En arrivant chez elle, Hermione s'était immédiatement préparée pour commencer à brasser une certaine quantité de Potions. Elle ôta sa cape et métamorphosa ses vêtements en une chemise légère confortable assortie d'un jean. Elle fit l'éviter ses robes de travail jusqu'à elle et s'occupa de son bras. Hermione s'entendait jurer tout bas. La blessure était en ce moment plus douloureuse. Ce n'était pas inhabituel. L'inscription se réveillait toujours en cas de fatigue ou d'émotions et ces derniers temps, les deux étaient au rendez-vous. La jeune femme remplaça le bandage par un propre et enfila délicatement un gant en peau de dragon qui montait jusqu'au coude. Hors de question que quoi que ce soit n'atterrisse dessus.

Elle allait entrer dans son laboratoire lorsqu'elle s'entendit interpeller par le portrait de Dumbledore dont les yeux bleus, pour une fois, ne pétillaient pas.

- Miss Granger ! Severus vous demande l'autorisation de vous rejoindre par la cheminée. Il a des informations de la plus haute importance à vous communiquer. Il m'a bien précisé de vous dire : immédiatement !

Elle hocha la tête, un brin déstabilisée par ce revirement de situation. Ils venaient de se quitter et il insistait, non imposait de la revoir ?

À peine le vieillard disparu du cadre que Snape jaillit de la cheminée dans un éclat de flames vertes. Hermione s'était assise dans le canapé et attendait tout en masquant de son mieux son impatience de savoir de quoi il retournait.

Lorsqu'il surgit, un simple coup d'œil lui fit savoir que son ancienne élève était sur le point de brasser et il haussa un sourcil circonspect à la vue de l'unique gant.

-La maladresse de Longdubat était finalement contagieuse, Granger ?

Elle soupira et lui lança un regard blasé.

-Vos sarcasmes ne me font plus rien Snape, désolée de vous décevoir. Et veuillez laisser Neville là où il est.

-Qu'à cela ne tienne. C'est donc votre propre maladresse de débutante qui est en cause...

-Laissez moi tranquille Severus Snape ! Siffla-t-elle. Si ça vous intéresse tant que ça, contentez vous de savoir que ce que vous voyez n'est qu'un souvenir de plus de cette ordure de Bellatrix !

Il frémit et hésita un instant avant de hocher la tête doucement. Pour rien au monde il ne se serait excusé et elle le savait. Elle se contenta donc de ce discret signe de compréhension et laissa sa colère retomber. Elle était de toute façon trop fatiguée pour continuer à lui faire face et là colère ravivait la douleur déjà lancinante.

- Albus ma dit que vous vouliez me voir en urgence. J'imagine que ce n'était pas seulement pour me faire une démonstration grandeur nature de vos sarcasmes.

-Veuillez d'abord répondre à ma question. Qui a échappé à la justice jusqu'à aujourd'hui ?

-Les Lestrange, Rodolphus et Bellatrix mais également Rabastan. Dolohov. Greyback. Malefoy père. Rosier. Pettigrew. Je crois que c'est tout.

-... Que c'est tout !? Granger, vous venez de me donner le nom de huit individus qui n'ont plus rien d'humain !

-Je le sais, croyez-moi. Sinon, pourquoi cette question ?

-Parce que j'ai tout lieu de croire qu'ils vont essayer de s'infiltrer dans Poudlard.

Hermione se redressa subitement, désormais extrêmement attentive.

-Qu'est-ce qui vous fait croire ça ?

-Tout à l'heure, lorsque vous repartirez, j'ai vu un gamin vous suivre des yeux. S'il avait l'apparence d'un garçon d'une petite douzaine d'années, son regard, lui, ne trompait pas.

-Je rêve... Le grand, l'irrascible et invincible Severus Snape aurait peut d'un enfant...? Sourit-elle.

-Un peu de sérieux, Granger ! Je vous jure que vous ne seriez pas moins inquiète si vous aviez reconnu le regard de cette chère Bella dans ce gamin !

Elle frémit et pâlit subitement avant de se laisser retomber dans le canapé.

-Bella... Bellatrix?

- Qui d'autre ? Je doute que ce gamin soit déjà à Poudlard mais je mettrait ma main à couper que vous allez le rencontrer à la prochaine Répartition. Alors écoutez moi bien Granger. Vous allez organiser un rendez vous entre le chat de gouttière qui est actuellement pseudo-directrice de Poudlard et mon cher filleul. Vous allez déployer toutes vos brillantes capacités de persuasion pour qu'il accepte votre proposition. Ensuite, je veux le rencontrer. Je ne me suis pas battu durant toutes ces années pour laisser un merdeux jouer les apprentis Mangemorts ! Ai-je été assez clair, Granger ?

-Limpide, Professeur.

Elle cligna des yeux, surprise. Instinctivement, sa voix avait retrouvé celle de l'ancienne élève obéissante. Merlin ! Elle avait oublié à quel point cet homme savait se faire autoritaire ! Curieusement cependant, elle ne le trouvait plus effrayant, simplement... impressionnant et... troublant ?

- Si tout se passe comme prévu, et je veillerai à ce que ce soit le cas, je vous demande d'être mes yeux et mes oreilles à Poudlard. Drago veillera sur les Serpentard, j'en suis certain, mais il aura besoin du soutient de quelqu'un d'impartial. Curieusement, je pense pouvoir penser que vous êtes de cette trempe...

Hermione sourit. Son ancien professeur acariâtre venait de lui faire un compliment ? Il allait pleuvoir des boursoufles !

- Je peux savoir ce qui me vaut ce sourire niais ? soupira Snape.

- Votre remarque pour le moins inhabituelle... Vous venez plus ou moins de me dire que vous me faisiez confiance.

Il renifla dédaigneusement.

- Croyez bien que je n'ai pas vraiment le choix. Autre chose Granger. En dehors de vous et de Drago, il est hors de question que quiconque sache que je ne suis pas aussi mort qu'on le pense. Il va sans dire que si vous me trahissez, vous n'aurez pas assez de votre vie entière pour vous cacher.

-Pour qui me prenez-vous, Snape ?

Elle le fusilla du regard, l'œil torve et... déçu ?

- Au risque de me répéter, je n'ai pas pour habitude de divulguer les secrets des autres. Et puis, tout à fait entre nous, vous êtes la dernière personne que je voudrais me mettre à dos. Non, pas par crainte, l'interrompit-elle, bien que vous puissiez être dangereux, je le conçois. Il s'agit surtout, pour moi, de reconnaissance. Eh oui, je suis ce que vous appelez une stupide Gryffondor qui garde en mémoire ce que le monde magique vous doit. Point barre, Snape.

Ledit Snape hésitait sur la conduite à tenir. Soit il faisait celui qui n'avait rien entendu, soit il lui décochait une de ses flèches acerbes dont il avait le secret. Encore une fois, inexplicablement, il ne put se résoudre à la tourner en dérision. En bon Serpentard, il se dit que si, pour une fois, quelqu'un pensait du bien de lui, il aurait tort de ne pas en profiter.

-Et vous-même ...?

-Quoi, moi ? Elle haussa les épaules. Je ne vois pas bien ce que je viens faire là-dedans.

-Vous avez donné, vous aussi. Et plus que vous ne voulez l'admettre, souligna-t-il en laissant intentionnellement son regard dériver vers le bandage de son bras.

Elle capta son regard et se cacha derrière son habituel masque d'impassibilité.

-J'ai autant donné que d'autres et moins que certains. Oui, j'ai des séquelles de la guerre mais osez me dire que vous n'en avez pas. D'autres que moi ont vu pire et merci Merlin ! mais j'ai suffisamment de maturité pour faire face à tout ça.

-En êtes vous certaine, Granger...? Sa voix s'était faite dangereusement velouté.

-Parfaitement, Snape. Je fais face à mes obligations. Que me demander de plus ?

-Combien de temps dormez-vous par nuit ?

Elle balbutia.

-Cela ne vous regarde pas !

-Ce qui signifie trop peu. Et je suis prêt à parier que vous ne pouvez dormir sans potion.

-Je vous emmerde, Snape.

-Donc j'ai encore raison. C'est lassant à la fin, vous ne trouvez pas ?

La douceur du regard démentait le sarcasme des propos. Hermione refusait de lâcher prise. Personne, depuis la fin de la guerre deux ans auparavant, n'avait autant pris le temps de s'inquiéter de son état. Mais il étais hors de question qu'elle tombe le masque. Pas comme ça. Pas devant lui. Elle avait l'impression que si elle le laissait fendre son armure, il aurait le pouvoir de la briser en mille morceaux. Mais Merlin ! Comme elle aurait voulu pouvoir s'épancher que quelqu'un ! Simplement, une fois, sans que ni l'un ni l'autre n'y fasse plus jamais allusion. Elle aurait voulu raconter. Expurger ses rêves. Ces corps démembrés, déchiquetés. Ces hurlements humains mais tellement inhumains. Cette douleur et cette honte lorsque Malefoy et Greyback l'avaient attaquée moins d'un an auparavant. Douleur de l'agression du loup-garou. Honte du viol du Lord qui n'en avait plus que le nom.

Snape vit le kaléidoscope d'émotions de la jeune femme et il comprit. Elle aurait voulu mais ne pouvait pas. Pas plus que lui ne pouvait se confier. Il voulut tout de même lui adoucir ses pensées et, même si cela allait lui brûler les lèvres, il savait exactement ce qu'il allait dire.

-Merci, Miss Granger.