-Vous savez que je ne laisserai pas faire...?

-Merlin, Granger ! Je me méfie de ce regard comme de la Dragoncelle ! A une certaine époque, il signifiait le début de mes ennuis aussi bien avec le vieux fou qu'avec l'autre cinglé !

Hermione sourit mais reprit rapidement son sérieux.

-Sérieusement, Professeur. J'ai une idée mais je ne peux pas la soumettre telle quelle à Minerva. Je dois faire preuve de subtilité.

-Je peux humblement vous dire que pour une fois, vous frappez à la bonne porte.

-Humblement, hein..? Elle ricana sans méchanceté. Depuis quand connaissez-vous l'existence même de ce mot Professeur ?

Un rictus amusé lui répondit.

-Somme toute, vous me demandez comment votre idée Gryffondorienne à souhait comme je l'imagine peut se parer d'un semblant de subtilité ?

-Le sarcasme en moins, mais oui c'est à peu près ça.

-Et peut-on connaître cette idée géniale ?

-Drago.

Il frissonna.

-Peut-on savoir ce que Malfoy vient faire ici...?

La voix de Snape n'était qu'un murmure mais elle refusa de s'attarder sur son trouble pur le moment.

-Comme vous le savez peut-être, Malfoy père n'a jamais renoncé à son allégeance. Après la fin de la guerre, il s'est échappé et on n'a jamais pu remettre la main sur lui. Narcissa et Drago étaient bien plus mitigés et un événement de taille à décidé de leur destin. Comme nous tous, Drago a vu plus que son lot de tortures et d'horreurs en tout genre. Après la guerre, peut-être pour oublier son engagement précoce auprès de Voldemort, il a tenu à commencer un apprentissage en Medicomagie psychiatrique. Il était donc aux premières loges lorsque les Mangemorts survivants ont commencé leur campagne d'attaques. Un jour, il a vu arriver dans son service une Moldue. Elle avait été enlevée, violée et torturée durant plusieurs jours. Au seuil de la mort, une attaque d'Aurors avait mis en fuite ses tortionnaires et il avait été décidé de la soigner dans le monde magique avant de l'oublietter et de la ramener à sa vie la plus normale possible. Ses blessures physiques, bien que terribles, ne mettaient pas sa vie physique en danger mais bien plus psychologique. Ils l'avaient violée dans le but avouer qu'elle ne puisse jamais enfanter. Mission accomplie.

Une fois plus ou moins remise de ses blessures, il a été unanimement décidé qu'elle bénéficie d'un suivi psychologique avant de la ramener chez elle. C'est là que Drago l'a rencontrée. Et il a reconnu, horrifié, la signature magique de son père parmi ses tortionnaires. Il l'a prise sous son aile, refusant de laisser quelqu'un d'autre s'occuper d'elle et a insisté pour la loger à ses frais le temps de ses soins. Et le moment de la laisser retourner chez elle, il lui a laissé le choix : l'oublietter et qu'elle ne garde plus de souvenirs ni de son agression, ni de lui... ou bien lui laisser ses souvenirs, donc son traumatisme... et lui laisser une place dans sa vie.

- Et... ? Le choix me semble évident, non ? Qui peut vouloir se souvenir...?

-Elle. Camille, c'est son nom, a refusé d'oublier. Ils vivent tous les deux aujourd'hui dans un coin tranquille en France, sur les terres des ancêtres de Drago.

- Drago avec une Moldue... Qui l'eut cru ?

-Certainement pas sa mère. En apprenant ce que faisait son époux et que son fils l'avait publiquement renié, elle n'a pu supporter la honte. Elle s'est suicidée.

- Narcissa... Elle aura toute sa vie été déchirée entre son rang et son amour pour sa famille.

Il se tut un moment et fronça les sourcils avant de reprendre.

-Ceci ne m'explique pas votre plan, Granger.

-Mon plan est tordu et devrait donc logiquement vous plaire. Minerva compte embaucher pour l'Etude des Moldus de cette année plus ou moins n'importe qui qui ferait l'affaire. Ma proposition est la suivante : qui de mirux qu'une Moldue pour enseigner cette matière ?

Snape la regarda un sourcil relevé. Si la lionne se mettait à réfléchir serpent, cela promettait d'être intéressant.

-Cette jeune femme viendrait donc enseigner à Poudlard et s'y installerait bien entendu avec son compagnon Serpentard... Qui serait alors sur place et pourrait de ce fait porter la charge de Directeur de Maison... Intéressant Miss Granger... Encore plus intéressant de savoir que votre cerveau de Gryffondor est capable de ruse.

-Fichez la paix à mon cerveau, Snape ! Vous l'avez suffisamment critiqué durant mes années en tant qu'élève.

-Je n'ai jamais critiqué votre cerveau, Granger, mais la façon dont vous l'utilisiez, ou plutôt, de mon point de vue, la façon don vous ne l'utilisez pas. La nuance est de taille. J'aurais pensé que vous l'auriez compris depuis le temps.

Hermione lui jeta un regard noir mais ne répond pas. Elle termina son verre de Whisky et s'enfonça dans sa chaise, attendant l'avis de son détesté Professeur.

-Ceci dit, votre idée ne tient qu'à un fil. Refus de la demoiselle et pas de Directeur.

-Je sais. C'est un risque à prendre.

-Et qui va se dévouer pour le lui proposer ?

-Je compte d'abord en parler à Minerva. Mais je pense qu'il serait plus judicieux que je l'accompagne dans sa démarche. Après tout, j'ai pas mal côtoyé Drago ces dernières années.

-Vous avez côtoyé... Comment l'appeliez vous déjà ? Ah oui ! "La fouine", c'est bien ça ?

L'amertume dans sa voix ne la trompa pas.

-Drago, monsieur. Il a autant, sinon plus souffert que nous. Nous ne sommes plus des enfants, ni les uns, ni les autres, et si certains se complaisent encore dans ce genre d'animosité puérile, ce n'est que le signe de leur flagrante immaturité.

-Je me trompe ou vous pensez à quelqu'un en particulier.

-Cela ne vous regarde pas, Snape.

-Très bien. Ça veut dire que j'ai raison. Au fait, une chose que je ne m'explique toujours pas. Comment diable m'avez vous reconnu.

-Votre regard.

Un simple haussement de sourcil interrogatif lui répondit.

-Voilà, c'est ça ! CE regard. Lorsque je vous ai percuté, l'autre jour, vous m'avez jeté le même regard que maintenant avec toutefois plus de mépris. Vous pouvez faire tout ce que vous voudrez Snape, votre regard vous trahit, tout du moins à mes yeux.

-Je prends note.

-En parlant de Polynectar... Le votre commence à s'estomper.

En effet, les mains de Snape commençaient à retrouver leur apparence et, de larges et brunes qu'elles étaient sous l'effet du Polynectar, elles redevenait blanches et fines.

Tous deux se levèrent de concert et se dirigèrent vers la sortie. Là, sans un mot, ils marchèrent rapidement jusqu'à une petite ruelle sombre où ils s'engouffrèrent rapidement. Le Polynectar finissait de disparaître et Snape redevenait lui-même.

Un instant, un instant seulement, elle laissa ses yeux dériver sur les longues mains fines qui dépassaient à présent largement d'une cape aux manches un peu trop courtes. Elles portaient toujours les mêmes marques que dans ses souvenirs, témoins muets de milliers d'heures à concocter de subtiles Potions. Elle sourit un instant en songeant qu'à présent, les siennes portaient des marques similaires.

Elle redescendit assez rapidement sur terre. Hors de question de donner un autre sujet de sarcasme au professionnel qui lui faisait face.

-Je vais toucher un mot de tout ceci à Minerva. Je vous tiendrai au courant.

Il fut ô combien tenté de lui répondre qu'il n'en avait que faire mais inexplicablement le mensonge se refusa à sortir. Oui, il s'en préoccupait. Oui le sort de ces enfants lui importait. Oui, de savoir qu'ils allaient peut-être être orphelins le minait. Mais jamais il ne l'aurait avoué, encore moins face à une Gryffondor.

Elle comprit. Sur un dernier léger sourire, elle s'en retourna par où elle était venue.

Il aurait pu ne pas la suivre des yeux.

Il aurait pu ne pas regarder qui l'entourait.

Il aurait pu dire à son sixième sens qu'il était ridicule.

Il aurait pu...

Mais il n'aurait pas vu cet enfant, presque un adolescent.

Il n'aurait pas vu ce regard fou.

Il ne l'aurait pas vu suivre Hermione du regard avec un sourire à glacer le sang.

Il n'aurait pas pris sa décision.