Il s'était posté non loin de l'herboristerie habituelle et fouillait les passants du regard. Habilement dissimulé, il savait que personne n'aurait pu prendre garde à cette haute silhouette fondue dans l'ombre d'une ruelle en cette fin de journée. Il avait attendu là, patient comme à ses grandes heures de double espionnage, l'adrénaline courant dans ses veines et se sentant vivant de l'acuité de ses perceptions.

Il la perçue avant de la voir. C'était comme s'il avait ressenti son apparition au bout de la rue. Elle avançait de son habituel pas décidé, le visage penché vers le sol. Il hésita un instant et préféra la laisser vaquer à ses occupations avant d'intervenir. Elle pénétra dans la boutique et en ressortit une dizaines de minutes plus tard, visiblement épuisée.

Alors qu'elle repassait devant lui, toujours de son pas rapide, il décidé de tenter le tout pour le tout.

- Alors Granger ? On s'ennuie donc on a décidé de jouer les trouble-fête ?

Il haussa un sourcil surpris devant son attitude. Elle avait sursauté et sorti sa baguette à la vitesse de l'éclair, passant en une fraction de seconde à une posture défensive. La remarque acerbe qu'il avait sur le bout de la langue s'évanouit. La jeune femme d'à peine vingt ans venait de réagir comme un combattant aguerri depuis des années. Il la regarda sans broncher, attendant qu'elle baisse sa garde. Suspicieuse, elle mit une ou deux minutes à comprendre qui se cachait derrière l'apparence face à elle. Snape avait l'impression de voir les rouages de son cerveau s'activer et il détecta l'exact moment où, selon l'expression usagée, cela fit tilt.

Immédiatement, sa baguette disparut et elle reprit sa posture initiale en bredouillant.

-Oh, euh... Désolée Proff...

-Marcus.

-Quoi?

-Aujourd'hui c'est Marcus.

-Ah... D'accord.

Elle ne lui posa aucune question et reprit sur le ton de la conversation.

-A vrai dire, vous m'avez surprise.

-Non ? Sans rire ? Je n'avais pas encore remarqué.

-Oui, voilà ! Je ne m'attendais pas à vous rencontrer.

-Étrange. Je ne reconnais pas le satané caractère gryffondorien. Quelqu'un comme vous fait les choses en face, non ? Vous avez voulu me contacter, me voici.

-A vrai dire, oui, je voulais vous contacter mais pas de cette manière.

Il haussa un sourcil suspicieux.

-Ah oui ? Et comment si je puis me permettre ?

-Les... Messages que je vous ai fait parvenir... Ils n'étaient pas faits dans une volonté de vous parler... Mais de rétablir une certaine justice selon moi... Non ! Laissez-moi terminer et vous pourrez ensuite railler à souhait le sentimentalisme stupide de Gryffondor. C'est juste que... Cela me tenait à cœur. Mais pour ce qui est de rentrer directement en contact avec vous, non. Je tiens trop à vous laisser votre liberté amplement méritée.

Pour la seconde fois en moins d'une heure, la remarque acide toute prête à sortir ne vint pas. Que pouvait-il ajouter à cela. Il se contenta de la saluer de la tête en la regardant avant de s'éloigner dans une envolée de cape. Lorsqu'il eut disparu, Hermione se rendit compte qu'elle ne l'avait pas quitté dès yeux jusqu'à ce qu'elle l'ait perdu de vue. Elle rentra chez elle troublée par cette rencontre et, lorsqu'elle ôta sa cape, elle resta interdite un instant. Un morceau de parchemin venait de tomber de sa poche.

La jeune femme le déplia lentement. Une simple ligne était écrite de cette écriture si reconnaissable.

Vous avez raison. C'est un ingrédient précieux.

Elle sourit. Venant de Snape, elle n'aurait pu imaginer de plus grands remerciements.

Le lendemain matin, un vieil hibou élégant vint frapper à la fenêtre d'Hermione. Elle le fit entrer et d'un geste négligeant, lui offrit des biscuits tandis qu'elle prenait connaissance de son message. Elle s'étonna en reconnaissant le sceau de Poudlard et l'écriture serrée de son ancienne directrice de maison qui sollicitait un entretien dans les plus brefs délai. La jeune femme s'empressa de lui proposer un rendez-vous l'après-midi même, avant qu'elle ne se remette au travail sur sa nouvelle commande de potions.

Minerva McGonagall se manifesta au milieu de l'après-midi. Elle salua chaleureusement son ancienne meilleure élève et prit des nouvelles de sa santé. Confortablement installée dans un fauteuil devant la cheminée, les deux femmes discutèrent de tout et de rien jusqu'à ce qu'Hermione ne soupire.

- Professeur. Pourquoi êtes-vous venue au juste ?

Sa franchise déstabilisa un instant son ancienne Directrice de Maison qui se reprit rapidement.

-Parlons franc parlons vrai, n'est-ce pas Miss Granger ? En effet, je ne suis pas venue ici uniquement pour prendre un thé avec vous, aussi agréable que me soit cette éventualité. Non, je suis venue vous demander un service.

- Un service ? A moi ?

- Oui, à vous. Voyez-vous, j'ai cru comprendre que vous n'étiez pas tout à fait satisfaite du tournant professionnel qu'avait pris votre vie suite à votre prise de position dans un certain procès. Je suis donc venue vous proposer un emploi à la hauteur de vos capacités.

Hermione s'autorisa un petit sourire.

-Laissez-moi deviner. Slughorn vous lâche?

Encore une fois, la brutalité de la répartie de la jeune femme fit grimacer l'écossaise qui tentait de jouer la carte de la subtilité.

- Oui, on peut dire cela. Je n'ai plus de professeur de Potions digne de ce nom à proposer à l'administration de Poudlard. Slughorn était déjà incompétent, notamment si on le compare à son prédécesseur alors je ne peux pas me permettre de me mettre les familles sorcières à dos en leur proposant un incompétent de plus. Il me faut quelqu'un de doué, d'intelligent et de pédagogue. J'ai donc tout naturellement pensé à vous.

- Et vous pensez qu'en brossant l'hippogriffe dans le sens du poil, j'accepterai forcément.

Elle avait dit cela sur un ton neutre, comme une évidence mais Minerva ne fut pas dupe. Elle savait qu'elle avait peu de chances de récupérer Hermione comme professeur, encore moins à ce poste. Comme si elle avait lu dans ses pensées, son ancienne élève planta son regard dans le sien.

-Professeur, ou devrais-je dire Minerva, vous rendez-vous compte de ce que vous me demandez ? De votre point de vue, il s'agit d'un banal mais indispensable poste d'enseignant, du mien, il s'agit de prendre une place que je me mérite pas.

- Et pourquoi pensez-vous ne pas la mériter ? Vous êtes brillante, vous gagnez votre vie, ou du moins tentez de la gagner, en fabriquant des potions. Je vous propose un emploi mieux payé, avec un logement gratuit 10 mois de l'année sur 12.

- Parce qu'il s'agit de son poste. Je ne pourrai jamais remettre les pieds dans cette salle de cours sans le revoir agonisant, la gorge arraché et suppliant Harry du regard. Merlin, Minerva ! SUPPLIANT !

Sa voix s'était brisée et l'animagus du tendre l'oreille pour entendre la suite.

- Je ne sais même pas si je pourrais remettre les pieds à Poudlard, Minerva. Trop de cauchemars, trop de morts me hantent. Chaque endroit renferme une ombre, une mort atroce. Chaque couloir me hante. Je en sais pas si j'aurais la force.

Un long silence s'ensuivit avant que la Directrice n'ose murmurer.

-Et si, justement, c'est de cela que vous aviez besoin ? Revenir là-bas et affronter vos fantômes ? Faire enfin la paix avec le passé. Deux ans se sont écoulés, Hermione. Il est temps pour vous de vous autoriser à vivre...

Les yeux de la jeune femme brillaient de larmes refoulées et elle hocha doucement la tête.

- Je ne sais que vous dire, Minerva. Peut-être avez-vous raison. Peut-être devrais-je retourner là-bas. Peut-être devrais-je tenter de prendre ce poste et de lui faire honneur. Peut-être... Mais avant toute chose, j'ai besoin de réfléchir, seule.

- Je comprend et ne vous presserai pas. Nous sommes en février, si vous me donnez la réponse en mai, cela sera suffisant. Si toutefois, vous refusiez, je me verrai obligée d'interdire à Slughorn de prendre sa retraite. Il devra supporter la tour de Gryffondor une année de plus.

- La tour de Gryffondor ? Hermione fronça les sourcils.

- Oui, la tour de Gryffondor. Nul n'a pu pénétrer dans les appartements de Snape depuis sa disparition et, croyez-moi, en deux ans, un nombre incalculable de charlatans en tout genre s'y sont cassé les dents. Ce qui impliqua, bien sûr, de réinvestir dans un stock complet d'ingrédients puisque sa réserve et son laboratoire faisaient partie intégrante de ses appartements. La seule chose que je n'ai jamais pu m'explique c'est pourquoi le château ne m'a jamais autorisé à avoir accès à cette partie-là de Poudlard. Après tout, je suis Directrice et aucun endroit ne devrait m'être inaccessible...

Hermione se garda bien de dire à la vieille femme l'évidence qui s'imposait à elle. Il lui fallait d'abord être certaine de ce que son instinct lui dictait.

Et pour cela, il allait lui falloir faire appel à tout son supposé courage Gryffondorien.

Lorsque Minerva fut repartie, elle soupira.

Apparemment, leurs chemins ne faisaient que commencer de se croiser.