était temps de reprendre les choses en main.
